Argentique

Le Fujita 66

Voici un appareil singulier, qui a tout de suite retenu mon attention.

Son apparence particulière m’a attiré et souvent, qui dit « apparence particulière », dit aussi histoire à raconter.

Aussi bizarre que cela paraisse cet appareil a été conçu par un allemand, Heinz Kilfitt. Cet ingénieur fut aussi le père du célèbre Berning Robot (1930) et d’un reflex très compact au début des années cinquante, le Mecaflex (fabriqué par Metz Apparatefabik) et de quelques objectifs, ce qui était finalement sa seconde spécialité car il créa la Kilfitt Optische Fabrik à Munich en 1964.

C’est sur base d’un prototype Kilfitt 6×6 et son univers composé d’objectifs différents et interchangeables, qui sera montré lors du « Popular Photography » de 1952, que sera construit, en 1956, le Fujita 66.

Le Fujita 66 est donc un reflex mono objectif, à objectif interchangeable, au format 6×6. Il aura son petit succès car il était une alternative économique à d’autres marques prestigieuses … et chères.

Pour l’anecdote, le modèle original porte son nom en lettres manuscrites sur la plaque signalétique. Plus tard, les lettres seront en majuscules. Cet exemplaire est donc un des premiers.

Cet appareil à l’aspect si particulier fait partie des hommages car il est issu de la collection pour laquelle j’ai écris quelques articles déjà.

Comme il était abordable et de qualité, quelques versions du Fujita 66 fabriquées par Fujita Optical Company ont également été rebaptisées Kalimar Reflex, Kalimar Six Sixty, Soligor 66, Haco 66 et Fodor 66SL. De quoi ravir les collectionneurs.

En fait, dès la fin 1962, Fujita Kogaku a arrêté la production d’appareils photo sous sa propre marque mais a continué à fabriquer les appareils photo de la série Kalimar, du nom de l’importateur américain, qui, comme d’autres, a re-badgé quelques appareils qu’il importait et vendait.

Il est aussi contemporain de l’Exakta 66 et des premiers Hasselblad 1000F. Sa construction est plus simple et pourtant, il ne démérite pas.

Voyons cela de plus près.

Sa taille d’abord, plus proche d’un TLR de style Rolleiflex ou Yashica D que d’un Hasselblad et du Exakta 66.

Sa technique ensuite, résumée ici :

  • Pas de miroir à retour instantané (sauf à la fin sous la dénomination Kalimar Six Sixty)
  • Obturateur à plan focal en tissu relativement silencieux de 1/25s jusqu’au 1/500s
  • Objectifs interchangeables – monture à vis, pas de diaphragme automatique mais à preset
  • Distances focales de 52 mm (la plus large en 1957) jusqu’à 300 mm
  • Pas de chargeurs interchangeables
  • Viseur vertical et écran de visée non interchangeables
  • Verre de visée à écran de Fresnel (clair)
  • Pas de manivelle mais un gros bouton d’armement et d’avance du film

Une petite remarque au sujet du 52mm : il s’agissait à l’époque de l’objectif le plus « grand angle » disponible pour un reflex 6×6.

Trois ans après le célèbre Angénieux Retrofocus 35 mm, le 52 mm Kaligar ouvrant à f3,5 était le premier objectif rétrofocus pour moyen format. En plus de permettre une couverture d’angle plus large dans un reflex, la conception rétrofocus a fourni un meilleur éclairage des coins et a rendu possible des ouvertures plus élevées – et elle a ouvert la voie vers l’avenir, car ce concept allait devenir la base du formidable développement du grand angle au cours des deux prochaines décennies.

Des adaptateurs ont été prévu pour monter le Kaligar 52mm sur le Hasselblad 1000F et cette combinaison objectif/adaptateur est un des articles les plus recherché des collectionneurs.

A l’origine, la gamme d’objectifs accompagnant le boitier sera limitée. Elle s’agrandira avec la production du Kalimar. La monture est donc à vis au standard M44.

Nous avions au début un 52mm ouvrant à f3,5et un 80mm ouvrant à f3,5. Puis est apparu un 150mm ouvrant à f4. Ensuite de nouveau un 80mm mais ouvrant à f2,8. Enfin avec le Kalimar Six Sixty, les objectifs Kalimar 240mm ouvrant à f4,5 et 300mm ouvrant à f5,6.

Si je résume la gamme, nous trouverons :

  • le Fujita 66 (1956),
  • le Fujita 66 ST (1957) aussi appelé HACO 66, Kalimar Reflex, Soligor 66
  • puis le Fujita SL (1958) encore appelé Fodor 66 SL, Kalimar Reflex SL qui apporte une vitesse lente de 1/5s
  • le Fujita SQ qui sera le Kalimar Reflex SQ, un SL qui gagne un miroir à retour instantané (1960)
  • enfin le Kalimar Six Sixty, le seul modèle avec un viseur à prisme interchangeable et un écran de mise au point avec image à coïncidence

Lorsqu’on le prend en mains, sa taille séduit tout d’abord. Ensuite, on relève le capot du viseur et on plonge dedans. Bon, comme d’habitude, il y a une petite loupe et un viseur dit « sportif » si vous ouvrez la trappe du dessus mais c’est dommage de ne pas utiliser le verre de visée.

Si vous examinez l’appareil de face, tout d’abord on voit l’objectif qui, je le rappelle est à viser (monture M44) et dessous le bouton du déclencheur.

Sur la droite, le gros bouton pour faire avancer le film et qui arme l’obturateur. Sur la plaque métallique, vous voyez encore une prise filetée pour un déclencheur à câble et au dessus, le compteur de vue. Notez que les vitesses sont sur le bouton d’armement.

Petite particularité, pour réinitialiser le compteur de vue, il faut faire glisser une petite tirette sous le mot « set ».

Sur le côté gauche, les deux boutons pour libérer les bobines quand on devra changer de film, une griffe pour flash dite « froide » (pas de contact de synchro dessus) et en dessous une prise PC. La synchro flash se règle avec la tirette sous les lettres FP – X.

Le X synchronise le boitier au 1/25s ou sur la pause B. Sur le FP (focal plan), la synchronisation se fait en rapport avec les ampoules utilisées : au 1/100s – 1/200s et 1/500s l’ampoule brûle en 40 milliseconde (ms) ; au 1/50s, elle brûle en 50ms et au 1/25s, en 70ms. Il faut donc, en cas d’utilisation d’anciens flashs à ampoules bien choisir celles-ci.

Par dessous, quatre petits pieds métalliques, un filetage pour un trépied, le gros loquet pour ouvrir le dos du boitier.

Ici pas de plastique, du métal et pour envelopper le tout, un simili-cuir qui comme quasi tous les simili-cuir de ces époques, se fait la malle par endroit.

Nous avons fait le tour de ce reflex pas commun.

Comment fonctionne-t-il ?

Après avoir ouvert le dos avec le gros verrou par dessous, vous installez une bobine de 120 dans la chambre. Vous tournez le film jusqu’aux marques de départ alignées aux points rouges. Refermez le dos et vous faites glissez le curseur qui est sous le mot SET pour que la lettre S apparaisse dans le compteur de vue. Encore un tour jusqu’à ce que ça se bloque sur le numéro 1 qui apparait dans la fenêtre.

Vous ouvrez le viseur pour composer votre image. Le réglage se fait avec la bague des distances de l’objectif jusqu’à ce que l’image soit nette dans le viseur. A défaut, l’objectif porte des marques pour composer son image en zone focus (mise au point pré-réglée selon la profondeur de champ). Vous réglez la vitesse et l’ouverture, puis « clic-clac », l’image est dans la boite !

Comme le miroir n’est pas à retour automatique, il faut attendre un moment avant de pouvoir viser à nouveau à travers le dépoli. En fait, un piston actionné par le déclencheur ramène le miroir à sa place. Ingénieux à défaut d’être rapide.

Que penser de cet appareil ? Si vous désirez sortir des sentiers battus, vous avez trouvé l’appareil qui convient. De plus, il est loin d’être ridicule en termes de qualité. Des auteurs que j’ai pu consulter, ils s’accordent tous à dire que les images produites sont d’excellente qualité.

Revers de la médaille : il n’est pas forcément aisé de trouvé les objectifs si vous voulez agrandir votre parc.

Au niveau prix, comptez entre 250 et 350€ pour un très bel exemplaire avec sa gaine (que je ne vous ai pas montrée ici ayant dû recoller un morceau)

Un peu de technique :

  • Fujita Fujita 66 SL, 1958 par Fujita Optic Co
  • Objectifs interchangeables en monture M44 (filetage) F.C. Fujita f3,5 de 80 mm, Fujita H.C. f3,5 de 52mm (grand angle)
  • Obturateur à plan focal 1/25s à 1/500 s
  • Film rouleau 120 6x6cm
  • Accessoires : un sac toujours prêt

Pour le mode d’emploi, c’est par LA.

Des références : http://camera-wiki.org/wiki/Fujita_66, https://lens-db.com/system/fujita-66-kalimar-reflex/, http://camera-wiki.org/wiki/Kalimar_Six_Sixty, https://vintagecameralab.com/kalimar-reflex/, http://rick_oleson.tripod.com/index-36.html, http://www.novacon.com.br/odditycameras/kilfitt.htm, https://en.wikipedia.org/wiki/Heinz_Kilfitt, https://lens-db.com/camera/fujita-66-st-1956/ en anglais ; http://www.appaphot.be/fr/brands/fujita/fujita-66-st/, en français ; https://www.gigers.com/ernst/ALTEKAMERAS/Fujita66/Fujita.htm, en allemand

Argentique

Rolleicord Va modèle 2

Je crois que tout le monde connait le Rolleiflex, en tout cas pour peu que l’on s’intéresse à la chose photographique.

Synonyme d’excellence et de précision, ils ont toujours été chers et essentiellement destinés aux professionnels. Même encore de nos jours, en occasion, ils restent assez inabordables pour qui veut tenter l’aventure du 6×6.

Conscient que dès lors Rollei perdait une partie de clientèle, la marque décida de rendre plus accessible le principe du TLR (twin lens reflex ou reflex bis-objectifs) en simplifiant son best-seller afin de le rendre plus accessible et ils créèrent le Rolleicord.

Je n’aime pas le principe des appellations comme « le Rolleiflex du pauvre » que l’on attribue au Rolleicord. Expression « le xxxx du pauvre » est bien souvent assorties à des appareils d’excellente qualité mais qui ont le bon goût d’offrir celle-ci à des prix décents. Quelques journalistes en mal d’inspiration ont ainsi traité le Canonet 17 QL III ou les Electro 35 Gsn en référence au Leica. Quelle absurdité !

Bref, les modèles proposés sous la dénomination Rolleicord ont évolué avec le temps et les tous derniers, ceux de la série V notamment, possédaient les mêmes standards de fabrication et s’approchaient de la qualité optique du Rolleiflex. Seule l’utilisation restait un peu différente, avec notamment l’absence d’une manivelle du film couplée à l’armement de l’obturateur. À la place, on trouve une manipulation en deux temps : on fait bouger le film avec un bouton, puis on arme l’obturateur avec une manette dédiée. Rien de rédhibitoire, vous en conviendrez.

Petit tour historique pour situer la firme Rollei : elle est fondée par Paul Franke et Reinhold Heidecke à Brunswick (Allemagne) en 1920. D’abord sous l’appellation Werkstatt für Feinmechanik und Optik – Franke und Heidecke (Atelier de mécanique de précision et d’optique – Franke et Heidecke). Elle deviendra la Rolleiwerke Franke & Heidecke en 1962, puis Rollei-Werke Franke & Heidecke GmbH en 1972, Rollei-Werke Franke & Heidecke GmbH & Co. KG en 1979 et Rollei Fototechnic GmbH & Co. KG en 1981. Elle existe toujours de nos jours et fabrique encore des appareils photographique et d’optique ainsi que des accessoires.

En ce qui concerne le Rolleicord, l’aventure commence en 1933 avec le Rolleicord I et se termine en 1977 avec le Rolleicord Vb. Bel exemple de longévité.

Le premier Rolleicord était une version simplifiée du Rolleiflex standard, avec un objectif Zeiss Triotar 75 mm moins cher et un mécanisme d’avance de film simplifié utilisant un bouton au lieu de la manivelle du Rolleiflex. Habituellement recouvert d’un simili-cuir noir, il a aussi existé avec des plaques métalliques qui ont donné une variante appelée « Art Déco » du plus bel effet.

Au fil du temps, les objectifs seront améliorés avec, par exemple un Schneider Kreuznach Xenar à 4 éléments (qui seront aussi proposé sur les Rolleiflex). Mais si l’objectif le plus lumineux était un f2,8 chez Rolleiflex, il ne sera jamais plus ouvert que f3,5 chez Rolleicord, il fallait bien garder une différence entre les « pro » et les amateurs.

Ceci étant, ils partageaient quelques accessoires, comme le Rolleikin, un dispositif pour mettre du film 135 dans un 6×6.

Mais venons-en à notre Rolleicord Va modèle 2, qui a fait partie de la collection que je vous ai présentée.

Il faut d’abord établir les deux points qui sont les différences fondamentales entre le Rolleicord et le Rolleiflex :

  • la manivelle d’avancement du film et d’armement de l’obturateur : elle est la « signature » d’un Rolleiflex. D’un mécanisme complexe et donc cher, elle ne sera jamais montée sur un Rolleicord, qui héritera d’un bouton pour avancer le film et d’un système différent pour armer.
  • le déclencheur : sur le Rolleiflex, c’est un bouton sur lequel on pousse, situé en bas à droite de la face avant (vu de face) tandis que sur le Rolleicord, c’est un petit bouton, situé à gauche, sur lequel on pousse d’un côté pour armer l’obturateur et de l’autre côté pour déclencher.

Cet appareil est dans les derniers de la série des Rolleicord, qui se termine en 1977. Celui-ci sera produit de mars 1958 à janvier 1961, à 37.000 exemplaires. Je ne vais pour vous faire la liste de toutes les versions, que vous trouverez LA, réunie par des passionnés de la marque, mais vous vous doutez bien qu’entre 1933 et 1977 il y en eut quelques uns.

Arrêtons-nous sur cette dernière série de Rolleicord, la série V.

Il y eut un Rolleicord V, produit de 1954 à 1957, puis un Va de 1957 à 1961 et enfin le Vb de 1962 à 1977.

Si ce dernier est le plus perfectionné, c’est aussi un appareil qui arrive à un moment où les bis-objectifs sont en perte de vitesse, en tout cas chez les professionnels, qui préfèrent maintenant la souplesse des reflex et leur polyvalence, tout comme leur parc optique conséquent.

Destinée aux amateurs, la gamme fut discontinuée alors que celle des professionnels (le Rolleiflex) a perduré jusqu’en 2002 (le Rolleiflex 2.8GX) et qu’elle existe toujours (Rolleiflex 4,0 FW depuis 2006).

Mais commençons par les présentations : le Rolleicord est donc un TLR, soit un « twin lens reflex » ou, dans la langue de Voltaire, un reflex bis-objectifs.

De fait, les 2 objectifs sont positionnés l’un au dessus de l’autre. Le premier ne sert qu’à la visée, le second à la prise de vue. Une chambre noire unique recueille les rayons lumineux pour imprimer le film. La visée se fait par le dessus de l’appareil, via une espèce de tunnel qui se replie ensuite.

Vous visez sur un large dépoli, pas toujours très lumineux mais généralement quadrillé et muni d’une loupe, pour les mises au point très précises.

Vous ne regardez donc pas directement votre sujet, la tête penchée sur votre écran, ce qui donne ce que certain appelle une « posture d’humilité » (Robert Doisneau), peut-être moins agressive que le photographe qui vous vise à travers le gros œil rond de son objectif.

Comme pour tous ces appareils, il faut ouvrir le dos de ce dernier pour y insérer un film en rouleau, appelé 120. Comme cet appareil donne des négatifs de 6x6cm, vous pourrez faire 12 photos sur un rouleau.

Oui, c’est peu mais ça vous oblige à penser vos images, à prendre le temps.

Et si vous avez encore des doutes, voyez cette petite video :

Vous voyez, ce n’est pas si compliqué et avec un peu d’entrainement vous y arriverez facilement.

Bon, vous avez installé une pellicule dans la chambre et l’appareil est prêt pour votre première photo. Holà, pas de précipitation, il vous faut régler sur la plaque mémo le type de sensibilité de votre film. Notez que c’est juste pour votre confort, notamment en cas d’utilisation d’une cellule à main qu’il faut calibrer car l’appareil n’a pas de cellule intégrée.

Quoiqu’il ait existé un « Rolleilux », un posemètre indépendant qui se fixe sur le pare-soleil.

Notez que le constructeur a prévu un tableau, au dos de l’appareil, qui reprend la majorité des cas de figures des prises de vue .

C’est amusant mais la plupart des modes d’emploi anciens sont toujours utiles et précis dans leurs explications. On ne peut pas toujours en dire autant des nouveaux …

Un condensé fort bien fait des conditions de lumière et d’ouverture.

Vous avez noté que je n’ai pas fait mention des vitesses. En effet, avec cet appareil, on travaille avec des valeurs EV qui permettent de régler un couple vitesse/ouverture.

Un même nombre EV (indice de lumination – vous trouverez les explications de ce principe ICI) correspond à plusieurs couples Vitesse d’obturation / Ouverture de diaphragme équivalents. Par exemple le nombre 13 correspond au couple f/8 à 1/125 s, mais aussi au couple f/5,6 à 1/250 s ou encore au couple f/11 à 1/60 s. Les combinaisons de paramètres défilent dans les deux petites fenêtres f et t.

Bien évidemment, vous pouvez vous affranchir de ces propositions et ne juger que sur les valeurs de votre cellule à main ou votre expérience. Il vous faut alors débrayer les deux petites tirettes en appuyant dessus et en les faisant bouger.

Je pense que bien souvent, les photographes préréglaient leurs temps de pose. Petit exemple de ceux-ci :

Quand j’écrivais que les anciens modes d’emploi étaient utiles !

Ceci étant, l’obturateur est un Deckel Synchro-Compur MXV/CR00 qui propose des vitesses de 1s à 1/500s plus pose B, un retardateur V (10 secondes) et synchro X – flash électronique(à toutes les vitesses) et M – flash à ampoule (1/30s). C’est un obturateur qui sera proposé aussi sur les Rolleiflex.

Autre astuce bien présentée dans le mode d’emploi, la présélection de la profondeur de champ.

Franchement, pourquoi acheter un bouquin qui explique la technique ? Vous l’avez en termes simples et bien concrets ici.

Ceci étant, mais c’est moi que ça dérange, je n’aime pas la molette de réglage située à gauche. Ce n’est pas ma main directrice et j’ai quelques difficultés de manipulation.

Allez, on résume : vous avez mis un film dans la chambre, noté sa sensibilité, compris comment fonctionnait la sélection vitesse/ouverture, réglé votre profondeur de champ. Il ne vous reste plus qu’à faire la photo !

Dernière petite manipulation :

Si vous vous souvenez de ce que j’écrivais plus haut, contrairement au Rolleiflex, le fait de tourner le bouton d’avance du film n’arme pas l’obturateur. Vous devez donc le faire manuellement comme expliqué ci-dessus.

Vous avouerez qu’il n’y a là rien de compliqué, juste une petite manœuvre supplémentaire. Et je vous avouerai que je l’aime bien cette petite manœuvre en plus, elle me rappelle celle nécessaire pour prendre une photo avec les foldings (appareils à soufflet).

Ah, le plaisir du bruit de cet appareil quand il déclenche …

Bon, vous avez pris votre première photo, passons à la prise de vue suivante : ne pas oublier de réarmer en tournant le gros bouton à droite, jusqu’à arriver en butée. Vous verrez le chiffre du compteur s’incrémenter d’une vue.

Petit arrêt ici car cet appareil, je vous l’ai écris, était l’un des plus sophistiqué de la série de Rolleicord.

Tout d’abord, vous pouvez introduire dans la chambre un film 135 (bon, je ne vois pas trop l’intérêt de la chose, mais les goûts et les couleurs …) ou des plaques, voire des plans-films, moyennant bien sûr des adaptateurs. Ce qui vous donne finalement un appareil très polyvalent.

Quelques manipulations sont nécessaires, tant pour ajouter des caches dans le viseur que dans la chambre, et jusqu’au compteur, qui devra tenir compte du nombre plus élevé de prises de vue avec les films autres que le 120 classique (je vous renvoie au mode d’emploi ci-dessous).

La force de ces appareils tient aussi au nombre important de compléments : que ce soit des filtres, des compléments optiques, des pare-soleil, des étuis plus ou moins sophistiqués, des accessoires pour flashs ou cellule, etc.

Et comme il est parfois difficile de s’y retrouver dans les références, je vous livre ici celles que j’ai trouvées. Elles pourraient vous aider dans vos recherches de ces accessoires.

Alors, vous avez encore l’impression que c’est un appareil « au rabais » ?

Finalement, outre la simplification de son système de bobinage et d’armement, qui nécessite moins de pièces et de mécanisme précis, la seule autre chose qui différencie cet appareil du Rolleiflex, c’est le choix des objectifs.

Celui-ci est équipé d’un double objectif : celui du dessus, qui ne sert qu’à la visée, est un Heidosmat de 75mm ouvrant à f3,2 tandis que l’objectif qui prendra la photo est un Schneider Kreuznach Xenar ouvrant à f3,5. Il est construit sur un schéma Tessar.

Pourquoi une différence entre les 2 ? Celui de la visée ouvra plus grand pour faciliter la prise de vue en offrant une meilleure luminosité dans le tunnel de visée, qui reste quand même toujours un peu sombre. Quoique …

Source : 50mmf2. La qualité du viseur est excellente et on peut s’aider d’une loupe pour régler sa visée au millimètre.

Des différents auteurs que j’ai consultés pour écrire cet article, il ressort que le Xenar serait très bon à partir de f8 et au-delà, offrant une foule de détails sur le grand négatif 6×6. Il n’a donc pas à rougir encore une fois face au Rolleiflex, qui en sera d’ailleurs pourvu pour les modèles « d’entrée de gamme ».

Ai-je oublié quelque chose à son sujet ?

J’ai brièvement écris sur le flash mais vous pouvez voir sur les photos qu’il n’y a pas de griffe porte-accessoires. Alors c’était soit un complément à fixer sur l’objectif du haut, soit une plaque à viser par dessous qui portait le flash. Un câble relie alors ce dernier à l’appareil.

Vous aurez pu apercevoir aussi sur les photos un gros point rouge : en fait c’est un mécanisme pour empêcher les surimpressions : si le point est visible c’est que le risque existe car le système n’est pas verrouillé.

Peut-être encore un dernier mot du « sac tout prêt » du Rolleicord. Tout en cuir, il respire la solidité et il est vraiment bien pensé pour protéger le boitier. Je vous avoue qu’en découvrant ce type de TLR j’ai été tenté d’écrire un article uniquement sur ces sacs, tellement certains sont astucieux. Un jour peut-être …

Voilà, je pense avoir fait le tour de l’engin et, surtout, vous avoir donné envie de le découvrir vous aussi.

Car il reste une question : vaut-il mieux se payer un Rolleiflex plus ancien (et plus abordable) ou prendre un Rolleicord plus récent au même prix ?

Faisant fi de tout snobisme déplacé ma réponse est sans équivoque : je prends le Rolleicord.

Vous avez pu lire ses qualités, il vous reste maintenant à le tester par vous-même.

Ah, dernière chose et pas la moindre : le prix ?

Pour un boitier en très bon état avec sa gaine, comptez environ 520€ soit près de la moitié d’un Rolleiflex. De quoi réfléchir …

Pour avoir les deux, j’écris sans ambiguïté que le Rolleicord est un excellent appareil, moins « glamour » que le Rolleiflex (parce qu’il n’a pas la même légende autour de lui) mais tout aussi performant et bien plus accessible.

L’essayer, c’est l’adopter.

Videos d’illustration

Comme ça je prépare un prochain article, à l’avance …

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

Des références : https://fr.wikipedia.org/wiki/Rolleicord, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-2055-Rollei_Rolleicord%20Vb.html, https://www.suaudeau.eu/memo/collection/mformat/Rolleicord_Va.html, https://galerie-photo.com/rolleiflex-image.html en français; https://en.wikipedia.org/wiki/Rolleicord, http://www.rolleiclub.com/, https://antiquecameras.net/rolleicords.html, https://rolleigraphy.eu/servicerepairs.php (pour les réparations), http://www.rolleiclub.com/cameras/tlr/info/rolleicord.shtml, https://emulsive.org/reviews/camera-reviews/rollei-camera-reviews/camera-review-me-and-my-rolleicord-vb-by-shawn-mozmode, https://www.filmisundead.com/test-du-rolleicord-rollei/, https://twinlensreflex.eu/sncord.php, https://vintage-photo.nl/live-long-and-prosper-rolleicord/, https://50mmf2.com/writings/rolleicord-v-with-schneider-kreuznach-xenar-75mm-f3.5-review, http://rolleiclub.com/cameras/tlr/info/serial_numbers.shtml (pour les numéros de série) http://camera-wiki.org/wiki/Rolleicord_Va, https://twinlensreflex.eu/sncord.php, https://twinlensreflex.eu/sncord.php#rc5a, en anglais;

Argentique

Le Zeiss Ikon Nettar II 518/16

1er mai ’23, encore la brocante de Haversin et un stand discret, où je découvre ce bel Zeiss Ikon Nettar.

La dame qui le vend cède des appareils ayant appartenu à un parent aujourd’hui décédé.

Jeune femme moderne, elle ne sait trop que faire de ces vieux appareils et elle me le laisse pour un prix raisonnable.

Après le Zeiss Ikon Ikonta, l’Ikonta M, l’Ikonta en 24×36, le Super Ikonta, je pense avoir fait un bon bout de chemin dans cette merveilleuse gamme.

Ce Zeiss Ikon Nettar donc me fait de l’œil et je pressens que son histoire va être intéressante, comme souvent.

Alors, allons-y, commençons la visite …

Si vous avez lu les articles précédant, vous vous souvenez peut-être que Zeiss a lancé son Zeiss Ikon Ikonta en 1929. Appareil à soufflet, il proposait différents formats selon les versions, exprimées par des chiffres : 520 (6×4,5), 520/2 (6 x 9), 520/14 (5 x 7,5), 520/15 (6,5 x 11 cm), 520/16 (6 x 6 cm) et 520/18 (3 x 4 cm). Il a même existé un « Baby » Ikonta en film 127.

Si ces appareils ont connu un très beau succès commercial, leur prix ne les destinait pas à tout le monde et je connais peu de sociétés qui n’essaient pas de « ratisser » large et donc d’aller aussi chercher les clients un peu moins argentés, souvent les plus nombreux d’ailleurs (n’était-ce pas Colbert, ministre des Finances de Louis XIV, qui aurait dit : « Sire, taxons les pauvres, ils sont plus nombreux »).

Et comme il n’y a pas de petit profit, on réutilise les bonnes recettes pour produire un modèle moins cher mais basé sur le design Ikonta dont on récupère le châssis et les rails de guidage du soufflet.

Alors, selon la légende, le nom Nettar vient du grec Nessa, avant d’être latinisé en Netta, ce qui veut dire « l’incommensurable », celui qui vaut plus que son prix.

Il semblerait qu’un membre de l’équipe de conception de cet appareil ait eu une fille, baptisée Netta. La conjonction des deux a fait que Zeiss a adopté le nom Nettar, ce qui correspondait au concept de cet appareil : un appareil qui vaut plus que son prix.

Le premier Nettar est apparu sur le marché en 1934, sous le numéro 510 car sans doute la firme avait-elle déjà prévu une gamme complète pour ces appareils. Tout comme elle l’avait fait avec l’Ikonta.

De toute manière, le Nettar, comme souligné plus haut, utilise le même boitier que l’Ikonta (520/2). Ce qui va changer, c’est l’optique et l’obturateur.

De fait, après le 510, il y eut un 510/2 en 1936 (6×9), puis un 515 en 1937, un 516, etc.

J’ai envie d’écrire que « comme d’habitude », Zeiss va fabriquer sa gamme avec différents obturateurs et optiques avec une progression dans les prix, évidemment. Ainsi un Nettar livré avec un Tessar et un Prontor valait quatre fois le prix du même appareil livré avec un Nettar et un Derval.

Le premier Zeiss Ikon 510 (source : Camera Wiki)

Tout allait bien jusqu’à ce que la Seconde Guerre mondiale vienne tout chambouler car le siège de Zeiss Ikon à Dresde est détruit et nationalisé par la République Démocratique Allemande. La guerre terminée, les usines Zeiss tombent dans la zone contrôlée par l’Union Soviétique. Les Russes embarquent alors tout le matériel de fabrication à Kiev et gardent le nom Zeiss. Cependant, dès 1947, le Zeiss allemand récupère sa production à Stuttgart (en Allemagne de l’Ouest), dans l’ancienne usine Contessa-Nettel, un des membres du groupe Zeiss d’avant guerre.

Dans un pays dévasté, les matières premières étaient rares et difficiles à trouver. Certains appareils étaient donc assemblés à partir des pièces existantes et anciennes.

Ce n’est qu’en 1949 que le Nettar fut relancé aux formats 6×6 (515/16) et 6×9 (515/2), avec l’ancien viseur à cadre posé sur le dessus de l’appareil.

En 1951, la situation s’améliore et le Nettar se modernise : on le dote d’un viseur optique intégré dans un capot chromé, c’est le Nettar II. Il sera présenté à la Photokina de 1951 aux formats 6×6 (517/16) et 6×9 (517/2).

Le Nettar 517/16 (source : Camera Wiki)

Le Nettar II (517/16) garde cependant les mêmes habitudes qu’auparavant, avec des configurations qui diffèrent en fonction du prix.

Nous avons donc maintenant des obturateurs Vario (le moins cher), Pronto et Prontor – SV, combinés avec des objectifs Novar Anastigmat de 75mm ouvrant soit à f6,3 ou f4,5.

Un petit mot sur ces fameux obturateurs : si nous regardons les images détaillées de l’objectif, ci-dessous, nous verrons un logo inscrit avec les lettres AGC (Alfred Gauthier Calmbach), autour d’une petite image qui symbolise un obturateur central à trois lames. Cet Alfred Gauthier Calmbach fonde l’entreprise Gauthier en 1902 et se consacre à la fabrication des obturateurs Ibsor, Vario, Pronto et Prontor. AGC a fabriqué l’obturateur ISBO (1908), qui fut le premier à intégrer un déclencheur à câble. En 1931, Zeiss devient actionnaire majoritaire d’AGC et commence à utiliser ces obturateurs dans les appareils photo Zeiss Ikon. Quatre ans plus tard, AGC fabriquait l’obturateur Prontor, qui offrait la plus haute qualité et les vitesses les plus rapides de l’époque. Après la Seconde Guerre mondiale, l’usine tombe dans la zone occupée par la France et peut redémarrer la production en 1948. À partir de 1976, AGC obtient la production exclusive de tous les obturateurs des appareils photo Contax, même si l’entreprise s’est déjà diversifiée. Actuellement, l’entreprise s’appelle Prontor et se consacre à la fabrication de mécanismes de précision pour la technologie médicale et continue de produire des semi-conducteurs pour la photolithographie et des diaphragmes pour la fabrication de puces.

Si vous aussi possédez un Nettar mais que vous ne savez pas situer le modèle, regardez sur l’arrière de l’appareil : d’un côté vous trouverez le numéro de série gravé dans le revêtement et de l’autre côté, le type de modèle.

Au fur et à mesure d’autres améliorations seront apportées, comme le mécanisme pour éviter les doubles expositions (1953). Un dispositif ingénieux fait apparaître un signal rouge dans le viseur si le film n’a pas été avancé après une exposition et il est impossible de déclencher tant que ce « signal » est visible. Vous aurez compris pourquoi on appelle ce modèle Nettar Signal.

Si le système est utile, il est cher à fabriquer. Il sera alors remplacé par un point rouge qui apparait dans les mêmes circonstances sur le capot, à côté du déclencheur.

Ces Nettar Signal auront les mêmes codes : 518/16 pour la taille 6×6 et 518/2 pour la taille 6×9. Les versions 6×6 sont plus courantes et plus faciles à trouver que les versions 6×9.

Tiens, et tant qu’à compliquer les choses dans les nomenclatures, sachez que chez Zeiss ils appelaient le 6X6 le « B » et le 6×9 le « C ». Vous trouverez alors des brochures qui présentent un Nettar IIB ou un Nettar IIC.

Pour compléter la série, qui sera construite jusqu’en 1959 quand même, en 1956 apparait le Nettax (513/16) qui sera un Nettar II Signal avec un posemètre au sélénium non couplé.

Ce seront les derniers appareils à soufflets (ou folding en anglais) de Zeiss Ikon, qui passera au 24×36 en 1960 (le dernier représentant du film 120, l’Ikoflex, un TLR, sera aussi abandonné cette année-là).

Voilà pour la partie historique. Voyons maintenant le côté pratique.

Ce ne sont pas des appareils modernes, on l’a vu, le soufflet commence à … s’essouffler et les appareils de l’époque sont soit des télémétriques (Leica et consorts) ou les premiers réflex qui ont le vent en poupe et vont bientôt détrôner tout ce petit monde.

Mais ils ont encore quelques avantages : d’abord leur construction rigoureuse et solide, ensuite le choix des objectifs et obturateurs qui sont très bons (surtout les plus chers) et enfin leur taille car lorsqu’ils sont repliés, ils ne prennent vraiment pas de place et savent rester très discrets.

En gros, un Nettar, c’est ça :

Ici la version Nettar Signal avec le plot rouge qui apparait dans le viseur, tout le reste est identique aux autres Nettar.

Alors maintenant, voyons comment fonctionne un folding et celui-ci en particulier.

Disons le d’emblée, c’est un appareil photo facile à utiliser et avec un peu d’entrainement et d’habitude, vous le transformerez en … automatique !

Commençons par le début : au dessus, le capot chromé propose le déclencheur et le petit bouton pour ouvrir l’abattant qui dévoilera l’objectif et l’obturateur. Au milieu, une griffe porte-accessoires et à gauche, une grosse molette qui vous permettra de faire avancer le film.

Lorsque le panneau avant s’ouvre, poussez bien, sans forcer, les deux guides pour qu’ils se verrouillent correctement. Pour refermer, appuyez sur les genouillères au milieu, vers le haut, et le tout se replie.

Un petit point à ne pas oublier : tous les Nettar utilisent le film dit « 120 » soit une bobine de film qui permet au mieux 16 images (en 6×4,5) mais plus généralement 12 vues comme ici (6×6).

Le format 120 possède une bande de papier collée sur toute la bande de film. Cette bande de papier porte une série de marques gravées dessus, qui avertissent de la proximité de l’image 1, mais elle porte également gravés les numéros des images restantes. De nombreux appareils photo moyen format, avant 1965, ne disposaient pas d’un compteur de vues ni d’un levier d’entrainement du film, de sorte que les numéros d’images sur la bobine elle-même font office de compteur de vues.

Exemple de marquages du papier qui entoure le film d’une bobine de 120.

Pour placer un film dans la chambre, il faut ouvrir le loquet sur la tranche, qui libère le dos.

Deux découpes singulières, dans le dos de l’appareil, viennent couvrir deux languettes à ressort. Il faut les abaisser (1 – D) pour y glisser la cartouche, sous le déclencheur (à droite vu de dos). Vous placez une bobine vide de l’autre côté, sur laquelle viendra s’enrouler la pellicule.

Lorsque vous sortirez la bobine de son emballage, vous verrez qu’elle est fixée avec une petite bande de papier avec de l’adhésif. Tirez le papier adhésif, prenez la languette de la bobine (qui est en papier) et passez-la dans la fente de la bobine vide. Enroulez ensuite en tournant la molette d’enroulement (2). Fermez le dos et ouvrez la vitre rouge inactinique (C).

Continuez à tourner la roue (2), lentement pour observer les marques sur la bobine. Petite remarque en passant : ces bobines sont conçues pour être compatibles avec la plupart des modèles d’appareils photo dit « moyen format », il peut donc y avoir des marques qui ne conviennent pas à un modèle particulier, mais ce ne sera pas le cas ici. Vous allez voir une ligne verticale épaisse, puis vous verrez deux flèches, ce qui signifie que vous êtes déjà proche de l’image 1. Déplacez-vous lentement jusqu’à ce que vous voyiez deux chiffres 1 verticalement, comme sur la figure (C).

C’est la première image. Le numéro de la photo doit être en plein centre de la fenêtre rouge. Refermez celle-ci et prenez votre première photo. Vous devrez rouvrir la fenêtre pour passer à l’image 2 et ainsi de suite. Une fois la bobine terminée, abaissez la languette (1) et retirez le rouleau. L’excédent de papier servira à fermer la bobine et à l’empêcher de se dérouler, en collant bien le petit morceau de papier à coller qui se trouve au bout. La pellicule est enroulée sur la bobine (B), que vous allez déposer pour le développement. La bobine vide qui vous reste sera la future bobine réceptrice, il suffit de la changer de place .

Si cette manipulation a l’air un peu complexe au début, c’est un geste que l’on apprend bien vite.

Bien souvent lorsqu’on prend en mains pour la première fois ce type d’appareil, on est déconcerté car on ne voit pas très bien comment ça fonctionne, la forme, les éléments étant loin des appareils plus « classiques » tels les télémétriques ou les reflex.

On n’a devant soi qu’un soufflet noir avec au bout un objectif porté par un cercle métallique sur lequel il y a plein de tirettes et manettes. Avec un minimum d’attention vous aurez compris qu’il s’agit des réglages pour la vitesse, l’ouverture et la distance.

Nous allons voir cela en détail, avec quelques astuces que le constructeur nous a laissé pour faciliter la prise de vue, vous verrez cela va devenir simple …

Passons rapidement sur le viseur, pas très clair et qui ne sert qu’à cadrer au mieux votre image. C’est un simple tunnel, sans plus.

Ce qui est utile, c’est de pouvoir contrôler son exposition, commençons par ces réglages :

Source : Camaracoleccion
  • 1. Bague de mise au point. L’échelle de mesure de ce modèle est en mètres. Dans d’autres versions, il apparaît en pieds.
  • 2. Marque de distance de mise au point. Sur cette image, le sujet est focalisé à 8 mètres.
  • 3. Connexion PC pour flash externe. L’appareil photo se synchronise au 1/25s avec les flashs lampes. Les versions dotées d’un obturateur Prontor-SV peuvent se synchroniser jusqu’à 1/300s avec le flash électronique.
  • 4. Levier de l’obturateur. Lorsqu’il est déplacé vers la droite, l’obturateur est armé. Le film doit être amené manuellement avec la grosse molette au dessus, sur le capot, ne pas oublier.
  • 5. Marque du diaphragme sélectionné. Sur cette image, une ouverture intermédiaire entre f/8 et f/11 a été sélectionnée.
  • 6. Onglet de sélection du diaphragme
  • 7. Molette de sélection de la vitesse d’obturation. Du B au 1/200s.
  • 8. Connexion pour câble de déclencheur souple.

Vous remarquerez sur les photos un point rouge (près du 8 de la distance et entre le 8 et 11 de l’ouverture). C’est ce que Zeiss appelle le réglage « au point rouge ». Cette configuration permet à l’appareil de prendre des photos correctes, sans que vous deviez sélectionner l’ouverture et la vitesse pour chaque prise de vue.

Ainsi, dans de bonnes conditions d’éclairage, placez la bague de mise au point sur le point rouge, situé à une distance de 8 mètres. L’ouverture est située à l’autre point rouge (entre f/8 et f/11). La vitesse idéale doit être comprise entre 1/25s et 1/100s.

Dans ce cas de figure, tout sujet compris entre 4m et l’infini sera net et correctement exposé. Appuyez sur le déclencheur, c’est dans la boite …

Ah, un détail important à ne pas oublier : ces appareils ont été conçu à une époque où les films étaient beaucoup plus lents que de nos jours. Donc pour un film de 100Asa, utilisez une vitesse de 1/130 ou 1/140s (vous devrez mettre le curseur entre 1/75s et 1/200s) pour une ouverture de f11.

Cet appareil demande l’utilisation d’une cellule à main pour estimer au mieux la lumière.

Dernière petite chose, tous les appareils ne disposent pas d’un retardateur, cela dépend du type d’obturateur monté. Ici c’est un Prontor et le retardateur est signalé par le curseur au point rouge. Attention, d’abord armer l’obturateur avent d’enclencher le retardateur sinon vous risquez de tout bloquer

Bon, vous pouvez maintenant contrôler votre exposition, allons-y pour la profondeur de champ.

Petit rappel utile pour ceux qui débutent : la profondeur de champ est la distance de mise au point devant et derrière l’objet que vous souhaitez photographier. Ce paramètre est essentiel pour obtenir une bonne image.

Comme ce réglage est fondamental dans la prise de vue, les principaux fabricants d’appareils photo ont intégré un dispositif permettant de prévisualiser la zone de mise au point. Les systèmes les plus complets incluent un bouton qui ferme le diaphragme et permet de visualiser la netteté de l’image, mais ça c’est pour (bien) plus tard que notre Nettar.

Les méthodes les plus simples incluent des marques qui délimitent les intervalles de distance qui seront mis au point. C’est celles que nous allons voir sur cet appareil.

Un exemple concret, en images : sélection d’une ouverture proche de f11, indiquée par la flèche orange. Le sujet est à 8m, indiqué par la flèche verte.

Les flèches rouges marquent l’intervalle de distance qui sera focalisé : entre 4m et l’infini (bien que la flèche pointe au-delà de l’infini).

Second exemple avec l’image de droite : sélection d’une ouverture de f4,5 en gardant la même distance de 8m. La distance de mise au point sera alors comprise entre 6m et 15m.

Petit résumé en images animées de ce qui vient d’être expliqué :

Voilà, voilà … vous l’aurez compris, ce type d’appareil peut encore très bien vous servir et les résultats seront généralement (très) bons – voir les exemples de photos prises avec cet appareil LA et LA.

Sa principale qualité, outre celle de ses images et de sa facilité d’emploi, c’est sa taille réduite quand il est plié : vous n’aurez aucune excuse pour ne pas l’emporter avec vous, il tient dans une poche.

N’aurait-il que des qualités ? S’il en a beaucoup, un de ses principal défaut est son utilisation pour le portrait. En effet, il n’est pas muni d’un télémètre et donc faire une mise au point fine sur les yeux du modèle, par exemple, est difficile. Cet appareil est excellent quand on travaille par zones et donc en paysage. Il donnera des négatifs fouillés et qui permettront des agrandissements de qualité.

L’astuce, pour remédier à ce souci est de le munir d’un télémètre qui vous fixerez sur la griffe qui porte bien son nom de « porte-accessoires ».

Je songe notamment à un Watameter, que je vous ai présenté il y a un moment.

Ensuite, il a été pensé pour des films lents. Il donnera son meilleur rendement avec des films de 50, voire 85Asa. Même si son utilisation avec des films de 100Asa ne pose pas de problème, en plein soleil, il faudra se méfier.

Fred, d’Histoire de Photos, vous dira que ce sont des appareils qui changent votre manière de photographier, en (re)prenant le temps, celui de la balade, de la découverte et de la convivialité (je vous encourage à aller voir son site car outre le 6×6, il travaille souvent en argentique et ses conseils sont toujours excellents en la matières).

Certes, vous ne prenez que 12 photos par film, mais des photos réfléchies, composées. Et puis, le temps de recharger, c’est le temps d’une pause qui permet souvent de discuter avec ceux qui vous ont regardé travailler.

« Est-ce qu’on en trouve facilement ? »

Oui car les Nettar ont été produit en relative grande quantité. Rappelez-vous, ils étaient les « entrées de gamme ».

Et donc si vous en trouvez un, vérifiez s’il n’est pas trop rouillé (mal entreposé), que la porte avant s’ouvre avec un minimum d’aide, que le soufflet est intact (croyez-moi, je n’en ai jamais vu un seul troué alors que les Agfa et Kodak c’est une vraie catastrophe à ce niveau), que tous les organes sont fluides (là encore, les Agfa ont généralement leur objectif bloqué – la faute à une graisse qui se fige avec le temps), que l’objectif est propre.

S’il est accompagné de sa sacoche en cuir, c’est encore mieux mais pas indispensable car c’est elle qui porte la sangle pour le porter, mais la majorité des personnes qui utilisent cet appareil le mette en poche ou dans leur petit sac.

Question prix, comptez maximum 40€ pour un en bon état. Attention, le prix peut être plus conséquent si vous tombez sur un exemplaire équipé du Pronto SV et d’un objectif Tessar mais ceux-là sont rares.

Ceci étant, si vous en trouvez-un, faites vous plaisir, vous ne le regretterez pas.

Si vous avez encore besoin du mode d’emploi, c’est par ICI.

Un peu de technique :

Combinaisons obturateur/objectif :
518/16 IIb Novar Anastigmat 1:4,5/75 mm en Pronto (fabriqué : 1949)
518/16, par exemple Novar Anastigmat 6,3/75 (Rodenstock) dans l’obturateur Vero (fabriqué : 53 juillet – 54 novembre)
518/16 Ev Novar Anastigmat 6.3/75 (Rodenstock) à obturateur Vario (fabriqué : 53 décembre – 54 juin)
518/16 Iv Novar Anastigmat 4.5/75 (Rodenstock) à obturateur Vario (fabriqué : juillet 58 – décembre 59)
518/16 Ih Novar Anastigmat 4,5/75 (Rodenstock) dans l’obturateur Velio (fabriqué : 53 avril – 58 juillet)
518/16 Son Novar Anastigmat 4,5/75 (Rodenstock) dans l’obturateur Pronto (fabriqué : 52 juillet – 59 février)
518/16 Ips Novar Anastigmat 4,5/75 (Rodenstock) dans un obturateur Prontor S (fabriqué : février 55 – mars 56)
518/16 Ipms Novar Anastigmat 4,5/75 (Rodenstock) dans l’obturateur Prontor SVS (fabriqué : 53 avril – 59 janvier)
518/16 Fps Novar Anastigmat 3,5/75 (Hensoldt) avec obturateur Prontor S (fabriqué : juillet 53 – décembre 55)
518/16 Fpms Novar Anastigmat 3,5/75 (Hensoldt) dans obturateur Prontor SV (fabriqué : 53 juillet – 55 juillet)
Ouverture : 4,5 à 22
Viseur : viseur optique à vision directe sous la griffe flash
Autre : prévention de la double exposition
indiqué par un point rouge dans la fenêtre du viseur lorsque le film n’est pas avancé (sous-modèles Signal) indiqué par un point rouge dans la fenêtre au-dessus du boîtier lorsque le film avance

Des références : http://camera-wiki.org/wiki/Nettar, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Zeiss_Ikon_Nettar, https://blog.bkspicture.com/review_Zeiss_Ikon_Nettar_518_16-Anastigmat_f4.5.html, https://sites.google.com/site/fromthefocalplanetoinfinity/nettar, https://emulsive.org/reviews/camera-reviews/camera-review-zeiss-ikon-nettar-ii-517-16-6×6-folding-camera-by-david-hume# en anglais; https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-816-Zeiss%20Ikon_Nettar.html, en français; https://www.camarassinfronteras.com/nettar/nettar.html, http://www.camaracoleccion.es/Zeiss_Ikon_Nettar.html, en espagnol

Argentique

Le Mamiya M 645 Super

C’est en discutant avec Fred, d’Histoire de Photos, que je me suis aperçu que si j’avais déjà évoqué cet appareil, je n’avais pas été très prolixe à son sujet.

Je vais donc remédier à cette lacune car l’engin vaut le déplacement.

Celui-ci vient d’un photographe de portrait, qui me l’a cédé parce que j’allais le respecter et ne pas le laisser trainer au fonds d’une armoire.

Et je vous avoue que ce serait dommage, l’engin est certes costaud mais en plus sa cote monte, monte … (là, on flirte avec les 1000€ tout de même).

Mais commençons par la présentation dudit Mamiya M 645 Super.

Vous vous en doutez, le chiffre « 645 » désigne le format, le 6×4,5. C’est donc un appareil dit « moyen format », qui utilise le film 120.

Cet appareil fait partie d’un « système », en l’occurrence, un corps sur lequel on vient greffer les outils dont on a besoin : des objectifs différents selon les usages, des viseurs, des dépolis, des cellules, … bref tout ce dont le photographe pro (ou l’amateur éclairé et un peu fortuné) va tirer le meilleur.

Ça, c’est juste pour vous donner une idée de ce qu’est un « system » vu par Mamiya

Une petite remarque en passant :

1.Corps de l’appareil, 2. Objectifs, 3.Verres de visée, 4. Poignée moteur, 5. Levier d’armement, 6. Viseur à prisme avec photomètre, 7. Viseur à prisme, 8. Viseur de poitrine, 9. Dos pour bobine 120 chargé avec un film X, 10. Dos pour bobine 120 chargé avec un film Y, 11. Dos pour bobine 220, dos pour film 35mm, dos pour film Polaroid, dos digital (seulement pour des modèles plus récents), etc., 12. Adaptateur pour déclencheur souple

Mais reprenons le fil. Trois générations de Mamiya 645 se sont succédées : les argentiques à mise au point manuelle de la première génération, ceux de la seconde et puis les appareils argentiques à mise au point automatique (autofocus).

Les premiers, appelés Mamiya 645, sont au nombre de 7 et ils peuvent interchanger leurs objectifs, les inserts de film, les viseurs. Cette génération sera fabriquée de 1975 à 1987.

Elle permet de faire 15 photos au format 6×4,5 sur un film standard de 120.

Techniquement, le boitier utilise un obturateur à plan focal en tissu, à commande électronique, qui offre des vitesses de 8 s à 1/500s. On peut verrouiller le miroir et on peut sélectionner la multi-exposition.

Petite particularité de ces modèles, on peut précharger les films dans des cartouches mais on ne peut pas les interchanger en cours de prise de vues.

Au niveau des viseurs, il existe un viseur dit « de taille » (celui où on regarde de haut comme avec les Mamiya C330 pour rester dans la marque) et un pentaprisme plus trois viseurs à prisme comportant une cellule avec visée TTL.

L’objectif standard est le 80mm f2,8C ou le 70mm f2,8C ou encore, plus rare, le 80mm f1,9C.

Ensuite, le Mamiya M 645 1000s sera fabriqué lui de 1976 à 1990. Le « 1000s » signale que ce boitier peut atteindre le 1/1000s. Il bénéficie aussi d’un retardateur et d’un levier pour la prévisualisation de la profondeur de champ.

Puis, le Mamiya M 645 J sera fabriqué de 1979 à 1982. C’est une version simplifiée du M 645 : on a retiré le verrouillage du miroir et le second bouton d’obturation

Ensuite vient la seconde génération, fabriquée de 1985 à 1993. C’est le Mamiya M 645 Super, qui est un nouvel appareil, avec une coque en plastique sur cadre en métal moulé.

Au niveau des caractéristiques, elles sont semblables à celles du M 645 1000s mais cette fois, il bénéficie d’un dos de film amovible, qui permet, si besoin, d’interrompre un film en cours de route.

Vous vous en doutez, qui dit nouvel appareil dit malheureusement incompatibilité avec la génération précédente pour leurs accessoires respectifs (une « erreur » souvent commise par Mamiya, qui avait déjà fait le coup avec ses 24×36).

L’objectif standard est ici le 80mm f2,8N, le 80mm f1,9C (en début de production) puis f1,9N (en fin).

Viendront ensuite, en troisième génération, le Mamiya 645 Pro (1993 – 1998) qui gagne un retardateur et dont le style est moins anguleux. Il pouvait utiliser les objectifs du précédent (ah, là ils ont compris).

Le Mamiya 645 Pro TL (1997 – 2006) est identique au précédent bien qu’il gagne une mesure flash à travers les objectifs, qui restent ceux des précédents boitiers.

Le petit dernier sera le Mamiya 645E (2000), un « entrée de gamme » basé sur le 645 Pro mais sans dos interchangeables, ni viseurs mais il gagne un posemètre intégré dans le viseur. Il utilise toujours les objectifs en N.

Pour en terminer avec la liste des appareils, la dernière génération sera munie d’un autofocus. Elle se nomme Mamiya 645 AF, 645 DF et finalement, Phase One 645 DF.

Si vous voulez en savoir plus je vous renvoie sur le site de Wikipedia, qui en fait une liste exhaustive (voir dans les références ci-dessous).

Mais revenons à notre Mamiya M 645 Super du jour.

Sauf à être costaud, ne comptez pas trop vous balader en rue avec lui, il fait son poids et plus encore selon les accessoires que vous allez lui adjoindre (1.858gr pour cet exemplaire avec un objectif, le viseur prisme et la poignée électrique).

Il est plutôt à l’aise sur un trépied (votre dos vous dit merci), en studio ou en photo de paysage, où il excelle.

Si vous avez encore en tête l’image du « system » (voir plus haut), vous aurez découvert une multitude d’accessoires, dont des viseurs de forme et taille différentes.

Sans entrer dans toutes les subtilités de la chose, résumons en disant qu’il existe un viseur appelé WLF N (viseur à la taille, c.-à-d. qu’on regarde par au-dessus, comme les TLR de type Rolleiflex – notez le « N » qui le destine bien à cette gamme, comme les objectifs) et les prismes, qui ont le grand avantage (pour moi) de remettre l’image dans le bon sens et de permettre une visée directe (comme avec un reflex classique).

En portrait, la visée à hauteur de taille est moins confortable car l’appareil est « horizontal » (6×4,5 et non 4,5×6) par contre, il allège singulièrement le poids de l’ensemble (pas de lourd prisme en verre).

Le « PF N » pour « prism finder N » est le prisme sans cellule, le plus simple. Il vous faudra alors penser à prendre une cellule à main.

Puis il y a celui avec une cellule intégrée, comme sur mon exemplaire, le « Prism Finder AE N ». Son intérêt est d’embarquer la cellule avec l’appareil.

Comme je le faisais remarquer ici plus haut, il y a quelques objectifs intéressants, que vous pouvez compléter, par exemple, par des tubes qui vous permettrons de vous rapprocher de vos sujets si vous estimez la distance trop lointaine, les tubes dits d’extensions.

Selon plusieurs auteurs, qui ont utilisé ou utilisent encore cet appareil, voici la liste des meilleurs objectifs :

  • Mamiya 55 mm f2.8 N – objectif standard pour une vue plus large
  • Mamiya 70mm f2.8 N – objectif avec obturateur à feuilles (objectif spécialisé pour les photos au flash)
  • Mamiya 80mm f1.9 C – l’objectif le plus rapide de la gamme et le meilleur bokeh !
  • Mamiya 80mm f2.8 N – objectif de kit standard (net et compact)
  • Mamiya 110 mm f2.8 N – objectif net, idéal pour les portraits serrés

Mais ce qui fait la particularité et l’avantage de ce modèle, c’est la possibilité – enfin diront certains – de pouvoir changer de film en cours de route, si besoin.

Utile notamment en reportage de mariage car cela permet de disposer, p. ex. de dos chargés avec des films de sensibilités différentes selon les endroits de prises de vue, ou de film N/B et couleur selon l’envie et/ou les besoins.

Venons-en aux questions pratiques pour se lancer dans l’utilisation de ce bel appareil.

Tout d’abord, ne pas oublier d’y placer une pile, une 4LR44 de 6v. Petit détail en passant : prenez le temps de replacer le commutateur sur le trait rouge (hors tension) sous peine de vider la pile rapidement lorsque vous n’utilisez pas le boitier.

Ce bouton, électro-magnétique, ne fonctionne que si donc il y a une pile dans l’appareil. Il est à « deux étages » : positionné sur le carré blanc, la première pression allume l’affichage relatif à la mesure si vous avez un prisme muni d’une cellule, la seconde déclenche l’obturateur.

Si vous ne possédez pas ce prisme, placez le sélecteur toujours sur le point blanc , pour pouvoir utiliser toutes les vitesses.

Et si les piles sont plates, même en plein travail, ce qui bloque l’appareil, mettez le sélecteur sur le point jaune, vous pourrez alors déclenchez au 1/60s, la vitesse mécanique.

Ensuite, il faut bien penser que si vous pouvez changer de film en cours de route il y aura des sécurités pour éviter tout accident. La première et la plus évidente est cette plaque métallique que vous devrez glisser impérativement entre le boitier et le magasin avant d’ôter celui-ci. N’allez pas la perdre, ce serait une catastrophe. Pour éviter cet ennui, Mamiya a prévu une encoche au dos du magasin pour l’y glisser et ne pas l’oublier.

Si un jour, après avoir armé, vous n’arrivez pas à déclencher, regardez donc si vous n’avez pas oublié de la retirer. Ou si vous désirez retirer le magasin et que cela semble bloqué, c’est que vous avez omis de la remettre en place.

En résumé :

Je ne vais pas vous faire le coup d’éplucher page par page le mode d’emploi car vous le trouverez ICI (simplifié) en français et LA en anglais (complet).

Sous ces dehors sérieux, cet appareil autorise les multi expositions. Il suffit de faire pivoter le levier du boitier ou glisser celui de la poignée.

Juste encore vous dire que c’est un bel appareil, plus moderne que le Zenza Bronica S2 que je vous avais présenté il y a un moment et plus modulaire que le Kiev 88 dont je vous parlerai bientôt.

« Mais me direz-vous, qui va se servir d’un tel appareil ? »

Les portraitistes vont l’adorer, tout comme les paysagistes, c’est là que ce type de boitier est à son avantage.

Il sera plus à l’aise sur un trépied même si son poids conséquent n’est pas si excessif que sa forme laisse penser. Mais cela dépend évidemment des accessoires dont vous l’aurez affublé, selon vos besoins.

D’autant qu’avec un prisme comme celui des photos, c’est un régal pour viser. La cellule intégrée n’est pas obligatoire, surtout en studio me semble-t-il où la lumière s’étudie mieux avec une cellule indépendante. Ni la poignée d’entrainement, qui offre un certain confort mais est un peu bruyante et qui alourdit le boitier (6 piles d’1,5v).

Pourtant, vous le savez, il n’y a pas de règle que l’on ne puisse transgresser pour essayer autre chose et donc rien ne vous empêche de le sortir dans la rue. Il vous sera sans doute reconnaissant de lui faire prendre un peu l’air ! Mais vous ne passerez pas inaperçu …

Maintenant, soyons raisonnable, ce n’est pas un boitier qui aime être bousculé, il n’a pas été conçu pour ça. Ensuite, ce genre d’appareil demande de prendre son temps pour composer son image et, rappelez-vous, il utilise du film en bobine de 120, donc c’est 15 photos maximum avec une bobine. Ou 20 avec un film de 220 (on peut mettre les deux). Voilà pourquoi on y réfléchit.

Mais le résultat est là, avec un grand négatif qui autorise les agrandissements sans perte de qualité. Et quand je vois le prix des moyens formats numériques (le ticket d’entrée tourne autour des 5000€, boitier nu !), je me dis qu’il y a là moyen de se faire plaisir à coût raisonnable (enfin, tout est relatif, il faut quand même débourser près de 900€ pour un appareil complet, c’est-à-dire la chambre, un dos, un viseur et un objectif).

Qui a dit : « quand on aime, on ne compte pas » ? C’est en tout cas une possibilité d’entrer dans un monde différent à un prix encore raisonnable, qui vous fera peut-être faire le pas ensuite vers une formule numérique, après l’avoir testé et vu si le format correspond à votre manière de travailler.

Videos guide rapide et d’illustration

Des références : https://en.wikipedia.org/wiki/Mamiya_645, https://mrleica.com/mamiya-645-super/, https://beyondtheaperture.com/2020/07/review-mamiya-645-1000s-medium-format-film-camera/, https://www.benjaminfavrat.com/analog-photo-blog/review-mamiya-645-super en anglais ; https://app-phot-col.com/mdpe_deta_5.php?numephot=0&dn=1&numero=1659&marque=MAMIYA&modele=645%20Super&ty=M, https://www.ledauphin.org/post/2017/02/25/Mamiya-M645-Super.html en français

Argentique

Le Fex Elite

Ah celui-là, c’est mon épouse qui l’a dégoté dans une brocante française.

Ce qui l’a attiré, c’est un magnifique sac-tout-prêt, comme neuf, en cuir brun, qui devait bien contenir un appareil intéressant. En fait un Fex Elite assez propre et complet.

Et c’est un appareil … particulier.

Mais commençons par le commencement.

Je ne vais pas refaire l’historique de la marque, que je vous ai présenté avec l’Ultra-Fex, celui par qui tout est arrivé en somme.

Juste un mot, quand même : le dénominateur commun de ces appareils est d’avoir un corps en bakélite et un tube-objectif qui coulisse si on veut l’utiliser.

Le premier Ultra-Fex est sorti en 1947 et il fut vendu, au fil des « améliorations » du modèle, pendant près de 20 ans. Peu cher, très facile d’utilisation grâce (ou à cause) de ses réglages à minima (2 vitesses plus pause B, 2 ouvertures), il aura son petit succès, surtout en France.

La gamme des Fex va aussi s’étoffer et venir enrichir de nouveaux modèles un catalogue qui sait faire évoluer les vieilles recettes.

C’est ainsi que dans les années cinquante (1953) le Fex-Elite est apparu dans toute sa … singularité.

Il est toujours en bakélite, ultra simple : 2 vitesses de 1/25s – 1/100s et pause B; 2 ouvertures (intense – normal). Son objectif est aussi rétractable, de section carré aux coins arrondis (si, si, ça ne s’invente pas ces trucs-là). Initialement au format 6×9, il utilise du film 620. C’est une version malcommode du 120, avec une bobine qui doit posséder une tige en métal creux et aux joues rétrécies. J’en parle aussi dans l’article sus cité.

« Utilise les bobines 6X9 a joues rétrécies », autrement dit le film 620.

Si son aventure commence en 1953, il y aura 10 modèles successifs qui atteindront le seuil des années soixante sans (trop) rougir.

Au début, il n’y a pas de griffe porte-accessoires mais bien une prise flash (2 broches) sur le côté. Le déclencheur est toujours fixé sur l’objectif et il comporte un loquet qui sert de protection contre les expositions involontaires (si on l’a mis en bonne place).

Mais il y a un posemètre à extinction sur le capot, logé dans une minuscule fenêtre près du viseur (qui est un simple tunnel de Galilée).

De subtiles modifications (cosmétiques) en quelques vraies évolutions (techniques), nous arrivons à la version qui nous préoccupe aujourd’hui, la version 6 (1956) qui propose deux formats, le 6×6 et le 6×9.

Techniquement, l’appareil reçoit un objectif à ménisque Fexar-Optic-Spec (Tourret-Narrat) avec mise au point fixe. Il faut tirer le bloc objectif jusqu’à l’apparition d’une flèche rouge pour être prêt à photographier. L’objectif à 2 positions : normal (f8 ?) et intense (f16?).

Il est équipé d’un obturateur Fex Indo Secteur à synchronisation coaxiale à deux vitesses et pause B (le P de pause, nous sommes avec un appareil français voyons), un viseur de Galilée, un posemètre à extinction et un astucieux système pour passer du format 6×9 au 6×6.

Revenons un instant sur cet intriguant « posemètre à extinction ».

Depuis les débuts de la photographie, le temps de pose nécessaire pour une exposition correcte de la pellicule/du support était laissé au jugement du photographe, basé sur l’expérimentation et le « pifomètre » plutôt que sur des calculs complexes.

De fait, il était impossible de définir un indice de sensibilité stable tant les supports, artisanaux, avaient des couches sensibles différentes et non normées.

Ce n’est qu’à partir du moment où la fabrication des supports est devenue industrielle que l’on a déterminé des sensibilités reproductibles et stables.

C’est donc à ce moment que l’on a pu inventer des « calculateurs » pour ces fameux temps de pose. D’abord sous forme de réglettes ou de plaquettes, ils mettaient les méninges du photographe à contribution.

Puis virent les « posemètres à extinction », qui vont remplacer les réglettes et autre plaquette de calcul. Un des premiers fut le Lucimètre de Limenci (1856) : il disposait de 16 trous carrés numérotés et le sujet qui était visible à travers l’un des trous avait un indice d’éclairement donné qui permettait d’ajuster le temps de pose.

Bon, autant dire que c’était du « pifomètre » amélioré.

Attention, nous sommes bien en 1956 et même 1958 (version 8) pour l’appareil qui nous préoccupe aujourd’hui. Et jusque dans les années soixante, le fabricant proposera ce type de posemètre, qu’il dissimulera sous un nid d’abeille, comme les grandes marques.

Les cellules au sélénium étaient connues et utilisées depuis un moment et celles au CdS allaient arriver d’un moment à l’autre.

Ok, le fabricant voulait faire des économies, mais quand même …

Personnellement, je ne vois rien dans la fente minuscule qui sert de fenêtre à la cellule, à part un bandeau noirci par le temps, une mince feuille de plastique et un bout de verre qui sert de cadre. L’appareil aurait-il perdu des morceaux ?

Normalement, dans la petite fenêtre rectangulaire, on observe le sujet à travers un coin de Goldberg (zone transparente dégradée du transparent au noir) sur lequel on lit des indications. La dernière lisible correspond au réglage correct de l’appareil.

Ah la pub, quelle menteuse !

Pourtant, il y a une belle idée dans cet appareil, la possibilité de réduire la taille de la chambre pour passer du 6×9 au 6×6.

D’autres (Voigtländer ou Zeiss Ikon, contemporains) utilisaient des cadres amovibles, que la plupart des gens perdaient ensuite. Ici, ce sont deux volets articulés qui se rabattent pour modifier le cadre.

La seule condition est de les mettre en place au moment de l’introduction du film dans la chambre. Avec le 6X9, on tire 8 vues tandis qu’avec le 6X6 on atteint les 12.

Encore une fois, pour des raisons d’économie, le fabricant mettra en place ensuite des cadres amovibles, que les possesseurs de ces appareils perdront bien un jour ou l’autre !

Seconde astuce qui se perdra encore au fil du temps, les couvres-fenêtres, à l’arrière, sont recouvertes d’un mince feuillet de feutre, pour assurer une meilleure étanchéité à la lumière. Ce sont des petites fenêtres en rouge inactinique qui servent aussi de compteur de vue (le numéro des vues est noté sur le papier jaune qui entoure le film 620 et il est visible à travers ces petites ouvertures).

Pour ouvrir l’engin et y placer une pellicule, il suffit d’abaisser deux rails crantés qui sont installés sur chaque tranche et tout le dos de l’appareil se retire. Des rainures assez profondes devraient assurer un bonne étanchéité à la lumière mais j’ai des doutes car les deux parties ne « collent » pas parfaitement l’une à l’autre.

Usure du temps ou assemblage approximatif ? Je penche pour la seconde raison.

L’intérieur de la chambre est floqué noir et le « tube » de l’objectif doit être tiré à fonds pour assurer une bonne étanchéité, grâce à un bord externe qui vient se coller autour de la chambre.

La chambre est arrondie pour assurer une bonne distance sur toute la surface du film et éviter les zones floues sur les bords.

J’évoquais plus haut qu’il fallait utiliser des bobines avec un axe métallique creux. En effet, la seconde molette, sur le capot, ne sert à rien d’autre que fixer la tige et il faut la dévisser totalement pour placer la nouvelle bobine ou l’enlever.

C’est la grande molette qui sert à faire avancer le film. Elle n’arme pas le déclencheur, qui fonctionne toujours (attention aux doubles expositions involontaires, que l’on évite en bloquant le bouton du déclencheur avec un loquet qui se glisse par dessous).

Et puis il y a la griffe porte-accessoires, moulée dans le plastique pour ce modèle. Elle ne possède aucun contact. Il faut donc un flash électronique avec un câble, qui viendra se brancher sur le côté gauche de l’objectif.

Ai-je oublié quelque chose ? Ah oui, le viseur ! Un simple tube de Galilée guère large et qui fait furieusement penser à un long tunnel sombre. Pas pratique du tout.

Une question se pose maintenant : cet appareil a-t-il encore une utilité ?

Franchement, à moins de servir d’objet décoratif, ce qu’il fait très bien à mon avis tout personnel, non.

Pourquoi ? Tout d’abord le film 620 n’existe plus et il faut bricoler une 120 pour une utilisation photographique. Ensuite, les réglages réduits à leurs plus simples expressions, la qualité de l’assemblage, le peu de fiabilité de la cellule, le viseur riquiqui n’en font pas un appareil que l’on a envie d’utiliser.

C’est bien évidemment un avis tout personnel, mais c’est le mien et je le partage !

Quelques curieux téméraires ont essayé et vous pouvez voir le résultat ICI.

Donc, si vous en trouvez un en très bel état, n’ayez pas peur de l’exhiber sur … une étagère, vous aurez de quoi alimenter quelques conversations à son sujet après avoir lu cet article.

Et ne dépensez pas plus de 5€ pour l’acquérir.

Les références : https://collection.click-clack.fr/fex-indo-appareils-photo-elite-fex/, http://fexmania.fr/index.php?/category/136, https://collection.click-clack.fr/fex-indo-appareils-photo-elite-fex/, http://www.appaphot.be/fr/exposure-meters/, https://www.cameraboussat.fr/dossier_collection/cible.php?id=86&marque=Indo, https://www.colleconline.com/fr/items/262537/appareils-photo-camescopes-photos-argentique-fex-indo-elite-version-08, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-6839-Fex%20Indo_Elite.html

Argentique

Le Six-20 Brownie E made by Kodak

Nous arrivons au terme des appareils chinés dans les brocantes namuroises du 1er mai ’23 avec ce bel exemplaire de Brownie.

C’est sa boite/gaine, en bel état, qui m’a fait me pencher sur le stand et le cueillir : il est complet, en très bel état pour son âge et, de plus, il sera le chainon dans ceux que je vous ai déjà présenté, le Six-20 Brownie Model C et le Brownie Model F.

D’ailleurs à propos du dernier article, sur le Model F, je vous expliquais que c’était celui-ci, véritable « cheval de trait » à la longévité épatante (20 ans de production !) qui avait été l’inspiration pour un modèle « de luxe ».

J’ouvre ici une petite parenthèse car je vous avoue que je suis surpris du nombre de personnes qui ont vu et continuent à lire les articles consacrés à ces box. Franchement, ça me fait plaisir et j’espère que cela vous incitera à les ressortir et à y mettre une pellicule pour leur redonner vie.

Comme à leur époque, c’est un moyen rapide d’accéder au moyen format, presque dans l’esprit Lomography (revoir leur crédo LA), à savoir qu’on a juste envie de viser et de prendre la photo, les réglages étant réduit à leur plus simple expression, et pourtant, ça fonctionne et les images sont intéressantes. A méditer …

Bref, pour en revenir à ce Six-20 Brownie E (vous remarquerez qu’il est encore appelé d’abord « Six-20 »), il fait partie d’une série d’appareils en métal, fabriqués en Angleterre au sortir de la seconde guerre mondiale. Ce sont les modèles C, D, E et F.

Cette progression, vous vous en doutez, correspond à une progression dans l’équipement et/ou la finition.

Par exemple, si le D et le E ont été produit quasi en même temps, le D ne possède pas le filtre jaune dont est équipé le E, et le F possède le filtre jaune et le filtre à portrait du E mais propose une finition plus luxueuse.

Quoique je continue à penser que Kodak avait trouvé là un bon moyen de vendre encore un peu plus, en sectionnant la clientèle selon des budgets et des propositions de produit qui y correspondent.

On peut considérer qu’il existe deux variantes du modèle E : la première, qui possède un décor de stries verticales et un bouton d’avance métallique, fut fabriqué de 1947 à 1953; tandis que la seconde aura des stries horizontales et le bouton sera en plastique. Celle-là sera produite de 1953 à 1957.

Le modèle que je vous présente date donc de la première série

S’il demeure très simple d’utilisation, il propose quelques améliorations par rapport aux modèles précédents, celles que vous avez pu découvrir en lisant l’article sur le Model F, que je vous résume :

  • objectif à ménisque de 100mm ouvrant à f11
  • bonnette montée sur une tirette pour réaliser des portraits
  • filtre jaune monté sur l’autre tirette
  • bouton de verrouillage du déclencheur
  • filetage pour installer un déclencheur souple, ou un retardateur mécanique
  • les broches pour brancher un flash Kodak

Même si on le présente comme moins luxueux que le F, je remarque un petit plus pas inintéressant : une charnière pour l’ouverture de la porte arrière (les autres modèles n’en possède pas).

Sinon, à l’intérieur, c’est la même chambre amovible en tôle emboutie, avec son « détrompeur » pour la remettre dans le bon sens, au cas où.

Bien évidemment, le fabriquant insiste pour que seuls ses films soient utilisés, au format 620, mais si vous avez lu les articles précédents, vous aurez compris qu’une bobine moderne en 120, un peu modifiée, fait parfaitement l’affaire.

Contrairement au Model C et comme le Model F, les viseurs sont clairs, ce qui aide quand même pour la prise de vue, plus agréable mais toujours aussi imprécise.

Pour les vitesses, il n’y en a toujours que 2 : celle indiquée par I qui donne le 1/60s et le B, pour les poses longues.

Malgré le bouton pour éviter les doubles expositions (blocage du déclencheur), dites-vous bien qu’elles sont faciles à faire. Le danger de ce déclencheur, c’est qu’il déclenche dès qu’on le touche, l’armement ne sert en fait qu’à faire avancer le film, rien d’autre.

A ce sujet, le compteur de vue reste la vision à travers la fenêtre rouge des chiffres du film. Mon conseil : ne tournez pas trop vite le bouton pour être juste sur les chiffres Rappelez-vous qu’on ne sait pas rebobiner un film de 120, il ne peut aller que dans un sens, celui de la « lecture »

Voilà, voilà …

Finalement, pour une dizaine d’euros vous pourriez être l’heureux propriétaire d’un de ces beaux box anglais et vous lancer à moindre coût dans le moyen format, et sans prise de tête au niveau réglage : vous visez, vous appuyez, la photo est dans la boite !

Pourquoi se priver de ce petit plaisir simple ?

Petit video d’illustration

Pour le mode d’emploi (6 pages quand même !) c’est à télécharger ci-dessous :

Un peu de technique :

  • Fabricant: Kodak production de 1947 à 1953
  • Moyen format 6×9 sur bobine de 620 ou 120 modifiée
  • Nombre d’images : 8
  • Type de corps : boîte métallique (box)
  • Type d’objectif : Ménisque
  • Type de mise au point : fixe avec objectif gros plan (bonnette)
  • Distance focale : 100 mm
  • Plage de mise au point : 1,8m à l’infini, gros plan 1,2m à 1,8m
  • Type d’ouverture fixe
  • Ouverture :f/11
  • Type d’obturateur : rotatif
  • Vitesses d’obturation : B, I (1/60 s)
  • Taille (l x h x p):85 x 104 x 118 mm
  • Poids : 575 g

Des références : http://www.artdecocameras.com/cameras/kodak/six-20-brownie-e/, https://brownie-camera.com/73.shtml, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Kodak_Six-20_Brownie, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Kodak_Six-20_Brownie,_Models_C,_D,_E,_and_F en anglais; https://www.philcameras.be/kodak-brownie/, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-847-Kodak_Six-20%20Brownie%20E.html, https://www.collectiongeven.com/piwigo/picture.php?/22220 en français

Argentique

L’Agfa Isolette ou JSolette

Celui-ci, je l’ai trouvé sur un site de seconde main. Quant je l’ai reçu, outre le fait qu’il était couvert de poussière, je me suis aperçu que le bloc optique/obturateur n’était pas à sa place, et pour cause, les deux axes de maintien étaient partis !

En ouvrant la chambre, je me suis aperçu que le vendeur avait collé avec un bout d’autocollant un de ces petits axes, mais abîmé et pas réutilisable.

Cet appareil avait servi pendant des années de déco, le vendeur ne s’étant pas préoccupé de son éventuelle utilisation.

C’est dommage car le reste fonctionne encore … un peu.

Comment réparer ?

En attendant, j’ai glissé deux clous au diamètre de 1,2mm, tête à l’intérieur, dans la gorge du mécanisme, pour pouvoir le tenir ouvert et le tester. Et je vous assure que j’ai pesté plus d’une fois pour réussir à glisser ces deux-là dans le minuscule trou de chaque côté.

Ceci dit, j’ai commandé des vis et écrous de 1,2mm pour le réparer, je les attends.

Autre problème récurrent pour cet appareil, un problème de lubrifiants qui se solidifient dans les hélicoïdaux de l’objectif, rendant la mise au point impossible et la qualité du soufflet qui doit presque à coup sûr être remplacé.

Mais fi de ces turpitudes, commençons la présentation de cet Agfa JSolette, produit par Agfa Kamerawerk AG, Munich, Allemagne .

Alors premier constat, s’il est bien noté JSOLETTE sur l’abattant, c’est un nom qui deviendra bien vite ISOLETTE.

Ce « J » appartient à une écriture introduite en Prusse en 1915, généralisée ensuite à l’Allemagne des années vingt. Cette écriture, la Sütterlin, du nom de son concepteur, très inspirée du gothique, rend les majuscules difficiles à reconnaître. Essentiellement cursive, destinée à être manuscrite, lorsqu’elle est utilisée en majuscule, elle prête à confusion. Ainsi ce que l’on pense être un « J » est en fait la majuscule du « I ».

Cette confusion a aussi touché l’Jsorette (Isorette), l’appareil qui précédât de peu celui-ci.

Le nom d’Jsorette est embosé dans le cuir de l’abattant dans les années 1936-37 mais dès la fin 1937, c’est la calligraphie et le nom d’Isolette qui prend le pas.

Cet appareil sera aussi appelé « Soldatenkamera » (appareil du soldat) pendant la seconde guerre mondiale. Sa production cessera en 1942.

L’Agfa Isolette fut produit pendant près de trente ans et on peut dire sans mentir que c’est elle qui fit le chiffre d’affaire d’Agfa pendant ces longues années.

Pour la petite histoire, cet appareil s’appelait Ansco Speedex aux USA, Agfa ayant racheté cette firme en 1928. Les deux marques ont vendu conjointement les mêmes produits sous leur nom respectif. En 1936, date de l’introduction de l’Isolette, Agfa présentait aussi un nouveau film, l’Agfacolor Neu, en réaction à Kodak.

En 1941, tous les actifs américains d’Agfa-Ansco sont saisis par les USA et tous les produits s’appelleront alors Ansco.

Cinq modèles seront fabriqués :

  • Agfa Isorette (le nom écrit comme Jsorette) 1936
  • Agfa Isolette (le nom écrit comme Jsolette) 1937 ces deux premiers modèles étaient prévus pour du 6×6 ou 4,5×6
  • Agfa Isolette (Premier modèle, objectif f/6.3 ou f/4.5) 1937-42
  • Agfa Isolette (outre un modèle tardif d’Isolette avec un f6.3, l’objectif n’était que f4.5, l’écriture du nom était quelque peu arbitraire à l’époque comme Isolette ou Jsolette) 1946-50 – uniquement en 6×6
  • Agfa Isolette I 1952-60
  • Agfa Isolette V 1950-52
  • Agfa Isolette II 1950-60
  • Agfa Isolette III 1952-58 avec télémètre non couplé
  • Agfa Isolette L 1957-60 avec télémètre couplé

Donc, c’est en 1936 qu’Agfa introduit la gamme Jsorette, rebaptisée Jsolette l’année qui suit.

En 1938, l’appareil devient Isolette et gardera ce nom jusqu’en 1945.

Puis – tant qu’à nous compliquer la vie – car ce fut assez arbitraire, le nom de Jsolette ou Isolette sera utilisé jusqu’en 1950. Puis, jusque dans les années soixante, il redevient Isolette.

L’appareil offrait de nombreuses combinaisons objectif/obturateur différentes, comme c’était la mode chez les concurrents aussi. Il y eut les objectifs f4.5 Agnar, Apotar ou Solinar et les obturateurs Prontor, Prontor-S ou Compur-Rapid. Les autres différences par rapport au premier modèle sont :

  • Plateau supérieur en alliage hydronalium coulé (Nüral).
  • Format : seulement 6x6cm
  • Chaussure accessoire sur le dessus
  • Prévention de la double exposition

Encore une chose à retenir (ou pas, ce n’est pas obligatoire), c’est que les premiers modèles, dits d’avant guerre, ont un capot dans un plastique appelé « Trolitan » qui a la fâcheuse particularité de se fendiller et de casser avec le temps.

Ensuite, il sera construit dans un alliage d’aluminium, le hydronalium coulé. S’il était plus résistant, il était délicat d’y faire tenir la peinture noire en vogue à l’époque et qui sera ensuite abandonnée au profit du métal brut mais poli.

Tout le boitier est d’ailleurs construit en métal, en tôles embouties, qui le rendent bien rigide et assez solide.

Pourtant, au fil du temps et des modèles, Agfa a cherché à faire des économies et la qualité des derniers modèles en souffre.

Il y eut des obturateurs Gauthiers, les plus simples de tous, avec 4 vitesses (1/25 1/50 1/125 et 1/200) plus le mode B.

Puis des Prontor-S/SV/SVS avec 8 vitesses entre 1 seconde et 1/300s plus mode B et retardateur ensuite des Compur-Rapid/Synchro-Compur avec des vitesses comprises entre 1 seconde et 1/500s.

Ensuite viennent les combinaisons d’objectifs :

  • Agnar , un triplet comme le suivant (assez moyen)
  • Apotar (Apochromatic Anastigmat – excellent à f8), ces deux là en 85mm ouvrant à f4,5
  • Solinar, un clone de Tessar en 75mm ouvrant à f3,5 à 4 éléments (bon à toutes les ouvertures).

Sachez en sus, que rien que pour nous embêter, chez Agfa il est assez compliqué de s’y retrouver, la marque n’étant pas très au fait de ce qui fut produit au fil du temps.

Revenons-en donc à notre exemplaire : un(e) Jsolette – Isolette avec un objectif Agfa Apotar de 85mm ouvrant à f4,5 et un obturateur Compur-Rapid de 1s à 1/500s plus pose B sans retardateur.

Il utilise le film 120 pour produire 12 images en 6×6.

L’avance est manuelle, évidemment, avec la molette située à gauche du capot. Celle-ci engage la sécurité pour éviter les doubles expositions. Que l’on peut court-circuiter en utilisant un déclencheur filaire puisque l’armement du déclencheur sur le capot et celui sur l’obturateur n’est pas synchronisé.

Puisque nous parlons de sureté, comme sur le Zeiss Ikon Ikonta M, il y a un point rouge/gris sur le capot, selon que l’appareil est prêt ou pas à prendre une photo.

Pour le reste, c’est un appareil simple ou simplifié ?

Vous allez comprendre : l’objectif, un Apotar de 85mm ouvrant à f4.5, avec une ouverture minimale de f/22. L’ouverture est contrôlée par un levier coulissant dans le bas de l’objectif. Il n’est pas traité et sera donc sensible aux reflets. Mais sa forme particulière fait qu’on ne sait pas y fixer des filtres ou pare-soleil.

L’obturateur s’arme avec un levier sur le dessus. L’avantage, c’est qu’on le voit quand on regarde dans le viseur.

La mise au point se fait en tournant la bague devant l’objectif … enfin quand elle n’est pas bloquée comme sur cet exemplaire. Les distances sont en mètres, de 1m à l’infini.

Il y a bien une échelle de profondeur de champ, mais vraiment rudimentaire et peu pratique : quelques traits rouges à faire coïncider avec l’ouverture en dessous. Seul un point rouge, entre f8 et f11 peut servir de point de repère fixe.

Les commandes sont le minimum syndical : sur le capot, un bouton pour déclencher l’ouverture de la porte battante (à gauche); la molette pour avancer le film, au milieu, une griffe porte-accessoires, dite froide et sans aucune synchronisation (pas de prise PC sur l’obturateur); à droite, le déclencheur sur le capot et un curseur coulissant avec la lettre T qui sert en fait à activer une espèce de pause B tant qu’on appuie sur le déclencheur du haut. De fait, on bloque le déclencheur en position basse par un verrou visible à gauche de celui-ci, sur la partie basse du capot.

Pas de compteur de vue, sauf à travers une fenêtre rouge, dans le dos, pour y voir défiler les chiffres des vues.

Un mot sur le viseur : un simple tunnel, un viseur galiléen inversé, point.

Pour charger le film, il faut ouvrir le verrou sur la gauche du boitier.

La chambre apparaît avec, à gauche, une bobine propriétaire, solidaire de la molette d’entrainement, tandis que de l’autre côté, un mécanisme simple qui permet de faire pivoter l’ensemble pour y placer la bobine débitrice (en fait la partie basse permet de fixer facilement la bobine).

Maintenant, je ne sais toujours pas quel modèle j’ai :

  • l’obturateur possède une pose B mais aussi la pose T alors que ce devrait être l’un ou l’autre
  • sa carrosserie est en alu (alliage) comme les modèles Isolette V mais avec un marquage Jsolette d’avant guerre
  • l’obturateur est un Compur-Rapid mais sans raccord PC pour un flash
  • il ressemble au modèle d’après-guerre, l’Isolette 4,5, mais sans synchro flash bien qu’il ait un Compur-Rapid
  • finalement serait-ce un modèle Jsolette/Isolette de 1937 mais il a un capot en métal et pas en plastique ?

Bref, je patauge …

Que penser de ces appareils ?

S’ils ont été la « vache à lait » d’Agfa pendant des années, c’est parce que leurs coûts étaient compressés, les rendant attrayant pour beaucoup. Un peu les appareils de masse de l’époque …

Mais au niveau qualité, rien à voir avec, par exemple, le Zeiss Ikon Ikonta M que je vous présentais il y a peu !

Même si j’aime bien les appareils simples, ici on touche au simplissime et la construction s’en ressent.

Ni le Perkeo, ni le Weltix, ni l’Ikonta M, le Bessa 1, l’Ikonta B521/16, ni même l’ancêtre, l’Agfa Billy-Clack ne n’ont fait le coup de la charnière qui lâche.

Parfois elles ont un peu plié mais il était toujours facile de les redresser et de remettre le tout en route.

Bref – et je vais peut-être m’attirer les foudres de quelques uns – je ne recommanderai pas cet appareil, à moins de tomber sur un exemplaire en super état et muni du meilleur objectif et obturateur. Et même là, il faudra être certain que le soufflet ne soit pas poreux !

Sinon, question prix, pas plus de 10 à 20€, avec sa gaine.

Dernière chose : ayant parcouru une multitude de forums pour réparer l’objectif bloqué par la graisse solidifiée, avec précaution, j’avais réussi à le retirer. Il a trempé 72h dans de l’essence, après quoi j’ai enfin réussi à désolidariser les porte-lentilles. Re-nettoyage sans abîmer les fils du pas de vis puis graisse de silicone pour pouvoir remonter le tout, et là, patatra … en resserrant les deux parties, ma pince garnie de caoutchouc ripe et j’appuie trop fort. Résultat, le cercle se déforme, la lentille se fendille … et je dis adieu à ce boitier !

Il retournera à une fonction de presse-papier ou de ramasse poussière pathétique …

Des publicités d’époque (merci Collection-appareils)

Porst, 1938
Agfa, 1939

Une video d’illustration d’une Isolette

Si vous devez réparer quelque chose, c’est par ICI.

Des références : https://photothinking.com/20170905agfa-jsolette-4-5-when-j-is-not-a-j/, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Agfa_Isolette_(Jsolette), https://utahfilmphotography.com/2016/08/24/agfa-isolette-i/, http://camera-wiki.org/wiki/Isolette, https://certo6.com/camera-archive/agfa-isolette/, https://web.archive.org/web/20090103055839/http://www.davidrichert.com/AGFA%20rebuild/agfa.htm, http://www.rolandandcaroline.co.uk/isolettei/isolettei.html en anglais; https://www.chassimages.com/forum/index.php?topic=325075.0, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-3088-Agfa_Isolette.html, en français; https://www.kamera-museum-scholz.de/agfa-kamera/isorette-isolette/, en allemand, http://www.jnoir.eu/camaras/agfa/isolette/, en espagnol

Argentique

Le Brownie Six-20 « art déco »

Une des premières brocantes d’importance (300 exposants annoncés) de l’année, à Ohey, jolie commune rurale du namurois.

Pour une fois, nous sommes arrivés tard (près de 8h30) et donc je ne m’attendais pas à trouver d’appareils intéressants, les « pirates » et les amateurs étant sans doute déjà passés par là.

Mais voilà, c’était sans compter sur un peu de chance, qui me fit découvrir l’appareil que je vais vous présenter, et un second, autrement plus petit, dans quelques temps.

Je l’ai déjà écris, d’habitude, je ne regardais pas spécialement ces box, parce que souvent dans des états lamentables : rouillés, cabossés, incomplets dans le meilleur des cas. Finalement, c’est celui d’Isabelle qui m’a fait craquer …

Mais ici, j’ai été attiré par sa boite, en cuir, en bel état, qui laissait présager un boitier n’ayant pas trop souffert : j’ouvre et je découvre un Brownie Six-20 avec une belle façade de style « art-déco » en très bel état, on dirait qu’il est neuf !

Je m’enquiers du prix, tout à fait raisonnable, et hop, dans le sac à dos.

Allons-y donc pour une présentation de ce bel objet à faire des photos.

Je ne reviendrai pas sur l’histoire déjà comptée des Brownie’s, que vous pourrez lire ICI.

Cet appareil est le digne descendant du Brownie Six-16, apparut aux Etats-Unis entre mai 1933 et avril 1941, qui donna naissance au Brownie Six-16 Junior. Mais comme il utilise du film 620, c’est l’appellation Six-20 qui est embossée sur la lanière de portage.

Heu, … pour vous donner une idée de la complexité pour s’y retrouver dans les dénominations et âges de ces box, allez voir ICI et LA.

S’il est plus simple que le Brownie Six-20 Model F que je vous ai présenté, il bénéficie déjà de quelques améliorations, que nous allons découvrir au fur et à mesure.

Il s’agit d’un Kodak fabriqué aux Etats-Unis et en Angleterre mais, s’ils ont la même dénomination, il sont singulièrement différents, tant dans la construction que dans la façade art déco. Par contre, tout les deux prendront huit photos de 6x9cm sur un film de 620 (ou un 120 modifié).

L’objectif du modèle US comporte deux zones de mise au point, exprimées en pieds : 5-10 pieds et 10 pieds et au delà pour le marché américain mais traduit en mètres pour les marchés d’exportation : 1,5m – 3m et 3m – infini.

C’est en bougeant un petit levier, situé sous l’objectif, de gauche à droite, que l’on modifie la distance. Ce qui n’est guère commode car la pièce ne tient pas, il faut maintenir le levier dans la bonne position sinon le ressort de rappel la remet à sa place initiale.

En fait, comme vous le voyez sur les photos ci-dessus, le mouvement du levier entraine le déplacement d’une lentille qui travaille comme une loupe.

Ensuite, sur le côté, une tirette et une languette.

La tirette (plié vers l’intérieur) sert à passer en pause B si vous la tirez vers vous, tandis que la languette, en dessous, c’est le déclencheur. La vitesse est le 1/50s, vitesse unique.

Attention, le déclencheur ne revient pas à une position initiale, en haut comme on le prévoit. Ce qui implique que si vous les descendez ou le remontez, il ouvre l’obturateur. Double expo garantie si on est distrait !

A noter encore, sur le côté droit, la manivelle pour faire avancer le film, au chargement et entre chaque prise de vue. Toujours pas de compteur de vue, mais une petite fenêtre en rouge inactinique pour voir défiler les signes et chiffres de l’avancement du film (et toujours pas facile à voir).

Sur le dessus de l’appareil, une troisième tirette :

Celle-ci modifie l’ouverture qui sera de f22(tirette en bas) ou f11 (tirette en haut).

Comme écrit plus haut, cet appareil utilise du film 620, en fait une bobine de 120 dont la taille de la tige est plus fine et plus petite, je l’ai expliqué dans l’article sur le Six-20 Brownie Model C. Il délivrera dont 8 photos de 6x9cm.

Autre particularité, les viseurs sont ici « clairs », ce ne sont pas des verres dépolis comme le Six-20 Brownie Model C mais plutôt comme le Brownie Six-20 Model F (ça va, vous suivez toujours ?). Honnêtement, ça aide pour la visée, même si celle-ci relève toujours plus du « au pif » que de la visée chirurgicale et précise.

Maintenant, question cruciale : et on l’ouvre comment pour y mettre un film ?

Excellente question … au début, je pensais qu’il fallait soulever la fameuse tirette du haut, mais quand je ne suis aperçu de son action, je me suis trouvé fort dépourvu …

Et puis, en tirant sur tout ce qui dépassait, je l’ai fais avec le gros bouton chromé à l’avant, celui qui retient la lanière de portage, et là, ô surprise, en tirant sur la face avant, celle-ci s’est dégagée entièrement, libérant du coup tout le corps et la chambre de l’appareil.

Ce bouton est en fait une espèce de pointeau, monté su ressort, qui bloque la chambre dans son logement. Mais attention, pour pouvoir ôter toute la chambre, il faut impérativement aussi tirer la molette d’avancement vers l’extérieur (deux précautions valent mieux qu’une pour éviter les ouvertures accidentelles).

Une fois cette manipulation effectuée, vous vous retrouvez avec la chambre complète à l’extérieur. Toute en tôle fine, elle porte aussi sur le devant toute la mécanique de l’obturateur rotatif, des objectifs à glissement, les viseurs et autres joyeusetés que l’on vient de découvrir.

Ici, pas moyen de démonter quoique ce soit, tout est soudé.

Une étiquette, collée sur le métal, vous explique ensuite comment remettre les bobines dans le bon ordre, quels films utiliser et vous déconseille fermement d’essayer de mettre du 120 dedans. Et bien sûr, ne vous dit pas de mettre de l’Agfa dedans, mais du Kodak uniquement (on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même).

Le corps de l’appareil, qui semble bien vide tout à coup, est en carton. Peint en noir et recouvert d’une espèce de simili cuir, il faut y faire attention pour ne pas briser les arrêtes, fines, qui tiennent finalement tout ensemble.

En fait, c’est aussi simple qu’un … sténopé, mais en plus évolué : une boite noire avec une surface sensible éclairée le temps dune prise.

Si cet appareil s’est vendu presque sans changements pendant près de huit ans (1933 – 1941), c’est qu’il rendait les services auxquels on s’attendait.

Pas ruineux à l’achat (la force du géant Kodak et les faibles coûts de fabrication), facile à utiliser, même pour des enfants, comme d’autres box, ce type d’appareil a ouvert la voie vers la démocratisation de la photographie.

-« Ouais, mais plus personne n’utilise ce truc pour faire des photos ! »

Détrompez-vous et allez donc voir le compte Flickr des fans de box et de Brownie, vous serez étonné.

Si vous avez, finalement, envie de les rejoindre, dites-vous bien qu’il est aisé de trouver ces box, qu’ils soient Kodak ou d’autres marques (elles s’y sont toutes mises à un moment comme Agfa, Voigtländer, Zeiss, …) et à des prix encore ridicules.

Faites toutefois attention à ces quelques remarques :

  • vérifiez que les viseurs soient clairs
  • que l’obturateur fonctionne
  • éventuellement aussi les lentilles accessoires (comme ici, elles doivent coulisser facilement, sans heurt et se mettre bien en place)
  • si la boîte est en carton, qu’elle ne soit pas fendue, recollée
  • si elle est en fer, qu’elle ne soit pas tordue
  • et dans tous les cas que les parties s’emboitent parfaitement pour assurer une étanchéité complète
  • qu’il s’agisse bien de Six-20 (film 620) ou, mieux, utilisant directement du film en 120. Il a existé des formats aujourd’hui disparus qui rendraient inutilisables l’appareil (six-16, film 616 par exemple)
  • que la chambre soit intacte, avec au moins une bobine dedans (120 ou 620). Si elle était un peu rouillée, il faut la décaper et la repeindre en noir mat
  • bien évidemment, que tous les accessoires soient présents ou réparables

Reste à faire le pas de sortir avec un tel appareil, mais, finalement, c’est le plus accessoire et dites-vous bien qu’il créera du lien car les personnes rencontrées seront étonnées/amusées/intriguées de vous voir utiliser un appareil qu’elles ont peut-être dans un grenier, une armoire et qui a, sans doute, alimenté les vieux albums photos familiaux.

Photographier avec un box, c’est toute une aventure, toute simple …

Laissez-vous tenter.

Petite pub d’époque (merci Collection-appareils)

Central Camera Co, 1936

Pour le mode d’emploi (mais en faut-il bien un ?), c’est par ICI.

Un peu de technique :

Type : Boîte de film en rouleau (box avec rollfilm)
Introduit: mars 1933
Arrêté: avril 1941
Taille du film : 620
Taille de l’image : 2 1/4 X 3 1/4′ (6x9cm)
Fabriqué : États-Unis
Objectif : Diway avec un objectif gros plan
Obturateur : Rotatif
Prix ​​d’origine : 2,50 $

Des références : http://www.artdecocameras.com/cameras/kodak/six-20-brownie-e/, https://www.brownie-camera.com/index.shtml, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Kodak_Six-20_Brownie, https://www.brownie-camera.com/65.shtml, https://www.brownie-camera.com/manuals.shtml (si vous cherchez des infos pour démonter et réparer) en anglais; https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-290.html, http://www.appaphot.be/fr/brands/kodak/kodak-six-20-brownie/, en français

Argentique

L’Echoflex

Celui-ci, c’est lors de la brocante d’Andenne que je l’ai trouvé, chez un ancien photographe qui liquidait des appareils, certains lui ayant appartenu, d’autres étant des achats faits pour tester de drôles de machines.

De fait, je lui en ai acheté deux, un Haking que vous verrez bientôt, et ce TLR Echoflex.

Pas en grande forme ce dernier : un badaud a réussi à bloquer le retardateur et tout le mécanisme de déclenchement. Petite négociation pour les deux, et hop, dans le sac à dos où ils vont rejoindre leurs petits camarades de la journée.

De retour à la maison, grand nettoyage de tout ce petit monde (certains comme d’habitude en avait grand besoin) et arrêt sur ce drôle de bis-objectifs (d’où le nom de TLR pour twin lens reflex).

Peut-être un mot à ce sujet, pour ceux qui découvrent ce nouvel univers.

Les reflex binoculaires ont donc deux objectifs, l’un par dessus l’autre. Celui du dessus sert à la visée reflex, celui du bas, à la prise de vue.

Il y a donc deux chambres, celle du haut accueille un miroir réfléchissant l’image sur un verre dépoli, qui est placé dans cette espèce de cheminée qui sert à regarder l’image. Un certain ombrage est nécessaire pour bien voir l’image, mais de fait, celle-ci est toujours sombre, quelque soit la marque, prestigieuse (Rolleiflex) ou d’entrée de gamme (Lubitel). C’est la construction qui veut ça.

Attention, l’image est reflétée à l’envers, dans le sens gauche-droite (mon cauchemar). La mise au point se fait donc sur le dépoli, parfois avec l’aide de la loupe, escamotable, que la plupart des appareils proposent.

Comme les deux chambres sont séparées, lors de la prise de vue, l’image ne s’escamote pas, comme sur un reflex, lors du déclenchement (pas de miroir qui se relève).

Afin que la visée corresponde à la prise de vue (ou l’inverse en fait), les deux objectifs sont sur la même platine : ils avancent ou reculent ensemble, avec des moyens mécaniques différents d’un modèle à l’autre.

C’est un système ancien, les premiers TLR, à plaques ceux-là, datent de 1885. Ils présentaient une erreur de parallaxe, qui a été corrigée par la suite, en inclinant l’optique de visée en rapport avec la mise au point.

De fait, c’est vers 1939 que ce type d’appareil connait le succès, grâce notamment aux avancées techniques de la firme Franke & Heidecke, ceux qui fabriquaient le Rolleiflex.

L’avantage de ces appareils est le format de leur image : du 6×6, parfois du 4×4 sur film appelé 120.

La taille du négatif demande moins d’agrandissement que le film 135, ce qui est tout profit pour la qualité de l’image.

Dès lors, ces appareils ont connu un beau succès, tant auprès des reporters que des amateurs (fortunés pour l’acquisition de certains modèles).

Ils ne céderont que devant l’avancée des SLR (single lens reflex ou reflex monoculaire), plus polyvalents (objectifs interchangeables). Même si certains constructeurs ont essayé le mix entre le reflex et le film 120, comme les Pentax ou Kiev, par exemple, mais c’est une autre histoire …

En résumé, de la fin des années trente au milieu des années soixante, les reflex binoculaires ont eu de (très) beaux jours.

Celui-ci est japonais et c’est une copie assez réussie de Rolleicord II. Il date de 1955.

La marque est assez particulière et il n’est pas facile de la découvrir. Car à l’époque, au Japon, celui qui fabriquait ne vendait pas forcément sous son propre nom et donc, dans ce cas précis, il semble que les premiers Echoflex, tout manuels, aient été fabriqué par Tōyō Seiki Kōgaku, tandis que les semi-automatiques le seront par Lustre Kōki ou Lustre Optical Works.

Lustre a également fabriqué le Lustreflex, dont certaines versions semblaient pratiquement identiques à l’Echoflex, mais étaient équipées d’objectifs Tri-Lausar et d’obturateurs Chy-FB à la place du Echo Synchro-Super. Ensuite, il y avait le Chelicoflex identique, qui a également un objectif Echor et un obturateur Synchro-Super, et même des plages de numéros de série correspondantes. Encore, il y avait le Beautycord, dont certaines versions sont identiques à l’Echoflex et avaient des objectifs Tri-Lausar et des obturateurs Synchro-Super. Ce qui est déroutant, c’est que le Beautycord a été fabriqué par Taiyodo Koki, pas par Lustre, et ils ont fait toute une série d’autres copies, comme le Wardflex, le Gen-Flex, le Photoflex et le Fodorflex.

-« Ça va, je ne vous ai pas perdu ? »

La présence, sur la griffe porte-flash de mon exemplaire, des lettres LKK serait le témoin de ces péripéties.

Pour faire (plus) simple, il est similaire au Lustreflex S, un semi-automatique de chez Lustre sorti aussi en 1955.

L’avance est semi-automatique, avec une fenêtre ronde sur le côté droit, qui est le compteur de vue. La position de la première exposition est définie en alignant la marque de départ du papier d’amorce avec une marque rouge à l’intérieur de l’appareil photo. Derrière le bouton de mise au point, un autre est utilisé pour démarrer le mécanisme d’avance, une fois le film chargé. Au centre de ce dernier, un mécanisme permet de déverrouiller l’avance après chaque exposition.

Ici c’est toute la platine avec les objectifs qui avance ou recule lors de la mise au point (comme les Mamiya C220 notamment). C’est le gros bouton, à droite, qui commande le mouvement. Il est entouré d’une échelle de profondeur de champ, toujours bien utile quand on est soi-même en mouvement.

Les objectifs sont des Echor, un Anastigmat de 75mm ouvrant à f3,5, légèrement traité (petit reflet bleuté de surface) et le second appelé Viewer. Si on veut leur adjoindre des filtres ou pare-soleil, c’est via une baïonnette.

L’obturateur semble « maison » lui aussi, c’est un Echo Synchro-Super qui propose une pose B, 1s jusque 1/300s. Ce serait une copie assez conforme du Prontor SV qui équipait le Rolleicord II.

Sur mon exemplaire, malheureusement, il est pour l’instant bloqué.

En effet, pour armer le retardateur, il faut d’abord abaisser le levier de l’obturateur puis celui du retardateur. C’est l’inverse que le maladroit a fait, sans s’excuser ni prévenir de sa bévue, partant sans remords sur la pointe des pieds …

Sur la gauche du boitier, juste deux boutons qu’il faut tirer vers soi lorsqu’on introduit un nouveau film, et la griffe porte-accessoires.

A ce sujet, la prise PC pour le flash est elle sur la platine, en bas à gauche.

Le déclencheur, lui, est en bas à droite.Il faut d’abord armer le levier qui court derrière la roue crantée des vitesses puis déclencher. Je note au passage qu’il n’y a pas de filetage pour y fixer un déclencheur filaire. La commande du retardateur est située à l’opposé du levier d’armement.

L’ouverture de l’objectif se règle elle avec le curseur situé sous l’objectif, de f3,5 à f22.

Je reviens un instant sur le viseur, qui a la particularité d’avoir une position « sport ». C.-à-d. que vous pouvez faire basculer la plaque avant vers l’intérieur de la « cheminée » et vous aurez alors un viseur basique avec vue au niveau de l’œil et non plus de la poitrine. Ce qui peut induire une vision différente.

Pour charger un film dans la chambre, il faut d’abord tirer la chevillette, heu … pardon, le loquet de fermeture et soulever le verrou puis faire basculer l’ensemble vers l’avant.

Il faut placer la nouvelle bobine de 120 en dessous en tirant sur le bouton à ressort puis en le relâchant quand celle-ci est à sa place. Ensuite, il faut fixer la bobine vide en haut, de la même manière. Comme d’habitude, on glisse la pointe de l’amorce dans la bobine du haut et on l’enroule en tournant lentement le bouton d’enroulement. Lorsque le trait noir, ou la marque S (start) apparait au trait rouge tracé dans la chambre, refermer la porte arrière et verrouiller la chambre.

Puis, il faut appuyer sur le bouton d’arrêt automatique du film (10), pousser le bouton de remise à zéro vers le bas (13) et vous verrez apparaître la lettre « S », qui est le repère du départ pour le compteur de vue.

Il faut encore tourner le bouton d’enroulement un peu, jusqu’à ce qu’il s’arrête automatiquement et que le numéro « 1 » apparaisse dans la fenêtre du compteur.


Le bouton de remise à zéro, entre les deux grosses molettes, en haut celle de l’avancement du film, en bas celle pour le réglage de la distance.

Nous voilà prêt pour la première photo : on règle la distance, on ajuste la vitesse, on cadre, on arme l’obturateur et clic-clac, c’est dans la chambre noire !

Lorsque nous avons exposé notre première vue, il faudra appuyer sur le bouton d’arrêt automatique et tourner la molette d’avancement jusqu’à ce qu’elle s’arrête automatiquement au chiffre 2. L’opération sera à répéter 12 fois, soit le nombre de vues sur le film. Après ce dernier chiffre, le repère « 0 » apparait dans la fenêtre du compteur, ce qui veut dire que tout le film a été exposé. Il suffit d’enrouler la pellicule autour de l’axe, puis ouvrir la chambre et sortir le film. Ne jamais oublier de bien serrer celui-ci sur lui-même et de coller le bout de papier prévu à cet effet pour sceller la bobine avant de la remettre au labo.

Voilà, voilà …

Un dernier petit résumé en images

Que penser de cet appareil ?

Outre un coup sur le viseur – ce qui ne l’empêche pas de fonctionner correctement – les revêtements ont tendance à se faire la malle. Ce sont des espèces de feuille en plastique rigide, qui cassent comme du verre. Je pense que je vais devoir tout enlever et remplacer.

Sinon, il est dans la veine des appareils de ce genre. Son viseur est assez clair finalement. J’ai dû nettoyer le dépoli (le dessus) car il était plein de poussières et c’est là que j’ai découvert qu’il était marqué d’un quadrillage simplifié (carreau divisé en 4 parties égales).

Comme je devais démonter la platine pour essayer de réparer l’obturateur, j’en ai profité pour nettoyer les lentilles des 2 côtés.

L’avantage, me semble-t-il, du système d’avancement de toute la platine c’est que je peux démonter l’objectif sans trop de craintes, je ne devrai pas le remettre en place en tenant compte d’un hélicoïdal capricieux et retors.

Je devrai remettre à leur juste place les minuscules rondelles d’épaisseurs prévues (j’en frémis d’avance !).

Car voilà, j’ai enfin compris comment démonter cette f… platine.

Pas que les vis soient difficiles à trouver, une fois le revêtement ôté (et il ne faut pas trop insister, il ne tient plus que par habitude !).

Les grandes vis sont celles qui maintiennent la platine et les minuscules rondelles qui sont derrière sur les attaches en fer. Les plus petites, elles, retiennent l’ensemble objectifs/obturateur au bloc métallique.

Le bloc optique/obturateur vu à l’envers : on y voit le câble du contact flash à la prise PC, le cône qui pousse sur une languette qui déverrouille l’obturateur et l’intérieur des deux objectifs (en haut le viewer, en bas le « vrai »).

Le plus compliqué, ce n’est pas non plus de démonter les deux objectifs (2 vis sur les côtés pour chacun) et une garniture sous celui du haut, mais reste le problème de comment ouvrir l’obturateur pour accéder à ce maudit retardateur, bloqué.

En fait, il faut arriver à faire pivoter la petite cale puis à faire tourner l’ensemble des deux plateaux : celui dont le bord est rainuré (réglage de vitesses) et le plateau avec les indications des vitesses, des ouvertures et la marque.

Si vous regardez bien, il y a trois encoches sur le centre de l’axe, qui calent l’ensemble.

Donc, dès que l’on a réussit à faire pivoter la cale, il faut faire tourner l’ensemble de la plaque afin qu’elle revienne au dessus des encoches. Et si, comme moi, vous n’avez pas pris de repères, vous allez galérer pour remettre tout en place ensuite (ben oui, j’en étais encore à me demander comment faire lorsque les plateaux ont bougé !).

Mais lorsque le tout est enlevé, on découvre alors le mécanisme de l’obturateur.

La vue d’ensemble des pièces démontées : en haut à gauche, le collier autour de l’objectif de visée, à son côté, le tour de l’objectif du bas, l’objectif proprement dit (en fait, j’aurais pu le laisser en place, mais c’était l’occasion de tout bien nettoyer), puis le cerclage de l’objectif de visée et enfin les deux plaques enfin retirées (la roue des vitesses et la plaque avec les informations)

J’avais retiré une vis sur le côté du fut de l’objectif, pensant qu’elle libérerait quelque chose. Je l’ai bien vite remise, car elle est fixée à une petite pièce électrique, nécessaire au flash.

Et en dessous, la platine qui maintient le mécanisme interne du retardateur.

La platine qui abrite 4 minuscules engrenage et maintient aussi en partie le ressort de rappel et, au bout, le levier pour armer le déclencheur (ici déjà en position haute, j’ai remis la plaque en place).

Ici je vous avoue ne pas avoir fait de photos, trop occupé à retenir les minuscules engrenages qui sont en dessous et qui ont tendance à prendre la poudre d’escampette. Patience, patience … pour débloquer le levier puis réussir à les remettre en place et à re viser le tout.

Un constat, le mécanisme a été forcé et il restera inutilisable, tant pis. Reste que grâce à cette intervention, maintenant je peux armer et déclencher sans souci. Finalement , c’est le principal.

Vient ensuite le cauchemar de remettre la roue des vitesses en place puis la platine avec les indications. Ça m’a pris deux heures de tâtonnements, d’essai/erreur avant d’y parvenir ! Si vous avez bien vu, j’ai pratiqué 2 petits trous sur la platine, afin de pouvoir la faire pivoter avec un spanner, sans forcer.

Ouf, remontage des optiques et de la garniture, re fixation du bloc sur la platine métallique et enfin, remontage de toute la platine sur les supports.

Et là, je concède que j’ai eu de la chance, j’ai su tout remonter sans perdre ni vis ni rondelles d’épaisseur.

Tant que j’étais à tout démonter, j’en ai profité pour refaire le revêtement abîmé, que j’ai remplacé par du cuir synthétique autocollant, en laissant cette fois les vis apparents.

Au fur et à mesure, je remplacerai le revêtement par ce même « cuir » bleu nuit.

D’habitude, je ne me lance pas dans ce genre d’opération, très risquée, mais ici, l’appareil était de toute manière inutilisable sans intervention et je ne voyais pas ce boitier finir en presse livres de luxe !

Voilà, voilà … reste à l’essayer maintenant.

Suite au prochain rouleau de 120.

Finalement, c’est un bel appareil. Comme souvent, ces modèles ont une espèce « d’aura », sans doute due à la forme et au fait que tant de photographes s’en sont servis, avec brio (de Cappa à Sabine Weiss ou Viviane Maier pour faire court).

Je me souviens avoir lu quelque part une réflexion qui m’avait interpellée quant à l’utilisation de ce type de boitier : face à votre sujet, il vous donnait une posture « d’humilité » car le photographe a la tête baisée (pour regarder dans le viseur de poitrine), ce qui est moins « agressif » que l’œil noir du reflex qui vous vise en direct.

A méditer ?

Sabine Weiss et Rollei, 1953 © Sabine Weiss

Il ne propose rien de transcendant : deux objectifs de 75mm ouvrant de f3,5 à f22, un obturateur offrant des vitesses de 1s à 1/300s (et une pose B), obturateur à lames, un retardateur (qui fonctionne normalement), une prise PC, déjà un mécanisme semi-automatique pour l’avancement du film, avec un compteur (un vrai plus ça), un viseur confortable et finalement assez clair, un presse film et un guide interne pour assurer une bonne planéité et un bon guidage de la pellicule.

Mais ce qu’il propose était dans la norme des appareils de l’époque (on aurait apprécié une vitesse un peu plus rapide, comme le 1/500s p. ex.). Il est bien construit (tout métallique) et agréable à prendre en mains. Seuls les gauchers seront frustrés, toutes les commandes étant à droite du boitier (mais bon, il n’est pas le seul dans le cas, voir l’article sur les Yashica C et D).

Bref, un bon appareil qui devrait vous permettre d’entrer dans le monde merveilleux du 6×6 sans vous ruiner.

Question prix, un Echoflex en pleine forme devrait se négocier autour des 150€ mais le marché, de nos jours, peut révéler des surprises car l’appareil est peu courant, pour ne pas écrire rare.

Une pub d’époque

Source : Other TLR Cameras

Pour le mode d’emploi, c’est à télécharger :

Des références : http://camera-wiki.org/wiki/Echoflex, http://www.cjs-classic-cameras.co.uk/other/tlr.html, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Echoflex, http://www.tlr-cameras.com/Japanese/Lustre.html, http://www.tlr-cameras.com/japanese/slides/Echoflex.html, http://www.tlr-cameras.com/index.htm, http://camera-wiki.org/wiki/Sources:_English_language#The_Collector.27s_Guide_to_Japanese_Cameras, http://www.cjs-classic-cameras.co.uk/other/tlr.html#echoflex, http://www.tlr-cameras.com/Japanese/Lustre.html, http://camera-wiki.org/wiki/Lustreflex, en anglais; http://www.appaphot.be/camera-types/reflex-2-objectifs-tlr/(pour voir un panel de TLR de toutes les époques), en français.

Argentique

Le Zeiss Ikon Ikonta M, suite.

Il se fait que j’ai eu l’occasion d’acquérir récemment un second Zeiss Ikon Ikonta M.

Alors, rassurez-vous, je ne vais pas recommencer l’histoire de ce chouette pliant mais plutôt vous conter ma mésaventure avec ce second boitier.

Lorsque je l’ai déballé, il était accompagné de son sac tout prêt, en bon état, certes, mais sale, sale … Aussi lorsque j’ai sorti l’appareil de cet étui, je n’en menais pas large et j’avais raison : il était couvert de poussière et que j’ai dû aider à se déployer, la porte refusant de s’ouvrir seule. Ensuite, la peinture s’écaillant sur la carrosserie, mais – plus ennuyant – à l’intérieur de la chambre aussi.

De fait, toute la peinture à l’intérieur de celle-ci partait en éclats ou en lambeaux …

Dans ce cas-là, pas grand chose d’autre à faire que de tout nettoyer, avec précaution pour ne pas mettre de la poussière partout dans le soufflet (vive le film plastique ménager pour le coup).

Séance de grattage puis passage à la brosse douce en cuivre pour enlever tous les résidus, puis encore nettoyage à l’essence neutre pour enlever toute trace de graisse.

Mais là où le bat blesse, c’est que le métal mis à nu est en fait de l’aluminium, matériau difficile à peindre s’il en est.

J’ai donc décidé, après avoir longuement réfléchi, à un plan B : coller à l’intérieur de la chambre une mousse néoprène de 1mm.

Pourquoi celle-là ? Parce qu’elle est dense, bien opaque, facile à couper et à coller.

Donc, armé de patience, d’une feuille blanche coupée à la bonne largeur et longueur (ne pas oublier que la surface est concave et nervurée sur les bords), j’ai dessiné un gabarit exact, en tenant compte des ressorts de la plaque de pression et de la fenêtre du petit plastique en rouge inactinique (le compteur de vue en fait).

Première difficulté, réussir à ôter la plaque de pression du film, sans l’abîmer ni faire sauter les rivets de maintien.

En se disant que ça va être aussi galère de la remettre ensuite !

Seconde difficulté, transférer le gabarit sur la bande de mousse et faire les découpes au scalpel, car certains endroits sont vraiment fins (passage entre la fenêtre inactinique et les ressorts de droite).

Mais en s’appliquant bien (et en faisant attention à ses doigts !) on y arrive assez vite et sans déchets.

Puis vient la phase d’encollage : colle de contact à enduire sur le métal et sur la mousse. Le séchage est rapide et on a peu de droit à l’erreur, ça prend vite.

Une fois cette partie terminée, il reste les finitions : remettre des bouts de mousse (ceux de la découpe) sous les ressorts pour éviter tous reflets éventuels, calfeutrer les tours de la fenêtre rouge, sans déborder et comme je suis perfectionniste (ou maniaque, c’est selon) repassage avec un ruban de mousse de même densité le long des ressorts pour éviter toute trace métallique claire et autour de la fenêtre.

Il faut surtout bien veiller à deux choses : ne pas mettre de mousse sur les bords du dos car ils seront recouverts lors de la fermeture par la partie « femelle » et il n’y a pas d’espace pour y glisser une épaisseur (rappelez-vous, c’était peint).

La seconde attention est à porter au niveau de la fermeture de la porte : ne pas laisser dépasser la mousse sur les tenons du verrou sous peine de ne pas pouvoir refermer le dos et ensuite d’arracher la mousse si elle est trop longue.

Ensuite, remontage de la plaque de pression : une horreur !

Finalement, j’ai trouvé une solution, sans doute pas très orthodoxe mais efficace : déplier doucement les pattes de maintien à la pince à bec fin, puis glisser la plaque sur les bouts de ressort et refermer à la pince fine les dites pattes. Le métal est fragile, je ne pense pas que c’est une opération à répéter souvent sous peine de casser ces petits bouts de métal.

Et voilà, un dos parfaitement étanche à la lumière pour pas cher et qui tiendra longtemps.

Restait le « sac tout prêt » qui avait accumulé des années de poussières, de graisse et autres traces douteuses.

Un chiffon doux, du produit pour nettoyer le cuir (comme ceux pour les voitures ou les salons), de l’huile de coude pour bien tout faire partir, puis un cirage fluide pour re nourrir le cuir. Il me restera une petite réparation sur la sangle, qui menace de se rompre à un endroit. Je vais la doubler de tissus collé pour éviter que cela ne se produise.

Puis la question de la porte avant : réglage du ressort et surtout, grand nettoyage des « articulations » et du reste, couverts de poussière aussi. Une micro goutte d’huile de machine à coudre dans les deux ressorts, au fonds de la cage, pour les aider un peu. Ce n’est pas encore parfait, mais elle s’ouvre déjà partiellement, sans devoir y glisser un tournevis Je pense qu’il faut lui faire faire un peu d’exercice afin d’assouplir le mécanisme aujourd’hui propre.

Au moins trois heures de travail, deux tasses de thé et un biscuit au chocolat plus tard, voilà donc le second Zeiss Ikon Ikonta M, avec pour celui-ci un objectif Novar de 75mm ouvrant à f3,5 et un obturateur Prontor – SV.

Il méritait bien ces petits efforts.

Je l’ai chargé d’un film de 120 (Foma 200Iso N/B), mon ami Frédéric (Histoire de Photos) m’a bien encouragé à reprendre l’envie d’utiliser ces beaux appareils.

La suite de la suite au développement du film …

Et en attendant, si vous voulez déjà voir les résultats que l’on obtient avec cet appareil, je vous encourage à aller sur les sites de Frédéric : Argentique Nord et Histoire de Photos, son travail vous donnera envie de faire le pas …

Argentique

Le Dauphin II d’Alsaphot.

Décidément, la brocante du 1er mai ’23 à Namur fut riche en découvertes.

Voici un appareil étonnant, qu’en d’autres temps je n’aurais sans doute pas pris, mais depuis mes découvertes avec les box Kodak, je me suis promis de ne plus négliger ce genre, même si celui-ci a dû connaître des jours meilleurs.

Qui est Alsaphot d’abord ?

A l’origine, la société Alsetex (Alsacienne d’études et d’exploitation) avait deux départements, la « Société alsacienne d’explosifs et d’applications chimiques » et la « Société de recherche et d’études d’exploitation » (Sorejex).

Alsaphot sera une autre diversification de la maison mère, au sortir de la seconde guerre mondiale, destinée à la fabrication d’appareils photo. En effet, l’époque était propice à la relance, le marché français était protégé et la demande forte. La société nouera des accords avec d’autres pays, notamment la Hollande où fut fabriqué le même modèle que celui que je vous propose mais sous le nom de Franerex-Hollande ou encore appelé « Dauphin made in Hollande ».

Certains seront franchement innovants, comme le Cyclope, un 6×9 rendu compact par un astucieux jeu de miroirs, le film étant tourné vers le photographe tandis que l’objectif est déporté à hauteur du viseur (1950), ou L’ Alsaflex un petit 24×24 reflex mono-objectif à obturateur à rideaux métalliques et objectifs interchangeables (1952). Chose étonnante, Olympus reprendra la licence de la miniaturisation du système de visée, obtenue par réflexion latérale, le miroir escamotable pivotant autour d’un axe vertical pour la création de son célèbre Pen F, en demi-format 18×24 (1963).

Enfin, le Bioflex, un reflex bi-objectifs en 6×6 très perfectionné, créé par Prelux et fabriqué en sous-traitance par Alsaphot (1954).

Mais les heures d’or de la société se sont écoulées dès la fin des années soixante, submergée par la vague des appareils japonais, innovant et, surtout, bien plus abordables.

-« Et le Dauphin dans tout ça ? »

Il s’inspire du vaguement du Brillant de Voigtländer. Il y aura un Dauphin I, II et III, qui diffèrent les uns des autres par de petites touches cosmétiques et quelques avancées techniques (le Dauphin III aura un obturateur offrant le 1/200s et un objectif Boyer Topaz f4,5)

Sorti en 1958, ce Dauphin II est un « pseudo-reflex » bi-objectifs.

Pourquoi « pseudo-reflex » ? Tout simplement parce que s’il possède deux objectifs, celui pour la visée n’est pas couplé à celui de la prise de vue comme sur les « vrais » reflex de type Rolleiflex (pour reprendre un des plus connus).

C’est finalement un appareil très basique même s’il reprend quelques trouvailles intéressantes, nous allons les découvrir.

Mais commençons par ce qui se voit de suite : le diaphragme ne propose que deux positions, nuageux (f8) ou soleil (f16); l’obturateur n’a que deux vitesses, le 1/25 et le 1/75s et une pose B (la troisième vitesse ?); l’objectif n’est qu’un ménisque Boyer de 8cm ouvrant à f11.

Le déclencheur est sur le pourtour de l’ensemble objectif/obturateur. Notez la prise pour un flash.

Le levier qui indique nuageux/soleil actionne un diaphragme à trous, tout simplement.

Sur ce modèle, la mise au point est fixe (précédemment, il y avait 2 zones, portrait ou paysage) et elle commence à environ 2m jusque l’infini (« et au delà » … celle-là, je rêvais de la placer !).

Outre cela, ce qui frappe, c’est son poids, et pour cause, il est tout en métal. Noir, granuleux, aux formes arrondies, pas désagréable à prendre en main.

Pas de compteur de vues mais une fenêtre en rouge, une molette d’entrainement sur la gauche, un pas de vis pour le fixer sur un trépied et le ressort qui assure la fermeture de chambre, en dessous.

Quant au viseur, un simple abattant qui s’ouvre vers l’avant, sans même des volets latéraux, au dessus d’un immense verre légèrement bombé afin de permettre la visée et le cadrage, heu … approximatif.

Là où ça devient intéressant, c’est quand vous voulez ouvrir cet engin et il faut y faire attention pour ne pas l’abîmer.

Un minimum de force est requis, car les pièces serrent entre elles, sans doute pour parfaire l’étanchéité à la lumière.

Bref, il faut soulever le ressort du verrou et non pas faire coulisser le dos vers les bas, comme on pourrait s’y attendre, mais le faire basculer vers soi, en tirant du bas vers le haut. En effet, les rainures sont faites de telle manière qu’elles s’emboitent en remontant le dos dans celle du haut puis en faisant pivoter le reste vers le bas.

Cette manière, peu habituelle, pour ouvrir/fermer l’appareil a une conséquence immédiate : regardez le bas du dos, près du ressort, il sera souvent tordu par des tournevis ou lame de canif pour essayer de l’ouvrir en le faisant coulisser vers le bas et non en le faisant pivoter. Le métal étant assez souple, on peut le redresser facilement aussi.

La chambre est on ne peut plus simple avec la bobine réceptrice en haut et le nouveau film en bas. Petite astuce, le ressort de maintient de la bobine du haut bascule vers l’extérieur pour plus de facilité au chargement, la molette en face ne bougeant pas de sa position.

La molette d’avancement semble équipée d’un système anti-retour (on ne peut pas la faire aller en sens inverse) mais elle n’est pas « crantée » pour vérifier l’avance du film, il faut se fier à la lecture des signes et chiffres à travers la fenêtre rouge et elle n’arme pas l’obturateur.

De fait, comme sur les bons vieux box, le déclencheur ouvre toujours l’obturateur, sans protection. Attention aux doubles expositions dès lors.

En résumé, un monolithe d’environ 650gr, tout noir et bien pauvre en fonctionnalités, pas vraiment manipulable (ouverture) et – c’est tout personnel – pas très « glamour ».

Il n’est pas très courant et fait partie de ces appareils qui semblent avoir été fabriqué « à la va vite » pour répondre/ou susciter un besoin d’appareil simple. Mais à l’époque, celui-ci était onéreux et il n’eut qu’un succès d’estime, d’autres marques proposant au pire aussi bien que lui pour moins cher, au mieux, bien plus pour le même prix.

Je ne regrette pas de l’avoir découvert mais je n’ai pas envie de l’utiliser. Pas comme les vieux box que je vous ai déjà présenté, par exemple.

Une idée de prix ? Selon l’état, ne dépensez pas plus de 15€ pour un très bel exemplaire.

Des exemples de photos prises par la FilleRenne ICI.

Publicité d’époque (merci Collection-appareils)

Central-Photo, 1958-59
France-Photo 1959-60

Des références : https://fr.wikipedia.org/wiki/Alsaphot, http://www.appaphot.be/fr/brands/alsaphot/, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-779-Alsaphot_Dauphin%20II.html,https://web.archive.org/web/20041012052317/http://www.leprogres.fr/fex-indo/appareils/alsaphot/alsaphot.html, http://camera-wiki.org/wiki/Fr/Dauphin, http://glangl1.free.fr/Photo2/Photo_A_458.html, https://lafillerenne.fr/blog/1403/

Argentique

Le Six-20 « Brownie » C made by Kodak

C’est une amie (merci Isabelle) qui m’a confié ce box.

Généralement, je ne m’y attarde pas car ils sont souvent en piteux état. Celui-ci par contre est dans sa gaine en cuir et il est encore très beau.

Alors, une fois n’est pas coutume, je vais vous présenter cette célèbre boite, qui a fait le bonheur de tant de photographes et qui a lancé la photographie de masse, inventée il est vrai par … Kodak.

Kodak est américain mais, très vite, ils ont délocalisés des usines et certains pays ont développé des produits estampillés Kodak mais qui n’ont jamais vu les Etats-Unis.

C’est le cas aussi des box, qui furent fabriqués en Angleterre, en Allemagne, en Australie et, bien évidemment, aux USA et au Canada.

Si vous voulez découvrir la multitude d’appareils que cela représente, je vous renvoie avec plaisir sur le site Browniecam.com qui est une mine de renseignements.

L’aventure anglaise de ce modèle commence en 1935 avec le Six-20 Brownie Junior super model pour se terminer en 1957 avec le Brownie Six-20 camera model F et une multitude d’appareil entre ces deux dates.

Mais pour bien comprendre la longévité de ces appareils, il faut revenir au début de l’histoire, qui débute en février 1900 aux Etats-Unis.

La volonté de Eastman Kodak était de proposer un appareil simple, peu couteux à produire et donc à vendre. Les premiers exemplaires, en carton, coutaient 1$.

Source : blog.scienceanmediamuseum.org

Des générations de photographes ont enregistré leur vie et celle de leurs proches avec cet appareil.

Il s’en est vendu des dizaine de millions, aussi sous d’autres marques, mais immanquablement, lorsqu’on parlait d’un box, on l’appelait Brownie (un peu comme on dit Bic pour un stylo bille).

Les enfants de ces pionniers, leurs petits-enfants, leurs arrière-petit-enfants, photographes anonymes ou célèbres ont tous eu un box Kodak Brownie en mains, car on leur offrait souvent cet appareil en cadeau.

La firme avait bien compris la chose et s’était fendue d’un slogan publicitaire imparable : Plantez le gland Brownie et le chêne Kodak poussera.

Bien sur, le boitier évoluera, se perfectionnera, mais il restera toujours abordable et vendu en quantité.

Dès le début (1898), le credo de Georges Eastman fut de concevoir un appareil aux coûts minimaux avec un rendement maximal, tout en étant capable de prendre des photos réussies. C’est Frank Brownell qui le conçut : le premier box était né.

Le but étant de vendre un maximum de film Kodak et de fidéliser à vie la clientèle.

Source : Science Museum Group collection, A Brownie at the seaside, c. 1905.

Ce premier appareil, sous la forme d’une petite boîte mesurant 12 cm de long sur 7 cm de haut et de large était fabriqué à partir de planches de jute, renforcées de bois, recouverte de similicuir noir.

L’objectif était un simple ménisque ouvrant à f14. L’obturateur, rotatif, donnait le 1/50s ou une pause longue (tant que vous gardiez le doigt sur le déclencheur).

Pas de viseur (sauf en option) et six négatifs de 5,7 x 5,7 sur un film appelé 117.

Mais d’où vient le nom de Brownie ?

En fait, c’est l’illustrateur canadiens pour enfants, Palmer Cox, qui, en dessinant les premiers emballages d’appareils destinés à la jeunesse, a donné l’idée du Brownie, un petit farfadet écossais.

Source : Science Museum Group collection, Packaging for the No 2 Brownie camera.

Une légende était née.

Car qu’est-ce qui a fait le succès de ces box ? Rappelez-vous, les premiers appareils photos étaient lourds, encombrants, demandaient des plaques de verres ou de métal et beaucoup de manipulations avec des produits chimiques dangereux.

Ici, vous aviez un appareil léger, préchargé d’un film capable de vous donner 100 photos (pour les premiers exemplaires de 1898), un film souple, inventé par Eastman, que l’on développait en renvoyant l’appareil à la firme (encore une fois pour les premiers box) ou vous déposiez le film terminé dans un laboratoire, voire même pour les plus aguerris, vous développiez à la maison le résultat de vos efforts.

Une révolution, un confort inouï pour l’époque, qui a donné envie à beaucoup de se lancer dans l’aventure photographique, d’autant que le constructeur avait bien pris soin de comprimer, en plus, les prix et les coûts.

Mais revenons à notre Six-20 « Brownie » C.

Il date de 1946, la seconde version de ce Brownie (la première s’étend de 1937 à 1941, la seconde de 1946 à 1953 puis, la troisième, de 1953 à 1957). On le reconnait à sa face noire et son « verrou » de fermeture, un ressort en forme de lyre pour fermer la boîte. Le déclencheur et le bouton d’armement sont chromés, autre signes distinctifs.

Il est fabriqué en tôle et accepte les films 620 de chez Kodak (le Six-20 de sa dénomination).

Source : Brownie-camera

Au niveau utilisation, rien de plus simple : deux viseurs en dépoli, sur le dessus ou le côté, permettent de voir à travers deux lentilles la scène à photographier. Ce n’est pas très précis mais c’est déjà pas si mal.

C’est un « point and shot » avant l’heure : ici, pas de réglage de distance. Vous serez bon de 2,5m – 3m à l’infini grâce à l’objectif à ménisque ouvrant à f11.

Pas non plus de réglage de vitesses : une seule, le 1/50s ou la pose longue si vous gardez le doigt sur le déclencheur.

Ah, et pas non plus de réglage de sensibilité. Ça, vous pouviez le garder, éventuellement, pour l’utilisation d’une cellule à main. Mais peu de gens se servait de cet accessoire, tout se faisait « au pif ».

Aussi déroutant que la forme le laisse supposer, on a bien l’appareil en mains : c’est un petit rectangle léger (L 11,5cm x l 7,5cm x H 10,5cm) avec donc un minimum de boutons. Juste une petite lanière en cuir sur le dessus, pour le porter facilement.

Si vous le tenez en hauteur, vous ferez une photo en mode « portrait » et si vous le tenez couché, vous serez en mode « paysage ».

Le film 620 est comme un 120 si ce n’est que la bobine est plus fine et plus étroite. Cette pellicule n’est plus produite de nos jours mais vous verrez dans une video ci-dessous comment transformer une 120 en 620 sans passer par les fastidieux et fumeux rembobinages d’une 120 sur une cartouche de 620, dans le noir absolu.

Un film vous donnera huit images en 6×9 cm, en théorie.

Bon, comment ça fonctionne ?

Vous ouvrez le dos en tirant sur le ressort en forme de lyre, au dessus de la boite.

A l’intérieur, une boite en métal qu’il faut sortir. Attention, ne pas oublier de tirer sur la molette de rembobinage pour pouvoir le faire. C’est sur cet assemblage que vous devrez poser, au dessus, la bobine de 120 modifiée. Vous tirez le film vers le bas, vers la bobine réceptrice. Vous glisserez dedans l’amorce du film, puis vous tournez au moins une fois pour bien amorcer le film.

A ce stade, vous remettez l’ensemble dans la chambre, refermez le bouton de rembobinage et commencez à le faire tourner jusqu’à ce qu’une ligne apparaisse sur le papier du film, au niveau de la barre métallique, en bas (vous verrez, dans la video ci-dessous, c’est bien expliqué).

C’est le moment de refermer le dos. Maintenant, c’est à travers la fenêtre inactinique que vous verrez défiler les signes et chiffres qui vous mènerons à la première vue.

Il n’y a pas d’arrêt, c’est vous qui stoppez le défilement quand vous êtes à la photo une (et suivante).

Sur le côté, sous le premier viseur dépoli, une languette que vous pouvez faire glisser du haut vers le bas : position haute, déclencheur à 1/50s, position basse, c’est la pose B (c’est vous qui choisissez la durée de l’ouverture).

Tout en bas, un gros bouton argenté en saillie : c’est le déclencheur.

« Clic, clac, c’est dans la boîte » … autre slogan célèbre de la marque !

Vous reprenez la molette chromée pour faire avancer le film jusqu’au prochain numéro de vue, en regardant toujours par la fenêtre inactinique – et je vous avoue que ce n’est pas toujours évident de bien voir ce qui se passe.

Avec un peu d’habitude, vous saurez le nombre de tours nécessaires au passage d’une vue à l’autre A défaut, vous ferez comme tout le monde, vous superposerez un bout d’image sur l’autre, ou vous décalerez vos vues. Donc, les huit vues prévues pour un film de 120, c’est quand vous aurez bien compris le truc !

Tout est intéressant mais pour ce qui nous concerne, allez directement à 6′ 44 » de la bande.

Autre chose à laquelle faire attention : il n’y a pas de sécurité sur le déclencheur. Inévitablement, vous ferez des surimpressions, volontaires, ou pas. Ça fait partie du charme de ces boitiers.

Quand vous serez au bout de la pellicule, pas de bouton de rembobinage : vous continuez à tourner la molette jusqu’à ce que le reste du film soit enroulé sur la tige réceptrice.

Quand vous ne voyez plus rien par la fenêtre rouge, vous pouvez ouvrir le dos, extraire le film, dont vous collez la languette qui dépasse, en serrant bien, pour garantir contre les fuites de lumières. L’idéal, c’est de le mettre dans une boite prévue à cet effet (un tube de 120 en métal ou plastique).

Viens maintenant la question ultime : ces appareils ont-ils encore un intérêt ?

Oui, tout compte fait, il en ont tous, surtout si vous êtes curieux.

L’avantage, c’est qu’il ne demande, in fine, pas de manipulations trop spéciales pour pouvoir s’en servir, juste modifier un peu le film de 120.

Le reste, c’est le plaisir de découvrir autre chose, des gestes oubliés, ceux de vos grands-parents ou même arrière-grands-parents, de ceux qui ont garnis les vieux albums familiaux que vous regardez encore avec nostalgie et/ou curiosité.

Bon, d’accord, on va vous regarder d’un drôle d’air dans la rue, mais ce sera l’occasion de créer du lien avec les curieux, et de faire de belles rencontres.

Allez donc voir ICI ce que ça donne, vous serez étonné !

Et au niveau prix, vous vous en sortirez souvent avec un billet de 10€. Regardez juste bien que l’appareil est complet, pas trop rouillé, avec des viseurs propres (même si c’est assez facile de les nettoyer), que le déclencheur déclenche encore (pas gommé) et lancez-vous dans l’aventure.

Autre remarque, la position du photographe : on ne porte pas le boitier à l’œil, mais on incline la tête vers lui (un peu comme avec les Rolleiflex et consorts). Dès lors, votre point de vue sera décalé, ce qui ajoute un plus à vos prises de vues, vous le verrez dans la video ci-dessous.

Petite video d’illustration

Et si aviez envie d’essayer, voici comment le charger et un petit truc utile

Si vous avez l’âme aventureuse, un autre truc amusant (bidouille assurée)

Publicités tardives mais d’époque (merci Collection-appareils)

Photo-Hall 1950
Odéon Photo 1953

Pour le mode d’emploi, c’est par LA.

Un peu de technique :

Fabricant : Kodak Ltd, Harrow en Angleterre
Texte sur le bracelet : Fabriqué par Kodak Ltd. Londres.
Dates : 1946 – 1957 avec deux modèles
Type de film : bobine de 620 pour une image de 6×9 cm, de nos jours sur bobine 120 modifiée
Objectif/Obturateur standard : ménisque de 100mm ouvrant à f/11, obturateur à lame unique et vitesse de 1/50s

De 1946 à 1953 : corps et façade noirs (émail uni et corps recouvert de faux cuir noir); le bouton d’avance du film et le déclencheur sont en métal chromé, ressort en forme de lyre à l’arrière.

De 1953 à 1957 : façade à rayures horizontales, bouton d’avance du film et déclencheur en plastique noir, verrou de fermeture à ressort triangulaire.

Des références : https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-561-Kodak_Six-20%20Brownie%20C.html, https://fr.wikipedia.org/wiki/Brownie_(appareil_photographique) en français; https://www.brownie-camera.com/71.shtml, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Kodak_Six-20_Brownie,_Models_C,_D,_E,_and_F, https://www.35mmc.com/10/06/2020/5-frames-with-a-kodak-six-20-brownie-c-by-dale-rogers/, https://www.browniecam.com/portfolio-items/091-brownie-six-20-camera-model-c/, http://camera-wiki.org/wiki/Kodak_Six-20_Brownie,_Models_C,_D,_E,_and_F, https://cameragocamera.com/2019/11/07/kodak-brownie-six-20-model-c/, https://cameragocamera.com/2019/11/07/kodak-brownie-six-20-model-c/, https://blog.scienceandmediamuseum.org.uk/a-z-photography-collection-b-is-for-brownie/, https://www.bbc.com/news/magazine-30530268 en anglais

Argentique

Le Voigtländer Bessa I

Allez, je vous l’avoue, c’est grâce à Fred, d’Histoire de Photos que j’ai repris goût à ce grand format (ça y est, je me trouve des excuses maintenant pour craquer sur un bel appareil !).

Oui, oui, j’ai vu les résultats de son utilisation du Franka Solida III L et ça m’a donné envie … en toute humilité car Fred est un pro de l’argentique et je pense encore un des seuls photographes à oser le proposer à ses clients, qui en redemandent, bluffés par les résultats. Allez voir sur son site, vous serez étonné de la magie de ses photos.

Alors, allons-y pour la présentation de ce Voigtländer Bessa I.

Dans la grande famille des firmes historiques, il y a (presque) deux camps : ceux qui venaient de l’optique, au sens large, et ceux qui fabriquaient du film.

Dans la première catégorie, nous pouvons citer Zeiss, Nikon, Voigtländer et dans la seconde, Gaumont, Agfa, Kodak, par exemple.

Voigtländer fait partie de la grande tradition des opticiens allemands. C’est en 1756 que Johan Christoph Voigtländer crée son entreprise d’instruments optiques à Vienne.

Puis, en 1840, premiers essais de construction d’appareils photos avec lentilles.

1849, fabrication du premier appareil photographique en métal, qui est une première mondiale, les autres fabricants étant toujours à l’âge du bois.

Le 10.000ème objectif estampillé Voigtländer sort des usines en 1868. Pour rappel, nous sommes vraiment encore aux balbutiements de la photographie.

Et la firme produit des appareils à plaques de verre, tantôt chers mais de grandes qualité, tantôt abordables, sans renier cette dernière.

Mais voilà, un certain Georges Eastman lance un film souple, en rouleau, sous sa marque, Kodak, et Voigtländer comprend aussitôt que l’avenir est là.

Ils développent alors un nouvel appareil, à soufflet (folding en anglais), qui utilisera le film Kodak, mais ils se font battre sur le fil par Agfa, qui sort en 1928 l’Agfa Billy.

Ce petit nom, américain, fait penser aux Allemands la sonorité de « billig« , qui veut dire bon marché dans la langue de Goethe.

Alors c’est décidé, leur nouvel appareil devra être abordable mais meilleur que la concurrence. Ils emprunteront au dialecte bavarois et berlinois le mot « Bessa« , qui signifie « le meilleur ».

C’est un mot facile, presque dans toutes les langues, plus rond et « confortable » que le cinglant (mais tout aussi efficace) Kodak, qui évoque le déclic sec de leurs appareils.

C’est fait, il est adopté et les premiers Bessa voient le jour en 1929 : ce sont des appareils à l’aspect robuste et pourtant tout en rondeur (pas d’angles vifs), qui utilisent les bobines de film 120 et donnent des images en 6x9cm.

L’appareil est un succès. Il sera décliné en plusieurs versions, selon l’objectif et l’obturateur qui l’équipent, faisant varier les prix du simple au quadruple selon les montes envisagées.

Mais avant de commencer l’histoire singulière du Bessa I, je continue l’histoire de la marque, en quelques mots.

Si le Bessa est la première « production de masse » de la marque, en 1939, ils sortent leur 2.000.000ème optique, qu’ils produisent aussi pour des tiers.

Après le temps des folding, vient celui des reflex. En 1959, ils sortent le Bessamatic, en même temps qu’un certain Nikon F.

1960, nouvelle première mondiale : Voigtländer commercialise le premier zoom pour appareil photo, le Zoomar.

A cette époque, la concurrence nippone fait rage, notamment avec la déferlante des reflex. Pour tenter de résister, en 1970, Voigtländer s’associe à Zeiss Ikon, le rival d’autrefois, mais sans trop de succès car en 1972, ils ferment leurs usines.

Fin de l’histoire ? Non, car en 1974, Rollei rachète la marque un temps, celui de la céder, en 1996 à la société allemande Plusfoto GmbH. Celle-ci est dorénavant propriétaire de la marque et elle confie à Cosina la réalisation de télémétriques haut de gamme, les fameux … Bessa !

La boucle est bouclée …

Venons-en donc à ce fameux pliant au format généreux : plié, il n’est guère épais, poins de 4cm, sur une longueur de 16cm et 9,5 cm de haut.

Mais il offre une image de 6×9 cm sur bobine de 120, soit 8 photos ou 12 en format 4,5×6.

Produit de la fin des années vingt jusqu’à celles des années cinquante, le Bessa fut décliné en plusieurs versions. Nous allons nous arrêter sur le Bessa I, produit entre 1951 et 1957.

Ce n’est pas un appareil télémétrique, même si on peut lui adjoindre un télémètre non couplé de la marque, que l’on monte sur la griffe porte-accessoires.

Le viseur de l’appareil en lui-même n’est ni très grand, ni très confortable, à peine un trou de serrure. Lui proposer le viseur télémétrique assurait un meilleur aperçu.

D’autant que Voigtländer a utilisé la même échelle sur le télémètre (de la marque) et sur l’objectif. Lorsque vous associez les deux, vous disposez alors d’un bon outil pour la mise au point.

Je m’explique : comme le télémètre n’est pas couplé, il vous donne une distance par rapport à votre sujet. Vous reportez ensuite celle-ci sur l’objectif. Si vous êtes entre deux traits, par exemple 2,7m, réglez le sur 3m et faites un demi-pas en arrière. Votre mise au point sera juste.

Il faudra attendre le Bessa II pour bénéficier d’un télémètre intégré.

Comme je l’écrivais plus haut, le Bessa a été proposé avec 4 objectifs différents : un Voigtar, un Vaskar, un Skopar et un Color Skopar.

Ceux-ci étaient secondés par trois obturateurs différents eux-aussi : un Prontor -S, un Compur et un Compur Rapid.

L’objectif de l’appareil que j’ai acheté (en fait, il y en a eux, vous le verrez sur les photos) est un Vaskar de 105mm ouvrant à f4,5, un triplet commun à l’époque. Si vous aimez les comparaisons osées, grâce au moyen format, vous obtenez l’équivalent de 115Mpx avec un bon scanner et un bon film. De quoi être impressionné !

Un négatif 6×9 représente environ 6,25 fois la surface d’un négatif de 35 mm. Cela nécessite donc beaucoup moins de grossissement du négatif pour une taille d’image donnée, qu’elle soit imprimée ou visualisée à l’écran.

Ici j’ouvre une petite parenthèse : on critique souvent la qualité de fabrication du Bessa. Elle est le résultat d’une production plus massive que les produits antérieurs mais ça ne veut pas dire « bâclée » pour autant. Simplement, cet appareil qui accuse ses soixante ans a dû passer entre bien des mains, pas toujours expertes, pas toujours délicates et, notamment au niveau des charnières d’ouverture/fermeture, il peut y avoir du jeu, qui va se répercuter sur la qualité des images (si vous n’êtes plus dans l’axe parfait du plan film). Alors, soit vous êtes doué en fine mécanique et vous remédiez au problème, soit vous choisissez un modèle en très bon état. Parce que, cela étant dit, la qualité des optiques, même de base comme le Vaskar, est étonnamment bonne.

Si vous regardez bien, notez le reflet bleuté de la lentille, qui a reçu un léger traitement, rare pour l’époque.

Si vous voulez faire du gros plan avec cet appareil, sachez que vous ne pourrez pas descendre en dessous d’1,4m pour la mise au point.

Le fameux bokeh est, parait-il, très agréable, in fine. Les lames de l’obturateur sont légèrement arrondies et donnent une belle ouverture.

Comme je vous l’écrivais, le Vaskar est l’optique la moins chère des trois proposées (c’est dès lors celle que l’on trouvera le plus couramment). Lorsque vous êtes au format 6×9, la distance focale équivaut à un 50mm en 24×36. Si vous êtes en 6×4,5, c’est comme si vous aviez un petit télé à portrait sous la main.

Regardez les lames de l’obturateur.

C’est un ensemble cohérent au vu de la taille du film.

Tiens, au fait, il a existé des inserts, permettant de passer du 6×9 au 6×4,5, ce qui permettait de doubler le nombre de photo sur la bobine de 120. Malheureusement, ces inserts ont une fâcheuse tendance à se faire la malle et je ne les ai pas.

Le dos est d’ailleurs munis, comme ici en dessous, de deux fenêtres, selon le gabarit que vous aurez choisi (parce que les marques sur le film ne sont pas aux mêmes endroits).

Pour vous donner une idée, voici celles du Zeiss Ikon Super Ikonta 531/2 que je vous présentais il y a quelques temps.

Puisque nous en somme à l’obturateur, celui de ces appareils est un Prontor-S. Il offre des vitesses de 1s à 1/250s plus une pose B. Fait remarquable pour l’époque, il propose un retardateur (le bouton rouge sur le côté droit) de plus ou moins 10s.

Ces appareils sont équipés d’un déclencheur, sur le dessus, mais qui n’opérera pas si vous n’avez pas d’abord armé l’obturateur, avec le petit levier sur le côté.

Allez savoir pourquoi, ces appareils sont aussi équipés d’un système qui évite les doubles expositions : si vous n’avez pas fait avancer le film, impossible de déclencher une seconde fois (quand vous faites tourner la bobine, il y a un petit « clic » caractéristique qui annonce que la sécurité est levée).

Mais pour ce qui est des réglages, tout se trouve sur l’avant du soufflet en somme.

Vous réglerez la vitesse en faisant tourner la molette crantée sur le tour de l’obturateur, en mettant le trait en face de la vitesse sélectionnée.

Alors que la distance se règle en faisant tourner la lentille.

Par contre, l’ouverture se modifie avec une réglette dont les chiffres sont derrière ceux des vitesses.

Notez, en dessous, le petit fut qui dépasse : c’est la prise pour le flash, synchronisé à toutes les vitesses.

Bon, si tout ça est d’époque, malheureusement, pour faire fonctionner le dit flash, il faudrait retrouver une pile de 22,5v !

Sauf si quelqu’un peut m’expliquer comme modifier l’engin pour y mettre une pile de 1,5v capable de donner en sortie 300v (condensateur moderne).

Allez, je résume les commandes :

Devant, la lentille qui tourne pour la distance ( de1,4m à l’infini), ensuite la couronne crantée pour les vitesses : le trait rouge doit être mis en regard de la vitesse choisie; entre la couronne crantée et la plaquette noire avec les chiffres, le levier d’armement de l’obturateur; derrière, les chiffres des ouvertures, de f4,5 à f22; par dessous, le branchement du flash.
Le bouton rouge indique la réglette pour armer le minuteur.

Un mot sur le viseur, dont je vous ai déjà écris qu’il était assez étroit et finalement petit pour la taille de l’appareil.

Il n’y a pas d’indications à l’intérieur. Par contre, une petite roue crantée, juste à côté, vous permet de sélectionner la taille du cadre, qui se voit dans le viseur. Et, cerise sur le viseur, le cadrage tient compte de l’erreur de parallaxe pour la mise au point rapprochée. Pour cela, il faut sélectionner le cadre avec la mention 6×9 1m ou 4×6 1m. Bien pratique et astucieux, non ?

Autre petit truc bien pensé, un indicateur de verrouillage de l’obturateur : à côté du déclencheur, il y a une fenêtre avec soit une flèche vers la gauche, soit vers l’avant.

Si elle indique la gauche, c’est que vous n’avez pas tourné la molette d’avancement du film qui arme le déclencheur; si elle pointe vers l’avant, c’est que vous êtes prêt à photographier. En n’oubliant pas que vous devez encore armer l’obturateur. En fait, cette manœuvre vous permet d’être « en attente » puisqu’il ne vous reste qu’à armer l’obturateur pour pouvoir déclencher.

Hihihi … et je me rends compte que je vous explique tout ça sans vous avoir dit comme y accéder à ce soufflet !

Sur le capot, à l’opposé du déclencheur, près de la molette pour faire avancer le film, il y a un petit bouton. C’est lui que vous devez enfoncer pour ouvrir la porte, qui se déplie vigoureusement. Vous devez juste l’accompagner pour bloquer correctement le verrouillage des entretoises.

Pour refermer, il suffit de suivre la petite flèche rouge, sur les genouillères de l’entretoise et l’ensemble se replie facilement.

La languette métallique, sur le devant de la porte, ne sert qu’à stabiliser l’ensemble en position portrait (c’est un point d’appui).

Pour mettre un film dedans, il faut ouvrir la partie arrière en appuyant simultanément sur les deux bords du verrou et le tirer vers soi doucement avec l’aide de la dragonne qui est fixée par dessus l’ensemble du verrou.

L’intérieur dévoile ici le soufflet refermé avec le cadre du 6×9. Admirez le presse-film largement dimensionné, et la recommandation pour les films … Agfa, avec la dénomination ancienne B8, qui désignait les rollfims en 120.

Les deux Bessa I sont un peu différents, sans doute dû à leur année de production : le premier (en haut) possède encore les demi-coquilles qui maintiennent le film fermement, tandis que la seconde version se contente de ressorts à clip costauds.

Sur le dos de l’appareil, vous verrez deux fenêtres rouges inactiniques, qui servent en fait de compteur de vue puisque les chiffres défilent à travers. Ces deux fenêtres peuvent être occultées en actionnant le petit verrou rond entre les deux.

Vous aurez remarqué que le boitier ne porte pas d’anneaux pour y fixer une courroie de portage. De fait, comme souvent à cette époque, c’est le sac tout prêt qui la porte, en cuir.

La partie avant ne se détache pas : elle va donc bailler devant, à moins de demander à son cordonnier préféré de faire une petite modification (comme pour le Zorki 4K).

Par dessous, un filetage pour y fixer un trépied.

Voilà, voilà, je pense en avoir terminé avec la présentation « technique », venons-en au côté « subjectif » : quelles sensations ce Bessa I va-t-il nous apporter ?

C’est un appareil imposant et pourtant bien moins encombrant qu’un reflex, voir même qu’un appareil bi-objectifs type Voigtländer Brillant ou Rolleicord.

Ok, l’objectif est fixe mais assez polyvalent, en tout cas pour l’époque (pour mémoire, les reflex étaient encore rares à cette époque même s’ils allaient tout emporter dans les années suivantes, folding et télémètres compris).

Il fait son poids (770gr) mais n’est pas désagréable à porter. N’espérez pas le mettre dans une poche, ou alors elle sera vraiment très grande. Alors, soit vous le gardez dans son « sac tout prêt », soit vous le glissez dans un petit sac moderne.

Ce que je regrette parfois, c’est la porte qui s’ouvre vers la droite. Il faut un peu d’habitude pour le prendre en main, mais ça vient facilement. Et si vous le positionnez en position verticale, c’est très intuitif.

Sinon, pour le reste, il est aisé à manipuler, les commendes étant simples à comprendre et à mettre en œuvre.

Si cet appareil fut produit aussi longtemps (et à près de 80.000 exemplaires), c’est qu’il répondait aux attentes de la clientèle de l’époque, bien plus exigeante que de nos jours.

Il faut se rendre à l’évidence, photographier avec ce genre d’appareil, et ce format, c’est une démarche : celle du temps que l’on accepte de se donner pour faire de bonnes images, sans courir.

Mais les résultats sont à la hauteur, même si vous n’avez pas celui équipé d’un Color-Skopar 105mm f3,5 et d’un Prontor- SVS (le plus cher de la bande).

Si vous voulez voir le résultat de quelques pérégrinations photographiques, c’est par ICI. Et vous découvrirez que cet appareil, pourtant prédestiné à la photographie N/B ne s’en tire pas mal du tout en couleurs.

Vous avez envie de vous laisser tenter ?

Au niveau prix, celui que je vous soumets (avec sa gaine) devrait se négocier autour des 90€, l’autre, qui a un peu plus de traces (qui n’affectent en rien son fonctionnement), environ 60€.

Évidemment, si vous cherchez le nec plus ultra de la série (voir ci-dessus), votre portefeuille risque de chauffer plus et vous serez plus proche des 200€.

Le plus difficile étant de se procurer, à prix raisonnable, les compléments usuels, comme le télémètre, un flash d’époque fonctionnel, les filtres (diamètre de 37mm à clipser), un pare-soleil, par exemple.

Si vous voulez faire évoluer votre pratique photographique en testant le 120 (moyen format), c’est un très bel appareil, accessible (et bien moins onéreux que d’autres moyens formats connus).

Attention toutefois, l’essayer, c’est l’adopter !

Video d’illustration :

Un peu de technique :

Objectif Vaskar 105mm f/4.5
Format d’enregistrement 6×9 ou 6×4.5 format moyen, commutable
Masque 645 en option dans le compartiment film
Vitesses d’obturation 1 s à 1/250 s et pose B, graduation allemande
Ouverture f4,5 à f22 en continu
Règles pour le transport de films
Fenêtre de visualisation du numéro d’image dans dos du boitier (peut être recouverte)
Caméra pliante à soufflet
Déclencheur sur le capot ne sert que si l’obturateur est armé
Verrouillage contre la double exposition

Combinaisons normales obturateur/objectif :
Vaskar 105mm f4.5 (revêtu) dans un obturateur à lames Pronto, Prontor-S ou Prontor-SV
Color-Skopar 105mm f3.5 (enduit) dans un obturateur à lames Prontor-S, Prontor-SV ou Prontor-SVS
Taille du filtre : poussoir 37 mm
Viseur : viseur optique à vision directe avec quatre masques différents, deux formats (6×9 et 4,5×6) et deux corrections de parallaxe (1 mètre, gros plan) distinctes pour chaque format
Dimensions (plié) : 168x98x48mm
Poids : 770 grammes

Des références : http://camera-wiki.org/wiki/Bessa_(folders), https://schneidan.com/2015/02/09/voigtlander-bessa-folding-6×9-camera-review/, https://kevinthephotographer.wordpress.com/2012/08/14/equipment-voigtlander-bessa-1-1950s/, https://photothinking.com/2021-01-30-voigtlander-bessa-i-folding-it-big/, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Bessa_(folders), http://photographic.co.nz/cameraworks/cameras/bessa1/, http://camera-wiki.org/wiki/Prontor, http://camera-wiki.org/wiki/Leaf_shutter en anglais; https://www.galerie-photo.com/histoire-bessa-voigtlander.html (une mine de renseignements), https://fr.wikipedia.org/wiki/Voigtl%C3%A4nder en français; http://www.schoebels-voigtlaender-archiv.de/BildBessa.html, https://lichtgriff.de/voigtlaender-bessa-i-mittelformat-messsucher/, en allemand

Argentique

Le Franka Solida III E

Souvent, c’est en ne cherchant pas que l’on trouve un modèle précis, de ceux que je note, en passant, lorsque je prépare mes articles et que je me dis « tiens, celui-là, si j’en trouve un …. »

Et j’en ai trouvé un, un Franka Solida, dans une brocante, au soleil, dans une caisse, pour une fois pas trop fouillis.

Petite négociation et il va rejoindre quelques autres pièces dans le sac à dos ce dimanche.

Très franchement, j’en vois souvent des Solida, mais comme les Agfa Isoly, ils ne m’attirent pas . Mais j’avais lu quelque part que celui-ci était intéressant car il possédait un petit plus, que vous allez découvrir.

Pourquoi ne m’attirent-ils pas ? La fabrication est légère, les objectifs pas vraiment top et je ne parle pas des obturateurs, très souvent limités. Il y a quelques marques comme ça. Et pourtant , elles ont fait la joie de milliers d’album photo, dans les années cinquante – soixante.

Commençons par la marque, Franka – Kamerawerk, qui fut fondée en 1909 à Bayreuth (Allemagne, en Bavière, surtout connue pour son opéra des Margraves, qui inspira tant Richard Wagner).

De fait le premier nom était Vysko-Fabrik Franz Vyskocil, St. Georgen und Bayreuth car créée par … Franz Vyskocil et son épouse.

Les fondateurs possédaient une petite usine et un magasin d’appareils photo et de fournitures à Stuttgart. Ayant déménagé à Bayreuth, ils y recommencent leur business et ont profité de ce changement pour fabriquer des appareils photo pliants (appelés aussi folding).

En 1910, leur associé et investisseur, Weigand de Berneck, entre dans la capital et ils renomment l’entreprise Weigand & Vyskocil.

En 1912, re-changement de nom, elle devient Frankonia-Kamerawerk. Puis, en 1913, le dénommé Weigand devient l’unique propriétaire et s’associe à A.W. Schulze, de Dresde.

Elle prend son nom définitif, Franka-Kamerawerk, en 1914.

Jusque dans les années soixante, elle fabrique essentiellement des appareils photo peu chers, accessibles au plus grand nombre. Ils ne sont pas mauvais mais sortent difficilement du lot des appareils de ce type. Ils étaient surtout destiné à l’exportation sous des noms différents, avec pour seul repère les objectifs qui portaient la marque Frankar.

Comme la plupart de ces appareils photo ont été fabriqués pour l’exportation, une légende est gravée sur le similicuir de l’appareil photo indiquant ‘Made in Germany – US Zone’.

Après la seconde guerre mondiale, elle eut quelques succès avec des 6×6 Solida (qui furent produit quand même jusqu’en 1965 !) puis elle se tourna vers une production axée sur le 24×36.

Ensuite, en 1962, l’entreprise est rachetée par Henry Wirgin, autre spécialiste allemand des appareils photo de grande distribution (les Adox et Edixa) et fabriquant de caméras.

Las, en 1967, elle cesse de fabriquer des appareils photo et disparait du paysage.

Voilà, voilà …

Revenons un instant sur le Franka Solida, leur succès.

Le premier est sorti en 1936. C’était un 6×6 pliant, avec soufflet, bien qu’il y eut aussi quelques Solida en 4,5×6.

Sans trop de surprises, les différentes versions seront appelées Solida I, Solida II, Solida III, Solida Junior et Solida Record.

A la différence de ces petits camarades, le Solida III est un pliant vertical alors que les autres étaient horizontaux.

Dans la gamme des Solida, retenons qu’il y en aura avec télémètre découplé et posemètre aussi découplé (les II E, II L, III L) ainsi qu’une version spéciale avec deux posemètres, la III EL.

Ces appareils seront produit jusqu’en 1962.

C’est assez étonnant car à cette époque les télémétriques avaient la cote, plus compacts et plus sophistiqués mais aussi plus … chers. Le grand argument des Solida étant leur prix !

Le grand concurrent de l’époque était le Balda, lui aussi équipé d’objectifs bon marché à 3 éléments de style Enna Ennagon ou Schneider Radionar, moins prestigieux que les Voigtländer ou Zeiss Ikon contemporains. Les obturateurs étaient des Gauthier voire du Synchro-Compur pour le haut de gamme.

Dites-vous bien cependant que même un objectif de moindre qualité, pour peu que vous l’ouvriez à la bonne ouverture (le bon fxx), donne toujours un bon résultat sur un film en 120, bien plus défini qu’un 24×36.

Et puis, ces appareils pliants ont quelque chose d’intriguant, voire d’amusant : on a envie de les tester car au prix auquel on les trouve, ça donne l’occasion de faire du 6×6 pas cher ! Et ils ne sont pas encombrants une fois pliés.

A quoi ressemble l’engin ?

Avec sa taille contenue, son déclencheur bien placé, son viseur assez agréable, vous avez la sensation de travailler avec un 24×36 alors que vous allez utiliser un rouleau de 120.

Il ressemble un peu au Kodak Retina IIIc que je vous présentais il y a peu. Allez j’ose, il n’est pas très loin du Voigtländer Perkeo ou du Zeiss Ikonta B 521/16, en terme d’encombrement s’entend et de présentation physique.

Allez, nous allons voir comment il fonctionne.

Pour ouvrir la face avant, ne tirez pas sur la barrette métallique du couvercle. Il faut d’abord appuyer sur le petit bouton en dessous, sur la semelle. C’est lui qui déverrouille l’ensemble.

Et pour refermer, il suffit d’appuyer sur les deux jambes, au centre, et l’ensemble objectif/obturateur rentre tout seul dans l’appareil.

Une fois le soufflet sorti, vous avez devant vous un superbe gros objectif Schneider-Kreuznach Radionar de 80mm ouvrant à un étonnant f2,9.

Cet objectif est monté sur un obturateur Synchro-Compur qui va de 1s au 1/500s plus pause B, mais il a existé aussi avec un Prontor SVS limité au 1/300s.

Si cet ensemble était perçu comme de l’entrée de gamme chez ceux cités plus haut, ici nous sommes dans le haut de gamme de la marque, cette version au 1/500s en tout cas.

Ce Radionar est un triplet, c.-à-d. en 3 éléments. Comme je l’écrivais, il propose un étonnant f2,9 (et jusque f22). C’est donc un objectif dit « rapide », en tout cas pour l’époque. Les auteurs consultés indiquent qu’il est au meilleur de sa forme à f8 ou f16.

On peut monter des filtres de 42,5mm. Le numéro de série de l’objectif permet de dater assez précisément l’appareil (enfin si on trouve où sont les tables !).

La mise au point se fait sur le devant de l’objectif, sur lequel vous reportez l’indication que vous donne le …. télémètre non couplé !

En fait, lorsque vous regardez dans le viseur, vous voyez un patch en forme de losange jaune. Vous devez faire correspondre l’image en actionnant la molette sur le dessus de l’appareil. Lorsque votre losange est net, vous reportez l’indication apparue dans la fenêtre du télémètre sur le devant de l’objectif.

Comme le viseur est assez déporté vers la gauche, par rapport à la molette de réglage, vous pouvez actionner celle-ci même en ayant l’œil collé au viseur, pratique !

D’accord, c’est moins facile qu’avec un télémètre couplé, comme sur le Kodak Retina IIIc mais c’est quand même plus précis que de travailler « au pif » pour la distance.

Pour prendre une photo, il et impératif de d’abord armer le déclencheur sur l’obturateur. Vous le libérerez en appuyant sur le déclencheur situé sur le capot.

Il y a aussi un petit bouton qui permet d’armer le retardateur (environ 12 secondes). Il faut armer jusqu’au bout puis pousser le bouton vers l’avant, qui « verrouille » le tout jusqu’à ce que vous déclenchiez.

Vous aurez remarqué la griffe porte flash, ou porte accessoire. Celle-ci n’est pas synchronisée. Il y a une prise PC sur le fut de l’obturateur, avec deux position X ou M. Position que l’on sélectionne avec un petit levier vert.

Manifestement, la hantise de l’époque, c’était les doubles expositions : ici aussi, il y a un mécanisme qui empêche celle-ci de se produire. Lorsque vous avez déclenché, même si vous armez l’obturateur, il est impossible de déclencher une seconde fois par inadvertance, sauf si vous avez fait tourner la bobine du film. Vous entendrez d’ailleurs un discret « clic » lorsque vous tournez celle-ci. Ce « clic » intervient au trois quart d’un tour complet. Ce qui n’est pas assez pour passer à l’image suivante « complète » et trop pour faire une surexposition de son image précédente.

Puisque je cite le film qui avance dans la chambre au fil de vos prises de vue, le compteur de celles-ci est rudimentaire : c’est par la fenêtre en rouge inactinique, au dos de l’appareil, que vous verrez les chiffres passer. Ah, et un conseil, refermez toujours bien le petit volet qui protège cette fenêtre, avec la tirette située en dessous.

Visiblement, l’autre gros soucis de l’époque, c’était le chargement du film. Ici, pour vous simplifier la chose, les deux bobines (celle contenant le film et celle qui le recevra) sont enveloppés dans un « box » rond monté sur charnière. De plus, la plaque de pression, plus grande que la taille du film, assure sa planéité tout au long des prises de vue.

Vous avez peut-être pu noter aussi que la bobine qui sert à enrouler le film porte un aide-mémoire pour la sensibilité du film. Celle-ci est exprimée en Asa/Din et s’échelonne de 25 à 200 Asa (14 à 23 Din). Vous actionnez le petit plateau avec les deux minuscules bouton rivés dessus.

Avez-vous remarqué le petit trou, derrière le déclencheur ? Il vous indique si l’appareil est armé et prêt à prendre une photo (un petit rond rouge apparait alors). Pratique si vous avez armé l’appareil celui-ci étant fermé. Vous savez que vous devrez armer le déclencheur pour prendre la photo.

Pour ouvrir le dos de l’appareil, il suffit de faire glisser le bouton du verrou dans le sens indiqué par la flèche.

Les vitesses se règlent avec la couronne autour de l’objectif et l’ouverture avec la tirette qui court sur le côté.

Ce Franka Solida IIIl daterait de 1957 et je dois avouer qu’il est en très bon état et fonctionnel. J’ai même la chance d’avoir la sangle de portage qui oblige à le tenir verticalement.

Ce qui, tout compte fait est logique puisque l’appareil s’ouvre verticalement.

Mais c’est aussi là un paradoxe me semble-t-il car le viseur étant où il est, il est plus naturel de le tenir horizontalement. Dès lors, lorsque vous ouvrez la porte, celle-ci vient se placer à votre droite, ce qui complique un peu la tenue en main. C’est une question d’habitude finalement.

Source : Butkus. Vous remarquez que ce Solida III L est équipé d’un Prontor SVS dont la vitesse maximale est le 1/250s. Celui que je vous présente possède un Synchro-Compur qui va jusqu’au 1/500s

Alors, que penser de cet appareil ?

Moins somptueux qu’un Voigtländer ou un Zeiss Ikon, il est aussi plus abordable. Son optique et son obturateur étaient considérés comme des entrées de gamme chez les deux précités, ce qui n’était déjà pas si mal.

Donc, si vous avez la chance d’en trouver un en bon état, ne le boudez pas, il en vaut la peine et vous donnera pleinement satisfaction.

Un moyen élégant et original d’entrer dans le monde du 6×6 à prix doux.

Le graal serait de trouver un Solida III EL, c-à-d avec télémètre et une cellule, non couplés. Mais ceux-là sont rares.

Si vous voulez une idée de prix, pour un exemplaire en très bon état, comptez dans les 75€.

Pour avoir une idée des photos réalisées avec cet appareil, c’est par ICI.

Pour le mode d’emploi, un petit tour par LA.

Petites videos explicatives :

Des références : https://mattsclassiccameras.com/folding-cameras/franka-solida-iii/, https://retro-pixel.com/the-franka-solida-iii-a-medium-format-folding-camera/, https://oldcamera.blog/2011/12/09/franka-solida-iii-camera/, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Franka_Solida, http://www.jnoir.eu/en/cameras/franka/solida/, https://blog.bkspicture.com/review_Franka_Solida_III.html, https://collectiblend.com/Cameras/Franka-Werke/ en anglais; http://www.kameramuseum.net/0-fotokameras/franka/solida/franka-solida-3.html, https://bleckedermoor.de/fotomuseum/frankasolida3.htm (si vous voulez le démonter), en allemand; https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-5635-Franka_Solida.html, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-5636-Franka_Solida%20III%20E.html, https://www.philcameras.be/franka/ en français

Argentique

Le Ultra FEX

Honnêtement, cela faisait un moment que je voyais ces appareils et à chaque fois que j’en trouvais un, je le prenais en main, le tournais dans tous les sens pour ensuite le reposer sans même demander le prix.

Alors pourquoi ai-je pris celui-ci ? Parce qu’il était propre, avec son « sac tout prêt », pas rouillé, pas fissuré, que l’objectif coulissait normalement, … en gros, il semblait en excellent état.

Et parce que je voulais, une fois pour toute, satisfaire ma curiosité.

J’ai déjà craqué pour des appareils en bakélite, comme les Eura de Ferrania, l’Agfa Clack ou le Lubitel 2 par exemple.

Pour ces trois là, pas de soucis, ils utilisent du film en 120. Par contre, pour celui-ci, ce sera du 620. Autant vous dire d’emblée que je ne vais pas me lancer dans la transformation d’une bobine de 120 en 620, j’ai pourtant déjà expliqué comment faire avec la présentation du Kodak Dualflex. D’autant que vous devriez utiliser les anciennes bobines de 620 pour certains boitiers, celles en métal avec un trou central qui traverse la bobine de haut en bas. Celles en plastique modernes ne fonctionnent dès lors pas sur tous les modèles.

Vous trouverez sur Lomography des exemples de photos prises avec cet appareil, comme ICI.

Mon propos est plutôt de vous présenter cette drôle de machine, qui a fait le bonheur de millier de photographes peu fortunés et garni de très nombreux livres photo de famille, en France surtout.

Celui que j’ai acheté une bouchée de pain sur une brocante est accompagné de son sac tout prêt, coutumier de l’époque. Ils sont tous deux en bon état et j’ai juste dû leur donner un petit coup de chiffon pour les débarrasser de la poussière accumulée.

Mais commençons par le début.

FEX pour France Export, qui a produit cet appareil de 1947 à 1962. Mais c’est un ingénieur d’origine allemande, Fritz, puis Friedrich et enfin Frédéric Kaftanski, né le 18 novembre 1899 à Essen dans la Rhur qui a utilisé le mot FEX, la marque créé par son père, Julius.

Ce sont les Ets Kafta, à Paris, qui vendirent les premiers FEX en France, en 1945.

Et tant qu’à faire un peu d’histoire et le tour de l’Europe, rappelons que c’est Léo Baekeland, chimiste belge né à Gand en 1863, qui a inventé en 1906 la bakélite, ce « plastique » qui a permis les formes les plus folles et les plus « aérodynamiques » de l’époque, jusqu’à ce que les plastiques prennent le relais, dans les années soixante, détrônant cette matière qu’il était difficile de colorer et qui se brisait rapidement lors d’un choc.

Fritz Kaftanski, devant fuir la montée du nazisme, est passé par Prague, la Slovaquie de l’époque (1942), et a délocalisé certaines productions en Italie, en Slovaquie et en France

Mais revenons au mot FEX, le France Exportation. Il fut le fruit d’une association avec un chimiste français dans les années quarante, Monsieur Lucien Bouchetal De La Roche. Celui-ci va aider Fritz Kaftanski à vendre ses premiers appareils en France, qui seront produits par les Ets FEX à Lyon. Il s’agit d’un appareil en bois- le Compa FEX, très rare – les moules des autres créations de notre inventeur de génie étant resté à Prague ou dans l’entreprise français M.I.O.M. Cet appareil était équipé d’un objectif Angénieux, le nec plus ultra français de l’époque.

Officiellement, c’est en 1943 qu’apparait l’Entreprise FEX (France Export) dont le domaine d’activité sera de diffuser des produits d’entretien, le domaine de Messieurs De Marencour et Bouchetal De La Roche

Ce n’est qu’en 1944 que les premiers modèles en bakélite noire sortent d’usine.

-« Ca va, vous suivez toujours ? »

Pour faire court, sachez que Kaftanski a créé la société Kafta en 1946, avec l’aide de Bouchetal etc. qui sera une succursale de FEX pour la vente des appareils SUPERFEX, la visionneuse SCOPARETTE, les posemètres TEMPOR et IRIS ainsi qu’à partir de 1947, une caméra qui projette, la PROJECTA CAMERA (des inventions de notre ingénieur prolixe).

En fait, les deux sociétés étaient tellement unies que plus personnes ne savaient qui faisaient quoi, alors que c’est très simple : les Ets KAFTA fabriquent et vendent les SCOPARETTE et distribuent les SUPERFEX, et les Ets FEX fabriquent et vendent les SUPERFEX et distribuent les SCOPARETTE.

-« Si, si, là je vous sent perdus … »

Allez, j’abrège : l’ULTRAFEX est en fait un SUPERFEX muni d’un objectif rectangulaire rétractable.

Le premier modèle, sorti donc en 1947 (oui, oui, je l’ai déjà noté plus haut, faut suivre un peu !) avait un énooorme défaut : il n’avait pas de guidage de bobine débitrice, et avec un format 6X9 – bobine de 120, il arrivait souvent que celle-ci se coince et à terme, le film se déchirait.

Source : Collection argentique, vous pouvez noter qu’il n’y a pas d’axe de bobine à droite (face à l’appareil) mais la forme du boitier est bien là, qui n’évoluera quasi pas entre 1947 et 1962

Cette anomalie fut corrigée dès 1948 par le rajout d’un axe de bobine. C’est le deuxième modèle.

Source : Collection argentique, ici vous voyez non seulement la bobine réceptrice mais aussi la protection contre la double exposition (?) qui consiste en un verrou en métal qui se glisse sous le déclencheur.

Viendront ensuite toutes une série de modifications minimes, qui permettent aux collectionneurs de se régaler (les vis du bloc sont-elles fendues verticalement ou horizontalement ?) mais qui ne changeront pas grand chose au fonctionnement de l’appareil. En tout, il y eut huit modèles et on compte trente-quatre versions différentes.

Ah, un dernier mot sur l’histoire de la marque : c’est une question de brevet, le N° 940.421 délivré le 14 mars 1949 à Bouchetal De La Roche qui sera l’initiateur de la scission des deux sociétés. Celui du fameux tube rectangulaire déposé aussi par l’ami Fritz mais qui ne sera enregistré lui qu’en 1951(les hasards de l’après-guerre).

Cette énième péripétie aura pour conséquence que les appareils ULTRA FEX verront leur sérigraphie évoluer (les collectionneurs en gloussent encore) au fil des disputes.

Voilà, voilà ….

Et l’appareil que je vous présente dans tout ça, que propose -t’il concrètement ?

  • Un objectif Touret – Narrat, à ménisque, fabriqué par des transfuges de chez Angénieux qui …. (bon, les plus curieux iront lire la suite LA)
  • un obturateur non synchronisé à deux vitesses plus pause B
  • un diaphragme à deux positions – Intense et Normal
  • un guidage de la bobine
  • un étonnant reflet bleu dans la lentille, résultat d’une couronne bleu foncé placée dans l’objectif mais qui n’a d’autre utilité que de faire croire que la lentille est traitée
  • un cache métallique pivotant qui protège la fenêtre rouge au dos du boitier, fenêtre qui sert aussi de compteur de vue
  • un crochet en plastique qui bloque le déclencheur pour éviter les erreurs

Tenant compte de ces caractéristiques, il semble que ce soit un modèle de 1950.

Parce que celui-ci n’a pas l’emplacement pour le mot France ou Himalaya réservé sur la face avant, qu’il a bien le cadre du viseur chromé, la face avant est visée avec des vis sans fentes, il a un écrou pour le fixer sur un trépied (le pas est dit « du Congrès » soit 3/8″, qui nécessite un adaptateur pour les fixations modernes en 1/4″), il n’a pas de synchro pour le flash, mais le crochet de verrou du déclencheur est en plastique et pas en métal et il possède un cache métallique pour la fenêtre rouge à l’arrière.

Bref, il ressemble à un joyeux assemblage de pièces diverses et communes à d’autres modèles, sans doute un modèle de transition ou, comme ça arrivait souvent, un assemblage dû à des pièces manquantes et qu’on allait piocher dans les stocks.

Techniquement, il est équipé d’un objectif « Optic Spécial Fexar »équivalent à un 85mm (ouvrant à f11) grâce au tube allonge qui le met à la bonne distance de la pellicule. Il faut bien déployer le tube jusqu’à l’apparition d’une flèche rouge pour que la position soit correcte.

La mise au point se fait à partir de 2m jusque l’infini.

Il n’a que deux vitesses, le 1/25s et le 1/100s, plus une pause B, que vous réglez avec le bouton au côté droit de l’objectif (quand on le regarde de face).

Le diaphragme a aussi deux positions : normale ou intense. Normale quand il fait gris, sans trop de soleil; intense lorsque ce dernier brille, qu’il y a de la neige, du sable, en gros beaucoup de lumière. Dans ce cas, un écran avec un trou plus petit vient se placer devant l’obturateur. Ces ouvertures doivent correspondre à f16 et f22.

Parlons-en de l’obturateur, un simple volet relié à un ressort, que l’on voit lorsque la chambre est ouverte. Aussi simpliste que sur le Diana, par exemple.

Le déclencheur n’est pas synchronisé à l’avancement du film et est donc toujours prêt à être enfoncé. Bonjour les doubles expositions chez les distraits qui n’auront pas avancé leur pellicule et appuyé par inadvertance sur ce maudit bouton. Car il existe bien une astuce « anti distraction » mais que vous devrez manœuvrer le fameux crochet en plastique (fragile) que vous êtes censé remettre sous le déclencheur entre deux photos.

Ce petit crochet est contre le déclencheur lorsque l’appareil est fermé et ce n’est que celui-ci déployé que vous pouvez le faire tourner, dégageant ainsi le déclencheur. Si vous armez l’appareil et oubliez de re glisser le crochet sous le déclencheur, vous êtes bon pour de multi expositions, et comme vous n’avez que huit photos sur un film de 620, prudence.

Remarquez aussi le rond bleu foncé autour de l’objectif. Il s’agit d’un anneau en aluminium dont la fonction n’est pas claire : utile ou simplement pour faire penser que la lentille est traitée ?

Lorsque l’appareil est ouvert (deux tirettes métalliques sur les côtés pour ôter le dos en entier), vous verrez que le plan du film est incurvé, ce qui est une astuce courante pour les objectifs à ménisque à élément unique afin de maximiser la netteté dans les coins, mais il n’y a pas de plaque de pression du film.

Par contre, la porte arrière incurvée de l’appareil photo comporte plusieurs bandes horizontales qui exercent une pression sur le film lors de son transport à travers l’appareil photo.

Le Ferrania Eura et l’Agfa Clack utilisent la même astuce.

Petite remarque encore : les premiers modèles munis d’un bobine réceptrice étaient un peu plus compliqués à charger car il fallait dévisser la longue tige qui tenait la bobine pour enlever le film exposé, puis la remettre dans la nouvelle bobine réceptrice pour y accrocher le nouveau film.

Un avertissement à l’intérieur de la porte arrière indique « Utilise les bobines 6 × 9 à joues réduites ».

Raison pour laquelle dès le début de l’article j’ai indiqué que je n’essayerai pas de mettre une cartouche dans cet appareil car il faut une bobine avec un petit cercle au dessus et en dessous (le fameux « joues réduites »), moins courante que les 620 classiques.

Un appareil « simple » comme le proclamait les pubs de l’époque (voir plus bas) mais dont les résultats ne sont absolument pas mauvais. Je vous renvoie sur le compte Flickr de Lance Rothstein qui a eu la patience de l’essayer, avec des images très belles.

Mais à tout choisir, pour la même qualité d’image, je préfère l’Eura de Ferrania, plus simple d’utilisation (bobine de 120).

Aussi étrange que cela puisse paraître, cet appareil – et ses variantes dues à son histoire compliquée – s’est vendu en quantité énorme. De fait, il répondit aux besoins d’une population peu argentée mais désireuse d’un appareil simple et assez efficace. On en trouve régulièrement en brocante (braderie pour nos amis français) mais pas toujours en bon état (coups, fissures, rouille, morceaux manquants, etc.).

Que penser alors de cet Ultra FEX ? A moins d’être collectionneur, ou d’avoir envie de décorer votre intérieur – j’ai vu un modèle relooké par des adeptes du Steampunk, étonnant !-, je pense qu’il n’a pas beaucoup d’intérêt. Si néanmoins il vous tente, ne payez pas plus de 15€ pour un exemplaire en parfait état, avec son sac tout prêt.

Quelques délicieuses pubs d’époque :

Source : mes appareils photos, pub placée en 1955 dans Sciences et Vie
Source : mes appareils-photos

Pour le mode d’emploi, c’est ci-dessous ou ici pour la version « ligth ».

Source : PhilCameras
Source : Collections-appareils

Une petite video d’illustration

Et si le cœur vous en dit d’en restaurer un

Des références : https://lafillerenne.fr/blog/1144/, https://www.mes-appareils-photos.fr/Fex-Ultra-Fex.htm, http://kaftafex.free.fr/date_ultrafex.html à mon avis LE site de référence sur la marque, http://fexmania.fr/index.php?/category/3, http://clicclac1.free.fr/old/Appareils_francais/FexIndo/ultra-fex1.htm, https://www.philcameras.be/fex/, http://glangl1.free.fr/Pages/FEX/Page_Ultrafex.html, http://www.vieilalbum.com/UltraFex4FR.htm, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-220-Fex%20Indo_Ultra-Fex.html en français, https://mikeeckman.com/2020/10/fex-ultra-fex-1947/, http://camera-wiki.org/wiki/Ultra-Fex, https://labeauratoire.wordpress.com/2012/07/15/the-ultra-fex-620-6×9-camera/, http://www.artdecocameras.com/cameras/fex-indo/ultra-himalaya/ en anglais