C’est dans le gentil capharnaüm d’un Emmaüs que j’ai trouvé – en ce décidément trop chaud mois de novembre ’22 – ce Mamya, qui avait bien besoin qu’on s’occupe de lui, à commencer par un bon nettoyage.

Lorsque je l’ai manipulé dans le « magasin », outre la saleté et quelques bosses, j’ai ouvert la trappe à piles et, étrangement, elle était nette avec une pile LR 44 toujours fonctionnelle !

Serait-ce à penser que cet appareil a encore servi il y a peu ? Ou que les LR 44 sont décidément des piles « longues durées » ?

Ce n’est pas le premier Mamya ( voir les Mamya NC 1000, Mamya DSX 1000B, Mamya MSX 500 pour ne citer que les reflex) que je vous propose et à chaque fois, je suis surpris des solutions retenues par les ingénieurs maison. Ici encore, je crois qu’il va nous en réserver.

Mais commençons par le début.

Bon, le ton est donné, c’est un appareil d’entrée de gamme et bon marché.

Le capot supérieur est en plastique, la semelle en laiton argenté. Le reste est en métal, très fin.

C’est déjà étonnant quand on connait la marque, qui fabriquait généralement des appareils sophistiqués et chers.

Mais, faut bien vivre … et vendre !

Alors, c’est en 1967 que cet engin est sorti. Soit avec des marquages ​​Mamiya ou Mamiya/Sekor, ou encore sous le nom de Sears Auto 35TL pour les exemplaires vendus aux USA.

Lorsque je l’ai eu en mains, comme toujours, j’ai vérifié qu’il armait et déclenchait. C’est le bruit étrange qu’il produisait qui m’a intéressé : une espèce de « flop » assourdi qui dénote avec les sons habituels des obturateurs métalliques ou en tissu.

De fait, quand j’ai ouvert, sur place, l’appareil, un étonnant « chapeau » semblait faire office de « bouchon » pour la chambre.

Seconde surprise, impossible d’enlever l’objectif, et pour cause, c’est le deuxième reflex que j’ai en mains dont l’objectif est … fixe !

Ah, il y avait bien moyen d’ajouter des compléments optiques pour obtenir les effets d’un grand angle (35mm) ou d’un petit téléobjectif (62mm).

C’est Vivitar qui fabriquait l’objectif principal (bien que marqué Sekor), un 48mm ouvrant à f2,8 (diamètre 52mm), un triplet tout simple et qui fabriquait aussi les « convertisseurs ».

Ne vous attendez pas à un piqué et une définition d’enfer, le caillou fait se qu’il peut et les compléments optiques n’aident pas !

L’appareil est équipé d’une cellule CdS, placée derrière le miroir. Vous pouvez régler la sensibilité par un curseur, sous l’objectif (de 1 à 400 Iso).

La cellule est alimentée par une pile S76 à l’oxyde d’argent (à l’origine, c’était une 676 au mercure), que vous pouvez remplacer, comme ici, par une LR 44. Notons que l’appareil fonctionne même sans pile.

Ah oui, c’est un appareil qui travaille en automatique, priorité vitesse, ou en manuel puisque vous pouvez régler la vitesse avec la bague qui ceint l’objectif.

Puisque je vous parle des vitesses, un mot sur l’obturateur. C’est un dérivé du Copal qui donne des vitesses de 1/15s à 1/500s, plus la pose B et une synchro flash.

-« Dites, les obturateurs Copal, c’est pas ceux à obturateur central qui équipaient les compacts style Electro 35 ? »

Tout juste, et là, il faut saluer le courage ou l’inconscience des ingénieurs qui ont imaginé cet engin car placer un obturateur central dans un reflex, fallait oser.

– » Mais pourquoi ? »

Rappelons-nous la séquence des mouvements pour prendre une photo, car lors du déclenchement :

  1. L’obturateur se referme.
  2. Le miroir se relève.
  3. L’obturateur s’ouvre et se referme le temps de la prise de vue.
  4. Le miroir se rabaisse.
  5. L’obturateur se ré-ouvre.

Ici, pour permettre la visée à travers l’objectif, l’obturateur doit rester en position ouverte. Le film est alors protégé par le miroir qui, en position abaissée, isole la chambre noire de toute pénétration de lumière.

Nous avons affaire à un obturateur à lames (trois), qui doivent être maintenues ouvertes le temps de la mise au point puis refermées avant que le miroir ne se relève. Puis, ouverture et fermeture de l’obturateur pour capter les photons et quand l’exposition est finie, le miroir revient en position et les lames de l’obturateur s’ouvrent de nouveau pour permettre une nouvelle visée.

Techniquement, c’est compliqué et bruyant (d’où le gros « flop » dont je vous parlais ci-dessus), en plus de générer des vibrations importantes.

Et tout ça en une fraction de seconde … et en gérant dans le même temps l’ouverture et la fermeture du diaphragme.

Etrange cette solution …

Pour avoir accès à la chambre, n’arrachez pas la mollette de rembobinage, il y a un discret verrou sur la tranche gauche.

Pour le reste, c’est un appareil simplissime : vous mettez l’appareil sur A, vous visez à travers l’objectif, vous déclenchez.

Si vous aimez le fun, vous réglez l’ouverture et la vitesse avec les bagues sur l’objectif et vous déclenchez.

Le viseur est assez clair et, sur votre droite, l’échelle avec l’aiguille du posemètre.

Si je résume, nous avons un reflex, c.-à-d. à visée à travers l’objectif dont on ne peut changer les focales car l’objectif est fixe.

Honnêtement, quel intérêt ?

Si c’est pour abaisser le coût de fabrication en offrant quand même une visée plus « réaliste » des scènes, d’accord. Mais ensuite, pourquoi se compliquer la vie avec un obturateur central ?

Ça me fait penser à une blague : nous sommes en Corse, et un touriste demande à un petit vieux assis sur son banc, comment font les Corses pour construire leurs routes, parce que ça tourne tout le temps, que ça monte et que ça descend. Ah dit le vieux, on laisse aller un âne et on trace à sa suite. Mais dit le touriste, et si l’âne ne veut pas ? Alors on demande à un ingénieur.

Ils n’avaient donc pas d’âne chez Mamya ?

Il ne fut pas le seul appareil à proposer un objectif fixe sur lequel on venait fixer des compléments optiques, je songe notamment au Contaflex, qui avait aussi un obturateur central, d’une autre conception. La qualité était toutefois supérieure mais le concept ne survécu pas non plus.

Finalement, que penser de ce 528 TL ?

Pour le principe de l’anecdote, il est impeccable. Pour faire des photos, c’est plus discutable.

Des articles que j’ai pu lire pour préparer celui-ci, ils sont assez unanimes pour dire que la qualité optique n’est pas le point fort de l’appareil. qu’il est assez bruyant (je confirme) et en tout cas peu pratique (pas la possibilité de changer d’optiques).

Sans doute, à l’époque, avait-il une raison d’être car il offrait la visée directe du reflex, la mesure à travers l’objectif de la lumière et un confortable automatisme pour ceux que les réglages effrayaient. En fait, il fonctionnait comme un compact, la visée en mieux.

Il ne semble pas avoir eu un succès phénoménal mais il s’est quand même vendu, notamment via les commerces comme Sears, qui vendaient par correspondance à des clients peu fortunés et/ou éloignés des grands centres urbains.

A-t-il encore un intérêt aujourd’hui ?

Pour une collection, certainement car ses formules sont assez uniques. Pour prendre des photos, pourquoi pas, mais ne vous attendez pas à des résultats extraordinaires. Je le placerai d’ailleurs dans la catégorie « Lomography ».

Au niveau achat, il est relativement peu courant mais vous pourrez argumenter pour amener son prix, s’il est en très bon état, autour des 25 à 30€.

Si vous aimez les appareils étranges, celui-ci vous attend.

Des pubs d’époque :

Source : Collection-appareils, Ringfoto 1971

Source : Collection-appareils, Phokina 1969.

Quelques photos prises avec cet appareil ICI.

Pour le mode d’emploi, c’est par LA.

Petites videos d’illustration

Des références : https://camerapedia.fandom.com/wiki/Mamiya_528TL, https://pheugo.com/cameras/index.php?page=mamiya528, http://herron.50megs.com/fixed-1.htm, be/fr/brands/mamiya/mamiya-528-tl, https://www.mes-appareils-photos.fr/Mamiya-528TL.htm, en anglais; https://www.collection-appareils.fr/x/html/page_standard.php?id_appareil=11285 en français; http://www.optiksammlung.de/Mamiya/Mamiya528TL.html en allemand.