Sauvetage d’un objectif Canon FD 100mm f2,8. Par Olivier

Sauvetage d’un objectif Canon FD 100mm f2,8. Par Olivier

Préambule

Comme je le lui disais dans un mail que nous avons échangé, cet article tombe à point nommé car même si j’en ai plusieurs en préparation, un de mes disques durs (celui avec toutes les photos des appareils !) vient de partir en vacances, sans prévenir.

Grâce à toi, Olivier, je vais pouvoir combler votre soif d’apprendre pendant que je cherche à ranimer ce f… disque dur.

En plus, c’est un article que je trouve très utile et intéressant, traité en profondeur comme d’habitude par notre ami.

Bonne lecture.

Un peu d’histoire

Objectif CANON  100 mm  f:2.8

                Nombreux sont les anciens qui ont connus les publicités de CANON présentant leurs boitiers avec leurs objectifs de prestige.  Les 50 mm présents étaient très souvent des f:1.4 . Ainsi, même si le boitier que l’on avait entre les mains était bien celui qui était désiré, une certaine frustration pouvait naitre car l’objectif que l’on avait réussi à lui associer n’était pas le même que celui présenté dans les prospectus. J’ai encore en mémoire la publicité d’Olympus pour son OM-10 Quartz équipé d’un 35 mm f:2.0. Ce 35mm valait déjà plus de 2 fois le prix du boitier ! Pour ceux qui ont la chance d’avoir gardé leur boitier argentique, il est possible de trouver à des prix acceptables ces objectifs de prestige et ainsi de rendre réel les « illusions » prodiguées par les publicités des années 80/90. Toutefois, bien que le prix relatif de ces objectifs de prestige ait diminué, le marché de l’occasion les considère toujours comme des objectifs d’exception avec des prix en conséquence. Nous allons voir, dans cet article, qu’un peu de patience et de réflexion permet de redonner vie à l’un de ces objectifs qui était laissé pour compte.

                Vous l’avez bien compris, je ne suis pas de ceux qui vont mettre 150 ou même 250 euro dans un objectif dit d’exception. Bien que ses qualités optiques soient supérieures à la moyenne, il ne sera monté sur le boitier que pour faire 4 ou 5 photos pour une pellicule qui va en faire 36. Par contre, comme j’aime les défis, je ne suis pas contre l’achat d’un « laissé pour compte » surtout si celui-ci est un objectif qui présente un intérêt certain.  Ainsi, CANON a proposé dans la série FD, deux objectifs de moyenne focale adaptés aux portraits. Le 85 mm f:2.0 et le 100 mm f:2.8. Ils sont assez rares et toujours proposés à des prix stratosphériques par rapport à l’utilisation qu’un amateur en ferait. De plus, l’âge est là et les défauts liés au temps sont souvent présents. Autant partir vers un 135 mm f:2.8 d’une bonne marque en excellent état qu’un 85 mm colonisé par des champignons !  J’ai finalement trouvé un 100 mm CANON à moins de 40 euro. Cet objectif était associé à des défauts qu’il convenait de prendre en compte lors la décision d’achat.

Présentation du FD Canon 100mm ouvrant à f2,8

         Le 100 mm f:2.8 CANON.

                C’est un objectif de faible grossissement qui possède la particularité (comme le 85 mm) de ne pas induire de déformation dans l’image. En effet, ces focales fournissent des solutions optiques qui ne requièrent pas de verres spéciaux ni de formules optiques  complexes pour arriver à des résultats tout à fait convenables. Les constructeurs d’objectifs en ont profité pour les rendre particulièrement performants à peu de frais. C’est cette performance qui se retrouve dans les prix de vente. On remarquera quand même que ce type d’objectif est associé à un marché de niche (portraits majoritairement) et n’intéressera que peu le photographe amateur pour ses souvenirs de vacances. Ainsi, on notera que TAMRON fut l’un des rares fabricants à proposer un 100 mm dans sa gamme ( Le 105 mm  f:2.5  – Référence CT-105). Cet objectif ne fut pas reconduit lors de la nouvelle génération d’objectif (Adaptall-2).  La preuve que cette focale n’intéressait que peu le grand public. TAMRON gardera d’ailleurs pendant plusieurs dizaines d’années son 90 mm macro ( le 90 mm f 2.5  SP). Cet objectif remplacera naturellement le 105 mm.  Revenons sur notre 100 mm  CANON. L’intérêt de cette focale réside dans la simplification de la formule optique : 5 lentilles en 5 groupes. Cela veut explicitement dire qu’il n’y a aucune lentille collée. C’est une bonne nouvelle, l’absence de colle supprime déjà la dégradation de celle-ci dans le temps. Or cette dégradation condamne l’objectif car il est presque impossible de la corriger.

Sur cet éclaté du 100 mm f:2.8, on voit immédiatement qu’il n’y a pas de lentilles collées et même si l’objectif possède des défauts (traces de champignons et des poussières), il y a de fortes chances pour qu’ils soient facilement éliminés. De plus, il y a aussi de fortes chances que toutes les lentilles soient démontables et pourront être parfaitement nettoyées.

Le 100 mm f:2.8  à réparer.

Pour moins de 40 euro, j’ai obtenu ce 100 mm avec des traces de champignons et de belles poussières dans le groupe arrière. Sans compter des pétales de diaphragme qui baignaient dans l’huile !

Bref, un objectif qui de toute façon ne serait pas monté sur un boitier dans sa configuration actuelle.

Comme d’habitude, on va jouer avec nos outils favoris (tournevis, spanner…) et un peu d’alcool à 90° pour redonner vie à notre petit compagnon.

1) Le démontage de la face avant.

Première surprise, le disque frontal qui porte la marque et les caractéristiques optiques n’est pas vissé mais seulement maintenu par des clips. Toutefois, un point de colle le maintien en place et il faudra forcer un peu pour le sortir.  C’est curieux de voir un objectif « haut de gamme » avec cette solution un peu « cheap ». Le seul objectif où j’ai rencontré cette solution technique était le 50 mm f 2.0 qui ne brille pas par ses performances et est même l’un des moins recommandables objectifs de 50 mm de la gamme CANON FD. Nous verrons par la suite que d’autres surprises du même type nous attendent.

Il ne reste plus que 3 vis à retirer et nous allons avoir accès au groupe optique avant.

On remarque que ce groupe a quelques traces de champignon qu’il faut impérativement retirer.

2) Le démontage du groupe optique avant.

Deuxième surprise, la dernière lentille du groupe n’est pas retenue par un disque en aluminium visé mais seulement par un cerclage en plastique simplement retenu par trois ergots. Si cela continue comme cela, je ne serais pas surpris de finir avec des lentilles maintenues par des élastiques! J’ai très rarement rencontré cette méthode et même chez des constructeurs moins renommés, leurs objectifs de gamme supérieure restent avec des montages entièrement métalliques. Il faut reconnaitre que cette solution ne remet pas en cause les caractéristiques de l’objectif mais ne sera pas optimale pour des objectifs qui subiront des températures importantes (ne pas laisser cet objectif sur la plage arrière de la voiture en plein soleil !).

A part ce petit détail, on retrouve bien les 3 lentilles du groupe avant et le spanner vous aidera à désolidariser la lentille frontale du support du groupe avant. Après, c’est le chiffon et l’alcool (l’eau oxygénée fonctionne très bien aussi) qui se chargeront des champignons. Hélas, les champignons ont laissé de très légères cicatrices sur la dernière lentille du groupe avant.  Il ne reste plus qu’à espérer que cela n’affecte pas le rendu sur les photos.

Quand tout est bien nettoyé et sec, il ne reste plus qu’à remonter. Une dernière étape que je recommande de plus en plus, est le passage d’un coup de bombe à air sec lors du remontage de chaque lentille. Je ne le faisais pas systématiquement sur mes premières interventions et j’avais parfois des grains de poussière qui réapparaissaient. Cela est d’autant plus visible sur des objectifs à grande ouverture.

3) Le démontage du groupe optique arrière.

On se garde bien de remonter le groupe avant dans l’objectif car nous allons aussi en profiter pour examiner les pétales du diaphragme. La première étape sera bien naturellement le démontage de la bague de verrouillage FD.

Il n’y a que 3 vis à retirer et le bloc de commande s’enlève sans effort (garder en tête sa position lors du démontage, cela pourra servir lors du remontage). Un spanner n’aura, la aussi, aucun mal à dévisser le groupe arrière.

Cette fois, nous avons les dernières lentilles à porté de mains.

Mais quel curieux montage !  Il y a un joint torique qui s’intercale entre les deux lentilles du groupe arrière. Quel étrange choix pour assurer la distance entre ces deux lentilles. Celle-ci conditionne les performances optiques de l’objectif et une dégradation du joint torique peut amener des traces sur l’une des lentilles et aussi briser le bon positionnement des lentilles entre elles. Là aussi, même si je trouve cette solution un peu « cheap », le joint est encore en très bon état et pourra assurer sa fonction pendant encore de longues années (avec toujours comme condition de ne pas le laisser au soleil).

4) Le nettoyage des pétales du diaphragme.

Il ne reste plus qu’à s’occuper du mécanisme du diaphragme. Comme il n’est pas bloqué, il n’est pas utile de le démonter et un simple passage d’essence F au pinceau se chargera de retirer les traces d’huile. Bien évidement, on s’assurera du bon fonctionnement de l’ensemble avant le remontage.

On voit sur cette photo que les pétales du diaphragme sont parfaitement propres et  toute trace huileuse a disparu.

5) Le remontage final.

Plus beaucoup de chose à faire, si ce n’est le passage de la bombe à air sec à chaque étape : Etape 1, remontage du groupe arrière et Etape 2, remontage du groupe avant.

On n’oubliera pas de bien positionner le bloc de commande si on veut remonter aisément la dernière bague arrière.

Et enfin, pour refaire comme les plaquettes publicitaires, un CANON  AT-1 (qui est loin d’être le haut de gamme) accompagné du 100 mm f 2.8 .

CONCLUSION

Il est indéniable que les objectifs d’exception (les plus chers) attirent plus que les objectifs standards. Il faudra quand même prendre quelques minutes pour bien analyser la situation. Vous allez dépenser pour un seul objectif, l’équivalent du prix de 2 ou 3 objectifs standards. Ceux-ci vous rendront des services bien supérieurs à celui qui fut l’objet de votre désir.  Ainsi, je ne conseil pas l’achat de ce type d’objectif quand on a un nombre restreint de focale. Il est préférable de s’équiper de manière standard : 24 mm , 28 mm , 35 mm , 50 mm, 135 mm et même 200 mm. Si on ne trouve pas les objectifs de la marque de son boitier, on est presque sûr que l’on trouvera des objectifs de marques tiers avec la bonne monture (TAMRON par exemple). Pour ma part, il ne me reste plus qu’à le tester lors d’une séance photo dédiée « portraits » !

Vos commentaires sont les bienvenus, ils aident à faire avancer nos réflexions.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

En savoir plus sur L'Atelier de JP

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture