Recherche rapide : Préambule – Un peu d’histoire – Présentation du Savoy Royer 3F – Que penser de cet appareil ? – Des références
Préambule.
Ça diminue mais cet appareil fait aussi partie des trouvailles de la brocante de Maroilles. Ici, sur un stand de particuliers, une dame vend cet appareil et un reflex Zenit. Vous vous doutez bien que c’est le premier qui a de suite attiré mon œil curieux.
C’est le drapeau Suisse qui m’a intrigué : mon amis de l’autre côté des Alpes ne fabriqueraient donc pas que du chocolat, des couteaux de poche et des montres ! Notez que j’avais déjà découvert leur activité photographique avec l’Alpa SI 3000 que j’ai présenté il y a un moment déjà.
Un peu d’histoire.
hihihi … et là je me suis planté complètement car ce n’est pas le drapeau Suisse qui orne cet appareil, mais il semblerait que ce soit celui de la Savoie. En effet, Monsieur René Royer, ingénieur industriel qui, après avoir travaillé chez Lumière, fonde en 1947 la société française SITO (Société Industrielle de Technique Optique), établie à Fontenay sous Bois (Seine), a possédé quand même une usine de montage à Annemasse, en Savoie. C’est là que seront fabriqués les Savoy dès 1956.
Ceci étant, la marque SITO n’apparait jamais sur les appareils mais bien le nom du fondateur/concepteur, Royer qui est, de fait, le nom de marque commercial.
A ses débuts, l’entreprise fabrique essentiellement des obturateurs qu’elle livre en tant que sous-traitant.
Au sortir de la seconde guerre mondiale, les appareils pliants ou folding ont encore du succès. C’est avec eux que commence l’aventure de Royer. Ils proposent toute une série de très beaux pliants avec soufflet et corps en fonte d’aluminium, qui seront présentés en 1948 au Salon de Paris.
On dit d’ailleurs que la gamme rivalisait en qualité et ingéniosité de fabrication avec Zeiss Ikon, c’est peu dire. L’appareil la plus abouti de cette gamme sera le Teleroy, concurrent direct du Super Ikonta. Pensez donc : télémètre couplé, prévention des doubles expositions, synchro flash et retardateur.
Mais dans les années cinquante, le pliant s’essouffle alors que le 6×6 a encore du succès. Rolleiflex n’ayant toujours pas le droit de sortir de ses frontières teutonnes, les français Semflex et Royer sortent des bis-objectifs de grande qualité. Pour Royer ce seront les Royflex (1952). Le plus perfectionné sera le Royflex III, automatique et équipé du Téléligth, un système qui assurait une visée très claire

Les années soixante annoncent un autre bouleversement : le 6×9 est mort, le 6×6 agonise tandis que les films 24×36 en N/B et, surtout, en couleur, commencent à prendre le pouvoir. Royer fait face en sortant le Royer 35. Hélas, celui-ci contient une erreur de conception (il ne s’ouvre pas ni derrière ni en dessous, il faut ôter la face avant pour le charger d’un film) qui poussera l’entreprise à revoir sa copie et cet appareil deviendra bien vite le Savoy (1956). Il se déclinera en 1 – 2 – 3. Le Savoya couronne la gamme, titillant les Foca Sport.

Et puis, en 1959 sort la bombe appelée Nikon F, le reflex qui va en ébranler plus d’un !
Royer réplique avec les SAVOYFLEX, leurs premiers réflex. Mais ceux-ci ne sont pas à la hauteur : ils ne proposent qu’un obturateur central, un objectif fixe, que viennent compléter des compléments optiques, dépassés.
Cet échec et la concurrence de plus en plus féroce sur ces gammes auront raison de l’entreprise, qui disparait en 1965.
Elle laisse derrière elle quelques beaux appareils, très bien construits et fiables
On estime à plus de 200.000 obturateurs fabriqués et environ 200.000 appareils photo jusqu’aux années soixante. S’il y eut effectivement quelques ratés incontestables, le reste de la production était bien considéré.
Présentation du Savoy-Royer 3F.
La série commence donc en 1956 par la production du Royer 35, mal pensé car, comme dit plus haut, il fallait démonter la face avant pour remplacer le film, ce qui n’est guère pratique.
On recommence et enfin sort le premier Savoy, construit dans la nouvelle usine de Annemasse. Il n’est pas encore parfait car Royer sort un premier modèle 2, qui garde la platine avant amovible , que l’on pouvait utiliser comme porte-objectif pour agrandisseur (agrandisseur resté à l’état de projet) mais gagne un dos monté sur charnières. Viennent ensuite un second Savoy II au viseur plus grand, un Savoy III avec viseur collimaté qui auront tous le dos ouvrant et auront abandonné définitivement la platine amovible.
Vous pourrez découvrir sur Collection-appareils la liste des appareils antérieurs à celui qui nous préoccupe et leurs performances.
Car ce Savoy-Royer 3F est un des derniers construits et c’est un haut de gamme, nous allons voir pourquoi.
Sa forme, tout d’abord, a été singulièrement renouvelée et modernisée, voyez plutôt :


Par rapport aux Voigtländer Vito de la même époque, il est plus moderne et présente aussi très bien au niveau qualitatif : le métal est encore majoritaire et cela se ressent au niveau du poids (675gr nu).
Avec son sac tout prêt, il est magnifique. Presque au centre, son grand viseur, légèrement décalé de l’objectif, semble presque du même métal que le reste car il est argenté (viseur dit Cristal, fabriqué par Som Berthiot). De chaque côté, le blason et de l’autre, la marque Royer-Savoy.


Sur le capot, le levier d’armement avec son bout en forme de roue (original). A côté, un minuscule bouton, que l’on pourrait croire être celui du déclencheur. Non, il sert à débrayer l’appareil lors que rembobinage. Par contre, juste devant, une prise PC pour y raccorder un flash électronique. Car cet appareil possède un flash intégré, muni d’une parabole en métal, et qui accepte les ampoules flash AG-1. Et en plus, il y a une griffe porte – accessoires pour y fixer un autre flash, à relier donc à la prise PC (la griffe est dite froide, sans contact pour la synchronisation). C’est la raison du F=flash du modèle.



Autour du levier d’armement, le compteur de vue, qui est dégressif et qu’il faut indexer soi-même du nombre de vues prévues sur le film.

A l’autre extrémité, la molette avec la manivelle pour le rembobinage. Juste devant elle, un voyant, celui du flash, pour signaler quand il est opérationnel.

Un mot encore de la plaquette striée devant la griffe flash : elle permet d’illuminer le viseur afin d’y apercevoir les distances relevées avec l’objectif (symboles 1 m – portrait – groupe – paysage).
Car le viseur est collimaté et lorsque vous tournez la bague des distances sur l’objectif, elles se voient sur le dessus du viseur (bien pratique comme idée mais il faut y être attentif pour bien les distinguer).

Ensuite, sur la face avant, un cercle avec des indications : c’est le bouton de fermeture de la trappe de la pile, entouré d’un indicateur de portée du flash. Attention, c’est tout le panneau strié du côté droit qui tombe, dévoilant l’emplacement de la pile, introuvable car c’est une 15v (comme sur les flashs d’époque). Je vais voir si on peut bricoler quelque chose pour y suppléer mais la place est limitée. Dommage.


Notons que ça n’empêche pas l’appareil de fonctionner, la pile ne servant qu’à faire brûler la lampe bleue. A défaut, il reste toujours la possibilité d’utiliser un flash électronique de cette époque.
L’obturateur est central, ce qui autorise la synchro flash à toutes les vitesses, sauf s’il s’agit d’un flash à ampoule, dit magnésique, car alors la synchro est au 1/30s (la lumière émise par la lampe est moins rapide et précise que celle du flash électronique). Les vitesses sont de1/30s au 1/300s, plus la pose B. Il n’y a pas de retardateur. Et, spécificité du boitier, le déclencheur est située sur la gauche du fut d’objectif.
La multi exposition est possible si vous appuyez sur le petit bouton de débrayage, ce qui empêche le film d’avancer lorsque qu’on réarme le déclencheur.
Pour ouvrir le boitier, il faut tirer vers le haut le verrou placé sur la tranche droite. Tout le dos s’ouvre sur la chambre, avec une bobine fixe pour y glisser la nouvelle pellicule. Le dos est profondément nervuré, sans mousse et je pense que la qualité de l’assemblage évite les fuite de lumière à ce niveau.


L’objectif est un Som Berthiot, le concurrent des Angénieux. Il s’agit ici d’un triplet, traité contre les reflets. On peut monter des filtres sur l’objectif mais attention, au diamètre de 36mm (pas courant). C’est un 50mm ouvrant à f2,8, avec une mise au point de 80cm minimum. Les Berthiot ont généralement très bonne réputation, surtout ceux avec 4 lentilles (le Flor Berthiot, en formule Tessar), hélas absente en monte ici.

Dernière revue en images :





Que penser de cet appareil ?
Franchement, c’est un appareil qui sort de l’ordinaire. A l’époque concurrent des Foca, il était plus accessible et d’aussi bonne qualité.
La seule chose qui semble ne pas bien résister au temps, ce sont les inserts en faux cuir, qui ont tendance à se décoller, mais rien de grave à ce niveau.
Pour le reste, l’aluminium de l’ensemble résiste bien et les quelques chromes aussi.
Le fonctionnement est onctueux, le déclenchement, inhabituel sur la gauche, discret.
Ce n’est pas un télémétrique mais l’astuce qui permet de voir le réglage de la distance dans le viseur est un plus indéniable. Bien que l’on puisse choisir aussi le zone focus, la table de profondeur de champ indiquée sur l’objectif y aide bien.
Seul (gros) bémol, la pile pour alimenter la lampe magnésique est introuvable de nos jours. Quoique, à bien y regarder, les ampoules AG-1 ne courent pas les rues non plus. Alors, opter pour un flash électronique ou se battre avec un montage hétéroclite pour griller une bleue ? A chacun de choisir son camps !
C’est encore un boitier qu’il vaut mieux acheter accompagné de son sac tout prêt car il n’y a pas moyen de mettre une sangle de portage sur celui-ci, elle est sur le sac.
Au niveau prix, il faut reconnaître qu’il n’est pas courant et j’écrirais même rare dans nos contrées (sans doute moins en France). Un exemplaire complet, avec son sac, en très bon état, devrait se négocier autour des 50€.
Un prix finalement fort raisonnable pour photographier différemment, avec classe et discrétion.
Le prendriez-vous pour sortir en rue faire un peu de street ?
Un peu de technique.
Appareil 24×36 à obturateur central
Pays de fabrication France
Disponibilité 1958 –> 1964
Format de film 135
Construction du boîtier métal ; corps en alliage d’aluminium moulé sous pression (fonderies Thecla)
Avance du film couplée à l’armement, par levier (à main droite) ; débrayage par petit bouton sur le dessus (même côté) ; rembobinage par manivelle dépliable (à main gauche)
Compteur de vues dégressif (collerette graduée sous le bouton d’armement)
Optique : objectif SOM Berthiot 50 mm f/2,8 (triplet) traité antireflets
Diaphragme iris pentagonal, index de la bague de réglage tournant devant une échelle graduée 2,8-4-5,6-8-11-16-22 ; le chiffre 8 est gravé en rouge
Filetage pour filtres (mm) 36
Visée : viseur collimaté à fenêtre unique
Informations dans le viseur cadre collimaté + repères de parallaxe + réglage de distance (symboles 1 m – portrait – groupe – paysage) + lampe témoin de tension du flash
Mise au point : manuelle par rotation de la lentille frontale (couronne graduée tournant devant un index et une échelle de profondeur de champ) ; la distance 3 m est gravée en rouge
Distance minimale en mode normal (cm) 80
Obturateur : Fabricant ou marque S.I.T.O.
Vitesse minimale (s) 1/30
Vitesse maximale (s) 1/300
Pose B
Déclencheur levier de déclenchement sur le bloc optique à main gauche ; prise pour déclencheur souple protégée par un bouchon
Expositions multiples possibilité de découpler armement et entraînement du film en appuyant sur le bouton de débrayage
Flash : flash intégré flash escamotable à lampes magnésiques type AG1
Synchronisation oui, magnésique au 1/30 s (index de la bague des vitesses sur la position FLASH), électronique à toutes les vitesses
Modes : nombre-guide et portée cadran sur la platine avant indiquant le diaphragme à utiliser en fonction de la distance pour la sensibilité affichée
Prise pour flash externe coaxiale, sur le dessus du capot
Autres caractéristiques : écrou de pied filetage au pas Kodak
Alimentation pile (15 V ?) logée sous le cadran indicateur (platine avant)
Contrôle des piles voyant de charge du condensateur du flash visible dans le viseur
Dimensions L x h x p (mm) 130 x 90 x 74 ; épaisseur du boîtier : 40
Poids (g) 675
Accessoires en option sac en cuir « toujours prêt » avec logement pour 3 ampoules de flash , filtres, bonnettes et pare-soleil
Des références.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Royer_(photographie), https://cameras-obscuras.blogspot.com/2008/11/chapeau-bas-monsieur-ren-royer.html, http://glangl1.free.fr/Photo2/Photo_S_963.html, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-11489-Royer_Savoy%203F.html, https://collection.click-clack.fr/pontiac-appareils-photo-3×4-cm-et-24×36-mm-2/, https://collection.click-clack.fr/royer-histoire-et-publicites/ en français.

