Argentique

Le Zeiss Ikon Ikoflex Klio (850/16 IK)

Préambule.

Je vous expliquais, dans l’article consacré au Super Nettel, que j’avais trouvé sur une brocante couverte, à Ath, quelques beaux appareils, celui-ci en fait partie.

Enfin, quand j’écris beau, disons plutôt intéressant car celui du jour ne peut pas vraiment être qualifié de beau. Les anglophones diraient qu’il est special pour parler de cet engin qui mélange plusieurs formes, allant de la vision biblique de la tour de Babel, ou celle d’une horloge de parquet, ou encore d’un gratte-ciel des années trente, ou encore d’une boite à café d’avant la seconde guerre fournie à l’armée allemande (on l’a d’ailleurs surnommé Coffee Can)… bref, il a une drôle de tronche. C’est ce qui fait tout son intérêt …

Un peu d’histoire.

Rassurez-vous, je ne vais pas vous refaire l’histoire de Zeiss Ikon, vous la retrouverez dans les différents articles consacrés aux appareils de la marque, dont le dernier, qui expliquait le Zeiss Ikon Super Nettel.

L’histoire des Ikoflex est déjà assez singulière par elle-même. En effet, et je parle toujours de l’histoire avant la seconde guerre mondiale car, souvenez-vous, après la société sera scindée en deux : l’une à l’Ouest et la seconde à l’Est.

Ne quittons toutefois pas trop vite l’Histoire, car elle explique aussi pourquoi Zeiss Ikon se positionne comme un fabricant d’appareils de qualité (recherchée par les Allemands) et moins chers que les concurrents : nous sommes en plein dans le marasme économique de la fin des années vingt (crash boursier de 1929) et le pouvoir d’achat des Allemands n’est plus ce qu’il était.

Chez Zeiss Ikon, les Ikoflex sont les seuls TLR (twin lens reflex) de la marque, sauf le Contaflex (mais c’est déjà assez compliqué comme ça – 1935). Ils seront produit de 1934 à 1960, une belle carrière donc. Et qui dit longue carrière, dit améliorations au fil du temps et donc de nombreuses variations sur le même thème (amis collectionneurs, j’ai une pensée émue pour vous).

Ces appareils utilisent le film 120 et souvent aussi le 620, pour donner des négatifs de 6x9cm. Nous y reviendrons.

Les premiers modèles portent le numéro de code 850/16 : le tout premier (1934) arbore un capot de verre de visée en forme de pyramide à degrés tandis que le second – celui qui nous préoccupe – possède un toit plat. Ceux-ci seront fabriqués de 1934 à 1937 et ils garderont une spécificité : leur face avant s’inscrit dans une forme d’hexagone, que l’on ne retrouvera plus ensuite sur les modèles ultérieurs.

Pour vous aider à y voir plus clair dans la succession de modèles, un auteur a pris la peine de construire ce tableau :

Source : stollee.org

Je vous recommande d’ailleurs d’aller voir son site car il y reprend encore d’autres informations utiles sur ces modèles (voir dans les références).

Pour être le plus précis possible, le modèle du jour est un 850/16 Ik car son obturateur est un Klio et non plus un Derval ni encore un Compur, Compur Rapid ou Prontor, qui équiperont les modèles suivants.

Pour en terminer, sachez que les Ikoflex sont extrêmement bien construits. Ils sont un peu les équivalant des Rolleicord. Tout aussi bien pensé, si pas mieux par certains aspects, ils étaient surtout moins chers à l’époque mais ils n’ont pas eu l’aura du Rolleiflex, le grand frère de l’autre.Par contre, vous pouviez trouvez un Ikoflex avec un Tessar et un obturateur rapide (Compur-Rapid, Prontor S, Prontor SV), combinaison inconnue chez Rolleicord.

Présentation du Zeiss Ikon Ikoflex Klio (850/16 IK)

Si nous passons outre sa forme un peu inhabituelle, cet appareil a plus d’un atout intéressant à proposer.

Tout d’abord, il accepte les bobines de 120 ou de 620. C’est d’ailleurs pourquoi il y a deux compteurs de vues, posés horizontalement sur les flancs, afin d’être mieux visibles. Chacun étant dédié au film installé dans l’appareil car le film en 620 (fenêtre de gauche), de par sa bobine plus petite, tourne moins vite que le 120.

Ensuite, sur le dessus, une roue affiche la distance du sujet. Cette roue est asservie au mouvement d’un bras, sur la gauche du plateau d’objectifs, qui fait avancer l’ensemble lors du réglage de la distance. C’est très pratique et là aussi bien visible. De plus, ce système est basé sur une rampe hélicoïdale solide qui a peu de chance de se dérégler. En outre cette technique offre une grande souplesse de fonctionnement, tant pour avancer que pour reculer le bloc optique. Bien vu aussi, une table de profondeur de champ, gravée au dessus de la roue, permet de voir idéalement le résultat de ses réglages.

Le viseur se déplie aisément, grâce à une tirette située à l’arrière. Sur le côté gauche (vu de dos), la firme a installé un tableau récapitulatif des vitesses en fonction des ouvertures, ou l’inverse. La petite loupe est aussi présente dans le capot.

Le verre de visée mesure 49,5×49,5mm, soit moins que la surface du film (56x56mm). Pourquoi ? Parfaitement placé au centre de la zone de visée, de par sa petite taille il permet de compenser l’absence d’un mécanisme pour corriger le défaut de parallaxe. C’est malin et ça réduit les coûts de fabrication.

Le miroir est un vrai miroir … d’époque. S’il était sans doute très brillant à sa sortie de magasin, aujourd’hui il a tendance à noircir et à rendre la visée plus sombre. Certains réparateurs le change de facto.

Puis, tout en bas, un levier fait avancer le film dans un mouvement latéral, qui n’arme pas le déclencheur, mais permet de bien voir l’avancement des vues.

Le chargement d’un film est particulier : il faut appuyer sur le bouton sous le capot de visée et tirer sur le bas de l’appareil, qui sort en bloc, avec la chambre. Le film passe horizontalement de la droite vers la gauche (position de la bobine vide). Les fenêtres en rouge inactinique ne servent qu’à amener le film à la première photo puisqu’ensuite ce sont les compteurs qui prennent le relais. Le film est bien tiré et passe sous un capot qui sert de guide film. Un astucieux système de verrou pivotant facilite la mise en place de la pellicule en fixant bien les bobines sur leurs axes, sans forcer.

L’armement se fait en abaissant un levier et le déclenchement s’opère en tirant sur un second levier, en dessous. Un filetage, placé juste sous ce second levier, autorise un câble souple, par exemple en cas de pose B.

Le réglage de l’ouverture, de f4,5 à f22 se fait à l’aide d’une tige qui sort sur le côté gauche de l’objectif et fait bouger un index situé lui à droite.

Les vitesses se règlent avec la couronne marquée d’un point rouge autour de l’objectif. Elles s’échelonnent de 1s – 1/2s – 1/5s – 1/10s – 1/60s – 1/100s – 1/175s plus une pose B et une pose T. L’obturateur est ici un Klio, avec retardateur.

Enfin, un mot sur les optiques : celle du haut est en verre, un Sucher Anastigmat de 80mm vraisemblablement de f4,5 et l’optique pour la prise de vue est un Novar Anastigmat de 80mm ouvrant à f4,5.

Que penser de cet appareil ?

Nonobstant son aspect inhabituel, finalement très Art Déco, c’est un appareil étonnant de par les solutions retenues.

Est-il pour autant encore utilisable de nos jours ? Oui et … non.

Son format 6x6cm le réserve aux photographes qui ont encore un labo (très) bien équipé chez eux ou à un labo professionnel qui sait encore tirer cette dimension.

Puis son poids conséquent (du genre Mamiya C330) le rend peu commode à sortir, sauf à trouver une (très) bonne sangle de portage. Son ergonomie particulière, si elle facilite certaines lectures de données utiles, ne le rend pas particulièrement agréable à prendre en mains.

Si ses commandes restent faciles, sa vitesse de travail le réserve à des films lents, comme ceux de son époque et plus guère d’actualité.

En résumé – mais c’est un avis tout personnel – c’est un appareil plutôt destiné à la collection, de part son âge (92 ans quand même à l’heure de ces lignes) et ses limites d’utilisation.

Il n’est pas très courant, sans être vraiment rare (le tout premier opus l’est un peu plus) mais vous devriez quand même débourser, selon son état, de 80 à 250€ pour l’acquérir.

Et vous achèterez par la même occasion un bout de cette histoire mouvementée des années trente, celles avant que le monde ne bascule dans les horreurs de la seconde guerre mondiale. Et dire que cet appareil, et ses frères ensuite, essayaient de rester abordables et solides dans un monde qui chancelait.

Vidéos d’illustration.

Des références.

https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-14979-Zeiss%20Ikon_Ikoflex.html, en français ; https://stollee.org/2020/07/12/history-of-zeiss-ikon-ikoflex.html (une véritable source d’informations), http://www.tlr-cameras.com/German/Ikoflex.html, http://www.zeissikonrolleirepair.com/Ikoflex-Resource.html, https://galerie-photo.com/ikoflex-zeiss-ikon.html, https://kosmofoto.com/2018/09/zeiss-ikon-ikoflex-review/, http://www.tlr-cameras.com/German/Ikoflex%20Article.html en anglais

Argentique

Le Seagull 4B par Olivier

Préambule.

Notre ami Olivier a déniché un bel exemplaire de TLR mais qui présentait un petit soucis mécanique. Vous le connaissez maintenant, ce n’est pas pour lui déplaire, ce touche-à-tout réussi souvent à sauver des appareils de pannes improbables.

Mais je lui laisse vous raconter tout ça, et en images …

Un peu d’histoire.

Un 6X6 qui nous vient de CHINE ! Les chinois, comme les russes, ont fabriqué de très bons appareils photos qui n’ont pas nécessairement connu le succès. Les prix de vente étaient bien inférieurs aux prix pratiqués par la concurrence et la plupart de ces boitiers étaient associés à des appareils de qualité moindre. Il est cependant exact que quelques petits détails trahissaient leur origine et étaient utilisés comme justification pour leur classement qualitatif. Les gainages posés approximativement ou les bavures de colles ne se retrouvaient bien évidement pas sur les productions Allemandes ou Japonaises. Et pourtant, avec des prix tout à fait attractifs, on pouvait commencer la pratique de la photo avec des appareils TLR (twin lens reflex, les reflex bis-objectifs).

SEAGULL est la marque associée aux boitiers fabriqués dans l’usine de Shanghai. Vous pouvez trouver des boitiers avec des inscriptions en caractères chinois de même que des boitiers avec des inscriptions en caractères latins. (ci dessous, des exemples d’inscription de la marque SEAGULLL). Vous trouverez aisément des sites de passionnés de cette marque asiatique qui vous loueront les qualités ou au contraire montreront les défauts de ces appareils.

Cette société existe toujours et s’est adaptée aux évolutions du marché. Bien qu’elle propose des appareils photos numériques, il semblerait que les boitiers 6×6 soient toujours en production. Ils sont d’une relative simplicité et le type 4 est le cheval de bataille. Une grande variété de modèle existe tout en étant basée sur le même châssis ( 4A, 4B, 4B-1 …. ).

Nous allons d’abord regarder les différences qui peuvent exister.

a) L’avance du film.

– L’avance du film avec contrôle visuel.

Dans cette configuration, l’avance du film est assurée par la rotation du bouton situé à droite du boitier et la vérification de l’avance se fait au moyen des fenêtres situées à l’arrière du boitier. Système on ne peut plus rudimentaire mais d’une fiabilité à toute épreuve.

– L’avance du film au moyen d’un bouton comportant le nombre de vue.

Cette fois, plus aucune fenêtre dans la face arrière et un gros bouton se retrouve au milieu de la face latérale droite. Au milieu de ce bouton, vous avez un chiffre qui apparait, c’est le nombre de vue réalisée. Quand vous faites avancer le film, ce bouton se bloquera de lui même quand le négatif est suffisamment avancé (Cela explique la disparition des fenêtres du dos du boitier).

– L’avance par manivelle.

Cette dernière version n’est qu’une évolution de la version précédente. On retrouve une fenêtre au l’on aura le nombre de vue réalisée.

Aussi curieux que cela puisse paraitre, c’est la première version qui est la plus intéressante. En effet, vous avez remarqué que le dos du boitier possède deux fenêtres. Il y en a une pour le format 6×6 et une autre pour le format 4.5 x 6. Par contre, pour espérer utiliser cette fonctionnalité, il faudra impérativement avoir le masque 4.5 x 6 qui se placera dans la chambre. De plus, aucune des solutions présentées ne réalise le réarmement de l’obturateur. Nous verrons cette opération un peu pus tard.


Masque à insérer dans la chambre pour faire du format 4.5 x 6
(inutile pour tous les boitiers qui ont une avance automatique ou alors, vous allez continuer à faire 12 photos et gaspiller de la surface de pellicule)

b) La mise au point.

Dans tous les cas, la mise au point se fera au moyen d’un bouton situé à gauche.

La seule différence réside dans la présentation de la profondeur de champ, dans la version de gauche, on retrouve le classique crantage que l’on rencontre sur les objectifs 24-36 et pour la version de droite, une ingénieuse représentation graphique intégrée dans le bouton.

Là aussi, même si la seconde solution est très esthétique, il faudra un peu de temps pour s’y habituer !

Le bloc optique + déclencheur.

Pour cette ensemble, SEAGULL n’a fait aucune modification durant l’évolution du boiter. On restera avec un armement manuel de l’obturateur et une plage de vitesse qui n’évoluera pas. L’objectif sera toujours un 75 mm avec une ouverture de 3.5 . Pour l’objectif associé à la mise au point, on aura d’ailleurs les mêmes caractéristiques (75 mm f 3.5).


Seagull ne proposera que peu de variation, finition « alu » à gauche et noire à droite. Les vitesses iront de la seconde au 1/300 avec la pose « B ». Dans tous les cas, on retrouvera un réglage de la vitesse d’obturation et un réglage de l’ouverture. Le dernier élément est le bras d’armement qui permet d’armer l’obturateur. ATTENTION aux surimpressions involontaires, rien n’interdit d’armer l’obturateur plusieurs fois. Si votre modèle n’a pas ce bras d’armement, alors vous avez la chance d’avoir la dernière version qui intègre le réarmement de l’obturateur lors de l’avance du film. Par contre, le démontage et les éventuelles réparations demanderont un peu plus d’attention. Comme d’habitude, plus c’est simple, mieux c’est.

Un peu de technique…

Le modèle que j’ai eu entre les mains avait justement un problème d’obturateur. Il refusait de déclencher… Ce type de panne peut se produire si vous avez un boitier qui a mal vieilli. Des corps gras (issus du mécanisme) ont pu fluer vers le diaphragme ou les pétales de l’obturateur et le temps a permis à ces matières de figer en bloquant tous les mouvements de ces pièces. Heureusement, la simplicité (apparente) de ce boitier permet à une personne soigneuse de résoudre le problème. Bref, comme le problème se situe dans le bloc avant, il faut déjà trouver les vis qui le fixent. Comme d’habitude, c’est sous le gainage que cela se passe.


Sur cette photo, on peut voir notre exemplaire débarrassé de son gainage frontal. Les quatre petites vis (tête plate !) sont retirée et la plaque avant est maintenant libre.


Maintenant on a accès au mécanisme et aux objectifs. Là encore, 4 petites vis vont permettre de libérer l’ensemble et il sera très facile de démonter les objectifs et le groupe Diaphragme + obturateur.

Voici le groupe avant, les objectifs sont partiellement démontés pour nettoyer les lentilles. On remarquera les pétales de l’obturateur qu’il faudra débarrasser de toute trace de corps gras. Bien que les lentilles semblaient en parfait état, il s’est avéré qu’il y avait un début de champignons sur l’une d’entre elle. De plus, comme cet appareil est équipé d’une prise de synchronisation flash, on en profitera pour désoxyder toutes les pièces en cuivre qui assure la circulation du courant dans le circuit de synchronisation.

Finalement, après quelques heures pleines de patience, on arrive au test final et il s’avère que ce boitier est parfaitement à l’aise avec un flash récent !

Par contre, comme la majorité des boitiers 6×6, il n’est pas pourvu de cellule et il faudra trouver sur internet une cellule. N’oubliez-pas que la majorité des cellules que vous allez trouver sur les sites de vente (entre particulier) sont très souvent d’anciennes cellules qui sont épuisées (cellule au sélénium) ou utilisent des piles au mercure (interdites depuis plus de 20 ans !). Vous n’aurez donc pas d’autre choix que de faire une re-calibration de la cellule si vous souhaitez l’utiliser avec ce boitier.

Dans mon cas, j’ai acheté, pour une dizaine d’euro, une cellule GOSSEN SIXTAR que j’ai ré-étalonnée pour pouvoir utiliser des piles PX625 de 1.5 V.

Si vous ne faites pas de ré étalonnage, attendez-vous à avoir une erreur d’au moins 1 EV. La plupart des films s’en accommoderont mais pas nécessairement dans toutes les situations.

Conclusion en images.

Voici deux photos réalisées à Lille pour vérifier le fonctionnement de l’appareil. La pellicule est une ancienne pellicule qui a assez mal vieillie (Elle a plus de 20 ans !). Comme je ne fais plus de photo au format 6 x 6 depuis des dizaines d’année, mon stock restant de pellicule au format 120 est loin d’être de toute première fraicheur.

Argentique

Restauration à haut risque.

Dans les appareils que j’ai acheté, venant de la collection pour laquelle j’ai fait un article, il y a ce YashicaFlex qui a connu des jours meilleurs.

Le revêtement part par plaques et le tablier des objectifs ne sort pas correctement, le verre de visée est sale et la cellule ne fonctionne plus (ça, c’est normal, elle est au sélénium et donc épuisée).

Je vous ai déjà présenté ce YashicaFlex S. Ici, je vais juste m’attacher à une tentative de restauration de cet exemplaire fatigué.

Tout d’abord, faire partir les restes du revêtement. Plus facile à dire qu’à faire : au début, j’ai utilisé un large tournevis à la lame affinée, comme un grattoir. Résultats mitigés et technique lente. Pourtant, j’avais imbibé certains passages difficiles avec de l’acétone (vive les appareils tout en métal) afin de dissoudre la vieille colle. Finalement j’ai choisi une méthode sans doute barbare et très peu orthodoxe mais efficace, elle : un appareil multi-fonctions monté avec une lame à décaper. Radical !

Il est maintenant propre et prêt à recevoir son nouveau habillage. Vu la relative complexité des découpes à prévoir si je voulais utiliser du cuir ou du cuir synthétique, je vais opter pour un autre choix : une résine UV colorée avec éventuellement un décor discret.

Reste maintenant que je m’interroge notamment au sujet des vis qu’il serait utile de laisser apparentes si demain on devait le démonter pour une réparation quelconque.

Peut-être un petit point de colle posée au pistolet ? Car une fois la résine posée, elle s’accroche et on ne peut pas la soulever comme on pourrait le faire d’un revêtement souple.

Mais avant tout, il faut (tenter de) réparer la platine qui ne sort pas normalement, un peu de travers. En effet, il y a un côté qui est plus lent que l’autre et il faut l’aider un peu.

Ça devrait être la même chose que pour l’Echoflex. Mais comme j’ai déjà appris à mes dépens qu’il fallait être attentif à tous les petites rondelles de cales qui doivent être là-dessous, cette fois, j’espère ne plus me faire prendre.

Bon, j’ai les tournevis, l’aimant (pour ramasser les vis qui tombent !), ma petite lampe LED pour voir dans les coins, et on y va …

Eh bien non, ça ne ressemble pas à l’Echoflex, enfin, pas tout à fait.

D’abord ôter le cadre qui entoure le bloc optiques et commandes. Quatre minuscules vis à tête fendue et le bouton du retardateur plus loin. Celui-ci se retire facilement, découvrant d’autres petites vis mal fichues, qui tiennent le bloc optiques/commandes

Vous voyez sur la photo ci-dessus quatre autres vis, plus larges, qui tiennent le plateau aux bras poussant l’ensemble optiques/commandes. Je vérifie, pas de cales entre le plateau et les bras de soutènement. Je mets de côté les vis (surtout ne pas en faire tomber une, elles ne sont pas en fer et donc l’aimant ne servira à rien).

Par dessous le bloc, une autre plaque métallique et les bras de levage bien visibles. Je pense qu’en retirant cette nouvelle plaque, je vais pouvoir atteindre le système de levage et voir ce qui se passe.

Mais avant, un coup d’œil au dessous du bloc optiques/commandes :

Rien de spécial à signaler. Le fil pour le déclenchement du flash est intact et propre, le mécanisme du déclencheur aussi. Bon nettoyage des optiques, qui sont saines et ce sera tout de ce côté.

J’enlève donc la dernière barrière ….

Et zut, le mécanisme n’est pas visible, enfin, pas beaucoup. De fait, il faudrait ôter ce qui tient le bras d’entrainement du mécanisme, d’abord sous le gros bouton d’avancement de la platine, puis de l’autre côté, sous la cellule. J’avoue que j’atteins là ma limite. Je nettoie le miroir que l’on aperçoit au fond du second trou de l’objectif proprement dit. Puis j’essaie de comprendre comment fonctionne le mécanisme de levée et de retrait, situé à gauche et à droite de l’apparei.

C’est difficile à montrer mais il s’agit de deux excentriques en bronze qui, en tournant, font s’élever ou se rabaisser le plateau qui porte optiques et mécanisme. Pour une raison que j’ignore, il y a de la poussière de bronze sur le côté gauche (vu de face). C’est justement le côté qui peine un peu.

Lorsque je fais tourner le gros bouton de réglages, il y a un léger décalage entre le côté droit et le gauche, sans doute dû à un petit manque de matière à gauche. A mi-course, les deux côtés sont à égalité et ce jusqu’au bout. C’est donc vraiment au début du levage que le problème se produit, entre la visée à 1.2m et 2m. Ensuite, le reste s’équilibre. Quand on le sait, avec le pouce de la main gauche on peut aider le mécanisme pour les quelques millimètres de différence et assurer une sortie linéaire du plateau.

Donc, à moins de tomber sur une épave pour trouver l’excentrique usé, il faudra faire avec car tout le reste fonctionne parfaitement (sauf la cellule comme écrit au début, le sélénium n’est plus actif).

Remontage pas à pas, après avoir tout bien dépoussiéré et nettoyé.

Voilà, la partie « mécanique » est terminée, revenons à l’esthétique.

Première remarque, si l’idée de la résine UV me semble toujours la meilleure, il est difficile de trouver les produits en Belgique. A croire que personne ne fait de bijoux de fantaisie par ici, ni ne crée ou détourne des objets par cette manière.

Reste un grand site chinois pour trouver ce que je cherche. C’est assez lent pour recevoir les produits, qu’il faut avoir pris le temps de sélectionner, en espérant trouver de suite le bon.

Pour éviter les dépenses inutiles (oui, riez, car vous savez que ça ne sert à rien !), j’ai pris des petits flacons soi-disant tout préparés avec des couleurs assez sobres (il y a plus de choix en fluo ou en paillettes, mais bon, sur un TLR …).

Finalement, après un premier test concluant sur les boutons de réglages des bobines, qui avaient perdus comme il se doit leur revêtement, je me lance sur le dessous de l’engin, espérant que mes premières gaffes ne se verront pas trop ensuite.

Premier constat : c’est pas si facile que ça à étendre sans déborder. Second constat : les couleurs ne sont pas assez denses, on voit encore les traces par dessous. Il va falloir que j’achète des pigments pour renforcer les couleurs que je veux utiliser (qui voulait éviter les frais ?).

Pour sécher la colle UV, il faut une lampe … UV. Avec les petits flacons, ils donnent une petite lampe de poche mais au faisceau bien trop mince pour la surface envisagée. Heureusement, chez Emmaüs, j’ai trouvé pour trois fois rien un appareil destiné aux manucures qui posent des ongles en gel. Avec lui, je peux couvrir toute la surface utile.

Je récapitule, au niveau économie : j’ai dû acheter un appareil UV, je dois acheter des pigments et un bidon plus grand que les 10ml de mes petits pots initiaux. Pas top.

Si je constate qu’effectivement cette méthode a du bon car le revêtement tient super bien sur de petites surfaces (boutons), où elle donne un aspect lisse intéressant, et pour faire de petites réparations (un bouton avait un trou dans son couvercle), mais pour couvrir tout le corps, c’est pas gagné.

Je concède que c’est la première fois que j’utilise ces produits, mais je relève plusieurs soucis : pour protéger les vis que je veux garder accessibles, il faut trouver de petits caches en silicone, la seule matière qui n’adhère pas. Pas évident, mais avec un peu d’astuce, j’ai trouvé. Ensuite, lorsque le produit est versé, il faut faire tourner l’appareil pour bien étendre le revêtement. Ce qui n’a rien d’une partie de plaisir étant donné les endroits où faire couler le produit. Puis, comme je voulais y mettre un peu de couleur, j’ai mal dosé la quantité de poudre mise sur le pinceau et ce n’était pas beau du tout. Mais tant qu’à essayer, autant aller jusqu’au bout. Et là, dernier écueil, malgré l’appareil à UV grande taille, difficile de bien faire sécher le tout.

Bref, en résumé, j’ai tout retiré (heureusement, c’est venu d’un coup et en entier car tout n’avait pas encore été séché par les UV) et je me suis servi de la chose pour en faire un gabarit pour un revêtement en cuir artificiel !

Là c’est reparti : gabarits en papier, découpes, ratages, reprises, cutter et ciseaux, …

Bon, tout n’est pas parfait mais il me reste un côté pour essayer de m’améliorer …

Argentique

Un Lipca Flexora II bien mal en point.

Recherche rapide : Préambule Un peu d’histoire Présentation Qu’en penser ?Videos d’illustrationUn peu de techniqueDes références

Préambule.

Là, dans une caisse, entouré d’épaves, j’aperçois un petit TLR mal en point mais peut-être récupérable.

Je l’extirpe du tas et force est de constater qu’il va y avoir du boulot pour le remettre en état. Déjà, les panneaux du tunnel de visée sont en vrac et il en manque un. Mais bon, les objectifs bougent de manière fluide, les vitesses fonctionnent, le déclencheur itou, le dépoli est sale mais intact. Tout n’est pas à jeter.

Grosses palabres avec le vendeur et finalement je l’emmène pour 10€.

Voyons voir maintenant qui est ce TLR car je n’ai pas vu de marque, hormis un sigle mal visible à l’arrière, ce qui ne m’aide pas beaucoup. Reste les optiques, des Ennar, ce qui va peut-être me donner une piste.

Après quelques clics sur la Grande Toile, enfin j’ai trouvé : c’est un Lipca Flexora.

Un peu d’histoire.

Lipca est le diminutif de Lippische Kamerafabrik Richter und Fischer Gmbh, une société fondée en 1947 par les époux Fritz et Charlotte Richter et Karl Fischer à Bartrup, en Allemagne de l’Ouest. Quelques mois plus tôt, les époux Richter quittaient la zone soviétique de l’Allemagne occupée, avec une partie des employés et des machines de la Kamera-Werk C. Richter Tharandt (près de Dresde). Ils s’installent d’abord dans une ancienne usine de cigarettes avant de trouver un nouveau bâtiment.

Malheureusement, début 1948, Fritz Richter décède dans un accident de voiture alors qu’il se rendait à une réunion pour discuter de projets pour une autre usine d’appareils photo à Bünde.

La Lippischen Camerafabrik Richter & Fischer GmbH à Barntrup fut alors officiellement fondée le 14 mai 1948 par la veuve Charlotte Richter et Karl Fischer.

Au cours des années cinquante, Lippische fut un fabricant très actif dans la fabrication d’appareils bis-objectifs, quoiqu’ils n’aient pas produit beaucoup de modèles différents : le Flexo, le Rollop, le Flexora qui nous occupe et les Optina/Optimet. Comme souvent, une partie de la production se retrouve aussi sous le nom de distributeurs.

A côté des TLR, l’usine fabriquait aussi des jumelles, un projecteur de diapositives, le Lipcascop. Elle a aussi conclu des accord de licences avec d’autres entreprises et produit un appareil photo instantané, l’Opiphot. En outre, elle a produit environ 2000 appareils pour la société Plaubel, avec qui elle entretenait de bonnes relations.

On estime que la production culminait à 1000 boitiers mensuels, pour une usine d’environ 50 personnes. Une petite usine presque familiale car lorsque les salariés partaient en vacances, ils pouvaient emprunter un appareil de la gamme pour prendre leurs photos souvenirs.

Les exportations toucheront aussi les États-Unis avec notamment le Rollop, le plus perfectionné de leurs appareils.

En mars 1961, l’entreprise déménagea à Bad Nauheim et s’y enregistra sous le nom de « Lipca GmbH ». On y produisit encore quelques TLR Rollop mais la fabrication d’appareils photos cesse au milieu de 1962. La Lipca GmbH a été officiellement dissoute le 29 mars 1972.

Pour en revenir à l’appareil qui nous préoccupe, sachez que le Flexo sera produit dès 1948 et jusqu’en 1954, et que quatre versions vont se succéder. Ensuite, à cause d’un différent avec Franke & Heideck (Rollei), le nom devra être modifié et deviendra Flexora.

Pour mémoire, de nombreux aspects techniques du Flexo, et donc du Flexora, sont issus du Reflecta TLR, que Kamera-Werk (de Karl Fischer) a construit avant et juste après la seconde guerre mondiale.

Présentation de l’appareil.

Comme pour le Flexo, le Flexora sera décliné en plusieurs versions, somme toutes assez peu différentes les unes des autres, sauf sur des détails esthétiques ou par l’évolution des couples objectifs/obturateurs. La production s’est étalée de 1951 à 1954.

On peut classer les trois premiers types ainsi :

  • Type I, un objectif Enna Ennar de 75mm ouvrant à f4,5 dans un obturateur Vario.
  • Type II, un objectif Enna Ennar de 75mm ouvrant à f3,5 dans un obturateur Prontor-S.
  • Type III, un objectif Enna Ennagon de 75mm ouvrant à f3,5 dans un obturateur Prontor-S.

À partir de 1953, les types suivants ont été ajoutés :

  • Type IIa, un objectif Enna Ennar de 75mm ouvrant à f3,5 dans un obturateur Prontor-SV.
  • Type IIIa, un objectif Enna Ennagon de 75mm ouvrant à f3,5 dans un obturateur Prontor-SV.

Toutes les lentilles sont traitées, même si c’est léger et parfois abîmé par le temps et les frottements.

Ajoutons que les Flexo Richard et Richard Reflex sont des variantes des Flexora et Flexora II produite pour un distributeur Suisse en 1952.

Petite astuce amusante : il n’y a pas de compteur de vue pour le Flexora, sauf en … option. Celui-ci était livré par Plaubel.

Les Flexora sont moins sophistiqués que les Rollop de la marque mais ils sont bien construits, faits pour durer.

En l’occurrence, nous allons découvrir l’appareil du jour, un Flexorat II, produit autour des années 1952.

Signalons une particularité qui me faisait penser à un autre appareil, déjà évoqué sur le site, le Meopta Flexaret : il dispose d’un système de mise au point hélicoïdale actionné par un levier sous l’objectif et c’est tout le bloc optique qui avance ou recule. La platine est interne. Comme l’objectif de visée et celui de prise de vue sont identiques, l’image projetée sur le dépoli est aisément lisible.

Normalement, la cheminée qui sert à la visée comporte 4 plaques, qui se déplient ou se replient automatiquement. Sur mon exemplaire, hélas, le fronton qui porte la marque de l’appareil a disparu et le chapeau du viseur aussi, tout comme la loupe qui y est souvent attachée. Je vais tenter de restaurer la plaque manquante mais il n’y aura plus de loupe, ni fronton, sauf à trouver une épave donneuse.

Avez-vous remarqué la barre métallique glissée dans le bloc avant ? C’est le viseur dit sportif, un simple fil de fer épais et chromé qui donne une idée vague de ce que l’on regarde.

Une petite remarque encore : les distances sont soit en mètres, comme ici, soit en pieds, exportation oblige.

Ensuite, pour armer l’appareil, il faut d’abord abaisser un levier, qui arme l’obturateur, puis ensuite un second, un peu plus bas, qui actionne le déclenchement. Attention, l’appareil n’a pas de dispositif pour empêcher la double exposition. Donc, si vous oubliez de tourner la molette d’avance du film, surprise !

Comme il n’y a pas non plus de compteur – sauf si la personne qui a acquis en son temps le boitier a pris l’option de Plaubel – il faut vous fiez à la fenêtre en rouge, au dos de l’appareil. Elle est munie d’un volet de protection, toujours utile si vous posez l’appareil au soleil.

Le réglage de la vitesse s’effectue par la rotation du disque autour de l’objectif de prise de vue. Celles-ci vont de 1/10s à 1/300s plus une pose B. Les vitesses ne sont pas linéaires mais proposent la progression suivante : 1 – 2 – 5 – 10 – 25 – 50 – 100 – 300. Pour mémoire, l’obturateur est un Prontor S. On a connu pire !

Au fait, il y a aussi un retardateur (la tirette avec un point rouge, à gauche face à l’objectif) qu’il faut toujours armer quand et seulement si l’obturateur est armé, sinon, on bloque tout et risque de case. En outre, juste au dessus du déclencheur vous pourrez insérer un déclencheur filaire, à viser.

Les ouvertures se règlent enfin en faisant glisser un curseur, en dessous de l’objectif de prise de vue. Elles vont de f3,5 à f25, en tout cas ici, avec un objectif Ennar de 75mm. Le C en rouge sur le pourtour de l’optique signifie qu’il est traité (C=colored). La progression des ouvertures est un modèle ancien, qui se décline en fait ainsi : f/3,5, f/4,5, f/6,3, f/9, f/12, f/18 et f/25

S’ils sont moins connus que d’autres, les objectifs Enna ont très bonne réputation. A vous de le découvrir à l’usage.

Pour charger un film dans l’appareil, il faut faire jouer le ressort en dessous, qui libère la porte du dos, montée sur charnière. Comme d’habitude, on tire sur le bouton d’avance et ici on retire tout le bloc de la chambre, comme sur les anciens box. Le film est le 120 qui donnera des images en 6x6cm

Ai-je oublié quelque chose ?

Ah oui, outre le fait qu’on puisse le qualifier de la mouvance art déco avec son décor autour de l’objectif, il y a un filet pour fixer l’appareil sur un trépied, une prise pour un flash en façade (mais pas de griffe). Et un guide d’exposition sur la plaque arrière du tunnel de visée.

Un mot d’ailleurs à son sujet. Il est basé sur la règle du sunny 16 mais il a été pensé pour des films beaucoup plus lents que de nos jours (faible valeur Iso). Cependant, le film est plus indulgent qu’un capteur et il vous donnera encore de bons résultats s’il est surexposé de 2 ou 3 valeurs, ou sous exposé d’une.

En cas de doute, rien ne vous empêche d’utiliser une cellule à mains.

Source : http://www.artdecocameras.com/cameras/lipca/flexo/

Qu’en penser ?

Le Flexora II n’est pas un appareil courant, même s’il n’est pas rare. Il est somme toute assez basique mais idéal, me semble-t-il, pour aborder le moyen format sans se ruiner et en offrant de bons résultats. Encore une fois, les optiques sont bonnes et l’obturateur est l’infatigable Prontor S que l’on retrouve aussi chez Zeiss Ikon, par exemple.

Des exemples de photos prises avec ce Flexora ICI achèveront de vous convaincre je pense.

Plus solide qu’un Lubitel en bakélite, il vous offrira une belle expérience de prise de vue sans mettre à mal votre portefeuille, et de nos jours, c’est appréciable.

Il n’est vraiment pas compliqué à utiliser et vous vous prendrez vite au jeu de le sortir souvent car il est compact et pas trop lourd pour un TLR.

Que demander de plus ?

Ah, son prix ? Comptez environ 90 à 100€ pour un exemplaire complet et fonctionnel. Ça vous laisse de la marge pour acheter des films.

Videos d’illustration

Une petite pub d’époque (merci Collection-appareils.fr)

Des données techniques.

Fabricant: Lipca
Produit en 1951
Classement : Moyen Format
Type de corps : Reflex à double objectif
Construction : Métal
Type de film : 120
Largeur du film : 62 mm
Taille de l’image : 6 x 6 cm.
Nombre d’images : 12
Type d’objectif : Ennar
Distance focale : 75mm
Type de mise au point : Variable
Portée focale : 1m – infini.
Type d’ouverture : Iris
Ouvertures :f/3,5 – f/25
Type d’obturateur : Prontor S.
Vitesses d’obturation : T, B, I (1/300 s à 1 s)
Taille du viseur ouvert (l x h x p) : 88 x 180 x 100 mm
Taille du viseur fermé (l x h x p) : 88 x 135 x 100 mm
Poids: 720g

Des références

http://camera-wiki.org/wiki/Flexo, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Flexo, http://www.tlr-cameras.com/German/Lipca.html, http://www.artdecocameras.com/cameras/lipca/flexo/, http://www.cjs-classic-cameras.co.uk/other/tlr.html, http://camera-wiki.org/wiki/Flexora, http://camera-wiki.org/wiki/Flexora_II en anglais ; https://dirapon.be/TLR.html, https://www.collection-appareils.fr/x/html/page_standard.php?id_appareil=11204, https://www.collection-appareils.fr/x/html/page_standard.php?id_appareil=6321 en français ; https://web.archive.org/web/20160309015207/http://www.ukcamera.com/classic_cameras/lipca1.htm, en allemand et anglais.

Argentique

Le Yashica Flex S

Préambule.

Cet appareil fait partie de ceux ayant appartenu à la personne à laquelle j’ai consacré un article.

En fait , dans cette collection, j’ai acheté plusieurs TLR (twin lens reflex ou appareils à double objectifs) et il y avait deux Yashica Flex.

Si l’un est en parfait état, le second accuse moins bien le poids des ans et sans doute les mauvais traitements que lui ont fait subir les propriétaires précédents, avant d’arriver à l’achat par notre collectionneur.

Un article spécifique sera consacré à la restauration de ce boitier.

Mais venons-en à ce Yashica Flex S.

Un peu d’histoire (et de géographie).

La marque Yashica a une histoire peu commune, qui a laissé de beaux appareils dans l’histoire de la photographie, mais aussi quelques mémorables ratés sur la fin de son existence, chahutée.

Tout d’abord, de la vraie Histoire pour comprendre le phénomène japonais.

Après une longue période (250 ans quand même !) d’isolationnisme, le Japon s’ouvre au monde extérieur sous la pression des USA et des autres pays industrialisés. Nous sommes en 1853.

Il faut attendre le jeune Empereur Mutsuhito (1868 – ère Meijii) pour voir le pays se lancer dans un développement industriel fulgurant et rattraper son retard pour ne pas se faire manger par les autres pays économiquement forts de l’époque.

L’optique, la mécanique et la chimie sont les principaux domaines dans lesquels le pays excelle (et encore aujourd’hui d’ailleurs).

Mais il faut aussi se souvenir de la particularité du Japon : c’est un archipel de quelques 4000 îles. 75% du territoire sont des montagnes. Les plaines littorales sont étroites et ces rares espaces plats favorisent la concentration des hommes et de leurs activités (phénomène de littoralisation.)

Ensuite, le pays manque cruellement de ressources naturelles, qu’il est obligé d’importer.

Enfin, le pays est soumis aux caprices de ses volcans (70 sont toujours actifs), aux typhons nombreux sur sa façade pacifique et aux tsunamis dévastateurs.

Ce petit cours de géographie pour expliquer que les industries japonaises ont souvent commencé par de petits ateliers, qui se sont regroupés parfois, se sont rachetés les uns les autres. Et puis ils se sont ouverts à l’international avec des comptoirs un peu partout, mais ça, c’est une autre histoire …

Au début donc, nous avons des ateliers de mécaniques de précision (montre, horlogerie), d’optique de précision (microscope … tiens comme Leitz et Zeiss !)

Il faudra attendre le désastre de la fin de la seconde guerre mondiale pour que l’industrie photographique commence à se développer réellement.

Ils vont mettre leurs compétences au service de la copie d’appareils allemands, dont Leica, d’abord, pour ensuite s’en émanciper et dépasser l’original bien souvent grâce à une technologie inventive et réalisée selon des standards de qualité élevés.

Ainsi, l’histoire de Yashica commence par la Kogaku Seiki Co, entreprise d’optique née en 1930. Le ministère de la défense demande, en 1941, à cette entreprise de lui fournir un appareil photo. Ce sera le Nippon, une copie assez fidèle du Leica III de 1934. L’entreprise modifie son nom en Nippon Camera Works Ltd. en 1947 et invente un nom de produit, Nicca, qu’elle donne à ses premiers appareils, le Nicca III ou Type 3.

Ces appareils vont évoluer et dépasser le Leica en fonctionnalités et agrément d’utilisation.

« Oui, mais Yashica dans tout ça ? »

J’y viens … En 1949, la Yashima Seiki Company fabrique des pièces pour horloges électriques. Puis ils ont diversifié leur production et fabriqué des pièces pour appareils photographiques.

Finalement, en 1953, Yashima lance le Pigeonflex, un TLR 6×6 qui sera vendu par Endo sous la marque Pigeon.

Rapidement, la société décide de fabriquer et vendre des appareils sous son propre nom et elle lance le Yashima Flex en 1953, rebaptisé la même année en Yashica Flex.

C’est le début d’une longue lignée, qui évoluera de manière graduelle et que l’on pourrait diviser en modèles avec bouton ou à manivelle.

Pour simplifier, disons que les boitiers équipés d’un bouton pour le réarmement et l’avance du film sont restés proches du modèle original, même s’ils ont évolué, et ils sont restés les modèles d’entrées de gamme. Tandis que ceux avec une manivelle, modèles qui commencent avec le Yashica Mat (1957 – 1980), reprendra les caractéristiques des modèles allemands haut de gamme et sera la gamme réservée aux professionnels.

Les puristes de la marque me reprocheront de ne pas inclure dans ce schéma les TLR D et 635 qui ont pu avoir des fonctionnalités parfois plus avancées, mais ce n’est pas le propos de ce billet.

« Bon, et Nicca dans cette histoire, car on avait commencé par eux ! »

Et bien en 1958, suite à de gros soucis financiers, Nicca sera racheté par Yashima, qui changera pour l’occasion son nom en Yashica Company Ltd.

C’est à partir de cet instant que commence une autre histoire passionnante, celle du Yashica 35, sur laquelle je reviendrai peut-être un jour.

Présentation du Yashica Flex S.

J’ai écris, un peu plus haut, que Yashica pouvait s’inscrire dans l’histoire de la photographie grâce à quelques appareils innovant.

Parmi ceux-ci se place le Yashica Flex S.

En effet, il sera le premier TLR au monde à être équipé d’un posemètre intégré (non couplé) à cellule au sélénium.

Pour les plus fonceurs d’entre-vous, non le « S » ne vient pas du sélénium mais de Sekonic, la marque japonaise qui fabriquait des posemètres à cellule à sélénium, celui-là même qui fut greffé sur le Yashica.

Ce n’est pas un posemètre couplé ni à l’ouverture ni à l’obturateur. Il se cache derrière une plaque perforée, celle qui porte la marque et le modèle.

Outre ce posemètre « révolutionnaire », le boitier possédait l’enroulement du film avec arrêt automatique et un compteur de vue.

Introduit en 1954, les premiers appareils seront équipés d’objectifs Tri-Lausar avant d’être remplacé par un Heliotar de 80mm ouvrant à f3,5. Il utilise un filtre dit « à baie 1 », comme sur les Rolleiflex, car il se clipse sur les deux objectifs (viseur et objectif photo). De même, les premiers exemplaires seront équipés d’un obturateur NKS-FB B qui offrait des vitesses de 1s à 1/300s et un retardateur avant d’être remplacés par un obturateur Copal aux mêmes spécificités.

Produit donc de 1954 à 1957, il y aura une succession de changements surtout esthétiques (style des supports de sangles par exemple) et parfois ergonomiques (déplacement de la prise de synchronisation du côté vers l’avant).

Revenons un moment sur cette fameuse cellule Sekonic CB-1. Elle est fixée sur la gauche de l’appareil alors que les cellules pour recueillir la lumière sont situées sous le rabat de la plaque signalétique.

Cette plaque est percée de trous et, en cas de très forte lumière, on peut la laisser en position base.

Généralement, on soulève le rabat pour exposer les cellules aux rayons lumineux et puis on lit l’indice d’exposition dans la fenêtre de la cellule, sur la gauche.

Puis il faut régler l’appareil sur la valeur donnée et la vitesse appropriée.

S’il ne faut pas de pile puisque le sélénium produit l’électricité nécessaire au fonctionnement de la cellule, il faut bien admettre qu’avec le temps la substance s’épuise et il est rare de trouver encore des cellules fonctionnelles. Ceci n’empêchant pas l’appareil de travailler parfaitement et si vous avez besoin de mesurer la lumière, munissez-vous d’une cellule moderne, au CdS par exemple ou mieux, électronique.

Sinon, comment ça marche ?

Vous visez un sujet avec l’appareil, vous soulevez la plaque protégeant les cellules en appuyant sur le discret bouton au bout de la charnière, à droite.

En lisant le chiffre indiqué par la cellule, vous le reportez sur la grille en fonction de la sensibilité Asa de votre film (de 5 à 200Asa ici) et le curseur vous indique l’ouverture et la vitesse recommandées. Pratique et simple.

Pour le reste, c’est assez classique :

  • les deux objectifs sont des Heliotar de 80mm ouvrant à f3,5
  • les vitesses se règlent avec le curseur de droite (vu en tenant l’appareil en mains), de 1s à 1/300s, plus une pause B (obturateur Copal)
  • les ouvertures se manipulent avec le curseur de gauche, de f3,5 à f22
  • par dessous, avec un point rouge au centre, un curseur permet d’armer le retardateur (toujours armer l’obturateur avant d’enclencher ce dernier)
  • un dernier bouton permet, en le faisant glisser vers le bas, d’armer l’obturateur, qu’on libère en actionnant le déclencheur, en bas à droite (toujours dans la position du photographe)
  • on déverrouille la porte arrière en faisant tourner le gros verrou en dessous
  • sur la droite de l’appareil, deux gros boutons et le compteur de vue. Le premier bouton en haut sert à faire avancer le film et, accessoirement sert de pense-bête pour la sensibilité du film, alors que le second fait avancer la platine portant les objectifs, pour la mise au point. Il y a encore une petite tirette, à côté du bouton des distances, qui sert à remettre à zéro le compteur de vue
  • par dessus, le viseur caché dans son « tunnel » : le verre dépoli est quadrillé de rouge pour mieux cerner sa composition ; la traditionnelle petite loupe permet, parait-il, d’affiner le point sur le dépoli. Pour refermer le capot, il suffit de refermer la partie avant vers l’arrière, les différents volets se replient automatiquement dans l’ordre
  • sur la partie gauche, outre la cellule, deux petits boutons servent à introduire le film dans les bobines (on peut tirer dessus pour mettre le film en place correctement)

La synchro flash est à toutes les vitesses, pour terminer.

Qu’en penser ?

A son époque (1954), le fait de proposer une cellule embarquée et un mécanisme automatique pour l’avance du film et l’incrémentation du compteur de vues c’était une grande avancée technologique.

Aujourd’hui, la cellule, même si elle fonctionne encore, ne serait pas des plus précises et surtout limitée en sensibilité (de 5 à 200Asa). Rappelons-nous qu’à l’époque les films étaient plus lents que de nos jours. Rien n’empêche d’utiliser un film plus moderne mais dès lors la cellule à main est à privilégier de toute manière.

Reste que l’avance automatique et le compteur de vues restent un confort d’utilisation toujours d’actualité.

Pour le reste, l’appareil est beau avec son style finalement très classique mais rassurant.

Pas de fioritures inutiles, que du concret pour photographier dans de bonnes conditions.

L’engin est tout en métal, d’un poids (1,770kg nu) qui assure une bonne stabilité mais qui requiert une bonne sangle pour un portage agréable, ou un bon sac. On est loin de la bakélite d’un Lubitel !

Je pourrais lui reprocher sa vitesse maximale (1/300s) mais je n’oublie pas qu’il a été pensé pour des films moins rapides que de nos jours. J’achète donc ceux-ci en conséquence ou j’acquiers des filtres en baie 1 pour compenser (ceci étant, comme je n’aime pas les maths, je prends la première solution).

Pour le reste, c’est super bien construit, les assemblages sont très bons. Notons la plaque d’appui sur le film, dans la porte arrière, pour assurer une très bonne planéité.

Ensuite les optiques sont dans la moyenne supérieure. Allez faire un tour LA pour vous en convaincre.

Donc, si vous trouvez-un au alentours de 200€, dites-vous que vous faites une superbe affaire, surtout s’il est accompagné de sa superbe gaine en cuir.

Peut-être moins connu que d’autres appareil bis-objectifs, il mérite d’être (re)découvert, il ne vous ruinera pas.

Video d’illustration.

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

  • Taille 6×6 sur film 120
  • Corps en aluminium léger moulé sous pression
  • Objectifs Héliotar de 80mm ouvrant à f3,5 jusque f22
  • Obturateur Copal avec 9 vitesses de 1s à 1/300s plus pause B
  • Avance du film semi automatique
  • Synchronisation du flash (X)
  • Cellule Sekonic CD-1 non couplée
  • Baïonnette baie 1 et diamètre de filtre de 30mm
  • Sac tout prêt en cuir
  • Poids : environ 1,770gr

Des références.

http://camera-wiki.org/wiki/Yashica_6%C3%976_TLR_(knob_advance)#Yashica_Flex_S_.3F, https://www.thecamerasite.lauro.fi/06_TLR_Cameras/Pages/yashicaflex.htm, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Yashica_Yashimaflex/Yashicaflex#Yashicaflex_S, http://yashicatlr.com/, http://yashicatlr.com/66ModelsPage2.html (incontournable), https://yashicasailorboy.com/2021/12/02/revisiting-a-classic-yashica-flex-model-s/, https://yashicasailorboy.com/2016/02/16/yashica-flex-model-s-1954-to-1957/, en anglais ; https://fghphoto.be/blog/2017/yashica-35/, https://bromurefilm.com/fr-be/blogs/questions-generalistes-sur-la-photographie-argentique/lhistoire-dune-marque-iconique-yashica, https://www.lesnumeriques.com/appareil-photo-numerique/yashica-retour-qui-empeste-imposture-marketing-n66775.html, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-8020-Yashica_Yashica-Flex%20S.html en français

Argentique

Le Pentacon Six

Recherche rapide : Préambule – Un peu d’histoire – Présentation du Pentacon Six – Qu’en penser ? – Videos d’illustration – Un peu de technique – Des références.

Préambule.

Voici encore un appareil comme je les aime : atypique !

Au premier regard, il ressemble à un énooooorme réflex 24×36, mais en y regardant d’un peu plus près, vous constaterez que c’est en fait un petit moyen format.

Car comparé à un Kiev 88, un Mamiya 645, il est finalement de taille très raisonnable.

Je dois cet appareil à la collection pour laquelle j’ai écris un article, souvenez-vous. Il est en excellent état et m’a tout de suite titillé.

Mais passons aux choses sérieuses …

Un peu d’histoire.

A l’origine était le Praktisix (1956 – 1966), un reflex qui prenait des images en 6x6cm sur film 120. Il était doté d’un obturateur à plan focal en tissu caoutchouté à déplacement horizontal qui offrait des vitesses de 1 seconde à 1/1000s, plus pose B, avec synchronisation X du flash.

Source : Pentaconsix.

Sa première particularité était sa monture, à baïonnette à verrouillage par culasse avec un diaphragme interne automatique. Il proposait aussi des viseurs interchangeables (viseur au niveau de la taille, avec ou sans loupe , pentaprisme avec stignomètre). La seconde particularité c’était son design, qui le faisait ressembler à un gros reflex, avec ses avantages : facilité d’utilisation, rapidité de mise en œuvre, rapidité d’exécution.

Un soucis, récurrent, l’avance du film, peu fiable et sujette au double exposition ou aux chevauchements, a ternis sa réputation.

Ah, j’allais oublier : nous sommes en Allemagne de l’Est, au sortir de la seconde guerre mondiale. Fabriqué à l’origine par KW, en 1959, les appareils de cette société auront des sorts divers, dont des changements de noms souvent. Finalement, elle a fusionné avec la partie est-allemande de Zeiss Ikon pour devenir VEB Kamera und Kinowerke. En 1964, la société fusionnée devient VEB Pentacon, tout en poursuivant la production des modèles Praktica.

Tiens, petit aparté : c’est la société Praktica qui a, la première, déposé le nom de Pentax, avant de devenir Pentacon. Finalement, elle vendra la droits du nom Pentax à la société japonaise Asahi Kogaku.

Mais revenons à notre Praktisix. Au fil du temps, il fut régulièrement amélioré (Praktisix II et IIA) et puis, au milieu des années soixante, il sera rebaptisé Pentacon Six. Cet appareil sera fabriqué jusqu’au seuil des années nonante, lorsque l’URSS s’effondre, sans trop de changements.

Second aparté : le Praktisix sera considéré comme le « grand frère » du Praktina, un reflex 24×36 (1953 – 1960). Ils partagent d’ailleurs de nombreux éléments, comme la monture de culasse, à tel point que l’on peut considérer la monture du Pentacon Six comme la version bodybuildée de celle du Praktina.

Bien que l’appareil ne soit pas un « best seller », il connut quand même un joli succès, notamment dû à son prix abordable par rapport à d’autres légendes comme le Hasselblad. Et qui dit succès, dit copies : à l’Est, vous aurez le Kiev 6C, le Kiev 60, l’Arax 60, tandis qu’à l’Ouest vous aurez l’Exakta 66.

Qui dit succès, dit gamme d’objectifs tiers : Carl Zeiss Jena, Meyer-Optik à l’Est ; Mir Jupiter, Vega pour l’URSS ; Schneider pour l’Allemagne de l’Ouest. Vous aurez du choix pour équiper votre boitier !

En résumé, le Pentacon Six est un Praktisix amélioré et – enfin – fiable. Sa mécanique, si elle est identique dans l’esprit, a été remaniée et fiabilisée. Un petit exemple est la tige crantée qui entraine le film, absente sur un Praktisix. Il pourra même embarquer, par la suite, du film 220, sans plus déraper comme son prédécesseur. Une version avec un prisme TTL interchangeable sera disponible pour le Pentacon Six TL, le dernier produit jusqu’au terme de l’entreprise, en 1990.

Présentation du Pentacon Six.

Tout d’abord une petite remarque due à l’ambiguïté de l’appareil : il ressemble à un reflex 24×36 mais c’est bien un moyen format.

Pentacon Six de 1969.

Ce qui induit que la monture est aussi celle d’un moyen format. Deux conséquences directes en découlent :

  • elle est conçue pour produire un cercle d’image beaucoup plus grand car il faut couvrir la taille du film 120. Dès lors, les objectifs seront plus grands aussi que leurs homologues en film 135.
  • si le cadre est plus grand, le miroir aussi, et la boîte à miroir, c’est logique. En conséquence, la distance focale est plus « longue », ici elle est de 74,1mm.

Ce petit aparté intervient pour les aventuriers qui tentent d’adapter de vieilles lentilles sur leur numérique.

Comme son « ancêtre », le Praktisix, ce boitier moyen format rompt avec la tradition des moyens formats dit TLR (twin lens reflex), comme les Rolleiflex, les Yashica, etc. Mais il ne ressemble pas non plus, nous l’avons vu au préambule, aux autres reflex du style Bronica, Hasselblad ou Mamiya. Finalement, celui qui lui ressemble le plus est le Pentax 67.

Source : Wikipedia.

Le « kit de base » se compose d’un objectif Carl Zeiss Biometar de 80mm ouvrant à f2,8, un viseur au niveau de la taille avec un verre mat. Mais il fait partie d’un « système » dans lequel vous trouverez des objectifs allant du fisheye de 30 mm à un objectif miroir de 1000mm.

Les objectifs seraient toujours fabriqués par Arsenal (Kiev) sous la marque Arsat et par la firme tchèque Hartblei.

Puisque le Pentacon Six fonctionne comme un reflex, pour le charger, il faut ouvrir la porte à l’arrière et glisser le film dans la chambre. Un large verrou, sur le flan gauche, ouvre la large porte montée sur charnière. Dès que vous ouvrez cette porte, le compteur de vue se remet à zéro. Attention, le verrou n’est pas sécurisé. Il faut veiller à ne pas l’accrocher par mégarde sinon risque de fuite de lumière assurée (l’idéal serait de posséder un « sac tout prêt » et de n’en garder que la moitié montée sur l’appareil).

La chambre, immense, présente à gauche l’emplacement pour la bobine et à droite la bobine réceptrice. N’oubliez pas que le film 120 est constitué du film, doublé d’un papier épais qui le protège. La bobine de 120 se déroule et s’enroule sur la bobine vide. Conséquence : on ne doit pas rembobiner le film arrivé à la dernière vue.

Normalement vous obtiendrez 12 photos sur un film 120 en 6x6cm. Mais sur le Pentacon Six, vous pouvez charger du film 220, qui double votre production. Un minuscule petit curseur sous le levier d’armement permet de passer du 120 ou 220. De fait, quand vous arrivez au bout du film (12 vues), l’appareil se bloque. Avec ce petit curseur, vous débloquez le boitier pour arriver au 24 vues du film 220. Simple et efficace (sauf si on a oublié le type de film dans la chambre !).

Le film se déplace ici horizontalement, contrairement aux TLR, où le film se déroule de haut en bas, ou inversement. C’est particulièrement confortable pour la lecture du film développé car on lit la séquence de gauche à droite et non pas de haut en bas.

Alors, héritage sans doute de la mauvaise réputation du Parktisix, on reproche aussi au Pentacon Six de ne pas bien enrouler le film et de favoriser les chevauchements.

Pour éviter ce souci, il faut tirer le levier d’avance jusqu’au bout de son mouvement, qui est assez long et pendant ce mouvement vous « sentirez » que le film avance, que le miroir se lève, que l’armement s’opère. Et il faut relâcher le levier, ne pas le laisser trainer au retour, qui doit être « franc ».

Voici quelques autres conseils pour éviter tous soucis :

  • lorsque vous glissez un nouveau film dans la chambre, assurez-vous qu’il est fermement fixé en haut et en bas, un dispositif à ressort qui doit être bien enfoncé dans la bobine évitera que le film ne se mette de travers.
  • enfoncez la partie effilée du film (l’amorce) dans la fente la plus longue de la bobine réceptrice en veillant bien à ce que le papier de protection soit bien contre le film ; repliez la bande amorce sur la bobine pour offrir une meilleure prise lorsque le film sera enroulé sur la bobine réceptrice. Faites tourner la bobine réceptrice avec le doigt jusqu’à ce qu’un tour complet soit effectué par le film et le papier, qui doit rester bien serré autour de celle-ci.
  • enroulez le film, dos toujours ouvert, d’abord en tirant le levier d’armement jusqu’au bout mais sans le laisser revenir à fond, puis par une série de coups courts jusqu’à ce que vous voyiez une flèche à double tête sur le papier, qui devra s’aligner avec le point blanc marqué sur le bord de la chambre. Ceci garanti que le film sera bien positionné pour la première image et pour le compteur du vue. Laissez revenir le levier d’armement à sa position initiale, en l’aidant si besoin
  • refermez le dos en vérifiant que les guides et la plaque de pression soient bien en contact avec le film.

Ensuite, vous armez et déclenchez encore trois fois pour que le compteur se mette sur la première vue : c’est prêt ! Ah oui, vous ne verrez pas un chiffre 1 mais un petit point au milieu de la fenêtre du compteur (pourquoi faire simple quand on peut faire autrement ?).

Normalement, avec ces conseils vous ne devriez pas avoir de problème.

Petit résumé avec cette vidéo.

Imaginons que vous ayez déjà terminé votre film. Donc, après la 12 vue, le mécanisme se bloque. Vous allez devoir faire coulisser vers l’avant la petite tirette située sous le levier d’armement. Puis vous tirez sur ledit levier jusqu’à sa butée et vous accompagnez son retour sur un petit tiers de sa position. Ensuite, par une série de petits à coups vous allez finir d’enrouler la pellicule sur la bobine réceptrice.

Ensuite, si la plupart des appareils moyens formats utilisent des obturateurs centraux, limités souvent au 1/500s, le Pentacon Six propose en obturateur à plan focal horizontal qui offre des vitesses de 1s à 1/1000s, avec pose B et synchronisation du flash au 1/30s. De fait, l’avantage de cette construction est de réduire le coût de construction des objectifs puisque l’obturateur n’est pas intégré dans l’objectif. Ce qui simplifie aussi la production d’objectifs avec une plus grande ouverture.

Bon, on progresse : vous avez mis un film dans la chambre alors n’oubliez pas de régler la sensibilité de celui-ci sur le minuscule cadrant posé sur le levier d’armement. Ce n’est qu’un « pense-bête » car ce réglage n’a évidemment aucune influence sur le boitier, qui n’est pas équipé d’une cellule.

De l’autre côté, la roue des vitesses, bien crantée. Ici vous pouvez modifier les vitesses avant ou après avoir armé l’appareil, ça n’influe pas sur la mécanique.

Une autre petite roue aide-mémoire, sur le dessus des vitesses, ne sert qu’à vous rappeler quel type de film est dans l’appareil. Personnellement, je trouve que ça fait un peu double emploi avec l’autre aide-mémoire (Asa/Iso) mais si vous avez peur d’oublier que c’est un film N/B ou couleur, pourquoi pas ?

Ensuite, le viseur … on a souvent reproché au système TLR d’offrir une vision sombre de l’image. C’est souvent vrai mais la forme en « cheminée » du viseur, la qualité du verre de visée, l’ouverture de l’objectif de visée, tout cela influe sur la clarté de la vision.

Ici il y a un seul objectif, avec une ouverture conséquente (f2,8) et un verre mat qui joue bien son rôle. Notons que l’on peut changer les verres, le viseur, ajouter des prismes, etc.

Personnellement, je trouve qu’il est assez lumineux et, pour une fois, la loupe est utilisable et utile.

Pour ouvrir le viseur, juste pousser le petit bouton dans le sens de la flèche et l’ensemble jaillit. Trois type de visée sont prévus : en regardant dans le puits seul, avec l’aide de la loupe pour affiner la mise au point, loupe relevée à travers un carré qui s’ouvre dans le capot (principe du « viseur sportif ») qui autorise juste un cadrage.

Sur la face avant du Pentacon Six, un retardateur (+/-10secondes), le déclencheur, avec sa position inhabituelle mais tellement confortable ; la prise pour le flash (sur le fut de l’objectif).

Par en dessous, un astucieux bouton visé sur celui du trépied permet deux choses : d’abord de faire tenir l’appareil droit (il est posé sur un « trépied ») et ensuite, on peut modifier le pas de vis fonction des trépieds en changeant cette douille.

Un mot bien sûr de la monture du Pentacon Six, héritée du Praktisix. Une large bague crénelée, contre le fut, doit être « vissée » ou « dévissée » pour libérer l’objectif, qui s’insère dans la chambre via une baïonnette spécifique. C’est le principe de la baïonnette à culasse. Ca tient bien mais il faut absolument s’assurer que la bague est bien serrée (sans excès) pour ne pas perdre le caillou en route (surtout si on a la mauvaise habitude de se saisir de l’appareil par l’objectif !).

Vraiment un bel appareil. Avez-vous noté les petits détails ? La butée du levier d’armement, la couronne autour du déclencheur qui est en fait un verrou, tout comme pour la prise du flash, les petits boutons sur les cotés du corps du fut d’objectif, pour y accrocher une sangle, la qualité du viseur dépliant ? Un travail soigné sur un boitier tout en métal avec une carrosserie solide, rehaussée de cuir granité.

A l’utilisation, c’est finalement un boitier très facile : vous prenez la lumière avec une cellule à main, vous réglez l’ouverture, la vitesse, faite la mise au point et … clong (oui, ça sonne costaud aussi !), l’image est dans la boite.

Toutes les opérations se font facilement, l’objectif est bien dimensionné et tout se trouve dessus : bague des vitesses et des ouvertures. Le cadrage est simplifié par la taille du verre de visée et vous pouvez affiner la mise au point grâce la loupe, précise pour une fois.

La tenue en main, même si l’appareil est lourd, est aisée avec ses deux côtés qui sont comme des poignées de maintient. Mais il est vrai que si l’ensemble est sur un trépied, vos cervicales vous remercieront.

Qu’en penser ?

Je le signalais en préambule, j’aime beaucoup son côté atypique de gros reflex qui cache en fait un moyen format facile à utiliser.

Evidemment c’est encore un appareil qui demande de l’attention pour bien fonctionner, longtemps. Pas qu’il soit fragile mais, par exemple, si vous ne respectez pas le schéma de chargement, vous serez déçu des résultats.

La visée de poitrine demande un peu d’entrainement car l’image est inversée ici aussi (comme sur les TLR classique) mais, pour ma part, je la trouve confortable et claire.

Soyez certain qu’avec lui vous ne passerez pas inaperçu lors d’une séance de prise de vue (mais cela peut être amusant).

Le résultat des images prises avec lui est généralement très bon, notamment grâce à effort fournis par les objectifs Carl Zeiss Jena, qui ont bonnes réputations. Vous trouverez d’ailleurs ici un peu plus bas quelques analyses des principaux objectifs utilisés.

Reste son poids (plus d’un kilo nu) qu’il faut maitriser mais d’autres TLR le battent largement (Mamiya 330 par exmple).

Les négatifs qu’il délivre sont grands (6x6cm) et fourmillent de détails, ils autorisent les agrandissements sans perte de qualité.

Enfin, dernier argument, son prix d’achat : comptez environ 200€ pour un beau modèle avec son Biométar f2,8 et plus de 400€ s’il est accompagné de son « sac tout prêt », de sa sangle, voire d’autres accessoires encore.

Ce n’est pas le moins cher des moyens formats mais il est loin des stars de la catégorie. Et il vous offrira une facilité d’utilisation et de mise en route peu commune.

Il faut parfois être raisonnable et se laisser tenter !

Quelques réflexions glanées sur les objectifs, pour information.

Le Carl Zeiss Jena Biometar 80 mm f/2.8 : mise au point manuelle, diaphragme automatique à ressort. Construction optique : 5 éléments en 4 groupes, objectif principal normal standard pour Pentacon Six. Ouvertures : f/2,8 – f/22. Lames de diaphragme : 8. Distance de mise au point minimum : 1 m ; Diamètre du filtre : 58 mm. Poids : 260 gr. Longueur : +/- 5cm.
Qu’en penser ? C’est un excellent objectif. Très net avec un bon contraste sauf dans les coins du champ à f/2,8, un bokeh naturel agréable surtout aux plus grandes ouvertures et un rendu « arrondi » vintage excellent pour le portrait ; largement disponible et à un prix raisonnable entre 150 € et 250 €.

Remarque : cet objectif a été initialement fabriqué dans une version à revêtement unique, le « style Zebra », et plus tard dans une version multicouche entièrement noire (marquée MC). Ce dernier et le dernier 80 mmf/2,8 Aus Jena Bm utilisent la même formule optique, offrent un meilleur contrôle des reflets dans une lumière intense, mais ont par ailleurs des caractéristiques d’imagerie similaires à celles de l’objectif plus ancien.

Le Carl Zeiss Jena Tessar 80 mm f/2,8, diaphragme automatique à ressort. Construction optique : 4 éléments en 3 groupes, objectif standard normal de 1956-1958. Ouvertures : f/2,8-f/22. Lames d’ouverture : 8. Distance de mise au point minimale : 1 m ; Diamètre du filtre : 58 mm. Poids : 240gr. Longueur : +/-5,5cm.
Qu’en penser ? Malgré sa construction plus simple à 4 éléments, cet objectif est comparable au Biometar 80 mm f/2,8, à l’exception d’une légère douceur dans les coins du champ à f/2,8-4,0. Sinon, il est très net avec un bon contraste, un bokeh agréable et un joli rendu vintage typique des objectifs de formule Tessar. Il n’est pas rare, mais il est considéré comme un objet de collection, c’est pourquoi il coûte généralement entre 200 et 400 € d’occasion, un peu plus que le Biometar 80 mm f/2,8 plus courant.

Des videos d’illustration.

Tout d’abord, un lien plus qu’important, qui présente (hélas en anglais) toute une série de vidéos bien utiles pour le maniement du boitier. D’ailleurs ce site est une bible pour le Pentacon Six.

Quelques références.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Pentacon_Six, en français ; https://www.pentaconsix.com/, http://camera-wiki.org/wiki/Pentacon_Six, https://www.thephoblographer.com/2017/07/25/vintage-film-camera-review-pentacon-six-tl-6×6-square-format/, https://lens-db.com/camera/pentacon-six-1966/, https://www.lomography.com/magazine/100337-pentacon-six-a-great-medium-format-slr, https://lens-db.com/system/praktisix-pentacon-six/, https://casualphotophile.com/2019/09/17/pentacon-six-review/, https://japb.net/theory/lensmounts/pentacon-six/, https://www.35mmc.com/27/10/2020/pentacon-six-mini-review-getting-to-know-the-camera-part-2-by-holly-gilman/, https://www.pentaconsix.com/29k6c.htm, https://rangefinderforum.com/threads/the-inscrutable-pentacon-six-a-users-guide.4814956/, https://ygreq.medium.com/a-practical-review-of-the-pentacon-six-poor-mans-hasselblad-40cf8f70cbe1, https://www.pentaconsix.com/16prak6.htm, https://www.pentaconsix.com/TheCameras.htm, https://www.pentaconsix.com/19p6.htm, http://camera-wiki.org/wiki/Praktisix, en anglais.

Argentique

Le Filmor de Fototecnica (made in Italy)

Préambule.

Une fois n’est pas coutume, c’est sous un soleil de plomb (32°C à l’ombre, mais il n’y a pas d’ombre !) que nous visitons une brocante, celle d’Incourt en l’occurrence, qui s’étend sur plus de 2 kilomètres en rase campagne.

Là une personne âgée vend quelques appareils dont un dans un minuscule étui en cuir. Je présume que ce sera un box quelconque.

De fait, en ouvrant la boîte, je découvre cet étonnant Filmor. J’avoue avoir vite compris comment il fonctionne (et je n’ai aucun mérite, c’est d’une simplicité naïve), mais impossible de voir comment l’ouvrir. Et en essayant, je casse malencontreusement la petite courroie de cuir de portage. Bien évidemment, j’achète l’appareil au prix que nous venions de décider. Je trouverai bien comment en venir à bout à la maison.

Un peu d’histoire.

Contrairement à la France et l’Angleterre, l’Italie n’a pas un grand passé de « chercheurs » dans le domaine de la photographie. Pourtant, dès la naissance de celle-ci, Turin, surtout, s’intéresse de près aux évolutions de ce nouveau médium.

Turin est alors dans une phase d’ébullition : après la défaite de Bonaparte en 1815, le Piémont et la Sardaigne sont rendus au roi Victor-Emmanuel 1er. Mais le souverain mécontente sa population et de nombreuses révoltes vont éclater. En 1852, le Comte de Cavour, Camillo Benso va œuvrer pour l’unification de l’Italie. Il modernise l’économie et prépare donc l’unification du pays pour le roi Victor-Emmanuel II. Il obtient le concours de Napoleon III pour regagner les territoires encore sous la coupe de l’Autriche (mais en contre partie il perd Nice et la Savoie en faveur de la France). Le 18 février 1861, le premier Parlement italien siège au Palazzo Carignano à Turin et le 17 mars, Victor-Emmanuel II devient le premier roi d’Italie. Cavour décède la même année, alors nommé premier ministre, victime du paludisme.

Même si elle perd le statut de capital du pays, Turin reste une ville très industrielle et à l’affut des nouveautés du monde : en 1884, elle accueille l’Esposizione generale italiana artistica e industriale (Exposition générale d’art et d’industrie italienne). Cette exposition internationale doit promouvoir ce qui se fait de mieux dans les arts et l’industrie de l’époque.

Dans l’attente de cette exposition et juste après elle, Turin verra se créer de nombreuses entreprises dans de nombreux domaines, comme la presse, le textile, l’agro-alimentaire, la mécanique, l’automobile : ainsi naissent la Gazzetta Piemontese (1867) qui deviendra le grand journal national La Stampa (1895) et la société Martini ; Lavazza en 1899, la Fabbrica Italiana Automobili Torino (FIAT) voit le jour la même année ; la première maison de production cinématographique (1904), puis Lancia en 1906.

« Et la photographie dans tout ça ? »

Le Piémont est resté assez proche de ce qui se fait en France et très vite les daguerréotypes se développent. Dès 1839, la Gazzetta Piemontese se fait l’écho des premières expériences faites à partir de daguerréotypes et dès 1840 de nombreux portraitistes ambulants s’établissent dans la région. Ils sont surtout d’origine française (Adolphe, Fortin, G. Perraud et Renaud à Turin, et Bernardi à Biella).

Pourquoi le daguerréotypes plutôt que les techniques du collodion humide, le calotype ou du ferrotype, alors aussi en vogue à l’époque ? A cause des liens étroits avec la France, les autres procédés étant plutôt de mise en Angleterre.

Puis, petit à petit, ces autres techniques vont s’implanter et supplanter le daguerréotype, notamment dans les nombreux studios qui s’ouvrent dans le Piémont.

Jusqu’à la seconde guerre mondiale, Turin reste prospère et encourage l’installation de nouvelles industries. Las, alors que c’est sans doute la Ville qui fut la plus antifasciste, elle sera terriblement bombardée par les alliés (1943) et son industrie subira d’énormes pertes.

Pourtant, au sortir de la guerre, la Ville se redresse et relance son économie avec de grands noms (Olivetti, Ferrero – 1946) qui côtoient toujours les grandes industries du passé.

C’est à cette époque (1946) que la Fototecnica est fondée à Turin pour produire du matériel photographique.

Les premiers appareils photo proposés étaient des boitiers simples, qui offrent un juste équilibre entre qualité et prix économique, comme le Bakina (1946) ou le Bandi (idem)

N’oublions pas que nous sommes au sortir de la seconde guerre mondiale. D’autres fabricants ne proposent pas mieux : Kodak vend toujours ses box, Agfa aussi, ou des appareils en bakélite (Kodak, Ferrania, Fex, etc.), voire encore des soufflets (Agfa, Zeiss Ikon, etc.)

Ce que le public veut, ce sont des appareils simples d’utilisation, peu coûteux mais qui donnent une certaine satisfaction quant au rendu.

Le Filmor – je devrais d’ailleurs écrire les Filmor – ne dérogent pas à ces attentes. Nous sommes en 1950 pour les modèles qui nous occupent aujourd’hui.

Tiens, pourquoi écrire « les » Filmor ? En préparant cet article, je me suis rendu compte qu’il existait deux formes de cet appareil, légèrement différente (nous y reviendrons) et il se fait que ce matin, dans une autre brocante qui attendait une drache nationale, j’ai trouvé le second modèle.

Présentation du Filmor de Fototecnica.

Comme je l’écrivais en préambule, lorsque j’ai acheté le premier Filmor, je n’ai pas trouvé comment l’ouvrir et le vendeur n’en avait aucune idée.

En fait, cette anecdote prouve combien cet appareil est fabriqué sérieusement car si j’ai finalement trouvé c’est en regardant très attentivement comment il était fait.

Tout d’abord le boitier est tout métallique, alors qu’à l’époque certains vendaient encore des box en carton !

Généralement les box possèdent deux viseurs et on y regarde au niveau de la taille. Le premier viseur donne une photo au format dit « portrait » et lorsqu’on couche l’appareil sur le côté, on obtient le format « paysage » car se sont généralement des 6x9cm.

Une autre variante, que l’on retrouve sur les appareils à soufflet, c’est un viseur de côté que l’on fait pivoter dans le sens de la prise de vue, comme sur le Zeiss Ikon Nettar 512/2.

Ici, ils ont fait une synthèse des deux systèmes pour le premier modèle : le viseur, placé au dessus de l’objectif, pivote selon ce que l’on a besoin.

Comme la plupart des box de l’époque, l’obturateur est commandé par une tringle, sur le côté droit de l’appareil. Il y a deux vitesses : I pour « instantané », qui donne environ le 1/60s et T pour « temps » où l’obturateur restera ouvert aussi longtemps que nécessaire avec le sélecteur appuyé.

L’objectif fixe achromatique offre une ouverture constante de f11.

Le boitier, peint en noir granité mat est extrêmement bien assemblé (métal estampé et soudure) et est très rigide. Sa face avant, métallique, est d’un bel effet et change selon le modèle : unie sur celui avec un viseur pivotant, « art-déco » pour le second qui propose lui un viseur en forme de tunnel, comme le Bilora Gevabox.

A l’arrière, un rond rouge pour servir de compteur de vue rudimentaire.

Pas de pas de vis pour une quelconque fixation de trépied en dessous ou sur un côté. Pas de prise flash non plus.

Ensuite, selon le modèle, un viseur pivotant ou un viseur en forme de tunnel ajouté sur le dessus du boitier. On n’y voit pas grand chose, dommage, quel que soit le viseur utilisé.

Enfin, sur le côté gauche (quand on tient l’appareil en mains), un large bouton rond strié. C’est le fameux curseur pour ouvrir et refermer l’appareil. C’est en fait tout le côté droit du boitier qui s’ouvre.

A l’intérieur, la chambre amovible pour charger un nouveau film en 120. C’est typiquement le système utilisé dans ce genre d’appareil, rien de spécial à ce sujet.

Que penser de l’appareil ?

Que ce soit l’un ou l’autre modèle (avec une préférence pour l’originalité du viseur pivotant), ils ont une certaine élégance, à défaut d’être sophistiqués.

Honnêtement, que vous utilisiez le viseur pivotant ou le viseur tunnel, vous ne verrez pas grands chose et vous prendrez vite l’habitude de viser au pif, à hauteur de taille ou de poitrine (si vous voulez quand même essayer de voir quelque chose dans le viseur pivotant).

Ils sont très compacts pour des box de cette génération et donc plaisant à tenir en main par la petite languette de cuir qui sert au transport (quoique je me méfie car le temps n’est pas l’allié de ce type de cuir). Vous pouvez aussi les ranger dans leurs boîtes en cuir pour les emmener où vous voulez, elles sont aussi munies de sangles, plus solides et plus souples.

Je ne peux m’empêcher de penser aux photographes de l’époque, qui ont rempli des albums photos familiaux avec ce genre d’appareil. Finalement, c’est qu’ils devaient rencontrer leurs attentes : simplicité et rendu suffisant que pour ne pas confondre Don Camillo et Pepone sur les images.

Si vous en trouvez en très bon état (pas rouillé, pas écaillé, avec leur trousse), ne dépensez pas plus de 15€ et, si vous en avez l’occasion, essayez-les, pour le plaisir de tirer 8 photos comme vos (arrières) grands-parents.

Des références.

https://vintagecameralab.com/fototecnica-filmor/, http://camera-wiki.org/wiki/Filmor, https://historiccamera.com/cgi-bin/librarium2/pm.cgi?action=app_display&app=datasheet&app_id=3487, https://www.historiccamera.com/cgi-bin/librarium2/pm.cgi?action=app_display&app=datasheet&app_id=3483, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Filmor, https://www.collectorsweekly.com/stories/157652-fototecnica–filmor-box-camera, https://historiccamera.com/cgi-bin/librarium2/search.cgi?action=app_search&app=datasheet&sortby=datasheet_name&in_datasheet_subcategory=f0t0t3c&submit=search en anglais ; https://blog.seniorennet.be/retrocameras/archief.php?ID=197, en néerlandais ; https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-12376-Fototecnica_Filmor.html, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-648.html, http://www.appaphot.be/fr/brands/fototechnica/fototechnica-filmor, https://www.persee.fr/doc/mar_0758-4431_1995_num_23_2_1565, https://www.petitfute.com/v50133-turin/histoire/ en français

Argentique

Le Zeiss Ikon Nettar 515/2

Encore un matin chagrin sur les bords du canal à Charleroi. C’est la brocante des Quais et les malheureux exposants ont du attendre qu’il soit 9h30 pour commencer à déballer, les trompes d’eau du petit matin les ayant fait se réfugier dans leurs véhicules respectifs (eh oui, à 4h00 du matin, même à Charleroi, les estaminets sont fermés !).

Ils étaient finalement peu nombreux, en tout cas bien moins que les fastes années que cette brocante, pourtant réputée, a pu compter.

Mais en déambulant sans trop d’espoir, je me suis arrêté sur un stand où un Monsieur sympathique vendait un vieil appareil Zeiss Ikon.

On ne peut pas dire que chez Zeiss Ikon ils aient été débordant d’imagination pour leurs différents modèles.

Il y a les Zeiss Ikon Nettar, les Zeiss Ikon Ikonta, les Super Ikonta, les Zeiss Ikon M, par exemple et pour ne citer que quelques appareils dits « folding », c’est-à-dire à soufflet.

Ah, ils les ont déclinés à toutes les sauces, en changeant les numéros : 521/2, 518/16, 531/2, 521/16, etc.

Franchement, je pense que même eux ne s’y retrouvent pas, d’autant que si vous avez lu les quelques articles que j’ai déjà consacré à la marque, il y eut la guerre de 40-45 qui vint tout bouleverser, puis le rideau de fer et les déchirantes divisions que cela a impliqué, même pour les sociétés.

Tout ça pour dire que j’ai déjà évoqué le Zeiss Ikon Nettar mais il s’agissait du Nettar II 518/16.

Et là je me cite (non, non, tout va bien docteur) : « Le premier Nettar est apparu sur le marché en 1934, sous le numéro 510 car sans doute la firme avait-elle déjà prévu une gamme complète pour ces appareils. Tout comme elle l’avait fait avec l’Ikonta.

De toute manière, le Nettar, […], utilise le même boitier que l’Ikonta (520/2). Ce qui va changer, c’est l’optique et l’obturateur.

De fait, après le 510, il y eut un 510/2 en 1936 (6×9), puis un 515 en 1937, un 516, etc.

J’ai envie d’écrire que « comme d’habitude », Zeiss va fabriquer sa gamme avec différents obturateurs et optiques avec une progression dans les prix, évidemment. Ainsi un Nettar livré avec un Tessar et un Prontor valait quatre fois le prix du même appareil livré avec un Nettar et un Derval« .

C’est ici que je voulais en venir car ce « nouveau » Nettar est équipé du fameux Tessar 105 mm ouvrant à f4,5 (jusque f32) et d’un obturateur Prontor (1s – 1/250s et pose B, retardateur).

En plus, j’ai eu la chance de l’acquérir avec deux accessoires rares : le viseur séparé et un porte-filtres avec les 3 filtres vert – jaune – orangé dans leur pochette en cuir bleu. La preuve de dédouanement (1953 !), sa gaine en cuir « spéciale » made in Belgium, un déclencheur souple complètent l’appareil, qui est dans un superbe état.

Pour une fois je vous épargnerai l’histoire et l’Histoire de cet appareil (je vous ai déjà fait le coup avec ceux cités plus haut) mais juste vous faire une galerie de photos de ce bel appareil et de ses accessoires.

Dernier détail : il y avait un vieux film terminé dans la chambre ! Que je ferai développer et s’il y a quelque chose sur le film, les photos seront dans les « photos oubliées ».

C’est toujours un très bel appareil, bien construit, facile d’utilisation avec sa mise au point avec les « points rouges » (voir les explications dans l’article sur le Zeiss Ikon Ikonta C 521/2).

La qualité optique est au rendez-vous et vous pourrez voir LA quelques exemples d’images captées avec ce type d’appareil.

Si vous vous en souvenez, la gamme Ikonta était réservée aux professionnels et aux amateurs très avertis (et riches) tandis que le Nettar était un très bel entrée de gamme destiné aux amateurs.

Ceux équipés d’un Tessar sont rares car ils étaient les plus chers à l’époque. Donc, si vous en trouvez un, la négociation sera âpre pour le faire descendre à 50€. Equipé des accessoires de celui-ci, un Zeiss Ikon Nettar Tessar 105 ouvrant à f4,5 avec obturateur Compur se négociera dans les 90€.

Même à ce prix-là, vous entrerez dans la famille des moyens formats à coût raisonnable, avec de l’excellent matériel et, petit avantage, sous un gabarit minimaliste, fermé.

Quelques données techniques :

Zeiss Ikon Nettar 515/2

Année de sortie : 1933 (et toujours vendu tel quel en 1953 au moins !)

Format du film : rouleaux de film 120 (8 expositions 6 × 9 cm)

Viseurs : viseur optique à vision indirecte sur l’objectif, viseur rapide sur le capot

Objectifs et obturateurs avant et pendant la guerre :

  • Nettar 105mm ouvrant à f7,7 avec obturateur Derval
  • Nettar 105mm ouvrant à f6,3 avec obturateur Nettar, Derval, Telma ou Klio
  • Nettar 110mm ouvrant à f4,5 avec obturateur Telma, Klio, Compur ou Compur-Rapid
  • Nettar 105mm ouvrant à f3,5 avec obturateur Compur-Rapid
  • Novar Anastigmat 105mm ouvrant à f6,3 avec obturateur Compur-Rapid
  • Novar Anastigmat 110mm ouvrant à f4,5 avec obturateur Telma
  • Tessar 105mm ouvrant à f4,5 avec obturateur Compur ou Compur-Rapid.

Après-guerre :

  • Novar Anastigmat 105mm ouvrant à f6,3 avec obturateur Vario
  • Novar Anastigmat 105mm ouvrant à f4,5 avec obturateur Pronto ou Prontor

Dimensions (plié) : 155 x 80 x 42 mm

Poids : 650 Grammes

Pour vous donner une idée de la famille Nettar :

1 Folding (soufflet) vertical

  • 1.1 Nettar 510 (6×4,5cm)
  • 1.2 Nettar 510/2 (6x9cm)
  • 1.3 Nettar 515 (6×4,5cm)
  • 1.4 Nettar 515/2 (6x9cm)
  • 1.5 Nettar 516 (6×4,5cm)
  • 1.6 Nettar 516/2 (6x9cm)
  • 1.7 Nettar 517/2 (6x9cm)
  • 1.8 Nettar 518/2 (6x9cm)

2 Folding (soufflet) horizontal

  • 2.1 Nettar 515/16 (6x6cm)
  • 2.2 Nettar 516/16 (6x6cm)
  • 2.3 Nettar II 517/16 (6x6cm)
  • 2.4 Nettar II 518/16 (6x6cm)

Argentique

Remise en état Brownie Target Six-20.

Préambule.

Une brocante où tout le monde a les yeux braqués sur un ciel si gris qu’on a envie de se pendre ou de se jeter au canal (heu … voir Jacques Brel).

Malgré que nous soyons arrivé tôt, les brocanteurs hésitent à mettre leurs marchandises sur les toiles, étals et tables car un fin crachin continue à mouiller le sol (et le reste). Et pourtant la météo annonçait une matinée ensoleillée, les averses ne devaient nous arroser qu’en fin de journée.

Bref, en farfouillant ici et là, je tombe sur une boite qui me semble en bon état, propre et pas trop abîmée, celle d’un vieux Kodak surement.

J’extrais le box de sa boite et de fait, il s’agit d’un Brownie Target Six-20. Celui-là, je ne l’ai pas encore eu entre les mains. Petite négociation sur le prix, et hop, dans le sac à dos, bien vide.

Je ne trouverai rien d’autre et la pluie ne cesse pas, alors « retour maison » comme disait quelqu’un.

Un peu d’histoire.

Je vous ai déjà présenté quelques box Kodak : le Six-20 « Brownie » C made by Kodak, le Six-20 Brownie E made by Kodak, le Brownie Six-20 Camera Model F, le Brownie Six-20 « art déco ».

Je ne vais donc pas reprendre toute l’histoire que vous trouverez dans ces différents articles pour m’attacher à celle particulière de ce Brownie Target Six-20.

Il faut faire attention à la manière de nommer cet appareil car un Target Brownie Six-20 ce n’est pas un Brownie Target Six-20 !

Pourquoi faire simple ?

Toujours est-il que ce Brownie Target Six-20 fut fabriqué par Kodak USA et Canada de 1946 à 1952. Il est basé sur le Kodak Target Six-20 produit en 1941.

Ce qui le différencie est stylistique : produit peu après la série « Art Déco » (et la période du même nom), il arbore un panneau devant géométrique typiquement encore Art Déco appelé « Kodak Girl », avec comme particularités, outre le panneau, le tour des verres de visée chromé, le bouton pour faire avancer le film chromé, avec des cercles concentriques que celui-ci et une belle symétrie dans sa physionomie.

Ceci étant, à l’intérieur c’est quasi la même chose, mais il n’est plus fabriqué en carton recouvert de simili cuir noir mais bien en métal. Il reste le digne successeur des premiers box fabriqués par Kodak et qui ont mis la photographie à la portée du plus grand nombre, avec des appareils simples et très abordables. C’est avec la vente des films que la marque faisait le plus de bénéfices.

Et comme il n’y a pas de petits bénéfices, en 1932, Kodak décide de fabriquer un nouveau format, le 620 qui est en fait un film 120 avec une bobine plus fine et plus petite. Ils iront même jusqu’à ne plus fabriquer d’appareil acceptant le 120 pour vendre plus d’appareil et son film spécifique. Las, ils devront faire marche arrière, le format 120 étant décidément le plus populaire.

Comment fonctionne cet appareil ?

Sur le dessus et le côté vous voyez deux « viseurs », deux simples morceaux de verre qui fonctionnent comme de petites loupes. Grâce à un miroir incliné derrière le verre plat en façade, vous pouvez voir l’image de votre sujet. Il serait plus honnête d’écrire que vous pouvez « deviner » votre sujet, la précision de l’ensemble étant très aléatoire.

Cet appareil est un 6x9cm. Le viseur du haut est alors celui dédié au portrait, celui de côté dédié au paysage (en mettant l’appareil « à plat » dans ce cas).

L’objectif est un ménisque, c’est-à-dire un verre convexe placé devant l’obturateur et protégé par une simple vitre plate. Il ne se règle pas et sa précision est, disons, anecdotique.

Sur le côté gauche (vu de face), deux tiges métalliques dépassent. Celle du dessous, légèrement pliée, est le déclencheur monté sur un ressort qui fait remonter le mécanisme pour le rendre opérant de nouveau.

Le second, qui se tire vers l’extérieur, est la position B : en gardant votre doigt appuyé sur le premier, l’obturateur reste ouvert aussi longtemps que besoin.

Au dessus de l’appareil, il y a encore une autre tirette : celle-ci fait varier l’ouverture de f11 à f22 et inversement. C’est une simple pièce de métal, percée de deux trous de tailles différentes, qui passent devant l’obturateur.

Enfin, sur le côté, un gros bouton rond, qui sert à enrouler le film au fur et à mesure des déclenchements. Il faut le faire tourner dans le sens anti-horaire pour avancer le film. Sa seconde fonction est d’accompagner le verrouillage de la boîte, nous y reviendrons.

A l’arrière de l’appareil, une fenêtre rouge inactinique sert de compteur de vue. Il est recommandé de la couvrir d’un bout de gaffer noir pour éviter toute entrée de lumière car il ne faut pas oublier que nos films modernes sont infiniment plus sensibles à la luminosité que leurs ancêtres.

Un mot encore sur l’obturateur, rotatif et simplissime et qui ne donne qu’une seule vitesse, le 1/45s. Autrement dit, l’appareil sera sensible au flou de bougé.

L’appareil est composé de deux parties : la boîte externe, qui est aussi la chambre noire, et le magasin qui est à l’intérieur. Pour ouvrir l’engin, deux opérations à faire : tourner et tirer vers l’extérieur le bouton de réarmement, puis soulever la tirette qui tient la courroie de transport (sur laquelle, au passage, est inscrit le nom de l’appareil).

Il faut ensuite tirer sur la face avant, là où il y a de petites excroissances sur les côtés, pour faire sortir ce que j’appelle le magasin, c’est à dire la structure sur laquelle vous allez enrouler le film.

Je rappelle que le nom de Six-20 signifie que l’appareil ne supporte que du film à ce standard et … qui n’existe plus !

Quoiqu’une source bien informée me souffle qu’un fabricant belge va tout mettre en œuvre pour refaire vivre le 127, le 120 et le 620. A suivre …

Donc, si vous voulez essayer un appareil de ce type, ne vous compliquez pas la vie avec les trucs trouvés sur la Grand Toile, voici une astuce toute simple : après avoir mesuré avec un pied à coulisse l’épaisseur de la joue d’une bobine de 620 (en métal), j’ai obtenu 1/10mm. Dans l’autre main, une petite ponceuse électrique avec une feuille d’abrasif à 80gr qui me permet de réduire l’épaisseur du plastique à celle voulue. Ensuite, réduction du pourtour (plus étroit) aussi à la ponceuse. Un pinceau souple et large pour évacuer la poussière et hop, une bobine de 120 aux standards du 620 en moins de 10minutes.

C’est un appareil vraiment simple à utiliser si vous maitrisez un peu la règle du Sunny 16.

Pour vous aider, voici un petit tableau utile :

Constat.

Si ce Brownie Target Six-20 est rudimentaire, afin de pouvoir l’utiliser, il faut au minimum que l’objectif soit propre et les viseurs aussi.

Sur l’exemplaire que j’ai acheté, c’est loin d’être le cas (bon, pour sa défense, il a presque 80 ans) et je vais donc devoir le démonter pour nettoyer le tout.

Sur certains exemplaires, comme le Brownie F, le démontage est aisé car les pièces sont clipsées entre elles. Ici, ce n’est pas le cas car il faut passer par la façade qui est fermée par des rivets.

Il faudra donc les faire sauter et les remplacer par de petites vis à métaux. Et ça sans déformer la plaque métallique (enfin essayer de ne pas la massacrer).

Démontage/Nettoyage/Remontage.

J’ai fait l’acquisition, sur un grand site chinois, d’une série de petits outils destinés au démontage des tablettes et autres téléphones. Je pense qu’ils vont m’être utile ici.

Eh bien non, car en y regardant de plus près, ce sont de minuscules vis à tête carrée qui tiennent la face avant. Heureusement qu’un autre achat sur la même plateforme me fournit le minuscule embout pour dévisser.

Voilà la plaque décorative ôtée. Dessous, la face qui porte deux verres convexes, qui servent aussi de loupes et le protège objectif, simplement posé sur la plaque métallique (je pense qu’ils ont omis au montage de replier les pattes de serrage, mais je laisse comme ça).

Un bon nettoyage des « optiques » et je mets le tout de côté car je vais maintenant nettoyer les miroirs et les viseurs (qui sont aussi de verres en forme de loupe). La poussière s’est accumulée et il me faut mouiller plusieurs fois mes coton-tiges pour enlever le dépôt.

Les deux miroirs sont un peu atteint mais pas assez que pour les changer (et de toute manière, je n’en ai pas sous la main).

J’en profite pour vous montrer le mécanisme de l’obturateur, gardé ouvert grâce à la tirette de la pause B. Puis j’ai tiré la plaque au dessus, pour vous permettre de voir les 2 orifices de tailles différentes, qui représentent le f16 et le f22.

Mécanique simplissime mais efficace.

Les verres et miroirs sont propres et secs. Un dernier coup de soufflette partout pour nettoyer l’intérieur et je vous montre le résultat.

Bon, vient maintenant la phase de remontage. Ah ces f… vis ! Y en a toujours une qui résiste, tombe et retombe … Mais je l’ai eue !

Que penser de cet appareil ?

Vous l’avez compris, c’est un boitier très simple comme il y en eut des millions et qui se sont encore vendus jusqu’à l’aube des années soixante (tous modèles de box confondus) : on ne tue pas une poule aux œufs d’or trop vite !

Disons quand même à l’époque qu’il y avait aussi les foldings (appareil à soufflet), un brin plus sophistiqué (certains auront même un télémètre couplé), les télémétriques à focales fixes ou interchangeables et les appareils en dur (bakélite, métal) comme les Voigtländer Vito.

Le box restait un bas de gamme absolu qui n’avait d’autre avantage que de permettre un tirage par contact en 6x9cm.

Des millions d’albums de famille se sont construit avec ces Brownie’s, il y en a peut-être dans vos greniers.

De nos jours ils ne sont plus guère utilisables, en tout cas ceux en format 620 car la pellicule à quasi disparu.

D’autres, en bobine de 120, peuvent donner envie de les sortir pour « voir ce que ça donne » sans se ruiner.

Car ce type d’appareil se négocie entre 5 et 10€, souvent avec sa boite en cuis.

C’est une expérience à tenter, pourquoi pas ?

Videos d’illustration.

Un peu de technique.

Fabrication par Kodak USA et Canada
Produit de 1946 à 1952
Type de carrosserie : Boîte en tôle fine garnie de simili cuir noir
Construction en carton et métal
Type de film : 620
Taille de l’image : 6x9cm
Nombre d’images : 8 par bobine
Type de lentille : ménisque
Type de mise au point : fixe
Distance focale : équivalent 90mm
Plage de mise au point : +/- 3m à l’infini
Type d’ouverture : Multitrou devant l’obturateur
Ouverture : f/16, f/22
Type d’obturateur: rotatif
Vitesses d’obturation : B, 1/50 sec
Taille (l x h x p) : 83 x 118 x 130 mm
Poids: 470g

Des références.

https://www.brownie-camera.com/47.shtml, https://alysvintagecameraalley.com/2020/02/24/the-kodak-brownie-target-six-20/, http://camera-wiki.org/wiki/Kodak_Target_Brownie_Six-20, https://www.kodaklist.com/cameras/Target-BROWNIE-Sixxdashx20-Camera, http://artdecocameras.com/cameras/kodak/brownie-target-six-20/ en anglais ; https://www.autrefoislaphoto.com/musee/appareils-photographiques/box-et-detectives/kodak-brownie-target-six-20, http://www.ericconstantineau.com/photo/review_kodakbrownietargetsix20_fr.html, https://fr.wikibooks.org/wiki/Photographie/Fabricants/Kodak/Appareils_argentiques_Kodak/Kodak_Brownie_Target_Six-20

Argentique

Le Kiev 88

Préambule.

Ce qui effraie beaucoup de personnes qui voudraient essayer le « moyen format », c’est bien souvent le … prix des appareils.

Quoiqu’il y ait moyen format et moyen format.

Ce terme un peu désuet désigne généralement des appareils qui acceptent des films dit « 120 », c’est-à-dire une bobine de film avec laquelle vous parviendrez à prendre de 8 à 16 vues maximum. Notons que la plupart accepte aussi le film dit « 220 » qui permet le double d’images.

Dans ce fourre-tout vous trouverez aussi bien des Zeiss Ikon folding que des Voigtländer à soufflet, des Rolleiflex, des Yashica Mat, des Minolta Autocord, des Bilora, des Agfa Clack, des Hasselblad, et la liste est bien loin d’être exhaustive.

Avec cependant une constance : une qualité d’image élevée tant par l’utilisation des appareils précités que parce que le négatif sera au pire un 4,5 x 6, plus généralement un 6 x 6, voire un 6 x 7 ou un 6 x 9cm .

Et une seconde constance, finalement, celle d’un prix assez élevé pour les dits appareils.

Quoique, en cherchant bien dans la (petite) liste ci-dessus, vous aurez remarqué un Agfa, un Bilora, auxquels j’aurais pu ajouter un Lubitel, un Diana … et ce Kiev 88. Pas de quoi vous ruiner.

Car oui, il a existé – j’utilise à bon escient le passé – des appareils moyen format accessibles et pas forcément de piètre qualité !

Dont notre bon appareil ukrainien, conçu et produit à Kiev par la société Arsenal.

Si vous avez lu l’article consacré au Mamiya M 645 Super (ce que je recommande bien sûr), vous avez compris ce qu’était un « système », soit un ensemble d’accessoires que l’on peut associer à une chambre noire (le boitier) pour réaliser ses photos selon ses envies, ses besoins.

Et bien notre Kiev 88 s’inscrit aussi dans cette tradition, avec toujours le même avantage, le prix !

Un peu d’histoire.

Mais commençons par le commencement et un peu d’histoire ne fera pas de mal.

Comme beaucoup d’usine basée dans un pays de l’univers russe (l’UKraine est alors un des nombreux satellites de l’Union Soviétique), la majeure partie de la production de l’usine d’Arsenal, à Kiev, est d’ordre militaire.

Pour des raisons que la raison ignore (c’est de la politique), il fut décidé cependant que l’usine allait produire des appareils photographiques pour rivaliser avec les concurrents « capitalistes » comme Zeiss, Hasselblad et autres Rollei. Nous sommes au sortir de la seconde guerre mondiale et la guerre froide est en route.

Le premier appareil s’appelait Salyut.

Non, non, pas comme le programme spatial russe, il s’agit ici d’un appareil photo que l’on dit très, très, vraiment très proche du Hasselblad 1600. Cette série sera produite de 1957 à 1972, avec de nombreuses améliorations car si Hasselblad a assez vite abandonné le 1600, pour des problèmes liés à la conception de l’obturateur, les russes l’ont gardé et tenté de l’améliorer, parfois avec succès.

Voici à quoi il ressemblait :

Ces appareils étaient essentiellement destinés aux photographes russes et pas à l’exportation. Toutefois, en 1975, ils introduisent une énième évolution, qui portera le nom de Kiev 80. Cet appareil porte une nouvelle monture, dite monture B, il perd un peu de rapidité en vitesse (1/1000s au lieu de 1/1500s) mais il s’avère plus fiable.

C’est enfin un produit qui est destiné aux exportations du « savoir-faire » russe.

S’il est plus fiable, il n’est pas parfait. Au fil des améliorations, nous arrivons en 1983, date de sortie du Kiev 88 qui nous occupe aujourd’hui (l’exemplaire de cet article date de 1991).

Voici un exemple de publicité d’époque avec les objectifs du « système » (merci Kievaholic):

C’est le modèle le plus connu et le plus utilisé de la série, qui se clôturera sur un Kiev 88CM, c’est-à-dire un Kiev 88 encore plus fiable et qui adopte une nouvelle monture, la C (CM = C mount) qui est compatible avec les objectifs du Pentacon Six et ceux produits par Carl Zeiss Jena d’excellente réputation.

Le Kiev 88 est plutôt lui inspiré d’un autre Hasselblad, le 1000 (on le surnomme d’ailleurs le « Hasselbladski »). Mais il utilise un obturateur à plan focal (que le suédois avait abandonné) et les objectifs des uns et des autres ne sont pas compatibles, alors que les viseurs le sont.

Si l’appareil est bien plus satisfaisant que ses prédécesseurs, il n’est pas au standard de la concurrence (doux euphémisme), mais il garde un joli succès en Occident car il n’est pas onéreux.

Et si jamais vous tombez sur un Arax, un Hartblei, un Brenner B.I.G., un Wiese Fototechnik ou Kiev Usa (oui, ils ont de l’humour de l’autre côté du mur), se seront des Kiev 88 reconditionnés par des vendeurs qui veulent améliorer les quelques soucis de qualité des appareils russes. Heu … leur prix sera en rapport avec les modifications apportées.

Car oui, vous pouvez tomber sur le rossignol de service, qui va vous lâcher lâchement à la première sortie, mais il y a des exceptions et celles-ci sont bonnes.

Présentation.

Alors, allons-y pour voir de plus près cette machine au poids certain et qui demande un peu de douceur pour (bien) fonctionner longtemps.

Le point commun à toutes les caméras de Kiev est qu’elles sont résolument manuelles : pas d’autofocus, pas d’exposition automatique, pas d’avance automatique du film, pas de piles (sauf pour alimenter les prismes accessoires éventuels). Ce sont également des appareils photo entièrement métalliques, d’où un poids assez conséquent (1,3 kg avec le magasin et sans objectif).

Même le rideau est métallique. Ne pas y mettre les doigts, c’est quand même fragile ! Remarquez en dessous, le chiffre qui commence par 91 : c’est la date de fabrication.

Le principal avantage du Kiev 88 réside dans ses dos de film interchangeables. Cela permet aux photographes d’avoir plusieurs dos chargés de films différents qui peuvent être facilement fixés ou retirés de l’appareil photo. Cela peut même être utile si vous devez basculer entre un film lent et rapide lorsque la lumière change. Grâce aux dos interchangeables, vous n’aurez pas toujours besoin de terminer un rouleau avant de pouvoir changer de type de film.

Les dos de film interchangeables offrent également la possibilité d’utiliser un dos Polaroid pour vérifier votre configuration avant de prendre la « vraie » photo. Il s’agit d’un outil précieux pour les photographes de studio et de portrait.

Mais qui dit dos interchangeables suppose usinage précis pour éviter les fuites de lumières, blocage du film, mauvais espacement des vues. Et ce degré de précision n’a jamais été le point fort de l’usine.

Rassurez-vous, il existe des solutions pour éviter la plupart de ces soucis, je vous en livre quelques unes.

Les fuites de lumières sont facilement résolues par un fin cordon de mousse autour du dos, ce qui assurera une meilleure étanchéité. Prenez une mousse peu épaisse (maximum 1mm) et souple.

Afin d’éviter les problèmes pendant l’avancement du film, soyez attentif au chargement du film dans le dos interchangeable, c’est souvent là que le bat blesse. Ensuite assurez-vous de bien accrocher le dit dos.

Bien faire attention à cette manœuvre pour éviter les mauvaises surprises.

Ah oui, si vous avez bien suivi la manœuvre mais que vous ne parvenez pas à déclencher, regardez si vous n’avez pas oublié de retirer la protection du film une fois celui-ci posé avec le dos sur l’appareil !

Et les objectifs ?

La monture d’objectif du Kiev 88 est appelée type B. Il s’agit d’une monture d’objectif à vis à l’ancienne, mais ne nécessitant pas autant de rotations que les objectifs à monture à vis comme les Leica ou Zorki et Fed (pour rester dans le pays). La monture d’objectif Kiev Type B nécessite simplement un tour d’environ 90 degrés pour se verrouiller en place. Ne forcez pas, ça ne sert à rien qu’à … l’abimer.

Notons que quelques exemplaires, revus et corrigés, arborent une monture de type C, celle du Pentacon et des objectifs Carl Zeiss Jena, ne soyez pas surpris.

Mon exemplaire est muni d’un viseur dit « de taille ». C’est-à-dire que vous regardez par le haut sur le dépoli pour voir votre image, qui sera inversée comme sur les TLR de style Yashica Mat et consort.

Ce dépoli est gravé de fines lignes qui forment un cadre avec des verticales et des horizontales. Elle vous aideront à la création de votre composition et à être bien à l’horizontale.

La visée est assez claire finalement, le dépoli est assez large.

Vous voilà prévenu, il ne faut pas se laisser distraire ni par le bruit ni par la résistance lorsque vous tournez le bouton d’armement, c’est assez physique et déconcertant. Mais de fait, le mouvement relève le miroir, arme le déclencheur et fait avancer le film.

Comme d’habitude, je ne vais pas effeuiller le mode d’emploi, qui est LA, ça n’a aucun intérêt.

Par contre, je vous encourage à le lire attentivement car si l’appareil est simple, il y a des manœuvres à ne pas effecteur, ou dans un certain ordre.

Un exemple, mais non des moindres : ne jamais changer les vitesses avant d’avoir armé l’appareil (comme les Zorki et le Fed, pour mémoire). Sinon, salade de pignons en perspective !

Un mot sur les objectifs qui accompagnent cet appareil : comme tous les objectifs fabriqués alors en Russie, ils ne sont pas mauvais du tout, mais ça dépend de quand ils ont été fabriqué (un lundi ou un vendredi ?). Sans rire, le pire y côtoie le (presque) meilleur et si vous en avez l’occasion, testez l’objectif avant l’achat (je sais, c’est pas évident).

Les objectifs ukrainiens sont bon marché, c’est déjà ça de gagné. Comme je l’écrivais plus haut, la qualité des optiques est très inégales. Par exemple, si certains sont multicouches, et la plupart ne le sont pas, le dépôt du revêtement peut être assez inégal.

Alors, la mesure la plus appropriée pour éviter les déboires, c’est d’utiliser un pare-soleil !

Quoiqu’il en soit, la gamme des optiques pour les Kiev 88 est celle-ci : Fisheye plein format Arsat 30 mm F3.5, Mir 45 mm F3.5, objectif de contrôle de perspective Arsat 55 mm F4.5, Mir 65 mm F3.5, Arsat 80 mm F2.8, Vega 120 mm F2.8, Kaleiner 150 mm F2.8, Arsat 250 mm F3.5, Arsat 250 mm F5.6, Arsat 500 mm F5.6

La légende dit que le Fisheye Arsat de 30mm a sans doute été le déclencheur de nombreux achats du Kiev 88 car proposé aux environs des 200€, il rivalisait – à sa manière – avec le Distagon prévu pour Hasselblad, facturé lui à 5000€ ! Est-ce que le Distagon était 4800 fois meilleur ?

Si vous voulez découvrir la large gamme d’objectif compatible, c’est par ICI. Et pour les plus pointus d’entre-vous, le résultat de tests sont à découvrir LA.

En résumé, que retenir de ce Kiev 88 ?

Il n’était pas très coûteux à son époque et il ne faudrait pas qu’il le devienne. Comptez maximum 300€ pour un bel exemplaire avec un objectif et un dos.

Sa fiabilité a déjà fait couler beaucoup d’encre. C’est une roulette … russe (désolé, j’ai pas pu m’en empêcher !).

Pour utiliser ce genre d’appareil, il ne faut pas être pressé : tout manuel, c’est-à-dire que vous devrez régler la vitesse, l’ouverture, faire la mise au point, armer l’engin et y indiquer la vitesse retenue avant de pouvoir déclencher.

Honnêtement, si vous vous destinez à devenir photographe professionnel avec cet appareil, ce n’est pas une bonne idée, vos clients risquent de ne pas apprécier qu’il puisse vous faire rater LA photo de l’évènement (et avec lui dans les bras, on ne court pas vite).

Par contre, si vous avez du temps à consacrer à votre photographie et que vous ne voulez pas vous ruiner, c’est un bon choix.

Mais si vous avez l’occasion de trouver un Zenza Bronica S2, un Mamiya M 645 pour à peine plus cher, n’hésitez pas, prenez-les, ils sont plus rassurants.

Toutefois, si vous aimez les appareils un peu différents, qui ont du caractère, du corps, celui-ci fera l’affaire.

Quelques videos d’illustration :

Pour bien le charger :

Quelques exemples de photos prises avec cet appareil :

Pour ne pas vous loupez en le chargeant :

Et comme il ne faut pas avoir peur de comparer :

Des références :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Kiev_88, https://www.wikiwand.com/fr/Kiev_88, http://www.technique-cinematographique.wikibis.com/kiev_88.php, https://wikimonde.com/article/Kiev_88, https://www.mes-appareils-photos.fr/Kiev_88.htm, https://www.suaudeau.eu/memo/collection/mformat/Kiev_88.html, https://www.yannphotos.com/the-best-medium-format-film-cameras-to-buy-in-2022/, https://www.wikiwand.com/fr/Kiev_88, en français; https://lewiscollard.com/cameras/kiev-88-ttl/, https://www.lomography.com/magazine/9995-kiev-88-the-beast-from-the-east, https://kosmofoto.com/2020/04/studio-shooting-on-the-kiev-88/, https://filmphotography.eu/en/salyut/, https://www.analogpanda.com/kiev-88-film-camera-review?privacy=updated, https://www.kievaholic.com/ (une mine), en anglais.

Argentique

Le Zeiss Ikon 521/2 ou Zeiss Ikon Ikonta C 521/2

Préambule :

Sans doute la première brocante extérieure de 2024. Il fait frais, le temps est incertain mais il ne pleut pas, la météo ne prévoit d’ouvrir les vannes qu’en milieu d’après-midi. N’empêche, on se dépêche, les prévisions ne sont pas toujours fiables …

S’il y a pléthore de vêtements d’hiver, de ceux pour enfants, de jouets, pas grand chose à me mettre sous les yeux au point de vue appareils photos. Sauf des Kodak Instamatic, des Agfa du même tonneau, des Click et des Clack, des box moisis comme leurs boîtes en cuir, … bref, rien de réjouissant.

Et puis, au détour d’un amas hétéroclite d’objets, un étui, dont le chapeau manque, retient mon attention. Je l’ouvre et je trouve là un Zeiss Ikon qui m’a l’air propre.

Petite manipulation pour voir s’il s’ouvre, si le soufflet n’est pas moisi, s’il déclenche à quelques vitesses, si l’objectif bouge : ça à l’air bon. Petite négociation sur le prix et hop, dans le sac à dos, où, pour une fois, il est bien seul.

Finalement, à l’issue de quelques kilomètres de pas lents et la visite des presque 500 exposants courageux, un seul autre appareil ira le rejoindre, un VTech Kidizoom, car je compte bien initier mes petites filles à la photo, doucement.

Un peu d’histoire :

Mais revenons à notre ancêtre, ce fameux Zeiss Ikon Ikonta C 521/2 de son petit nom complet.

Je vous ai déjà présenté plusieurs Zeiss Ikon de la gamme Ikonta : le B 521/16, le Super 531/2, le 522/24, le M par exemple.

Sans refaire toute l’histoire (que vous trouverez dans les articles cités plus haut), il faut retenir que la gamme Ikonta est toujours de meilleure qualité que les autres produits Zeiss Ikon, comme le Nettar par exemple. Attention, ça ne veut pas dire que ceux-là sont mauvais, mais ils ont reçu moins d’expertise dans leur fabrication car ils étaient destinés à être des entrées de gamme (et des entrée de gamme de cette qualité, on en redemande !).

Pour résumer, les Zeiss Ikon Ikonta ont commencé leur carrière en 1929. Ils étaient proposés en 4 modèles : A, B, C et D. les trois premiers utilisaient du film 120 pour produire, respectivement des négatifs qu format 6×4,5, 6X6 et 6×9. Le D proposait un format plus grand sur des filsm en 116 ou 616 oubliés depuis belle lurette. Il y eut même un « Baby Ikonta » qui utilisait du film 127, assez proche du 24×36.

La première série de ces appareils était marquée 520 et tant qu’à compliquer les choses les Ikonta A, B et C se notaient 520, 520/16 et 520/2.

Puis, vers 1938, apparaissent les 521 : ils gagnent un déclencheur sur le boitier et non plus sur le combiné objectif/obturateur et un dispositif pour éviter la double exposition. Ces 521 ne concernent que les modèles A, B et C.

1950 voit venir les 523 pour les modèles B et C. Esthétiquement ils gagnent un capot chromé avec un viseur intégré ainsi qu’une griffe porte-accessoires.

Puis viendra la série des 524 qui apporte un télémètre non couplé, les fameux Ikonta M pour « Mess », abréviation de télémètre en allemand.

Ce seront les derniers Ikonta à soufflet.

Comme souvent à l’époque, il existait une large gamme d’objectifs et d’obturateurs qui modifiait le prix de vente en conséquence de l’équipement retenu.

Pour le format 6×6 la distance focale retenue était le 75mm tandis que pour le 6×9, c’était le 105mm.

Les objectifs étaient soit des Novar soit un Tessar. Si les premiers offraient des ouvertures de f6,3 (abandonné après la série des 520), f4,5 ou f3,5, le dernier offrait un f3,5. Les Novar étaient sous-traités chez Rodenstock ou Steinheil alors que le Tessar étaient fabriqués par Zeiss. Les premiers étaient des triplet alors que le Tessar comptait 4 éléments. Il va sans dire que ce dernier était rare sur les Ikonta ou Mess Ikonta, la marque les réservant aux Super Ikonta, le haut de gamme.

Quoique dans l’immédiat après-guerre, vous pourriez trouver des Zeiss Ikon Ikonta équipés de Scheinder Xenar, mais c’est anecdotique.

Ensuite vient la gamme des obturateurs. Le plus simple, qui était sur les premiers modèles, c’est le Klio à trois vitesses. Ensuite il y eut des Vario (3 vitesses et pose B), des Pronto (4 vitesses et poses T et B), les Prontor-S, SV, SVS (8 vitesses), les Compur (8 vitesses plus pose T et B), les Compur Rapid (9 vitesses plus pose T et B) et enfin les Synchro-Compur 1-MX (9 vitesses et pose B) et Synchro Compur (10 vitesses et pose B).

Si vous avez suivi, vous savez maintenant que les Super Ikonta recevront d’office le Tessar et le meilleur obturateur du moment de fabrication. Le client pouvait commander un Novar à la place du Tessar mais il recevait quand même d’office le meilleur obturateur.

Donc, si sur une brocante un vide-grenier « qui a été voir sur Internet » le prix de l’appareil qu’il veut vous vendre cher parce que c’est un Zeiss Ikon, vérifiez le type d’objectif et d’obturateur montés dessus car c’est eux qui feront la valeur réelle de l’appareil. Un Zeiss Ikon Super Ikonta équipé d’un Tessar vaut toujours plus qu’un équipé d’un Novar (ne vous inquiétez pas ici de l’obturateur, ce sera toujours le meilleur de l’époque).

La majorité des objectifs, aussi bons soient-ils, sont sensibles au reflets et au flare car ils ne sont pas traités. Ils ne le seront qu’après la seconde guerre mondiale.

De même, les obturateurs n’étaient pas synchronisés pour les flashs avant guerre. Il faudra attendre les Compur Rapid-X et suivants pour en bénéficier.

Présentation du Zeiss Ikon Ikonta C 521/2 :

L’appareil que j’ai déniché est un Zeiss Ikon Ikonta C 521/2 d’après guerre (1949) car il est équipé d’un objectif Novar de 105mm ouvrant à f4,5 et d’un obturateur Prontor-S équipé d’un retardateur et d’une synchro flash grâce à un soquet placé sur l’obturateur. Pour être complet, la production de ce modèle avait commencé en 1938 et interrompue pour cause de guerre.

Il est équipé d’un système qui évite la double exposition … en principe.

Tout noir avec de beaux chromes, il faut avouer que s’il fait daté, il reste un bel appareil.

Avec ses 680 gr tout nu, il offre une bonne sensation en mains. Ici, pas de plastique, rien que du bon métal et du cuir pour le soufflet, garanti pour durer 100 ans (si conservé dans de bonnes conditions, s’entend).

Lorsque vous le sortez de sa gaine en cuir épais, il apparait comme un gros rectangle assez plat. Une pression sur un bouton rond, sur le dessus, libère le soufflet, qui se déplie, parfois avec un peu d’aide (il a 75 ans quand même).

Il faut veiller à ce que ce dernier soit complètement déplié et que l’objectif soit bien droit (on doit entendre un petit « clic » discret quand c’est fait).

Pour le replier, ne jamais forcer mais appuyer sur les deux barres noires vers le bas pour les déverrouiller.

Première remarque : on peut tenir le boitier verticalement (portrait) ou horizontalement (paysage). Attention, si vous vous en souvenez, c’est un 6x9cm. Un format idéal pour les groupes !

Personnellement, je trouve moins facile de le tenir horizontalement car la porte s’ouvre vers la gauche et même si elle offre une prise, on a tendance, si on n’y fait pas attention, à poser les doigts de la main gauche (qui soutiennent) dans le soufflet. Il faut un peu s’entrainer à les poser sur le combiné objectif/obturateur. En position verticale, la position est plus naturelle car la porte repose alors confortablement sur la main gauche mais alors le déclencheur, situé sur le capot, est moins accessible, sauf si vous l’actionnez avec le pouce gauche.

Bref, il faut s’habituer à la manutention de ce type d’appareil.

Ensuite, comme pour répondre à ces questions existentielles, il est équipé de deux pas de vis pour le monter sur un trépied : un en dessous et l’autre sur la porte.

Reste encore à apprendre à viser son sujet. Vous le ferez avec le cadre qui se déploie sur le capot, en deux parties dont l’une équipée d’un simple verre et l’autre d’un verre concave pour donner la distance du 105mm (marquage repris sur le viseur). C’est rudimentaire mais efficace pour cadrer.

Une seconde option était d’opter pour un viseur dit « clair » que l’on fixait sur le dessus du combiné objectif/obturateur (dans le support avec les deux rivets chromés). Personnellement, je trouve le premier système plus évident pour le cadrage et la visée.

Avant d’entamer la partie prise de vue, un mot sur le chargement de l’appareil.

L’opération est plus aisée si le soufflet est fermé, on tient mieux l’appareil en mains. Sur la tranche, sous la petite lanière de portage, il y a un verrou, en fait un bouton qu’il faut pousser dans le sens indiqué par une flèche. Tout le dos s’ouvre alors et tourne sur une solide charnière, vers la gauche, et découvre la chambre, qui parait immense (9x6cm quand même !).

Pour y glisser une bobine de film 120, il faut abaisser une fine plaque métallique, celle qui porte deux ronds chromés, afin de dégager les tenons qui assureront la tenue de la bobine dans l’axe (ici on est loin, par exemple, des plastiques fragiles d’un Diana). Vous introduisez la languette du film dans la bobine réceptrice, placée à droite, armez et déclenchez jusqu’à ce qu’une marque (généralement un trait épais) apparaisse sur le papier jaune du film. Il est temps de refermer le dos de l’appareil. Encore un ou deux déclenchements pour voir apparaitre dans la petite fenêtre rouge, au dos, le chiffre un. Vous êtes prêt pour votre première photographie.

Il est temps d’aborder la partie réglage.

Détaillons le combiné objectif/obturateur : vu du dessus, vous avez d’abord le premier cercle, qui est celui de l’objectif qui tourne à partir de la distance minimum, soit 1,5m, jusque l’infini. Un petit tenon empêche l’objectif de tourner librement autour de son axe.

Second cercle, une roue dentelée, qui est celle des vitesses. Elles s’échelonnent de 1s à 1/250s, plus une pause B.

Enfin, troisième cercle, l’ouverture qui se règle avec un curseur qui glisse de f4,5 à f 32.

Vous aurez remarqué que les vitesses sont reportées sur le cercle des ouvertures. Elles correspondent, dans le sens de la lecture, du haut, aux vitesses de la roue crénelée, qui se lit de face.

Toujours sur le pourtour du combiné, le socket de la synchro flash et, en dessous, en rouge, la tirette du retardateur (+/- 12 secondes). Ne jamais armer le retardateur si l’obturateur ne l’est pas au risque de tout bloquer.

Et puisque je parle de l’obturateur, il faut l’armer avec la tirette située entre la roue crénelée des vitesses et celle des ouvertures.

Lorsque celui-ci est armé, vous pouvez appuyer sur le déclencheur situé sur le capot et déclencher.

Pour avancer d’une vue, il faut tourner le levier en forme de demi clé située juste à côté, à gauche. Dès que c’est fait, le mécanisme empêchant la double exposition est actif et vous pouvez armer de nouveau l’obturateur pour prendre une nouvelle photo, sans risque.

Toutefois, si vous regardez bien comment s’agence l’armement, vous voyez, sur la droite (vu de face) de l’objectif un long bras chromé, qui repose sur un levier noir.

Armez l’obturateur, sans manœuvrer le bouton d’avance du film, et appuyez sur ce levier noir : l’appareil déclenche. Voilà la manière de contourner le dispositif qui empêche la surexposition volontaire.

Petite astuce qui fait partie des classiques chez Zeiss Ikon : les points rouges.

J’explique : sur la couronne des ouvertures et sur celle des distances, vous verrez deux points rouges. Si vous les faites coïncider pour une vitesse donnée, vous serez net, avec une exposition correcte.

Conclusion :

Que penser de ce bel appareil ?

Il est plus encombrant qu’un Zeiss Ikon Nettar ou M, à cause de son format (6x9cm) mais de peu. Et de toute manière, refermé, il tient vraiment peu de place. Vous ne le glisserez pas dans la poche d’un Jean’s mais un petit sac fera l’affaire, à moins que vous n’utilisiez le « sac tout prêt » en cuir livré avec l’exemplaire que vous aurez trouvé.

Celui que j’ai trouvé est hélas incomplet car il lui manque le chapeau mais les lanières sont intactes, le plus important en somme.

Question prix, comptez environ 50€ pour un exemplaire en très bon état. S’il était équipé d’un Tessar, ajoutez 30€ de plus. Mais, franchement, la qualité du Novar est déjà bluffante pour un appareil de cet âge. Juste faire attention aux reflets car même s’il est traité, nous étions au début des traitements anti-reflets.

Si vous voulez tenter le moyen format sans vous ruiner ni vous encombrer d’un gros appareil, voilà un excellent modèle, qui vous offrira 8 photos sur un film de 120, mais quelles photos : elles sont plus de trois fois plus grandes que celles d’un film 24×36 !

Envie de voir ce que donne en photos ce type d’appareil, c’est par ICI ou par LA.

Pour le mode d’emploi, c’est LA-BAS.

Quelques videos d’illustration (les manipulations y sont bien explicitées) :

Des références : http://www.alexluyckx.com/blog/2020/12/07/camera-review-blog-no-126-zeiss-ikon-ikonta-521/, https://vintagecamealab.com/zeiss-ikon-ikonta-521/,http://camera-wiki.org/wiki/Ikonta_521/2, https://thenoisyshutter.com/2022/06/23/classic-camera-review-zeiss-ikon-ikonta-521/, https://emulsive.org/reviews/camera-reviews/zeiss-ikon-camera-reviews/camera-review-my-zeiss-ikon-folders-zeiss-ikon-ikonta-5202-zeiss-ikon-nettar-5152, https://collectiblend.com/Cameras/Zeiss-Ikon/Ikonta-521-2-(Ikonta-C).html, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Zeiss_Ikon_Ikonta, https://www.lomography.com/magazine/67655-zeiss-ikon-ikonta-c-521-2-my-golden-oldie en anglais ; https://www.mes-appareils-photos.fr/Zeiss-Ikon-Ikonta-521-2.htm, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-12041-Zeiss%20Ikon_Ikonta.html, en français ; http://www.lippisches-kameramuseum.de/Zeiss_Ikon/Zeiss_Ikon_Ikonta_A_521.htm, en allemand

Argentique

Le Semflex Standard 3,5B type 9

Cet appareil français est né dans le contexte troublé de l’après-guerre (1948).

Pour mémoire, les usines d’appareils photographiques allemandes ont soit été détruites, soit démantelées par les vainqueurs et ce sont parfois des usines entières qui passent une frontière (Contax par exemple). Seul Leica ne sera ni détruite ni démantibulée pour d’obscures raisons (il y aurait eu un centre d’interrogatoire allié dans ses bureaux).

Ensuite, des barrières douanières viennent encore freiner un peu plus les rares exportations allemandes, notamment vers la France.

Enfin, la plupart des brevets allemands sont remis dans le domaine public ou repris par des entreprises des pays victorieux au titre de dommages de guerre.

Toutes ces incertitudes conduisent certains fabricants à profiter de ces années de flottement pour occuper un terrain commercial de nouveau vide ou très peu occupé.

En France donc, si OPL Foca a tenté de prendre la place vacante des Leica avec ses beaux télémétriques, deux hommes vont choisir d’investir un créneau particulier, celui des TLR (twin lens reflex, les reflex bis-objectifs).

Messieurs Jean Cros et Paul Royet et leur Société des Établissements Modernes de Mécanique (le SEMM dite couramment SEM), gageant que Rolleiflex et Ikoflex ne vont pas revenir de sitôt sur le marché, misent sur la construction d’un nouvel appareil : ce sera le Semflex.

Initialement basée à St Etienne, elle déménage à Aurec (1947). Là, un jeune ingénieur du nom de Claude Forge va assurer le développement de l’appareil. Il est déjà l’inventeur d’un obturateur Orec (traduction phonétique du nom du lieu), qui équipera la plupart des boitiers.

Dès juillet 1948, les premiers appareils, le SEM I et II seront livrés car Paul Royet voulait absolument que l’appareil soit prêt rapidement, quitte à fabriquer d’abord un appareil plus simple. Il se raconte d’ailleurs que le premier prototype fut monté dans le train par Claude Forge alors qu’il accompagnait son patron au salon de photographie de Paris début 1948.

Les deux appareils avaient un objectif à trois lentilles ouvert à f4.5 et un obturateur Orec montant au 1/300s pour le SEM I et pour le II un objectif à quatre lentilles ouvrant à f3.5 avec un Orec au 1/400s.

Ensuite il s’en est suivi une large gamme de modèles que les spécialistes essaient de reconstituer. Certains parlent de 7 variantes alors que d’autres, sur des bases différentes, parlent même de 56 variantes. Il y eut aussi des modèles fabriqués pour de grands distributeurs de l’époque, comme Photo Hall ou Grenier Natkin. Du travail pour les collectionneurs …

Alors, pour essayer de faire simple, il y a essentiellement deux familles : le Standard, qui a un bouton pour l’avancement du film et une fenêtre rouge à l’arrière, qui sert de compteur de vue simplifié, et puis il y a le Otto avec une manivelle et un avancement automatique.

Au niveau des objectifs, on reste en France avec des SOM Berthiot, des Angénieux et des Tourret-Narat.

Sur l’exemplaire en ma possession c’est un SOM Berthiot de 75mm ouvrant à f3,5. Le 75mm sera la focale normale mais il y eut des focales différentes, souvent créées « à la carte » selon des besoins spécifiques (avec un 150mm f4,5 pour le studio par exemple).

L’objectif du dessus, qui ne sert qu’à la visée, ouvre lui à f2,8.

Ce choix d’une plus grande ouverture est assez courante en TLR. Associé à un dépoli de qualité, ça permet justement d’aider à la visée avec une plus grande clarté sur le dépoli. Un mot d’ailleurs à son sujet ici : ils sont généralement plats (sauf sur les premiers modèles haut de gamme où ils étaient concaves), soit sans marque, soit sérigraphiés, soit gravés des aides à la visée.

Soyons de bon compte, la vision est toujours un peu obscure, fut-ce déjà à cause de la « cheminée » au dessus du dépoli mais aussi de par la conception du système :

Elle n’est pas pire qu’une autre même si celle du Yashica D ou du Rolleiflex est un peu meilleure.

Pour ce qui est du réglage des vitesses, elle se fait avec un curseur placé sur le côté de l’objectif. L’obturateur est maison, c’est un Orec qui, sur ce modèle va de 1s au 1/400s plus une pose B.

Les premiers appareils étaient aussi pourvus d’un Orec mais limité à 1/300s. Il y eut même des modèles moins bien lotis : le Semflex T950 était limité au 1/250s et, pire, le Semflash ou le « Joie de vivre » n’avaient qu’une seule vitesse, le 1/50s. Pour être plus complet, à partir des années cinquante, il était possible de commander des obturateurs Synchro Compur donnant le 1/500s, des obturateurs …. allemands !

Si vous regardez bien l’image ci-dessus, vous voyez un second curseur, celui des ouvertures, qui vont de f3,5 à f22.

En jouant avec l’ouverture et la distance, sur la grosse molette à gauche, vous aviez une échelle de profondeur de champ facile à utiliser.

Ce qui frappe, en voyant le Semflex de face, ce sont les 2 prises pour la synchronisation du flash.

En fait, c’est une illusion esthétique car il n’y a de fait qu’une prise, une prise coaxiale de 3 mm. Par contre, sur le côté il y a de nouveau 2 prises femelles de 3mm avec 13mm d’écart (la prise SEM) qui permettait de fixer un flash spécial SEM, qui s’enfichait dedans et assurait et la fixation mécanique et électrique avec sélecteur F/X.

A l’origine, les Semflex n’étaient pas synchronisés pour les flashs, mais ils avaient une prise sur l’obturateur. Puis la prise changera de place selon les modèles et deviendra synchronisée avec un inverseur X/F. Ce dernier en situé en dessous de la platine d’objectifs, à côté du déclencheur.

Petit résumé en images de l’engin :

Remarquez, en passant, la qualité du « sac tout près », tout en cuir, articulé pour pouvoir utiliser facilement l’appareil sans devoir tout ôter.

Sur la droite, le gros bouton est celui de l’avancement du film. De l’autre côté, 2 boutons plus petits sont ceux pour placer la bobine de film et la réceptrice dans la chambre (il faut les écarter).

Par dessous, un gros verrou rotatif qui débloque tout le dos, monté sur charnière. Notez aussi la présence de 4 petits pieds métalliques, qui permettent de placer l’appareil sur une base stable

Ce modèle ne comporte à l’arrière qu’une fenêtre pour vérifier l’avancement du film. Celle-ci se ferme avec une partie coulissante en métal.

Avant d’aller plus loin, sachez que ces appareils ont presque tous quelque chose qui les rend uniques : soit un gainage, soit l’inscription du nom, soit la taille des boutons, soit le nombre de fenêtres, soit le nombre de prises pour le flash, soit l’âge du capitaine et la vitesse du vent …

Bref, le Semflex est un terrain de jeux apprécié des collectionneurs, qui rêvent tous de trouver l’exemplaire qui fera la différence.

Sinon, ce qu’il faut retenir, si on veut utiliser l’appareil, c’est qu’il est bien construit, avec des éléments de qualité. Rappelez-vous, ses concepteurs voulaient rivaliser avec ce qui se faisait de mieux en Allemagne. Le pari semble avoir été réussi même si l’appareil n’aura jamais l’aura de ses concurrents (Rolleiflex et Ikoflex), c’est dommage. La production des Semflex s’arrête au seuil des années septante. Dans ces années-là, la plupart des autres constructeurs auront aussi jeté l’éponge, sauf Yashica et Rolleiflex.

Celui que je vous présente est un Semflex Standard 3,5 B type 9, fabriqué de 1955 à 1959.

Bien évidemment le boitier est prévu pour du film 120 mais on pouvait aussi y placer du film 24×36. En fait un film qui n’existe plus de nos jours, du 828 qui est un 24×36 sans perforations et qui donne dès lors une surface utile de 28x40mm. Ce qui est particulier, c’est que je n’ai trouvé nulle part un cache pour mettre sur le dépoli afin de tenir compte du format de ce « petit film » lors de la prise de vue ni un autre à mettre dans la chambre pour réduire la taille de celle-ci aux dimensions du 828. Etrange.

Pour utiliser le Semflex Standard 3,5 B il faut soulever le capuchon en abaissant le petit levier à l’arrière. Il se soulève et les plaquettes se déplient dans le bon ordre pour créer le viseur.

Vous faites la mise au point en tournant dans un sens ou dans l’autre le gros bouton sur la gauche. La distance minimale pour la mise au point est de 90cm avec l’objectif de 75mm f3,5. Vous pouvez affiner la mise au point sur le dépoli en faisant sortir la loupe qui est intégrée dans le capuchon.

Il a existé des « bonnettes » pour pouvoir photographier encore plus près (vous pouvez les voir dans le mode d’emploi – réf. ci-dessous).

Lorsque vous aurez terminé vos photos, pour refermer le viseur, il suffit d’appuyer sur le capuchon pour le refermer jusqu’à entendre le « clic » du verrouillage.

Notons qu’il existe ce qu’ils appellent un « viseur sport », soit un simple cadre de métal lorsque vous avez fait basculer le capuchon. A utiliser avec le système du zone focus car vous n’avez alors pas d’informations sur le dépoli avec cette manière de viser.

Après avoir réglé la distance, l’ouverture et le vitesse, il faut armer l’appareil avant de déclencher. On arme l’obturateur avec le curseur sur le côté de l’objectif et le déclencheur est situé sous l’objectif du bas. Il est aussi prévu de pouvoir fixer un câble souple sur le déclencheur, pour les poses longues ou si utilisé en studio sur trépied.

Pour insérer un film, il faut tourner le gros verrou du dessous, qui libère le dos. Bizarrement, rien n’est écris à ce sujet sur le mode d’emploi. Parce que c’est très simple, ou parce que les clients étaient censés avoir déjà fait la manœuvre ? C’est vrai qu’à l’époque, le film 120 semblait plus simple à utiliser que le 135 (pas de rembobinage, bobine plus grande à manipuler).

En tout état de cause, il faut placer la bobine chargée en bas et tirer le film vers le haut, glisser le début de la languette dans la bobine réceptrice, tourner lentement jusqu’aux repères (généralement une flèche ou une ligne qui barre le papier), refermer le dos et continuer à tourner jusqu’à ce que le chiffre 1 apparaisse dans la fenêtre. Voilà, vous êtes prêt pour votre première image. Bienvenue dans le monde fascinant des grands négatifs et de la photo lente …

Que penser de ce bel appareil, in fine ?

Dire qu’il est beau est toujours subjectif. Par contre, on peut dire qu’il est bien construit. Tout en métal coulé, il respire la solidité. Les mécanismes sont doux, exempt de jeux et faciles à utiliser.

Si vous voulez vous lancer dans la découverte du monde fascinant du 6×6, c’est un excellent candidat : outre sa qualité de fabrication, les optiques sont très bonnes, les marques retenues font parties de plus anciennes fabriques d’optiques européennes. Sa vitesse maximale est dans la partie haute de celles de l’époque (1/400s) ce qui le destine aussi à pouvoir sortir sans trop de complexe. En paysage ou en portrait, il fera merveille.

Enfin, malgré toutes ses qualités, son prix reste très contenu : comptez environ 120€ pour un très bel exemplaire avec sa gaine en cuir. Difficile de faire mieux pour moins cher (je connais des Lubitel 2 en bakélite à ce prix) !

C’est presque dommage de les voir partir à ce pris-là !

Conclusion : si vous en trouvez un et que vous avez envie de vous initier au moyen format, ne le boudez pas, ce serait dommage de le voir partir.

Ce très bel exemplaire fait partie de la collection dont je vous ai déjà touché un mot.

Pour le mode d’emploi, il est à télécharger ici.

Petite videos d’illsutration :

Des références : https://www.hocus-focus.fr/2024/02/07/test-du-6×6-tlr-sem/, https://alexandre-s.fr/lhistoire-du-semflex/, https://fr.wikipedia.org/wiki/Semflex, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-12809-Sem_Semflex%20III.html, https://cameras-obscuras.blogspot.com/2008/09/en-tte-des-6×6-franais-le-semflex.html, https://www.collection-appareils.fr/x/html/page_standard.php?id_appareil=1278, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Semflex, https://www.collectiongeven.com/piwigo/, http://glangl1.free.fr/Pages/Sem/Page_Standard.html, https://collection.click-clack.fr/sem-appareils-photo-6×6-cm/, http://clicclac.free.fr/clicclac.php?page=appareils_marque.php?marque=SEM, https://www.mes-appareils-photos.fr/Semflex-Standard-3.5.htm en français ; http://www.tlr-cameras.com/French/index.html, https://emulsive.org/reviews/camera-reviews/semflex-studio-the-tele-tlr-with-a-french-accent-by-gael-ld en anglais ; et si vous deviez réparer le vôtre : http://herlent.daniel.free.fr/reparation/semflex/index.html

Argentique

Le Yashica Mat 124 G

Voilà bien un appareil qui peut déchainer les passions …

Pourquoi donc ?

Une des premières raisons c’est que beaucoup le trouve beau (je sais, c’est subjectif, mais je suis d’accord avec eux, na !), tout de noir vêtu, avec cette petite touche dorée du G dans le nom. Ensuite, il est abordable pour un appareil double objectifs (TLR pour twin lens reflex), bien moins cher que le sacro-saint Rolleiflex mais quand même un peu plus que le Lubitel, soyons réaliste. Encore, il est facile à prendre en mains et son ergonomie est très bonne. Puis il accepte les films en 120 et en 220, ce qui double le nombre de photos (24 au lieu de 12 habituellement). Les images qu’il délivre sont au format 6x6cm et parce qu’enfin les photos qui en sortent sont (très) bonnes quand on sait s’en servir.

Voilà, voilà …

Yashica est une marque qui a longtemps développé de très bons appareils, tant en 24×36 avec ses reflex ou ses Yashica Electro télémétriques mais aussi avec les TLR qu’elle a produit depuis le début des années cinquante, comme les Yashica Flex puis les Yashica A, B, C, D, les Yashica Mat dont le célèbre Mat 124 et enfin, le dernier de la série, ce Yashica Mat 124 G.

C’est le modèle le plus abouti de la gamme des TLR, le plus jeune aussi puisqu’il fut produit de 1970 à 1986, soit parmi les derniers TLR jamais construits (tous les autres avaient déjà jeté l’éponge, sauf Rolleiflex).

C’est vraiment un appareil qu’il faut privilégier pour s’initier au moyen format car celui-ci vous permet d’encore acheter des films et de manger à votre faim après l’avoir acheté.

Le Yashica Mat 124 et le Mat 124 G sont presque identiques : ils offrent tous deux un objectif de prise de vue de 80mm – soit l’équivalent d’un 50mm en 24×36 – ouvrant à f3,5. L’objectif de vision lui est un 80mm ouvrant à f2,8. Sa plus grande ouverture permet de mieux faire la mise au point sur le dépoli, qui reçoit de ce fait plus de lumière. Tous les deux bénéficient d’un posemètre intégrés mais non couplés, alimentés par une pile (autrefois un PX625 au mercure de 1,35v, aujourd’hui remplacée par un PX625A alcaline, de 1,5v, ce qui n’influe pas significativement sur la précision des mesures).

Bon, mais alors quelle est la différence ?

Mais la lettre G en grand caractère doré et le fait qu’il soit tout de noir vêtu alors que le Mat 124 est chromé et qu’il ne dispose pas de contacts électriques dorés à l’or fin (le G de gold), sensés assurer de meilleures transmissions et une meilleure résistance à la corrosion.

Ne répétez pas ce que je vais écrire, mais si vous craquez pour un Mat 124 vous aurez aussi un bon appareil, mais moins cher. Chuuuut …!

Ce beau rectangle (77 x 148 x 101 mm) pèse plus ou moins 1,2 kg avec sa pile et un film dans la chambre. Oui, c’est assez lourd mais comparé à un Mamiya C220 ou 330, il fait léger. De fait, il est compact pour un appareil de sa catégorie.

Le poids n’est pas un ennemi ici, il permet de bien sentir l’engin dans ses mains et le rend bien stable pour les prises de vue.

La particularité des TLR est d’offrir une visée par le dessus. Comme je l’ai déjà indiqué dans d’autres articles consacrés à ce type d’appareil, cette attitude fait que vous ne regardez pas vos sujets de manière agressive car vous ne les visez pas directement, comme avec un reflex mono objectif par exemple.

D’aucuns disent qu’ils donnent une « posture d’humilité », la tête inclinée vers votre viseur et votre sujet. D’autres diront qu’ils sont « hypocrites » car vous ne regardez pas vos sujets « dans les yeux ». Voici quelques considérations pour une thèse philosophique, le cas échéant.

Bref, l’autre particularité de ce type de visée, c’est que l’image que vous voyez dans le viseur, sur le dépoli, est inversée gauche-droite et qu’il faut un peu d’habitude pour savoir dans quel sens se tourner pour faire la mise au point. Même si l’écran est immense par rapport à tout ce que vous connaissez comme viseur, et vous pouvez en plus vous aider d’une loupe pour affiner la mise au point (grossissement X3).

Personnellement, je n’y arrive pas (des soucis de santé font que ça me perturbe trop) et croyez bien que je le regrette profondément.

En photos de paysage ou de portrait, c’est un appareil des plus efficaces. Même en studio, posé sur un trépied.

Sa vraie limite, c’est quand vous voulez faire des photos dans une autre position que vous regardant vers le bas, dans le viseur. On y arrive, mais ce n’est plus évident du tout.

Autre point auquel il faut être attentif, la parallaxe. Les deux objectifs n’étant pas au même étage, lorsque vous allez photographier un sujet proche, il faut penser à incliner l’appareil un peu vers le haut pour ne pas couper votre sujet. Ce désagrément ne se ressent pas ou quasi pas sur des sujets plus lointain.

Il a même existé des compléments optiques pour pouvoir faire de très gros plans ou des grands angles. Ils sont difficiles à trouver mais ils suggèrent que beaucoup de choses étaient envisageables avec ces appareils.

Si je résume cette présentation, c’est un appareil simple et direct car vous ne trouverez pas de boutons ou molettes inutiles sur le Mat 124 G : tout est à sa place pour vous permettre de vous concentrer sur la prise de vue, le cadrage, sans devoir tâtonner.

Tout est-il parfait dans le meilleur des mondes ? Non car on peut reprocher au Mat 124 G de n’être pas tout métallique et de compter du plastique dans son habillage. Certains louent la discrétion de son obturateur mais estiment que le levier d’avance du film fait trop de bruit comparé au Rolleiflex.

Oui mais c’est comme comparer une honnête Fiat Stillo à une Mercedes Maybach : avec les deux vous irez d’un point A à un point B si ce n’est qu’avec la première vous sentirez l’état de nos routes en Belgique tandis qu’avec l’autre vous survolerez les débats.

Ceci étant, le Rolleiflex est souvent pris comme l’exemple à atteindre mais n’oublions pas, outre son prix, qu’il n’est pas le plus jeune ni le plus dynamique des appareils photo. Et que l’appellation « Rolleiflex du pauvre » donnée au Mat 124 G est déjà une référence en soi.

Enfin, paradoxe de cet appareil, s’il fait inévitablement penser à un appareil « vintage », il présente toutefois un aspect moderne que d’autres n’ont pas, ce qui le rend un peu « indémodable » finalement.

C’est bien beau tout ça, mais il fonctionne comment ce Yashica Mat 124 G ?

Nous allons d’abord glisser une bobine de 120 dans la chambre. Par dessous le boitier, il faut tourner le gros verrou pour libérer le dos, sur charnière.

Comme sur la plupart des moyens formats de ce type, il faut placer la bobine en bas et tirer l’amorce vers la bobine du haut. Quand elle est engagée dans la fente, il faut tourner la manivelle de rembobinage jusqu’à ce que la marque de départ du film soit visible. Puis on referme et on tourne encore un peu jusqu’à ce que le mécanisme se bloque et que le chiffre 1 apparait dans la fenêtre sur le côté gauche.

Si vous doutez encore, petit coup d’œil aux videos ci-dessous.

Remarquez encore l’indication « 12ex » : elle correspond au nombre de vue possible avec un film 120 et c’est malheureusement la seule que vous utiliserez car le film 220 n’est plus produit de nos jours (il vous aurait permis de faire 24 pauses).

Le format 220 a été introduit en 1965 et il permettait de faire 24 expositions. Pour y parvenir, le support papier qui protège le film était enlevé sauf une partie pour l’amorce et la bande contenant les informations d’amorçage. Le film lui-même était moins épais. Dès lors, il fallait que la plaque de pression du film soit réglable pour assurer la planéité du film. Le choix du 12 ou 24 exp. s’occupait des modifications fonction du film utilisé.

En principe, le 220 a disparu en 2025. Il doit bien rester des stocks par-ci par-là et ils sont toujours utilisables avec le Mat 124 G (pour autant qu’ils aient été stocké correctement c’est-à-dire au frigo). Aux dernières nouvelles toutefois, la Chine aurait relancé le format avec le Shanghai GP3 220 qui a une sensibilité de 100Asa.

Au risque de me répéter, l’objectif du haut ne sert qu’à la visée tandis que celui du bas porte l’obturateur et c’est donc lui qui « fait » la photo.

Pour prendre une photo, on tient l’appareil contre soi et on ouvre le viseur, en soulevant délicatement le capot vers l’avant, ce qui lui permet de se déplier. Ne forcez pas au risque d’abimer ce bel enchainement des volets qui s’ouvrent les uns après les autres pour se positionner correctement.

Vous serrez sans doute un peu surpris car même si le verre de visée est immense, il est un peu sombre, c’est normal.

Source : Shootinwithfilm

Comme pour tout appareil photo mécanique, vous allez devoir régler la distance, l’ouverture et la vitesse.

Ici l’appareil vous aide un peu car il est équipé d’une cellule au CdS, alimentée par une pile PX625A (qui remplace la PX625 au mercure). Cette pile ne sert qu’à alimenter le posemètre, tout le reste est entièrement mécanique. Vous pouvez donc travailler sans pile.

Cette cellule est située au dessus de l’appareil (le gros rond à gauche). Elle se met en route dès que vous ouvrez le viseur. Vous pouvez régler le type de sensibilité (de 25 à 400Iso) avec la molette sur le côté et l’indication apparait dans la fenêtre à coté de celle de la cellule.

Un petit écran, sur le dessus, montre deux aiguilles : une verte et une rouge.

La rouge bouge dès que vous avez ouvert le viseur donc. Lorsque vous réglez l’ouverture et la vitesse (les deux roues noires près des objectifs), vous faites bouger l’aiguille verte. Vous l’avez compris, il faut faire coïncider les deux aiguilles pour obtenir la bonne exposition.

Soyons de bon compte, cette cellule n’est pas des plus précise car elle travaille sur la moyenne de la luminosité devant le boitier. Si vous deviez être très précis, une cellule à main est recommandée. Si le posemètre intégré est idéal pour le paysage, en portrait et en studio, une cellule indépendante sera un allié bien plus précieux.

Lorsque vous tenez l’appareil entre vos mains, vous serrez surpris de voir avec quelle facilité vos deux pouces se posent naturellement sur les deux roues situées de part et d’autre de l’objectif. Avec celle de gauche vous réglez l’ouverture et avec l’autre, vous choisissez la vitesse. Les valeurs que vous aurez choisies sont reportées par un mécanisme à double roue, visible sur le dessus du premier objectif (et facilement lue pendant vous visez un sujet).

Les vitesses s’échelonnent de 1s au 1/500s plus la pose B et il y a un retardateur de 10 secondes.

Pour faire la mise au point, c’est avec le gros bouton sur la gauche de l’appareil.

Lorsque vous le faites tourner délicatement, vous constatez que toute la platine portant les objectifs avance ou recule. Sur ce bouton vous verrez les repères classiques de profondeur de champ, toujours utiles. La mise au point minimale est de 1m et s’étend jusque l’infini.

Bien, vous avez fixé votre cadre, fait les réglages de vitesse et d’ouverture, il ne vous reste plus qu’à déclencher pour prendre la photo. Le déclencheur est tout en bas, à droite. Remarquez que l’on peut le bloquer en pivotant le trait rouge sur le L (lock)

Votre photo prise, vous devez réarmer le boitier. Il faut déplier la manivelle sur la droite, la tourner dans le sens des aiguilles d’une montre jusqu’à un blocage (avancement du film) puis la faire tourner dans le sens anti-horaire jusqu’au second blocage (armement de l’obturateur). C’est particulier mais pas unique (voir Rolleiflex).

Vous voilà prêt pour votre première sortie avec ce boitier.

Petit conseil pour obtenir de bons résultats, n’ayez pas peur de fermer à f5,6 voire f8 pour obtenir le meilleur.

Vous pourriez avoir besoin d’un flash aussi. La griffe porte-accessoires est sur la gauche, sans contact.

Vous devrez faire basculer le petit levier pointé en jaune sur la lettre X ou M pour la synchronisation et insérer le câble du flash dans la prise prévue à cet effet.

Ah, j’en profite pour un petit aparté au sujet de la synchronisation des flashs car on en parle toujours mais comment ça fonctionne ?

A quoi sert la synchro-flash ?

Pour éviter que la photo ne soit pas bien éclairée par le flash, il faut que l’obturateur soit complètement ouvert au moment du déclenchement de l’éclair.

Ici nous avons un obturateur central à lamelles, qui s’ouvre toujours complètement. Le flash peut donc être utilisé à toutes les vitesses.

Ce n’est pas le cas avec les obturateurs focaux à rideaux. En dessous d’une certaine vitesse, le flash ne peut pas être utilisé parce qu’aux vitesses lentes, le premier rideau découvre tout le négatif puis le second le recouvre.

Alors qu’aux vitesses rapides, le second rideau démarre alors que le premier n’est pas encore arrivé au bout : il se crée donc une mince fente qui découvre le négatif à un instant T.

Dès lors si vous déclenchez le flash à une vitesse rapide, on n’éclaire qu’une bande de l’image et le reste sera noir.

C’est pourquoi les constructeurs indiquent toujours une vitesse minimum pour l’utilisation du flash. Cette vitesse est la vitesse « synchro-flash ».

Vous aurez sans doute déjà remarqué que sur la plupart des appareils anciens vous voyez deux types de synchro-flash : la synchro X pour les flashs électronique et la synchro M ou P pour les flashs à lampes au magnésium dont le départ de l’éclair maximum est plus lent. Sur les emballages des anciennes lampes vous trouverez souvent un tableau de valeurs. Parfois aussi les modes d’emploi les renseignent.

Pour communiquer avec le flash il faut un contact. Celui-ci sera soit directement sur la griffe porte-accessoires (le plot au milieu), soit via une prise séparée.


Nous avons fait le tour de ce beau boitier. Si quelques esprits chagrins lui ont reproché de n’être pas tout en métal, j’avoue que mon exemplaire, qui flirte avec les quarante ans, n’a rien perdu de sa superbe.

D’autres ont prétendus que le rendu des photos n’était pas piqué, mou sur les bords, etc. Toujours en comparaison avec le Rolleiflex f2,8.

Vous savez ce que j’en pense de ces comparaisons …

Un petit tour sur le site de Lomography vous permettrons de vous faire votre propre opinion, notamment avec des exemples comme ICI ou LA.

A la question du prix, la moyenne relevée au moment de cet article était de +/- 450€ pour un bel exemplaire soit environ la moitié du prix d’un Rolleiflex avec un objectif f3,5 (je ne compte pas les f2,8).

Vous aurez alors un excellent appareil, facile, compact, bien équipé pour débuter au mieux dans l’univers du moyen format.

Si vous en trouvez un, soyez raisonnable, faites vous plaisir !

Cet appareil fait partie des hommages que je décline pour ce grand collectionneur partit trop tôt.

Videos d’illustration

Quelques données techniques :

Yashica Mat-124 G
Appareil photo reflex bi-objectif (TLR)
Films : 120 et 220
Objectif : Yashinon 80mm f/3.5 en 4 éléments
Mise au point : Manuelle
Obturateur : central, Copal-SV, de 1 s au 1/500 s plus pose B, synchro-flash X et M, retardateur (10secondes)
Flash : Synchronisation flash avec les flashs électronique X et flash à lampes M
Alimentation : 1x PX625A

Pour la référence du film Sanghai GP3 220, c’est par LA.

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

Quelques références : http://www.lumieresenboite.com/collection2.php?l=1&c=Yashica_Mat_124_G, https://www.visionlarge.ch/Blog/mon-avis-sur-le-yashica-mat-124/, https://www.studio-plus.fr/photo-argentique/yashica-mat-124-g.html, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-171-Yashica_Yashica-Mat%20124%20G.html, https://www.photosurcour.fr/yashica-mat-124/, https://www.filmisundead.com/test-avis-yashica-mat-124-g/, https://pellochemoi.com/produit/yashica-mat-124g/, http://herlent.daniel.free.fr/reparation/yashica_mat_124_g/index.html (si vous devez changer la mousse entre le viseur et le porte platine) en français ; https://www.rossjukesphoto.co.uk/photographyblog/yashica-mat-124-g-review, https://emulsive.org/reviews/camera-reviews/yashica-camera-reviews/my-first-roll-with-a-yashica-mat-124g, https://www.35mmc.com/14/07/2020/yashica-mat-124g-perspective-from-a-newbie-by-salman-rameli/, https://emulsive.org/reviews/camera-reviews/camera-review-the-yashica-mat-124-by-malcolm-myers, https://kosmofoto.com/2022/05/yashicamat-124g-review/, https://www.lomography.com/magazine/91134-yashica-mat-124g-a-twin-lens-classic, https://mattsclassiccameras.com/tlr-box/yashica-mat-124/, https://shootitwithfilm.com/yashica-mat-124g-camera-review/, https://www.lomography.com/magazine/93031-yashica-mat-124g, en anglais.

Argentique

L’Agfa Billy Record

Ici nous avons affaire à un ancêtre car cet appareil date de 1933.

Je vous avais déjà présenté l’Agfa Billy – Clack 74 qui datait aussi du début des années trente.

La différence entre ces deux ancêtres est la manière dont ils s’ouvrent : un bouton sur lequel on appuie pour le Clack et qui libère avec le même bruit le soufflet, automatiquement ; un levier discret, sur le devant de la porte du Billy-Record, qu’il faut tirer doucement pour déplier le soufflet.

Ce Billy-Record 7,7 sera suivi, en 1938 d’un Billy-Record 88 (objectif Agfa Anastigmat Jgestar/Igestar f8.8/105mm ou Jgestar/Igestar 8.8/100mm) puis d’un dernier Billy-Record 4,5 en 1940 (objectif Apotar f4.5/105mm ou Solinar f4.5/105mm avec un obturateur Prontor II qui offrait les vitesses de 1S à 1/150s et une protection contre les doubles expositions).

Cet appareil fait partie de ceux qui ont permis l’essor de la photographie, adressés aux photographes amateurs, comme les Box et folding de Kodak, les pliants de Voigtländer ou Zeiss Ikon, par exemple. Ils utilisaient du film en bobine de 120 pour un tirage de 6x9cm. Avec ce format, il n’était pas utile d’agrandir les images car un simple développement par contact suffisait pour délivrer une photographie de 6×9 cm. Vous avez sans doute déjà vu, dans de vieux albums, ces images aux bords découpés : on utilisait une simple paire de ciseaux crantés.

Au vu des données ci-dessus, nous sommes bien en face d’un appareil aux possibilités réduites mais néanmoins, il a « du style » et vaut la peine d’être présenté.

D’autant que ce modèle présente des côtés dans le style « art déco » du plus bel effet.

Partons du principe qu’il est toujours utilisable et que nous allons y installer un film.

Pour ouvrir le dos, il faut appuyer sur l’espèce de réglette placée sous la lanière de portage. Heu … pas facile car il faut presser sur la réglette et tirer en même temps la porte vers soi, et l’âge n’arrange pas la fluidité du verrou (une lame de métal qui fait ressort).

Si vous voulez refermer l’appareil, appuyez sur les genouillères vers le bas et le mécanisme se libère, permettant de replier le soufflet. Ne brusquez pas la manœuvre, ces vieux soufflets sont parfois devenus fragiles, nous y reviendrons.

Pour le reste, il faut glisser la cartouche de film dans le logement vide, à gauche (vue de la chambre) en soulevant les deux leviers de calage de la bobine. Puis tirer l’amorce jusqu’à la bobine réceptrice que l’on insert en soulevant la molette de bobinage.

Il faut enrouler le film jusqu’à l’apparition du témoin de début de film. Refermer le tout et continuer à tourner lentement jusqu’à l’apparition du chiffre 1, que l’on voit à travers la fenêtre en rouge inactinique. Fenêtre qui sert aussi, vous l’avez compris, de compteur de vue rudimentaire. Pour éviter les fuites de lumière par temps très ensoleillé, on peut refermer un petit panneau devant la fenêtre.

Voilà, le film est en place, nous allons pouvoir commencer la prise de vue …

Holà, holà, prenons le temps car ici tout est manuel.

Pour régler la distance, ne comptez pas trop sur le viseur qui n’est finalement qu’un accessoire pour cadrer sa photo, à peu près. Sur le modèle que je possède, il manque le viseur de côté, un viseur à prisme, toujours aussi imprécis que l’autre.

De toute manière, vous n’aurez que deux choix : de 2m à 5m et de 5m à l’infini. Vous faites ce réglage en faisant coulisser une tirette sur la droite de l’objectif (vu de face). Attention, lorsque vous refermez l’appareil, il revient d’office à la distance 5m – infini. Vérifiez toujours ce curseur avant de prendre une photo proche.

Pour l’ouverture, vous aurez le choix entre f7,7, f11 et f16, là aussi en faisant glisser un curseur.

Quant aux vitesses, elles s’échelonnent de 1/25s – 1/50s – 1/100s et une pose B, toujours en faisant glisser un curseur. Petite astuce, pour actionner la pose B, il faut faire glisser le curseur sur la lettre et maintenir appuyé un petit levier qui maintient le déclencheur en partie basse, c’est-à-dire en ouvrant l’obturateur. Il restera ouvert aussi longtemps que vous maintiendrez ce levier appuyé ou le câble souple enfoncé.

Rappelez-vous qu’à l’époque les films étaient très lents (10 à 50Asa maximum) et donc ces vitesses étaient suffisantes, tout comme les ouvertures.

Revenons aux réglages des distances : Agfa considère que la distance 2m – 5m est celle pour les portraits. Le réglage de l’objectif assure que tous les sujets dans cette distance seront nets. Les autres sujets, comme les paysages, seront nets s’ils sont dans la seconde fourchette de 5m l’infini.

Si vous vouliez descendre plus bas que la distance minimum, et surtout si vous les trouvez, il existe deux compléments optiques : un « close-up » qui se fixe par clip sur l’objectif (diamètre de 23,5mm pour ceux qui veulent chercher). Ce complément permet de descendre à 1m – 1,5m et un complément portrait qui permet de descendre à 1,5m – 2m.

Il était encore prévu un filtre jaune à clipser sur l’objectif, le « Agfa Record Topaz Filter » de grade I ou II selon les effets que vous voudriez donner aux cieux de vos paysages. Le mode d’emploi précise qu’il existe une table avec les différents filtres et les corrections d’exposition et de vitesse. Avis aux chercheurs de raretés.

Alors si vous trouvez un de ces appareils en brocante, si on vous en donne un (comme celui-ci que j’ai reçu), si vous en trouvez un dans un vieux grenier familial, quelques petits points à vérifier :

  • lorsque vous l’ouvrez pour la première fois, c’est en douceur et en amenant les pliants jusqu’au bout de leur course, pour bien stabiliser le soufflet
  • ensuite, dans le noir absolu, ayant ouvert le dos de l’appareil, placez une lampe de poche puissante dans la chambre pour vérifier qu’il n’y a pas de trous, même minuscules. Sinon c’est la fuite de lumière qui ne pardonne pas. Si le soufflet est percé, c’est mal parti.
  • puisque l’appareil est ouvert, rallumez et vérifiez que l’obturateur s’ouvre bien quand vous pressez le déclencheur
  • enfin, vérifiez en faisant coulisser le curseur des distances que l’ensemble du bloc optique tourne dans un sens et dans l’autre. Parfois la graisse utilisée se fige et il est pratiquement impossible de débloquer le tout.

Voilà, si vous avez envie de vivre une expérience différente, c’est un bon appareil, facile à prendre en mains et à régler. Mais c’est un appareil qui demande un peu de temps pour l’apprivoiser et qui vous fera oublier la frénésie des appareils modernes et leurs rafales supersoniques. Ici vous avez le temps de peaufiner votre cadrage …

Ces Agfa Billy Record et leurs confrères de l’époque ont accompagné nombre de soldats dans les tranchées. Fidèles compagnons de galère, ils ont participé à écrire une partie de l’histoire de ces hommes plongés au cœur de l’horreur. Mal vus des commandements, ils montraient la réalité crue des combats, les petits moments de répit, la tristesse et parfois les joies toutes simples d’un instant de trêve. Ne les oublions pas, ce sont des témoins précieux.

Ce sont des appareils que l’on trouve encore assez facilement, pas toujours en bon état hélas. Ils se négocient pour une bouchée de pain (maximum 10 voire 15€ si la gaine en cuir accompagne le boitier).

Ceci étant, les images que délivrent cet Agfa Billy Record f7,7 ne sont pas désagréables : voyez des exemples ICI et LA.

Si vous voulez faire des expériences photographiques, c’est un bon instrument.

Petite video d’illustration :

Un peu de technique :

  • Agfa Billy Record 7,7
  • Type : pliant vertical d’Agfa
  • Année de lancement : 1933
  • Films : 120 films en rouleau, format d’exposition 6×9
  • Objectif : Agfa Anastigmat Jgestar f7,7/100 mm (trois éléments optiques) – distances de mise au point 2 à 5m et 5m vers l’infini
  • Obturateur : Prontor (Alfred Gauthier, Culmbach), vitesses 1/25s – 1/50s – 1/100 sec et pose B.
  • Ouvertures : f7,7 – f11 – f16
  • Poids : 560g
  • Dimensions : 165×88×37mm (fermé), 165×108×131mm (ouvert)


Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

Des références : https://www.danstacuve.org/test-agfa-billy-record-la-sensibilite-de-nos-aines/, en français ; http://camera-wiki.org/wiki/Agfa_Billy_Record

Argentique

Le Koroll 24 de Bencini

Encore un appareil étonnant et peu courant. Celui-ci m’a été gracieusement offert.

Il faut reconnaître que ce Bencini Koroll 24 intrigue : une carrosserie tout en métal moulé et simili-cuir noir du plus bel effet.

Et avec son drôle de bouchon d’objectif, il semble sorti d’une bande dessinée de Barbarella, mais dix ans avant la BD !

Nous sommes tellement habitué aux appareils allemands et japonais qu’on en viendrait presque à oublier que d’autres nations ont produit aussi d’excellent appareils photographique dont la Suisse, la France, les USA, l’URSS, l’Italie – au risque de me faire lyncher par ceux que je n’ai pas cités.

Alors un peu d’histoire ne fera pas de tort. Qui est Bencini de Milan ?

On sait peu de choses sur Antonio Bencini. On suppose qu’il est né dans les dernières années du 19ème siècle, quelque part près de Florence.

On le retrouve conscrit lors de la Première Guerre mondiale et l’on sait, grâce à son fils, Roberto Bencini, que c’est lors du conflit qu’il va rencontrer la photographie.

En effet, l’armée italienne utilisait des caméras françaises pour son aviation. Lorsqu’un boitier tombait en panne, il fallait le renvoyer en France et attendre qu’il revienne. Et comme nous étions en période de guerre, disons que tout n’était pas simple ni surtout rapide.

C’est là qu’Antonio Bencini eut l’idée de proposer de réparer lui-même ces appareils.

Technicien aéronautique, il servait dans le service de reconnaissance et savait donc pertinemment l’importance de ces appareils dans le conflit.

Ses supérieurs lui donnent alors l’autorisation de réparer les appareils défectueux et comme il savait y faire, on le laissa le faire.

Heureusement, toutes les guerres ont une fin et une fois celle-là terminée, Antonio Bencini décide d’utiliser son expérience. Il ouvre une menuiserie à Florence et commence à fabriquer des caméras et des loupes.

En 1920, avec un associé, il fonde la F.I.A.M.M.A. (Fabbrica Italiana Apparecchi Machinei Materiali Accessori). Ce fut un succès car dès 1931 l’entreprise possédait une usine de 3.000 mètres carrés et employait 100 salariés.

En 1933, FIAMMA continue à fabriquer des chambre en bois pour les professionnels mais elle se lance aussi dans la production de petits appareils en tôle, destinés aux débutants. Le Fiammetta offre un format 6×9 sur pellicule 120 et le Gioietta pour le format 4,5×6 sur film 127.

Pourtant, en 1935, Ferrania, la plus importante industrie photographique d’Italie, rachète et absorbe la FIAMMA.

Dès lors, Antonio Bencini va s’installer à Turin où il fonde FILMA avec laquelle il continue à construire ses boites en tôle qui font des photos, toujours dans les mêmes formats.

Décidément Ferrania est gourmande car en 1937, elle rachète encore cette société.

Pas découragé, Antonio Bencini part pour Milan où il crée ICAF. Avec elle, il continue à fabriquer des appareils simples et économiques mais de qualité.

Dès 1939 apparait un nouveau boitier, le Roby, en métal pour film 120 et donnant un format de 6x9cm et le Gabry, toujours en métal avec du film 127 pour le format 4x6cm, et enfin le Delta, un pliant (folding) en format 6x9cm sur film 120.

Selon la légende, Roby et Gabry étaient dérivés des noms des enfants d’Antonio Bencini, Roberto et Gabriella.

Au seuil de la seconde guerre mondiale, la société change de nom et devient CFM. Comme nous sommes sous un régime fasciste, qui émet des règlements pour tout et n’importe quoi et notamment l’utilisation des mots étrangers, les noms de Roby et Gabry deviennent Robi et Gabi. A ceux-là s’ajoutent deux nouveaux pliants, l’Etna et l’Argo, semblables au Delta.

Ce qui devait arriver arriva, la seconde guerre mondiale éclate et l’entreprise ne produit plus que des composants pour vélos et l’industrie aéronautique.

Au sortir de ce second conflit, Bencini reprend la production de certains appareils d’avant guerre, dont le Robi et l’Argo, ainsi que deux autres appareils, toujours des pliants, le Deko et l’Erno (rares).

Il faut attendre 1946 pour qu’un nouvel appareil n’apparaisse, le Rolet, qui utilise des film en 127 pour un négatif en 4x6cm. C’est un appareil que l’on dirait hybride au sens où il conserve la structure des appareils pliants mais le soufflet est remplacé par un barillet en tôle sur lequel on greffe le bloc optique et l’obturateur, qui est un objectif rentrant.

Source : Camera-wiki, le Rolet

C’est au fils Bencini, Roberto, que l’on doit cette idée. Il sera d’ailleurs dorénavant le créateur des nouveaux modèles de la Bencini Spa. Pour contrer les éternels appétits de la Ferrania, Roberto Bencini interrompt ses études à la Faculté d’Architecture de l’École Polytechnique de Milan et se lance dans la conception de nouveaux modèles pour sa société.

Après le Rolet, ce sera le Comet, qui sera la dynastie d’appareils photos la plus connue et la plus longue de l’entreprise. Nous sommes en 1948.

C’est encore un petit appareil en aluminium moulé sous pression, pour film 127 avec toujours un négatif de 3x4cm.

Source : Artdecocameras

Cet appareil simple mais à l’apparence robuste est un succès commercial immédiat. D’autant que le nom choisit ne l’était pas par hasard : c’était celui du premier avion à réaction transportant des passagers utilisé en Angleterre à la même époque.

Dès 1951, la Bencini Spa (dernier changement de nom) présente deux nouveaux appareils en aluminium moulé sous pression, le Relex (qui succède au Rolet) et le Koroll. Si le premier utilisait encore du film 127 pour un négatif de 3x4cm, le second était en film 120 et offrait un double format, le 6×6 ou le 4,5x6cm.

La firme proposait finalement au photographes amateurs une gamme d’appareils qui couvrait les formats les plus usuels à l’époque, le 3×4 et le 6×6 en film 127 et 120. Les solutions techniques et les modèles étaient, au demeurant, assez similaires.

Au fil du temps, ces différents appareils vont évoluer avec, par exemple, la synchronisation des flashs en 1955 ou des améliorations esthétiques, destinées surtout à abaisser les coûts de fabrication et réduire les temps de production.

Bencini a été la dernière des industries italiennes productrices de matériel photographique non professionnel à cesser ses activités, après avoir résisté à la concurrence allemande puis japonaise. Après quelques autres tribulations, la firme arrêtera toute production en 1984.

Pour en revenir à l’appareil qui nous préoccupe aujourd’hui, le Koroll 24, il apparait en 1957. Toujours en aluminium moulé sous pression, il utilise du film 120 avec lequel on obtient 24 négatifs de 3×4,5cm.

En 1960 le modèle évolue et devient le Koroll 24S parce qu’il gagne un objectif plus rapide avec la sélection de 2 ouvertures (f9 et f11) et jouit des quelques corrections esthétiques.

Notre Koroll 24 donc sera produit de 1957 à 1960. Il propose des solutions simples et finalement éprouvées :

  • un objectif de 60mm ouvrant à f11
  • la mise au point se fait avec une échelle en mètres ou en pieds (le cas de cet exemplaires prévu pour le marché anglais où la société exportait ses appareils depuis 1947)
  • une vitesse unique de 1/50s et une astucieuse pose B

Pendant sa brève carrière, il n’y aura que 2 variantes du Koroll 24 : les premiers appareils auront une bague ronde pour la mise au point et l’échelle de distance est gravée sur la bande décorative autour, alors que pour la seconde mouture, cette bague est conique avec l’échelle de distance gravée dessus.

Le Koroll 24 dispose d’une vitesse unique, à 1/50 de seconde, et d’une pose B, sélectionnable à l’aide d’un petit ergot situé sur le côté de l’objectif, à tirer vers le haut.

Sur le bloc objectif et obturateur, nous trouvons la prise pour le flash (3mm) et de l’autre côté, le petit levier de la pause B. Tant que ce levier est soulevé, l’obturateur reste ouvert.

Pour ouvrir l’appareil, il faut descendre le verrou, sur la tranche gauche (vu de face) et le dos s’ouvre sur la chambre. Pour refermer, manœuvre inverse car il ne faut pas oublier de refermer le verrou. Les assemblages sont très bons et il n’y a pas de jeux dans les pièces.

Lorsque l’on ouvre la chambre pour la première fois, ce qui frappe, c’est la forme du cadre, un 3×4,5cm. Pas de guide pour positionner le film mais les deux bobines sont bien serrées dans la chambre et évitent tout jeu à cet endroit. Une large plaque de pression fait son travail pour éviter tout mouvement intempestif. Pour pouvoir insérer la pellicule il faut soulever la grosse molette d’entrainement.

Au fonds de la chambre, on aperçoit le mécanisme rudimentaire mais efficace de l’obturateur, qui n’est pas sans rappeler celui des Bilora Bella ou Bilora Bella 66, contemporains.

Sur le capot, un gros bouton pour faire avancer le film et le déclencheur, en saillie et fileté ; puis, au dessus du viseur, la griffe pour le flash. Attention, le fait de faire avancer le film n’arme pas le déclencheur, qui est toujours en position pour prendre une photo. Risque de double exposition donc si on n’y prends pas garde.

Aux deux extrémités du capot, vous trouverez deux emplacements pour fixer une courroie de transport (qui disparaitra sur le Koroll 24S).

Et un viseur disons, rudimentaire : un simple tunnel avec un minuscule trou pour visser et une fenêtre de sortie tout aussi riquiqui. Mieux vaut estimer les distances sur l’objectif quoiqu’il n’y ait pas d’échelle de profondeur de champ pour vous guider. La mise au point minimale descend à 3 pieds, soit plus ou moins 1,2m si je ne me trompe pas dans la conversion.

Ici, pas de compteur de vue mais 2 fenêtres rouges sur la porte arrière, par lequel vous verrez les chiffres imprimés sur le papier du film 120 défiler. Simple et efficace à défaut d’être « moderne ». Pourquoi 2 fenêtres ? Sans doute un héritage des anciens Koroll qui permettaient de passer d’un format 3×4,5 au 6×6.

Ce qui est étonnant, aussi, avec ce Koroll 24, quand on le regarde pour la première fois, c’est vraiment cette impression de solidité : hormis la charnière sur la tranche droite (toujours vu de face), il n’y a pas d’aspérités. Le moulage du corps comprend une seule pièce qui réunit le corps proprement dit mais aussi le fut de l’objectif et le cadre du viseur. Une belle pièce de fonderie.

Le bloc objectif et obturateur est fermement fixé au fut. Il y a finalement très peu de vis apparentes sur cet appareil (autour du viseur et de l’objectif).

Comme souvent avec ces appareils très simples, on ne risque pas trop de se tromper pour prendre une photo : rappelez-vous, ouverture fixe de f11 et vitesse unique de 1/50s, possibilité de fixer un flash à lampe ou électronique et enfin une pose B pour essayer de jouer sur des vitesses différentes (pied indispensable alors).

Étonnamment, les images produites par ce Koroll 24 sont très belles (voir le lien ci-dessous). Comme quoi, il ne faut pas toujours une « usine à gaz » pour fixer des moments uniques sur la pellicule.

Un petit rappel toutefois : le format 3×4,5 est un format en « portrait », c’est-à-dire dans la hauteur si vous tenez l’appareil normalement. Si vous voulez passer en « paysage », il faut basculer l’appareil pour le mettre à la verticale. On s’y fait …

En résumé, cet appareil est assez rare, mais – heureusement – ça n’influe pas trop sur son prix. Paradoxe des collections car à l’origine cet appareil était un champion des prix compressés.

Disons qu’il faudra compter sur 50€ pour un exemplaire en parfait état et, idéalement, avec son « sac tout prêt ». Mais il faudra chercher …

Des exemples de photos prises avec cet appareil ICI.

Données techniques des Koroll 24/24s :

Introduit vers 1953
24 images 3×4,5 cm sur film 120, utilise deux fenêtres rouges
Obturateur : à vitesse unique et B
Objectif : f/11 (24S : f/9 ou f/16)

Pour le mode d’emploi (11 pages, ça change), c’est par LA mais est-ce bien nécessaire ? Ils l’écrivent eux-mêmes dans le livret :

Des références : https://www.lomography.com/magazine/199584-bencini-koroll-24s-a-beautiful-camera-from-the-50s, http://camera-wiki.org/wiki/Bencini_Koroll, https://historiccamera.com/cgi-bin/librarium2/pm.cgi?action=app_display&app=datasheet&app_id=3723&, https://cameracollector.net/bencini-comet-koroll/ en anglais ; https://www.collection-appareils.fr/x/html/page_standard.php?id_appareil=79, en français ; https://bencinistory.altervista.org/intro%20modificata.html, https://bencinistory.altervista.org/15sch_koroll24.html, en italien.