Argentique

Un compact hors du temps, le Zeiss Ikon Contessa Matic E

Préambule

C’est encore un appareil acheté lors de la brocante de l’Unicef, à Ath, chez ce Monsieur qui, petit à petit, liquide une partie de sa collection.

Je n’ajouterai donc pas qu’il est en parfait état et tout à fait fonctionnel.

Comme d’habitude, je ne résiste pas au plaisir de vous présenter un appareil qui approche des ses ans et qui semble encore neuf : on construisait solide à ce moment là !

Un peu d’histoire

Rassurez-vous, je ne serai pas long car j’ai déjà souvent évoqué cette marque, incontournable de l’histoire de la photographie allemande et de la photographie tout court.

Vous trouverez des bribes de celle-ci lorsque j’évoquais le Zeiss Ikon Contessamat SBE, le Super Nettel, le Contina Ia, le Zeiss Ikonta B 521/16, en compact et folding compact, sans oublier une des stars de la marque, le Super Ikonta 531/2, un folding télémétrique en bobine de 120. Il y en a d’autres, je vous laisse fouiller.

Retenons simplement que Zeiss Ikon, au début du siècle passé, fondé par August Nagel, sera un ogre en Allemagne et il absorbera les marques historiques de l’Allemagne de l’Ouest et de l’Est (Ica, Ernemann, C.P. Goerz et Contessa-Nettel) avant la seconde guerre mondiale .

Les appareils fabriqués seront de qualité, avec des objectifs et/ou des obturateurs parmi ce qui se faisait de mieux à leur époque ; des boitiers de toute une vie comme on le disait (et le pensait à l’époque – l’obsolescence programmé, c’est dans les années quatre-vingt !).

Cependant, revers de la médaille, ces appareils sont chers car construits avec des matériaux de qualité et avec une complexité qui confine parfois à l’excentricité (pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué). Mais surtout, les lignes d’appareils issus des différentes fusions n’ont jamais été rationnelles, trop nombreuses, se recoupant parfois Un déficit structurel en marketing et en gestion n’arrangera rien Il est même étonnant que l’entreprise ait tenu si longtemps.

Ils seront incontournables pendant les années trente et quarante, fragilisés dans les années cinquante et dépassés dès les années soixante, balayés par les produits japonais. Ces derniers avaient compris que les boitiers devaient être facilement reproductibles, fabriqués avec soin, avec de bons matériaux, sans faire l’impasse sur les innovations telles l’électronique et la miniaturisation des éléments. Surtout, ils ont lancé un appareil qui allaient reléguer aux oubliettes les modèles que je vous présente ici, le réflex. Un appareil ultra polyvalent.

Au début des années septante, la messe était dite …

Présentation du Zeiss Ikon Contessa Matic E

D’emblée l’appareil est ambigu car s’il est bien noté Contessa sur le pourtour de l’objectif, un Carl Zeiss Tessar de 50mm ouvrant à f2,8, il n’est écrit nulle part qu’il s’agit d’un Matic E.

Appareil photo vintage Contessa avec un boîtier noir et des accents argentés.

On comprend vite que c’est un appareil télémétrique et qu’il possède une cellule au sélénium. En regardant à travers le viseur, on se rend compte (quand cette cellule fonctionne encore, comme ici) que la mesure de la lumière est couplée au jeu du diaphragme, une petite aiguille, au dessus du cadre, bouge quand on modifie l’ouverture.

Est-ce là l’automatic du nom ? De fait, il a existé aussi un Contessa Matic, similaire à celui-ci avec une cellule au sélénium dont on lit la valeur sur le capot, mais sans télémètre

C’est donc le couplage du posemètre au diaphragme qui justifie cet automatic. Et le E me direz-vous ? il s’agit du E de Entfernungsmesser, télémètre en allemand.

Ajouté au télémètre couplé, cela fait de ce Contessa Matic E la Rolls Royce de Zeiss Ikon à cette époque (1960). Car l’appareil offre ce qui se fait de mieux alors et est construit selon les standards de la marque, c’est-à-dire fait pour durer.

C’est en fait un boitier semi-automatique si vous optez pour le contrôle de l’exposition couplée à la cellule ou le mode manuel si vous voulez tout contrôler vous-même. Ce compact vous offre le même confort que le Contaflex Super (un réflex) dans un gabarit réduit et très transportable.

Objectif d'un appareil photo vintage avec des inscriptions en métal, sur fond blanc.

Son objectif, un Carl Zeiss de formule Tessar, un 50mm ouvrant de f2,8 à f22 est réputé excellent. C’est le même que celui du Contaflex Super B.

Le viseur, très grand et clair, avec un cadre collimaté et correction de la parallaxe, possède une petite fenêtre, en haut au milieu, qui montre l’aiguille de la cellule. Celle-ci oscille de gauche à droite selon l’exposition, qui est correcte lorsque celle-ci se stabilise au centre. Une seconde fenêtre, sur le capot, peut aussi être consultée.

Puisque nous sommes sur le dessus de l’appareil, restons-y pour constater qu’il est dépouillé. A droite, une large molette, encastrée, qui entoure le déclencheur : c’est le compteur de vue, qu’il faut positionner manuellement sur le nombre de vues du film. Attention, il décompte les images prises.

Vue du dessus d'un appareil photo argentique vintage avec un objectif clairement visible et des boutons de réglage.

Au centre, la griffe dite froide (sans contact) pour des accessoires ou un flash non dédié, avec le prise PC à l’extrémité gauche.

Juste à côté de la griffe, la seconde fenêtre de la cellule. Et tout contre, deux trous (qui devraient être cachés par un bouchon en plastique) : ceux-ci servent à fixer le flash Ikoblitz 4 Spécial (sa s fil) ou le Ikoblitz 4 Standard (avec fil). Et c’est tout.

Par dessous, au centre, le filetage pour fixer l’appareil sur un trépied. A droite, le bouton pour autoriser le rebobinage et qui a une seconde fonction quand on appuie dessus : il libère la manivelle pour rebobiner le film.

Le dos de l’appareil s’ouvre avec un discret verrou, sur le flanc gauche, découvrant la chambre, classique. Sur la porte arrière, un disque aide-mémoire pour la sensibilité du film, en Asa/Din.

Le levier d’armement est très discret car seule la partie que le pouce accroche fait saillie, le reste étant caché sous le capot.

Et puis venons-en au cœur de l’appareil, son objectif et son obturateur. L’objectif est magnifique, nous l’avons vu. L’obturateur est un Gauthier, un Prontor SLK Spezial. C’est un obturateur à lamelles, situé au centre de l’ensemble. Il donne des vitesses de 1s à 1/500s, la pose B et même un minuteur, plus la synchro flash.

Appareil photo vintage Contessa avec un objectif argenté et un design noir.

Trois lettres, sur le côté droit, vers le bas : V – X – M. La première est la position du minuteur, la seconde la synchro flash électronique et la troisième, la synchro flash à ampoules. Ne pas forcer, pour les faire bouger, il faut appuyer sur la languette juste au dessus.

Contre la façade, un anneau avec deux grosses poignées de préhension facilitent la mise au point, de 90cm à l’infini. Une échelle de profondeur de champ est gravée sur le fut.

L’avant dernier anneau, lui aussi muni de poignées pour un usage rapide, est celui des ouvertures, de f2,8 à f22. Vous constaterez que sous certaines conditions, il tourne avec le dernier anneau, celui des vitesses, et inversement. C’est le fameux couplage ouvertures/vitesses sensé nous simplifier la vie. Heureusement, c’est débrayable.

Par dessous, un discret bouton coulisse pour indiquer la sensibilité du film, de 12 à 33Din (de 12 à 1600 Asa).

Comme l’objectif est fixe, il était possible de fixer des compléments optiques, tels les Z E I S S P R O X A, qui permettaient de descendre jusqu’à 20cm.

Pour une fois, je n’ai pas de sac tout prêt avec le boitier. Ce qui pose problème si on veut le transporter car il ne possède pas d’attaches pour y fixer une dragonne ou une sangle. Restera à le déposer dans un sac (oubliez la poche, il est trop lourd, près de 700gr avec un film).

Dernier point. Ce modèle est le second produit. Au jeu de différences entre son ainé et lui, notons que les deux trous du flash étaient couvert par une petite plaque métallique pivotante, absente du second ; la lecture de la cellule par au dessus se faisait à travers une loupe, disparue ici aussi ; le compteur de vue portait aussi une roue supplémentaire qui était le mémo de sensibilité du film, relégué sur la porte arrière ici. C’est tout mais ça vous permet de voir quel type d’appareil vous avez sous les yeux.

Que penser de cet appareil ?

Contemporain du Kodak Retina IIF que je vous présentais sous peu, personnellement, je trouve qu’il manque de ce petit je ne sais quoi qui charme dans le Kodak.

Ici nous avons un beau rectangle, sans fantaisie, rationnel, très bien construit, efficace mais … terne (je sais, c’est subjectif).

Au delà de ces considérations esthétiques, force est de reconnaître que c’est un bel engin. Avec ou sans cellule fonctionnelle, il est toujours partant si vous vous munissez d’une cellule à main ou si vous pratiquez la règle du Sunny 16.

C’est un télémétrique efficace pour la photo de rue, grâce notamment à son grand viseur, très clair et à la facilité de réglage de celui-ci.

Peut-être un peu plus discret que le Kodak, il attirera quand même les regards car on en voit peu. Non pas qu’il soit rare mais l’absence d’identification aisée fait qu’on l’oublie trop souvent. Pourtant à son époque, il était un bel appareil haut de gamme.

Si vous voulez sortir des sentiers battus, pourquoi pas le faire avec lui ?

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

  • Zeiss Ikon, Allemagne (Stuttgart)
  • Film 135 (24x36mm)
  • Transport de films manuel, levier d’armement couplé (avance du film et obturateur)
  • Télémètre à coïncidence
  • Compteur de vue intégré et couplé
  • Cellule au sélénium, sensibilité de 12 à 1600 Asa (12 à 33 Din)
  • Contrôle de l’exposition manuel et semi-automatique avec utilisation de la mesure EV (couplage vitesse/ouverture)
  • Objectif fixe Zeiss Carl, Oberkochen, 50mm ouvrant à f2,8 jusque f22, filtre à visser 28,5mm
  • Obturateur Alfred Gauthier, Calmbach, Allemagne, Prontor SLK Spezial
  • Vitesses 1s à 1/500s plus pose B, minuterie et synchro flash; flash dédié Ikoblitz 4 Special sans fil ou flash Ikoblitz 4 Standard avec prise PC sur le dessus
  • Poids nu 638gr
  • Période de production de 1960 à 1964

Références

https://kameramuseum.de/objekte/zeiss-ikon-contessa-matic-e/, en allemand ; https://parlonsargentique.com/zeiss-ikon-contessa-matic-e-fiche-technique-avis/, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-11844.html, https://www.mes-appareils-photos.fr/Zeiss-Ikon-Contessamatic-E.htm, https://dekerampois.e-monsite.com/pages/appareils-photographiques/u-z/zeiss-ikon/contessa-matic-e/, https://www.mes-appareils-photos.fr/Zeiss-Ikon-Contessamatic-E-1.htm, en français ; https://bluemooncamera.com/museum/exhibit/268/zeiss-ikon-contessamatic-e, https://www.pacificrimcamera.com/pp/zicontessamatic.htm, https://www.pacificrimcamera.com/rl/00076/00076.pdf, en anglais

Argentique

Dans la famille Retina, il y a le IIF

Préambule

Second appareil acquis lors de la brocante Unicef de Ath. Il est tout beau, tout propre, comme tous les appareils de ce Monsieur.

Il manque le couvercle de la pile, en dessous, je peux donc vous faire un prix. Mais avec plaisir ! Et voilà ce magnifique Kodak Retina II F qui va rejoindre les quelques uns que j’ai encore.

Car si souvent la marque ne m’inspire pas parce que la plupart de ses appareils sont de piètre qualité (produit de masse), force est de reconnaître que les Retina sortent du lot.

Une chose m’intrigue cependant : pourquoi m’a-t-il parlé d’une pile alors que l’appareil possède bien une cellule (toujours active) mais au sélénium ? Trop tard pour lui poser la question, ce sera l’occasion de quelques recherches …

Un peu d’histoire

Ce chapitre ne sera pas très long car je vous ai déjà présenté quelques Kodak Retina, comme le Retina type 149, le Retina IIC ou le Retina IIIC.

Pour mémoire, Les Retinette et Retina seront parmi les plus grands succès de Kodak. Peut-être parce que ce ne sont pas vraiment des Kodak ?

En effet, il faut aller voir chez August Nagel pour trouver l’origine de ces appareils. Rappelez-vous, en 1926, Contessa et Nettel intègrent le groupe Zeiss Ikon. Las, August aime trop son indépendance et il se lance dans une nouvelle entreprise et crée en 1928 la Nagel Werke ou Dr-August Nagel-Factory.

Seulement voilà, les années noires de 1929 passent par là et il doit trouver des fonds pour continuer son activité. Car il a commencé à développer un appareil en 135 capable de rivaliser avec Leica et Contax, tout en restant abordable : c’est la naissance des Retinette et Retina. Il développe aussi une autre évolution, celle de la cartouche préemballée de film 24×36 (celle que nous connaissons encore de nos jours !)

Il négocie le rachat de son entreprise avec Kodak, qui voit là un moyen d’élever la qualité de ses appareils (fabriqués aux USA) et de casser l’image de bas de gamme qui leur collait à la peau. La Kodak AG devient la filiale allemande de Kodak, avec à sa tête ce cher August Nagel, qui pourra alors développer les deux appareils, qui seront commercialisés pendant plus de trente ans sous de multiples versions : boitier avec viseur simple, avec télémètre, avec objectifs fixes, puis interchangeables et enfin des réflex mono-objectif. Le film en bobine sera là encore une autre réussite, que Kodak déclinera en centaines de versions.

Cependant, dès les années cinquante, les appareils japonais ont commencé à laminer l’industrie photographique allemande. Kodak AG ne fut pas épargnée et les derniers Retina seront de pâles descendants des Retina des débuts (par exemple, le Kodak Instamatic Reflex – 1968 – 1972 – n’est autre qu’un Retina Reflex à objectifs interchangeables mais qui utilise le film en cassette 126).

Les Retinette sont la version simplifiée et moins chère des Retina. Elles utilisent aussi le film 135 en bobine. Elles sont essentiellement avec un petit soufflet, comme les Retina, qu’elles perdront au début des années cinquante.

Rappelons encore que cet appareil est le premier à avoir utilisé le film 24×36, en 1934. On peut penser que celui-ci fut créé pour lui, ou inversement.

La gamme s’étend donc de 1934 à 1969 (belle longévité), avec cette qualité de fabrication qui fera bien défaut plus tard.

Bien évidemment, sur les 35 ans de carrière du Retina, les améliorations ont été nombreuses et progressives : on passe du simple viseur au télémètre (Retina I vers Retina II) ; puis la synchronisation du flash, le remplacement des boutons d’avance et d’armement par un levier (plus rapide et agréable à utiliser) ; l’adjonction d’une cellule au sélénium, non couplée puis couplée ; des objectifs fixes out interchangeables ; pour certains modèles, couplage de la commande d’ouverture et de vitesse sur base de la valeur d’exposition (EV).

Petit résumé des appareils à simple viseur (type I) :

Évolution des appareils photo Retina avec des modèles de 1934 à 1963, illustrant les changements et développements au fil des ans.

Et de la série avec télémètre (type II)

Évolution des appareils photo Retina II de 1937 à 1963, illustrant plusieurs modèles avec leurs années de sortie.

Bien que très bien construits et équipés, les Kodak se vendaient (un peu) moins chers que leurs concurrents, les Zeiss Ikon et les Voigtländer, les Leica et les Contax, bien évidemment.

L’année 1963 sera celle – a mon avis – du basculement car c’est à cette époque que Kodak lance le film en cassette 126, qui simplifie à l’extrême le chargement du film. La marque va alors privilégier des appareils plus simples (ce qui ne veut pas dire simplistes car de belles trouvailles s’y trouvaient aussi – voir les Instamatic sur le site) et fabriqués en masse. Car rappelez-vous, si Kodak a raté le coche de la photo numérique, dont elle était pionnière, c’est parce que les actionnaires de l’époque ont voulu garder la manne extraordinaire que représentait la vente des films et, accessoirement, des appareils (dans les années 80, plus de 80% des bénéfices de l’entreprise étaient issu de la vente des consommables).

Les Retina S1 et S2, produits à la suite de celui que je vous présente, seront (déjà) en plastique. On peut considérer que ce modèle sera un des derniers construit pour durer !

Présentation du Kodak Retina II F (type 047)

Vous vous en doutiez, si c’est un Retina avec le chiffre deux, c’est qu’il en eut un chiffre un avant. En l’occurrence, le Retina IF, qui n’était pas télémétrique. Une partie du châssis vient de la Retinette, la version plus abordable des Retina (pas de petite économie chez Kodak) dont la version sans soufflet est apparue en 1954.

Donc, notre Retina IIF est un appareil avec télémètre, couplé à l’objectif. Il sera mis sur le marché en 1963-64 et le quittera en 1967.

Outre le télémètre, il est équipé d’une cellule au sélénium (qui n’a donc pas besoin de piles), couplée à l’ouverture et à la vitesse.

Une aiguille, visible dans le viseur, en dessous du cadre collimaté et qui possède des marques pour la correction de la parallaxe. Un viseur bien clair et grand, avec le patch du télémètre au milieu, sous forme d’un rond (télémètre à coïncidence).

Une caméra vintage avec des étiquettes pour "EYE ÉLECTRIQUE" et "ÉCHELLE D'OUVERTURE DE LENTILLE" accompagnée d'une image d'une femme et d'une fillette jouant au bord de la mer.

Vu de haut, le Retina II F est très dépouillé : une roue aide-mémoire pour le film utilisé – je vais y revenir – jouxte une griffe porte-accessoire sans contact, puis un grand rectangle qui porte le nom du modèle.

Vue de dessus d'un appareil photo vintage Retina II F en argent, montrant l'objectif et le réglage de l'exposition.

Tiens, il n’y a pas de déclencheur ?

Si, bien certainement, mais celui-ci est en façade, vous verrez un peu plus loin.

Car je reviens sur la roue aide-mémoire : en fait, elle a deux fonctions, celle déjà décrite et la seconde lorsque l’on appuie dessus, ce qui la fait jaillir, permet de rembobiner le film terminé dans la chambre. Si vous tirez plus fort, vous n’ouvrirez pas le dos de l’appareil mais cela vous aidera à insérer une nouvelle bobine.

Vue supérieure d'un appareil photo argentique argenté, avec des détails sur les réglages et les boutons.

Pour ouvrir le dos de l’appareil, il faut faire tourner la roue qui est sous le boitier. C’est elle le verrou, ne tirez donc pas sur la tige au risque de l’abimer.

Image montrant une main utilisant un appareil photo avec un bouton, un levier moleté, et un bouton de rembobinage.

Le montage est très bien fait et les rainures sont gage d’une bonne étanchéité à la lumière.

Illustration d'un appareil photo avec des légendes identifiant ses différentes parties, telles que le socket flash, le viseur télémetre, et d'autres éléments techniques.

Venons-en à la face avant, elle aussi très sobre : au centre, une pièce métallique qui porte l’objectif. Et sur le côté de cette pièce, à droite, le levier du déclencheur.

Si la position ne nous semble pas habituelle, d’autres appareils faisaient pareil, comme les Praktica, les Voigtländer Vito CD, les Bilora Bella, par exemple. Lorsque ce type de déclencheur est doux, il génère moins de mouvement vers le bas que le déclencheur sur le capot et éviterait ainsi les flous de bougé en cas de vitesse lente.

Vient ensuite le bloc optique avec un objectif Schneider-Kreuznach Retina-Xenar de 45mm ouvrant à f2,8 et l’obturateur, un Compur-Special, qui donne des vitesses de 1s à 1/500s, plus une pose B. La synchronisation du flash (X) se fait à 1/30s et une prise PC est située au dessus du déclencheur sur le plastron métallique.

Le saviez-vous : le 45mm est plus large que le 50mm, même si ça se voit peu. Mathématiquement, il est plus proche que la lentille de 50mm (dite normale) pour la taille du cadre, car il est plus proche du champ de vision de l’œil humain. Il se rapproche aussi du 43mm qui est la diagonale du film 24×36.

On a souvent considéré les Schneider-Kreuznach Xenar comme moins bons que les Zeiss mais ils tirent quand même très bien leur épingle du jeu et à f8 ils sont excellents. Ici donc l’objectif, un Xénar de 45mm ouvrant f2,8, est un quatre lentilles de type Tessar, qui n’a pas à se cacher derrière le xénon à six lentilles 50mm f2 des modèles III-er en termes de performance d’images.

Ces objectifs acceptent les filtres Kodak à viser en 32mm. Comme l’objectif est fixe, on peut ajouter des compléments optiques comme les lentilles pour grands angles NI et NII (kit Model C) ou mini télé avec les lentilles R (3 modèles).

Et là, je vous sens curieux : qu’y a-t-il sous la plaque qui porte le nom et le modèle ?

Vue supérieure d'un appareil photo avec un éclairage et un indicateur de socket.

C’est l’implantation astucieuse du flash à ampoule, la plaque ainsi relevée servant alors de réflecteur pour l’éclair (et accessoirement de protection car ces ampoules pouvaient parfois éclater). Les lampes doivent être des types AG-1.

Vous aurez donc deviné que le F du Retina IIF est là pour le flash !

Le saviez-vous/vous en souvenez-vous ? Pour calculer la portée d’un flash, les constructeurs donnent une indication : le nombre-guide. Il s’agit du produit de l’ouverture multiplié par la distance en m sur un objet gris neutre. Soit pour une distance de 5m avec une ouverture de f 8, la formule NG = D x F = 40 ; autrement dit, pour trouver l’ouverture en fonction du nombre guide du flash NG/distance = f (ouverture). Un exemple : NG 50/2,5m (distance) = f6,3. Dans ce cas précis, il faudra utiliser l’ouverture la plus proche, soit f5,6

Ces ampoules sont généralement dans une boite qui reprend les caractéristiques du flash.

Ensemble de lampes Philips Photoflux AG1 avec une carte de spécifications.

Le saviez-vous ? Les ampoules sont en verre, remplies de gaz d’oxygène et de filaments de magnésium. Elles sont allumées électriquement par un contact dans l’obturateur de l’appareil photo ou une source d’alimentation externe basse tension (entre 5v et 21v). Une telle ampoule ne peut être utilisée qu’une seule fois puisque les filaments, très fins, brûlent. Attention, elle est très chaude et ne peut être manipulée immédiatement après utilisation. Certains flashs sont munis d’une protection car il peut arriver que l’ampoule explose. Il existe deux types d’ampoules, les AG1 et les AG1B. La différence est un film plastique bleuté qui recouvre les ampoules AG1B. Ces ampoules sont utilisées pour simuler la lumière du jour quand on utilise un film couleur équilibré pour la lumière du jour.

Cet agencement particulier du flash oblige alors le compteur de vue à migrer sous l’appareil ainsi que le bouton pour le régler.

Vue supérieure d'un appareil photo avec des étiquettes décrivant le compteur de film, l'avance du compteur et le levier d'entraînement rapide.

C’est là dessous aussi que se situe le levier d’armement rapide. C’est d’ailleurs une des particularités des Retina.

Une vue en plongée d'un appareil photo vintage noir et argent, montrant l'objectif, les boutons et les réglages sur le dessus.

Si cet emplacement est surprenant, là encore d’autres l’ont fait avant Kodak (comme le Ricoh 35) et, finalement, avec un peu d’habitude, on s’y fait très vite et cela reste assez discret comme manœuvre.

RETINA IF et IIF

Ah, au fait, et ce couvercle manquant pour une pile ?

Vous ne l’aviez pas oublié, tant mieux. De fait, ce couvercle est sous l’appareil, entre le levier d’armement et la verrou. Cette pile, une antique PX-13 au mercure, que l’on peut remplacer par une PX625A, ne sert qu’à alimenter le flash, qui a besoin de courant pour fonctionner et faire brûler l’ampoule. Ce n’est pas l’élément le plus important mais si je trouve un bouchon compatible, pourquoi ne pas l’y fixer.

Prendre une photo avec ce Retina suppose 5 actions : armement avec le levier à course rapide, réglage de la vitesse, réglage de l’ouverture en regardant l’aiguille du posemètre dans le viseur, réglage de l’image avec le télémètre et déclenchement.

Avec un peu d’entrainement, tout se fait très vite.

Mais je reviens un instant sur le combiné objectif/obturateur.

Comme l’appareil est muni d’une cellule, il faut en régler la sensibilité (de 25 à 1250 Asa) pour ajuster celle-ci.

Le réglage de la sensibilité du film se fait avec un anneau autour de l’objectif, par dessous (chiffres rouges).

Détail d'un objectif de caméra montrant le cadran de vitesse d'obturation avec des valeurs numériques et une indication de verrouillage.

Un second anneau, celui du réglage de la vitesse est presque à l’extrémité du fut. Il est bien cranté, sans être dur.

Gros plan sur le dessus d'un appareil photo montrant les anneaux de vitesse et d'ouverture.

Ensuite, l’anneau pour régler l’ouverture est plus près du corps de l’appareil, fluide, sans crantage.

Vue rapprochée de diverses bagues sur un objectif d'appareil photo, incluant l'anneau des distances, l'anneau des vitesses et l'anneau des ouvertures.

Bien que ce soit un télémétrique, il y a une échelle de profondeur de champ, pour les photos que l’on prépare à l’avance (comme en photo de rue).

Un gros plan du réglage de mise au point d'un appareil photo Kowa avec des indications sur la distance minimale et maximale de mise au point.

Ce que j’apprécie sur cet appareil, c’est qu’il évite le système EV, qui couple l’ouverture à la vitesse et que ses concurrents utilisaient encore.

Pour le reste, il est magnifique dans son sac tout prêt en excellent état.

Que penser de cet appareil ?

C’est toujours subjectif mais je le trouve beau.En tout cas, il a traversé les ans avec panache : les cuirs sont impeccables, les chromes aussi et toute la mécanique fonctionne parfaitement, même la cellule au sélénium.

Et lorsque des personnes vous abordent, elles sont sidérées que ce soit un Kodak.

C’est un appareil que l’on peut porter dans son sac tout prêt, car il y a des crochets pour attacher une lanière. Par contre, le fait de ne pas l’utiliser fait que la cellule est alors toujours exposée à la lumière et donc – si elle est encore fonctionnelle comme ici – va s’user plus vite. L’entre deux serait de le porter dans un petit sac, avec un dragonne toute simple.

L’appareil fait son petit poids mais ce n’est pas désagréable et ça assure une bonne stabilité.

Pas de soucis majeur pour charger (et pourtant, Kodak a bien inventé les cassettes 126 et 110 pour le simplifier ce chargement !). Juste ne pas oublier de régler ensuite le compteur de vue.

Se promener avec lui offre un confort d’utilisation certain et, surtout, il n’est pas commun ! Produit seulement à environ 30.000 exemplaires, ce n’est pas un appareil rare mais suffisamment que pour qu’on s’y intéresse, et pas seulement pour la collection.

Et vous, vous en pensez quoi ?

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par LA.

  • Type : appareil photo télémétrique 35 mm
  • Objectif : Retina-Xenar 45mm f/2.8
  • Obturateur : Compur, 1-1/500 + B, avec synchronisation flash, déclencheur à câble et minuteur
  • Plage de vitesse du film : 12-1250 ASA
  • Diaphragme : f/2.8 réglable en continu à f/22, marquages à un stop
  • Viseur : viseur à hauteur des yeux, cadre lumineux
  • Mise au point : mise au point coïncidente couplée par image à distance, 1 mètre à l’infini.
  • Exposition : Centrage à l’aiguille/manuel
  • Mesure : cellule sélénium
  • Transport du film : avance à levier simple course (sur la base)
  • Flash : Ampoule AG-1 dans un porte-flash intégré, prise PC pour les flashs électroniques
  • Douille trépied : Douille standard
  • Filtres : Série VI / 32 mm à visser
  • Pile PX625A pour alimenter le flash
  • Années de production : 1963 -1964

Des références

https://fr.wikipedia.org/wiki/Kodak_Retina, https://fr.wikipedia.org/wiki/Kodak_Retina, en français ; https://camera-wiki.org/wiki/Kodak_Retina_IIF, https://retinarescue.com/retina2f.html, https://photoethnography.com/ClassicCameras/KodakRetina.html, https://www.kodaklist.com/cameras/KODAK-RETINA-IIF-Camera, https://kodak.3106.net/index.php?p=301&cam=916, en anglais ; https://www.supernovamedia.de/retina-iif.html, en allemand

Argentique

Un appareil de poche vintage ? Pensez au Puck

Préambule

Nous sommes le 08 mars 26 et dehors il fait près de 18°C !

Nous, nous sommes enfermés à l’intérieur car nous avions réservés pour une des premières dates de brocante – couverte – sur Ath et au profit de l’Unicef. Bien nous en a pris – enfin en tout cas pour moi – car j’ai retrouvé là un Monsieur à qui j’ai déjà acheté des appareils, collectionneur qui essaie de liquider doucement ses nombreux appareils, car ni ses enfants ni nombreux petits enfants ne montrent d’intérêt pour la chose photographique.

Cela n’a pas manqué, j’ai trouvé sur son stand de quoi alimenter encore le site de quelques petites perles intéressantes.

La première tient dans une poche de pantalon ou de manteau, sans soucis. C’est un modèle inédit pour moi et je sens que je vais devoir chercher des infos à son sujet. Vous allez les découvrir.

Un peu d’histoire

Honnêtement, ce ne fut pas facile car la société à l’origine de cet appareil n’a, semble-t-il, pas laissé beaucoup de traces dans l’industrie métallurgique allemande.

La Metalfabrik Eugen Ising, Bergneustadt (Rhénanie, Allemagne) a fait l’objet d’un livre, en 1996 mais ma connaissance de l’Allemand va me dispenser d’en faire et la lecture et l’acquisition.

En résumé, Eugen Ising a créé une fabrique de produits métalliques, vers 1890, qui produisait essentiellement des trépieds (y compris pour l’armée allemande, trépied pour système optique), des flashs, des projecteurs de films, des engins pour visualiser les images animées, des trépieds à boule et douille pour Agfa et, in fine, quelques appareils photo, dont un Pucky fabriqué en … bakélite (cherchez l’erreur !) au tournant des années vingt et jusqu’au seuil des années trente. Elle produisait quand même 130.000 unités par an.

Dans les appareils photos, outre donc le Pucky en bakélite, elle fabriquera aussi :

  • des Puck, appareils télescopiques avec objectif Steinheil München Cassar de 50mm ouvrant à f2,9 et obturateur Compur-Rapid B 1-/500 sec ou des Rodenstock Trinar de 45mm ouvrant à f3.5 et obturateur Prontor II B 1-/250 sec, voire un mélange des deux (celui que je vais vous présenter, image de 4×3). Vers 1948 – 1950, produit à environ 10.000 exemplaires.
  • des Isis, appareils télescopiques en 6×6 (1954)
  • des Pucky, 6×6 pseudo TLR (différents modèles – 1950) ou des Isoflex, 6×6 pseudo TLR (une variante sous un autre nom du Pucky 1)
Affiche d'exposition sur les appareils photo de 1890 à 1960, indiquant les dates et les événements au Heimatmuseum Bergneustadt.
Une affiche colorée présentant l'histoire de l'appareil photo Pucky de la société Ising, avec des images d'appareils photo anciens et des références à des photographes et des souvenirs photographiques.

Il semblerait que l’entreprise ait produit quelques articles accessoires jusqu’en 1970, puis elle s’est recentrée sur son cœur business, les ateliers mécaniques et s’est retirée du monde de la photographie.

Les appareils qu’elle a fabriqué ne sont pas sophistiqués, sans être mauvais. Ils étaient sans doute destiné à un public d’amateurs.

Elle a toutefois produit assez que pour l’exportation car on retrouve des Pucky sous le nom de Bolsey-Flex (importateur Bolsey) et Tower 120 Flash (importateur Sears).

Ici nous allons voir ce que cache un Puck, tout petit, tout mignon, en film 127.

Présentation du Puck

Le Puck n’est guère plus grand qu’un Rollei 35 et, comme lui, propose un objectif sortant.

La comparaison s’arrête là car les 2 appareils sont diamétralement différents.

De prime abord, ce petit boitier semble très simple mais il nous réserve quelques surprises.

Comme son obturateur, un Gauthier Prontor II qui offre quand même des vitesses de 1s à 1/250s, plus une pose B et une synchro flash (prise PC). La vitesse se règle grâce à la roue dentée sur le pourtour. On arme l’obturateur avec un levier et on déclenche avec un second, placé plus bas. Il y a même un minuteur. Cet obturateur étant central, j’en déduis que la synchro flash se fait à toutes le vitesses.

Ancienne caméra avec objectif Prontor II, présentant des réglages de vitesse d'obturation et une lentille visible.

Le combiné objectif/obturateur est donc télescopique. Bon, c’est pas gagné pour le faire sortir, sans doute un peu d’oxydation.

Sur ce combiné, un objectif Steinheil München Cassar de 50mm ouvrant à f2,8. La mise au point minimale est à 1,2m jusque l’infini.

Bon, génial, j’ai réussi à sortir l’objectif et à le bloquer en position mais depuis, il refuse de revenir en place. Au lieu de cela, je me retrouve avec le combiné obturateur/objectif en main !

Je vais en profiter pour nettoyer les lentilles, c’est déjà ça de gagné. Cela m’a encore permis de débloquer le petit levier, plaqué contre le corps du combiné et qui permet de régler l’ouverture, de f2,8 à f16.

Finalement, une ouverture à f2,8 n’est pas courante à cette époque. Pourtant, c’est un design de lentille anastigmate de base à trois éléments en trois groupes. Ici, il est monté sur une rampe hélicoïdale, très fluide, sans arrêt. En monture M42, cette optique est réputée, pourquoi serait-elle mauvaise ici ?

Evidemment, pas de traitement anti-reflets, il faudra y faire attention.

Pour le reste, un discret verrou sur la tranche gauche permet d’ouvrir le dos monté sur charnière et découvre la chambre. N’oublions pas que ce Puck utilise du film en bobine 127 (appelé A8 chez Agfa), ce qui dispense le boitier d’avoir un compteur de vues puisque le papier qui protège le film porte les nombres de photos. Sur la porte d’ailleurs il y a deux fenêtre, que l’on peut occulter. Ce film a une largeur de 46mm et il était destiné aux appareils compacts.

Les formats habituels étaient le 4×6,5cm (8 photos par film) ou 4x4cm (12 photos). Mais ici aussi (comme en 135), il existe du demi-format et la chambre du Puck fait 28x37mm. D’où les 2 fenêtres : le chiffre 1 apparait à droite (comme en plein format) et le chiffre 2 à gauche ensuite (parce que c’est un demi-format, les images 1 et 2 sont sur une même longueur de film).

Diagramme montrant les dimensions de l'Ising Puck (28 x 37 mm) par rapport à la taille du cercle d'image de l'objectif et à un film 135 pour comparaison.

Malin, non ? Ensuite, une plaque de pression incurvée (ressort très souple) est fixé sur le dos du boitier, percée elle aussi pour les deux fenêtres.

Et enfin, il y a une troisième ouverture, celle du viseur, qui traverse la chambre et tout le corps du Puck. Il est minuscule mais donne une idée assez approximative de ce que l’on veut capter, en vertical bien sûr.

Que dire de plus ? En dessous, un filetage pour installer l’appareil sur un trépied et autour, un pied repliable qui permet au Puck de rester bien à plat sur une surface plane, sans piquer du nez.

Appareil photo vintage avec un design noir et argent, vu de face.

Sur le capot, deux molettes : celle de gauche fait avancer le film que l’on place à droite et celle de droite est simplement une aide à la mise au point avec une échelle de profondeur de champ. Comme le 127 se déverse d’une bobine sur une autre, pas besoin de rebobiner, il suffira de retirer le film terminé et de coller la languette pour éviter que la bobine ne s’ouvre (comme pour le film 120).

Que penser de cet appareil ?

C’est sa taille et sa bouille sympathique qui m’a attiré vers lui en premier.

Ensuite, au fur et à mesure des recherches, je me suis aperçu que ce petit boitier était, finalement, bien intéressant et relativement rare.

A la réflexion, je me dis quand même qu’au temps de l’argentique il y avait des appareils qui, sous des dehors très simples, cachaient des solutions techniques originales et performantes, à coût raisonnable.

De plus, dans ce gabarit réduit, ils avaient trouvé le moyen de placer un viseur, certes riquiqui mais suffisant.

Vais-je utiliser ce Puck ? Non car hélas le labo avec lequel je travaille ne peut plus traiter les films 127, ils leur manque une pièce, introuvable, sur leur machine.

Tant pis, il reste une belle pièce collectionnable, que je proposerai à la vente lors d’une Foire, par exemple.

Un peu de technique

  • Appareil compact demi-format (3×4) pour film 127 en rouleaux
  • Objectif Rodenstock-Trinar 4,5 cm f/3,5 ; Steinheil Cassar 5cm f/2.8, ou Staeble Kata 50mm f/2.8.
  • Obturateur Prontor II à fermeture centrale, B-1-2-5-10-25-50-100-250. Également avec le Compur-Rapid (jusqu’à 1/500 s) ou le Vario (B-25-75-200).
  • Mise au point manuelle sur l’objectif (à partir de 1 m ou 1,2m) en ajustant l’objectif avant
  • Viseur simple, très petit viseur
  • Prise flash sur l’obturateur.
  • Transport du film avec bouton rotatif, double fenêtre rouge pour le demi-format
  • Minuteur automatique
  • Bouton de profondeur de champ sur le dessus (sabot d’accessoires sur les versions ultérieures)
  • Filetage de trépied 1/4′
  • Support pliant
  • Accessoire : sac tout prêt
  • Dimensions, poids environ 100x70x47 mm, 360 g
  • Année(s) 1948-1950, probablement moins de 10 000 exemplaires au total.

Des références

https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-5949-Ising_Puck.html, en français ; https://camera-wiki.org/wiki/Puck, https://mikeeckman.com/2020/10/ising-puck-1948/, https://camera-wiki.org/wiki/Ising, https://www.artdecocameras.com/cameras/ising/, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Ising , en anglais ; https://knippsen.blogspot.com/2019/09/ising-puck.html, https://nat.museum-digital.de/people/238033,https://kameramuseum.de/firmen/ising/, https://www.yumpu.com/de/document/read/5743918/fotoapparate-1890-heimatmuseum-bergneustadt/2, en allemand

Argentique

Un Voigtländer Vito qui a bien souffert …

Préambule

Un matin humide de février. La météo nous promet un peu de soleil pour la fin de matinée, mais là, nous l’attendons avec impatience, il fait frais et même les plus endurcis des brocanteurs ne sont pas nombreux …

En passant devant un stand, je vois cet appareil, qui m’intrigue. Mais je constate qu’il est en mauvais état ; passons, je verrai bien si je ne trouve rien d’autre, c’est un des premiers vendeurs.

Finalement, je reviens car je n’ai trouvé que ce bel ensemble que je vous ai déjà proposé, une chambre F. Deckel et son trépied.

Je prends le petit appareil en mains et j’essaie de l’ouvrir ; impossible, il est bloqué ou il y a une manœuvre que je ne connais pas. Je me tourne vers le vendeur pour lui demander comment faire, mais lui non plus n’en sait rien. Ou plutôt, il fait les mêmes gestes que les miens pour un résultat identique : il ne s’ouvre pas.

Je lui propose que je fasse un dernier tour, le temps qu’il trouve … et un quart d’heure plus tard, il n’a pas avancé d’un iota : c’est bien le moment de négocier un tout petit prix pour ce boitier récalcitrant, et ça marche, il me le cède car il ne réussira pas à le mettre en état de vente.

Pour ma part, j’ai bien une petite idée et mon canif Suisse en poche, qui va encore débloquer la situation loin des regards …

Un peu d’histoire.

Ici encore je ne vais pas m’étendre trop longtemps, c’est une marque que j’ai déjà souvent analysée sur le site, du minuscule et moderne Vitoret EL 110 à l’ensemble exceptionnel du Bessamatic De Luxe, en passant par plusieurs déclinaisons des Vito (le Vito CD par exemple) et quelques folding de légende comme le Bessa I ou le populaire Perkeo I.

Juste rappeler que Voigtländer est sans doute une des plus anciennes marques actives dans l’optique et la photographie puisqu’elle fut créée par Johann Christoph Voigtländer à Vienne, Autriche, en 1756.

En 1850, il est un des plus grands fabricants et vendeurs de matériel photographique en Allemagne. Jusqu’au seuil de la Grande Guerre (1914 – 1918), les appareils sont des chambres portables à plaques de verre et des pliants avec film 120.

Il faut attendre les années trente pour qu’un nouveau format prenne petit à petit le contrôle du marché, le 24x36mm. Ce film répond à la demande du marché des Leica (1925), des Contax (1932), des Kodak Retina (1935). Trois formats de films vont donc encore cohabiter : les 127, le 120 et le 135. Notons qu’ils existent encore tous les trois de nos jours.

Comme d’autres fabricants, Voigtländer va peu à peu diminuer la taille de ses appareils et favoriser leur portabilité. En effet, longtemps réservé à une élite, l’appareil photo entre dans les mœurs, notamment grâce à Kodak, Agfa, Balda, Franka, Iloca, etc. qui produisent des boitiers de qualité à des prix plus démocratiques, favorisant l’achat non seulement des appareils mais aussi des films, de la chimie.

Les premiers boitiers vraiment de poche seront le Bessa (1929) et le Perkeo (1950), tous deux en format 120. Ce sont encore des pliants et lorsqu’ils sont fermés, on peut réellement les glisser dans une poche ou un petit sac. De quoi les avoir tout le temps sur soi.

Et pour répondre à la nouvelle tendance des appareils à film 135, face au Contax, ils vont proposer le Prominent (haut de gamme), les élégants Vitessa face aux Leica. Avec une bonne dizaine d’années de retard sur leurs concurrents, toutefois.

C’est donc comme une solution temporaire que ce Vito sort : il ne se positionne pas comme un haut de gamme mais comme un appareil capable de rivaliser avec les appareils 24×36 de la concurrence, comme l’Agfa Silette, les Zeiss Contessa et Contina, le Beirette, le Paxette de Braun, le Franka, etc. Des appareils de moyenne gamme destinés à répondre à la demande des amateurs toujours plus nombreux au sortir de la seconde guerre mondiale.

Ils n’ont rien révolutionné et plutôt pris le même chemin que leurs concurrents, à savoir un appareil pliant mais au format 135. Une sorte de Bessa et Perkeo mais en modèle réduit.

Maintenant, pour avoir choisi ce nom ? Vito signifie éviter en latin. Quoi, une perte financière, une aura, … on ne le saura sans doute jamais mais c’est finalement un nom qu’ils vont utiliser une bonne vingtaine d’années, avec toutes les déclinaisons ultérieures du Vito premier du nom.

De fait, il y a deux grandes catégories chez les Vito : les pliants, introduits dès 1939, marqués ensuite en chiffres romains de II, IIa à III (et non, il n’y a pas de Vito I car à l’époque, étant le premier, il ne devait pas être nommé comme tel).

Le tout premier Vito était prévu pour le film 828 de Kodak (voir le Kodak Pony), qui était un film non perforé au format 28x40mm. Seulement, la guerre est passée par là et ce type de film a été abandonné par Kodak et … Voigtländer, qui a opté pour le 135.

Les Vito II et IIa étaient encore forts proches du premier du nom, seule l’esthétique changeait mais ils étaient tous les deux des appareils avec un simple viseur. Par contre, le Vito III était un télémétrique.

Le premier Vito et les numéros deux étaient équipés d’un objectif Skopar ouvrant à f3,5 tandis que le troisième recevait un objectif Ultron ouvrant à f2.

Quant à la seconde catégorie, c’est celle des Vito compacts et rigides dont je vous ai déjà présenté quelques exemplaires (comme le Vito CLR, le Vito CSR, le Vitoret, le Vitomatic IIa, par exemple)

Les Vito étaient les appareils destinés aux amateurs, même s’il y en eut de très beaux et complets, tandis que les Vitessa étaient des milieux de gamme et les Prominent, hauts de gamme, destinés aux professionnels. Il y eut encore des réflex mono objectif comme les Bessamatic et Ultramatic.

Finalement, en 1956, Voigtländer sera racheté par Carl Zeiss AG et Zeiss Ikon, qui cessera la production d’appareils photo en 1971. La gamme Vito, sous toutes ses appellations, sera sous licence, ce qui permettra de la relancer dans d’autres formats comme le 110 par Rollei (Vitoret 110) ou dans l’éternel format 135 par Balda (1980) et même Samsung (1990).

Présentation du Vito, premier du nom

Les premiers Voigtländer Vito sont produits en 1939 et lorsque la guerre éclate, tout s’arrête. Il faudra attendre 1947 pour que les appareils reviennent sur le marché, avec quelques modifications, notamment l’obturateur qui passe du Compur initial au Prontor. L’objectif de 50mm possède une particularité : un filtre jaune est monté autour de lui, avec une charnière, qui permet de le relever si on n’en a pas besoin. Cette formule n’existe que sur les appareils d’avant guerre.

L’objectif reste un Skopar, dérivé du Zeiss Tessar (ça pouvait être pire !). On peut classifier les modèles de cette manière :

Voigtländer Vito (appareils photo en chiffres romains) 1939 – 1947
Vito II (1950)
Vito III (1951)
Vito IIa (1955)

Le deuxième du nom se distingue par un capot plus large où le viseur est intégré (plus de saillie). L’objectif était alors un 50mm ouvrant à f3,5 qui reçoit la mention Color-Skopar et il reçoit soit un obturateur Prontor, Prontor II, Prontor S (vitesse maximale de 1/300s) ou un Synchro-Compur, voire un Compur-Rapid (vitesse maximale de 1/500s). Il recevra par la suite une griffe porte-accessoire dite froide (sans contact).

Le Vito IIa reprend l’objectif du II mais il ne garde qu’un bouton sur le capot (au lieu de deux) et son viseur est agrandi.

Le Vito III opte pour un plateau rabattable au lieu de deux charnières latérales pour l’ouverture/fermeture pliage. Cette fois, il est un télémétrique, couplé avec un objectif Ultron de 50mm ouvrant à f2, qu’il partage avec le Vitessa et le Prominent.

Comme signalé plus tôt, l’appareil initial est prévu pour le film 828, qui donne un négatif de 30x40mm, négatif qui n’est pas perforé et donc il n’y a pas d’engrenage d’entrainement sur le pignon.

Celui que je vous présente a, semble-t-il bien, souffert :

  • la cuirette, qui n’était déjà plus d’origine (les noms embossés dedans n’apparaissaient plus) et elle était décollée un peu partout quand pas tout à fait disparue. Je l’ai remplacée par un cuir synthétique coupé sur mesure
  • l’objectif est un Skopar de 50mm ouvrant à f3,5
  • l’obturateur est un Prontor II mais la vitesse maximale est de 1/200s
  • Il faut absolument l’aider pour faire sortir le combiné objectif/obturateur
  • le déclencheur est débranché (et impossible de démonter car tout est riveté)
  • il faut lui demander très gentiment pour le rentrer dans le boitier et il ne le fait pas de bonne grâce
  • il manque un minuscule ressort de rappel, impossible à remettre sans démontage

Bref, je vous le montre mais il n’est plus fonctionnel (j’en ai profité pour le démonter, au cas où, mais impossible de le réparer).

Sa forme n’est pas sans rappeler le Weltix (deux articles) ou le Zeiss Ikonta 522/24, voire le Kodak Retina IIIc : ils ont tous sensiblement la même compacité, le même système d’ouverture et l’unité de film, le 135.

Mais commençons par le début :

Vue d'une caméra vintage avec un design rétro en noir et blanc, posée sur un fond blanc.

Sa forme est assez épurée : un petit capot avec de chaque côté une roue (à droite, l’avance du film ; à gauche, le rebobinage du film, l’avance rapide, l’éjection de la cartouche) et au milieu, le viseur légèrement en saillie. Entre la roue de droite et le viseur, le compteur de vue.

Le viseur est de type galiléen inversé, vraiment pas grand (5mm x 2,5mm) mais lisible (mais on n’y voit que la moitié de l’image réelle). Vous aurez remarqué qu’il n’y a pas de griffe porte-accessoires, pourtant il y a une prise PC sur le combiné objectif/obturateur, un clip était en option. A partir du numéro deux, deux rivets ajoutés à la face avant vont permettre de clipser l’accessoire particulier.

Passons au dos du Vito. Sous la pièce basculante, vous verrez une roue dentée. C’est elle qui permet de régler le compteur de vue et si cette pièce est soulevée, elle vous permet de rebobiner le film dans sa cartouche.

Voyez le petit pont, sous la roue d’avance : il sert à fixer une dragonne, l’appareil n’étant pas muni d’œillets pour le faire.

Vue latérale d'un appareil photo vintage avec un revêtement en cuir marron.

Par dessous, un filetage pour un trépied, un petit bouton, celui qui sert à déverrouiller la porte avant. Notez bien que même si tout va bien, elle ne s’ouvre pas complétement, il faut l’aider à aller jusqu’au bout et tirer sur l’ensemble pour le verrouiller à sa juste place.

Si vous regardez bien, vous verrez aussi 3 petits pieds (le 3ème est sur le bas de la porte) qui permettent de placer l’appareil bien à plat sur une surface solide. Utile, en combinaison avec le minuteur, pour les photos de groupe.

Appareil photo vintage en cuir brun, vu de côté, avec des éléments en métal.

Une fois la porte ouverte avec votre aide, le combiné objectif/obturateur sort et se place en bonne position.

Appareil photo rétro Voigtländer avec objectif Skopar, coque en cuir marron.

L’objectif est bien marqué Skopar, de 50mm et d’ouverture f3,5. L’obturateur est un Gauthier (voir le logo en face du nom) Prontor II. Au sujet de la lentille, quelques remarques utiles je pense : elle n’est pas traitée contre les reflets et est plus spécifiquement prévue pour le N/B. La mise au point minimale est de 1m jusque l’infini. Deux repères pour l’hyperfocale sont notés sur le pourtour : à f5,6, net de 5m à l’infini et à f16, net de 2,5m à l’infini).

L’obturateur propose des vitesses de 1/5, 1/10, 1/25, 1/50, 1/100 et 1/200s, plus une pose B et une prise PC mais sans indication de la vitesse de synchronisation, sauf ce tableau :

Table des paramètres de synchronisation des flashs, indiquant les réglages recommandés pour différents types d'ampoules et flashs électroniques.

Le petit levier avec un point rouge est celui du minuteur, qui fait ce qu’il peut et est assez fantaisiste pour le temps, quand on arrive à l’actionner. Petit rappel à ce sujet : d’abord armer l’obturateur (le levier au dessus, à faire basculer vers l’avant) puis actionner le minuteur (à pousser dans le sens horaire), puis déclencher. Normalement, on peut déclencher l’appareil en appuyant sur la barre fixée au dessus de la porte, ou avec un câble fileté. Ici, rien ne fonctionne, à cause de ce f … ressort qui a mis les bouts !

Un appareil photo vintage en cuir marron avec un logo en métal sur le devant.

Le dos de l’appareil s’ouvre en tirant vers l’arrière le bord noir, qui est le verrou. Bien le soulever et le rabattre quand vous fermez le boitier pour éviter les mauvaises surprises.

La chambre de cet appareil est déjà au format 24×36 mais les pignons ne sont pas munis de roue pour le guidage du film. Seule la fente de la bobine, large, va guider celui-ci, aidée par la plaque de pression sur la porte.

J’ai aussi lu chez quelques auteurs qu’il était bien possible que l’on ait utilisé du film en cassette rechargeable (comme chez Zeiss Ikon et Leica par exemple). Dans ce cas, il ne faut pas rebobiner le film, celui-ci entrant dans la cassette réceptrice au fur et à mesure. La molette se soulève d’ailleurs pour permettre de glisser soit une cassette, soit une bobine dans la chambre.

Puisqu’il n’y a pas de roue d’entrainement du film, le compteur de vue fonctionne avec un palpeur rattaché, je pense, à la roue d’avance du film.

Ce qui me fait aussi me poser une question, n’ayant pas de boitier de 1939 sous la main : si on pouvait utiliser du film 828, c’est-à-dire un film enrobé par un papier, comme le film 120, un compteur de vue n’est pas nécessaire mais il devait y avoir une fenêtre rouge au dos pour lire les numéros de vues. Qu’en pensez-vous ?

Que penser de cet appareil ?

Honnêtement, je suis déçu, car j’aime bien ces petits boitiers qui se glissent dans une poche. Mais ici, rien à faire, je ne sais pas le réparer : outre le petit ressort qui a pris la clé des champs, le mécanisme du déclencheur est usé et abimé au point qu’il faudrait refaire la pièce pour le réutiliser.

Comme je le soulignais ci-avant, je l’ai démonté pour essayer de trouver une manière d’atteindre le mécanisme du déclencheur ou, à tout le moins, voir comment cela fonctionnait Je vous livre ici les images :

Reste que la valeur de ce Voigtländer Vito ne vaut pas tout ce travail. Par contre, il fait un joli et peu encombrant presse-papier sur un bureau.

Ceci étant, pour ceux qu ont la chance d’en avoir un fonctionnel, c’est un chouette petit appareil typique des années 40 et 50 (pour les suivants), facile à employer et donnant de bons résultats, nous sommes quand même chez Voigtländer !

Vidéo d’illustration

Un peu de technique

  • Viseur : Simple viseur newtonien inversé – montre l’image à environ la moitié de la taille naturelle. Pas de lignes de cadre ni de marquages de parallaxe.
  • Mise au point aidée par l’échelle de profondeur de champ gravée sur le fut de l’objectif
  • Objectif : Skopar de 50mm f/3.5 (4 éléments répartis en 3 groupes). Sans revêtement contre les reflets
  • Filtres à pression de 31 mm ou 29 mm selon le modèle
  • Mise au point minimale : 1m.
  • Diaphragme : f3.5 à f16. Dix lames.
  • Obturateur : obturateur Prontor II (B, 1/5, 1/10, 1/25, 1/50, 1/100 et 1/200s). Minuteur et prise flash
  • Prise filetée standard à côté du déclencheur d’obturateur.
  • Taille : 125 x 71 x 39 mm (L x H x D) lorsqu’il est fermé.
  • Poids : 370g.

Des références

https://fr.wikipedia.org/wiki/Voigtl%C3%A4nder, https://parlonsargentique.com/voigtlander-vito-i-fiche-technique-avis/, https://focusargentique.fr/appareil-photo/voigtlander-vito/, https://mes-photos-2012.overblog.com/2017/12/voigtlander-vito.html, https://parlonsargentique.com/voigtlander-vito-i-fiche-technique-avis/, en français ; https://fr.wikipedia.org/wiki/Voigtl%C3%A4nder, https://en.wikipedia.org/wiki/Voigtl%C3%A4nder_Vito, https://camera-wiki.org/wiki/Vito, https://oldcamera.blog/2013/05/14/voigtlander-vito-i/, https://cameracollector.net/voigtlander-vito-family-list/, https://cameramill.co.uk/voigtlander-vito-film-camera-millys-cameras/, en anglais ; https://blende-und-zeit.sirutor-und-compur.de/thread.php?board=3&thread=288, https://www.peterwellner.de/voigtlaender.html, en allemand

Argentique

Un Illoca Photrix B Richard presque neuf de septante ans !

Préambule.

Aïe, je vieilli … je ne me souviens plus où je l’avais acheté celui-là !

A le voir, c’est sans doute son apparence très propre qui m’a fait me pencher sur lui et dans un second temps, le nom de l’appareil, que je ne connaissais pas.

Et puis, ayant ouvert le beau sac tout prêt en cuir, presque neuf, il y avait le nom de son propriétaire inscrit au Dymo, ce qui pour moi ajoute toujours un certain charme à ces découvertes car c’est bien la trace qu’il aura permis à quelqu’un de faire des photos.

Mais partons à sa découverte …

Un peu d’histoire.

C’est un certain Illing, de Hambourg (Allemagne) qui initie l’histoire de ces appareils. D’abord connue sous le nom de Ilca (Illing Camera contracté en Ilca – 1948), elle fabriquait des appareils 35mm.

Dès 1949, elle est reprise par un autre hambourgeois, Wilhelm Witt, qui change le nom en Iloca Kamera Werk (on trouve parfois des appareils siglés Jloca, la lettre J permettant de distinguer le l minuscule qui suivait).

Au début, elle fabrique toujours des appareils photo en 35mm, équipés d’objectifs eux aussi construits par la firme dans son usine de Göttingen. Ensuite, elle fera appel à des opticiens tiers comme Steinheil München et Rodenstock.

A ses débuts la société fabriquait encore essentiellement des appareils stéréo, qui avaient connu de beaux jours avant guerre mais n’étaient plus trop d’actualité dans les années cinquante.

De fait, on peut essayer de classer en trois catégories les appareils produits par Iloca :

  • des appareils à simples viseurs et des télémétriques (Iloca, Iloca Rapide et Quick). L’avance du film se faisait à l’aide d’un gros bouton rond qui, parfois, armait aussi l’obturateur (Iloca Quick). Le Rapid introduit un levier d’armement, plus facile à utiliser.
  • des appareils stéréo, aujourd’hui très recherché mais décalés à l’époque. Les clients préféraient acheter des appareils plus modernes
  • les modèles électriques comme le Iloca Electric, l’Iloca Aut-O-Matic et l’Iloc Auto-Electric. Ceux-ci étaient équipés de moteur électrique pour l’avance des films et il y eut même un posemètre embarqué. Trop en avance sur leur temps et, surtout, l’entreprise n’avait plus la surface nécessaire pour percer dans ce domaine

Sa production était tournée vers l’exportation ou la fabrication en produit blanc pour d’autres marques et/ou de gros importateurs comme Roebuck Company (gamme Tower), Sears, Montgomery Ward, Agfa, Graflex et Argus.

On retrouve ainsi les modèles sous d’autres noms :

  • Iloca Rapid B devenu Sears Tower 51
  • Iloca Rapid IIL devenu Tower 52 et 53
  • Iloca Stereo IIa dans le rôle de Sars Tower Stereo
  • Iloca Electric comme Graflex Graphic 35 Électrique
  • Iloca Rapid pour David White Realist
  • Iloca IIL comme Argus V-100
  • Iloca rapide IL comme MPP Iloca
  • Iloca Quick dans le rôle de Kaufhof Reporter
  • Un mélange de modèles pour les distributeurs Richard en Suisse et Atlantique en Suède.

La marque Photrix lui est propre, même si elle fut, semble-t-il, considérée comme une marque du distributeur Montgomery Ward, car elle se retrouve aussi associée à un autre distributeur, Suisse celui-là, Richard.

L’entreprise ne s’en tirait pas trop mal et de 1950 à 1959, elle a produit quelques beaux boitiers, dont une première mondiale avec le Graphic 35 Electric, le premier 35mm avec moteur électrique intégré (1959). Un appareil qui eut beaucoup de succès outre atlantique.

Hélas, elle fut la victime collatérale (un mot à la mode de nos jours) d’un conflit entre Zeiss Ikon et Voigtländer pour l’obtention de nouveaux obturateurs automatiques. Une grosse commande de 3.000 exemplaires lui fut refusée car ces grands groupes firent sans doute pression sur la F. Deckel GmbH afin qu’elle ne livre pas ces nouveaux obturateurs Compur automatique.

C’est dommage car l’entreprise adoptait des méthodes modernes pour la fabrication de ses produits. Son éthique d’entreprise était de produire en masse des produits en utilisant des matériaux aux meilleures propriétés pour obtenir la meilleure qualité au coût le plus bas.

Vue d'une usine où des ouvriers travaillent à des postes de travail, avec des machines et des boîtes en bois, dans une ambiance industrielle.

Elle avait investi de grosses sommes pour la recherche et le développement de ses produits et dans la mesure du possible, elle fabriquait tout en interne pour éviter, justement, les soucis d’approvisionnement et pour réduire ses coûts (frais de transport et de livraison). Cela lui permettait aussi d’éviter les problèmes de qualité et de fixer elle-même ses propres contrôles. La seule exception fut celle qui lui fut fatale, celle des obturateurs.

L’inévitable se produisit et la faillite fut prononcée au printemps 1960, période à laquelle Agfa acquit la société.

Fin de l’histoire …

Présentation du Photrix B Richard.

C’est un télémétrique fabriqué en 1955, très proche du Quick B de chez Iloca. En fait, le nom Richard y était ajouté et son objectif était différent du modèle original.

Ce qui est intéressant sur ce modèle, c’est la juxtaposition des noms Photrix et Richard : le premier était réservé à l’exportation US et le second est un distributeur Suisse. Quelques uns l’assimilent à un Rapid B mais sa structure est bien celle d’un Quick B.

Un appareil photo vintage Jeoca Quick-B posé sur un fond blanc.

En effet, si le Quick B partage son boitier de base avec le Rapid B, très différents des précédents Quick et Quick A, le bouton d’avance du film est dépourvu d’un levier d’avance rapide typique du Rapid B. Le télémètre est celui du Rapid B mais son objectif est un objectif anastigmat asymétrique à 4 éléments Ilitar 50mm ouvrant à f2,8 de style Tessar (Cassar habituellement sur Rapid B, qui a eu pourtant quelques montes dans cette configuration).

Le Quick B intègre aussi le nouveau mécanisme de déplacement de l’objectif : la mise au point se fait grâce à une vis hélicoïdale plutôt qu’un élément tournant des modèles précédents.

Ce Quick B est une révolution plutôt qu’une évolution des Quick antérieurs : outre ce que nous venons de voir, l’image du télémètre est plus grande mais ne bénéficie toujours pas de cadre gravé. Mais à côté de cela, il ne bénéficie que du Prontor avec une vitesses maximale de 1/300s, qui lui offre cependant une synchro flash M et un minuteur.

C’est étrange d’écrire cela en 2026 mais les acheteurs de cet appareils le préférait au Rapid-B, jugé pour l’époque trop en avance avec son levier d’armement. Pour certains, il était vraiment représentatif des appareils tels qu’on les concevait dans les années cinquante. Ah, l’éternelle querelle des Anciens et des Nouveaux …

Son boitier, en métal moulé, ses garnitures en cuir, son sac tout prêt en cuir lui donne un aspect rassurant, solide. Il était d’ailleurs très bien construit.

Son télémètre est couplé et il et assez clair, avec un beau carré jaune/orangé pour le réglage de la coïncidence des images.

Appareil photo argentique avec un marquage 'RICHARD' sur le dessus et des réglages visibles sur l'objectif.

Vu du dessus, on peut constater qu’il offre ce qu’il faut comme commande, sans plus :

Une vue d'en haut d'un appareil photo vintage, modèle Photax B, avec des cadrans pour les réglages.
  • la grosse molette de droite sert à faire avancer le film et à armer l’obturateur et le compteur de vue est en son centre
  • le déclencheur est juste devant, fileté
  • la bosse, légèrement décalée vers la droite, est celle du viseur
  • la griffe porte-accessoire est dite froide car il n’y a pas de contact pour la synchronisation d’un flash
  • la molette de gauche est un aide mémoire pour le film et sert à déverrouiller la porte arrière

A ce sujet, petite précision utile, car je ne fus pas le seul à chercher comme s’ouvre cet appareil.

Un close-up d'une main tenant un bouton sur un appareil photo, avec des lumières rouges visibles sur le boîtier.

Comme vous pouvez le voir sur l’image ci-dessus, il y a deux axes sous cette grosse molette gauche : le premier est l’axe pour la tenue de la bobine du film tandis que le second est celui du déverrouillage de la porte arrière, en tournant d’un demi-tour anti-horaire l’ensemble. Cela fait, un déclic se produit et le dos se soulève, discrètement.

Vue intérieure d'un appareil photo, montrant le mécanisme et l'objectif.

Car c’est toute la partie arrière qui s’enlève et comme elle est symétrique, les deux points rouges permettent de la repositionner dans le bon sens. Notez qu’il faut d’abord placer la partie vers la droite puis aligner les deux points et clipser le tout pour bien refermer le boitier. Voyez sur l’image la rainure profonde, qui assure une bonne étanchéité à la lumière, grâce aussi à un très bon assemblage.

La bobine de droite (réceptrice) est fendue sur un coté, pour y glisser l’amorce du film.

L’objectif est un 50mm ouvrant à f2,8, un triplet Ilitar-Super avec un obturateur Prontor-SV offrant des vitesses de 1 à 1/300e de seconde plus la pose B. Le V en rouge signifie qu’il est traité contre les reflets

Objectif de caméra vintage avec des détails en argent et noir, montrant la lentille et les réglages d'ouverture.

Le levier avec le bouton rouge, en bas, est le minuteur (+/-10s).

Autour de ce combiné objectif/obturateur, j’avoue que j’aime bien les deux plaquettes qui permettent de modifier rapidement la position de l’objectif, l’échelle de profondeur de champ intégrée.

Vous avez vu la prise PC pour la connexion du flash, synchronisé au 1/30s si vous placez la tirette sur la lettre M, sinon, il l’est à toutes les vitesses pour les flashs électroniques..

Le bord de l’objectif est fileté pour accueillir des filtres.

Comme le précise cette publicité, c’est un appareil présenté comme étant de qualité mais à un prix très raisonnable (même si cette publicité se rapporte au Photrix B II, qui propose déjà un levier d’armement).

An advertisement showcasing different models of Ward 35 mm cameras, highlighting features like interchangeable lenses, flash compatibility, and pricing information.

Que penser de cet appareil ?

Pour être tout à fait honnête avec vous, je serai bref car je l’avais pris avec moi pour la Foire de Villers Bretonneux et il est parti assez vite, ayant intrigué plus d’un chaland.

Je l’ai donc manipulé avant pour faire les photos, mais sans plus.

Ce que j’en retiens, c’est cette impression de qualité des assemblages et, comme il avait été très bien conservé, cette impression qu’il est fait pour traverser le temps sans trop de soucis.

Avec son sac tout prêt qui semblait encore neuf, il faisait un magnifique ensemble, d’où l’intérêt suscité, outre sa gravure Richard sur un Photrix qui était en fait un Quick-B (si vous n’avez pas suivi, il faut relire ce qui précède).

Un peu de technique.

Mode d’emploi ICI.

Appareil photo compact 35 mm
Obturateur : Prontor–SV avec des vitesses B – 1 – 1/2 – 1/5 – 1/10 – 1/25 – 1/50 – 1/100 – 1/300 s, avec minuteur et réglages de synchronisation du flash M
Objectif : Ilitar 1:2,9 / 50 mm, plage de mise au point de 3 pieds (0,9 mètre) à ∞ ; ou Ilitar Super 1:2,8 / 50 mm Tessar Style, plage de mise au point de 90cm à l’infini
Ouverture : F2.9 à F22 ou F2.8 à F22 (Ilitar Super)
Action différée : Environ 10 secondes (modèle Prontor uniquement)
Capacité flash : socket de contact flash
Compteur de vues : 0 à 36
Télémètre : Oui
Filtres et accessoires : a enfiler, diamètre de 32mm ; à viser, diamètre de 30mm

Des références.

https://historiccamera.com/cgi-bin/librarium2/pm.cgi?action=app_display&app=datasheet&app_id=3791, https://www.pbase.com/cameras/iloca/photrix_b, https://historiccamera.com/cgi-bin/librarium2/pm.cgi?action=app_display&app=datasheet&app_id=3781, https://cameracollector.net/iloca-rapid/, https://iloca.weebly.com/the-iloca-company.html (une mine de renseignements), en anglais ; https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-5055-_.html, en français

Argentique

Le Kodak Pony 828 Camera

Préambule.

Vous n’allez pas me croire, j’ai acheté un Kodak sur une brocante, sous le soleil de cet été (oui, c’était il y a quelques mois) parfois torride.

Mais pas n’importe lequel – ceci dit, on devrait donner une prime à la mise en déchèterie de tous les Instamatic qui pullulent habituellement – un petit Kodak en bakélite, avec une bouille sympa.

Je pressens qu’il va me réserver des surprises … En tout cas, il n’est pas commun, c’est la première fois que j’en vois un.

Mais commençons par le début …

Un peu d’histoire.

Rassurez-vous, je ne vais pas refaire toute l’histoire de la marque, j’ai déjà écris pas mal à son sujet lors d’articles traitant de ses produits (il faudra vous balader un peu sur le site).

Juste sans doute rappeler que George Eastman, le génial entrepreneur à l’origine de la marque, visionnaire de la photographie, a vraiment révolutionné ce domaine et à permis au plus grand nombre d’y avoir accès, tant en vendant des appareils simples et faciles à utiliser que tous les produits qui les accompagnaient, de la chimie au papier, en passant par les films, les filtres, entre autre.

Et il a inventé un slogan que tant de générations avant le numérique connaissaient par cœur : You push the button, we do the rest (vous appuyez sur le bouton, nous faisons le reste).

Surtout, cette entreprise a souvent donné le LA des tendances en créant les films qui allaient servir ses marchés.

Ainsi, le format 828 sera introduit en 1935 et présenté comme une option économique pour les photographes amateurs, car il permettait d’avoir une image plus grande, soit 28x40mm. Le nombre de photos étaient réduit, 8 voire 12 selon l’appareil. Mais au moins, les photographes amateurs ne gaspillaient pas de pellicule inachevée.

Les Kodak Bantam et Tourist ont par exemple été conçu pour utiliser ce format.

Ce fut pourtant un format éphémère car en 1950 Kodak l’abandonnait, le 24x36mm restant alors la référence et surtout, c’est le film qu’adoptait la majorité des fabricants d’appareil photo.

Si aujourd’hui vous vouliez utiliser ce format, il vous faudrait un appareil prévu pour ou un 135mm modifié pour l’accepter … mais le film est quasi introuvable et de toute manière, si vous en trouviez une bobine, il y a beaucoup de chance qu’elle soit vraiment périmée.

Pour vous donner une idée des formats :

Image montrant différents formats de pellicule photographique, incluant des bobines de Film 116, 120, 220, 127, 126, 135, 828, APS, et 110.

Les spécificités du 828 :

  • la taille de la pellicule : 4 cm x 2,8 cm, légèrement plus grand que le format standard de film 35 mm.
  • le nombre d’expositions : varie selon l’appareil, mais généralement de 8 à 12 expositions par pellicule.
  • la qualité d’émulsion : le 828 est généralement supérieur à celui du film 35 mm, ce qui signifie qu’il a un grain plus fin et peut produire des images plus nettes avec plus de détails.
  • la sensibilité ISO : elles peuvent aller de ISO 32 à ISO 160 en couleur, ISO 100 étant un choix courant pour le film couleur, et ISO 400 pour le film noir et blanc.
  • le traitement au développement : équivalent au film 135 mm

Voilà pour la pellicule, voyons donc un des appareils prévus pour son utilisation, notre Pony 828.

Il sera le premier d’une série de six appareils, série qui s’éteindra donc en 1959 (Kodak Pony 828 – 1949, Kodak Pony 135 – 1950, Kodak Pony 135 Modèle B – 1953, Kodak Pony 135 Modèle C – 1955, Kodak Pony II – 1957, Kodak Pony IV – 1957) . Pourtant, les 5 autres versions du Pony seront adaptées pour utiliser, déjà, le format classique 135.

On doit leur design et leur conception à Arthur H. Crapsey, qui en dessinera bien d’autres pour Kodak ensuite.

Son design rompait avec les appareils précédents et il allait utiliser des matériaux innovants pour l’époque, ainsi qu’un style très aérodynamique (l’époque des premiers Jets au sortir de la seconde guerre mondiale).

Sa constructeur s’inspire de ces formes aérodynamiques, qui lui confèrent une bonne prise en mains et, surtout, une construction simplifiée (corps moulé en plastique) pour réduire les coûts et permettre des ventes importantes. De fait, s’il fut vendu à l’époque 31,15$, ce n’était pas si bon marché mais il faisait partie de ces ventes de masse qui voulaient rassurer le public sur la bonne marche de la reprise des marchés au sortir de la guerre.

Les Pony sont des appareils de la reprise de confiance tant des constructeurs (surtout US) que des acheteurs.

Présentation du Pony 828.

Esthétiquement, l’appareil est très simple : tout en plastique moulé, en deux couleurs, avec des inserts métalliques (alu), il est, disons, dépouillé.

Sur le capot, à droite, le déclencheur et un disque mémoire pour le film installé dans la chambre, le viseur au milieu et à gauche, la molette d’avance du film.

Le dos, qui s’escamote entièrement quand on a ouvert le verrou sur la tranche gauche, ne porte au milieu qu’une fenêtre en vert inactinique, qui fait office de compteur de vue.

Par dessous, un pas de vis pour y fixer un trépied.

Remarquez, à l’intérieur de la chambre, la pose d’un carré en plastique pour fixer la bobine de 828 et la fine bobine du film. Comme les films 120, il n’est pas nécessaire de rebobiner le film puisqu’il passe d’une bobine à l’autre.

Pour avoir une idée de la forme et la tenue de ce film, voyez la vidéo ci-dessous :

Comme la bobine du 828 est plus grande que celle du 24×36, il est possible d’enrouler une pellicule classique dessus mais au développement, les perforations seront visibles.

L’appareil est muni d’un objectif dont la particularité est qu’il est rentrant : il faut faire tourner l’ensemble d’un quart de tour pour le sortir et ensuite le verrouiller à sa place. Le tube est métallique.

C’est un ensemble objectif/obturateur qui se trouve sur ce tube, un peu comme les anciens foldings (pliant).

L’objectif lui-même est Kodak Anaston de 51mm ouvrant à f 4,5 jusque f22, traité. Il est en trois éléments. Des images prises avec le Kodak Pony 828 sont à découvrir ICI.

Quant à l’obturateur, c’est un Kodak Flash 200, synchronisé. Il donne quatre vitesses de 1/25s à 1/200s, plus pose B.

La prise pour le flash est de type post, autrement dit quasi introuvable de nos jours.

Appareil photo Kodak Pony 828 avec objectif Anaston, vue rapprochée.

L’armement se fait à l’aide du levier avec une tête ronde, sur le combo. Sur cet exemplaire, il est bloqué, ce qui est une panne courante, les corps gras utilisés ayant tendance à figer avec le temps.

Ce qui veut dire aussi que le mouvement pour faire avancer le film est indépendant de l’armement, qui ne possède pas de protection contre les doubles expositions. La mise au point se fait par estimation de la distance

Vue rapprochée d'un Kodak Pony 828, montrant le mécanisme de l'objectif et les commandes d'exposition.

Notez qu’il y a une échelle de profondeur de champ sur la face de l’objectif.

Un mot enfin sur le viseur, étonnamment grand pour l’appareil. Il offre une bonne vision mais c’est un viseur de Galilée très classique et sans informations.

Que penser de cet appareil ?

Comme je l’écrivais au début de cet article, il a une bouille sympathique et il est devenu moins courant que les éternels Brownie déclinés sous toutes les formes.

Ceci étant, il n’offre aucun agrément particulier et sa pellicule, obsolète, ne le désert pas évidemment. Pour l’essayer, il faut bricoler avec une 24×36 moderne.

D’autant, pour cet exemplaire et beaucoup d’autres d’après ce que j’ai pu lire à son sujet, qu’il faut souvent démonter l’obturateur pour tenter de le remettre en route.

Honnêtement, je ne le ferai pas. Il restera un bel appareil pour qui veut le collectionner.

En terme de prix, il faut compter entre 30 et 50€, selon qu’il fonctionne ou pas et qu’il est en bon état cosmétique.

Vidéos d’illustration.

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi, c’est par LA.

  • Vitesses d’obturation : B, 1/25, 1/50, 1/100 et 1/200s
  • Objectif triplet Anaston 51 mm f/4.5, sur tube rentrant pour les 3 premiers modèles, fixe ensuite
  • Ouvertures : f/4,5 à f/22
  • Taille du filtre : Série V à clipser
  • Diamètre de l’adaptateur : 1 1/8′
  • Taille du film : 828 (plus tard, 35mm)
  • Expositions par rouleau : 8
  • Corps en bakélite

Des références

https://en.wikipedia.org/wiki/Kodak_Pony, https://filmphotography.eu/en/kodak-pony-828/, https://camera-wiki.org/wiki/Kodak_Pony_828/135, https://connealy.blogspot.com/2017/05/kodak-pony-828.html, https://filmphotographyproject.com/kodak-pony-1950s-little-work-horse/, https://www.kodaklist.com/cameras/KODAK-PONY-828-Camera, https://oldtimefocus.com/828-film-format-guide-history-uses/, https://pheugo.com/cameras/index.php?page=pony (pour l’entretien et les réparations), https://obsoletemedia.org/828-film/, https://web.archive.org/web/20120306023905/http://www.kodak.com/global/en/consumer/products/techInfo/aa13/aa13.pdf (si vous voulez la liste de tous les appareils produits par Kodak, depuis les origines), https://pheugo.com/cameras/index.php?page=spool828, en anglais ; https://www.collection-appareils.fr/x/html/page_standard.php?id_appareil=30027, en français

Argentique

Un Japonais particulier, le TARON Auto JE

Préambule.

Celui-ci, je l’ai trouvé sur la brocante du Grand-Large, près de Mons. Il était dans une boite en simili cuir gris-bleue, très tendance dans les années soixante, ce qui m’a attiré vers lui. J’ai ouvert la boite, extrait l’appareil dans son sac-tout-prêt, ôté enfin ce dernier pour me retrouver face à un appareil tout à fait inconnu : un Taron Auto JE.

Chouette me suis-je dit presque tout bas, des recherches en perspectives et sans doute une chouette histoire.

Petite négociation avec la dame qui le vendait, et hop, sous le bras (je n’avais pas mon éternel sac à dos ce jour-là !)

Un peu d’histoire.

Et bien ce ne fut pas aisé de retracer l’histoire de cet appareil, ni celle de la marque. Il a fallu faire des recoupements, aller voir des modèles qui ne correspondaient pas pour trouver des pistes, fouiller un peu la Grande Toile puis assembler les éléments recueillis.

Il semble que ce soit en 1943 que cette société nippone ait vu le jour. Comme souvent avec les sociétés japonaises, il y aura plusieurs noms. Le premier, celui donné par son fondateur, sera Yanagihara Tasaburo (entreprise de fabrication), ensuite la société transforme son nom en Nihon Kosokki puis en Nippon Kōsokki Kōgyō K.K. (Industrie japonaise des géomètres optiques), en 1949 ; enfin, elle deviendra Taron en 1959, pour coller au nom de ses modèles.

C’est à partir de 1949 qu’elle produit des appareils photo mais pour compte de tiers comme Fujica, Topcon (Tokyo Kogaku Kikai), Mamiya, Tougo-Do et Yashima Kogaku Seiki.

Pourtant, ce n’est qu’à partir de 1955 qu’elle entreprend de construire ses propres appareils : des télémétriques, des compacts 35mm, un TLR en 6×6 (le Taroflex) et même un appareil avec cassette 126 (le Taromatic F).

Malheureusement, elle disparut peu après, vers 1967.

Sa production comptait surtout des télémétriques (13), les compacts en 35mm (4) dont un appareil demi-format (le Taron Chic), un 6×6 donc et un avec film en cassette 126.

Celui qui nous préoccupe aujourd’hui sera fabriqué en 1965. Comme il n’y a pas pléthore d’informations à son sujet, nous partirons donc à la découverte complète de cet appareil qui est, il va s’en dire, rare.

Présentation du Taron Auto JE.

Ce qui frappe d’abord avec ce boitier, c’est son caractère un peu frustre, même si tout est bien assemblé, que le métal est majoritaire, qu’il fait son (petit) poids (590gr). Ceci est sans doute dû à la forme du fut de l’objectif/obturateur, on ne peut plus dépouillé.

Cependant, il dispose d’une cellule au sélénium, placée autour de l’objectif proprement dit.

Mais commençons par le décrire :

  • sur le capot, à gauche, la manivelle de rembobinage ; presque au centre, la griffe porte-accessoire, dite froide (pas de contact de synchronisation flash) ; à droite, le levier d’armement avec en son centre le compteur de vue, manuel, et un peu sur l’avant, le déclencheur avec un pas de vis pour y fixer un câble
Vue du dessus de l'appareil photo Taron Auto JE, montrant les commandes et le design du boîtier.
  • la semelle ne supporte qu’un petit bouton plat pour débrayer le mécanisme lors du rembobinage et un filet pour fixer un trépied
Vue du dessus d'un appareil photo Taron Auto JE avec un design minimaliste, capturé sur un fond de surface grise.
  • la porte arrière s’ouvre en soulevant une tirette, qui libère le verrou, sur la tranche gauche de l’appareil. Elle est montée sur une charnière
  • le viseur lui mérite toute notre attention. Si le carré arrière est assez petit, la surface à l’avant est plus confortable mais c’est à l’intérieur que cela devient intéressant car il possède un cadre lumineux collimaté, avec repères pour la correction de parallaxe et, surtout, si vous regardez vers le haut, un rappel de la distance choisie et si vous regardez vers le bas, l’ouverture choisie lorsque vous êtes en position Auto, ou l’ouverture si vous êtes en manuel.
Deux femmes assises à une table, levant des verres, dans un environnement intérieur. L'une porte un haut à pois, tandis que l'autre a les cheveux longs et bouclés. Des bouteilles sont visibles sur la table.
  • enfin, le fut d’objectif/obturateur porte plusieurs indications dont scènes – groups – close-up, en face desquels il faut faire correspondre un point vert sur la bague noire striée autour de l’objectif ; tandis qu’en dessous du fut vous trouvez une tirette pour mettre la position Auto (en rouge) ou l’ouverture que vous voulez choisir (de f2,8 à f22), la pose B et le type de flash à synchroniser (M)
  • la prise coaxiale du flash est en haut du fut, sur la gauche
  • sur le devant de l’objectif, par dessous, une autre tirette pour noter la sensibilité du film, en Din et Asa, de 25 à 400 Asa
Vue rapprochée d'un objectif de caméra vintage montrant des réglages de sensibilité ISO en DIN et ASA, avec une inscription 'AUTO' en rouge.
  • l’objectif est un Taronar de 40mm ouvrant à f2,8
  • autour de l’objectif, le nid d’abeille (Electric Eye ou EE) de la cellule au sélénium (toujours active ici). On peut fixer un filtre devant la cellule, qui est tient compte dés lors.
  • deux broches, sur les côtés, permettent de fixer une sangle, même si celle-ci est reprise aussi sur le sac-tout-prêt, en cuir noir.

Dans la boite, j’ai eu la chance de trouver son certificat et, surtout, son mode d’emploi, pas bien épais (16 pages) mais bien utile.

Il nous dit tout d’abord que la compagnie Taron est très gratifiée et honorée que nous ayons choisi cet appareil. Tout automatique, le Taron est un one touch camera qui peut être utilisé par chacun (en résumé, dès que nous avons les réglages de la sensibilité du film et de la distance, il reste à appuyer sur le déclencheur.

Autrement dit – je cite – avec le système EE, le cerveau électrique détermine l’ouverture automatiquement.

Dés le moment où un film est placé dans la chambre, que le compteur de vue est remis sur 1 pour la première photo, que la sensibilité de la cellule est réglée, il suffit ensuite de régler la bonne distance avec les 3 symboles qui apparaissent dans le viseur et d’appuyer sur le déclencheur pour capter votre sujet.

Vue rapprochée du dessus d'un Taron Auto JE, montrant le mécanisme de rembobinage et le compteur de vue.

Le close-up (un personnage) détermine une distance de 1,5m, le groups (plusieurs personens) une distance à partir de 2,5m et scenes (une montagne) à partir de 10 m jusque l’infini. L’échelle de distance est notée dans le viseur. Lorsque la marque est verte, c’est que la mise au point est bonne. Ce qui veut dire que l’on peut prérégler la distance et l’affiner en tournant la bague à l’avant de l’objectif, comme s’il s’agissait d’un télémètre.

Pour le flash, il faut régler la distance comme s’il faisait jour. La synchro se fera au 1/60s. Petite subtilité, puisqu’on ne peut régler la vitesse soi-même, il faut calculer l’ouverture en fonction de nombre guide du flash (diviser le nombre guide par la distance au sujet), poser l’ouverture au chiffre obtenu puis remettre la tirette sur Auto. Une table est d’ailleurs fournie avec les vitesses par rapport aux ouvertures (voir ci-dessous).

Tableau des vitesses et ouvertures pour la photographie, indiquant les correspondances entre l'ouverture du diaphragme et la vitesse d'obturation, avec des valeurs f diverses.

Rien de bien compliqué en somme …

Que penser de cet appareil ?

Vraiment pas courant celui-là, je n’en ai trouvé qu’un seul à la vente sur le grand site de vente qui commence par E et nulle part ailleurs.

Outre cela, il ne manque pas d’attraits pour un boitier de son époque, ce qui le rend encore intéressant.

Fabriqué solidement, il peut encore rendre de bons services d’autant que les quelques articles que j’ai pu lire disent que l’objectif est de qualité.

L’autre avantage est que s’il est automatique, on peut quand même s’en servir en manuel, donc même si le sélénium vous lâche lâchement à un moment ou un autre.

Si vous aimez photographier différemment, voilà un bon candidat !

Au niveau cote, il devrait se négocier autour des 100€ avec son sac-tout-prêt, son manuel et sa seconde sacoche de transport. C’est raisonnable au regard de la rareté du Taron Auto JE.

Et vous, qu’en pensez-vous ?

Des références.

https://maniacphotos.com/produkt/taron-auto-je/, en allemand ; https://collection.sciencemuseumgroup.org.uk/objects/co8819433/camera-taron-auto-je, https://filmphotography.eu/en-p/cameras/taron/, en anglais ; https://www.wikiwand.com/fr/articles/Taron_(Nihon_Kosokki), https://fr.wikipedia.org/wiki/Taron_(Nihon_Kosokki), https://fr-academic.com/dic.nsf/frwiki/1605904#Compact_35_mm, en français

Argentique

L’inconnu du Grand Large

Préambule.

Cet inconnu est le troisième appareil trouvé lors de cette brocante, comme le Hollywood et le Norca.

Il est en aussi mauvais état : le cuir se détache partout, le soufflet est percé, des tirettes sont pliées, une réparation de fortune pour la manivelle d’avance du film, mais il fonctionne toujours.

Mais j’ai beau le retourner dans tous les sens, je ne vois pas de marque, hormis celle de l’optique, un Erinar Anastigmat de 75mm ouvrant à f3,5.

Voilà qui promet d’être amusant …

Un peu d’histoire.

Une recherche sur base de l’objectif ne m’a pas permis de le trouver. Puis je l’ai pris en photo et essayé via Google images et là, bingo : il s’agit soit d’un Semi Kulax, soit d’un Kiko Semi double viseurs !

Ce sont des appareils japonais, produits par Kigawa, une société d’optique, qui commence à produire des appareils photo au milieu des années trente. Le distributeur de la marque, de 1930 à 1940, s’appelait Optochrom-sha, puis Nichiei Shōkai et ensuite Kikō Shōji. Il y eut aussi – tant qu’à compliquer les choses, des appareils qui portaient le nom d’Optochrom, sans forcément être des produits Kigawa.

Et, tant qu’à faire, Kigawa a aussi distribué d’autres appareils et accessoires que les siens, comme le Baby Germa et le Semi Germa, produits par Tōkyō Shashin Kōgaku.

Mais toujours est-il qu’elle a produit des appareils de différents formats :

  • au format 5×6, comme le Semi Chrome A et B (1937), Tsubasa Super Semi II (1940), le Tsubasa Semi Tree (1941), le Semi Kulax (1941)
  • au format 6×6, comme le Gotex (1941) et les Popy Six I et II (1941) sur film 127
  • au format 4×6,5 le Tsubasa Chrome Télescopic (1937), le Tsubasa Spring (folding – 1937) sur film 127
  • au format 3×4 le Baby Oso (1937), le Tsubasa Arawashi (1937) sur film 127

On peut diviser la vie de cette société en période avant/pendant la Seconde Guerre Mondiale et en après celle-ci.

Commençons par le début : on découvre la société Optochrom-sha dans des publicités dès 1936 – 37. Elle vendait des appareils photo ayant pour marque Chrome et Tsubasa, qui utilisaient des films 120 ou 127. Le fabricant de ces appareils aurait été, déjà, Kigawa Kōgaku. Les appareils étaient souvent marqués K.A. pour Association Kigawa, un groupe formé par la marque et Optochrom.

Une publicité ancienne présentant le Kiko Semi, un appareil photo pliant japonais, avec des détails techniques et des prix.
Source : remus

Dans le méli-mélo des noms et entreprises, Nichiei Shōkai Honten (second nom d’Optochrom) signifie société de vente anglo-japonaise. C’est assez paradoxale car le Japon était l’allié de l’Allemagne pendant la guerre mais quelques japonais anglophiles dirigeaient l’entreprise. Cela se retrouve dans le nom Kiko Three, écrit en anglais sur les premiers appareils photo.

Vous suivez toujours ?

Ce n’est pas terminé car Kikō Shōji Gōshi-gaisha (le troisième nom d’Optachrom) est une contraction de Kigawa et Kōgaku. D’ailleurs tout ce beau monde était logé à la même adresse.

Bref, Kigawa abandonne les films 127 pour se concentrer sur des 4,5×6 et 6×6 sur film 120 et elle fabrique ses appareils sous la marque Kiko.

Le Kiko Semi (4,5×6) – 1941- et le Gotex (6×6) – 1941 – semblent avoir été les derniers appareils produits pendant cette période troublée.

Cependant, comme toutes les entreprises de pays en guerre, elle fut aussi priée de participer à l’effort de guerre, sans doute en fabriquant des optiques, voire tout autre chose mais les informations sont plus que rares à ce sujet.

1946, cette guerre que l’on disait être la dernière a vu la capitulation du Japon dans l’horreur des bombes de Hiroshima et Nagasaki.

Nouveau nom pour Kawaga, qui préfère justement rester discrète sur sa participation dans l’effort demandé par l’armée impériale. Elle s’appelle dorénavant Shin Nippon Kōgyō K.K.

Le folding (pliant) Kiko Semi en 4,5×6 est à nouveau proposé au milieu de 1946 mais le nom de la société sera absent des publicités.

Quelques autres boitiers sortiront encore comme le toujours vaillant Gotex, le Tsubasa Semi (1950), le Poppy et même des TLR, le Tsubasaflex (1951), le Graceflex (1952), par exemple. Il y eut même le prototype d’un SLR, le Carlflex 6×6 (1952).

Après la Seconde Guerre Mondiale, la société s’est brièvement appelée Shin Nippon Kōgyō, avant de redevenir Kigawa Kōgaku. On la retrouve sous un dernier patronyme en 1952, Carl Kōgaku. Etait-ce le champ du cygne ? La société disparait en 1953.

L’inspiration du Semi Kulax et du Kiko Semi est … allemande, celle du Zeiss Ikon Nettar en particulier, sauf que le Nettar s’ouvre vers l’avant et celui-ci sur le côté gauche mais il garde la jambe droite repliable, celle qui assure le bon déploiement du soufflet et la mise en place du bloc obturateur/objectif.

Toutefois, le Kiko Semi – car c’est bien de ce dernier dont il s’agit ici – est une amélioration du Semi Kulax (1940) : il en diffère essentiellement par le système de mise au point de l’objectif, monté sur une rampe hélicoïdale. Pour le reste, le corps de l’appareil ne change pas et présente cette particularité d’un double viseur, nous allons y revenir. Sachez, pour être complet, que le Kiko Semi a aussi existé avec un simple viseur pliant. Pour ce type de Kiko Semi, il y eut une production avant et une production après guerre (1946 pour les derniers). Etait-ce un appareil destiné à être moins cher que l’autre version ? En tout cas, de nombreux exemples montrent que ces appareils donnent plutôt l’impression d’avoir été monté de bric et de broc, tantôt avec un obturateur Kiko, tantôt sans ; parfois avec un objectif à rampe, parfois sans. A-t-on utilisé des fins de stock pour les assembler ? C’est probable, en temps de guerre, les entreprises pouvaient être rationnées et il fallait taper dans les anciens stocks pour fournir les boitiers demandés.

Une chose est (quasi) certaine, Kigawa n’a pas gardé beaucoup de traces cohérentes de ses productions, ce qui complique les recherches.

Ainsi, par exemple, l’exemplaire que je possède n’a aucun marquage, ni sur le cuir qui couvre le boitier, ni sur le dessus du double viseur alors que le cuir devait être gaufré Kiko à l’avant et Kiko Semi à l’arrière et que le logo KSK devait être rapporté sur le capot du double viseur.

Présentation du Kiko Semi.

Ce qui frappe d’abord sur cet appareil, c’est le court capot métallique qui occupe juste la taille de la porte et qui présente deux viseurs. On pourrait croire qu’il s’agit d’un télémètre mais non, ce sont bien deux viseurs distincts. Celui de droite est un viseur poitrine alors que le second est un viseur à hauteur d’œil. Et pour achever la symétrie de l’ensemble, deux boutons de chaque côté du bloc des viseurs : à gauche, le déclencheur, à droite, le bouton pour libérer la porte qui va permettre au soufflet de se déployer.

Aucun des viseurs ne porte de marque pour le cadrage.

Lorsque le soufflet est donc déployé, il porte à son extrémité, comme le Nettar, un bloc obturateur/objectif.

Sur cet exemplaire, pas de marque pour l’obturateur. On peut penser qu’il s’agit d’une fabrication maison et il est noté, pour les vitesses T – B – 5 – 10 – 25 -50 – 100 – 200. Certains modèles pouvaient aller jusqu’au 1/300s (Kiko Compur) voire le 1/500s (Rapid Kiko). Un pas de vis fileté, sur la tranche de l’obturateur, permet de placer un déclencheur filaire.

Vous pouvez voir ici une pièce pliée (sous le filetage pour le déclencheur filaire). En fait il me faudra démonter l’ensemble obturateur/objectif car tout l’ensemble a tourné et cette pièce devrait être en haut. Elle a été pliée lors de la fermeture de la porte par des mains peu soigneuses.

L’objectif, monté donc sur une rampe hélicoïdale (comme le Gotex 6×6 avant lui), est un triplet. Un Erinar anastigmat de 75mm ouvrant à f3,5 jusque f32 (marquée dans une progression inhabituelle de f3,5 – f4,5 – f6,3 – f9 – f12,5 – f18 – f32). Sa mise au point minimum est de 1m jusque l’infini.

Vue rapprochée d'un appareil photo vintage Kiko Semi mettant en évidence l'objectif Erinar Anastigmat de 75 mm, avec le boîtier en cuir usé et des détails tels que la molette d'ouverture.

La vitesse se règle avec une bague crantée et l’ouverture avec une tirette en forme de croisant.

L’appareil se charge avec du film 120 et produit des images de 6×4,5cm. Pour ouvrir le boitier, il faut tirer sur la languette du verrou, à droite. Le compteur est en fait la fenêtre en rouge inactinique, que l’on peut fermer grâce à un petit volet coulissant.

Petite remarque : lorsque le corps est ouvert, on remarque les mêmes découpes que sur le Zeiss Ikon, qui doivent améliorer l’étanchéité de l’appareil à la lumière.

L’avance du film est confié à une clé, en dessous, qui n’assure que cette fonction, elle n’arme pas l’obturateur et n’empêche pas les doubles expositions.

Un pas de vis (pas du Congrès) est situé sous l’appareil.

Le déclencheur, situé sur le dessus à gauche, en symétrie avec le bouton pour ouvrir la porte, actionne un levier qui doit pousser une pièce mais cet exemplaire n’est plus monté normalement car ledit levier pousse dans le vide.

Que penser de cet appareil ?

Honnêtement, s’il ne m’avait pas intrigué avec son double viseur, je pense que je ne l’aurais pas pris car il est plus proche de l’état d’épave que celui d’appareil photo.

Mais il est rare (et pour une fois, je pèse mes mots), surtout en Europe. Il va donc mériter une restauration que j’espère pouvoir soigner.

Ce qui me gêne le plus, c’est le soufflet car il va falloir le remplacer : tout en cuir d’une seule épaisseur, il est fendu à un endroit et pas loin de l’être ailleurs. Si quelqu’un a une idée où on peut en faire refaire, je suis preneur.

Ceci étant, l’appareil reste original mais s’il s’est inspiré du Nettar, ce n’est pas la même qualité de fabrication, cela se sent.

Là où cet exemplaire est vraiment original, c’est dans l’absence totale de marquages. J’ai pu lire qu’il avait existé une très petite série dans le cas, ce qui augmente l’attrait de ce boitier. Malheureusement, l’entreprise n’était pas un exemple de rigueur dans ses catalogues et sa disparition il y a plus de 70 ans n’arrange rien.

Je reviendrai dans quelques temps, celui de le remettre en état sans le dénaturer, pour vous le représenter en meilleure forme.

Des références.

https://www.worthpoint.com/worthopedia/kiko-semi-japanese-wartime-folding-1824494694, https://camera-wiki.org/wiki/Kigawa, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Semi_Kulax_and_Kiko_Semi, https://camera-wiki.org/wiki/Semi_Kulax_and_Kiko_Semi, https://camera-wiki.org/wiki/Kigawa, en anglais ; http://www.remus.dti.ne.jp/~inasan99/camera/nostalgic_camera.html, en japonais.

Argentique

L’étrange Norca, venu de Paris

Préambule.

Voici le second appareil acheté lors de la dernière brocante du Grand Large.

Tout aussi rouillé que le Hollywood, il est quand même un brin plus sophistiqué me semble-t-il, et assez surprenant, vous verrez.

Alors, partons à la découverte de ce Norca, Paris.

Un peu d’histoire.

C’est la FAP, Fabrique d’Articles Photographiques, une entreprise située à Suresne, non loin de Paris, qui a fabriqué cet appareil vers 1938. Sans doute le passage de la Seconde Guerre Mondiale lui fut-il fatal car elle disparait en 1948. Il faut préciser que le directeur de la FAP, Joseph Rosenfled, fut arrêté en 1940 et seulement relâché en 1945, longue période pendant laquelle la production fut suspendue.

La FAP laisse en héritage des variations sur le thème de ce Norca, un très insolite Norca Pin-Up et un Rower qui me fait furieusement penser au Univex Model A d’Universal.

Tout comme le Norca, qui ressemble étrangement à l’Argus A, américain lui aussi. Qui a copié qui, ou plus certainement, y a-t-il eut des échanges entre les entreprises françaises et américaines car la ressemblance est trop frappante.

Image showing two vintage cameras side by side. The left camera has a black body with a shiny lens and a silver shutter dial. The right camera features a metal body with a textured finish and a silver lens. Both cameras have a classic design typical of early photographic equipment.
Source : mes appareils. A gauche, l’Argus et le Norca B à droite.

Si vous vous rappelez ce que j’avais écris au sujet de l’histoire de l’Univex, nous pourrions avoir un début d’explication quant à ces moules : ils [Otto W. Githens et Jacob J. Shapiro] ont contacté une société spécialisée dans la fabrication plastique, la Norton Laboratories, qui avait dans ses cartons un prototype non encore couvert par un brevet, que nos deux loustics ont copié sans vergogne avant le dépôt de celui-ci.

Sherlock est en vacances, nous lui demanderons à son retour !

Ceci étant, le Norca sera décliné en versions A (1938) – B (1945) – le fameux Pin-Up (1947) – C (1948). Si les trois premières sont en bakélite, la quatrième sera en métal (aluminium) car fin des années quarante, début cinquante, le bakélite devient obsolète.

Il y eut même le prototype d’un Norca IIIa (24×36 à objectifs interchangeables, obturateur à rideau), présenté au Salon de la Photo de 1948, mais il resta en l’état, la concurrence ayant eu raison de l’entreprise française.

Bernard Vial affirme qu’il s’agit du premier 24×36 français, ce qui lui valut une certaine estime, même si ses qualités sont encore à démontrer.

La particularité du Norca est son objectif, rétractable : un tube métallique porte le bloc objectif/obturateur, qui se déplie en faisant pivoter une baïonnette et un ressort solide fait jaillir l’ensemble.

Autre chose importante à noter, ce Norca A fut un des tout premiers appareils à utiliser le format 24×36 en cartouche

Pour être assez complet, sachez que le Norca B avait un système plus rationnel pour sortir/rentrer son bloc objectif/obturateur, et ce dernier propose maintenant le 1/500s. Le Norca C offrait les mêmes capacités mais dans une robe métallique.

Présentation du Norca A.

Le Norca, premier du nom, ne reçu un A que lorsqu’il s’est agit d’en proposer un … B. C’est donc un appareil en bakélite, sauf le dos, en métal. Il a été conçu pour accepter les alors nouvelles cartouches de film 24×36.

La marque est notée sur le pourtour de l’ensemble objectif/obturateur mais ce dernier est un Gitzo. Deux types d’obturateur Gitzo étaient prévus : un avec une vitesses maximale de 1/175s et le second allant jusqu’au 1/300s. C’est celui qui équipe notre exemplaire du jour.

Le choix de l’objectif est aussi double : soit un Boyer Saphir de 50mm ouvrant à f3,5, soit un Berthiot Flor aux mêmes caractéristiques.

L’originalité de l’appareil réside dans le fait que cet ensemble soit monté sur un tube rétractable que l’on déverrouille en tournant vers la droite ou la gauche, le but étant de sortir les 3 lamelles des encoches de la baïonnette ; ensuite un puissant ressort pousse l’ensemble vers l’extérieur. Pour le rentrer, opération inverse, en appuyant fort sur ledit ressort et en tournant le bloc pour faire entrer les lamelles dans les encoches dans la baïonnette. Pas facile d’y arriver, le ressort est costaud, les lamelles fines et les encoches de la baïonnette étroites.

A noter que si tout l’appareil est en bakélite, la platine portant l’ensemble baïonnette/tube rentrant est en métal, visé dans le corps.

Les vitesses du Gitzo sont de 1/25s – 1/50s – 1/100s – 1/300s plus deux poses, B et T (pour mémoire, en pose B l’obturateur reste ouvert tant que vous appuyez sur le déclencheur, alors qu’avec la pose T, l’obturateur s’ouvre quand vous déclenchez et se referme si vous déclenchez une seconde fois).

Les ouvertures se règlent avec la couronne et s’échelonnent de f3,5 jusque f23.

La distance, elle, se règle avec le bord de la lentille de 1m à l’infini.

Sur la tranche du bloc, un trou fileté pour y installer un câble souple.

Le déclencheur est une simple tirette qui s’abaisse et revient à sa position initiale. Pas de couplage avec la molette d’avance du film ni protection contre les doubles expositions.

Sur le capot de l’appareil, juste au milieu, un viseur de Galilée et à sa droite, un compteur de vue, qu’il faut réinitialiser manuellement à chaque nouveau film.

Vue de dessus d'un appareil photo vintage Norca A, avec des commandes en métal et un revêtement en bakélite noire, posé sur une surface de travail.

Sur la tranche gauche du boitier, un verrou métallique pour libérer deux griffes qui maintiennent le dos. Ce dernier est pourvu d’un presse-film et d’un simple crochet à clipser sur la droite du boitier avant de tout refermer. Autant j’avais la quasi certitude que le Hollywood déjà cité était bien étanche à la lumière, ici, j’ai quelques doutes !

Appareil photo Norca A de 1938, en bakélite noire avec un objectif rétractable, posé sur une surface de travail.

La semelle du Norca possède deux grosses molettes, dont une fausse, qui contient en son centre le pas de vis à la mesure du Congrès pour fixer un trépied. L’autre sert à rembobiner le film en fin de course, après avoir appuyé sur le minuscule bouton en forme de champignon qui est derrière le compte-vue. Si l’objectif est rentré, l’appareil se tient bien droit sur ces deux grosses molettes, mais objectif sorti, il pique du nez.

Vue latérale du Norca A, un appareil photo vintage des années 1938, avec un corps en bakélite noire et une base en métal, montrant les molettes et le pas de vis pour trépied.

Enfin, deux tenons permettent de fixer une courroie pour porter l’appareil.

Que penser de cet appareil ?

Le Norca surprend quand on le connait pas : tout d’abord, son revêtement en cuir et son dos en métal laisse croire qu’il est fait de cette matière. C’est en lisant les articles pour préparer celui-ci que je me suis rendu compte qu’il était en bakélite, noir (j’ai même vérifié avec un aimant !).

Je précise ici la couleur car il semblerait qu’au rayon des raretés de la marque, il en existe des colorés.

Ensuite, l’objectif rentrant. C’est parce que j’avais ouvert la chambre et que je regardais l’intérieur que j’ai découvert un gros ressort inhabituel. En tournant alors tout le bloc objectif/obturateur, tout est sorti comme un beau diable de sa boite !

Mais pour tout y rentrer, c’est une autre paire de manches car il faut appuyer (fort) et tourner en même temps le tout en essayant d’aligner au plus près les lamelles et les encoches de la baïonnette.

Enfin, je m’inquiétais de ne pouvoir faire avancer les vitesses au delà du 1/100s et de ne pas avoir de repère pour les ouvertures jusqu’à ce que je m’aperçoive que le disque avec ces indications avait sans doute été recollé à l’envers.

Puis, le dos en fer est complétement rouillé. Je vais devoir le poncer entièrement pour le remettre en état.

Ceci étant, c’est un appareil rare finalement qui, s’il ne m’attire pas particulièrement, a au moins eu la bonne idée de me titiller l’œil lors de cette brocante car je me demande où il aurait pu terminer sans ce sauvetage car là, il est moche !

Un peu de travail m’attends pour le rendre à nouveau présentable.

Question prix, en état convenable, il se négocie entre 80 et 100€.

De nouvelles photos suivront quand il sera remis en état concours.

Un peu de technique.

  • Marque : FAP – Fabrique d’Articles Photo
  • Modèle : Norca A
  • Année : 1938
  • Format : 24 x 36 mm
  • Objectif : Saphir (Boyer) 50 mm f3,5
  • Mise au point : frontale
  • Diaphragmes : 3,5 – 4 – 5,6 – 8 – 11 – 16 – 23
  • Monture : fixe mais rentrante
  • Viseur : Galilée
  • Obturateur : GITZO non synchronisé à l’armement
  • Vitesses : 25 – 50 – 100 – 300 – B – T
  • Ecrou pour trépied : au pas du Congrès
  • Matériau : Bakélite noire et porte arrière en tôle

Des références.

https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-10826-Fap_Norca%20Pin-Up.html, https://www.collection-appareils.fr/x/html/page_standard.php?id_appareil=10077, https://www.mes-appareils-photos.fr/FAP_Norca_B.htm, https://www.autrefoislaphoto.com/musee/appareils-photographiques/film-35/fap-norca-a, https://fr.wikipedia.org/wiki/FAP_(photographie), https://wikimonde.com/article/FAP_%28photographie%29, https://collection.click-clack.fr/fap-appareils-photo/, en français.

Argentique

Pas courant, le Ruberg und Renner Hollywood

Préambule.

Au lieu dit Le Grand Large, près de Mons, c’est la dernière brocante de l’année. Pour une fois, nous y sommes vendeurs, le décès de mes parents nous ayant laissé encore beaucoup d’objets à écouler.

La météo est formelle, il ne pleuvra pas, mais le temps est bien gris et frisquet en ce très petit matin (5h). Installation sans courir car l’humidité est mauvaise pour les sacs, les vêtements, les livres et tout ce qui contient de l’électricité/électronique. Les quelques appareils photos que j’ai pris attendront qu’il fasse plus sec.

La matinée s’écoule au gré des passants qui passent et repassent …

Enfin, presque 13h30, il n’y a plus foule et je vais en profiter pour faire un petit tour, sait-on jamais. Mes mais Fred et Tristan ne sont pas passés, j’ai une petite chance d’encore trouver quelque chose …

Et là, sur un stand qui commence (déjà) à remballer, je tombe sur une série de vieux appareils, pour la plupart dans un état plus proche de la déchèterie que de la vente, mais il ne faut pas toujours se fier aux apparences. En fouillant bien, je déniche 5 appareils que j’estime intéressant Peut-être ais-je tort, nous verrons bien à l’autopsie car certains me semblent bien loin !

Voici le premier que je compte ressusciter : il est complétement rouillé, l’objectif est bloqué mais voir écrit, sur la même surface les mots Hollyvood, Rodenstock Périscope et fabriqué en Allemagne écrit en français, cela me titille.

Un peu d’histoire.

J’en rassure certain(e)s, ce ne sera pas (trop) long. La société Ruberg & Renner a été fondée en 1918 à Hagen – Delstern, en Allemagne, par Joseph Ruberg qui est devenu plus tard un industriel local notoire et un fervent partisan du N.S.D.A.

Dès 1917, Joseph Ruberg (1875 – 1941) a développé de nouveaux types de cartouchières métalliques, mais comme le traité de paix de Versailles interdisait la production d’armes automatiques et d’accessoires en Allemagne jusqu’en 1935, il ne pourra pas produire ses inventions.

Donc, à l’origine, la Ruberg & Renner fabrique des chaînes de transmission pour vélos, motos, automobiles et machines – outils. Vers 1930 – 31, la société se tourne vers la fabrication d’appareils photo simples et bon marché. Cette activité sera brève car elle s’arrête au début de la seconde guerre mondiale (1942) car l’entreprise est priée de participer à l’effort de guerre. Elle fabriquera dès lors les fameuses ceintures pour cartouches de mitrailleuses, notamment pour les armes des avions.

Les fils de Josef Ruberg, Felix (1909-1994) et Werner (1912-2005), étaient également actifs dans l’entreprise.

Tandis que Felix fonde sa propre entreprise de supports de canon embarqués (plus tard des appareils ménagers) en 1937, Werner reprends la direction de la société Ruberg & Renner en 1941.

À partir de 1947, Ruberg & Renner se concentre à nouveau sur les chaînes d’entraînement et de transport. L’entreprise a promu le cyclisme et le motocyclisme et a maintenu sa propre équipe de course jusqu’en 1967. Dans les années 1970, Ruberg & Renner est rachetée par la société américaine Rexnord. En 1982, Rexnord Ketten GmbH a déménagé sa production à Lennetal près de Fley et elle existe encore de nos jours.

Pour en revenir aux appareils photo, pendant cette courte période (1931 – 1942), elle aurait produit 4 modèles différents déclinés en 25 versions d’appareils photo. Au sortir de la guerre, elle ne relancera pas la production mais reviendra à ses premiers produits, les chaines.

Les boitiers fabriqués par Ruberg & Renner étaient faits en métal ou bakélite, ou les deux mélangés. Souvent vendus sous des noms différents comme le Baby Ruby, le Dici, Fibi, Alfa, Ruby Sport, Hollyvood, Present et Rubette, entre autres. Vers 1935 – 36, la production déclinera avant de cesser définitivement. Ce ne devait pas être une production importante pour l’entreprise car une brochure de présentation de celle-ci, en 1953, ne mentionnera même pas le secteur d’activités photographiques.

L’appareil à l’origine sera le Ruberg, au format 4 x 5,5cm sur film 127. Une plaquette portant ce nom, rivetée sur le côté de l’appareil et/ou reprise sur le bord de l’objectif sera remplacée par le Little Wonder, le Dixi ou le Hollywood, selon les endroits où l’appareil serait distribué (USA, Angleterre, France). Noms différents mais toujours le même appareil, simpliste.

Appareil photo Ruberg avec objectif Rodenstock, en métal noir, design vintage des années 1930, affichant le nom de la marque sur l'objectif.
Source : engel-art.

En l’occurrence, le Hollywood est en fait un Dixi destiné à l’exportation vers la France : le pourtour de l’objectif, très Art Déco, est rédigé en français. Il sera disponible en deux versions : celle avec une plaquette métallique sur la gauche de la face avant et le nom repris sur l’objectif et celle sans cette plaquette mais toujours le nom sur l’objectif.

C’est donc un boitier très simple, en métal et bakélite (corps de l’objectif), de forme rectangulaire.

Présentation du Hollywood.

Un petit rectangle en tôle emboutie, avec un objectif dont le fut, tournant, est monté sur un tube en bakélite qui se vise dans un second fut, métallique. La plaque, au bout de cet objectif, porte la lentille au centre, le réglage de la vitesse, celle de l’ouverture (tirette par en dessous) et le déclencheur.

Sur le dessus, un viseur rapide en tôle, qui se déplie et reste en place grâce à de petits ressorts. C’est très imprécis et la forme du cadre semble bien optimiste par rapport à la taille du film. A côté, une molette en bakélite pour faire avancer le film. Pas de compteur, mais une fenêtre rouge inactinique qui en tient lieu (le film 127 est entouré d’un papier comme le 120).

Je reviens un instant sur le porte objectif : le nom Hollywood est sérigraphié en cursives élégantes et très Art Déco. Tout autour de la lentille, le texte en français fabriqué en Allemagne, breveté dans tous les pays. Selon la position du bloc tournant, le périscope Rodenstock, les réglages sont à des places différentes mais considérons qu’il est à son maximum d’ouverture. Dès lors, normalement, la petite roue des vitesses et sur la gauche et le déclencheur sur la droite. En dessous, sous l’inscription en français petit diaphragme, une tirette permet de passer de f11 à f16 et inversement. Sur la tranche du porte objectif, dans le trou pratiqué à cet égard, il est possible de fixer un câble souple de déclenchement.

Un ancien appareil photo Hollywood de Ruberg & Renner, avec un design en métal et bakélite, présentant une lentille et des inscriptions en cursif, sur un fond flou d'une pièce.

L’obturateur à guillotine offre deux vitesses : le 1/30s – noté par un I pour instant sans doute et une pose T.

Le fait de tourner la molette d’avance du film n’arme pas le déclencheur, ce qui veut dire que celui-ci fonctionne toujours (il n’y a pas de protection contre la double exposition). Distrait, pensez-y !

Par dessous l’appareil, un filetage au pas du Congrès permet de fixer un trépied.

Sur la tranche gauche, un simple verrou permet d’ouvrir le dos, monté sur charnières. Pas de protection particulière pour empêcher ce verrou de s’ouvrir, d’autant qu’il est monté s’ouvrant du haut vers le bas (ce qui me semble dangereux si on le met dans un sac, par exemple). Ceci étant, un rebord important est autour du cadre, ce qui devrait assurer une bonne isolation contre les fuites de lumière.

Une vue latérale d'un ancien appareil photo Ruberg & Renner Hollywood, présentant son boîtier métallique et son objectif en bakélite, sur un fond de bureau.

A l’intérieur de la chambre, on voit bien le tube de l’objectif dans lequel se vise la spirale en bakélite. la lentille est un simple ménisque de focale inconnue.

Une fois ouvert, sur la gauche, la bobine sur laquelle enrouler le film et sur la droite, la pellicule 127. Encore une fois, comme sur la pellicule 120, celle-ci est composée du film, protégé par une bande de papier où sont notés les chiffres du nombre de vues. Lorsque le film est terminé, il n’est pas nécessaire de le rembobiner, il suffit d’ôter la bobine réceptrice (en soulevant la molette d’avance) et de coller une languette qui ferme le film exposé.

Le dos du boitier est recouvert d’une feutrine noire et une petite fenêtre ronde, en rouge inactinique, sert de compteur.

Que penser de cet appareil ?

Moins encombrant qu’un box voire même qu’un folding (pliant), il est tout aussi simpliste que les premiers cités. Les réglages sont vraiment le minimum syndical !

Pas de fioritures, hormis le lettrage en lettres dorées. Du rationnel (tôle emboutie), du pratique (objectif rentrant). En résumé, du vite fait – bien fait à prix mini.

N’espérons pas de la grande qualité optique car la mise en place de l’objectif est assez aléatoire (suis-je bien à fond ?), c’est un simple ménisque (une seule lentille) et à l’intérieur de la chambre, il n’y a pas de presse-film pour assurer la planéité, juste deux rails sous lesquels il faut,je pense, faire passer la pellicule, ce qui ne doit pas être facile. Pas de roue d’entrainement avec des ergots pour assurer un bon avancement (tiens, ils ne pouvaient pas faire des chaines miniatures pour y remédier ?).

Comme il était tout rouillé, je l’ai poncé et repeint en noir, comme à l’origine, prenant bien soin de laisser à l’un ou l’autre endroit quelques défauts pour signaler ce repeint.

Quelle est sa valeur ? Et bien la relative rareté de l’engin donne des prix surprenants : il n’est pas rare de voir ceux-ci tourner autour des 100€

Mais êtes-vous collectionneur ?

Un peu de technique.

Marque Ruberg & Renner, Hagen, Allemagne
Film photographique : Rouleau de film 127 (A-8)
Format négatif : 4 x 6 cm
Lentille : Rodenstock, Munich, Allemagne périscope 1:11, focale inconnue
Objectif fixe, mise au point fixe, ouverture f8 – f11 (?)
Obturateur : à guillotine, exposition manuelle de 1/30s et pose B
Période de production : 1932 – 1933
Matériau du boîtier : Métal
Dimensions : 11,5 x 8,5 x 7 cm (hors tout)
Poids : 220gr

Des références.

https://kameramuseum.de/objekte/ruberg-renner-hollywood/, https://www.kamerasammlung.ch/kamera.php?page=2&mobile=no&man=202&camera=750, https://blende-und-zeit.sirutor-und-compur.de/thread.php?board=2&thread=153, https://www.engel-art.ch/ruberg-renner/, https://kameramuseum.de/firmen/ruberg-renner-2/, https://westfalen.museum-digital.de/index.php?t=people&id=45935, en allemand ; https://www.mes-appareils-photos.fr/Ruberg%20und%20Renner_Hollywood.htm, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-2524-Ruberg%20und%20Renner_Hollywood.html, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-15794-Ruberg%20und%20Renner_Hollywood.html, https://www.retrocamera.be/fr/films/formats-speciaux/films-127, en français ; https://camera-wiki.org/wiki/Ruberg_%26_Renner, https://web.archive.org/web/20161019075700/http://sites.google.com/site/ldtomei/ruberg&renner, en anglais

Argentique

Un compact étonnant, l’Agfa Paramat

Préambule.

Zut, encore un Agfa me suis-je dit en fouillant dans une caisse. Un sac tout prêt noir taché et la gravure du logo de la marque ne me trompaient pas. Pourtant, mu par une idée étrange, j’ouvre le cuir qui fut un jour noir et je découvre, presque neuf, un petit Agfa Paramat.

Il me semble avoir déjà écris un article sur cette gamme ? Mais oui, un Agfa Optima Parat dit Sylverfish et si mes souvenirs sont exacts, je l’ai vendu à mon ami Marc lors de la foire de Villers Bretonneux l’an passé. Un très beau petit appareil, à l’époque où Agfa, comme son grand concurrent, Kodak, faisait encore de beaux appareils photo, en métal et pas encore destinés à être vendu par camion entiers

Bref, comme d’habitude, petite négociation et le voilà dans mon sac à dos.

Un peu d’histoire.

Les boitiers Agfa Parat ont vu le jour en 1963. D’abord avec le Parat I, basique, suivi par le Paramat un peu plus sophistiqué. La gamme est couronnée en 1964 par un Optimat-Parat (voir l’article précité).

Si ces appareils utilisent le film 135mm, ce n’est pas au format 24x36mm mais bien en18x24mm, soit le demi-format. Et donc, si vous avez acheté un film de 36 vues, vous en obtiendrez 72 et 48 avec un 24 vues.

Ça peut être long de les finir ces films et à l’époque, Kodak avait lancé sur le marché un film limité à 12 vues, ce qui en fin de compte offrait quand même 24 vues utiles.

Mais attention, le boitier ne fournit pas exactement le double de vues sur un film à la longueur donnée, notamment à cause du nombre d’espaces supplémentaires entre les images. Néanmoins, le compteur de vues va jusque 72.

Nous allons découvrir à quoi cela ressemble…

Présentation de l’Agfa Paramat

Je dois reconnaître que pour tout noir qu’il soit, cet appareil est assez joli, notamment avec la platine blanche autour de l’objectif, ses chromes très sixties, et en plus, il est vraiment compact pour l’époque.

Revenons un moment sur son objectif, un triplet Agfa Color Apotar traité anti-reflets de 30mm ouvrant à f2,8. C’est le même objectif pour les trois Agfa (Parat, Paramat, Optima Parat) mais les commandes peuvent varier d’un modèle à l’autre. La mise au point commence à 90cm et se termine à l’infini.

Objectif de l'Agfa Paramat, montrant la lentille Agfa Color-Apotar de 30mm avec une ouverture de f2.8.

Pour effectuer la mise au point sur ce Paramat, deux solutions : en tournant la bague argentée autour de l’objectif vous utilisez les pictogrammes situés sur le dessus ou les distances (en mètre ou en pieds), situées en dessous, que vous positionnez avec le pointeur.

En ce qui concerne la qualité de cet objectif, il est reconnu comme très bon, avec un contraste élevé et des couleurs saturées. A son époque, on considérait que les photos délivrées étaient très bonnes, ce que recherchait un public familial qui ne voulait pas d’un appareil compliqué.

Pour l’ouverture, c’est un curseur noir sur le pourtour à gauche de l’objectif, de f2,8 à f22 et pour le reste, c’est l’autre curseur noir, qu’il faut enfoncer pour faire bouger. Avec ce dernier vous réglez l’appareil sur le symbole du flash, le A de automatique et la pose B.

Gros plan sur l'objectif d'un appareil photo Agfa Paramat avec inscription 'AGFA COLOR APOTAR f:2.8 30mm' visible.

Car, de fait, l’appareil n’a que deux vitesses, de 1/125s et 1/30s, la synchro flash. C’est donc l’ouverture qui est corrigée par le posemètre au sélénium (cellule à gauche dans le bandeau marqué Agfa). Vous activez celui-ci en appuyant à mi-course le déclencheur. Si vous voyez un indicateur vert dans le viseur, c’est que l’exposition est bonne sinon c’est un signal rouge qui apparait.

Petite remarque utile : le déclencheur est en façade et il faut appuyer vers le bas pour déclencher. N’y allez pas trop fort pour la mi-course, on a vite déclenché de cette manière car si l’appareil vous donne un signal rouge (sous exposition ou vitesse trop lente), il ne bloque pas le déclencheur et vous risquez de gâcher une photo. d’autant que le déclencheur n’est pas un modèle de souplesse ou de fluidité et on a parfois tendance à appuyer trop fort dessus.

Appareil photo Agfa Paramat avec un objectif Agfa Color Apotar, posé sur une surface sombre, avec un fond flou.

Pour armer et faire avancer le film d’une vue, un petit levier en partie caché dans le capot donne une course assez courte et est finalement discret.

Vue de face d'un appareil photo Agfa Paramat, avec un design noir et argent, posé sur une surface de travail.

Imaginons un instant que vous avez réussi à terminer votre film. Pour le rembobiner, il faudra faire pivoter un petit curseur, à côté de la griffe porte-accessoire puis actionner la manivelle à gauche sur le capot pour faire revenir le film dans sa cartouche.

Vue du dessus d'un appareil photo Agfa Paramat montrant les commandes de réglage de sensibilité et de mode, ainsi que la griffe flash.

Ensuite, retournez le boitier car pour ouvrir la chambre, il faut ouvrir le verrou (AUF) et faire glisser tout le dos.

Enfin, sur le dessus, à côté du curseur de rembobinage, un cadran pour régler la sensibilité de la cellule, en DIN et AA, que l’on fait tourner avec une pièce de monnaie ou un petit tournevis.

Mais j’allais oublier de parler du viseur, clair et collimaté en hauteur, avec correction de la parallaxe. Si je le compare avec celui d’un Olympus Pen, il est plus lumineux et confortable. Un signal rouge ou vert apparaitra lorsque vous appuierez à mi-course sur le déclencheur, vous signalant si vous êtes en sous-exposition ou juste pour faire la photo.

Vue rapprochée de la fenêtre du viseur d'un appareil photo Agfa Paramat, montrant des détails internes.
Publicité pour les appareils photo Agfa Paramat et Parat I, montrant les caractéristiques techniques et les illustrations des deux modèles.

Que penser de cet appareil ?

S’il n’a pas l’aura du Sylverfisch, il reste très agréable à l’œil, même si cela est subjectif.

Sa simplicité d’utilisation et sa qualité de fabrication en ont fait un petit appareil apprécié et recherché, d’autant que produit seulement de 1963 à 1965, il n’est pas très courant, sans être rare.

Ce qui risque de flancher, c’est la cellule au sélénium, qui vieillit mal si on la laisse à la lumière : il vaut mieux la laisser dans sa trousse mais sans certitude.

L’exemplaire que je possède a encore sa cellule fonctionnelle, pour combien de temps encore …

Bref, un petit appareil sympa, facile à utiliser et qui sort des sentiers battus si on veut l’utiliser. Quant à son prix, comptez une fourchette, selon l’état, comprise entre 35 et 50€ pour un exemplaire en très bon état avec son sac tout prêt.

Serez-vous tenté de l’essayer ?

Vidéos d’illustration

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

  • Appareil photo compact 135 demi-format
  • Format d’image : 18 × 24 mm
  • Nombre maximum d’images : 72
  • Avance du film : Levier
  • Rembobinage du film : Manuel
  • Objectif : Color-Apotar de 30mm f2.8 – f22, en 3 éléments, enduits
  • Distance minimale de mise au point : 0,9 m
  • Mode de mise au point : mise au point manuelle avec une échelle guidée par des icônes/symboles et une échelle en mètres et en pieds
  • Obturateur : Agfa Paratique (central), une seule vitesse fixe 1/125s, plus pose B
  • Sensibilité de la cellule : 10 – 200 Iso, cellule au sélénium
  • Synchro flash, griffe flash
  • Taille : 109 x 73 x 52
  • Poids : 332g

Des références.

https://filmosaur.wordpress.com/2015/03/31/meet-the-camera-agfa-paramat/, https://camera-wiki.org/wiki/Parat, https://www.lomography.com/magazine/276933-lomopedia-agfa-paramat (avec des exemples d’images prises avec cet appareil), https://www.rolandandcaroline.co.uk/paramat.html en anglais ; https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-827-Agfa_Paramat.html, en français

Argentique

Le Savoy Royer 3F, l’élégance vintage de l’argentique.

Préambule.

Ça diminue mais cet appareil fait aussi partie des trouvailles de la brocante de Maroilles. Ici, sur un stand de particuliers, une dame vend cet appareil et un reflex Zenit. Vous vous doutez bien que c’est le premier qui a de suite attiré mon œil curieux.

C’est le drapeau Suisse qui m’a intrigué : mon amis de l’autre côté des Alpes ne fabriqueraient donc pas que du chocolat, des couteaux de poche et des montres ! Notez que j’avais déjà découvert leur activité photographique avec l’Alpa SI 3000 que j’ai présenté il y a un moment déjà.

Un peu d’histoire.

hihihi … et là je me suis planté complètement car ce n’est pas le drapeau Suisse qui orne cet appareil, mais il semblerait que ce soit celui de la Savoie. En effet, Monsieur René Royer, ingénieur industriel qui, après avoir travaillé chez Lumière, fonde en 1947 la société française SITO (Société Industrielle de Technique Optique), établie à Fontenay sous Bois (Seine), a possédé quand même une usine de montage à Annemasse, en Savoie. C’est là que seront fabriqués les Savoy dès 1956.

Ceci étant, la marque SITO n’apparait jamais sur les appareils mais bien le nom du fondateur/concepteur, Royer qui est, de fait, le nom de marque commercial.

A ses débuts, l’entreprise fabrique essentiellement des obturateurs qu’elle livre en tant que sous-traitant.

Au sortir de la seconde guerre mondiale, les appareils pliants ou folding ont encore du succès. C’est avec eux que commence l’aventure de Royer. Ils proposent toute une série de très beaux pliants avec soufflet et corps en fonte d’aluminium, qui seront présentés en 1948 au Salon de Paris.

On dit d’ailleurs que la gamme rivalisait en qualité et ingéniosité de fabrication avec Zeiss Ikon, c’est peu dire. L’appareil la plus abouti de cette gamme sera le Teleroy, concurrent direct du Super Ikonta. Pensez donc : télémètre couplé, prévention des doubles expositions, synchro flash et retardateur.

Mais dans les années cinquante, le pliant s’essouffle alors que le 6×6 a encore du succès. Rolleiflex n’ayant toujours pas le droit de sortir de ses frontières teutonnes, les français Semflex et Royer sortent des bis-objectifs de grande qualité. Pour Royer ce seront les Royflex (1952). Le plus perfectionné sera le Royflex III, automatique et équipé du Téléligth, un système qui assurait une visée très claire

Source : mes appareils photo

Les années soixante annoncent un autre bouleversement : le 6×9 est mort, le 6×6 agonise tandis que les films 24×36 en N/B et, surtout, en couleur, commencent à prendre le pouvoir. Royer fait face en sortant le Royer 35. Hélas, celui-ci contient une erreur de conception (il ne s’ouvre pas ni derrière ni en dessous, il faut ôter la face avant pour le charger d’un film) qui poussera l’entreprise à revoir sa copie et cet appareil deviendra bien vite le Savoy (1956). Il se déclinera en 1 – 2 – 3. Le Savoya couronne la gamme, titillant les Foca Sport.

Source : mes appareils photos, magazine Photo Cinéma, 1954

Et puis, en 1959 sort la bombe appelée Nikon F, le reflex qui va en ébranler plus d’un !

Royer réplique avec les SAVOYFLEX, leurs premiers réflex. Mais ceux-ci ne sont pas à la hauteur : ils ne proposent qu’un obturateur central, un objectif fixe, que viennent compléter des compléments optiques, dépassés.

Cet échec et la concurrence de plus en plus féroce sur ces gammes auront raison de l’entreprise, qui disparait en 1965.

Elle laisse derrière elle quelques beaux appareils, très bien construits et fiables

On estime à plus de 200.000 obturateurs fabriqués et environ 200.000 appareils photo jusqu’aux années soixante. S’il y eut effectivement quelques ratés incontestables, le reste de la production était bien considéré.

Présentation du Savoy-Royer 3F.

La série commence donc en 1956 par la production du Royer 35, mal pensé car, comme dit plus haut, il fallait démonter la face avant pour remplacer le film, ce qui n’est guère pratique.

On recommence et enfin sort le premier Savoy, construit dans la nouvelle usine de Annemasse. Il n’est pas encore parfait car Royer sort un premier modèle 2, qui garde la platine avant amovible , que l’on pouvait utiliser comme porte-objectif pour agrandisseur (agrandisseur resté à l’état de projet) mais gagne un dos monté sur charnières. Viennent ensuite un second Savoy II au viseur plus grand, un Savoy III avec viseur collimaté qui auront tous le dos ouvrant et auront abandonné définitivement la platine amovible.

Vous pourrez découvrir sur Collection-appareils la liste des appareils antérieurs à celui qui nous préoccupe et leurs performances.

Car ce Savoy-Royer 3F est un des derniers construits et c’est un haut de gamme, nous allons voir pourquoi.

Sa forme, tout d’abord, a été singulièrement renouvelée et modernisée, voyez plutôt :

Par rapport aux Voigtländer Vito de la même époque, il est plus moderne et présente aussi très bien au niveau qualitatif : le métal est encore majoritaire et cela se ressent au niveau du poids (675gr nu).

Avec son sac tout prêt, il est magnifique. Presque au centre, son grand viseur, légèrement décalé de l’objectif, semble presque du même métal que le reste car il est argenté (viseur dit Cristal, fabriqué par Som Berthiot). De chaque côté, le blason et de l’autre, la marque Royer-Savoy.

Sur le capot, le levier d’armement avec son bout en forme de roue (original). A côté, un minuscule bouton, que l’on pourrait croire être celui du déclencheur. Non, il sert à débrayer l’appareil lors que rembobinage. Par contre, juste devant, une prise PC pour y raccorder un flash électronique. Car cet appareil possède un flash intégré, muni d’une parabole en métal, et qui accepte les ampoules flash AG-1. Et en plus, il y a une griffe porte – accessoires pour y fixer un autre flash, à relier donc à la prise PC (la griffe est dite froide, sans contact pour la synchronisation). C’est la raison du F=flash du modèle.

Autour du levier d’armement, le compteur de vue, qui est dégressif et qu’il faut indexer soi-même du nombre de vues prévues sur le film.

A l’autre extrémité, la molette avec la manivelle pour le rembobinage. Juste devant elle, un voyant, celui du flash, pour signaler quand il est opérationnel.

Un mot encore de la plaquette striée devant la griffe flash : elle permet d’illuminer le viseur afin d’y apercevoir les distances relevées avec l’objectif (symboles 1 m – portrait – groupe – paysage).

Car le viseur est collimaté et lorsque vous tournez la bague des distances sur l’objectif, elles se voient sur le dessus du viseur (bien pratique comme idée mais il faut y être attentif pour bien les distinguer).

Ensuite, sur la face avant, un cercle avec des indications : c’est le bouton de fermeture de la trappe de la pile, entouré d’un indicateur de portée du flash. Attention, c’est tout le panneau strié du côté droit qui tombe, dévoilant l’emplacement de la pile, introuvable car c’est une 15v (comme sur les flashs d’époque). Je vais voir si on peut bricoler quelque chose pour y suppléer mais la place est limitée. Dommage.

Notons que ça n’empêche pas l’appareil de fonctionner, la pile ne servant qu’à faire brûler la lampe bleue. A défaut, il reste toujours la possibilité d’utiliser un flash électronique de cette époque.

L’obturateur est central, ce qui autorise la synchro flash à toutes les vitesses, sauf s’il s’agit d’un flash à ampoule, dit magnésique, car alors la synchro est au 1/30s (la lumière émise par la lampe est moins rapide et précise que celle du flash électronique). Les vitesses sont de1/30s au 1/300s, plus la pose B. Il n’y a pas de retardateur. Et, spécificité du boitier, le déclencheur est située sur la gauche du fut d’objectif.

La multi exposition est possible si vous appuyez sur le petit bouton de débrayage, ce qui empêche le film d’avancer lorsque qu’on réarme le déclencheur.

Pour ouvrir le boitier, il faut tirer vers le haut le verrou placé sur la tranche droite. Tout le dos s’ouvre sur la chambre, avec une bobine fixe pour y glisser la nouvelle pellicule. Le dos est profondément nervuré, sans mousse et je pense que la qualité de l’assemblage évite les fuite de lumière à ce niveau.

L’objectif est un Som Berthiot, le concurrent des Angénieux. Il s’agit ici d’un triplet, traité contre les reflets. On peut monter des filtres sur l’objectif mais attention, au diamètre de 36mm (pas courant). C’est un 50mm ouvrant à f2,8, avec une mise au point de 80cm minimum. Les Berthiot ont généralement très bonne réputation, surtout ceux avec 4 lentilles (le Flor Berthiot, en formule Tessar), hélas absente en monte ici.

Dernière revue en images :

Que penser de cet appareil ?

Franchement, c’est un appareil qui sort de l’ordinaire. A l’époque concurrent des Foca, il était plus accessible et d’aussi bonne qualité.

La seule chose qui semble ne pas bien résister au temps, ce sont les inserts en faux cuir, qui ont tendance à se décoller, mais rien de grave à ce niveau.

Pour le reste, l’aluminium de l’ensemble résiste bien et les quelques chromes aussi.

Le fonctionnement est onctueux, le déclenchement, inhabituel sur la gauche, discret.

Ce n’est pas un télémétrique mais l’astuce qui permet de voir le réglage de la distance dans le viseur est un plus indéniable. Bien que l’on puisse choisir aussi le zone focus, la table de profondeur de champ indiquée sur l’objectif y aide bien.

Seul (gros) bémol, la pile pour alimenter la lampe magnésique est introuvable de nos jours. Quoique, à bien y regarder, les ampoules AG-1 ne courent pas les rues non plus. Alors, opter pour un flash électronique ou se battre avec un montage hétéroclite pour griller une bleue ? A chacun de choisir son camps !

C’est encore un boitier qu’il vaut mieux acheter accompagné de son sac tout prêt car il n’y a pas moyen de mettre une sangle de portage sur celui-ci, elle est sur le sac.

Au niveau prix, il faut reconnaître qu’il n’est pas courant et j’écrirais même rare dans nos contrées (sans doute moins en France). Un exemplaire complet, avec son sac, en très bon état, devrait se négocier autour des 50€.

Un prix finalement fort raisonnable pour photographier différemment, avec classe et discrétion.

Le prendriez-vous pour sortir en rue faire un peu de street ?

Un peu de technique.

Appareil 24×36 à obturateur central
Pays de fabrication France
Disponibilité 1958 –> 1964
Format de film 135
Construction du boîtier métal ; corps en alliage d’aluminium moulé sous pression (fonderies Thecla)
Avance du film couplée à l’armement, par levier (à main droite) ; débrayage par petit bouton sur le dessus (même côté) ; rembobinage par manivelle dépliable (à main gauche)
Compteur de vues dégressif (collerette graduée sous le bouton d’armement)
Optique : objectif SOM Berthiot 50 mm f/2,8 (triplet) traité antireflets
Diaphragme iris pentagonal, index de la bague de réglage tournant devant une échelle graduée 2,8-4-5,6-8-11-16-22 ; le chiffre 8 est gravé en rouge
Filetage pour filtres (mm) 36
Visée : viseur collimaté à fenêtre unique
Informations dans le viseur cadre collimaté + repères de parallaxe + réglage de distance (symboles 1 m – portrait – groupe – paysage) + lampe témoin de tension du flash
Mise au point : manuelle par rotation de la lentille frontale (couronne graduée tournant devant un index et une échelle de profondeur de champ) ; la distance 3 m est gravée en rouge
Distance minimale en mode normal (cm) 80
Obturateur : Fabricant ou marque S.I.T.O.
Vitesse minimale (s) 1/30
Vitesse maximale (s) 1/300
Pose B
Déclencheur levier de déclenchement sur le bloc optique à main gauche ; prise pour déclencheur souple protégée par un bouchon
Expositions multiples possibilité de découpler armement et entraînement du film en appuyant sur le bouton de débrayage
Flash : flash intégré flash escamotable à lampes magnésiques type AG1
Synchronisation oui, magnésique au 1/30 s (index de la bague des vitesses sur la position FLASH), électronique à toutes les vitesses
Modes : nombre-guide et portée cadran sur la platine avant indiquant le diaphragme à utiliser en fonction de la distance pour la sensibilité affichée
Prise pour flash externe coaxiale, sur le dessus du capot
Autres caractéristiques : écrou de pied filetage au pas Kodak
Alimentation pile (15 V ?) logée sous le cadran indicateur (platine avant)
Contrôle des piles voyant de charge du condensateur du flash visible dans le viseur
Dimensions L x h x p (mm) 130 x 90 x 74 ; épaisseur du boîtier : 40
Poids (g) 675
Accessoires en option sac en cuir « toujours prêt » avec logement pour 3 ampoules de flash , filtres, bonnettes et pare-soleil

Des références.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Royer_(photographie), https://cameras-obscuras.blogspot.com/2008/11/chapeau-bas-monsieur-ren-royer.html, http://glangl1.free.fr/Photo2/Photo_S_963.html, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-11489-Royer_Savoy%203F.html, https://collection.click-clack.fr/pontiac-appareils-photo-3×4-cm-et-24×36-mm-2/, https://collection.click-clack.fr/royer-histoire-et-publicites/ en français.

Argentique

Le Fujica Compact 35 : un compact argentique étonnant

Préambule.

Voici le second appareil acheté dans la nuit de la Grande Réderie d’Amiens (avril 2025). Pourtant j’ai hésité car je ne pouvais pas vérifier la cellule, dans le noir, et parce qu’il était dans une grande caisse de comparses d’infortune.

Mais comme je n’ai pas écris beaucoup d’article sur ce type d’appareil dans la marque, je ne suis dit et pourquoi pas, faut juste bien négocier le prix. Ce que je fis. Voilà donc le second appareil dans le sac à dos.

Un peu d’histoire.

Si j’ai pas mal écris sur les reflex Fuji et les tous petits appareils au format 110, l’appareil qui me semble le plus proche par la forme de celui-ci est le Fujica Half, un étonnant demi-format des années soixante.

Mais commençons par le début …

Le nom de la société vient du mont Fuji, le plus haut mont du Japon ( 3776m), car l’entreprise a vu le jour, en 1934, à ses pieds

Fujifilm, dès le lancement de l’entreprise, produit du film tant pour le cinéma que pour la photographie, mais aussi des films spéciaux, comme pour la radiographie. C’est en 1948 qu’apparaissent les premiers films couleur, presque en même temps que se développent la fabrication d’objectifs et d’appareils photos, sous le nom de Fujica.

De nos jours, Imaging Solutions reste la partie la plus connue de l’entreprise. Elle produit toujours des films photographiques et du papier alors que ses grands concurrents historiques, Agfa et Kodak ont jeté l’éponge, parfois définitivement. S’y ajoute encore la production de livres photos et la technologie d’impression directe avec des bornes situées dans les magasins, ainsi que des appareils destinés au tirage professionnel dans les labos, en plus des scanneurs pro.

Voilà, rapidement, ce qui concerne les films, au sens large (car Fujifilm a aussi produit des films pour la vidéo privée 8mm, Single 8 et consorts) ainsi que des bandes magnétiques pour l’enregistrement (depuis 1950).

Une autre partie connue de ses activités, c’est celle de l’optique. Dès 1938 Fuji met en place une fonderie de verre optique à Odowara. La volonté de la marque était de produire des objectifs haut de gamme. Rien n’était trop beau pour y parvenir, comme l’utilisation de creuset en platine ! Fuji Photo Optical Co Ltd voit le jour en 1944 ; ainsi commence la production des Fujinon, aux qualités reconnues.

Par exemple, en monture Leica, Fujinon propose son premier objectif à monture vissante, le Cristar 50 mm ouvrant à f2 (1949), en même temps qu’un 35mm f3,5 et un Summitar 50mm ouvrant à f2. Puis, en 1954 il y aura le Fujinon Speed Trio avec le 35mm f2, le 50mm f1,2 et le 100mm f2. Le Fujinon 50mm f1,2 sera également construit en monture Nikon. C’est un excellent objectif, peut-être pas assez connu des amateurs.

Fujinon sera encore le précurseur pour le traitement des lentilles. Ils seront les premiers dans le domaine du revêtement par faisceau d’électrons (EBC). Cette méthode était la plus précise et la plus performante des techniques, aussi par les matériaux employés : Fujinon utilisait jusqu’à quatorze couches de revêtements contenant, notamment, de l’oxyde de zirconium et du fluorure de cérium.

L’EBC Fujinon 50mm f3,5 macro fut le premier objectif à bénéficier de ces traitements (1972). La légende dit que ces lentilles avaient une transmission de la lumière de 99,8% !

Enfin, en ce qui concerne les appareils photo, le premier Fujifilm sera le Fujica Six, un folding (pliant). Il sera produit de 1948 à 1953.

Dans les années soixante, Fujica lance deux appareils à visée télémétrique innovants : le Fujica 35-EE qui est le premier appareil au monde à proposer trois modes d’exposition (1961) puis le V2, un autre compact avec un objectif de 45mm qui propose une cellule au CdS couplée et capable d’offrir une vitesse maximale de 1/1000s (1964).

Toujours en 24×36 à visée télémétrique couplée, mais un peu plus tard (1998), Fujica lance le TX-1 à objectif interchangeable. Ça ne vous dit rien ? Et si j’écris XPan, c’est plus parlant ?

En effet, cet appareil est une collaboration entre Fujifilm et Hasselblad. C’est un appareil panoramique qui connu un grand succès, lui aussi, et qui sera suivi en 2003 d’un XT-2 (ou d’un XPan 2).

Suivront les années septante et la montée en puissance des reflex. Fujica présente alors le Fujica ST70, un reflex avec une monture vissante de 42mm, entièrement manuel et qui était équipé d’un lumineux Fujinon de 50mm ouvrant à f1,8. Ce sera un grand succès commercial, notamment parce qu’il était équipé d’une cellule couplée au silicium.

Pour en terminer avec les appareils fameux de la marque, il convient d’écrire un mot sur le moyen format. Dès la fin des années soixante et jusqu’au mitan des années septante, le Fujica G690 offrait un moyen format télémétrique à objectifs interchangeables. Fuji, qui a toujours été à l’écoute de ses clients, a créé cet appareil pour répondre aux besoins de photographes professionnels qui voulaient un appareil facile à utiliser, pas trop encombrant mais d’un format plus grand que le 24×36.

Le G690 (1968) est donc un 6x9cm qui ressemble à un Leica M3 mais avec un gros objectif.

Puis, plus tard, le Fuji GX 680 (1986 – 2010) sera un 6x6cm prévu surtout pour le studio, qui utilise soit le 120, soit le 220.

Toujours en collaboration avec Hasselblad, Fujifilm sort le GX645AF, un moyen format qui sortira aussi sous le nom de H1chez Hasselblad. Ils auront les mêmes accessoires et fonctions l’un et l’autre.

Quant à parler de collaborations, c’est avec Cosina cette fois que Fujifilm sort le GF670 (2008), un 6x6cm ou 6x7cm qui s’appelle encore Voigtländer Bessa 3. C’est d’ailleurs amusant de constater qu’il s’agit ici d’un appareil pliant, comme un certain … Fujica Six !

Fujifilm reste de nos jours dans la course, avec une gamme de télémétrique, de reflex et de moyens format numériques d’excellente réputation.

Présentation du Fujica Compact 35.

Ce petit compact date de 1967. Même s’il et considéré comme un petit automatique grand public, il est sérieusement construit et son aspect est qualitatif.

Tout d’abord, ce n’est pas un télémétrique. Vous réglez la distance avec les distances gravées sur le fût, en mètres ou en pieds. Mais dans le viseur, les distances sont reportées par quatre pictogrammes. Vous pouvez donc choisir les deux méthodes pour viser votre sujet au plus juste.

Et puisque nous en sommes à écrire sur le viseur, précisons encore qu’il est large, bien clair, collimaté pour le cadre, avec correction de la parallaxe et en sus, sur la gauche, vous verrez une échelle des ouvertures choisies par l’appareil lorsque vous êtes en position automatique.

Car ce petit appareil contient une cellule couplée, hélas au sélénium (celle de mon exemplaire fonctionne toujours) même si ce type de cellule vous dispense de piles. Si la luminosité est trop faible, elle interdit le déclenchement en position automatique. Il faut alors passer en manuel pour régler l’ouverture et la vitesse.

La cellule se règle grâce à un bouton à l’arrière de l’appareil.

L’obturateur est central, qui donnent des vitesses de 1/30s à 1/250s. Sa position centrale autorise la synchronisation du flash à toutes les vitesses. Le flash se pose sur la griffe dite froide et doit être raccordé avec une prise PC, en façade.

Donc, sur le fût de l’objectif, vous avez, au dessus, la bague pour les ouvertures, et en dessous, une petite fenêtre pour régler la vitesse, de la pose B aux vitesses citées plus haut, en passant par la position pour la synchro flash (en rouge).

Pour armer, c’est comme d’habitude, avec un petit levier en métal. Le déclencheur, fileté pour recevoir un câble, est doux et le déclenchement assez discret. Un petit appareil pour la street photo sans trop d’efforts.

Ne cherchez pas le compteur de vue au dessus, il est sur la semelle, dans une fenêtre en arc de cercle et il se réinitialise automatiquement à l’ouverture du dos. Celui-ci s’ouvre grâce à un verrou sur la tranche gauche de l’appareil. Monté sur charnière, il découvre la chambre.

La manivelle de rembobinage est elle sur le capot mais ne tirez donc pas dessus comme un forcené, ce n’est pas elle qui ouvre l’appareil. Le petit bouton de débrayage pour rembobiner le film est sur la semelle.

Encore un mot sur l’objectif, un beau Fujinon de 38mm ouvrant à f2,8 jusque f22. Comme je l’indiquais plus haut, les objectifs Fujinon ont bonne réputation en général.

Que penser de l’appareil ?

Franchement, je l’aime bien : il est mignon, assez compact même s’il ne rentre pas dans une poche mais plutôt un petit sac (j’ai d’ailleurs celui d’origine, en cuir) ou un petit sac photo.

Il est agréable à tenir en mains et facile à régler. Toutes les indications sont bien visibles, ce qui est rare pour ce type d’appareil. Enfin, il permet de travailler en manuel et en automatique, ce qui n’est pas courant non plus pour les petits compacts de cette époque.

Sans être vraiment rare, il n’est pas très courant et c’est tant mieux. Point de vue budget, compter au maximum 50€ pour un bel exemplaire complet et dont la cellule fonctionne toujours. Un bel investissement pour qui veut voyager léger et en bonne compagnie !

Vidéo d’illustration.

Grâce à Collection-appareils, voici le lien vers le mode d’emploi.

Des références.

http://camera-wiki.org/wiki/Fujica_Compact_35, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Fujica_Compact_35, https://kamerastore.com/products/fujica-compact-35, https://www.photo.net/forums/topic/319201-fujica-compact-35ever-use-one/, https://r-kobus.eu/fujica-compact-35-en/, en anglais ; https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-1636-Fujica_Compact%2035.html, https://parlonsargentique.com/fujica-compact-35-fiche-technique-avis/, https://fuji.ch/fr/story/fujifilm-heritage-une-retrospective-de-lhistoire-de-90-ans-de-fujifilm/, en français.

Argentique

Le babysem 2 : un argentique de poche.

Préambule.

Un matin franchement frisquet, le thermomètre affiche -2C en cette fin mars 2025. Peu de brocantes encore, sauf celle de Jemappes, où sont pelotonnés vendeurs et … acheteurs. Je déambule à travers les stands des courageux venus tôt ce matin et au détour d’une allée, je vois sur un stand une boîte d’ampoules pour flash ancien. Comme je m’enquiers du prix et que la dame est occupée, mes yeux furètent sur la table bien encombrée et ils s’arrêtent sur une petite house de cuir jaune. Je l’ouvre et découvre ce petit appareil sympathique. Petite transaction pour le prix des ampoules et du boitier et ils plongent dans le sac dos.

Je ne trouverais pas autre chose d’intéressant ce jour-là. Il est temps de rentrer boire un chocolat chaud …

Un peu d’histoire.

Je vous ai déjà présenté un SEM, le Semflex Standard 3,5B type 9 (ouf !) et j’aurais dû faire aussi la présentation d’un Babysem, premier du nom, mais j’ai eu la mauvaise idée de le prendre sur une bourse et il est parti trop vite.

Appareil photo vintage Babysem en métal avec un objectif OREC et un viseur en haut à gauche.

Ceci étant, le modèle que je vous propose est une extrapolation du premier Babysem, sur lequel on a greffé une face avant plus moderne.

Mais commençons par le début …

Vers 1940, la société Parisienne G. Cornu demande à la société Aluvac de lui couler les corps et dos de petits appareils 24×36. Ces pièces portent les marques Aluvac 3439 et 3440.

Avant la seconde guerre mondiale, l’industriel Stéphanois (St Etienne) Jean Cros fabrique des ailettes pour roquette. Il fait couler celles-ci par la société Aluvac. Au déclenchement de la seconde guerre mondiale, il se doit se diversifier et produit pour G.Cornu des appareils photographiques Reyna Cross.

Monsieur Jean Cros obtient, en 1941, de la société G. Cornu une licence pour fabriquer à St Etienne un appareil photographique à partir des pièces détachées produites par Aluvac. C’est Paul Royet, un technicien en mécanique qui fabrique des obturateurs Micromécanic, qui sont installés dans les appareils photographiques Reyna Cross, qui mène à bien cette entreprise (1942).

Finalement, en 1946, Paul Royet et Jean Cros s’associent pour fonder la SEMM, Société des Établissements Modernes de Mécanique, appelée également SEM, d’abord établie à St Etienne, puis, dès 1947, à Aurec. Cette entreprise fabrique d’abord des appareils pour Cornu, sous licence, mais bien vite, réalise ses propres modèles, dont les plus célèbres et connus seront les Semflex, des reflex bis-objectifs de qualité (voir l’article cité ci-avant)

Dès 1949, SEM produit un petit appareil 24×36, le Babysem premier du nom (voir photo ci-dessus), inspiré du Reyna des Ets G. Cornu.

Un appareil photo ancien de marque Reyna, affichant un design vintage avec un objectif et des réglages visibles sur le devant.

Le Reyna est sorti en pleine seconde guerre mondiale, sans publicité, n’apparaissant dans aucun catalogue. Il a été perfectionné et modifié par Paul Royet pour devenir le Reyna Cross.

Paul Royet va optimiser le mécanisme pour en faciliter la construction et présentera le Reyna Cross 2. Rapidement, G. Cornu adoptera un certain nombre de modifications passant ainsi du Reyna au Reyna 2.

Petit à petit, d’améliorations en simplifications, le Reyna Cross prend le chiffre 3. SEM prend de plus en plus une dimension industrielle alors que Cornu reste artisanal. On estime que 95% des boitiers produits seront utilisés par SEM. La maison G. Cornu disparaitra petit à petit.

Les boitiers évolueront tant à cause de cette phase de pré-industrialisation (rationalisation de la construction) qu’à cause des difficultés d’approvisionnement toujours en vigueur au sortir de la guerre.

Le Babysem premier du nom va en profiter, ou en subir les conséquences, c’est selon, et il deviendra Babysem 2 lorsque sa façade sera réduite en épaisseur et modifiée pour s’installer sur le dos du Babysem Il perd aussi le déclencheur sur le capot, qui nécessite des liaisons mécaniques plus complexes.

Enfin, après des années de privations, de production plus ou moins organisée pour les entreprises, de difficultés économiques et de reconstruction, arrivent la fin des années cinquante et celles du retour à la prospérité, d’un pouvoir d’achat qui augmente et d’une nouvelle génération qui aspire aux loisirs, aux amusements, à une nouvelle vie.

Conscient de ces changements, SEM décide de moderniser ses appareils noirs et gris, qui ne sont plus dans l’air du temps. Ils font appel à Roger Tallon pour rajeunir le Baby Sem.

Trois nouveaux modèles verront le jour suite à ce ravalement de façade : le Babyjoy d’entrée de gamme et destiné aux plus jeunes, le Babysem qui nous préoccupe, le BabyLord qui sera le haut de gamme de la série.

A y regarder de plus près, les trois modèles sont construits sur la même base, pas très éloignée d’ailleurs du modèle précédent (même s’ils sont un peu plus grands) : la face avant est rectangulaire avec un carter échancré pour y loger l’optique et le mécanisme de l’obturateur (il n’y a pas de déclencheur sur le capot) ; sur le dessus, deux trous pour y loger un flash (brochage spécifique) ; le viseur n’est plus central mais décalé vers la droite ; un léger décrochage en bas est garni d’un simili-cuir coloré, qui fit d’ailleurs le tour du boitier ; la typographie a aussi été revue et le B majuscule disparait pour une minuscule.

C’est la partie arrière qui est la plus proche de l’ancien modèle, avec ses deux gros boutons ronds, en partie cachés par le retour de la face avant (avance et rebobinage du film) ; un large tunnel abrite un minuscule trou, celui du viseur, très approximatif (à se demander pourquoi ils ne l’ont pas fait plus grand vu l’espace inutilisé). Toute la surface du dos est gainée du même vinyl coloré.

Présentation du babysem.

Un mot encore des autres modèles, pour mieux apprécier les différences :

  • le babyjoy, produit de 1960 à 1965, est donc le modèle de base : il possède un obturateur Orec avec une seule vitesse (1/50s) ; on peut régler l’ouverture, illustrée par les chiffres 1-2-3 ou des pictogrammes météorologique ; la peinture est lisse sur ce modèle et il y a inversion des couleurs du bandeau vinyl.
  • le babysem, produit sur la même période, est le milieu de gamme : il ne possède pas de vitesses lentes et le maximum est le 1/250s avec une pose B ; les distances se règlent en continu de 75cm à l’infini ; la peinture est granuleuse et les bandeaux de couleurs sont identiques devant et derrière.
  • le babylord, produit de 1962 à 1965, plus rare, est le haut de gamme : il possède des vitesses lentes et sa limite est le 1/400s ; l’esthétique est identique à celle du babysem.
Publicité pour l'appareil photo Babyjoy, montrant les caractéristiques et fonctionnalités, avec des illustrations des appareils et des scènes de prise de vue.

Les trois appareils bénéficient du même objectif anastigmat Som Berthiot de 45mm ouvrant à f2,8. Toutefois, il y aura quelques rares modèles équipés d’un objectif Angénieux.

Pour en terminer, Photo-Hall distribuera le babysem sous les appellations de Photo-Hall 1A, puis de Photo-Hall SB1.

Venons-en à la présentation spécifique de ce babysem 2.

Je ne reviens pas sur la présentation générale mais j’ajoute que pour l’ouvrir, il faut tirer sur un loquet situé sur la tranche gauche, ce qui libère le dos, qui se retire en entier.

Quelle ne fut pas ma surprise de constater qu’il y avait encore un film dans la chambre, que j’ai refermée bien vite. Le compteur de vues n’est pas clair, alors combien d’images encore ?

Ceci étant, comme le loquet ne tient pas bien, j’ai décidé de retirer le film, mais comment le rembobiner ?

C’est sur le site de Collection-appareils que j’ai, heureusement, trouvé le mode d’emploi dont le lien est ICI.

Premier constat, il faut de bons ongles pour tirer sur le minuscule bouton strié qui est sur la tranche. Une fois qu’on y est arrivé (plus ou moins 0,5cm de retrait), il faut encore le tourner d’un quart de tour pour débrayer le système.

Vue d'un appareil photo vintage Babysem avec un design rétro et une finition en métal, posé sur une surface texturée, avec une figurine en arrière-plan.

Enfin, là on pourra rembobiner en tournant la grosse molette à gauche dans le sens de la flèche. Ce qui a pour conséquence de réinitialiser aussi le compteur de vue (c’est d’ailleurs comme ça que j’ai compris que le film était presque arrivé en fin de course).

Le réglage de la distance se fait avec la rotation de la lentille, non crantée, de 75cm à l’infini.

La vitesse se règle elle grâce à la roue striée derrière la lentille, de la pose B – 1/15s – 1/30s – 1/60s – 1/125s – 1/250s. Un filetage est prévu, en dessous du déclencheur, pour y fixer un câble.

Enfin, l’ouverture se règle avec une tirette située sous l’optique, de f2,8 à f22.

Appareil photo Babysem avec un design rétro, incluant un objectif Som Berthiot de 45mm, monté sur une surface texturée grise et une bande rouge.

Le flash, très rare, se fixe sur le dessus, dans les 2 broches prévues et un câble le relie au bloc optique/obturateur.

Comme je le signalais plus haut, il n’y a pas de déclencheur sur le capot. SEM utilise ici un vieux système, comme sur les anciens folding : on arme avec une tirette, on déclenche avec une autre située autour de l’obturateur. Simple, efficace et moins sophistiqué à produire qu’un autre système.

Autre bizarrerie, le bouton placé en façade, sur lequel il faut appuyer après chaque photo pour permettre d’avancer d’une vue. C’est une idée simple pour éviter la double exposition mais guère pratique dans l’absolu. Il faut donc appuyer sur ce bouton, tourner la grosse molette d’avancement, relâcher le bouton tout en continuant à tourner jusqu’à ce que celui-ci se bloque, puis vous pourrez faire une autre photo. On a connu plus simple dans les années soixante !

Le compteur de vue doit être initialisé sur 20 ou 36 manuellement. Il fonctionne par décompte des déclenchements.

Que penser de cet appareil ?

Tout en alliage d’aluminium, il a quelque chose de rassurant car il donne cette impression de solidité que confère le métal.

Cependant, les défauts sont nombreux :

  • viseur réduit à sa plus simple expression, un chat d’aiguille : on devine plus qu’on ne voit ce que l’on va photographier
  • le loquet de blocage du dos gagne du jeu avec le temps, rendant l’appareil moins étanche aux fuites de lumières
  • les réglages sont minimalistes et on ne peut rien contrôler (ouverture, vitesse, sensibilité)

Ceci dit, la prise en main n’est pas mauvaise et les réglages sont bien disposés, sauf ce f…. bouton pour débrayer l’enroulement en vue du rembobinage.

Dans son beau sac tout prêt en cuir, il a belle allure et vous pouvez alors le porter autour du cou car la lanière est sur ce dernier, pas sur le boitier.

En conclusion, c’est un appareil rare mais qui n’a pas une grande cote (50€ avec sa gaine en bon état). Il fait partie de ces boitiers intéressants à posséder en collection car il est le reflet d’une époque.

Vidéo d’illustration.

Un peu de technique.

Année 1960

Objectif : Som Berthiot 45mm ouvrant à f2,8, anastigmat

Obturateur central en Iris OREC de 1/15s au 1/250s plus pose B

Format : 24 x 36 mm

Viseur de type Galliée

Des références.

https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-1030-Sem_Babysem.html, http://clicclac1.free.fr/old/Appareils_francais/SEM/Baby.htm, https://www.lesappareilsphotographiques.com/sem-p-186.html, http://glangl1.free.fr/Photo2/Photo_S_1017.html, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-12921-Photo-Hall_Baby%20Sem.html, http://glangl1.free.fr/Liste-Sem.html, https://stereoantica.com/sem-baby-sem/, https://fr.wikipedia.org/wiki/Soci%C3%A9t%C3%A9_des_%C3%A9tablissements_modernes_de_m%C3%A9canique, https://collection.click-clack.fr/sem-histoire-et-publicites/, https://www.mes-appareils-photos.fr/SEM.htm, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-1079-Sem_Baby%20Sem.html en français ; https://cameracollector.net/sem-kim-baby-sem/, en anglais.

Argentique

Le Balda et un sac photo en cuir bien garni

Préambule.

Ce mois de mars n’en finit pas de nous surprendre : un dimanche matin avec 18°C, c’est peu courant !

Alors j’en ai profité pour faire une brocante, seul cette fois. Ronquières, me voici. Il y a, bien évidemment un monde fou et comme je n’arrive pas très tôt, je me demande si je vais quand même trouver quelque chose d’intéressant à mettre dans le sac à doc.

Là, au détour d’un stand, dans des caisses reléguées au fonds, je vois des crosses destinées manifestement à supporter des longs téléobjectifs, comme on les faisait dans les années septante. Par curiosité, je les regarde et par dessous, une longue boite en cuir un peu fatigué.

Ah, manifestement il y a un appareil dedans et des accessoires. Petites négociation rapide et j’emporte celle-ci dans le sac. Elle y sera bien seule mais je pense que la trouvaille aura quel que intérêt.

Un peu d’histoire.

Si vous vous en souvenez, j’ai déjà décrit un Balda dans ces articles, le Balda Baldessa.

Mais revenons un peu plus en arrière : Max Baldeweg, maître mécanicien qualifié et très intéressé par la photographie fonde à Dresde (décidément berceau de grandes marques), le 20 novembre 1908, la Balda Werk.

A ses débuts et en tout cas avant la seconde guerre mondiale, la société produit essentiellement des appareils à prix abordables, notamment des appareils pliants. Mais si elle a produit en son nom, elle a aussi produit des appareils que je qualifierais de produits blancs, c’est-à-dire destinés à d’autres fabricants qui y apposaient leur propre marque.

L’usine interrompt sa production à l’aube de 1940 pour soutenir l’effort de guerre de l’Allemagne. Elle fut partiellement détruite sous les bombes qui rasèrent Dresdes.

Au sortir de cette période difficile, Max Baldeweg et Willbald Lauterbach, un directeur fidèle, essaient de relancer la production. Mais le pouvoir en place fait qu’ils durent tous deux quitter leur entreprise et la ville pour fuir vers l’Ouest. Balda Werk sera nationalisée en 1946 puis elle sera engloutie par le VEB Pentacon en 1956.

A l’Ouest, Max Baldeweg fonde la Balda-Balda, qui devra changer de nom en Belca Werk en 1951 à cause de litiges dus à la marque Balda restée à l’Est.

Présentation du lot.

Comme je l’écrivais en préambule, l’appareil est dans un sac photo en cuir, d’origine, mais qui a bien besoin d’être nettoyé et re ciré. La chose faite, je m’attaque aux objets à l’intérieur : de prime abord, 3 filtres dans leurs pochettes en cuir, un pare-soleil en caoutchouc lui aussi dans une pochette de cuir, 2 films terminés, un troisième avec l’amorce sortie, le Balda avec son sac tout prêt, sa lanière en cuir sur laquelle est attaché un petit sac, qui devait contenir un flash ou prévu pour y mettre un film d’avance. Il est vide en tout cas. Une boite et 5 lampes hors boite de Sylvana AG 3B complètent le tout.

Tous ces objets sont nettoyés et retrouvent bien vite leur lustre d’antan.

Les filtres sont des B&W de 40,5mm : le premier est un filtre UV, le second est en fait une bonnette X1 et finalement une bonnette X2 pour le troisième élément.

Quant à l’appareil, c’est donc un Balda Super Matic. Il est équipé d’une lentille de 45mm Color Baldanar, ouvrant à f2,8. Notez qu’il aurait pu être équipé d’un objectif couleur Estconar toujours de 45mm ouvrant aussi à f2,8, voire d’un Xenar aux mêmes spécifications.

La distance se règle sur la lentille avant, mesures en mètres, en pieds et pictogrammes. La distance minimale est de 1m jusque l’infini. Une échelle de profondeur de champ est gravée sur la couronne.

Ses vitesses s’échelonnent de 1/30 – 1/60 – 1/125 (synchro flash, en rouge) – 1/250 – 1/500s et une pose B. Le déclencheur est en façade, glissant vers le bas et fileté dans sa partie basse pour y loger un câble souple. Il y a aussi un A pour automatique, j’y reviendrai.

La griffe porte-accessoire est dite froide. Une prise PC, elle aussi en façade, permet de raccorder le flash.

On règle la sensibilité de la cellule, au sélénium, via une languette, qu’il faut enfoncer avant de faire tourner la bague qui porte un point orange, à faire coïncider avec la valeur choisie, de 12 à 1600 Asa (échelle en DIN aussi, de 12 à 33).

Publicité d’époque.

Sorti en 1960, pour remplacer les Baldina, vous trouverez peut-être plusieurs dénominations sur le cartouche en bas à gauche (vu de face) : Balda Super Matic, Super Balda Matic ou Super Baldamatic.

Les spécificités de ce modèle sont au nombre de cinq : une forme arrondie, jolie mais pas très pratique à tenir en mains ; une clé pour armer, sur la semelle de l’appareil : une manivelle de rembobinage en dessous, montée sur ressort ; le compteur de vue est sur la semelle et il faut le réinitialiser à la main ; c’est tout le dos de l’appareil qui se libère quand on appuie sur les 2 boutons placés sur la tranche gauche.

Ensuite, le Super Matic est équipé, comme je le signalais plus haut, d’une cellule au sélénium, qui est couplée, pour l’utiliser en mode automatique (le A de la couronne de vitesses) ou en manuel. Cette cellule est visible sur la gauche du viseur et elle indique l’ouverture choisie. Ce boitier est un priorité vitesse.

Son viseur, assez grand et clair, est collimaté avec indication du cadre pour la correction de la parallaxe.

Que penser de cet appareil ?

Peut-être devrais-je parler du lot complet car il est intéressant et relativement rare de trouver un ensemble qui était celui utilisé par un photographe, hélas, inconnu.

De plus, les films terminés indiquent que cette personne osait le film couleur et même la diapositive avec cet appareil. C’est donc qu’il avait confiance aux qualités intrinsèques de son matériel, la diapositive étant plus délicate manier que le film couleur ou N/B.

La bobine non entamée est une Kodachrome 2 de 25 Asa (film inversible, diapositive), qui sera produite de 1961 à 2009. Les deux pellicules terminées sont des 3M, une inversible de 50 Asa et l’autre, un film couleur de 80 Asa. Celles-ci étaient fabriquées pour 3M par Ferrania, la société américaine étant entrée dans son capital en 1964.

Malgré quelques recherches, je ne suis pas parvenu à savoir jusqu’à quelle date ces films ont été produits, mais je pense, vu les nombres Asa qu’ils l’ont été jusqu’à la fin des années soixante. Ce sera intéressant de les faire développer …

Ceci étant, si l’appareil est agréable à l’œil de par ses formes un peu arrondies, sa petite taille ne permet pas de le tenir facilement en mains lorsqu’on veut manipuler les commandes, et le viseur placé à droite est régulièrement barré par un index qui ne sait pas trop où se placer.

Pourtant les commandes sont souples et si la position du déclencheur peut dérouter (en façade) elle est assez logique car en baisant le levier, doux, on ne risque pas de faire bouger le boitier et on réduit dès lors les risques de flou de bougé.

Reste que je trouve toujours un peu compliqué ces dos que l’on ôte complétement pour le chargement car il faut garder un œil dessus (enfin, plutôt un doigt ou une main) pour qu’il ne finisse pas par terre quand on veut changer le film ailleurs que sur un bel endroit stable !

Mais manifestement ces petits désagréments n’ont pas empêché un photographe d’un autre temps de se servir de son ensemble au moins quelques années, avec enthousiasmes, vu les accessoires ajoutés et en diversifiant les films.

Vous me connaissez, c’est surtout cet aspect humain de la trouvaille qui m’a plut et j’espère que la personne qui achètera cet ensemble saura l’apprécier aussi.

Video d’illustration.

Des références.

https://www.35mmc.com/28/09/2024/balda-super-matic-quirky-but-fun/, https://historiccamera.com/cgi-bin/librarium2/pm.cgi?action=app_display&app=datasheet&app_id=3242 en anglais ; https://bleckedermoor.de/fotomuseum/baldasupermatic1-rep.htm, https://www.kameramuseum.net/0-fotokameras/balda/balda-super-balda-matic.html, https://kameramuseum.de/objekte/balda-super-balda-matic/ en allemand ; https://mgroleau.com/photo/allemagne/balda/balda.html, https://www.collection-appareils.fr/x/html/page_standard.php?id_appareil=10428 en français