Un Roi s’invite, troisième du nom, le King Regula IIId

Un Roi s’invite, troisième du nom, le King Regula IIId

Préambule

Voici un second appareil déniché lors de la brocante en Bretagne, un King Regula IIId dans son sac tout prêt, les deux comme neufs.

C’est d’ailleurs un peu par hasard que j’ai ouvert le sac, mais lorsque j’ai compris que j’avais devant moi un télémétrique avec une cellule, toujours fonctionnelle, j’ai négocié son achat avec la charmante dame âgée qui le vendait.

Et le voilà dans le sac à dos, qui rejoint ses petits compagnons du jour.

Mais qui peut-être ce Roi Regula ?

Un peu d’histoire

Pas facile de raconter cette histoire car il semble que tous les auteurs ne soient pas d’accord sur l’origine de l’entreprise. Alors, de recoupements en recoupements, il s’avère qu’il y eut bien une famille King en 1936 à Pforzheim (Allemagne).

Pius (le père) et Herbert (le fils) King fondent la King KG, une entreprise familiale qui se spécialise dans les composants électriques et plus spécifiquement ceux liés à la radio.

Produits recherchés en temps de guerre qui permet à l’entreprise de déménager, dès 1938, à Bad Liebenzell (Forêt Noire, Allemagne). La région était déjà un pôle industriel pour la mécanique de précision, avec une chaîne d’approvisionnement de fournisseurs et de travailleurs qualifiés.

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, les installations de l’usine sont démantelées par les alliés et l’entreprise est priée de se reconvertir. Ce qu’elle fait dès 1949, en se tournant vers la photographie, King, photographe, ayant sentit que cette industrie avait de l’avenir. Elle restait ainsi dans des gammes de produits de précision, même si ses choix la portèrent vers des appareils peu chers et relativement simples, au début.

Ainsi seront produits les premiers Regula. Le succès initial est rapide. Pourtant, un incendie (1951) détruit une partie de l’usine. Les ouvriers mirent la main à la pâte et l’usine, qui devait faire face à une demande croissante, reprit la production à peine deux semaines après le sinistre.

Regula I

Les objectifs proposaient des ouvertures de f4,5, f3,5 ou f2,8 et les obturateurs proviennent de divers constructeurs ; les viseurs étaient des viseurs de Galilée simples. Leur forme un peu ronde les rendait facile à manier et ils étaient légers. Un levier d’armement apparaitra un peu plus tard. Ils avaient une surface polie, résistante et couverte d’un vernis doux pour un fini miroir.

Sauf sur les premiers modèles, le logo sera un K dans un écu couronné. Les modèles étaient identifiés par un tampon au dessus du cadre du film, dans la chambre, et comprenaient les modèles I-A, I-B, I-C, I-D, I-E, I-F, I-P, II etc.

Les Regula, identifiés par des numéros de I à III, se distinguaient par leur conception modulaire, autorisant les mises à jour rapide des modèles, voire des personnalisations L’utilisation d’un aluminium spécial (alu eloxal), avec un traitement d’anodisation, garantissait une belle tenue à la corrosion et des finitions brillantes. Par contre, les Regula Sprinty, d’entrée de gamme, utilisaient plutôt un châssis en plastique thermoset renforcé de fibre de verre, réduisant ainsi les coûts sans compromettre la solidité.

Outre le Regula, l’entreprise fabrique aussi des flashs externes Regulux avec synchronisation et le moteur d’alimentation Rapildrive pour la prise de vue en continu (un winder).

La Regula-Werk atteindra son apogée dans les années cinquante – soixante. Dès 1953, apparaissent les appareils de seconde génération, qui proposent des objectifs interchangeables et des obturateurs pointus. Les optiques étaient fournies par Iso-Gotingen, Jena, Steinhel, Rodenstock alors que les obturateurs, des Gauthier, étaient des Prontor SVS et SLK, qui atteignaient le 1/300s et, surtout, la synchronisation flash.

Le design des boitiers change en 1953. Il devient plus fin et compact ; le logo King est posé sous forme d’un badge émaillé sur le métal. De nombreuses variantes ont été introduites, avec ou sans télémètres couplés.

1955 verra la naissance du Regula IIIa,

Puis, en 1957, c’est le Regula Cita III (Regula Gipsy pour le marché américain), qui devient un haut de gamme de luxe : optique Carl Zeiss Tessar 50mm ouvrant à f2,8, cellule Metrawatt au sélénium, levier d’armement à course courte, viseur avec cadre lumineux. Une version, le Citalux ou Citalux 300 avait un corps doré et un revêtement en cuir bordeaux (la version la plus recherchée !).

Le Regula IIIb est semblable au IIIa si ce n’est son cadre lumineux imprimé et ses objectifs Rodenstock Trinar de 45mm ouvrant à f2,8, ou Cassar et, surtout, équipé d’une cellule Gossen Pilot, couplée au diaphragme et qui donnait une mesure de la lumière précise..

Quant au Regula IIIc, il n’avait pas de posemètre mais gardait son télémètre couplé à base longue et, surtout, des objectifs interchangeables avec une baïonnette unique. Les objectifs venaient de chez Enna, Steinhell et ISCO.

Enfin, le Regula IIId était l’équivalent du IIIc, incorporant le posemètre Gossen du IIIb. Le télémètre couplé était un design différent avec une base plus courte que celle du IIIc, mais très efficace. Le IIId était le modèle haut de gamme de cette gamme à objectifs interchangeables (avec baïonnette).

Le Regula RM est semblable au Cita III et, à terme, il remplacera le modèle. Le RM sera remanié de nombreuses fois, comme le viseur, emprunté au IIIb, avec un posemètre Bewi, non couplé. Il n’avait pas de couvercle et il fallait appuyer sur un bouton rouge au centre du cadran pour lire la mesure, à hauteur d’œil. Quelques unes de ces modifications seront aussi portées au IIId, comme celle du viseur avec des lignes de visées plus lumineuses et multiples, ce qui évitait d’acheter un viseur tourelle.

En 1965, le Regula Superautomatic, d’autre part, a introduit un système d’exposition semi-automatique, basé sur une priorité ouverture contrôlée par une cellule photoélectrique externe.

N’oublions pas que les modèles haut de gamme sont équipés d’un télémètre couplé.

Afin d’élargir son réseau de distribution, la société a conclu une collaboration avec Foto-Quelle et Porst. Des modèles particuliers ont ainsi été créés, comme le Revue 300 pour Foto-Quelle qui est un Regula IIIa avec des logos différents, ou le Hapo 36 qui est un IRM destiné au marché US.

Certains modèles ont été concédés sous licence à d’autres entreprises. Par exemple, il y avait des modèles fabriqués en Roumanie par IOR. D’autres ont également été construits à Calcutta en Inde (National Instruments).

Dans les années quatre-vingt, la direction de l’entreprise sera confiée à Wilfried Bauser, gendre des King, et la société sera rebaptisée Regula-Werk King & Bauser GmbH.

Mais revenons aux années septante, car elles annoncent le déclin de la société : la déferlante japonaise a lancé les automatismes, les cellules précises et, enfin, l’autofocus. Difficile de faire face. King a bien essayé le format 126 (Regula Diplomat et Instaking), le format 110 avec le Regula 118.

Ils ont même tenté une incursion dans les réflex avec le Reflex 2000 mais ils se sont fait attaquer en justice par Leitz qui affirmait que cet appareil violait leurs brevets du Leicaflex. Ce fut un premier gros impact financier car le développement d’un appareil coute toujours cher et ils ont dû tout abandonner.

Leur dernière erreur fut de croire aux appareil à disque (1984), tels que ceux que Kodak avait lancé. Hélas, ensuite, ce sera la faillite.

Pourtant, de 1949 à 1984, l’entreprise a produit jusqu’à cinq millions d’appareils photo, ce qui en fait l’un des fabricants allemands les plus prospères de l’après-guerre.

Présentation du King Regula IIId

Comme je l’écrivais en préambule, cet appareil est quasi neuf alors qu’il va sur ces 70 ans. C’est en 1956 que le Regula IIId est apparu sur le marché.

Grâce à sa construction en aluminium Eloxal, il est léger, bien proportionné et agréable à prendre en mains.

Comme les autres Regula, il sera régulièrement mis à jour et tous les modèles portent quelques différences. Ainsi, celui que je vous présente n’a pas de porte pour protéger la cellule au sélénium, mise en façade et au dessus de celle-ci, c’est un bouton rond qui permet de régler les Asa/Din. Elle est toujours fonctionnelle sur cet exemplaire et il doit s’agir d’une Bewi.

Un Regula IIId avec cellule Goosen protégée par une porte
Notre exemplaire, sans protection de la cellule.

La caractéristique de la gamme des Regula III c’est la plaque avant, marquée de deux lignes noires verticales, autour de l’objectif, dont une marquée du K couronné de la marque et, en contre-point, la prise du flash de l’autre côté.

Autre particularité du IIId, les objectifs interchangeables avec baïonnette, à la manière des Agfa ou Voigtländer par exemple : c’est la partie avant de l’objectif qui se détache et se remplace par un autre. Il faut appuyer sur le bouton rouge, placé sur l’objectif, qui déverrouille le tout, puis un quart de tour à droite désolidarise la partie avant. On voit directement l’obturateur en iris par dessous.

Ici, il s’agit d’un Isco-Gottingen, Regula Color Westanar de 50mm ouvrant à f2,8. D’autres focales ont existé, dans d’autres marques, mais avec les distances de 28 à 200mm (elles sont rares à trouver, ceci dit).

Le viseur, avec cadres gravés et lumineux, plus correction de la parallaxe, montre un patch carré en son centre, pour la mise au point du télémètre à coïncidence. Certains modèles auront des cadres projetés avec marque des focales mais généralement, il faudra utiliser un complément pour les autres focales que le 50mm.

Les marques sur le verre sont bien visibles.
Le Regula IIId avec le viseur multi focale et un 135mm Tele Westanar

L’obturateur est un Prontor SVS qui offre des vitesses de 1s à 1/300s plus une pose B. Après le B, vous verrez des chiffres verts : ceux-ci vous donnent une indication du temps de pose nécessaire en fonction de l’ouverture choisie après lecture de l’indice de lumination (LV) lu sur le cadran de la cellule (voir ci-dessous). Les lettres M et X indiquent le type de synchro flash tandis que la lettre V est celle du retardateur (armer avant de le mettre sur cette position), qui vous laisse entre 6 et 8s pour être dans le cadre.

Petite particularité propre aux appareils allemands des années cinquante : le couplage du diaphragme avec le temps de pose ou l’utilisation de l’indice de lumination (LV). J’explique …

Après avoir réglé la sensibilité de la cellule (en faisant tourner le disque portant des excroissances sur la bonne valeur DIN ou Asa), vous allez faire coïncider la flèche rouge avec le trait jaune sur l’écran noir de lecture. Vous verrez alors un chiffre apparaitre (en rouge) sur le disque, celui de l’indice LV, que vous aller reporter sur la bague des ouvertures.

Si vous manipulez les ouvertures, vous constaterez que les vitesses bougent de concert, vous donnant toujours un couple vitesse/ouverture calculé en fonction de cet indice LV : réglez la distance et il vous suffit de déclencher pour prendre votre photo. C’est un peu déstabilisant au début mais c’est assez rapide quant on a compris le truc et vous pouvez jouer sur la distance focale (profondeur de champ) tout en gardant une vitesse adéquate. Vous pouvez modifier le rapport en appuyant sur le levier derrière celui du réglage des synchro flash.

La griffe du flash est dite froide, c’est-à-dire qu’il faut coupler le flash à l’appareil via un câble pour effectuer la synchronisation.

Pour ouvrir le dos de l’appareil, c’est via un petit verrou sur la tranche droite. Le bouton de rebobinage est sur la semelle.

Que penser de cet appareil ?

Les publicités de l’époque vantaient la durabilité des appareils Regula, grâce à son revêtement spécifique en aluminium anodisé. Hé bien, s’il a été bien traité, cet appareil en est un bon exemple : il a l’air neuf !

Mais outre cette première (bonne) impression, c’est un boitier que je ne connaissais pas. Et pour tout vous dire (enfin, écrire), je ne m’attardais généralement pas sur ces King car leur esthétique et leurs fonctionnalités ne m’inspiraient pas. Il aura vraiment fallu que je tombe sur cet exemplaire pour m’intéresser à la marque, son histoire et ses produits.

En l’occurrence, un très bel exemplaire de télémétrique typique des années cinquante – soixante, avec ce petit plus que les objectifs de ce modèle sont interchangeables, même si je crains ne pas en trouver régulièrement, sauf à aller sur des sites spécialisés.

C’est un appareil intéressant, non pas pour ses trouvailles techniques, somme toute celles de son époque, mais parce qu’elles sont bien mises en œuvre et que le Regula IIId est un boitier agréable à manipuler, facile à utiliser et, ce qui ne gâche rien, assez inhabituel que pour vous démarquer si vous en utilisez un dans la rue.

Si j’avais un reproche à faire, c’est sa vitesse maximale, un peu courte de 1/300s mais il ne fait pas pire que d’autres de son époque, encore une fois. N’oublions pas qu’en ces temps-là la sensibilité des films n’était pas aussi élevée que de nos jours. Si vous travaillez avec un 100 Asa et avec le système de lumination (LV) de l’appareil, vous ne raterez pas souvent vos photos, c’est un plus indéniable.

Relativement peu courant sans être vraiment rare, vous devriez en trouver un exemplaire en bon état, avec sa gaine et au moins son 50mm, pour moins de 50€. S’il vous arrivait d’avoir la chance d’en trouver un avec ses accessoires, ouvrez votre portefeuille et prenez-le, vous ne le regretterez pas si vous cherchez un télémétrique différent et de bel aspect.

Qu’en pensez-vous ?

Vidéo d’illustration

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par LA.

Appareil photo 35 mm, appareil télémétrique
Marque : Regula King, Bad Liebenzell, Allemagne
Film photographique 135 (24×36)
Télémétrique à coïncidence d’image
Posemètre intégré, non couplé à indice de lumination (LV)
Contrôle de l’exposition : manuelle
Objectif interchangeable sur appareil photo : Isco-Gottingen, Regula Color Westanar de 50mm ouvrant à f2,8 ou Enna Werk München Color-Ennit 50 mm f/2.8
Obturateur de la marque : Gauthier, Calmbach, Allemagne. Prontor SvS
Obturateur central ; vitesses de 1s à 1/300s plus pause B
Flash : griffe froide, contact avec câble, synchro M et X
Période de production à partir de 1956

Des références

https://www.flickr.com/photos/10456228@N00/4465556640/, https://mikeeckman.com/2022/06/king-regula-rm-1956/, https://cameracollector.net/king-regula-camera-list/, https://web.archive.org/web/20070321233452/http://www.mwclassic.com/articles/irregular_regulas/irregular_regulas.htm, en anglais ; https://kameramuseum.de/objekte/king-regula-iiid/, https://de.wikipedia.org/wiki/Regula-Werk_King_%26_Bauser, https://www.gigers.com/ernst/ALTEKAMERAS/Samml_king.htm , en allemand ; https://fotocccp.ru/king-regula-iiid, en russe ; https://ibericadigital.es/compactas-de-visor/177-king-regula-iiia.html, en espagnol ; https://filmphotography.eu/fr/appareils-photo/king/, https://www.mes-appareils-photos.fr/Regula.htm, https://www.mes-appareils-photos.fr/Regula-IIId.htm, en français ; https://www.storiadellafotografia.com/regula-werk-king-kg/, en italien

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