Le Chinon CM-7, le mal compris (chez nous)

Le Chinon CM-7, le mal compris (chez nous)

Préambule

Où ai-je bien pu trouver ce Chinon CM-7 ? Plus moyen de m’en souvenir (aïe, je vieilli !) mais cela ne va pas nous empêcher de nous y intéresser.

Chinon est une marque que j’ai déjà mainte fois abordée, tant au travers ses compacts que ses réflex. Et s’ils sont décriés aujourd’hui par ceux qui n’ont pas connu la marque, elle a produit des appareils intéressants, même pour des marques connues. Car elle fut volontiers le produit blanc de nombreux fabricants.

Un exemple ? Alpa, marque Suisse de renom, lui a confié la réalisation de son Si 3000. Et j’ai déjà évoqué les Chinon CE-4, le Chinon CM-4s, pour ne rester qu’au rayon réflex.

Alors, commençons la visite …

Un peu d’histoire

Je vous avoue que lorsque j’ai cherché des informations sur ce modèles, je n’en ai pas trouvé pléthore. Par contre, c’est un appareil qui se vend bien car du Japon au réseau mondial d’Ebay et les auctions (ventes aux enchères) d’un tas de sites connus, j’en ai vu des dizaines. C’est qu’il y a un intérêt certain pour ce modèle en particulier. Nous allons tenter de savoir pourquoi.

Chiro Hiroshi fonde Sanshin Seisakusho en 1948, dans la ville de Chino (préfecture de Nagano (Japon). Il est alors âgé de 28 ans. Le nom sera changé en Sanshin Optics Industrial Co. en 1962 et deviendra finalement Chinon Industries Inc. en 1973.

Leur première spécialité était de fabriquer des composants d’objectifs pour Canon et d’autres grands manufacturiers. Puis l’entreprisse fabriquera les appareils en entier pour compte de ces fabricants.

En 1956, Chinon se lance dans la fabrication et la vente de projecteurs et de caméras de cinéma en 8mm. Dans les années quatre-vingt, Chinon pourra revendiquer d’être le plus gros fabricants de caméra Super 8 au monde.

Il faut dire que le domaine du cinéma Super 8 sera pour l’entreprise une source importante d’entrées d’argent. Elle développera par exemple pas mal de premières dans l’industrie, comme être la première entreprise japonaise à produire une caméra de cinéma de 8mm pour enregistrer l’image et le son simultanément, ou à produire le premier objectif zoom pour une caméra (1956).

Vers 1971, sans doute attirée par l’essor d’autres entreprises japonaises dans le domaine, elle se tourne aussi vers les appareils photo, les compacts et les réflex, proposé à prix compétitifs.

Leurs appareils sont reconnus pour leur construction simple, robuste et leurs fonctions automatisées, comme l’exposition automatique ou la priorité ouverture.

C’est dans les années septante et quatre-vingt que Chinon devient un acteur assez incontournable dans le domaine des réflex d’entrée de gamme. Ses modèles CS – CE – CM et CP sont souvent associés à la monture vissante M 42 d’abord, puis la Pentax K (1979), ce qui leur ouvre un large choix d’objectifs de qualité.

Les années quatre-vingt sont celles de l’innovation, encore, car ils ont été les premiers au Japon à développer un système d’autofocus utilisant l’infrarouge (1981) et Chinon sera le premier a introduire le double programme dans un réflex (1983).

Dans d’autres domaines, ils seront dans les premiers à s’intéresser aux dispositifs de stockage de l’information (1982).

Ils fabriqueront des compacts 35mm sous leur nom, mais aussi des appareils en produit blanc pour d’autres constructeurs. Grâce à leur capacité de production en sous traitance, ils fournissent des boitiers ou des éléments pour des marques comme Revue, Porst ou Prinzflex.

Hélas, le marché du Super 8, qui soutient toute l’entreprise, décline rapidement sous les coups de la vidéos, puis du numérique.

Curieusement, le nom de Chinon disparait doucement des vitrines dans les années nonante. Pourquoi, car l’entreprise est toujours en (pleine) activité ?

Deux raisons à cela :

1. l’invention de l’autofocus (en anglais)

2. L’association avec Kodak :

Chinon s’associe avec Kodak pour fabriquer leurs appareils (OEM = fabriquant d’équipement d’origine). Cette collaboration se renforce encore dans les années nonante lorsque Chinon commence à fournir à Kodak des appareils numériques sur la même base OEM.

La participation de Kodak passe de 9,5% à 50,1% dans le capital de Chinon (particiaption majoritaire de Kodak Japan Limited, devenant une filiale de Eastman Kodak Company). L’entreprise se concentre encore sur la fabrication d’appareils numériques pour Kodak et offre une assistance technique à Kodak Electronic Products (Shanghai), l’unité de fabrication de ses caméras. Ils ont ainsi produit plus d’un million d’appareils numériques en 1998 et plus de cinq millions en 2002.

De nos jours, la marque n’existe plus dans le domaine de la photographie mais ses reflex argentiques restent appréciés pour leur rapport qualité/prix et leur accessibilité aux débutants, surtout ceux qui souhaitent explorer la monture K sans se ruiner.

Pour en terminer, quelques petits faits anecdotiques :

  1. Chinon est reconnu comme fabricant (OEM) pour d’autres marques, en tout cas pour les boitiers. Mais lui-même achetait ses objectifs chez d’autres fabricants, dont Tomioka et Tamron.
  2. Le summum de l’innovation de Chinon est atteint en 1982 avec l’introduction du Chinon CE-5 – un boitier qui a permis d’utiliser le système d’autofocus infrarouge breveté de Chinon (sur certains objectifs), soit trois ans avant Minolta et son AF 7000. Mais lorsque Minolta lance son réflex autofocus, Chinon ne compte pas se lancer dans la bagarre avec eux, ni avec Canon, Pentax, Olympus, etc. Ils se concentrent sur leurs appareils compacts et la série Génésis, des bridges eux aussi novateurs.

Présentation du Chinon CM-7

De prime abord l’appareil étonne : sa livrée ressemble curieusement aux appareils dits titanium : un gris spécial, un peu brillant pour le capot et la semelle, et du cuir noir pour le reste.

Au moins, celui-ci sort de l’habituel noir et métal ou tout noir.

Pour le reste, il est assez classique :

1. Œillet pour courroie d’épaule
2. Compteur de vue
3. Déclencheur
4. Levier d’avance du film
5. Molette de sélection de la vitesse d’obturation
6. Griffe porte-accessoire
7. Bouton de rebobinage du film / ouverture du couvercle arrière
8. Index de sensibilité du film
9. Molette de sélection de la sensibilité du film
10. Poignée
11. Levier du retardateur
12. Bouton de déverrouillage de l’objectif
13. Bague d’ouverture
14. Échelle de profondeur de champ
15. Échelle de distance
16. Bague de mise au point
17. Arbre de rembobinage
18. Oculaire du viseur
19. Dents du pignon d’avance du film
20. Bobine réceptrice
21. Plaque de pression du film
22. Couvercle arrière
23. Bouton de rebobinage
24. Rail de film
25. Rail de guidage du film
26. Fixation pour trépied
27. Obturateur
28. Couvercle du compartiment à piles
29. Chambre noire

Sobre, efficace et facilement appréhendable pour un débutant ou pour redécouvrir l’argentique sans se ruiner.

Voyons cela de plus près.

Collé contre le boitier, le levier d’armement coupe l’alimentation électrique. Il faut le décoller légèrement pour mettre en batterie l’appareil et réveiller la cellule. Pour éviter de gaspiller les 2 LR44 nécessaires au circuit de la cellule, rabattez toujours le levier contre le capot.

L’obturateur est mécanique et fonctionne donc si les piles sont à plat. Cet obturateur est entièrement métallique, à plan focal vertical. Il propose des vitesses de 1s à 1/2000s, une pose B et une synchro flash au 1/125s. Pas mal pour un entrée de gamme en 1988.

Mieux, lorsque vous lancez le minuteur (que l’on ne peut interrompre), un réglage particulier fait qu’il soulève le miroir et ferme l’ouverture au début de son cycle, ceci afin d’éviter les vibrations pendant l’exposition. Pratique pour les poses longues.

Ceci étant, c’est un argentique à mise au point et exposition manuelle, bien doté et facile d’utilisation.

Le viseur est assez clair, avec un stigmomètre à coïncidence, horizontal, avec un micro prisme fin. Sur la gauche, une plage noire où vont s’éclairer des diodes rouge qui signaleront une sous ou sur exposition. Vous modifiez l’exposition en jouant soit avec la vitesse (barillet sur le capot) ou l’ouverture (bague des ouvertures sur l’objectif).

A = surexposition ; B = exposition correcte ; C= sous exposition

Ah oui, puisqu’il est équipé de piles, la sensibilité de la cellule se règle avec la roue sous la manivelle de rebobinage (de 25 à 1600 Iso).

Par rapport au Chinon CM-4, ce modèle amène quelques modifications, comme la mesure de l’exposition avec les diodes, le minuteur qui perd sa lampe clignotante et son esthétique unique.

Petit résumé de l’appareil : vitesses jusqu’au 1/2000s, flash synchro au 1/125s, obturateur à rideaux métalliques, monture Pentax K, léger et … joli (ça c’est subjectif).

De quoi donner envie, non ?

Que penser de cet appareil ?

C’est vrai qu’il a un look différent, qui lui va bien. Mais nous leurrons pas, s’il est si léger (490gr) c’est parce que le capot et la semelle sont en plastique, de qualité certes, mais plastique.

Ceci étant, il est bien assemblé et celui-ci, qui approche de ses quarante ans bientôt est encore en très bel état et, surtout, tout fonctionne sans anicroches.

Quand j’ai découvert sa fiche technique, je me suis dit que c’était là un appareil qui méritait bien le nombre de ventes que j’ai trouvées sur Internet le concernant.

Sa petite poignée, en façade, assure une bonne préhension et son ergonomie, pour être classique, est agréable et facilite la prise de vue.

On pourrait lui reprocher de ne pas donner plus d’information dans le viseur mais rappelons que c’est avant tout un boitier destiné aux amateurs. Les informations sont suffisantes et claires pour éviter de rater ses images.

L’utilisation de la monture Pentax K élargit le cercle des possibilités dans le vaste champ des optiques disponibles, ce qui arrange bien tout le monde, surtout si vous devez faire attention aux coûts.

Voici donc un boitier qu’il ne faut pas négliger si vous en trouvez un. D’autant que son prix, avec au moins un 50mm, ne devrait pas dépasser les 50€.

Que demander de plus ?

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

  • Appareil photo reflex 35 mm avec système de mesure de la lumière à LED.
  • Format d’image : 24 x 36 mm.
  • Monture d’objectif : Monture à baïonnette universelle Chinon (compatible avec les montures K, KA et RK).
  • Obturateur métallique à plan focal à course verticale, déclenchement mécanique.
  • Vitesses d’obturation : 1 – 1/2 000 s, B.
  • Synchronisation du flash : griffe, contact X, 1/125 s.
  • Viseur : pentaprisme fixe au niveau des yeux, stigmomètre avec collier à microprismes et écran mat.
  • Grossissement du viseur : 0,86x (à 50 mm, à l’infini)
  • Couverture du viseur : 93 %
  • Correction dioptrique : – 1,0 dioptrie
  • Indicateurs dans le viseur : LED rouge avec croix (surexposition), LED verte (point) (exposition correcte),
  • LED rouge (point) (sous-exposition)
  • Mesure de l’exposition : Système TTL à pondération centrale à pleine ouverture utilisant un CdS,
  • indicateur d’exposition à 3 niveaux avec 3 LED.
  • Plage d’exposition : EV +3 à EV +20 (F1,4 à 50 mm, ISO 100).
  • Plage ISO : 25-1 600 (DIN 15-33) par paliers de 1/3.
  • Avance du film : en un seul mouvement sur un arc de 130° avec un écart de 30°.
  • Compteur de poses : indique automatiquement le nombre de poses et se remet à S lorsque le dos de l’appareil est ouvert.
  • Chargement du film : type bobine réceptrice à fentes multiples.
  • Rembobinage du film : en appuyant sur le bouton de rembobinage et en actionnant le levier de rembobinage.
  • Verrouillage du déclencheur : le déclencheur est verrouillé lorsque le levier d’avance est rangé en position de repos.
  • Déclencheur à câble : possible.
  • Retardateur : intégré, délai d’environ 10 secondes.
  • Alimentation : deux piles alcalines de 1,5 V (LR44) ou piles à l’oxyde d’argent (SR44).
  • Poids : 410gr nu

Les accessoires optionnels :

Objectifs 50mm :

  • Standard Lens 50 mm f1.4 multicoated
  • 50 mm f1.7 multicoated
  • 50 mm f1.9

Grands angles :

  • 17 mm f3.5 multicoated
  • 28 mm f2.8 multicoated

Téléobjectif :

  • 135 mm f2.8 multicoated

Zoom :

  • 28-70 mm f3.5-4.5 multicoated MACRO
  • 35-70 mm f3.4-4.5 multicoated MACRO
  • 35-80 mm f3.5-4.8 multicoated MACRO
  • 35-105 mm f3.5-4.5 multicoated MACRO
  • 35-200 mm f4.0-5.6 multicoated MACRO
  • 70-210 mm f4.0-5.6 multicoated MACRO
  • 75-300 mm f5.6 multicoated MACRO

Autres accessoires :

  • Flashs CHINON série S Anneau d’extension automatique
  • Soufflet
  • Étui de transport de luxe, Sac souple pour accessoires
  • Sangle large avec logo CHINON

Des références

https://camera-wiki.org/wiki/Chinon_CM-7, https://cameragocamera.com/2021/02/04/chinon-cm-7-versus-nikon-fm10/, https://www.chinonshop.com/pages/about-chinon, https://filmphotography.eu/en-p/cameras/chinon/, https://camera-wiki.org/wiki/Chinon, https://japb.net/business/company-profiles/chinon/, https://japb.net/theory/autofocus/, en anglais ; https://kitatoma.web.fc2.com/hobby_room/1_camera/CHINON_CM-7.htm, en japonais ; https://fr.wikipedia.org/wiki/Chinon_Industries, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-1470-Chinon_CX-II.html, https://fr.wikipedia.org/wiki/Chinon_Industries, https://wikimonde.com/article/Chinon_Industries, https://fr.wikibooks.org/wiki/Photographie/Fabricants/Chinon, https://www.mes-appareils-photos.fr/Chinon.htm, en français

Reader Comments

  1. Après tous ces articles lus, je vais vous laisser un commentaire pour vous remercier pour ces belles découvertes. Je ne connaissais pas le CM-7 ! Toujours aussi intéressant de vous lire. Je n’ai pas trouvé d’information sur votre matériel à vendre, en avez-vous toujours ?

    1. Bonjour Laurent, merci de votre recommandation, elle m’a permis de découvrir votre site, que j’apprécie. Alors, pour répondre à votre question, j’avoue être un peu (beaucoup) fainéant quant à la mise à jour du stock de mes appareils, mea culpa. Le plus simple serait sans doute de me dire celui qui retient votre attention afin que je plonge dans mes (nombreuses) caisses pour pouvoir vous répondre correctement. Ou, si vous êtes patient, je serai à la Foire au matériel de Villers Bretonneux, en février 2027 et j’y prends toujours beaucoup de choses. Bien cordialement.

      1. Oh là, j’avoue être un peu compulsif (vous connaissez certainement !), et malheureusement, je ne me résigne pas à en vendre. En ce moment je cherche des pièces pour réparer un Olympus OM-2N, la piste résistive pour la sélection des ISO n’a pas supporté le mauvais stockage qu’il a précédemment. Un OM40 m’irait bien pour seconder mon OM20, ou peut-être un FM10, j’adore mon FG mais il me manque le testeur de profondeur de champ, ou encore un Pentax SPII noir, ou encore un 645. Je viens d’acheter un RB67, mais que c’est gros et lourd, néanmoins magnifiquement conçu. Je note pour Villers-Bretonneux, toutefois c’est loin de chez moi, cela vaut le détour ? Comme Bièvres ? Bien cordialement,

        1. Bonjour Laurent, Villers Bretonneux est près d’Amiens, j’ignore où vous habitez. C’est moins grand que Bièvre, mais dans un hall couvert (en février, c’est utile !). Pour vous donner une idée, ce sont les personnes qui animent le site Collection-appareils qui sont à la source de cette foire. On y trouve de tout, du très bon marché au très cher; du classique au rare.
          J’ai encore un Mamiya 645 Super Pro, avec sa poignée électrique et un second objectif, un très bel appareil, un classique. Dans du très beau mais aussi lourd, un Zenza Bronica S2, qui vaut le détour.
          Il va vraiment falloir que je mette de l’ordre dans ma liste de stock, ce sera plus facile … promis, je m’y mets … heu … demain. Bien amicalement.

          1. Bonjour JP, je suis de Châteauroux dans l’Indre, le centre de la France. Je note la date, pour la liste de stock, rien ne presse, si vous sortez des articles, je passerais par le blog ! Au plaisir de vous lire et à bientôt, amicalement. Au passage, j’ignore s’il ne s’agit que de moi, mais lorsque je mets un commentaire, il me demande toujours mes infos, même après avoir coché « Enregistrer… ».

            1. Bonjour Laurent, ben Châteauroux – Villers-Bretonneux, c’est pas loin de 405km (merci Mappy) soit environ 810kms aller/retour. Hihihi, à l’échelle de notre timbre poste national, c’est comme si tu faisais 4 fois la côte vers les Ardennes et inversement. Bref, c’est loin ! Quant à WP, il me fait la même chose depuis un moment: est-ce dû à la plateforme en elle-même ou au fait que j’utilise Firefox en navigation privée ? Mes connaissances s’arrêtent devant la complexité de la Grande Toile. Bien amicalement.

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