Recherche rapide : Préambule – Un peu d’histoire – Présentation du Solida 3 – Que penser de cet appareil ? – Vidéos d’illustration – Un peu de technique – Des références
Préambule.
Une belle trousse en cuir, épais, en bon état, plate : sans aucun doute un folding. Encore un, perdu dans une caisse, balloté entre quelques épaves qui devraient terminer leur triste vie autrement …
J’ouvre le sac tout près et découvre effectivement un folding (pliant) que je ne parviens pas à identifier tout de suite, il faudrait le sortir complètement. Mais il se déplie, l’objectif est propre, ce qui doit tourner tourne et ce qui doit déclencher … ne déclenche pas !
Petite négociation et il va se poser dans le sac à dos. Il faudra que je regarde pourquoi il ne déclenche pas mais ce n’est peut être pas grave.
De retour à la maison, j’ôte le cuir et je découvre un Solida III. Tiens, on est en terrain pas tout à fait inconnu.
Un peu d’histoire.
Histoire que je ne vais pas toute refaire car vous en trouverez des larges extraits dans les articles consacrés au Solida Junior et au Solida III E.
Juste rappeler que la Franka Kamerawerk fut fondée en 1909 par Franz Vyskocil et son épouse Leoni. Au départ, c’était un magasin de fournitures photographiques et d’appareils photo, alors situé à Stuttgart.
Ils déménagent assez rapidement à Bayreuth (plus connue pour ses opéras de Wagner) et commencent à construire des appareils photo abordables. Ils s’associent avec un investisseur, Weigand et l’entreprise s’appelle dés lors Weigand & Vyskocil (1910). Deux ans plus tard apparait la Frankonia-Kamerawerk.
Les époux Vyskocil quittent l’entreprise en 1913. Celle-ci change de nom à nouveau et devient Hogaschwerk, nom éphémère car 5 mois plus tard, ce sera la Franka-Kamerawerk.
Sa production était essentiellement des appareils à plaques de verre, de différentes tailles. Pendant la Première Guerre mondiale, elle vend beaucoup aux soldats du Kaizer, notamment grâce à des slogans du style Mit Franka in den Krieg (avec Franka à la guerre).
Jusqu’en 1930, la production sera essentiellement des appareils à plaques de verre. Puis, elle passe (enfin !) au film en rouleau, en 120, en 135 et même quelques subminiatures.
En 1958, l’usine était le plus grande de la Haute-Franconie et avait atteint son apogée. Las, en 1962, elle est rachetée par Wirgin, un autre fabricant d’appareils photo allemand. Il vendra dés lors les appareils Franka sous sa propre marque ainsi que sous le nom de Wirgin. La production des Franka cesse en 1966.
L’usine de Bayreuth sera démantelée et les activités déplacées à Wiesbaden.
Mais revenons à 1930. C’est donc à cette époque que la marque passe au film en rouleau, d’abord le 120. Leurs appareils étaient souvent livrés avec des cadres qui permettaient de photographier en 6×9, 6×6 ou 6×4,5. En 1939, Franka propose la Kleinbildkamera, son premier appareil en film 135 mais l’appareil ne sera produit qu’après la guerre.
En 1955, la firme abandonne le 6×9 pour ne plus proposer que du 6×6 et du 24×36.
Le dernier appareil développé par Franka sera le Frankamatic Lux, avec un posemètre au sélénium relié à l’obturateur et un indicateur de sous exposition qui était monté dans le viseur.
Le Franka 16 et l’Edixa 16, des appareils de type espion avec du film 13x16mm seront produits sous l’ère Wirgin.
Dernier retour en arrière. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, puisque l’entreprise vendait essentiellement à l’export et qu’elle avait la chance d’être du bon côté du futur rideau de Fer, que le Mcartisme faisait rage aux USA et que le régime soviétique n’était que très peu apprécié, la Franka-Kamerawerk apposait sur la plupart de ses appareils la mention Made in Germany – US Zone. On n’est jamais trop prudent en marketing …
Présentation du Franka Solida III.
Le premier appareil du nom de Solida date de 1936. C’est un pliant très simple avec un viseur soudé sur le capot.

Mais il faudra attendre les années cinquante pour que revienne ce modèle. Ce seront des appareils de moyenne gamme, sans fonctionnalités couteuses mais honnêtement construit : les obturateurs seront des Gauthier mais il y eut des Synchro-Compur ; les objectifs étaient des triplets comme le Frankar, l’Enna Ennagon, des Schneider-Kreuznach dont il y eut quelques Xenar.





On dénombre sept variantes de Solida dans ces années-là :
- Solida I : souvent équipé d’un Frankar Anastigmat 75 mm, en configurations f/4.5, f/5.6 ou f/6.3 ; avec des obturateurs Pronto ou Vario à 4 vitesses. Le bouton de déverrouillage est situé sur le couvercle supérieur, et la porte s’ouvre verticalement.
- Solida II : ici l’objectif le plus fréquent es un objectif Ennagon 75/3,5 sur des obturateurs Pronto ou Prontor-S, avec 4 ou 5 vitesses. Les exemplaires fabriqués à la fin des années 60 étaient équipés d’objectifs Jsco Westar fabriqués par Schneider-Kreuznach.
- Solida IIE : identique au précédent mais un télémètre non accouplé.
- Solida II : identique au Solida II, mais avec un posemètre Gossen non couplé.
- Solida III : souvent présenté avec des objectifs Schneider-Kreuznach Radionar et des obturateurs Prontor-S ou Prontor-SV à 9 vitesses. La porte s’ouvre latéralement, au moyen d’un bouton situé en bas de la caméra.
- Solida IIIE : identique au précédent mais avec un télémètre qui peut être combiné ou non.
- Solida IIIb : identique au Solida III mais avec un posemètre non couplé
Pour que la liste soit complète, il faudrait ajouter le Solida Jr (Junior) ou le Solida Record, par exemple.
Les différences entre les modèles n’étaient pas flagrantes, plutôt des améliorations :
- 1951-1958 : en commun, l’utilisation du film 120, expositions 4×4 ou 6x6cm, appareil pliant, viseur.
- 1951 : capot plat avec table de profondeur de champ, bouton de rembobinage à gauche
- 1952 : bouton de rembobinage sur le côté droit, ouverture horizontale
- 1954 : viseur plus grand, capot plus haut
- 1958 : format 4x4cm
- 1958 : format 6x6cm, levier d’armement.
Mais venons-en à notre exemplaire, un Solida 3 de 1951.
Tout d’abord, pour l’ouvrir, il faut appuyer sur le petit bouton qui est par dessous. La porte s’ouvre et se déplie vers la droite, laissant apparaître le soufflet et le combo objectif/obturateur.


Sur le capot, à droite nous voyons le bouton du déclencheur, devant la griffe porte-accessoire ; au milieu, une table de profondeur de champ ; et à gauche, le bouton pour faire avancer le film avec pas dessus, un mémo pour le type de pellicule utilisée.

Le viseur est minuscule et on n’y voit pas grand chose. On pourrait envisager d’y poser un viseur annexe, mais la griffe est déportée. Mauvais point.


L’objectif est un Schneider-Kreuznach Radionar qui ouvre à f2,9. Ce qui en fait un objectif dit rapide à cette époque, car la concurrence faisait au mieux dans le f3,5 ou f4,5. C’est un triplet qui n’a pas mauvaise réputation mais qui aime les ouvertures un peu plus petites car il est très bon entre f8 et f11, parait-il. Il accepte des filtres au diamètre de 42,5mm. La mise au point se fait avec la lentille frontale.

Ici l’obturateur est un Prontor SV, qui propose les vitesses suivantes : 1s – 1/2s – 1/5s – 1/10s – 1/25s – 1/50s – 1/100s – 1/250s – pose B. On règle la vitesse avec la grande roue dentée derrière l’objectif. Le retardateur est en dessous (point rouge)

Pour la réglage des ouvertures, c’est une languette que l’on fait coulisser sur le pourtour, de f2,9 à f22.
Sur la partie gauche du combo, un dernier curseur permet de faire passer l’index pour le flash de M à X. La prise pour le flash est d’ailleurs au dessus de l’index.

L’armement de l’obturateur se fait sur le combo, avec un petit levier qu’il faut tirer vers la droite. On déclenche en appuyant sur le bouton sur le capot. Ce dernier actionne une came qui vient appuyer sur un levier, ce qui déclenche l’obturateur. Il y a aussi une prise filetée pour fixer un câble souple.

D’ailleurs, il y a un filet en dessous de l’appareil pour y fixer un trépied.
Pour ouvrir le dos, il faut faire glisser un curseur situé sur le flanc gauche, sous la lanière. La porte est montée sur charnière et dévoile une grande chambre en 6x6cm. La porte est munie d’une plaque de pression et d’une fenêtre rouge inactinique, qui sert aussi de compteur de vue. On peut fermer cette fenêtre avec un petit curseur qui fait glisser une pastille marquée 6×6 et la mesure anglaise. A laisser fermé lorsqu’il y a beaucoup de soleil et en cas de non utilisation prolongée.




Sous le bouton du déclencheur, une lettre T et en dessous, un curseur marqué d’une flèche, qui m’a intrigué. En fait, c’est la pose T : il faut positionner le curseur des vitesses sur B puis actionne le curseur sous le T dans le sens de la flèche et ensuite déclencher. L’obturateur restera ouvert aussi longtemps que l’on ne remet pas le curseur à sa place. C’est un type de pose à très longue durée que l’on utilise sans doute rarement mais qui n’impose pas de laisser le doigt sur le déclencheur, comme pour la pose B.

Le nom du modèle est embossé dans le cuir, sur la gauche, et par derrière, la mention Made in Germany – US Zone car ces appareils étaient essentiellement destinés à l’exportation (Quelle, Walmart, Mongomery Ward pour ne citer qu’eux exportaient les appareils souvent sous leurs propres noms).
Attention, pour refermer l’appareil, il est vivement conseillé de remettre la distance sur l’infini avant de refermer la porte, en appuyant au milieu des jambes d’extension du soufflet.
Que penser de cet appareil ?
Comme je l’écris souvent, ce type d’appareil vous permet de toucher au moyen format sans se ruiner car un Franka Solida 3, avec son sac-tout-prêt, en bon voire très bon état, se négocie autour des 60€ maximum.
L’autre avantage de cet appareil, c’est sa compacité pour un moyen format : une fois replié, vous le glissez sans soucis dans une (grande) poche ou un sac.
Son objectif avec cette ouverture avantageuse vous permet de faire des photos même dans des conditions de lumière un peu moins bonne.
Les manœuvres sont faciles et simples, les réglages aussi.
Reste à regretter le viseur riquiqui et quasi inexploitable.
Sur mon exemplaire, je dois faire un petit réglage car la came qui doit pousser sur le déclencheur ne vas pas assez loin et ne permet pas ainsi de déclencher, sauf à passer mon doigt sur le côté pour actionner moi-même le mécanisme.
C’est d’ailleurs la manœuvre à effectuer pour contourner la sécurité contre les doubles expositions.
A tenter, pour le plaisir d’un bel objectif.
Exemples de photos prises avec cet appareil ICI.
Vidéos d’illustration.
Un peu de technique.
Pour le mode d’emploi, c’est par LA.
- Franka Solida 3, produit de 1951 à 1958 (6 versions)
- Objectif Schneider-Kreuznach Radionar 80mm f2,9 jusque f22, triplet (autres optiques possibles)
- Obturateur : Prontor SV à lamelles métalliques avec les vitesses de 1s à 1/250s plus pose B, synchro flash avec prise PC
- Déclencheur sur le capot et prise filetée sur l’obturateur pour câble souple
- Viseur simple intégré dans le capot
- Type de film : rouleau de 120
- Formats image : 6×9 – 6×6 – 6×4,5 – 4×4 avec cadres spécifiques ou série
- Prévention de la double exposition
Des références.
https://camerapedia.fandom.com/wiki/Franka_Solida, https://blog.bkspicture.com/review_Franka_Solida_III.html, https://www.jnoir.eu/en/cameras/franka/solida/, https://vintagecameralab.com/brand/franka/, https://collectiblend.com/Cameras/Franka-Werke/ , https://www.jnoir.eu/en/cameras/franka/, https://cameracollector.net/franka-franka/ en anglais ; https://antique-autoradio-madness.org/1_A.C.M(Photo)/ACM-2-Appareils-Photo/ACM-Franka/ACM-FRANKA-Solida-III-1954-Radionar_1.htm, en français ; https://www.dewitcameras.nl/merk/franka/, en néerlandais ; https://kameramuseum.de/firmen/franka/, https://kameramuseum.de/bernd-arnal-fotogeraete-aus-oberfranken-i-franka-co-heft-326/, en allemand

