Argentique

Le Nikon F90X, nostalgie ou toujours dans le coup ?

Préambule

Ce Nikon trainait dans une caisse, à côté d’un F80 et d’un D3100. Qu’ils avaient l’air tristes sous une épaisse couche de poussière et autres dépôts peu ragoutant. Si j’ai laissé le F80, j’ai pris le F90X et le D3100, le plus mal en point (il lui manquait la porte des connectiques et sa poignée était toute collante).

Mes petits produit miracles vont encore faire leur (bonne) action et redonner vie à ces deux boitiers.

Pourquoi avoir choisi ces deux-là ? Le D3100 reste un numérique d’entrée de gamme qui plait encore car bien abordable et qui met un pied dans l’univers Nikon ; le F90X parce que j’en ai déjà eu plusieurs en mains et j’ai toujours hésité, présentant pourtant un certain potentiel à l’engin.

Les voici donc dans le sac à dos, en attendant de pouvoir les remettre en état et vous les expliquer un peu plus tard.

Un peu d’histoire

Les (déjà) nombreux articles sur Nikon vous ont sans doute permis de vous familiariser avec les spécificités de la marque, dont le plus intéressant est la continuité de la monture qui lui a donné ses lettre de noblesse : la monture F apparue sur le mythique réflex F de 1959.

Bien évidemment, des compromis ont été parfois nécessaires pour que la légende perdure et la sacro-sainte compatibilité n’est pas (plus) toujours au rendez-vous, les progrès techniques étant parfois incompatibles avec la nostalgie.

Le dernier pas fut franchit lorsque Nikon est passé à l’hybride, avec une monture résolument moderne, la Z, mais c’est une autre histoire.

Dans la riche lignée des boitiers Nikon, il faut distinguer ceux destinés aux amateurs (dits) exigeants et ceux destinés aux professionnels. Comme chez le rival de toujours, Canon, plus le chiffre est petit plus l’appareil est professionnel.

A l’origine, les appareils destinés aux particuliers n’étaient même pas siglés Nikon mais Nikkorex puis Nikkormat. Cependant, pour ne pas s’éparpiller, ils en sont vite revenus à une gamme sous la même bannière, les chiffres et les lettres jouant sur les différences de statut !

Je vais encore une fois réutiliser ce tableau, car il est très explicite de ces évolutions et différences :

Tableau des mises au point manuelle des appareils photo Nikon de 1959 à 2006, classés par catégorie : professionnel, milieu de gamme et entrée de gamme.

Tiens, vous n’y voyez pas le F801 ni le F90X ?

Normal, ceux-ci sont des appareils dotés de l’autofocus, ce qui ouvrait encore une branche supplémentaire dans la famille !

Tableau récapitulatif des modèles d'appareils photo avec mise au point manuelle et autofocus de 1986 à 2020.

Car la révolution de l’autofocus est arrivée chez les réflex en 1985, avec le Minolta 7000 AF, suivi fin 1985 du Canon T80, puis en 1986 du Nikon F 501.

De ces innovations, trois concepts se détachent :

  • la monture doit être entièrement électronique.
  • le moteur doit être intégré dans l’objectif, seule manière d’assurer une mise au point à grande vitesse.
  • la création d’un mécanisme permettant la coordination entre la commande d’ouverture et la mise au point AF.

Les appareils autofocus dès ce moment auront, toutes marques confondues, ces trois éléments incontournables dans leur panoplie technique, assortie d’autres raffinements, selon les maisons, qui auront trait à la mesure de la lumière, la gestion de celle-ci et de l’autofocus, la vitesse d’obturation, la manipulation plus ou moins simple de tout cet arsenal technologique.

Et pour en revenir à Nikon, le premier autofocus grand public sera le F-501 (1986), suivi en 1987 du F-401.

Attention, à partir de cet appareil, les clients ne sont plus de simples consommateurs mais des prosumer ou prosommateur (en franglais dans le texte !). J’explique : la force de Nikon, depuis le fameux F de 1959, a été de viser et de fidéliser le client professionnel. C’est pour lui que fut créée la monture F, (presque) réutilisable à toutes les époques de la vie de son boitier pro, alors que d’autres marques, comme Canon ou Minolta faisaient le pari, risqué, de changer de monture au gré des évolutions du matériel.

Cela fonctionnait très bien jusqu’en 1987, année où Canon a justement introduit sa monture Eos, moderne, stable et évolutive. A partir de ce moment-là, Nikon a commencé à perdre son hégémonie sur le marché des seuls professionnels. Il fallait trouver une parade, ce sera celle des prosumer, c’est-à-dire un client qui échange avec le fabricant pour lui permettre de faire évoluer son boitier en soulignant pour correction (gratuitement) les erreurs ou tâtonnements du fabricant. Le client devient actif et, si la marque joue le jeu, crée un lien fort car le consommateur se sent entendu et utile.

Pourquoi le F-401 ? Parce qu’il est le premier de la gamme à utiliser une presque matrice pour l’analyse de la lumière puisqu’il utilise trois capteur. Il évoluera en F-401x en 1991, intégrant les avancées du F-801 et du F-5, professionnel. Il bénéficie d’un autofocus plus rapide et de la matrice du F-801 pour la mesure de la lumière. Cependant, il reste un entrée de gamme.

Celui qui est l’ancêtre (un bien grand mot) du F-90X, c’est bien le F-801 (1990) et, in fine, le F-801s (1992), LE vrai Nikon prosumer de l’époque. Lui, il coche toutes les (bonnes) cases :

  • ergonomie très travaillée, qui donnera le ton pour les réflex ultérieurs (comme chez Canon et ses Eos)
  • testeur de profondeur de champ
  • mesure matricielle excellente et mesure spot en renfort
  • viseur à verre interchangeable et à 100% de la scène
  • autofocus prédictif et (enfin) rapide et accrocheur
  • vitesse maximale de 1/8000s et synchro flash au 1/250s
  • modes d’exposition PASM

De fait, ces appareils sont très proches de ce que sont devenus les réflex que nous connaissons en numérique (je ne parle pas des hybrides mais bien des réflex de la gamme Nikon).

Et comme je le répète à l’envi, ce sont d’excellents appareils pour, au mieux, commencer la découverte de l’argentique lorsque l’on n’a connu que le numérique, tant l’ergonomie et les commandes des premiers sont proches des seconds.

Si nous regardons bien la fiche technique du Nkon F-90, sorti la même année que le F-801s, nous devons bien convenir qu’il s’agit presque d’un boitier professionnel, compagnon de rechange du F5, très performant mais aussi très lourd.

Le F-801 et le F-90 sont très proches mais le second est tropicalisé en grande partie, ce qui le rend plus baroudeur que son cousin destiné, lui, plus aux amateurs familiaux.

Et en tant que fidèle second d’un appareil professionnel, le F-90 doit évoluer, notamment au niveau de sa protection contre les intempéries, ses programmes (le F-90x en gagne trois de plus), sa facilité d’utilisation et, surtout, de la rapidité de son autofocus.

Le F-90x, ou N90S pour le marché US, sorti en 1994, ne sera remplacé en 1998 que par un autre appareil lui aussi très recherché, le F100. Mais c’est une autre histoire …

Présentation du Nikon F-90X ou N90S, aux USA.

Positionnement du F-90X

Dans une gamme d’appareils photo, il y en a toujours quelques uns qui se démarquent et marquent (ok, facile le jeu de mots, je le ferai plus !) les esprits, surtout pour leurs qualités intrinsèques.

Appareil photo reflex numérique Nikon F90X avec objectif Nikon, vu de face sur un fond blanc.

Que nous propose donc ce Nikon F-90X, encore bien convoité de nos jours par les photographes qui savent ce qu’ils veulent faire de leur appareil ?

Je vais tenter de répondre, mais avant, un petit aparté : pour des raisons marketing sans doute, Nikon USA a présenté le N90s comme un appareil professionnel. Les brochures de cet appareil le décrivent comme « rapide, précis, professionnel » et comme « l’appareil photo 35 mm professionnel le plus avancé » avant l’arrivée du F5.

Image d'un article sur l'appareil photo Nikon N90S, avec des spécifications, des caractéristiques et des conseils pour son utilisation.

Selon la tradition de Nikon, seules les séries F sont des appareils photo professionnels, tandis que toutes les séries N sont destinées aux amateurs. Selon cette classification, le N90s est évidemment le modèle haut de gamme de la gamme AMATEUR. Le slogan original de Nikon pour cet appareil était « Rapide et précis ». Nikon USA a par la suite ajouté le mot « professionnel » pour reconnaître le fait que de nombreux professionnels utilisaient cet appareil, celui-ci étant bien plus avancé sur le plan technologique que le F4, qui était alors le modèle professionnel haut de gamme.

Cependant, Nikon Corp. au Japon n’a jamais reconnu cette classification. Le terme « professionnel » n’apparaît nulle part dans la description officielle de l’appareil photo F90X.

Je ne résiste pas au plaisir de cette publicité, qui fait le tour des appareils Nikon à offrir pour la Noël 1996 !

L’Europe et le reste du monde a utilisé la nomenclature avec un F, pourtant réservée à la gamme des réflex professionnels. Donc, reste une seule question : appareil professionnel ou prosumer ?

Au vu de ses compétences, que nous allons découvrir, pour son époque, il est à classer dans les appareils professionnels. Mais pour des raisons marketing et d’image, il ne fallait pas concurrencer le F-4, le pro de l’époque. Même si celui-ci était distancé par le F-90X. On peut résumer ceci dans un petit tableau :

Les principaux avantages du F4 par rapport au F-90X sont:

  • Viseurs interchangeables (angle droit, niveau de taille, prisme réflexe, etc.)
  • Verrouillage du miroir
  • Contrôles conventionnels (PASM)
  • Rafale en continu légèrement plus élevée (5,7 ips contre 4.3)
  • Vue à 100% dans le viseur

Les avantages du F-90X sur le F4 sont:

  • Mécanisme d’autofocus plus rapide et meilleur
  • Un poids plus léger
  • Unité de mesure de la lumière meilleure
  • Prix inférieur

Mais n’allons pas trop vite …

Les particularités du F-90X

Le F-90 succédait au F-801, dont il gardait les bons points mais auquel il ajoutait un autofocus plus rapide et un contrôle de l’exposition qui intègre la distance du sujet pour les photographies au flash (avec le flash dédié SB-25 et ultérieurs), avec les objectifs AF-D. Le F-90X garde tout ça, mais il accélère encore la réponse de l’autofocus, l’enjeu des batailles entre marques à cette époque.

Ce qui permet cette évolution, c’est – entre autre – la mesure matricielle dite 3D qui travaille sur 8 segments, ce qui permet une évaluation sur l’entièreté de la scène visée. A cette mesure matricielle, s’ajoute une mesure Spot très précise, même sil elle ne représente que 1% de l’image. Ce système autorise le Nikon F-90X a être très bon dans quasi toutes les situations de lumière, y compris au flash.

Intérieur d'un métro avec des passagers debout et assis, certains utilisant leur téléphone portable.
Crédit photo : mackiechartres ©. Très belle gestion des lumières dans ce métro japonais

A cette mesure matricielle, s’ajoute une grande facilité pour sélectionner les programmes les plus adéquats. Ensuite la dynamique qu’offre le boitier est très large : de 1EV à 21 EV. Il est donc très bon, quelle que soit la lumière.

Schéma explicatif des fonctionnalités de mesure d'exposition d'un appareil photo, incluant le '3D Matrix Meter', le 'Center-Weighted Meter' et le 'Finer Spot Meter'.

La mesure matricielle s’appuie en outre sur une segmentation de la scène : de cette manière, chaque espace est finement analysé tant en contraste qu’en luminosité. Ensuite le calcul de la distance appareil – sujet et cela en fonction de 4 facteurs : la luminosité, le contraste, la distance sujet/appareil et l’état de l’autofocus. Tout ceci permet une évaluation de la scène très précise. La technologie de logique floue (fuzy logic technology) garantit que les légères variations de composition ne créent pas de différences majeures pendant l’exposition à la lumière.

Les capteurs de l’autofocus travaillent avec un module appelé CM246. C’est lui qui analyse et évalue constamment les segments qui donnent la meilleure informations, que le sujet soit centré ou que l’on recompose le cadre.

Description des fonctionnalités du système de mesure 3D Matrix, incluant la gestion des conditions d'éclairage complexes, la flexibilité en composition, et la rapidité pour la photographie spontanée.

Un véritable ordinateur numérique compare les données reçues par rapport aux centaines de milliers d’informations stockées dans sa mémoire, ce qui permet au F-90X de donner le meilleur choix pour une scène donnée. A son époque – et encore de nos jours – ce système est rarement pris en défaut.

Si nous ajoutons à cette technologie – qui a perduré dans les réflex pro, puis les hybrides de la marque – un obturateur vertical à commande électronique véloce (de 30s à 1/8000s), vous pourriez le comparer, actuellement, à un réflex D810 !

Car outre les programmes classiques (priorité ouverture, priorité vitesse, manuel, programme = PSAM), il existe aussi quelques programmes résultats ou scènes (moins bien maitrisés par Nikon à l’époque).

Autre bon point pour ce boitier, décidément étonnant, la compatibilité des objectifs. Il accepte pratiquement tous les cailloux en monture F, sauf les très anciens et les non AI, même s’il faut parfois abandonner la mesure 3D matricielle .

Petites listes des objectifs compatibles :

  • les autofocus : AF, AF-D, AF-I, et AF-S (avec moteur intégré).
  • les manuels : AI, AI-S, avec compatibilité limitée pour la mesure d’exposition.

D’autres fabricants d’objectifs compatibles, comme Tokina, Tamron et Samyang se sont aussi penchés sur la monture. Il faut cependant noter que tous les objectifs modernes ne peuvent pas être utilisés avec les anciens appareils photo argentiques. Vous trouverez la liste des objectifs compatibles avec le boitier (et les autres appareils Nikon) ICI.

Si nous devons résumer la nouvelle technologie du F-90X, cela tiendrait dans ces quelques lignes :

  • un processeur plus récent et us rapide que ceui du F-90 et du F-4
  • un logiciel AF amélioré et l’utilisation du module AF CAM 246, qui améliorent considérablement les performances de l’autofocus, notamment en matière de suivi de la mise au point, qui peut désormais se synchroniser avec son dispositif d’avance de la pellicule intégré à 4,1 images par seconde
  • le capteur AF est désormais doté d’une zone de détection large et d’un capteur spot : le capteur à zone large utilisé est de type croisé, avec une zone de détection horizontale de 7 mm.
  • un bouton de mode de réinitialisation instantanée a également été intégré
  • trois modes de mesure sont proposés : une mesure matricielle 3D améliorée, une mesure pondérée centrale et une mesure spot
  • le contrôle de l’exposition est le plus sophistiqué parmi tous les reflex disponibles sur le marché : il comprend un programme automatique, un programme flexible (programme Vari, programme Portrait, programme Portrait avec réduction des yeux rouges, programme hyperfocal, programme Paysage, programme Silhouette, programme Sport, programme Gros plan) ; priorité à la vitesse, priorité à l’ouverture, exposition manuelle, verrouillage de l’exposition automatique (AE-Lock)
  • et une compensation d’exposition classique de -5 EV à +5 EV par paliers de 1/3 !
  • la matrice TTL a été améliorée grâce à la fonction de flash d’appoint équilibré multi-capteurs 3D, ainsi qu’à une multitude de fonctionnalités de flash parmi les plus avancées

Petit revers de la médaille, le poids (750gr nu). En effet, sous la coque en polycarbonate, il y a du métal. Non seulement la carcasse mais aussi de la mécanique, solide et résistante. Ah oui, il reçoit aussi des joints d’étanchéité pour renforcer sa vocation d’appareil polyvalent.

Nomenclature des commandes (résumé)

Le Nikon F-90X est un appareil (à son époque) professionnel qui n’ose pas le dire de peur de faire de l’ombre à son grand frère, le F4, vieillissant, mais toujours porte drapeau de la marque.

La plupart des fonctions configurables sont des opérations à deux mains, l’une pour appuyer sur le bouton de la fonction, et l’autre pour basculer le cadran de contrôle de l’entrée de commande pour le réglage de sélection correct.

Vue rapprochée des boutons de contrôle d'un appareil photo, y compris le bouton de mode, ISO et d'autres paramètres.

Regardez la connectique pour les flashs de studio, la télécommande ; regardez le petit écran sur la capot, qui reprend toutes les infos de prise de vue utiles (les réglages principaux : ISO, mode d’exposition, vitesse, ouverture). ; regardez le pavé de commandes, à gauche, c’est celui de votre numérique.

A propos des flashs, il existe une série de programmes différents pour la synchronisation : en mode Program ou priorité ouverture,la synchro est des 1/060s à 1/250s en synchro normale mais varie de 30s à 1/250s en synchronisation lente ; en mode priorité vitesse et manuel, l’obturateur fonctionne à la vitesse réglée, de 1/250s à 1/8000s.

Illustration d'un appareil photo Nikon avec des annotations sur ses fonctions et commandes.

Mais voyons cela point par point :

Vue de dessus d'un appareil photo reflex numérique Nikon avec un objectif Nikkor 80-200 mm.

Petit tour du propriétaire : à droite (de l’image), le bloc avec 4 boutons pour les modes (Program, priorité vitesse, priorité ouverture, manuel), le réglage de la sensibilité (Iso, définit automatiquement si cartouche de film avec codage DX), la gestion des flashs et le rythme de prise de vue (vue par vue ou en continu).

Le signe au dessus sert à faire la bascule entre les systèmes de mesure (spot, matricielle, pondérée) et en dessous, c’est pour le réglage du minuteur (réglable de 2s à 30s par incrément d’une seconde). Les lettres Ps et le bouton qui va avec, sert à entrer dans le mode Vari-Progam. Enfin, le bouton vert sert à réinitialiser les paramètres de l’appareil.

De l’autre côté de l’image ci-dessus,outre l’écran qui reprend les éléments de prise de vue, la glissière ON/OFF, le bouton pour gérer la compensation d’exposition, le bouton pour le rebobinage du film.

Écran de contrôle CL avec affichage des réglages de l'appareil photo, y compris la zone de mise au point, le mode d'exposition, la sensibilité du film, et divers indicateurs de fonctionnalité.

Et entre les deux, la bosse du pentaprisme avec une griffe flash et ses contacts pour les flashs dédiés.

Vue arrière d'un appareil photo reflex noir avec des boutons et une lentille apparente.

L’arrière est sobre avec, à gauche de l’image, le petit bouton pour l’éclairage du viseur, le curseur pour fermer le viseur (en cas de pause longue) et le curseur pour bloquer la mesure (AE-Lock). Il y a encore une petite fenêtre qui permet de voir si un film est bien dans la chambre (ça peut toujours servir, et je parle d’expérience de grand distrait). La porte arrière s’ouvre avec le verrou qui est sur la tranche.

Appareil photo avec le dos ouvert montrant le compartiment pour pellicule et les composants internes.

Vous voyez ici les contacts pour la lecture du code des films, les volets de l’obturateur en métal, le système de bobinage rapide et automatique du film, et enfin la petite fenêtre dont question ci-dessus. Point à vérifier lors d’un achat : la mousse de la fenêtre est souvent à remplacer.

Notez que l’on peut monter une autre porte, avec un dos dateur.

Vue rapprochée du modèle d'un appareil avec inscription sur le dos, montrant des détails techniques et un port USB.

Ces idéogrammes sont le rappel des Vari-Program, au cas où.

Schémas annotés d'un appareil photo, montrant divers éléments comme l'obturateur d'oculaire, la commande d'éclairage, les curseurs de déverrouillage, et d'autres fonctionnalités.

Le viseur, grand, clair, dégagé, vous permet de vous concentrer sur votre sujet, tout en vous donnant les informations utiles à la prise de vue.

Schéma du viseur d'un appareil photo avec des indications sur la mise au point, l'exposition, et les réglages divers.
Vue en noir et blanc d'un viseur de caméra Nikon avec un strap visible.

Comme d’habitude, je ne vais pas reprendre tout ce que le mode d’emploi vous explique (vous en trouverez les liens dans les infos techniques ici plus bas), mais si vous le prenez en mains, quittant votre Nikon numérique un moment, vous ne serez pas dépaysé tant l’ergonomie et les commandes sont proches.

Ajoutez à cela son autofocus rapide et précis, avec un point AF qui se verrouille correctement dans presque toutes les conditions d’éclairage. Une mesure matricielle 3D qui est réputée pour la constance de ses réponses, même en cas de lumières changeantes, un large panel d’expositions (de très lentes à très rapides), une large gamme d’effets avec les flashs dédiés (réglage anti yeux de lapin), la lecture automatique du codage DX des films (codage DX de 60 à 2500 Asa et un réglage manuel pour la vitesse ISO du film de 6 à 6400, des programmes complet et la possibilité de toujours revenir au manuel, une alimentation assurée par 4 simples piles AA : vous avez-là un boitier qui défie le temps et reste une valeur sûre.

On louait aussi à l’époque sa facilité d’utilisation, avec son avance automatique du film (moteur intégré), le rebobinage automatique en fin de course, ce qui vous laisse vous concentrer sur la composition et le cadrage.

Fabriqué de 1994 à 2001, il sera ensuite remplacé par le F100, un autre semi professionnel (dérivé lui du F5) ; belle longévité.

Publicité pour des appareils photo Canon, Nikon et Minolta avec descriptions et prix, incluant le Canon EOS 1n, Nikon F90x, Minolta 800si, Canon EOS 5, Minolta 600si et Canon EOS IX.
Camara, juillet 1998. Petite revue des appareils présents sur la marché en même temps que le F-90X

Que penser de cet appareil ?

J’avais déjà aimé le F-801s mais ici, on monte encore une marche et, à son époque, le F-90X était même plus performant que le modèle professionnel, le F-4, vieillissant.

Comme je l’ai déjà signalé dans le texte qui précède, c’est aussi un boitier qui vous rapprochera le plus des appareils numériques actuels. L’avantage dès lors, c’est que si vous voulez passez à l’argentique sans trop de risques, cet appareil fait partie de ceux que je recommande (tout comme le Canon Eos 300X, le Minolta Dynax 5, le Yashica 107 MP, par exemple).

C’est du costaud, du solide (du Nikon, quoi !), fait pour durer et vous donner un maximum de sensations. Vous verrez, si vous le sortez, quelques personnes intriguées vous demanderont de quel Nikon, il s’agit tant il ressemble à un appareil moderne, l’écran en moins.

Son ergonomie ne dépaysera les Nikonistes. Moi oui, mais c’est parce que je suis habitué aux commandes Canon et que j’ai encore du mal à passer chez Nikon (les enchainements ne sont pas les mêmes). Sans doute y arriverai-je avec de l’habitude, mais il sera vendu avant, je le crains !

Ceci étant, j’apprécie son ergonomie et sa facilité d’emploi : par exemple, 4 piles AA très courantes le mettent en fonction (notez qu’on peut ajouter un grip MB-10 pour une meilleure prise en mains et encore plus d’autonomie).

Voilà, voilà, … si je devais toutefois faire un choix entre deux appareils phare de cette époque (voir la publicité ci-dessus), je me connais, je pencherai pour le Canon Eos 5 (encore une fois, pour une question d’habitude).

Et tous les deux sont logés à la même enseigne pour autre chose : leur prix … actuellement ! Tous les deux, pourtant toujours dans le coup si vous voulez passer à l’argentique en visant un appareil qui fut considéré comme semi-pro, voire pro à l’époque, sont largement mésestimés dans leur cotation, tant mieux pour vous. Il faut compter entre 80 et 150€ pour un exemplaire sain, muni d’au moins un objectif 50mm.

Alors, si vous en croisez un sur votre chemin, arrêtez-vous et prenez-le, vous ne le regretterez pas.

Car si voulez voir un aperçu de ce dont cet appareil est capable, je vous invite (et je le remercie encore beaucoup pour cette autorisation) à vous rendre sur la page de Patrick qui a bien utilisé ce F-90X.

Un autoportrait en noir et blanc d'une personne tenant un appareil photo Nikon, se regardant dans un miroir.
Crédit photo : mackiechartres ©

Vidéos d’illustration

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI ou LA.

MarqueNikon (Japan)
Date de sortie – fin production 1994 – 2001
MontureNikon F (compatible AI, AI-S, AF et AF-D)
ObjectifNikkor AF 35-80mm f/4-5.6D (zoom polyvalent, autofocus rapide) – dotation
Vitesses30 s à 1/8000 s + pose B (obturateur à plan focal électronique), synchro flash au 1/250s, minuteur réglable de 3s à 30s
Sensibilité ISO6 à 6400 (lecture DX automatique ou réglage manuel)
Mise au pointAutofocus et manuelle (sélecteur intégré)
Modes de prise de vueProgramme, priorité ouverture, priorité vitesse et manuel
Avancement du filmMotorisé (avance et rembobinage automatiques)
FlashGriffe standard (compatible flashs Nikon TTL (SB28, SB27, SB26)
Alimentation4 piles AA (pour moteur, cellule et autofocus)
Poids785 g (avec piles, sans objectif)
Dimensions154 × 108 × 66 mm

Un article, sur Nikon Passion, reprend plus amplement ces caractéristiques. Vous le trouverez LA.

Et un autre article, sur MIR, est encore plus complet ICI.

Des références

https://expert-photo.fr/nikon-f90x-test-avis-occasion/, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-4913-Nikon_F90X.html, https://pellochemoi.com/produit/nikon-f90x-35-70mm-f-33-45/, https://filmphotography.eu/fr/appareils-photo/nikon-f90x/, https://fr.wikipedia.org/wiki/Nikon_F90, https://www.youtube.com/watch?v=lHzG2mNvH70, https://dutchthrift.com/fr/blogs/gear/nikon-f90x-35-70mm-a-modern-analog-workhorse-review, https://photoklub.com/histoire-de-lautofocus/(un excellent site pour tout connaître sur l’autofocus), https://www.nikonpassion.com/histoire-nikon/, http://apphotnum.free.fr/N2B100.html, https://www.nikonpassion.com/wp-content/uploads/downloads/brochures/Nikon_CD_Katalog_FR.pdf?utm_source=openai, https://argentismes.blogspot.com/2024/11/mes-boitiers-favoris-le-nikon-f90x.html, https://www.lomography.com/homes/mackiechartres/cameras, en français ; https://www.kenrockwell.com/nikon/n90s.htm, https://camera-wiki.org/wiki/Nikon_F90X_(N90S), https://web.archive.org/web/20100302005611/http://web.mit.edu/cai/www/nikon/N90s.html, https://web.archive.org/web/20150302031023/http://imaging.nikon.com/lineup/filmcamera/slr/f90x/index.htm, https://filmbodies.com/cameras/camera-reviews/nikon-n90s-review.html, en anglais ; https://blog.feliscatus.de/archives/4180-Nikon-F90X.html, en allemand

Argentique

Le K2 de chez Pentax, un nouveau sommet ?

Préambule

Comme souvent, c’est sur une brocante, dans une boite qui a connu des jours bien meilleurs, que je découvre cet appareil. Il est sale et je ne sais pas vérifier si la pile n’a pas coulé, impossible d’ouvrir la petite trappe.

Mais il m’intrigue car je n’ai pas le souvenir d’avoir déjà vu ce modèle : des Pentax K1000 oui, alors j’en déduis (peut être erronément) que si le chiffre est petit, c’est un appareil plus haut de gamme. A vérifier donc.

Finalement, je négocie avec le vendeur un prix correct et, surtout, pour qu’il accepte que je ne prenne pas la sacoche dans lequel il trainait car elle est dans un état proche de l’Ohio (merci Sophie Marceau et son petit pull marine).

Bref, il rejoint, seul, le sac à dos.

Un peu d’histoire

J’ai déjà abordé l’histoire de la marque au fil des articles déjà parus, mais un petit rappel n’est jamais de trop quand il s’agit d’une entreprise qui a laissé son empreinte dans le monde de la photographie.

Au même titre que les autres marques japonaise, Pentax a planté des jalons devenus des normes, des standards : prenons par exemple l’invention du miroir à retour instantané, le fait qu’il ait été un des pionniers du traitement multicouche des lentilles et parce qu’il a créé un des appareils écoles le plus connus et des plus recherchés, le K1000 (produit pendant 21 ans à plus de 3 millions d’exemplaires).

Mais commençons par le début …

Au commencement donc était Asahi Kogaku Goshi Kaisha, une petite entreprise fondée en 1919 près de Tokyo, spécialisée dans la fabrication de verres de … lunettes.

Dès 1923, elle commence par diversifier sa production et s’intéresse aux lentilles puis aux objectifs pour projecteurs cinématographiques.

En 1938, elle change de nom et devient Asahi Kōgaku Kōgyō Kabushiki-Gaisha, que l’on traduit par Ashahi Optical Co., Ltd. Elle produit alors essentiellement des objectifs pour appareils photo.

Survient la Seconde Guerre mondiale : pendant cette période, l’entreprise fabrique essentiellement des éléments optiques de pointe pour l’armée impériale. Du fait de ses activités, elle sera dissoute par les forces d’occupations après l’épisode guerrier. Toutefois, elle pourra reprendre ses occupations en 1948. Elle recommence à fabriquer des optiques pour compte de Chiyoda Kōgaku Seikō (Minolta) et Konishiroku (Konica) et elle fabrique aussi des jumelles, civiles.

Bien évidemment, elle s’intéresse à la fabrication des appareils photo et en 1951, elle propose le premier réflex japonais en 135, le Ashahiflex.

Appareil photo argentique Asahiflex avec un design métallique et une lentille Tōkumar de 50 mm.

Il s’agit encore d’un réflex avec visée à hauteur de poitrine et un viseur de Galilée à ses côtés. Pourquoi deux viseurs ? Simplement parce que le réflex utilisait un seul miroir, qui redressait l’image vers le haut mais en inversant l’image de gauche à droite. Le viseur de Galilée donnait une image moins bien cadrée mais dans le bon sens.

Seul problème de ce réflex (et des autres de la même époque), on n’y voyait rien dans le viseur tant qu’on n’avait pas armé et laissé le miroir en position haute.

L’Ashahiflex, que l’on qualifie de premier, fut produit de 1952 à 1953 avec ce système de miroir sans retour automatique. Il faut attendre le Ashahiflex IIb (1954 – 1956) pour voir apparaître ce qui est une révolution alors : c’est le premier appareil au monde (et vendu à grande échelle) qui offre le retour automatique du miroir. Ainsi, dès que l’exposition est terminée, un ressort retourne le miroir à sa position initiale même si l’utilisateur tarde à relâcher le bouton de déclenchement et sans qu’il soit nécessaire d’armer l’appareil.

Cette astuce mécanique change la donne et fait entrer Ashahi dans la cour des grands.

Petit aparté : le nom Pentax aurait pu être utilisé par Zeiss Ikon mais au sortir de la Seconde Guerre mondiale, c’est Ashahi qui a acquis les droits sur ce nom, une contraction de Pentaprisme (= réflex) et Ashahi. On parle donc de Ashahi Pentax (voir aussi l’article sur le Contax D).

Avec le lancement du Spotmatic (1964), la société crée un second séisme dans le monde du réflex : la mesure de la lumière à travers l’objectif (dite TTL = trough the lens), ce qui garanti une exposition plus juste et bien plus fiable que la prise de mesure hors du circuit de la lumière dans l’appareil.

N’oublions pas, dans le décompte de leurs inventions incontournables, le compteur de vue à retour automatique lorsque l’on ouvre la porte arrière ni la mesure TTL à priorité ouverture (Spotmatic SP2), le premier traitement multicouche pour ses objectifs Takumar SMC (1971), la mesure à ouverture complète avec les objectifs Takumar SMC (pourtant toujours en monture M42), le premier appareil automatique à priorité ouverture (Pentax ES, le premier reflex avec un obturateur mécanique mais asservit, en mode automatique, à l’électronique)

Alors que Pentax est encore célèbre, avec Zeiss Ikon, pour avoir lancé une monture qualifiée longtemps d’universelle, la M42 (1960), il revendique encore l’universalité d’une autre monture, la monture K (1975, lancée avec cet appareil et avec le Pentax K1000). Il faut savoir que la monture K est toujours produite par Ricoh Imaging (le dernier nom de l’entreprise Pentax), ce qui en fait la monture argentique la plus longuement maintenue commercialement.

Petit aparté sous forme de coup de g … au sujet du Pentax K1000 et son exceptionnelle longévité : Pentax produit plusieurs variantes du K1000 sur les 21 ans de production :

  • K1000 originel (1976-1990) : finition chrome standard, fabriqué au Japon. La référence collector aujourd’hui, particulièrement les exemplaires produits dans les années 70.
  • K1000 SE (1989-1994) : Special Edition avec finition noire et grip caoutchouc sur la poignée. Plus rare, prix 20 à 30% supérieur en occasion.
  • K1000 fabriqué à Hong Kong (1990-1994) : Pentax délocalise une partie de la production. Mécaniquement identique au K1000 japonais, mais la finition est parfois jugée légèrement inférieure par les collectionneurs.
  • K1000 fabriqué en Chine (1994-1997) : dernière période de production, délocalisation complète. Les exemplaires chinois sont les plus économiques en occasion, mais leur qualité reste équivalente.

D’aucun propose à la vente des K1000 non révisés entre 80 et 150€ et des reconditionnés entre 250et 400€. Et là je dis qu’il faut arrêter de se f… des gens, surtout s’ils sont étudiants : reconditionner un K100, comme tous les appareils de cette époque, consiste à remplacer les mousses du miroir et du dos (coût des mousses +/-10€), nettoyage de la chambre, du miroir (un coup de soufflette à main), ce que chacun peut faire soi-même avec un peu de patience et de soin (pour une fois, les tutoriels sont utiles) et le reste, c’est du baratin. Si les circuits sont oxydés, vous n’aurez plus de mesure via la cellule mais l’appareil fonctionnera toujours et si vous voulez vraiment une cellule, cherchez un exemplaire sain, on en a fabriqué assez pour avoir encore le choix. De toute manière, cet appareil aura cinquante ans et il sera toujours susceptible de lâcher un jour. Si vous investissez 50€ dans un bel exemplaire, avec mousses refaites, et un objectif 50mm, c’est un maximum raisonnable.

Là, je sens que je vais en énerver quelques uns, mais c’est comme ça, il faut arrêter de prendre les futurs acheteurs pour des pigeons.

Si je devais déjà résumer ici la marque, je pense que l’on peut dire qu’elle a été raisonnablement innovante, qu’elle a toujours produit des appareils destinés à des photographes et pas des ingénieurs, qu’elle a voulu ses appareils solides pour toutes les situations (les étudiants en photographie de toutes les époques en raffolent).

C’est une marque qui a su, au fil du temps, rester fidèle à ses engagements initiaux envers une clientèle de photographes sérieux mais pas professionnels (leur seul appareil pro fut le Pentax LX), en recherche d’un boitier sain, efficace mais sans mauvaise surprise.

L’annonce récente, par la marque, de l’arrêt de se production d’appareils réflex numériques fait frémir les aficionados !

Mais voyons de plus près ce Pentax K2

Présentation du Pentax K2

Image d'un appareil photo Asahi Pentax K2, un modèle reflex 35 mm au design compact et flexible, posé sur une surface rocheuse.

Cette publicité de 1975 lance le K2 dans l’arène, face au Canon AE-1, au Minolta SRT 303, au Yashica FX-1 (pour le clin d’œil à Zeiss Ikon/Contax) ou l’OM-2 d’Olympus (liste non exhaustive).

Petit aparté au sujet de la monture K : elle est à nouveau développée pour Zeiss dans le cadre d’une coentreprise qui n’a jamais vraiment été développée car, finalement, Zeiss n’a pas vraiment suivi celle-ci, étant elle-même en perte de vitesse pour ses propres appareils. Elle développe d’ailleurs, avec Yashica, une autre monture, la Y/C. J’y reviendrai un peu plus loin.

Remarquez qu’ils sont prudents car ils écrivent bien qu’il n’est pas le plus petit ni le plus léger (Olympus allait réagir !) et j’aime bien leur conclusion : c’est tout ce qu’un appareil photo est censé être. Et peut-être même un peu plus.

Concrètement, en 1975, Pentax lance 4 nouveaux appareils :

Publicité pour les appareils photo Asahi Pentax K2, KX et KM avec descriptions techniques et caractéristiques sur fond rouge.
Manufrance, 1976

Le K1000 est destiné aux débutants, le KM qui est un entrée de gamme, le KX, un appareil un peu plus sophistiqué et le K2 le sommet de cette nouvelle pyramide qui repose sur une nouvelle monture, la monture Pentax K (un nouvel essai pour une monture universelle mais qui tiendrait compte de l’électronique qui s’installe dans les appareils photo).

Pour mémoire, le Pentax ElectroSpotmatic, toujours en monture à vis M42, était le premier réflex à sélectionner une vitesse correcte en fonction d’une ouverture sélectionnée et ce, automatiquement. Il sera suivi d’un ES puis un ES 2, toujours automatique à priorité ouverture et manuel.

Mais la monture à vis M42 montrait là ses limites. Il fallait passer à autre chose pour assurer un meilleur dialogue avec l’électronique des boitiers, même si la transmission est encore mécanique. Ce sera la monture K.

Plus grande, elle autorisait toujours le montage des anciennes optiques, moyennant un convertisseur et en perdant les automatismes, mais on ne jetait pas ses cailloux accumulés avec patience.

Pour se différencier de ses trois autres camarades de sortie, il propose un obturateur à feuilles métalliques, des corrections de sous ou sur-exposition (1/4x – 1/2x – 1x – 2x – 4x) pour pouvoir modifier la luminosité en fonction des conditions d’éclairage. C’est grâce à un anneau autour de la baïonnette que l’on règle ces valeurs. A ne pas confondre avec l’anneau des vitesses chères à Olympus.

Un appareil photo vintage Asahi Pentax K2 avec un objectif SMC Pentax, vu de face sur un fond blanc.

Sa particularité est donc de proposer un contrôle automatique avec priorité à l’ouverture et un contrôle manuel. De fait, il est un passeur entre la génération précédente (les classiques mécaniques) et la nouvelle (les électroniques). Prudent, il garde quand même deux vitesses de secours (mécanique) : le 1/125s et le B car l’obturateur est partiellement électronique. Il propose des vitesses de 8s à 1/1000s, plus la pose B, la synchro flash au 1/125s et un minuteur jusqu’à 10s.

Second aparté au sujet de la monture K : depuis 1957, Pentax utilise une monture à vis M42 (inventée en 1952 par Zeiss Ikon en collaboration avec Pentax pour son réflex Contax S puis Contax D). Elle sera partagée avec Praktica, Mamiya, Yashica, Zeiss Ikon ainsi que de nombreux autres constructeurs européens. Grâce à elle, Pentax pourra vendre ses objectifs Super-Takumar, qui pourront être montés sur n’importe quel boîtier M42 du marché. Inversement, d’autre marques, moins couteuses, pourront garnir des Pentax.

Lorsque Pentax sort le Spotmatic en 1964, avec mesure TTL stop down* (le premier au monde), il consolide sa position au sein des appareils nippon (ils vendront, dans les années soixante -septante plus de boitiers que Canon et Nikon réunis).

*stop-down = la mesure d’arrêt est une technique utilisée dans les systèmes TTL où les mesures de lumière sont effectuées à travers l’objectif alors qu’il est fermé à son ouverture de prise de vue.

Enfin, en 1971, Pentax lance le Super-Multi-Coating (SMC), un traitement de 7 couches qui deviendra la signature des optiques du fabricant. On considère encore de nos jours que les SMC Takumar sont parmi les meilleurs optiques M42 du marché.

Au début des années 70, la monture M42 commence pourtant à montrer ses limites : la transmission d’information entre l’objectif et le boîtier reste mécaniquement limitée par la nature à vis de la monture (un seul levier de transmission de l’ouverture, pas de mesure à pleine ouverture facile, pas de modes automatiques sophistiqués possibles). De mémoire, seul Praktica a été plus loin avec le LLC, qui fut le premier à proposer un couplage électrique boitier/optique (1969 – 1975).

Les autres constructeurs ont déjà saisi ces contraintes : Canon a fait le saut vers la monture à baïonnette FD en 1971, Nikon a déjà la monture F depuis 1959, Olympus sort la monture OM en 1972. Pentax est le dernier grand constructeur japonais à rester sur M42. Il est vrai que changer de monture est toujours un risque, celui de perdre des clients qui ont investi dans leur optiques.

Finalement, en 1975, ils feront eux aussi le grand saut : c’est la monture K qui permet trois transmissions mécaniques entre le boitier et l’objectif ( l’ouverture maximale, l’ouverture sélectionnée et le levier de présélection). Grâce à cette nouvelle architecture, la mesure TTL peut se faire à pleine ouverture (la cellule lit la valeur d’ouverture choisie sans plus devoir fermer le diaphragme, chose impossible avec l’ancienne monture à vis, la M42).

Techniquement, le mécanisme concerne l’ouverture : une fente entre deux ergots sur la baïonnette permet au coupleur de diaphragme de l’appareil de détecter le réglage de l’ouverture et d’ajuster l’affichage de la cellule en conséquence

De l’autre côté, un levier de déverrouillage du diaphragme passe dans le boitier et maintient ouvert le diaphragme à ressort. Ce qui veut dire que pendant la préparation d’une prise de vue, ce levier maintient le diaphragme complètement ouvert. Lorsque l’obturateur est déclenché, ce levier se ferme également. Il permet au diaphragme de se fermer à l’ouverture souhaitée pendant l’exposition du film, puis de s’ouvrir à nouveau après la fermeture de l’obturateur.

Appareil photo argentique Asahi Pentax K2 avec un design vintage et un boîtier noir texturé.

Ces deux mécanismes de liaison sont conçus pour être alignés et actionnés par ressort lors de l’insertion de l’objectif et de sa rotation jusqu’au verrouillage.

Passer à une nouvelle monture pour aller plus loin techniquement, c’est toujours compliqué, surtout quand on sait que des millions d’utilisateurs ont un stock d’objectifs en M42.

Pour ne pas perdre ces clients-là, Pentax sort un adaptateur officiel, le SMC P-K Adapte (1975) qui permet de monter les objectifs visant en M42 sur un boitier K. C’est une simple bague à vis du côté optique et avec la nouvelle baïonnette de l’autre. La qualité des Takumar est préservée, mais on perd la mesure TTL à pleine ouverture sur les boitiers K ; de fait, on garde le stop-down des anciens Spotmatic. Pentax sauve son portefeuille client !

Attention, comme chez Nikon, la compatibilité n’est pas tout à fait exacte : la monture K l’est pour les appareils K et M (sauf le ME F) et LX. Les optiques doivent porter les références SMC Pentax, SMC Pentax M et SMC Pentax-A .

Appareil photo réflex Pentax K2 avec objectif SMC Pentax, vue de face.

Voilà pour la partie optique. Voyons maintenant la suite et notamment le système de mesure de la lumière : il est donc à travers l’objectif (TTL) avec un affichage dans le viseur sous forme d’une aiguille qui se promène sur une échelle bleue. Il est alimenté par 2 piles de 1,5v, des LR44. C’est une mesure à pondération centrale. Le posemètre est composé de photodiode en silicium (SPD).

La sensibilité Asa s’échelonne de 8 à 6400 Asa. Celle-ci se règle avec la bague qui se situe contre le boitier et il faut avouer que la manipulation n’est pas des plus aisée : il faut d’abord appuyer sur le bouton noir à gauche (vu de face) puis faire tourner l’anneau chromé pour amener la valeur de votre film devant un petit triangle rouge noté Asa en vert. Le cercle est fin et ferme, pour éviter les mauvaises surprises car la même bague sert aussi (mais sans appuis sur le bouton) à régler les sous ou sur exposition (de 1/2x à 4x par incréments de 1/4 de valeur).

Puisque nous avons l’œil rivé au viseur, disons que celui-ci est clair avec une couverture de 95% de l’image et un grossissement de 0.88x. La mise au point s’affine grâce à une zone à microprisme au centre. Personnellement, j’aurais aimé un stigmomètre à coïncidence, plus pratique pour être net.

Un mot encore des vitesses : elles se règlent avec le barillet noir sur le capot. Elles partent de la lettre B (mode Bulbb) puis vont de 8s à 1/1000s, avec une synchro X au 1/125s et la position automatic, en vert. Sur cette position, le boitier passe en mode automatique à priorité ouverture (pour une ouverture donnée, le boitier va calculer la vitesse adéquate dès l’appui à mi-course du déclencheur). Dès que vous quittez la position, vous revenez à un appareil tout manuel, avec juste l’indication de la vitesse dans le viseur.

Vue de dessus d'un appareil photo argentique avec un objectif noir et des réglages visibles.

Quoi d’autre ? Le K2 possède aussi un minuteur (+/- 10s), un bouton pour verrouiller le miroir et on peut faire des expositions multiples facilement.

C’est un appareil solide, assez lourd (le métal est omniprésent), fiable et juste assez sophistiqué pour ne pas effaroucher les puristes et ravir les novices (passage de l’automatisme au manuel rapide).

Il ne sera pas produit longtemps cependant, la mode lancée par Olympus et ses OM réclamait des boitiers plus compacts, plus légers. En fait, il fera la transition entre la famille pionnière des Spotmatic et celle qui ravira les familles, la série M (Pentax ME et ME Super, MX).

De nos jours, on trouve ses particularités tout à fait obsolètes et pourtant, à son époque, elles le posaient comme l’appareil favoris des photographes un tant soit peu exigeants.

Il reste à leurs yeux un très bel appareil car, encore une fois, si la mesure TTL, la priorité ouverture, le verrouillage du miroir, la capacité de faire des expositions multiples ont des airs de déjà vu, sa tranquille fiabilité à travers les décennies en font toujours autre chose qu’un collector : c’est un appareil encore pleinement exploitable.

Que penser de cet appareil ?

J’avoue avoir finalement eu plaisir à manipuler ce K2. Pourtant, j’ai déjà eu en mains d’autres légendes de la marque, le Spotmatic SPII et le LX, sans omettre le ES, pour ne parler que des costauds de la bande, puis les ME, ME Super et le Super A, tout aussi bons mais en taille plus réduite.

Même si je le répète souvent, je ne suis pas collectionneur. Pourtant, Pentax, comme Canon, Minolta et Fujica, ont sorti des boitiers qui me parlent peut-être plus que d’autres et j’en garde alors quelques uns.

Pas le K2 cependant (je manque de place, croyez-le bien) mais je le revendrai avec une petite pointe de nostalgie car c’est effectivement un appareil qui mérite toute l’attention de qui veut se (re)mettre à l’argentique avec un appareil suffisamment simple que pour apprécier les subtilités des sels d’argent sans renier un petit coup de pouce qu’est l’automatisme.

Attention, un automatisme à priorité ouverture qui ne convient pas à tout le monde. Il sera plutôt orienté paysage, portrait, proxi-photographie, voire photo de rue mais sera moins à son aise en photo animalière ou sportive ; c’est pas son truc.

Sa célèbre monture vous permettra, raisonnablement ou pas, de trouver assez de cailloux que pour bâtir votre univers photographique. Beaucoup de marques y ont laissé des pépites et pas seulement les excellents Takumar.

Il est plus rare à trouver que le K1000, simplifié et destiné aux débutants (ah, le pouvoir de la pub, même 50 ans après !) mais il n’est pas rarissime au point de débourser plus de 60€ pour un très bel exemplaire avec un 50mm.

Si vous en trouvez un, prenez le, il reste une valeur sûre.

Avant tout achat, comme d’habitude, vérifiez s’il déclenche (le minimum syndical, non ?) sur la pose B et le 1/125s (vitesses mécaniques qui fonctionnent sans piles) ; vérifiez l’état des mousses (si vous avez de la chance, elles auront été refaites, mais ne rêvons pas) du dos et du miroir ; vérifiez si le compartiment des piles n’est pas oxydé. Si vous avez pensé à glisser dans votre poche deux LR44, mettez-les dedans pour vérifier si la cellule fonctionne toujours correctement et si l’appareil accepte de déclencher à toutes les autres vitesses. Vérifiez encore que la bague de réglage des sensibilités tourne sans accrocher (oxydation).

Et si tout ces petites choses sont ok (les mousses, vous devrez le refaire sans – presque – aucun doute), ouvrez votre portefeuille, vous venez d’acquérir un très chouette compagnon de sortie. Et à ce prix-là, vous pourrez vous offrir une lanière sympa, très seventies, pour le porter autour du cou.

Vidéos d’illustration

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

  • Fabricant : Pentax
  • Type de film : 135 (35 mm)
  • Taille de l’image : 24 mm x 36 mm
  • Obturateur : vertical, plan focal métallique (fonctionnement électronique ou mécanique – 2 vitesses)
  • Vitesses d’obturation (mécanique) : 1/125 ou Bulb (les vitesses de secours)
  • Vitesses d’obturation (électronique) : 8, 4, 2, 1, 1/2, 1/4, 1/8, 1/15, 1/30, 1/60, 1/125, 1/250, 1/500, 1/1000
  • Synchronisation flash : synchronisation X à 1/125s
  • Retardateur : 5 à 9 secondes
  • Viseur : Pentaprisme avec microprisme croisé ou écran de mise au point à image divisée, grossissement 0,88x (95%)
  • Modes d’exposition Av, M
  • Modes de mesure avec les objectifs K et M à pondération centrale
  • Modes de mesure avec les objectifs A et plus récents à pondération centrale
  • Posemètre : photodiode en silicium (SPD), priorité ouverture, mesure TTL
  • Mise en route de la cellule : lorsque l’obturateur est enfoncé à mi-course
  • Plage Asa : 8 à 6400 ASA
  • Piles : 2 LR44
  • Poids : 680 g nu
  • Fonctionnalités K2 : aperçu de la profondeur de champ
  • Exposition automatique (priorité à l’ouverture)
  • Compensation d’exposition (4×, 2×, 1×, ½×, ¼×)

Variantes de couleurs : il existe deux variantes de couleurs du Pentax K2, une version noire et argentée et une version entièrement noire.

Des références


https://monappareilphotopro.fr/pentax-k2-avis/, https://pellochemoi.com/dossiers/pentax-k/, https://pellochemoi.com/blog/pentax-k-mount-1975-histoire/, https://pellochemoi.com/blog/pentax-k1000/, https://fr.wikipedia.org/wiki/Pentax, https://marqueshistoire.com/marques-p/pentax/, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-3175-Pentax_K2.html, https://wikiland.org/fr/Pentax_K-mount, https://pellochemoi.com/blog/pentax-k-mount-1975-histoire/, https://pierretizien-photos.blogspot.com/p/leurs-monture.html, en français ; https://www.pentaxforums.com/camerareviews/pentax-k2.html, https://camera-wiki.org/wiki/Pentax_K2, https://www.vintagecamerareviews.com/brands/pentax/pentax-k2/, https://kmp.pentaxians.eu/bodies/film_k/k2/, en anglais ;

Argentique

Un Roi s’invite, troisième du nom, le King Regula IIId

Préambule

Voici un second appareil déniché lors de la brocante en Bretagne, un King Regula IIId dans son sac tout prêt, les deux comme neufs.

C’est d’ailleurs un peu par hasard que j’ai ouvert le sac, mais lorsque j’ai compris que j’avais devant moi un télémétrique avec une cellule, toujours fonctionnelle, j’ai négocié son achat avec la charmante dame âgée qui le vendait.

Et le voilà dans le sac à dos, qui rejoint ses petits compagnons du jour.

Mais qui peut-être ce Roi Regula ?

Un peu d’histoire

Pas facile de raconter cette histoire car il semble que tous les auteurs ne soient pas d’accord sur l’origine de l’entreprise. Alors, de recoupements en recoupements, il s’avère qu’il y eut bien une famille King en 1936 à Pforzheim (Allemagne).

Pius (le père) et Herbert (le fils) King fondent la King KG, une entreprise familiale qui se spécialise dans les composants électriques et plus spécifiquement ceux liés à la radio.

Produits recherchés en temps de guerre qui permet à l’entreprise de déménager, dès 1938, à Bad Liebenzell (Forêt Noire, Allemagne). La région était déjà un pôle industriel pour la mécanique de précision, avec une chaîne d’approvisionnement de fournisseurs et de travailleurs qualifiés.

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, les installations de l’usine sont démantelées par les alliés et l’entreprise est priée de se reconvertir. Ce qu’elle fait dès 1949, en se tournant vers la photographie, King, photographe, ayant sentit que cette industrie avait de l’avenir. Elle restait ainsi dans des gammes de produits de précision, même si ses choix la portèrent vers des appareils peu chers et relativement simples, au début.

Ainsi seront produits les premiers Regula. Le succès initial est rapide. Pourtant, un incendie (1951) détruit une partie de l’usine. Les ouvriers mirent la main à la pâte et l’usine, qui devait faire face à une demande croissante, reprit la production à peine deux semaines après le sinistre.

Regula I

Les objectifs proposaient des ouvertures de f4,5, f3,5 ou f2,8 et les obturateurs proviennent de divers constructeurs ; les viseurs étaient des viseurs de Galilée simples. Leur forme un peu ronde les rendait facile à manier et ils étaient légers. Un levier d’armement apparaitra un peu plus tard. Ils avaient une surface polie, résistante et couverte d’un vernis doux pour un fini miroir.

Sauf sur les premiers modèles, le logo sera un K dans un écu couronné. Les modèles étaient identifiés par un tampon au dessus du cadre du film, dans la chambre, et comprenaient les modèles I-A, I-B, I-C, I-D, I-E, I-F, I-P, II etc.

Les Regula, identifiés par des numéros de I à III, se distinguaient par leur conception modulaire, autorisant les mises à jour rapide des modèles, voire des personnalisations L’utilisation d’un aluminium spécial (alu eloxal), avec un traitement d’anodisation, garantissait une belle tenue à la corrosion et des finitions brillantes. Par contre, les Regula Sprinty, d’entrée de gamme, utilisaient plutôt un châssis en plastique thermoset renforcé de fibre de verre, réduisant ainsi les coûts sans compromettre la solidité.

Outre le Regula, l’entreprise fabrique aussi des flashs externes Regulux avec synchronisation et le moteur d’alimentation Rapildrive pour la prise de vue en continu (un winder).

La Regula-Werk atteindra son apogée dans les années cinquante – soixante. Dès 1953, apparaissent les appareils de seconde génération, qui proposent des objectifs interchangeables et des obturateurs pointus. Les optiques étaient fournies par Iso-Gotingen, Jena, Steinhel, Rodenstock alors que les obturateurs, des Gauthier, étaient des Prontor SVS et SLK, qui atteignaient le 1/300s et, surtout, la synchronisation flash.

Le design des boitiers change en 1953. Il devient plus fin et compact ; le logo King est posé sous forme d’un badge émaillé sur le métal. De nombreuses variantes ont été introduites, avec ou sans télémètres couplés.

1955 verra la naissance du Regula IIIa,

Puis, en 1957, c’est le Regula Cita III (Regula Gipsy pour le marché américain), qui devient un haut de gamme de luxe : optique Carl Zeiss Tessar 50mm ouvrant à f2,8, cellule Metrawatt au sélénium, levier d’armement à course courte, viseur avec cadre lumineux. Une version, le Citalux ou Citalux 300 avait un corps doré et un revêtement en cuir bordeaux (la version la plus recherchée !).

Le Regula IIIb est semblable au IIIa si ce n’est son cadre lumineux imprimé et ses objectifs Rodenstock Trinar de 45mm ouvrant à f2,8, ou Cassar et, surtout, équipé d’une cellule Gossen Pilot, couplée au diaphragme et qui donnait une mesure de la lumière précise..

Quant au Regula IIIc, il n’avait pas de posemètre mais gardait son télémètre couplé à base longue et, surtout, des objectifs interchangeables avec une baïonnette unique. Les objectifs venaient de chez Enna, Steinhell et ISCO.

Enfin, le Regula IIId était l’équivalent du IIIc, incorporant le posemètre Gossen du IIIb. Le télémètre couplé était un design différent avec une base plus courte que celle du IIIc, mais très efficace. Le IIId était le modèle haut de gamme de cette gamme à objectifs interchangeables (avec baïonnette).

Le Regula RM est semblable au Cita III et, à terme, il remplacera le modèle. Le RM sera remanié de nombreuses fois, comme le viseur, emprunté au IIIb, avec un posemètre Bewi, non couplé. Il n’avait pas de couvercle et il fallait appuyer sur un bouton rouge au centre du cadran pour lire la mesure, à hauteur d’œil. Quelques unes de ces modifications seront aussi portées au IIId, comme celle du viseur avec des lignes de visées plus lumineuses et multiples, ce qui évitait d’acheter un viseur tourelle.

En 1965, le Regula Superautomatic, d’autre part, a introduit un système d’exposition semi-automatique, basé sur une priorité ouverture contrôlée par une cellule photoélectrique externe.

N’oublions pas que les modèles haut de gamme sont équipés d’un télémètre couplé.

Afin d’élargir son réseau de distribution, la société a conclu une collaboration avec Foto-Quelle et Porst. Des modèles particuliers ont ainsi été créés, comme le Revue 300 pour Foto-Quelle qui est un Regula IIIa avec des logos différents, ou le Hapo 36 qui est un IRM destiné au marché US.

Certains modèles ont été concédés sous licence à d’autres entreprises. Par exemple, il y avait des modèles fabriqués en Roumanie par IOR. D’autres ont également été construits à Calcutta en Inde (National Instruments).

Dans les années quatre-vingt, la direction de l’entreprise sera confiée à Wilfried Bauser, gendre des King, et la société sera rebaptisée Regula-Werk King & Bauser GmbH.

Mais revenons aux années septante, car elles annoncent le déclin de la société : la déferlante japonaise a lancé les automatismes, les cellules précises et, enfin, l’autofocus. Difficile de faire face. King a bien essayé le format 126 (Regula Diplomat et Instaking), le format 110 avec le Regula 118.

Ils ont même tenté une incursion dans les réflex avec le Reflex 2000 mais ils se sont fait attaquer en justice par Leitz qui affirmait que cet appareil violait leurs brevets du Leicaflex. Ce fut un premier gros impact financier car le développement d’un appareil coute toujours cher et ils ont dû tout abandonner.

Leur dernière erreur fut de croire aux appareil à disque (1984), tels que ceux que Kodak avait lancé. Hélas, ensuite, ce sera la faillite.

Pourtant, de 1949 à 1984, l’entreprise a produit jusqu’à cinq millions d’appareils photo, ce qui en fait l’un des fabricants allemands les plus prospères de l’après-guerre.

Présentation du King Regula IIId

Comme je l’écrivais en préambule, cet appareil est quasi neuf alors qu’il va sur ces 70 ans. C’est en 1956 que le Regula IIId est apparu sur le marché.

Grâce à sa construction en aluminium Eloxal, il est léger, bien proportionné et agréable à prendre en mains.

Comme les autres Regula, il sera régulièrement mis à jour et tous les modèles portent quelques différences. Ainsi, celui que je vous présente n’a pas de porte pour protéger la cellule au sélénium, mise en façade et au dessus de celle-ci, c’est un bouton rond qui permet de régler les Asa/Din. Elle est toujours fonctionnelle sur cet exemplaire et il doit s’agir d’une Bewi.

Un Regula IIId avec cellule Goosen protégée par une porte
Notre exemplaire, sans protection de la cellule.

La caractéristique de la gamme des Regula III c’est la plaque avant, marquée de deux lignes noires verticales, autour de l’objectif, dont une marquée du K couronné de la marque et, en contre-point, la prise du flash de l’autre côté.

Autre particularité du IIId, les objectifs interchangeables avec baïonnette, à la manière des Agfa ou Voigtländer par exemple : c’est la partie avant de l’objectif qui se détache et se remplace par un autre. Il faut appuyer sur le bouton rouge, placé sur l’objectif, qui déverrouille le tout, puis un quart de tour à droite désolidarise la partie avant. On voit directement l’obturateur en iris par dessous.

Ici, il s’agit d’un Isco-Gottingen, Regula Color Westanar de 50mm ouvrant à f2,8. D’autres focales ont existé, dans d’autres marques, mais avec les distances de 28 à 200mm (elles sont rares à trouver, ceci dit).

Le viseur, avec cadres gravés et lumineux, plus correction de la parallaxe, montre un patch carré en son centre, pour la mise au point du télémètre à coïncidence. Certains modèles auront des cadres projetés avec marque des focales mais généralement, il faudra utiliser un complément pour les autres focales que le 50mm.

Les marques sur le verre sont bien visibles.
Le Regula IIId avec le viseur multi focale et un 135mm Tele Westanar

L’obturateur est un Prontor SVS qui offre des vitesses de 1s à 1/300s plus une pose B. Après le B, vous verrez des chiffres verts : ceux-ci vous donnent une indication du temps de pose nécessaire en fonction de l’ouverture choisie après lecture de l’indice de lumination (LV) lu sur le cadran de la cellule (voir ci-dessous). Les lettres M et X indiquent le type de synchro flash tandis que la lettre V est celle du retardateur (armer avant de le mettre sur cette position), qui vous laisse entre 6 et 8s pour être dans le cadre.

Petite particularité propre aux appareils allemands des années cinquante : le couplage du diaphragme avec le temps de pose ou l’utilisation de l’indice de lumination (LV). J’explique …

Après avoir réglé la sensibilité de la cellule (en faisant tourner le disque portant des excroissances sur la bonne valeur DIN ou Asa), vous allez faire coïncider la flèche rouge avec le trait jaune sur l’écran noir de lecture. Vous verrez alors un chiffre apparaitre (en rouge) sur le disque, celui de l’indice LV, que vous aller reporter sur la bague des ouvertures.

Si vous manipulez les ouvertures, vous constaterez que les vitesses bougent de concert, vous donnant toujours un couple vitesse/ouverture calculé en fonction de cet indice LV : réglez la distance et il vous suffit de déclencher pour prendre votre photo. C’est un peu déstabilisant au début mais c’est assez rapide quant on a compris le truc et vous pouvez jouer sur la distance focale (profondeur de champ) tout en gardant une vitesse adéquate. Vous pouvez modifier le rapport en appuyant sur le levier derrière celui du réglage des synchro flash.

La griffe du flash est dite froide, c’est-à-dire qu’il faut coupler le flash à l’appareil via un câble pour effectuer la synchronisation.

Pour ouvrir le dos de l’appareil, c’est via un petit verrou sur la tranche droite. Le bouton de rebobinage est sur la semelle.

Que penser de cet appareil ?

Les publicités de l’époque vantaient la durabilité des appareils Regula, grâce à son revêtement spécifique en aluminium anodisé. Hé bien, s’il a été bien traité, cet appareil en est un bon exemple : il a l’air neuf !

Mais outre cette première (bonne) impression, c’est un boitier que je ne connaissais pas. Et pour tout vous dire (enfin, écrire), je ne m’attardais généralement pas sur ces King car leur esthétique et leurs fonctionnalités ne m’inspiraient pas. Il aura vraiment fallu que je tombe sur cet exemplaire pour m’intéresser à la marque, son histoire et ses produits.

En l’occurrence, un très bel exemplaire de télémétrique typique des années cinquante – soixante, avec ce petit plus que les objectifs de ce modèle sont interchangeables, même si je crains ne pas en trouver régulièrement, sauf à aller sur des sites spécialisés.

C’est un appareil intéressant, non pas pour ses trouvailles techniques, somme toute celles de son époque, mais parce qu’elles sont bien mises en œuvre et que le Regula IIId est un boitier agréable à manipuler, facile à utiliser et, ce qui ne gâche rien, assez inhabituel que pour vous démarquer si vous en utilisez un dans la rue.

Si j’avais un reproche à faire, c’est sa vitesse maximale, un peu courte de 1/300s mais il ne fait pas pire que d’autres de son époque, encore une fois. N’oublions pas qu’en ces temps-là la sensibilité des films n’était pas aussi élevée que de nos jours. Si vous travaillez avec un 100 Asa et avec le système de lumination (LV) de l’appareil, vous ne raterez pas souvent vos photos, c’est un plus indéniable.

Relativement peu courant sans être vraiment rare, vous devriez en trouver un exemplaire en bon état, avec sa gaine et au moins son 50mm, pour moins de 50€. S’il vous arrivait d’avoir la chance d’en trouver un avec ses accessoires, ouvrez votre portefeuille et prenez-le, vous ne le regretterez pas si vous cherchez un télémétrique différent et de bel aspect.

Qu’en pensez-vous ?

Vidéo d’illustration

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par LA.

Appareil photo 35 mm, appareil télémétrique
Marque : Regula King, Bad Liebenzell, Allemagne
Film photographique 135 (24×36)
Télémétrique à coïncidence d’image
Posemètre intégré, non couplé à indice de lumination (LV)
Contrôle de l’exposition : manuelle
Objectif interchangeable sur appareil photo : Isco-Gottingen, Regula Color Westanar de 50mm ouvrant à f2,8 ou Enna Werk München Color-Ennit 50 mm f/2.8
Obturateur de la marque : Gauthier, Calmbach, Allemagne. Prontor SvS
Obturateur central ; vitesses de 1s à 1/300s plus pause B
Flash : griffe froide, contact avec câble, synchro M et X
Période de production à partir de 1956

Des références

https://www.flickr.com/photos/10456228@N00/4465556640/, https://mikeeckman.com/2022/06/king-regula-rm-1956/, https://cameracollector.net/king-regula-camera-list/, https://web.archive.org/web/20070321233452/http://www.mwclassic.com/articles/irregular_regulas/irregular_regulas.htm, en anglais ; https://kameramuseum.de/objekte/king-regula-iiid/, https://de.wikipedia.org/wiki/Regula-Werk_King_%26_Bauser, https://www.gigers.com/ernst/ALTEKAMERAS/Samml_king.htm , en allemand ; https://fotocccp.ru/king-regula-iiid, en russe ; https://ibericadigital.es/compactas-de-visor/177-king-regula-iiia.html, en espagnol ; https://filmphotography.eu/fr/appareils-photo/king/, https://www.mes-appareils-photos.fr/Regula.htm, https://www.mes-appareils-photos.fr/Regula-IIId.htm, en français ; https://www.storiadellafotografia.com/regula-werk-king-kg/, en italien

Argentique

The Self Worker, un appareil véritablement… français.

Préambule

Même en vacances, il nous arrive de tomber sur une brocante, en l’occurrence ici, une braderie, puisque nous étions en Bretagne pour quelques jours de congé.

Et sous 30°C, ce qui, il faut l’avouer, est plutôt rare en pays breton !

En baguenaudant d’étals en étals, j’ai trouvé quelques pépites dont celle-ci : un appareil dit jumelle, très ancien. Vendu par un Monsieur âgé qui signalait sur son stand trente-cinquième et dernière année de braderie.

Fatigué, il avait déjà liquidé une partie de son stock et il lui restait quelques pièces, dont cet étrange appareil, que j’ai négocié, pour son plaisir et le mien, un petit peu.

Mais que je vous le présente …

Un peu d’histoire

A l’inspection du boitier, je ne découvre que les mots The Self Worker et la mention étrange Btè France et Etranger (breveté pour la France et l’Etranger), sur la gauche de la plaque avant, et à droite, un entrelacs de lettres dont je suppose qu’il s’agit des initiales du ou des fabricants.

La boite, en bois gainé de cuir, ressemble à une pyramide tronquée, en deux parties : un magasin amovible et le corps avec une face avant qui porte des réglages et l’objectif. Au dessus, un viseur rudimentaire qui s’appellera sans doute sportif.

En dessous, un filetage pour le fixer sur un trépied.

Voilà avec quoi je dois me débrouiller pour trouver des renseignements utiles et créer cet article.

Revenons sur le nom, The Self Worker (= le travailleur autonome), en anglais, alors que l’appareil est bel et bien français.

Commençons cette longue histoire …

Alfred Alexandre Pipon, coiffeur à Paris, avec son épouse, Claire Duplessis, auront trois garçons : Alexandre Jules (1865), Jules Alexandre (1870) et Emile Alfred Jean (1872).

Petit aparté : il faudra faire attention à ne pas mélanger les prénoms pour s’y retrouver !

A leur majorité, chacun des garçons disposent d’un bagage technique : Alexandre Jules est tourneur en cuivre, Jules Alexandre est ajusteur et Emile Alfred ajusteur en optique.

En 1890, Alexandre Jules termine son service militaire (5 ans à l’époque) et épouse ensuite Cécile Montès. Il auront un fils, Jean Jules Alexandre (1895).

Dès 1893, Alexandre Jules fait breveter un obturateur à vitesses réglables et pour le commercialiser, il crée une société familiale avec son frère Jules Alexandre, qui termine aussi sa période de conscription (plus courte, trois ans).

Leur association porte ses fruits et ils déposent de nouveaux brevets pour leurs inventions : une chambre pliante en 1894 et un obturateur s’intégrant dans l’objectif en 1895.

Avec sans doute un début de réussite commerciale, les deux frères créent une association de fait en novembre 1895, au nom de A et J Pipon, fabricants d’appareils photographiques. Alexandre Jules s’inscrit alors à la chambre syndicale des constructeurs et négociants en matériel photographique.

Ayant lui aussi terminé son service sous les drapeaux (trois ans aussi), Emile Alfred Jean se lance là encore dans la pratique photographique. Il dépose son premier brevet en 1897 pour un obturateur mécanique et en 1895 un second pour une chambre pliante elle aussi.

Loin de rester les bras croisés, ces deux frères se lancent dans la fabrication de matériel cinéma, alors très en vogue. Dans la foulée, ils déposent en 1896 un brevet pour le Cinographoscope. Pour pouvoir grandir, ils s’associent avec Monsieur Presseq et fondent ensemble la société Cinographoscope. Devant la réussite commerciale de cette entreprise, les frères la rachètent et reprennent leur indépendance.

A la Foire Universelle de Bruxelles (1897) ils obtiennent la médaille d’argent pour leur appareil détective le Cosaque et une médaille de bronze lors de la Foire Universelle de Paris (1900). L’appareil détective est un box, malheureusement très semblable au Kodak, ce qui leur vaut un procès avec la maison américaine, qui gagne celui-ci. Elle laisse toutefois six mois aux frères Pipon pour retirer tous les appareils Cosaque de la circulation.

Toujours en 1897, les frères Pipon déposent un brevet révolutionnaire : une enveloppe de sureté pour film photographique, l’ancêtre de la bobine de film qui inspirera celle du film 135mm, repris par … Kodak.

Les appareils détectives se vendent bien et les deux frères veulent créer un appareil de meilleure qualité, qu’ils présentent lors de l’Exposition de Rochefort (1898) et qui leur vaudra une médaille d’or. C’est le The Self Worker de notre article.

Cependant, dès 1899, c’est une période noire qui s’ouvre pour l’entreprise Pipon : le procès intenté par Kodak d’abord, puis le décès de Jules Alexandre.

Alexandre Jules doit alors gérer la succession de son frère, la refonte de leur catalogue (suite au procès) et modifier la structure de l’entreprise. Ce n’est qu’en 1900 que celle-ci est rebaptisée Société de Fabrication des Appareils A et J Pipon et qu’elle devient une Société Anonyme, dont l’objet social est tous travaux d’optique, de mécanique, d’ébénisterie et d’une façon générale tous travaux concernant la photographie.

Las, en 1902, il dépose le bilan de la SA mais garde la possibilité de continuer ses activités. Il développe un nouvel appareil jumelle, le Ultra. Puis il rejoint son plus jeune frère, Emile Alfred Jean, qui venait aussi de faire faillite. Les deux frères travaillent donc ensemble et sortent un appareil jumelle pliant (1903) puis ils développent la gamme d’appareils Français (1904).

Ils forment alors la Société Pipon et Cie, tandis qu’Alexandre Jules quitte la chambre syndicale des constructeurs et fournisseurs d’appareils photographiques.

Vers 1905, les deux frères se séparent : Emile Alfred Jean se tourne vers l’électricité civile et pour voiture tandis qu’Alexandre Jules continue la fabrication et la vente d’appareils photographiques.

Entre 1905 et 1910, il met en avant la fabrication des objectifs Pipon, notamment en faisant éditer des cartes postales qui portent la mention photo prise avec un objectif Pipon et en faisant référence à un photographe amateur qui remporte de nombreux prix, Jules Seeberger, en utilisant les objectifs Pipon.

Mais en 1913, l’entreprise est de nouveau déclarée en faillite et mise en concordat pendant huit ans, pour rembourser la moitié des dettes.

Alexandre Jules s’éteindra en 1923 après avoir déposé encore deux brevets en 1920 dont un pour une charnière de porte.

Présentation du The Self Worker

C’est un appareil dit jumelle à cause de sa tenue en mains, qui rappelle celle de l’instrument d’optique. Cet appareil évoluera régulièrement pour tenir compte des progrès techniques. Les premiers exemplaires datent de 1897 et celui qui nous occupe porte le n° 3332.

Le corps est en bois, recouvert d’un fin cuir noir. La platine qui porte l’objectif et les commandes est en métal, tout comme la porte et le fonds du magasin. Tout est en habit noir, sauf quelques pièces, en laiton doré. La platine est gravée du nom de l’appareil et son numéro (à droite) , puis des initiales AJP (à gauche)

L’objectif est en laiton et son bouchon est en cuir épais.

Sur le dessus, un viseur dit sportif, un verre marqué d’une croix rouge qui, lorsqu’il se soulève, libère une petite tige métallique, qui sert de mire. Il faut d’abord rabattre la tige avant le verre, qui la bloque. En appuyant ensuite sur la base de cette tige, elle libère le verre de visée.

Le format des plaques de verre évoluera aussi, passant du 6,5×9, 9 x12 ou 83 x108 (seulement en 1898), avec une mise au point à partir de 2m jusque l’infini.

Petite particularité de la mise au point : elle s’opère grâce à un levier situé sur la droite du boitier. En le déplaçant, on actionne une crémaillère qui fait avancer ou reculer tout le bloc avant.

Le magasin compte 12 plaques de verre, interchangeable. Un levier pivote sur une plaque de laiton, sur la gauche : c’est le verrou. Poussé vers l’avant, il libère le magasin, muni de sa plaque noire, qui cache les images et les plaques. Attention, il n’y a pas de protection si on oublie de la remettre en place lorsqu’on retire le magasin, donc risque de voile sur les plaques.

Le fonds du magasin comporte deux verrous, rectangulaires : si vous les mettez à l’horizontale, ils libèrent la porte du magasin. Ce dernier est équipé d’un compteur de vue sur le dessus.

Lorsque le magasin est retiré, on tombe directement dans la chambre, disons … assez rudimentaire !

L’obturateur est à guillotine, qui s’arme en tirant sur une tige, à droite, qui arme l’obturateur et fait monter le déclencheur, sur le dessus de la plaque avant. Il permet de faire une pose, en déplaçant un petit curseur, au dessus de l’objectif, noté P (pose) et I (instantané), et il dispose de plusieurs vitesses, régulées par la tension d’un ressort.

Étonnamment, les vitesses ne sont pas étalonnées. Par contre, elles sont variables, grâce à deux molettes, l’une en façade et graduée de 1 à 6 et l’autre, sur le côté gauche, graduée de 1 à 4.

Les objectifs sont, au choix, des A.J. Pipon, des Goerz ou des Zeiss-Krauss. Ici, c’est un F. Goerz de 100mm. Les ouvertures, qui se règlent avec un petit levier au dessus de l’objectif sont de 2/3 (!), 1, 2, 4, 8 et 16.

Présentation de la jumelle The Self Worker dans Le Nord Photographe du 1er décembre 1897.

Par dessous, un pas de vis dit au pas du Congrès pour y fixer un trépied et un second, sur le côté droit.

C’est bien construit, solide, mais peu pratique à utiliser, du moins par manque d’habitude sans doute.

Publicité du Bon Marché, 1903

Tout fonctionne encore parfaitement (ouvertures de l’objectif, tirette de l’armement, déclencheur, réglage des vitesses, de la pose B, verrou, plaque noire, etc.).

D’autres marques (Gallus, Carpentier, Makenstein, Gaumont, pour n’en citer que quelques uns) se sont illustrées dans ces appareils-jumelles, qui ont eu leur heure de gloire entre 1890 et 1910). Ils seront remplacés par des folding, plus compacts lorsqu’ils sont repliés et au moins aussi perfectionnés, eux-même supplantés par les télémétriques puis les premiers réflex, plus polyvalents.

Les premières années de l’histoire des appareils photographiques sont riches de ces boitiers étonnants … Bien plus tard, nous verrons apparaître des jumelles couplées à un appareil photo, même en numérique, mais c’est une autre histoire.

C’est un objet curieux, vraiment de collection, d’autant que cet exemplaire est complet, avec son étuis en cuir épais garni de feutrine verte et son magasin rempli de plaques.

Que penser de cet appareil ?

Outre l’obligation de placer des plaques de verre dans le magasin et donc d’être encore capable de les enduire de produit adéquat, puis de les développer, ce boitier est intriguant : comment le charger et faire tourner les plaques ?

Autre question, comment bien le tenir pour viser et faire ses réglages avant de tirer sa première image ?

Bref, ce n’est pas un appareil à embarquer vite fait pour une balade. En tout cas de nos jours car, comme son nom l’indique, ce devait être un appareil photo destiné aux personnes qui se voulaient autonomes en matière de photographie.

Sa taille et son poids permettait en effet de l’emmener avec soi sans trop de soucis et ceux qui s’étaient habitués à son maniement devait le trouver facile pour l’époque et moins encombrant que les chambres traditionnelles.

Est-il encore utilisable ? Sans doute mais ce ne sera pas simple de le remettre en œuvre.

Sa place est plus, à mon humble avis, plutôt chez un collectionneur avisé ou un musée de la photographie. Son prix exprime sa rareté et il se négocie autour de 350€.

Je pense donc que je vais le proposer lors de la foire de Villers Bretonneux, en février de l’an prochain.

Vidéos d’illustration

Un peu de technique

  • Fabricant Alexandre & Jules Pipon (France)
  • Type : photo-jumelle
  • Format : 9×12 sur plaque de verre
  • Objectif : F. Goerz de 100mm
  • Obturateur à guillotine, armement par tirette latérale; 6 vitesses (1 à 6) et 4 vitesses (1 à 4)
  • Diaphragme en iris; ouvertures de f 2/3 – 2 -4 – 8 – 16
  • Mise au point par avance de la platine, commandée par un levier qui actionne une crémaillère; mise au point minimale 2m
  • Magasin de 12 plaques avec compteur automatique
  • Remarque : Jumelle en bois gainé noir sans décentrement.
    Grand viseur pliant.
    Deux écrous de pied.
    En façade, l’inscription THE SELF WORKER No3.332 Bté FRANCE & ETRANGER. Les Self-Worker mono en format 6,5 x 9 cm, stéréo 6 x 13 cm et 8 x 16 cm sont équipés d’objectifs de 9 cm.
    Les Self-Worker mono en format 9 x 12 cm sont équipés d’objectifs de 120 mm, sauf celui-ci équipé d’un 100mm Goerz.

Des références

http://cinematographes.free.fr/pipon.html, https://www.club-niepce-lumiere.org/media/files/PDF-F/045.pdf, https://stereoantica.com/pipon-alexandre-jules-the-self-worker-9-x-12/, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-6849-Pipon_The%20Self%20Worker.html, https://www.autrefoislaphoto.com/musee/appareils-photographiques/appareils-jumelles/pipon-the-self-worker en français ; https://collection.sciencemuseumgroup.org.uk/people/cp135064, en anglais,

Argentique

Le Chinon CM-7, le mal compris (chez nous)

Préambule

Où ai-je bien pu trouver ce Chinon CM-7 ? Plus moyen de m’en souvenir (aïe, je vieilli !) mais cela ne va pas nous empêcher de nous y intéresser.

Chinon est une marque que j’ai déjà mainte fois abordée, tant au travers ses compacts que ses réflex. Et s’ils sont décriés aujourd’hui par ceux qui n’ont pas connu la marque, elle a produit des appareils intéressants, même pour des marques connues. Car elle fut volontiers le produit blanc de nombreux fabricants.

Un exemple ? Alpa, marque Suisse de renom, lui a confié la réalisation de son Si 3000. Et j’ai déjà évoqué les Chinon CE-4, le Chinon CM-4s, pour ne rester qu’au rayon réflex.

Alors, commençons la visite …

Un peu d’histoire

Je vous avoue que lorsque j’ai cherché des informations sur ce modèles, je n’en ai pas trouvé pléthore. Par contre, c’est un appareil qui se vend bien car du Japon au réseau mondial d’Ebay et les auctions (ventes aux enchères) d’un tas de sites connus, j’en ai vu des dizaines. C’est qu’il y a un intérêt certain pour ce modèle en particulier. Nous allons tenter de savoir pourquoi.

Chiro Hiroshi fonde Sanshin Seisakusho en 1948, dans la ville de Chino (préfecture de Nagano (Japon). Il est alors âgé de 28 ans. Le nom sera changé en Sanshin Optics Industrial Co. en 1962 et deviendra finalement Chinon Industries Inc. en 1973.

Leur première spécialité était de fabriquer des composants d’objectifs pour Canon et d’autres grands manufacturiers. Puis l’entreprisse fabriquera les appareils en entier pour compte de ces fabricants.

En 1956, Chinon se lance dans la fabrication et la vente de projecteurs et de caméras de cinéma en 8mm. Dans les années quatre-vingt, Chinon pourra revendiquer d’être le plus gros fabricants de caméra Super 8 au monde.

Il faut dire que le domaine du cinéma Super 8 sera pour l’entreprise une source importante d’entrées d’argent. Elle développera par exemple pas mal de premières dans l’industrie, comme être la première entreprise japonaise à produire une caméra de cinéma de 8mm pour enregistrer l’image et le son simultanément, ou à produire le premier objectif zoom pour une caméra (1956).

Vers 1971, sans doute attirée par l’essor d’autres entreprises japonaises dans le domaine, elle se tourne aussi vers les appareils photo, les compacts et les réflex, proposé à prix compétitifs.

Leurs appareils sont reconnus pour leur construction simple, robuste et leurs fonctions automatisées, comme l’exposition automatique ou la priorité ouverture.

C’est dans les années septante et quatre-vingt que Chinon devient un acteur assez incontournable dans le domaine des réflex d’entrée de gamme. Ses modèles CS – CE – CM et CP sont souvent associés à la monture vissante M 42 d’abord, puis la Pentax K (1979), ce qui leur ouvre un large choix d’objectifs de qualité.

Les années quatre-vingt sont celles de l’innovation, encore, car ils ont été les premiers au Japon à développer un système d’autofocus utilisant l’infrarouge (1981) et Chinon sera le premier a introduire le double programme dans un réflex (1983).

Dans d’autres domaines, ils seront dans les premiers à s’intéresser aux dispositifs de stockage de l’information (1982).

Ils fabriqueront des compacts 35mm sous leur nom, mais aussi des appareils en produit blanc pour d’autres constructeurs. Grâce à leur capacité de production en sous traitance, ils fournissent des boitiers ou des éléments pour des marques comme Revue, Porst ou Prinzflex.

Hélas, le marché du Super 8, qui soutient toute l’entreprise, décline rapidement sous les coups de la vidéos, puis du numérique.

Curieusement, le nom de Chinon disparait doucement des vitrines dans les années nonante. Pourquoi, car l’entreprise est toujours en (pleine) activité ?

Deux raisons à cela :

1. l’invention de l’autofocus (en anglais)

2. L’association avec Kodak :

Chinon s’associe avec Kodak pour fabriquer leurs appareils (OEM = fabriquant d’équipement d’origine). Cette collaboration se renforce encore dans les années nonante lorsque Chinon commence à fournir à Kodak des appareils numériques sur la même base OEM.

La participation de Kodak passe de 9,5% à 50,1% dans le capital de Chinon (particiaption majoritaire de Kodak Japan Limited, devenant une filiale de Eastman Kodak Company). L’entreprise se concentre encore sur la fabrication d’appareils numériques pour Kodak et offre une assistance technique à Kodak Electronic Products (Shanghai), l’unité de fabrication de ses caméras. Ils ont ainsi produit plus d’un million d’appareils numériques en 1998 et plus de cinq millions en 2002.

De nos jours, la marque n’existe plus dans le domaine de la photographie mais ses reflex argentiques restent appréciés pour leur rapport qualité/prix et leur accessibilité aux débutants, surtout ceux qui souhaitent explorer la monture K sans se ruiner.

Pour en terminer, quelques petits faits anecdotiques :

  1. Chinon est reconnu comme fabricant (OEM) pour d’autres marques, en tout cas pour les boitiers. Mais lui-même achetait ses objectifs chez d’autres fabricants, dont Tomioka et Tamron.
  2. Le summum de l’innovation de Chinon est atteint en 1982 avec l’introduction du Chinon CE-5 – un boitier qui a permis d’utiliser le système d’autofocus infrarouge breveté de Chinon (sur certains objectifs), soit trois ans avant Minolta et son AF 7000. Mais lorsque Minolta lance son réflex autofocus, Chinon ne compte pas se lancer dans la bagarre avec eux, ni avec Canon, Pentax, Olympus, etc. Ils se concentrent sur leurs appareils compacts et la série Génésis, des bridges eux aussi novateurs.

Présentation du Chinon CM-7

De prime abord l’appareil étonne : sa livrée ressemble curieusement aux appareils dits titanium : un gris spécial, un peu brillant pour le capot et la semelle, et du cuir noir pour le reste.

Au moins, celui-ci sort de l’habituel noir et métal ou tout noir.

Pour le reste, il est assez classique :

1. Œillet pour courroie d’épaule
2. Compteur de vue
3. Déclencheur
4. Levier d’avance du film
5. Molette de sélection de la vitesse d’obturation
6. Griffe porte-accessoire
7. Bouton de rebobinage du film / ouverture du couvercle arrière
8. Index de sensibilité du film
9. Molette de sélection de la sensibilité du film
10. Poignée
11. Levier du retardateur
12. Bouton de déverrouillage de l’objectif
13. Bague d’ouverture
14. Échelle de profondeur de champ
15. Échelle de distance
16. Bague de mise au point
17. Arbre de rembobinage
18. Oculaire du viseur
19. Dents du pignon d’avance du film
20. Bobine réceptrice
21. Plaque de pression du film
22. Couvercle arrière
23. Bouton de rebobinage
24. Rail de film
25. Rail de guidage du film
26. Fixation pour trépied
27. Obturateur
28. Couvercle du compartiment à piles
29. Chambre noire

Sobre, efficace et facilement appréhendable pour un débutant ou pour redécouvrir l’argentique sans se ruiner.

Voyons cela de plus près.

Collé contre le boitier, le levier d’armement coupe l’alimentation électrique. Il faut le décoller légèrement pour mettre en batterie l’appareil et réveiller la cellule. Pour éviter de gaspiller les 2 LR44 nécessaires au circuit de la cellule, rabattez toujours le levier contre le capot.

L’obturateur est mécanique et fonctionne donc si les piles sont à plat. Cet obturateur est entièrement métallique, à plan focal vertical. Il propose des vitesses de 1s à 1/2000s, une pose B et une synchro flash au 1/125s. Pas mal pour un entrée de gamme en 1988.

Mieux, lorsque vous lancez le minuteur (que l’on ne peut interrompre), un réglage particulier fait qu’il soulève le miroir et ferme l’ouverture au début de son cycle, ceci afin d’éviter les vibrations pendant l’exposition. Pratique pour les poses longues.

Ceci étant, c’est un argentique à mise au point et exposition manuelle, bien doté et facile d’utilisation.

Le viseur est assez clair, avec un stigmomètre à coïncidence, horizontal, avec un micro prisme fin. Sur la gauche, une plage noire où vont s’éclairer des diodes rouge qui signaleront une sous ou sur exposition. Vous modifiez l’exposition en jouant soit avec la vitesse (barillet sur le capot) ou l’ouverture (bague des ouvertures sur l’objectif).

A = surexposition ; B = exposition correcte ; C= sous exposition

Ah oui, puisqu’il est équipé de piles, la sensibilité de la cellule se règle avec la roue sous la manivelle de rebobinage (de 25 à 1600 Iso).

Par rapport au Chinon CM-4, ce modèle amène quelques modifications, comme la mesure de l’exposition avec les diodes, le minuteur qui perd sa lampe clignotante et son esthétique unique.

Petit résumé de l’appareil : vitesses jusqu’au 1/2000s, flash synchro au 1/125s, obturateur à rideaux métalliques, monture Pentax K, léger et … joli (ça c’est subjectif).

De quoi donner envie, non ?

Que penser de cet appareil ?

C’est vrai qu’il a un look différent, qui lui va bien. Mais nous leurrons pas, s’il est si léger (490gr) c’est parce que le capot et la semelle sont en plastique, de qualité certes, mais plastique.

Ceci étant, il est bien assemblé et celui-ci, qui approche de ses quarante ans bientôt est encore en très bel état et, surtout, tout fonctionne sans anicroches.

Quand j’ai découvert sa fiche technique, je me suis dit que c’était là un appareil qui méritait bien le nombre de ventes que j’ai trouvées sur Internet le concernant.

Sa petite poignée, en façade, assure une bonne préhension et son ergonomie, pour être classique, est agréable et facilite la prise de vue.

On pourrait lui reprocher de ne pas donner plus d’information dans le viseur mais rappelons que c’est avant tout un boitier destiné aux amateurs. Les informations sont suffisantes et claires pour éviter de rater ses images.

L’utilisation de la monture Pentax K élargit le cercle des possibilités dans le vaste champ des optiques disponibles, ce qui arrange bien tout le monde, surtout si vous devez faire attention aux coûts.

Voici donc un boitier qu’il ne faut pas négliger si vous en trouvez un. D’autant que son prix, avec au moins un 50mm, ne devrait pas dépasser les 50€.

Que demander de plus ?

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

  • Appareil photo reflex 35 mm avec système de mesure de la lumière à LED.
  • Format d’image : 24 x 36 mm.
  • Monture d’objectif : Monture à baïonnette universelle Chinon (compatible avec les montures K, KA et RK).
  • Obturateur métallique à plan focal à course verticale, déclenchement mécanique.
  • Vitesses d’obturation : 1 – 1/2 000 s, B.
  • Synchronisation du flash : griffe, contact X, 1/125 s.
  • Viseur : pentaprisme fixe au niveau des yeux, stigmomètre avec collier à microprismes et écran mat.
  • Grossissement du viseur : 0,86x (à 50 mm, à l’infini)
  • Couverture du viseur : 93 %
  • Correction dioptrique : – 1,0 dioptrie
  • Indicateurs dans le viseur : LED rouge avec croix (surexposition), LED verte (point) (exposition correcte),
  • LED rouge (point) (sous-exposition)
  • Mesure de l’exposition : Système TTL à pondération centrale à pleine ouverture utilisant un CdS,
  • indicateur d’exposition à 3 niveaux avec 3 LED.
  • Plage d’exposition : EV +3 à EV +20 (F1,4 à 50 mm, ISO 100).
  • Plage ISO : 25-1 600 (DIN 15-33) par paliers de 1/3.
  • Avance du film : en un seul mouvement sur un arc de 130° avec un écart de 30°.
  • Compteur de poses : indique automatiquement le nombre de poses et se remet à S lorsque le dos de l’appareil est ouvert.
  • Chargement du film : type bobine réceptrice à fentes multiples.
  • Rembobinage du film : en appuyant sur le bouton de rembobinage et en actionnant le levier de rembobinage.
  • Verrouillage du déclencheur : le déclencheur est verrouillé lorsque le levier d’avance est rangé en position de repos.
  • Déclencheur à câble : possible.
  • Retardateur : intégré, délai d’environ 10 secondes.
  • Alimentation : deux piles alcalines de 1,5 V (LR44) ou piles à l’oxyde d’argent (SR44).
  • Poids : 410gr nu

Les accessoires optionnels :

Objectifs 50mm :

  • Standard Lens 50 mm f1.4 multicoated
  • 50 mm f1.7 multicoated
  • 50 mm f1.9

Grands angles :

  • 17 mm f3.5 multicoated
  • 28 mm f2.8 multicoated

Téléobjectif :

  • 135 mm f2.8 multicoated

Zoom :

  • 28-70 mm f3.5-4.5 multicoated MACRO
  • 35-70 mm f3.4-4.5 multicoated MACRO
  • 35-80 mm f3.5-4.8 multicoated MACRO
  • 35-105 mm f3.5-4.5 multicoated MACRO
  • 35-200 mm f4.0-5.6 multicoated MACRO
  • 70-210 mm f4.0-5.6 multicoated MACRO
  • 75-300 mm f5.6 multicoated MACRO

Autres accessoires :

  • Flashs CHINON série S Anneau d’extension automatique
  • Soufflet
  • Étui de transport de luxe, Sac souple pour accessoires
  • Sangle large avec logo CHINON

Des références

https://camera-wiki.org/wiki/Chinon_CM-7, https://cameragocamera.com/2021/02/04/chinon-cm-7-versus-nikon-fm10/, https://www.chinonshop.com/pages/about-chinon, https://filmphotography.eu/en-p/cameras/chinon/, https://camera-wiki.org/wiki/Chinon, https://japb.net/business/company-profiles/chinon/, https://japb.net/theory/autofocus/, en anglais ; https://kitatoma.web.fc2.com/hobby_room/1_camera/CHINON_CM-7.htm, en japonais ; https://fr.wikipedia.org/wiki/Chinon_Industries, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-1470-Chinon_CX-II.html, https://fr.wikipedia.org/wiki/Chinon_Industries, https://wikimonde.com/article/Chinon_Industries, https://fr.wikibooks.org/wiki/Photographie/Fabricants/Chinon, https://www.mes-appareils-photos.fr/Chinon.htm, en français

Argentique

Un centenaire encore alerte, le Ernemann Rolf 1

Préambule

Alors que je désespérais de trouver quelque chose sur cette brocante du Brabant Wallon, j’ai découvert ce tout petit appareil dans une caisse, à côté d’un Zenit 12 XP. Propres, en bon état, le vendeur m’a expliqué que c’était un vieux monsieur qui les lui avait donné, pour les vendre, car il ne s’avait plus qu’en faire et que c’eut été dommage de les jeter. Nous sommes bien d’accord !

Si j’ai laissé de côté le Zenit, celui-ci m’a intrigué, d’abord par son nom : un Ernemann, une légende dresdoise qui sera absorbée par le géant Zeiss Ikon.

Bien sût, il a vécu, les traces sur sa peinture noire en sont la preuve mais à sa décharge, il fonctionne toujours sans soucis alors qu’il est plus que centenaire.

Mais nous allons voir cela ensemble …

Un peu d’histoire

Le nom de Zeiss Ikon revient souvent sur le site car ils furent prolifiques. Mais n’oublions pas que la marque est le résultat de la fusion d’entreprises connues, en 1926 : Ernemann fusionne avec ICA (Internationale Camera AG), Contessa-Nettel et Goerz pour former Zeiss Ikon.

Les débuts de l’histoire

Mais commençons par le début de l’histoire. En mai 1850 nait à Gernrode (Allemagne) un certain Johan Heinrich Ernemann. Il n’est pas issu des classes sociales favorisées et son enfance se passe dans une ferme pauvre. Après avoir fréquenté l’école primaire dans son village, il quitte sa région en 1866.

Portrait en noir et blanc d'un homme âgé avec une barbe blanche, portant un costume sombre et une cravate, les mains jointes devant lui.

Il ne sera pas enrôlé dans l’armée et échappe ainsi à la guerre franco-prussienne de 1870-1871. Il s’inscrit en 1873 dans une école de commerce à Pirna. Ensuite, on le retrouve voyageur de commerce avant d’épouser, en 1875, la fille d’une dame tenant une mercerie. Qu’il fera prospérer et qui lui permettra d’économiser pour racheter les parts d’un magasin de photographe, petit à petit.

Pas n’importe quel magasin de photographie, celui de Wilhelm Franz Matthias, qui fabriquait des châssis d’appareils photo.

En 1889, les deux compères s’associent pour fonder la Dresdner Photographische Apparate-Fabrik Ernemann & Matthias, qui fabrique dans un premier temps des appareils en bois pour les studios et pour les voyageurs nantis. C’est la période des chambres Globus.

Appareil photo ancien en bois avec lentille et mécanisme d'extension.

Déjà H. Ernemann essaie de développer un côté industriel à une production autrefois individualisée et artisanale. Il introduit des machines à vapeur (1890) pour la production, sans plus devoir compter sur des fournisseurs externes pour les petites pièces métalliques, notamment, et le travail du bois.

Un industriel innovant et visionnaire

Las, mécontent de cette industrialisation, W. Mattias quitte l’entreprise un an plus tard, laissant seul aux commandes H. Ernemann, le photographe et industriel autodidacte.

Son entreprise dépose plusieurs brevets et publie son premier catalogue en 1896, année où il reçoit des prix lors de l’exposition Great Trade and Art à Dresde.

Autre innovation, il signe ses appareils de son nom alors qu’auparavant, c’était le nom des distributeurs que l’on y notait.

La qualité de ses fabrications, leurs innovations, la structure visionnaire de son entreprise le place sur le même pied que des grands noms, à Dresde, tels que Emil Wünsche ou Richard Hüttig, qui fusionneront en ICA pour éviter la faillite. Car Dresde est un centre reconnu pour la fabrication des appareils photo. Or trop de production et pas assez de commandes (les acheteurs doivent être assez aisés à cette époque pour se payer un appareil photo) et c’est la culbute.

Il a bien compris que l’industrialisation de la production est la condition sine qua non pour perdurer. Les fabricants de l’époque qui ne l’ont pas assimilé tombent en faillite les uns après les autres ou sont rachetés par ceux qui ont compris.

En 1899, il introduit son entreprise en bourse et pour protéger ses inventions, il dépose la marque Lichtgöttin (Déesse de la Lumière), utilisée sur les productions d’équipement de l’entreprise jusqu’en 1920, après quoi elle n’a été utilisée que pour leurs produits chimiques.

Mosaïque représentant une femme avec un visage vert, des cheveux longs et une couronne, entourée de motifs géométriques colorés.
Lichtgöttin ( = déesse de lumière, mosaïque à l’usine d’Ernemann, Dresde

Le logo suivant sera celui utilisé pour l’association avec Krupp (voir ci-dessous)

Logo d'Ernemann représentant une forme stylisée en noir et blanc.

Ernemann, c’est aussi du cinéma

Toujours à l’affut de marchés porteurs, en 1903, H. Ernemann lance sa première caméra cinéma destinée aux amateurs, la Kino. C’est d’ailleurs un bel exemple de l’approche, parfois agressive, de Ernemann : c’est Fridolin Kretzschmar qui, en 1902, avait inventé une telle caméra utilisant du film 17,5mm et destinée aux amateurs. H. Ernemann a bien compris l’intérêt de cette invention car sa Kino est très proche de cette invention, parfois en collaboration avec Kretzschmar, puis en détournant sa clientèle jusqu’à ce qu’il quitte le marché.

Un ensemble d’accessoires étaient prévus pour cette caméra. Mais soyons de bon compte, elle était destinée aux amateurs, certes, mais nantis.

Ceci dit, sur la lancée, et avec son fils Alexander, Ernemann a produit des films éducatifs et scientifiques destinés à ceux qui avaient un projecteur en 17,5mm (un film 35mm non perforé tranché dans le sens de la longueur avec des trous de pignon qui descendaient au centre). Ceux-ci devaient être excellents car il obtint un doctorat scientifique en 1924 grâce à eux.

Ernemann construit une nouvelle usine, non loin d’ICA, à Dresde, qui devient ainsi le centre de l’industrie photographique de l’Empire Allemand. Ensuite, sous l’impulsion de son fils*, la société se dote de contrôles qualité et d’un système d’apprentissage destiné au futurs collaborateurs.

*Alexander Karl Heinrich Ernemann (1878 – 1956) a fait des études en Amérique, notamment pour la gestion moderne des entreprises. H. Ernemann eut aussi d’autres enfants : Frieda Henriette Marie Therese (1876–1954), Anna Katharina Gertrud (1880–1940), Dora Bertha Johanna (1883–1942) et Fritz Henry Otto (1886–1941). L’épouse de Heinrich Ernemann, Marie Therese, décédait le 22 août 1917, onze ans avant lui.

L’entreprise développe un marché à l’international. Un exemple cité : l’Institut topographique russe de St Petersbourg à fait construire un équipement spécial basé sur 7 caméras Ernemann pour photographier, depuis un ballon, les opérations de la guerre russo-japonaise.

Portrait en noir et blanc d'un homme barbu avec des cheveux blancs, portant un costume, avec un cadre décoratif. Texte en plusieurs langues indiquant "Heinrich Ernemann, société anonyme pour la fabrication d'appareils photographiques, Dresden".

Vers 1907, Ernemann fabrique ses propres optiques (auparavant, c’était Carl Zeiss et Goerz qui le fournissaient) et se fait livrer le verre par Jena (ou Iéna). Il sortira aussi un réflex à objectif unique, une caméra panoramique et un projecteur de film de cinéma, l’Imperator, qui reçu de nombreux prix, notamment pour sa fiabilité. Quasi tous les cinémas de Paris se sont, par exemple, équipés en H. Ernemann.

La gamme de la production des entreprises Ernemann va donc maintenant des appareils à plaques aux appareils à pellicule, des projecteurs de cinéma, des appareils stéréoscopiques et des stéréoscopes (pour lire les films), ainsi que des appareils pour usages particuliers. Tous leurs produits sont reconnus pour leur innovation et la qualité de leur fabrication.

Pour la petite histoire, Ernemann employait un certain Johan Steenbergen, celui là même qui devait fonder plus tard Ihagee !

La Seconde Guerre mondiale

Las, la Première Guerre Mondiale pointe le bout de son vilain nez. Pendant celle-ci, l’entreprise va produire des appareils destinés à l’armée (caméra de mitrailleuse par exemple). La situation est précaire au début de la guerre mais bien vite, grâce aux commandes de l’armée allemande, l’entreprise réengage du personnel et trouve un débouché avec des appareils semblables aux Vest Pocket de Kodak, appareils destinés aux soldats sur le front et ailleurs. Ces appareils autrefois destinés aux civils eurent beaucoup de succès.

Le nom de la société change en 1917 et devient Ernemann-Werke AG. Trois ans plus tard, Ernemann crée, avec le géant de l’acier Krupp auquel il s’associe, un département dédié à la production des projecteurs pour cinéma, appelé Ernemann-Krupp Kinoapparate.

Au sortir de la guerre, en 1920, l’entreprise lance enfin la construction d’un nouveau bâtiment, avec un espace central en forme d’une tour de très grande taille. En 1923, Dresden-Streisen devint le siège de l’usine d’appareils photo. Le bâtiment existe toujours et est encore connu sous le nom de Tour Ernemann.

Autre petite histoire, au sujet de cette tour : c’est elle l’emblème de Pentacon ! C’est l’ogre est-allemand qui a avalé la moitié de Zeiss Ikon au sortir de la seconde guerre mondiale.

L’après guerre enfin

Dresde était vraiment à l’époque l’épicentre de l’industrie photographique allemande et même mondiale.

L’inflation qui suivi les années de guerre fut favorable aux exportations de la société, en tout cas jusqu’en 1923. Car dès 1924, il faut rationaliser et réorganiser pour, enfin, convaincre ICA (Internationale Camera AG – Dresde), Goerz (Berlin) et Contessa-Nettel (Stuttgart) de fusionner pour former Zeiss Ikon en 1926. Ce qui est une autre histoire …

Entre temps, Ernemann avait encore produit l’Ermanox (1925) avec un objectif immense de 85mm ouvrant à f1,8, assez unique pour l’époque. L’appareil sera suivi d’une version réflex en 1926.

Appareil photo vintage noir avec un objectif en verre, un boîtier rectangulaire et un couvercle supérieur repliable.
Un appareil étonnant et très en avance sur son temps que cet Ermanox (nox en latin veut dire nuit car l’objectif permettait de photographier par très faible luminosité, pour l’époque).

Au moment de son passage chez Zeiss Ikon, Ernemann avait alors déposé 213 brevets.

L’Ermanox sera abandonné en 1931. Cet appareil sortant de l’ordinaire devant s’incliner devant le Leica et le Contax, plus portables et d’aussi excellente qualité.

Heinrich Ernemann s’éteint en 1928. Son fils, Alexander, reste dans la société jusqu’à son décès, en 1956.

Finalement le nom d’Ernemann disparait au seuil des années quatre-vingt. Quoique la Ernemann CinoTec GmbH reste un producteur allemand de systèmes de projection encore de nos jours.

Présentation du Ernemann Rolf 1

Illustration d'une femme avec des bijoux et un coiffure élaboré, entourée de motifs géométriques, avec le texte 'ERNEMANN CAMERAS' en bas.

Le Rolf 1, sorti en 1922, était destiné aux débutants. C’est un appareil facile d’utilisation, sans trop de réglages mais fabriqué très sérieusement. Il sera produit jusqu’en 1923. Son corps est en métal embouti, sans doute du laiton (l’appareil pèse quand même 332gr, sans film à l’intérieur)

Nous pourrions le comparer au Vest Pocket de Kodak, légèrement antérieur dans sa première version.

A gauche, le Vest Pocket de Kodak ; à droite, le Rolf 1 d’Ernemann

Comme lui, l’appareil s’ouvre en abaissant une porte avant. Il faut ensuite faire avancer le bloc obturateur/objectif sur le rail place sur l’intérieur de la porte (ce n’est pas le plus évident à faire). Ceci étant fait, le soufflet est complètement sortir et tendu (c’est là que j’ai constaté une petite déchirure dans le mien).

L’obturateur maison n’a qu’une vitesse … modulable selon le photographe qui appuie sur le levier plus ou moins vite. Il est couplé à un levier, sur le côté gauche, pour régler l’ouverture, indiquée par des lettres et chiffres : M12 = Moment, soit le mode instantané à f/12, Z12 = Zeit pour le mode temps à f/12 et Z18 = mode temps à f/18.

Une prise, filetée, sur la droite, permet de fixer un déclencheur souple.

L’objectif est un Rapid Rectilinear de 75mm ouvrant à f12. La distance se règle en faisant coulisser l’ensemble sur un rail. Les distances sont gravée sur une échelle, à gauche du rail.

Le viseur est mobile, sur le dessus du bloc obturateur/objectif. On peut le faire basculer sur le côté pour les prises de vue horizontales. Disons que la visée est assez … aléatoire (j’ai pourtant bien nettoyé les verres et le miroir. Mais c’est très petit).

Sur la porte abattue, vous trouverez un filetage pour fixer un trépied. Elle tient fermement ouverte grâce à deux compas, sur lequel il faut appuyer pour libérer l’ensemble et refermer la porte.

C’est un appareil qui utilise du film en rouleau au format dit 127.

Pour ouvrir l’appareil, il faut tirer fermement sur le clip , au dessus, et le boitier s’ouvre en deux, découvrant la chambre. Les photos auront un format de 4x6cm.

Pour avancer le film, une simple clé, à l’opposé de laquelle vous trouverez un second filetage pour trépied.

Ici pas de compteur de vue mais une fenêtre rouge inactinique, qui ne porte pas de volet de protection.

Il existe une variante de ce modèle, qui réalise des images de 22x33mm sur pellicule 24×36. Attention, il s’agit du même film que celui du Ernemann Unette, c’est – à – dire un film au format 24x36mm mais avec un support en papier, comme le 127.

Le successeur, le Rolf 2 gagnera un meilleur obturateur et il sera possible de choisir entre plusieurs objectifs différents. Il était aussi recouvert d’une feuille de cuir véritable. Celui-là sera produit de 1923 à 1926.

Que penser de cet appareil ?

Comme je l’écrivais, les réglages sont très limités mais, contrairement au Vest Pocket de Kodak, ils sont plu clairs et accessibles.

Bien que très simple, on sent que l’ensemble a été assemblé avec soin et fait pour durer … longtemps : cet exemplaire est centenaire et toujours fonctionnel !

Ceci étant, c’est plus un appareil de collection qu’un boitier que l’on a envie de sortir pour prendre des photos, bien que le film 127 existe toujours (voir le site de Retrocamera.be).

Laissons-le se reposer, il a bien servi.

De fait, je suis très heureux d’avoir eu en mains mon premier Ernemann et je ne désespère pas d’en trouver d’autres, qui sait, un Ernemanox par exemple (on peut toujours rêver, non ?).

Quant à sa valeur selon l’état, les prix varient de 30 à 100€. Le prix d’un vieux Monsieur qui a vu passer deux guerres mondiales et une infinité d’autres conflits.

Un peu de technique

  • Appareil à soufflet, pliant Ernemann Rolf 1
  • Ouverture par porte abattance
  • film 127 pour image de 4x6cm
  • Objectif Rapid Rectilinear à simple ménisque de 75mm, ouvrant à f12 et f18
  • Obturateur simple
  • Viseur de côté, à la taille
  • Construction métallique

Des références

https://collection-appareils.fr/x/html/camera-2559-Ernemann_Rolf%201.html, https://fr.wikibooks.org/wiki/Photographie/Fabricants/Ernemann, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-10070-Ernemann_.html, en français ; https://camera-wiki.org/wiki/Ernemann_Rolf_I, https://collection.sciencemuseumgroup.org.uk/objects/co16160/ernemann-rolf-1-folding-bellows-camera-for-rollfilm-no-127-v-p-k-rollfilm-camera, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Ernemann_Rolf_I, https://camera-wiki.org/wiki/Ernemann, https://en.wikipedia.org/wiki/Heinrich_Ernemann, https://www.historiccamera.com/cgi-bin/librarium2/pm.cgi?action=app_display&app=datasheet&app_id=3285, https://stereoscopyhistory.net/compendium/ernemann, en anglais ; https://www.engel-art.ch/ernemann-rolf-i/, https://saebi.isgv.de/biografie/Heinrich_Ernemann_(1850-1928), en allemand

Argentique

Trop beau pour être vrai, le Halina A1 ?

Préambule

Voici donc le second appareil de la brocante de Braine-le-Château, sorti de la poussière comme le Yashica FX-D dont l’article est paru sous peu.

Hormis donc qu’il a fallu bien nettoyer intérieur et extérieur, son revêtement était partout décollé. Alors, comme pour le Yashica, j’ai puissé dans mon stock de feuilles de cuir pour le rhabiller. Comme j’avais lu en diagonale les articles qui ont servi à écrire celui-ci, je pense que le côté chic ostentatoire va lui aller comme un gant.

Cutter, ciseaux, colle et beaucoup de patience pour en venir à bout car, en passant, j’en ai profité pour refaire aussi la carrosserie rouillée et les chromes. Et quelle ne fut pas ma surprise de constater qu’un film était encore présent dans la chambre, arrêté à la photo 7. Un film a terminer donc, pour le fun.

Mais voyons voir de quoi il retourne avec cet appareil : son plumage vaut-il son ramage ?

Un peu d’histoire

Dans un article sur le Haking Compact-SC, j’ai déjà, rapidement abordé l’histoire de cette marque. Je vais y revenir un peu plus profondément car c’est une marque que l’on disqualifie souvent, considérant qu’elle n’est que du rebadging d’autres marques et qu’elle n’a écoulé que des appareils de piètre qualité. La réalité est un peu différente, vous allez voir …

Le début d’une longue histoire.

L’histoire débute au Siam (actuelle Thaïlande) où Wong Suen Chung (1872 – 1930) , le père de notre héro du jour, âgé de dix-huit ans, né dans une famille pauvre d’agriculteur chinois, s’y est installé pour rejoindre son oncle et y apprendre le métier de charpentier pendant trois ans. Il se fera connaître dans le quartier chinois de Bangkok en tant que maître artisan. Il y construit un bâtiment en bois de six étages, un exploit qui attire l’attention du roi du Siam.

Invité au palais royal, il réussit à réparer une porte que personne ne parvenait à réparer, ce qui entrainera d’autres commandes royales, de mobilier, un pavillon chinois, des murs du Palais d’Eté d’Ayutthaya, notamment. En remerciement de ses contributions, le roi du Siam lui décerne l’Ordre du Mérite de Première Classe.

Wong Suen Chung, le père de Haking Wong

Un personnage charismatique et visionnaire, le début de la légende

Huang Zuyi (1906 -1996) est né à Hong-Kong et hormis l’époque de l’invasion japonaise de la Chine et de la seconde guerre mondiale, il a toujours vécu dans la colonie britannique.

A quatre ans, il déménage dans le quartier chinois de Bangkok. A dix-sept ans, il épouse sa première femme et refuse le nom de Wong Chiu Wan, attribué par sa famille et choisi Haking Wong, qui signifie triompher de l’adversité, tout un programme.

En 1923, il est admis au collège St Stephen où il se fait remarquer par ses notes, son leadership et sons sens des responsabilités sociales. Alors qu’il est encore étudiant, il fonde la St. Stephen’s Free School à Sheung Wan et Sai Ying Pun (1924), qui offre des programmes d’éducation aux milieux défavorisés.

L’entrepreneuriat dans le sang

A l’obtention de son diplôme, il retourne à Bangkok avec son épouse pour aider à gérer la quincaillerie familiale. Cependant, il veut trouver sa propre voie et retourne à Hong Kong pour tester divers secteurs comme la fabrication de pneus de vélo et la confiserie. Puis, ayant remarqué la croissance des activités de constructions et réparations navales, il saisi cette opportunité et, avec un ami sorti lui aussi du St Stephen’s Collège et la Peninsula Dockyard Company, il se lance dans ces activités.

Hélas, deux ans plus tard, il doit abandonner, c’est un échec commercial. Cette expérience va renforcer sa détermination et sa résilience. Il reprend un emploi de salarié, le temps de retrouver uns stabilité financière et réfléchir à son avenir.

Il rejoint Hong Kong et le Rubber Manufactory Limited, un producteur de chaussures en caoutchouc et des bottes Wellington. Son ascension est rapide et il est nommé directeur général n 1928.

Ses résultats de vente de chaussures de sport et de bottes font qu’il sera surnommé le Roi de la chaussure de sport.

Il introduit des réformes dans la gestion de la production et renforce le contrôle qualité, tout en mettant fermement en avant le confort de ses salariés avec, par exemple, des examens médicaux obligatoires, l’organisation des consultations sur site. Il met en place des fonds dédiés pour soutenir le personnel en cas de besoin.

Comment passer de Roi de la brosse à dents à la photographie

Passe par là la Seconde Guerre Mondiale. En 1947, il co fonde la W. Haking & Company Limited, qui importe des produits occidentaux dont des machines à se brosser les dents !

Madame Chan Chiu Kam, alias Pauline Chan rejoint l’entreprise en tant que secrétaire. Elle devient rapidement directrice commerciale. Avec elle et Wong Chiu Lee (le frère ainé de Wong), ils fondent la W. Haking Industries Brushworks Limited et se lancent dans la fabrication de brosses à dent. Elle devient la plus grosse entreprise dans le domaine en Extrême Orient, ce qui valut le surnom de Roi des brosses à dents à Haking Wong.

Mais ce secteur devint très concurrentiel et comme les marges diminuaient, il cherche d’autres débouchés. C’est la rencontre fortuite avec un Kodak Brownie qui lui ouvrira de nouveaux horizons. Pour Haking Wong, l’appareil photo ne devait pas être un bien de luxe mais un outil pratique pour préserver l’histoire, notamment celle des familles et des jeunes générations.

Son credo sera de développer des appareils légers qui allient performances et prix abordables. Grâce à ses réseaux, il s’équipe de machines pour la production d’appareils photo au Japon et engage un ingénieur nippon pour la partie optique. Il fonde alors la W. Haking Industries Mechanics and Optics Limited, posant ainsi les bases de la fabrication d’appareils photo à Hong Kong.

Les défis techniques n’ont pas manqué, ni le scepticisme du marché lors de la présentation de ses produits dans les foires internationales. Il s’est accroché, en puisant dans les bénéfices générés par les brosses à dents.

Mais ces ressources n’étaient pas inépuisables, alors il s’est posé un ultimatum : si l’entreprise des appareils photo n’était pas rentable en 1959, il jetait le gant.

Une ascension bien pensée

Proche de la fermeture, lors d’un salon commercial en Angleterre, Wong réussi a obtenir un distributeur pour ses appareils photo, J.J.Silber Limited. Et dans un Royaume-Uni d’après guerre, encore soumis aux restrictions d’importation, ce qui limitait le choix des consommateurs, le modèle qui nous occupe aujourd’hui, le Halina A1, d’un prix très compétitif, a trouvé là un marché de choix. Fabriqué à Hong Kong, toujours sous protectorat anglais, et marqué comme Empire Made, l’appareil a bénéficié d’un avantage commercial intéressant.

Le Halina A1 a donc rapidement gagné de la popularité et un second modèle, le Halina 35X (film 35mm) élargit encore le marché, en rendant le format accessible à un plus large public. Haking Wong popularise la photographie en Angleterre, à tel point que certains le compare à Henry Ford car il a transformé un produit spécialisé en une marchandise grand public.

Dans le partenariat au sein de l’entreprise, chacun a ses responsabilités, clairement définies : Haking Wong s’occupe de la fabrication et du développement technologique ; Pauline Chan dirige les opérations commerciales internationales et les négociations. Avec ce duo, l’entreprise se développe rapidement.

Eastman Kodak devient leur plus grand client car il utilise les appareils de Wong pour augmenter la consommation de pellicule au niveau mondial.

Diversifiant encore ses activités, il s’est lancé dans la fabrication de jumelles, qui générait de fortes marges. Sa stratégie d’intégration verticale lui assurait des avantages en terme de coûts et de qualité : tous les composants, des lentilles aux plus petits ressorts, tout était fabriqué en interne. Associé à sa vision stratégique de conception assistée par ordinateur, qui améliorait la précision et donc la production et le temps de mise sur le marché, il gagne son pari.

A tel point que l’association japonaise des fabricants de jumelles lui a demandé de ne pas pratiquer des prix trop bas !

Dès les années septante, la W. Haking a adopté un modèle de double production : 80% de production d’équipements d’origine et 20% sous la marque Halina. Des entreprises comme Kodak, Fujifilm, Ricoh, Nikon, Polaroid, Agfa se fournissaient chez eux pour des produits optiques.

A son apogée, la firme produisait quotidiennement plus de 30.000 appareils photo et 6000 jumelles. Elle était la plus grande productrice mondiale de jumelles et l’une des plus grandes en instruments optiques.

Le roi de la brosse à dents devenait le père de l’optique !

Une conscience sociale et une éthique de travail

J’ai déjà signalé plus haut la préoccupation de Haking Wong vis-à-vis de son personnel, dont il plaçait le bien-être au centre de sa stratégie d’entreprise durable. C’est ainsi qu’en 1963 il inaugure à Quarry Bay (le district résidentiel et commercial de Hong Kong) le Haking Building. Un complexe qui prévoyait des installations de production avec des logements pour le personnel, avec des loyers abordables, un environnement de vie stable et accueillant. Ce qui a permis aux employés de s’installer en toute sécurité et de rester dans l’entreprise jusqu’à leur pension. De nombreux enfants ayant vécu dans cette communauté ont pu faire des études et sont devenus médecins, ingénieurs, enseignants, etc. contribuant à leur tour à la société, au sens large cette fois.

Cérémonie d’inauguration du bâtiment Haking en 1963. Loyauté, Pardon, Détermination et Patience étaient gravés sur la première pierre

Ce que d’aucuns appelleront sans doute paternalisme était peut-être une bonne idée, qui profitait à tous et respectait le personnel.

Education et philanthropie

Si le but de Haking Wong était de réussir dans les affaires, il estimait que les richesses devaient être redistribuées à la société citoyenne.

Il a ainsi consacré une énergie considérable au service public et s’est engagé dans la philanthropie utile : dès 1930, il a œuvré au sein d’un groupe d’hôpitaux et à soutenu des initiatives de bien-être social. Il s’est aussi engagé dans l’éducation professionnelle et technique, en encourageant la création d’institution pour former les talents du secteur manufacturier alors en plein essor à Hong Kong. Ce seront les bases de l’Université Polytechnique de Hong Kong.

Il a financé la création de l’Institut technique Haking Wong et celle du bâtiment du même nom à l’Université de Hong Kong, devenant l’un des plus importants bienfaiteurs de l’établissement. Sa co-équipière, Pauline Chan a aussi fait des dons importants la Faculté de médecine.

Vers la fin de sa vie, Haking Wong a encore investi dans sa ville natale, Xinhui. Il y a soutenu la construction d’écoles, de ponts, du système d’approvisionnement en eau, l’installation d’une fabrique d’optique. Il a ainsi contribué au développement local et à la modernisation de la population. Il sera fait citoyen d’honneur.

Cérémonie d’ouverture du pont Wong Chung Suen, Xinhui, le 26 décembre 1992

Une légende est née

Le Docteur Haking Wong occupe une place singulière dans l’histoire de Hong Kong. Il a donné un exemple rare de la manière dont le succès personnel peut rejaillir sur la société lorsque l’on assume sa responsabilité sociale. Entrepreneur, industriel, passeur d’idées et de valeurs, philanthrope, il laisse un héritage riche dans la société hong kongaise.

L’emblème de l’entreprise est une couronne et elle incarne la philosophie et l’identité de Wong : elle est formée à partir des initiales W et H ; la partie basse du H est sensé ressembler à un objectif et à un faisceau de lumière qui le pénètre. Une allégorie de la réputation du Père de l’optique.

Lorsqu’il s’est diversifié dans l’optique et les appareils photo, il avait plus de 50 ans. Grâce à ses innovations, il a amélioré les obturateurs, les prismes et le revêtement des lentilles. Il a détrôné les Allemands et les Japonais du secteur des jumelles et de l’optique.

Son credo était de produire des appareils simples, qui remplissent correctement ce pour quoi ils avaient été fabriqué, sans fioritures mais avec quelques trouvailles, plus dictées par un besoin de rentabilité que d’innovation à tout crin. Des appareils photo vendus à un juste prix, qui ont fait le bonheur de pas mal d’amateurs, un peu partout dans le monde.

Il méritait bien, outre ses titres honorifiques officiels, d’être reconnu le Roi de l’optique.

Haking Wong

Un peu de vie privée

Si le nom de l’entreprise porte le même nom que celui de son fondateur, tout comme ses produits, les premiers appareils photos se sont appelés Paulette, dérivé de Pauline Chan, son associée et co-fondatrice (1957) de l’entreprise.

Haking Wong s’est vu attribué nombre de titres honorifiques. Il fut notamment Docteur Honiris Causa de l’Université de Hong Kong (1980) et il reçut l’Ordre de l’Empire britannique (OBE) en 1968 , tout comme il sera nommé membre de la Cour universitaire en décembre 1978.

Plusieurs bâtiments portent son nom, car il les a financés : la création de l’Institut technique Haking Wong et du bâtiment Haking Wong à l’Université de Hong Kong, pour le département d’ingénierie, qui sera officiellement inauguré le 6 octobre 1983. Outre à Hong Kong, Haking Wong a également investi dans la construction du pont Haking Wong à Xinhui (1992). 

Il fut président honoraire de l’Association des fabricants chinois et membre du comité des fondateurs de la Fédération des industries de Hong Kong qui est devenue l’organisation représentant les industries à Hong Kong.

Si vous vous en souvenez, il s’est marié jeune (17 ans). De fait, il se convolera trois fois et eut onze enfants.

Bien que le nom de Haking Wong est indissociable de Hong Kong, malheureusement sa descendance ne se montrera pas digne de lui. Plusieurs procès ont eu lieu en raison de conflits financiers. En 2000, trois de ses fils ont demandé la liquidation de sa fondation, ce qui a conduit l’entreprise à s’exiler en Chine. Enfin, en 2002, la Titan Continental Ltd a racheté plus de 70% des parts de la fondation et à viré les descendants de la famille du conseil d’administration.

Triste sort …

Présentation du Haking A1

Le Halina A1 est donc un vrai TLR (double optiques), en métal, produit par Halina, la branche photographique de la Hanking Wong, au début des années soixante.

La coque est faite en tôle d’acier pliée et elle est commune à d’autres modèles de la marque (Halina Prefect, Kinoflex, Star-Lite, Sunscop, Votar Flex, Wales Reflex). Il semble que ce soit une copie assez proche du Ricohflex Model VI.

S’il en reprend l’architecture, il est néanmoins un (bon) cran en dessous du Ricohflex au niveau qualité. Mais c’est un vrai TRL (Twin Lens Reflex) avec son tunnel de visée qui s’ouvre et se referme automatiquement, son verre dépoli, une loupe pour affiner la mise au point.

Les vitesses sont limitées : 1/25 – 1/50 -1/100s et pose B. Elles se règlent avec une roue dentée chromée, située sous celle du réglage de la distance. Une prise PC permet de connecter un flash, synchronisé à toutes les vitesses.

L’obturateur est maison, à deux lames. Il ne provoque pas de vibrations, ce qui est avantageux.

L’ouverture se règle, elle, via un curseur qui tourne sur un quart de cercle gradué de f3,5 à f22.

L’armement est très court : il faut remonter le levier vers le haut, entendre le discret clac de l’armement puis abaisser le même levier pour déclencher. A noter que l’on peut aussi fixer un câble de commande.

L’avance du film se fait à l’aide du gros bouton sur la droite. Attention, il n’arme pas l’obturateur, il fait juste avancer la pellicule. Pas de compteur de vue, il faut regarder par la fenêtre en rouge inactinique, avec un volet, située sur le dos du boitier.

Pour ouvrir ce dernier, il faut faire tourner le verrou qui est en dessous et faire pivoter le dos vers le haut. Remarquez les deux petits pieds sous l’appareil, qui assurent son maintien sur surface plane. Ceci étant, comme il y a encore un film (à la 7ème image) dans l’exemplaire que je vous montre, je l’ai ouvert pas mégarde lorsque j’ai démonté le tunnel de visée pour le nettoyer, y compris le verre dépoli. Je l’ai refermé bien vite et avec un (tout petit) peu de chance, je pourrai faire développer le film. Ensuite, le dos fait des bruits étranges lorsqu’on manipule le boitier. J’imagine qu’il peut y avoir des fuites de lumière.

Ce qui saute aux yeux, c’est les chromes de la face : le cadre et les optiques. c’est assez heu … clinquant.

Les optiques sont aussi maison : celle du viseur (au dessus) est un 80mm ouvrant à f3,5 et celle du dessous (pour la prise de vue) un Halina Anastigmat de 80mm ouvrant aussi à f3,5.

Sous ces dehors chics, le reste est un peu léger : tout le revêtement se décolle et je l’ai donc remplacé par du vrai cuir gris. A certains endroits, la peinture est attaquée par la rouille. Je vais donc procéder à un ponçage partiel pour remettre de la peinture noire aux endroits nettoyés.

Mais, me direz-vous, pourquoi cet appareil a-t-il suscité tant d’achats ? Des années cinquante à la fin des années septante, les TLR étaient vus comme des appareils de qualité supérieure, tirés notamment par la réputation des Rolleiflex allemands, voire des Yashica Mat, des Minolta japonais, des Semflex français, par exemple. La taille de leurs négatifs n’y étant pas étrangère car elle autorisait plein de détails dans la prise de vue. Son argument de poids étant, bien entendu , son prix de vente !

Que penser de cet appareil ?

Honnêtement, par rapport un Lubitel 2 en bakélite, il n’est pas mal. Mais, à mon humble avis, il est trop limité au niveau des vitesses. Les autres TLR de l’époque proposaient souvent à minima le 1/300s, voire aussi un minuteur. Il est vrai que dans les années soixante, les films étaient plus lent, mais quand même …

Plusieurs auteurs signalent que l’optique n’est pas terrible, pourtant les quelques photos que j’ai pu voir ne sont pas si mal que ça. Certes, on est loin du piqué des Rolleiflex, mais on en a pour son argent.

Pour tenter de vous en convaincre, voyez sur le site de Lomography les photos réalisées avec cet Halina A1

Toujours au sujet des optiques, elle semblent être sujette au champignons, mais cela se nettoie assez facilement.

La construction est légère et le revêtement une catastrophe mais ce n’est pas ça qui fait les photos. Il faut plutôt prévoir de refaire un joint à la porte arrière pour éviter les fuites de lumière et, éventuellement, refaire la tapisserie.

Alors, que penser de cet Halina A1 ? Le prix d’achat est souvent à la hauteur de son état cosmétique, c’est-à-dire peu cher (de 20 à 40€). Une façon économique de rentrer dans le club des TLR par la petite porte, pour vérifier si cela vous plait et avoir encore assez de sous pour vous payer quelques bobines.

Tout n’est pas a jeter dans cet appareil, le système d’ouverture et fermeture du tunnel de visée est un modèle du genre, tout comme la position de la (grande) loupe.

Le mieux étant encore, si vous en trouvez un, de l’essayer par vous-même.

Qu’en pensez-vous ?

Vidéos d’illustration

Un peu de technique

Type : Appareil photo reflex à double objectif pour film 120
Fabricant : Haking
Année de lancement : 1957
Film : rouleaux de film type 120
Objectifs : Halina Anastigmat de 80mm ouvrant à f3.5
Obturateur : obturateur à deux lames avec vitesses B, 1/25, 1/50 et 1/100 sec., sélectionnable avec la molette autour de l’objectif
Armement : déplacer un peu le levier de déclenchement vers le haut
Ouverture : levier sous l’objectif, f3,5 à f22 sélectionnable
Mise au point : utilisation de l’une des roues dentées qui synchronisent le viseur et la mise au point de l’appareil photo comme molette
Viseur : viseur TLR pliable avec écran en verre dépoli, et loupe articulée pour usage optionnel
Avance de film : bouton, fenêtres de comptage d’exposition fermées à l’arrière
Accessoire : étui en cuir possède deux languettes en tôle pour fixer l’appareil photo
Remarque : le volet de la fenêtre en rouge inactinique porte l’empreinte Made Empire (= Hong Kong britannique)
Connecteur 1 : filetage de connexion pour déclencheur à distance
Connecteur 2 : connecteur flash
Connecteur 3 : filetage de connexion pour trépied

Des références

https://www.analogcams.com/cameras/a0cf85bf, https://camera-wiki.org/wiki/Halina_A1, https://licm.org.uk/livingImage/Halina_AI.html, https://foxesden.blog/2023/08/11/halina-a1-reflex-test-roll-its-foggy-out/, https://www.photo.net/forums/topic/326162-images-from-halina-a1-tlr/ (pour voir des images réalisées avec cet appareil), https://sites.google.com/bigcellence.com/hw120/panel-1, https://camera-wiki.org/wiki/Haking, en anglais ; https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-2756-Haking_Halina%20A1.html, en français

Argentique

Le Canon Eos 3000 N : demain sera son présent

Préambule.

Brocante de Braine-le-Comte, très tôt le matin, nous déambulons dans les allées à la recherche de quelques objets intéressants, des appareils photo pour moi en tout cas.

Hélas, après avoir fait plusieurs fois le tour, le temps que les vendeurs s’installent, je dois bien me rendre à l’évidence, celle-ci est bien pauvre en argentique, hormis les éternels Kodak Instamatic invendables, les Agfa Clack, les box en plus ou moins bon état, des folding qui n’ont rien de folichon tant ils sont délabrés.

Un peu découragé, retournant sur mes pas, je débusque dans une remorque une boîte qui contient quelques vieux retardateurs mécaniques, un télémètre à glisser dans une griffe accessoire, une boîte d’un Agfa Optima Pocket Sensor (prochain article) et un vieux sac photo dans lequel se cache ce Canon Eos, tout beau, tout propre, livré avec un flash annulaire que je vais tester aussi.

Finalement, la pèche est maigre mais les poisons sont bons !

Un peu d’histoire.

Les habitués du site savent que j’aime bien cette marque, qui fut celle de mes débuts. Et comme j’ai déjà présenté plusieurs appareils à la marque rouge, je vous fais grâce de l’histoire de celle-ci.

D’ailleurs vous en retrouverez des extraits dans l’article que j’ai consacré à son prédécesseur, le Canon Eos 3000.

Sauf à vous préciser que ce modèle, sorti en 2002, est le pénultième Eos argentique, le dernier étant le 3000X. Faut-il préciser que ceux-ci ont été commercialisé à la charnière du numérique et que donc leur carrière connu quelques hésitations, les clients ne sachant pas encore dans quel camp se ranger. L’histoire nous a donné la réponse …

Présentation du Canon Eos 3000 N.

S’il s’appelle EOS 3000 N c’est donc qu’il fut précédé d’un EOS 3000, le N étant chez Canon le New (nouveau).

Le premier du nom sera commercialisé en 1999, soit seulement trois ans avant cet opus. Les changements seront surtout cosmétiques. Voici le texte qui accompagnait le lancement du boitier :

L’EOS 3000N allie simplicité et élégance, offrant une opérabilité améliorée et un nouveau design sophistiqué. Chargé de fonctionnalités, les utilisateurs n’auront aucun problème à capturer les photos qu’ils veulent. Avec sa finition métallisée argentée accrocheuse, l’EOS 3000N est le nouvel appareil photo EOS d’entrée de gamme de Canon. Adapté aux nouveaux venus dans la photographie reflex, mais doté de suffisamment de fonctionnalités avancées pour satisfaire les propriétaires à mesure que leurs compétences photographiques se développent, l’EOS 3000N est un appareil photo ultra-compact et léger doté de nombreuses fonctionnalités.

Ce qui veut dire, lorsque l’on lit entre les lignes, qu’ils n’ont pas changé grand-chose au précédant modèle, juste la carrosserie, plus flatteuse et un rien plus ergonomique. Pour le reste, on reprend ce qui fonctionne et on le garde.

Techniquement, même s’il affiche une belle quantité de fonctions et astuces, il reste l’entrée de gamme de la marque, surtout à cause de sa qualité de fabrication. Rassurez-vous, tout tient parfaitement et est assemblé avec précision mais la coque est toute en plastique ABS, y compris la baïonnette.

L’avantage est celui du poids et, honnêtement, je n’ai jamais vu un boitier fendu ni une monture partir en lambeaux ni se tordre.

Ce que j’aime bien avec ces mécaniques, c’est que nous sommes vraiment très proche de ce que les appareils numériques proposent à cette époque, et encore maintenant. On n’est jamais déconcerté par sa manipulation en quittant le numérique pour le prendre en mains, les commandes sont les mêmes.

Vous pouvez l’utiliser en tout auto ou avec la gamme de programmes PSAM et, bien sûr, en manuel. C’est clairement un appareil école car il va permettre aux débutants bien mettre le pied dans la série des Eos s’ils veulent progresser ensuite.

Car, autre gros avantage, le boitier accepte toutes les optiques Canon EF et la plupart des accessoires dédiés.

Son autofocus est rapide et précis, sa mesure de lumière exacte et sensible. Il est un peu bruyant mais rien de dramatique et sa cadence de prise de vue est réduite à une image seconde. Ce n’est clairement pas un boitier sportif mais il est à l’aise dans toutes les autres disciplines.

Pour l’alimenter, juste 2 CR123A. Faire attention à la porte des piles, comme souvent sur ces boitiers, sinon vous passerez par la case Gaffer pour tout faire tenir. Comme le faisait remarquer un gentil chat (il/elle se reconnaîtra), on peut fixer un grip, le battery pack bp8, qui fonctionne avec des piles AA, plus économiques.

Que penser de cet appareil ?

Au risque de me répéter, selon que l’on veut découvrir l’argentique en personne pratique ou en esthète, vous choisirez ce modèle ou ses frères, ou vous partirez vers un A-1, un FTb, un AE-1 (presque) tout métallique mais sans beaucoup d’aide (l’autofocus n’est pas à leur programme).

Si donc vous avez choisi la première solution, vous ne serez pas dépaysé en utilisant cet Eos 3000 N car ses commandes sont celles des premiers Eos numériques et des suivants.

Ce sont ces boitiers qui ont initié l’ergonomie des numériques, y compris la plupart de leurs commandes.

Ceci étant précisé, cet appareil ne manque de rien, même si à l’époque on le considérait comme un entrée de gamme (selon la notation chez Canon : 3000 = entrée de gamme, 300 = consommateur moyen, 30 = expert , 3 = professionnel). Voyez la fiche technique ci-dessous.

Il est précis et les photos qu’il délivre sont correctement exposées si vous ne flirtez pas avec les limites des grands contrastes lumineux. Léger et finalement bien construit, il vous suivra partout sans que vous ayez peur de le faire souffrir un peu. Car côté budget, comptez environ 40€ pour un exemplaire avec un objectif EF, souvent un zoom 24 – 90mm.

Ne trainez pas, leur valeur monte …

Vidéos d’illustration.

Camera bon marché – des images qui tuent ! – Un fantastique reflex pour des cacahuètes (n’oubliez pas que vous pouvez traduire les vidéos en cliquant sur paramètres – sous-titres)

Un peu de technique.

  • Appareil photo reflex analogique 35 mm (2002, Japon).
  • Autofocus : trois capteurs, dont un capteur central de type croisé, contrôlable individuellement, priorité à la mise au point ou servo AI, commutable en manuel, lumière d’assistance AF.
  • Mesure de l’exposition : mesure multi-champs à six zones, mesure intégrale sélective et pondérée centrale (avec réglage manuel de l’exposition).
  • Types d’exposition : programme automatique, cinq modes scène, plein, ouverture et priorité à l’ouverture, mesure manuelle par suivi, priorité à la profondeur de champ ; exposition multiple.
  • Flash : pop-up, NG 12. Exposition du flash : E-TTL (avec les appareils Canon EX), A-TTL (avec les appareils EZ/E), contrôlé par TTL via trois zones.
  • Temps d’exposition : 30 secondes à 1/2 000 seconde (par pas de 1/2) et B.
  • Sensibilités du film : en manuel ISO 6-6 400 ou via encodage DX, ISO 25-5 000.
  • Synchronisation du flash : automatique, synchro au 1/90 s.
  • Transport du film : automatique avec avance rapide jusqu’à la fin, exposition simple ou continue (maximum une image par seconde), retardateur, connexion de déclenchement à distance.
  • Alimentation : 2 piles au lithium de 3 volts (CR 123 A).
  • Monture d’objectif : Monture Canon EF

L’EOS 3000 N est identique à l’EOS 500 N, à l’exception de quelques différences extérieures mineures.

Des références.

https://en.wikipedia.org/wiki/Canon_EOS_3000N, https://www.danstacuve.org/test-du-canon-eos-3000n-lun-des-derniers-argentiques-canon/, https://lafillerenne.fr/blog/1308/ en français ; https://www.lomography.com/magazine/183308-my-new-love-canon-eos-3000n-and-its-perfect-bokeh, en anglais ; https://kameramuseum.de/objekte/canon-eos-3000-n/, en allemand

Argentique

Le babysem 2 : un argentique de poche.

Préambule.

Un matin franchement frisquet, le thermomètre affiche -2C en cette fin mars 2025. Peu de brocantes encore, sauf celle de Jemappes, où sont pelotonnés vendeurs et … acheteurs. Je déambule à travers les stands des courageux venus tôt ce matin et au détour d’une allée, je vois sur un stand une boîte d’ampoules pour flash ancien. Comme je m’enquiers du prix et que la dame est occupée, mes yeux furètent sur la table bien encombrée et ils s’arrêtent sur une petite house de cuir jaune. Je l’ouvre et découvre ce petit appareil sympathique. Petite transaction pour le prix des ampoules et du boitier et ils plongent dans le sac dos.

Je ne trouverais pas autre chose d’intéressant ce jour-là. Il est temps de rentrer boire un chocolat chaud …

Un peu d’histoire.

Je vous ai déjà présenté un SEM, le Semflex Standard 3,5B type 9 (ouf !) et j’aurais dû faire aussi la présentation d’un Babysem, premier du nom, mais j’ai eu la mauvaise idée de le prendre sur une bourse et il est parti trop vite.

Appareil photo vintage Babysem en métal avec un objectif OREC et un viseur en haut à gauche.

Ceci étant, le modèle que je vous propose est une extrapolation du premier Babysem, sur lequel on a greffé une face avant plus moderne.

Mais commençons par le début …

Vers 1940, la société Parisienne G. Cornu demande à la société Aluvac de lui couler les corps et dos de petits appareils 24×36. Ces pièces portent les marques Aluvac 3439 et 3440.

Avant la seconde guerre mondiale, l’industriel Stéphanois (St Etienne) Jean Cros fabrique des ailettes pour roquette. Il fait couler celles-ci par la société Aluvac. Au déclenchement de la seconde guerre mondiale, il se doit se diversifier et produit pour G.Cornu des appareils photographiques Reyna Cross.

Monsieur Jean Cros obtient, en 1941, de la société G. Cornu une licence pour fabriquer à St Etienne un appareil photographique à partir des pièces détachées produites par Aluvac. C’est Paul Royet, un technicien en mécanique qui fabrique des obturateurs Micromécanic, qui sont installés dans les appareils photographiques Reyna Cross, qui mène à bien cette entreprise (1942).

Finalement, en 1946, Paul Royet et Jean Cros s’associent pour fonder la SEMM, Société des Établissements Modernes de Mécanique, appelée également SEM, d’abord établie à St Etienne, puis, dès 1947, à Aurec. Cette entreprise fabrique d’abord des appareils pour Cornu, sous licence, mais bien vite, réalise ses propres modèles, dont les plus célèbres et connus seront les Semflex, des reflex bis-objectifs de qualité (voir l’article cité ci-avant)

Dès 1949, SEM produit un petit appareil 24×36, le Babysem premier du nom (voir photo ci-dessus), inspiré du Reyna des Ets G. Cornu.

Un appareil photo ancien de marque Reyna, affichant un design vintage avec un objectif et des réglages visibles sur le devant.

Le Reyna est sorti en pleine seconde guerre mondiale, sans publicité, n’apparaissant dans aucun catalogue. Il a été perfectionné et modifié par Paul Royet pour devenir le Reyna Cross.

Paul Royet va optimiser le mécanisme pour en faciliter la construction et présentera le Reyna Cross 2. Rapidement, G. Cornu adoptera un certain nombre de modifications passant ainsi du Reyna au Reyna 2.

Petit à petit, d’améliorations en simplifications, le Reyna Cross prend le chiffre 3. SEM prend de plus en plus une dimension industrielle alors que Cornu reste artisanal. On estime que 95% des boitiers produits seront utilisés par SEM. La maison G. Cornu disparaitra petit à petit.

Les boitiers évolueront tant à cause de cette phase de pré-industrialisation (rationalisation de la construction) qu’à cause des difficultés d’approvisionnement toujours en vigueur au sortir de la guerre.

Le Babysem premier du nom va en profiter, ou en subir les conséquences, c’est selon, et il deviendra Babysem 2 lorsque sa façade sera réduite en épaisseur et modifiée pour s’installer sur le dos du Babysem Il perd aussi le déclencheur sur le capot, qui nécessite des liaisons mécaniques plus complexes.

Enfin, après des années de privations, de production plus ou moins organisée pour les entreprises, de difficultés économiques et de reconstruction, arrivent la fin des années cinquante et celles du retour à la prospérité, d’un pouvoir d’achat qui augmente et d’une nouvelle génération qui aspire aux loisirs, aux amusements, à une nouvelle vie.

Conscient de ces changements, SEM décide de moderniser ses appareils noirs et gris, qui ne sont plus dans l’air du temps. Ils font appel à Roger Tallon pour rajeunir le Baby Sem.

Trois nouveaux modèles verront le jour suite à ce ravalement de façade : le Babyjoy d’entrée de gamme et destiné aux plus jeunes, le Babysem qui nous préoccupe, le BabyLord qui sera le haut de gamme de la série.

A y regarder de plus près, les trois modèles sont construits sur la même base, pas très éloignée d’ailleurs du modèle précédent (même s’ils sont un peu plus grands) : la face avant est rectangulaire avec un carter échancré pour y loger l’optique et le mécanisme de l’obturateur (il n’y a pas de déclencheur sur le capot) ; sur le dessus, deux trous pour y loger un flash (brochage spécifique) ; le viseur n’est plus central mais décalé vers la droite ; un léger décrochage en bas est garni d’un simili-cuir coloré, qui fit d’ailleurs le tour du boitier ; la typographie a aussi été revue et le B majuscule disparait pour une minuscule.

C’est la partie arrière qui est la plus proche de l’ancien modèle, avec ses deux gros boutons ronds, en partie cachés par le retour de la face avant (avance et rebobinage du film) ; un large tunnel abrite un minuscule trou, celui du viseur, très approximatif (à se demander pourquoi ils ne l’ont pas fait plus grand vu l’espace inutilisé). Toute la surface du dos est gainée du même vinyl coloré.

Présentation du babysem.

Un mot encore des autres modèles, pour mieux apprécier les différences :

  • le babyjoy, produit de 1960 à 1965, est donc le modèle de base : il possède un obturateur Orec avec une seule vitesse (1/50s) ; on peut régler l’ouverture, illustrée par les chiffres 1-2-3 ou des pictogrammes météorologique ; la peinture est lisse sur ce modèle et il y a inversion des couleurs du bandeau vinyl.
  • le babysem, produit sur la même période, est le milieu de gamme : il ne possède pas de vitesses lentes et le maximum est le 1/250s avec une pose B ; les distances se règlent en continu de 75cm à l’infini ; la peinture est granuleuse et les bandeaux de couleurs sont identiques devant et derrière.
  • le babylord, produit de 1962 à 1965, plus rare, est le haut de gamme : il possède des vitesses lentes et sa limite est le 1/400s ; l’esthétique est identique à celle du babysem.
Publicité pour l'appareil photo Babyjoy, montrant les caractéristiques et fonctionnalités, avec des illustrations des appareils et des scènes de prise de vue.

Les trois appareils bénéficient du même objectif anastigmat Som Berthiot de 45mm ouvrant à f2,8. Toutefois, il y aura quelques rares modèles équipés d’un objectif Angénieux.

Pour en terminer, Photo-Hall distribuera le babysem sous les appellations de Photo-Hall 1A, puis de Photo-Hall SB1.

Venons-en à la présentation spécifique de ce babysem 2.

Je ne reviens pas sur la présentation générale mais j’ajoute que pour l’ouvrir, il faut tirer sur un loquet situé sur la tranche gauche, ce qui libère le dos, qui se retire en entier.

Quelle ne fut pas ma surprise de constater qu’il y avait encore un film dans la chambre, que j’ai refermée bien vite. Le compteur de vues n’est pas clair, alors combien d’images encore ?

Ceci étant, comme le loquet ne tient pas bien, j’ai décidé de retirer le film, mais comment le rembobiner ?

C’est sur le site de Collection-appareils que j’ai, heureusement, trouvé le mode d’emploi dont le lien est ICI.

Premier constat, il faut de bons ongles pour tirer sur le minuscule bouton strié qui est sur la tranche. Une fois qu’on y est arrivé (plus ou moins 0,5cm de retrait), il faut encore le tourner d’un quart de tour pour débrayer le système.

Vue d'un appareil photo vintage Babysem avec un design rétro et une finition en métal, posé sur une surface texturée, avec une figurine en arrière-plan.

Enfin, là on pourra rembobiner en tournant la grosse molette à gauche dans le sens de la flèche. Ce qui a pour conséquence de réinitialiser aussi le compteur de vue (c’est d’ailleurs comme ça que j’ai compris que le film était presque arrivé en fin de course).

Le réglage de la distance se fait avec la rotation de la lentille, non crantée, de 75cm à l’infini.

La vitesse se règle elle grâce à la roue striée derrière la lentille, de la pose B – 1/15s – 1/30s – 1/60s – 1/125s – 1/250s. Un filetage est prévu, en dessous du déclencheur, pour y fixer un câble.

Enfin, l’ouverture se règle avec une tirette située sous l’optique, de f2,8 à f22.

Appareil photo Babysem avec un design rétro, incluant un objectif Som Berthiot de 45mm, monté sur une surface texturée grise et une bande rouge.

Le flash, très rare, se fixe sur le dessus, dans les 2 broches prévues et un câble le relie au bloc optique/obturateur.

Comme je le signalais plus haut, il n’y a pas de déclencheur sur le capot. SEM utilise ici un vieux système, comme sur les anciens folding : on arme avec une tirette, on déclenche avec une autre située autour de l’obturateur. Simple, efficace et moins sophistiqué à produire qu’un autre système.

Autre bizarrerie, le bouton placé en façade, sur lequel il faut appuyer après chaque photo pour permettre d’avancer d’une vue. C’est une idée simple pour éviter la double exposition mais guère pratique dans l’absolu. Il faut donc appuyer sur ce bouton, tourner la grosse molette d’avancement, relâcher le bouton tout en continuant à tourner jusqu’à ce que celui-ci se bloque, puis vous pourrez faire une autre photo. On a connu plus simple dans les années soixante !

Le compteur de vue doit être initialisé sur 20 ou 36 manuellement. Il fonctionne par décompte des déclenchements.

Que penser de cet appareil ?

Tout en alliage d’aluminium, il a quelque chose de rassurant car il donne cette impression de solidité que confère le métal.

Cependant, les défauts sont nombreux :

  • viseur réduit à sa plus simple expression, un chat d’aiguille : on devine plus qu’on ne voit ce que l’on va photographier
  • le loquet de blocage du dos gagne du jeu avec le temps, rendant l’appareil moins étanche aux fuites de lumières
  • les réglages sont minimalistes et on ne peut rien contrôler (ouverture, vitesse, sensibilité)

Ceci dit, la prise en main n’est pas mauvaise et les réglages sont bien disposés, sauf ce f…. bouton pour débrayer l’enroulement en vue du rembobinage.

Dans son beau sac tout prêt en cuir, il a belle allure et vous pouvez alors le porter autour du cou car la lanière est sur ce dernier, pas sur le boitier.

En conclusion, c’est un appareil rare mais qui n’a pas une grande cote (50€ avec sa gaine en bon état). Il fait partie de ces boitiers intéressants à posséder en collection car il est le reflet d’une époque.

Vidéo d’illustration.

Un peu de technique.

Année 1960

Objectif : Som Berthiot 45mm ouvrant à f2,8, anastigmat

Obturateur central en Iris OREC de 1/15s au 1/250s plus pose B

Format : 24 x 36 mm

Viseur de type Galliée

Des références.

https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-1030-Sem_Babysem.html, http://clicclac1.free.fr/old/Appareils_francais/SEM/Baby.htm, https://www.lesappareilsphotographiques.com/sem-p-186.html, http://glangl1.free.fr/Photo2/Photo_S_1017.html, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-12921-Photo-Hall_Baby%20Sem.html, http://glangl1.free.fr/Liste-Sem.html, https://stereoantica.com/sem-baby-sem/, https://fr.wikipedia.org/wiki/Soci%C3%A9t%C3%A9_des_%C3%A9tablissements_modernes_de_m%C3%A9canique, https://collection.click-clack.fr/sem-histoire-et-publicites/, https://www.mes-appareils-photos.fr/SEM.htm, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-1079-Sem_Baby%20Sem.html en français ; https://cameracollector.net/sem-kim-baby-sem/, en anglais.