Recherche rapide : Préambule – Un peu d’histoire – Présentation de l’Agfa Super Solinette – Que penser de cet appareil ? – Videos d’illustration – Un peu de technique – Des références
Préambule.
Les premières brocantes de l’année sont souvent les plus intéressantes car ceux qui ont accumulé ou qui ont hérité pendant la mauvaise saison vont enfin pouvoir se défaire de tous ces objets, vieux appareils incompris itou.
C’est ainsi que j’ai découvert quelques belles petites choses lors de la brocante de l’Unicef organisée à Ath, dans un grand hall couvert et chauffé – quoique ce jour-là, par extraordinaire, il faisait presque 20°C dehors, en plein début mars !
Ici, c’était un vieux monsieur, collectionneur dans l’âme, qui faisait un peu de place dans les 4 étages de sa maison, remplie de collections diverses, allant des appareils photos aux affiches et objets commémoratifs de l’Expo 58 de Bruxelles, en passant par les couvre-chefs de différents corps d’armée, la Poste, le rail, etc. Bref, une caverne d’Alibaba dans laquelle dormait quelques doublons.
C’est ainsi que j’ai acquis un Ihagee Exa dont je vais devoir chercher le numéro car la plaquette manque (voir l’article sur l’Exa 1a), un Kodak Retina 1, une chambre sur laquelle je reviendrai bientôt, un Pentax Spotmatic avec un incroyable système de reproduction de diapositives et cet Agfa Super Solinette.
Si j’ai pu les acheter à prix raisonnable c’est que comme tout bon doublon qui se respectent, ils présentaient de petit soucis, je pense assez facile à réparer.
Un peu d’histoire.
Si vous vous en souvenez, j’ai déjà commis un article sur l’Agfa Solinette II. Je vais vous faire grâce dès lors de toute l’histoire du modèle pour ne retenir ce qui nous intéresse sur celui-ci.
Juste revenir sur 2 points : la Solinette est un 24×36 tandis que l’Isolette est un 120. Si la forme change un peu, les mécanismes sont très, très proches. Ensuite, Agfa s’est associé, avant la seconde guerre mondiale avec la firme Ansco (USA) et donc cet appareil s’appelait aussi, outre Atlantique, le Ansco Super Regent (il y sera produit de 1954 à 1960).
Fabriqué de 1953 à 1957, la Super Solinette était le haut de gamme de la série. La première série est de type 2035 car l’obturateur Synchro Compur ne possède pas de retardateur (seulement noté X/M) tandis que la seconde série, de type 2035/230 verra gravée sur le fut du l’obturateur les lettres V (retardateur), M et X.
De fait, selon votre budget, vous pouviez acheter une Super Solinette avec une lentille Apotar (triplet) avec un obturateur Prontor ou Compur et le modèle que je vous présente.
Présentation de l’Agfa Super Solinette.
Comme je l’écrivais en préambule, cet appareil fut remplacé dans la collection du vendeur car il présentait un petit problème, fort commun aux Agfa et Kodak ancien : la graisse verte utilisée pour lubrifier le mécanisme de mise au point fige avec le temps.
Ici, j’ai eu de la chance, je pouvais faire tourner de deux crans la couronne de réglage, ce qui m’a permis de la débloquer avec … de l’essence à briquet !

Petite explication utile : j’ai fait couler, avec une aiguille fine, un peu d’essence dans le mécanisme, de l’extérieur vers l’intérieur. L’essence dissout très rapidement les graisses, sans laisser de traces. J’ai, entre chaque piqure, fait jouer le mécanisme – en gardant tout le temps l’appareil bien posé à l’horizontale – pour bien faire pénétrer l’essence. J’ai dû répéter plusieurs fois l’opération pour atteindre une fluidité normale mais ça m’a permis de ne pas devoir tout démonter. Les produits de type D40 sont moins efficace que l’essence à briquet, qui a aussi l’avantage de ne pas coûter une fortune.
Mais revenons au début : pour ouvrir l’abattant qui protège l’objectif, l’obturateur et le court soufflet, il suffit d’appuyer sur le petit bouton sur la tranche du capot, à gauche (en regardant dans le viseur).

Petit détail que j’aime beaucoup, l’abattant s’ouvre vers le bas, ce qui est toujours plus confortable que ceux qui s’ouvrent à droite ou à gauche, car on tient mieux l’appareil en le posant sur sa paume ouverte en dessous.
Pour le refermer, juste appuyer sur les deux parties en saillie striée de part et d’autre de l’objectif et pousser un peu sur l’abattant.

Passons à l’objectif, un Agfa Solinar ouvrant de f3,5 à f22, de type Tessar, Assez proche, au niveau qualité du Schneider Xénon. Associé au Synchro Compur, c’est une combinaison intéressante et performante.


L’obturateur est un classique mais un bon, simple d’utilisation : on arme avec une tirette sur le bord (sur la gauche) et on déclenche avec le … déclencheur.
Au fait, l’appareil est protégé contre les doubles expositions et donc, lorsqu’il n’y a pas de film dedans, impossible de déclencher l’appareil. Sauf si vous faites tourner à la main la roue d’entrainement du film.
Et même la protection est contournable si vous actionnez le déclencheur par la barrette, sous l’objectif, qui pousse sur la libération de l’obturateur.
L’ouverture se règle avec une tirette sur le pourtour du bloc objectif, de f3,5 à f22. Si vous placez le curseur sur le 8, vous aurez une échelle de profondeur de champ sur le pourtour du réglage de distance. Dans notre exemple, sur f8, vous serez net de 1m à 1,3m (entre les deux flèches noires).

Car si l’appareil est bien pourvu d’un télémètre couplé, rien ne vous empêche d’utiliser le zone focus, notamment en street, où on prépare souvent sa distance à l’avance.
Je reviens un instant sur le bloc obturateur, sur lequel vous pouvez faire glisser une tirette vert au dessus de 3 lettres : V = retardateur ; M = flash à ampoule ; X = flash électronique de l’époque. Le flash se branche sur une prise elle aussi sur le pourtour du Compur.

Tout en dessous, vous verrez une série de chiffres, en rouge, allant de 3 à 18. Un indicateur bouge sur ces chiffres quand vous manipulez la tirette d’ouvertures et celle des vitesses, que vous pouvez coupler. Si c’est le cas, vous utilisez le système dit EV, c’est-à-dire une combinaison de vitesse et d’ouverture en fonction d’un indice de luminescence, donné souvent avec les anciennes cellule à main. C’est un système souvent rencontré sur des appareils datant des années cinquante. On aime ou pas et ici on peut débrayer la chose.

Le chargement d’un film est un peu particulier. Vous ouvrez le dos, monté sur charnière, en tirant le verrou sur la tranche vers le bas. A l’intérieur de la chambre, une bobine attachée dans laquelle vous allez insérer le début de votre amorce et tourner la molette près du déclencheur d’environ un quart de tour, le temps de vérifier que la pellicule s’enroule bien sur la bobine (attention, vous aurez remarqué qu’il n’y a des dents sur l’axe de traction qu’en haut, il faut donc bien aligner le film).




Ceci fait, refermez le dos et mettez le compteur sur la lettre A en tournant la molette de bobinage/armement. Puis faite tourner la molette et déclenchez jusqu’à ce que vous arriviez au chiffre 1 : vous êtes prêt.
Pour faire avance le compteur, vous devrez faire glisser la flèche sous le viseur et appuyer sur le petit bouton sous le déclencheur.
Quand vous serez au bout de votre film, faites glisser le bouton avec la flèche, enfoncez le petit bouton sous le déclencheur et maintenez-le enfoncé en rembobinant avec la molette à gauche sur le capot.
La bonne prise en mains facilite le réglage de la distance car vous pouvez manipuler la roue crantée soit avec vos deux index, soit avec un (si l’hélicoïdal est bien lubrifié). Dans le viseur unique, vous verrez le patch clairement se positionner en fonction de la distance. C’est un télémètre à coïncidence d’image, classique. Le cadre n’est pas collimaté et il n’y a pas non plus de correction de la parallaxe, mais avec une mise au point à partir d’un mètre, ce n’est pas trop grave.



Que penser de cet appareil ?
Pour mémoire, mon ami Fred, d’Histoire de photos, a utilisé la Solinette 2 et voyez ICI et LA les résultats de ces pérégrinations dans le Vieux Lille.
Et celle-là n’était équipée que de l’Apotar, un 50mm f3,5 en triplet. Je vous laisse imaginer le résultat avec ce Solinar, proche de la formule Tessar.
Autre chose que notre ami Fred apprécie toujours beaucoup pour cet appareil : sa compacité. Une fois fermé, vous le glissez dans une poche sans problème, voire un petit sac si son poids tiraille trop votre veste. Envie de faire une photo, hop, on presse sur le petit bouton et l’objectif sort comme un beau diable de sa boite et vous êtes prêt à shooter. Magique !
D’autant qu’ici vous aurez en plus l’avantage du télémètre, que vous n’aviez pas sur la Solinette 2 ni même sur un Zeiss Ikon Nettar II 518/16, un Zeiss Ikon Ikonta M, un Zeiss Ikonta B 521/16, un Voigtländer Perkeo I, les plus proches en matière de compacité (ici ce sont des moyens format avec film 120 toutefois).
On n’y pense pas souvent, mais ces appareils sont abordables (bien que la Super Solinette coûte un peu plus, dans une fourchette de 30 à 80€ pour un exemplaire en excellent état avec sa gaine) et très facile d’emploi.
De plus, en rue, personne ne viendra vous embêter si vous faites une photo (tiens c’est quoi ce vieux truc ?) sauf si vous tombez sur une personne aimant ces anciens appareils, et vous êtes parti pour une papote.
Y-a-t-il un inconvénient à ce Super Solinette ?
Oui, sinon ce ne serait pas drôle … Question pratique, vous aurez remarqué qu’il n’y a pas d’œillets pour y fixer une sangle, car elle se trouve sur le sac tout prêt d’époque, qu’on ne trouve pas toujours avec l’appareil. Mais comme il se glisse dans une poche …
Ensuite, au moment d’un choix, vérifiez toujours l’état du soufflet : même court, il doit être étanche. Puis, faites surtout attention au réglage des distances car la couronne doit tourner au moins un peu pour pouvoir la réparer. Si elle est bloquée, ça va être difficile. Voilà, c’est tout, et c’est finalement peu.
Donc, je vous réécris ma petite phrase, soyez réaliste, faites vous plaisir !
Vidéos d’illustration.
Un peu de technique.
- Fabricant AGFA KAMERAWERK MUNICH
- Modèle Super Solinette
- Format de film 24 x 36 mm
- Année de construction vers 1955
- Objectif AGFA Solinar 50mm f 3,5 à f22 avec 4 éléments, monté sur rampe hélicoïdale
- Obturateur Synchro Compur 1 ‘- 1/500s et B, plus retardateur 10sec (lettre V).
- Télémètre couplé, mise au point de 1,0 m – infini
- Griffe porte accessoire pour Flash et prise PC sur le pourtour de l’obturateur
- Positions M (ampoules) et X (flash électronique) sur le Synchro Compur
- Compteur de vue manuel
- Protection contre la double exposition
- Poids 530gr
Des références.
https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-20025-Agfa_Super%20Solinette.html, https://www.philcameras.be/agfa-general/ en français ; https://camerashiz.wordpress.com/ansco-super-regent/, https://retinarescue.com/supersolinette.html, https://elekm.net/pages/cameras/spotlight_supersolinette.htm, en anglais ; https://bleckedermoor.de/fotomuseum/agfa-susol.htm, https://kameramuseum.de/objekte/agfa-super-solinette/ en allemand


Superbe présentation une fois de plus; J’avais adoré le Solinette II. Celui-ci me semble effectivement encore plus intéressant. Amitiés. Fred
Bonjour Fred, la Super Solinette c’est tous les avantages de la Solinette II, le télémètre en plus, et c’est un bien bel appareil, tout simple et facile à emporter. Dis, je découvre tes nouveaux articles, super, même si je ne réponds pas à tous, je les trouve très bien et tes photos sont magnifiques. Toutes mes amitiés.