Argentique

Le Beauty Lightomatic II, un appareil peu connu et c’est dommage

Préambule

Vu l’état extérieur du sac tout prêt de cet appareil, couvert de poussières et d’éraflures, c’est sans doute encore un que j’ai repêché dans une caisse fourre-tout d’un vide grenier. Mais où ?

Aucune importance finalement. Ce dont je me souviens c’est que lorsque j’ai pris cet appareil et ouvert le cuir pour voir ce qu’il contenait, j’ai d’abord tiqué sur la marque, Beauty, qui, me semblait-il, ressemblait à ces marques d’importateurs (comme Prost, Quelle, etc.). Mais la qualité d’assemblage m’a plu. De plus, lui était (encore) propre et fonctionnel.

Hop, petite négociation et il a rejoint le sac à dos.

Partons donc à la découverte de ce boitier intriguant.

Un peu d’histoire

Elle est assez étrange, du moins pour l’Occident, car au Japon cela semble plus commun que de commencer dans un magasin qui vend des appareils d’occasion et qu’ensuite une société se crée pour vendre ses propres appareils photos.

Mais commençons par le début de cette longue histoire …

Elle commence en 2013 par la … fermeture de la célèbre boutique Camera Taiyodo située au carrefour Kanda-Jinbocho (Tokyo) depuis 1920 !

Cette illustre boutique, Taiyodo Shoji, a d’abord vendu des accessoires pour la photographie, du papier, des tirages et des appareils photo d’occasion.

Toutefois, il faut attendre 1946 pour voir apparaitre les premières publicités du magasin, dans lesquelles ils sont en recherche d’appareils pour constituer leur stock (nous achetons vos appareils au meilleur prix).

Une étiquette publicitaire en japonais avec le texte 'Haute qualité, importation, bienvenue pour l'échange' et 'Taiyōdō' en bas.

Puis, vers 1948, une branche de Taiyodo Shoji, la Taiyōdō Kōki K.K., s’est lancée dans la fabrication d’appareils photo. L’atelier, établit derrière le magasin*, a commencé à fabriquer des appareils dits subminiatures, comme le Meteor qui utilisait un film de 17,5mm, tout comme les Vestkam, Epochs et Beauty 14, alors que les Spy 16 et Beauty 16 utilisait du film en … 16mm.

*Quoique qu’il semble que tout le monde ne soit pas d’accord à ce sujet car d’aucuns disent que l’usine de Taiyodo Koki était située à Shimura, dans le quartier d’Itabashi, pas à Kanda Jimbocho (mais toujours à Tokyo)

Carte de Tokyo montrant les districts d'Itabashi et de Chiyoda, avec des repères indiquant leur emplacement.
carte partielle de Tokyo : Itabashi et Chyoda (Kanda Jimbocho) sont des quartiers ou arrondissements spéciaux de la Ville, qui en compte 23.

Dans le même temps, il est établi que l’entreprise vendait comme détaillant le Gelto 3x4cm et les autres produits Gelto et qu’elle était concessionnaire pour Nikon (un journaliste japonais – Yasunori Ichikawa – raconte qu’il se souvient de l’enseigne jaune accrochée dans la station de métro Jimbocho, sur laquelle on pouvait lire quelque chose comme « Pour tout ce qui concerne Nikon, rendez-vous chez Camera Taiyodo »). Certains auteurs parlent même de sous-traitance possible pour Nippon Kogaku.

Ce qui apparait à peu près certain, c’est que le magasin et la fabrique étaient considérées comme deux entreprises distinctes, du moins jusqu’en 1951.

Au niveau de sa propre production, c’est en 1950 qu’apparait le premier modèle, le Beauty Six, un TLR (réflex double objectifs) qui sera, comme dans la suite de la production, vendu sous d’autres noms comme Gen ou re badgés par des fournisseurs (Fodor, Montgomery Ward, Photoflex et United States Camera par exemple).

Appareil photo ancien Beauty Flex, à deux objectifs, avec un design noir et argenté.

Ce TLR sera décliné en plusieurs versions (15 modèles), selon les évolutions. Ces TLR sont un modèle grand public qui aura beaucoup de succès. D’après ce qu’a confié Kiyoshi Hayata, de Hayata Camera, le reflex à double objectif pour lequel on recevait le plus de demandes de réparation était le Ricohflex, suivi du Beautyflex ; cela signifie sans doute que ces modèles se vendaient en grand nombre.

Un folding (pliant à soufflet), toujours très à la mode au début des années cinquante, le Beauty Six, viendra épauler le TLR.

Un appareil photo vintage en métal avec un objectif en noir et blanc, et un soufflet pliable.

En 1952, la société de vente fusionne avec la partie qui fabrique et l’usine est transférée à Shimizucho, tandis que le service commercial reste à Jinbocho.

Fin 1953, Taiyodo Koko K.K. lance son second folding, le Beauty Six II. A la même époque, Tougodo lance lui le Toyoca Six, copie conforme du premier cité. Mais on ne sait pas si c’est parce que la fabrication du Beauty Six II était sous-traitée par Tougodo ou si ce dernier a racheté les matrices et les outils.

Puis en 1954, ce sera un réflex mono-objectif (SLR), le Reflex Beauty où l’influence du Reflex-Korelle est assez visible, même si le Beauty s’en détache par des détails. La production des Beauty Flex se poursuit avec succès en même temps.

Appareil photo Reflex Beauty avec une lentille argentée et un boîtier noir texturé.

Vers 1955, elle lance encore des appareils à viseur fixe, le Beauty 35, puis des télémétriques, le Beauty 35 Super, suivi du Beauty 35 Canter. Très bien construits eux aussi, ils seront déclinés en plusieurs itérations, selon les évolutions techniques. Les Beauty 35 sont des appareils à obturateur central et objectif 35 mm (environ 11 modèles).

Appareil photo vintage avec un boîtier en métal argenté et des détails noirs.
La photo montre le Beauty Canter, commercialisé en 1957. Son propriétaire travaille au service photo d’une maison d’édition située à Hitotsubashi, et il continue aujourd’hui (2013) encore à prendre des photos avec cet appareil, muni d’une courroie.

Si nous résumons, du début des années cinquante et jusqu’en 1957, la société produit des TLR, des folding, un réflex SLR, des 35mm à viseur simple et des télémétriques, parfois sous son nom, souvent sous celui d’importateurs ou pour compte d’autres entreprises pour lesquelles elle agit comme produit blanc (elle fabrique pour compte de). La qualité est au rendez-vous et elle tend à suivre les évolutions du marché.

Pourtant il semble que Taiyōdō Kōki K.K. ait fait faillite en 1957 et qu’elle ait redémarré alors sous le nom de Beauty Camera K.K.. Elle a aussi pas mal changé d’adresses : à Shimura Kiyomizuchō à la fin de 1957, à Kayabachō Nihonbashi en 1958-1959, à Edobashi à la fin de 1960 et à Miyamotochō en 1962-1963.

Enfin, la série des Beauty Ligthmatic apparait en 1959 et se clôturera vers 1963. Il y aura 4 itérations du Lightomatic : Lightomatic ou LM, Lightomatic II, Lightomatic III ou Lite III et Lightmatic SP. Ce dernier sera le dernier appareil photo commercialisé par Taiyodo, un appareil à obturateur intégré et objectif 35 mm sorti en 1963, mais des archives indiquent qu’un prototype d’appareil photo 35 mm équipé d’une radio avait également été développé à cette époque (!?).o

Chaque modèle Lightmatic partage certaines caractéristiques communes :

  • Viseur : télémètre à coïncidence intégré avec ligne lumineuse auto-correctrice
  • Mise au point : télémètre couplé avec bague manuelle sur barillet d’objectif
  • Posemètre : cellule au sélénium couplé électro mécaniquement à l’ouverture du barillet d’objectif, aux réglages de la vitesse d’obturation et à l’indice de sensibilité du film
  • Exposition : centrage de l’aiguille du posemètre avec fenêtre de pointeur sur la plaque supérieure de la caméra, visible dans le viseur à partir de Lightomatic II
  • Objectif : 45 mm f1.9 à f16 (6 éléments en quatre groupes de type double gauss)
  • Mise au point minimale : 0,8 m
  • Obturateur : Copal-SV à cinq lames avec des vitesses : B, 1, 2, 4, 8, 15, 30, 60, 125, 250, 500 sec. Les vitesses d’obturation et les réglages d’ouverture peuvent être verrouillés. Le déclencheur se verrouille lorsque le levier d’avance affleure le boîtier de l’appareil photo
  • Déclencheur par câble : Prise standard à viser dans le déclencheur (à partir de Lightomatic II)
  • Taille du filtre : 46 mm (Lightomatic/ Lightomatic II), 55 mm (Lightomatic III / SP) à visser
  • Flash : prise sans contact et terminal PC. Synchronisation M et X
  • Armement : Manuel avec levier à course unique
  • Compteur d’images : Se réinitialise automatiquement lorsque le dos de l’appareil photo est ouvert
  • Rembobinage : manivelle pliable et sélecteur de rembobinage.

Pour conclure, si l’entreprise Beauty Camera K.K. a cessé de fabriquer des appareils photo et des accessoires vers 1965, la boutique, elle, a continué à faire ce qu’elle faisait depuis les années vingt : vendre du matériel destiné aux photographes.

Présentation du Beauty Lightomatic II

Le Lightomatic II dans la série des boitiers

Comme nous venons de le voir, les premiers Beauty 35 étaient des boitiers avec simples viseurs et objectif de 45mm, sans télémètre ni cellule. Ils évolueront vite en Super et Canter, munis tous les deux d’un télémètre couplé (1955) avec cadre lumineux pour le dernier cité.

Il faut attendre 1959 pour voir apparaître le télémètre couplé et la cellule, qui étaient présents chez les concurrents comme Yashica ou Petri. Ce sera chose faite sur le Lightomatic et ses développements ultérieurs.

Basé sur le châssis du Beauty 35, le premier Lightomatic reprend les objectifs du Beauty Super (45mm f2,8) ou du Canter S (45mm ouvrant à f1,9, bien qu’il ait existé un objectif ouvrant à f2,8). Il reprend aussi le télémètre couplé à coïncidence mais une fenêtre vient s’ajouter, à l’avant, celle de la cellule au sélénium. La sensibilité de celle-ci varie de 6 à 1600Asa.

Un appareil photo argentique sur un fond blanc, avec un objectif argenté et un boîtier noir.

Un schéma situé à côté de la fenêtre indiquant la position de l’aiguille du posemètre, sur la plaque supérieure, montre dans quelle direction il faut tourner les molettes d’ouverture et de vitesse d’obturation pour centrer l’aiguille.

Puis, en 1960, apparait le boitier qui nous préoccupe aujourd’hui, le Lightomatic II, qui apporte quelques changements : outre un léger restylage du corps, cette fois l’objectif est un Biokor-S de 45mm ouvrant à f1,9 (6 éléments en 4 groupes) et la fenêtre de lecture de la cellule est différente, plus moderne (carrée au lieux de ronde) ; la cellule est couplée. Dans la modernisation de la ligne, notons encore l’abandon du rappel de type de film utilisé ainsi que le graphique de réglage de l’exposition.

Un tableau indique maintenant les paramètres de réglages selon la sensibilité du film.

Ensuite, le viseur possède maintenant des lignes projetées (Bright-Frame), la correction de la parallaxe et une fenêtre d’éclairage, le tout sous une même vitre en verre.

L’obturateur reste un Copal SV à 5 lames, qui offre des vitesses de 1s au 1/500s, plus la pose B, un minuteur et une synchro flash.

Avant de le décrire plus amplement, sachez encore qu’il sera suivi, en 1961, par un Lightomatic III qui apporte comme principale modification une cellule au sélénium placée autour de l’objectif, une sensibilité modifiée de 10 à 1600Asa. En outre, la plaque supérieure ne prend plus en charge le graphique d’information mais l’aiguille du posemètre est visible dans le viseur.

Le Lightmatic SP (1963) perd le o de son nom au passage et voit son esthétique revue mais sans grosses autres modifications significatives, sauf peut-être l’indication de confirmation du mouvement du film, que l’on ne voit que si on sort le levier d’armement de sa position de repos.

Présentation du boitier

Affiche publicitaire pour un appareil photo vintage, montrant un appareil à objectif et des informations en japonais sur ses caractéristiques et prix.

C’est carré, c’est un bloc, c’est solide et bien construit, c’est un Beauty. Bon, au-delà de ces airs de slogan publicitaire, ces quelques mots résument bien les appareils de chez Taiyōdō Kōki K.K.

Point de vue taille, il est aussi grand et costaud qu’un réflex de l’époque, le pentaprisme en moins, ce qui, in fine, le rend compact.

Vu de face, rien de bien transcendant, il ne révolutionne par l’esthétique de ce type d’appareil avec l’objectif combiné aux réglages, bien au milieu ; le bandeau sous verre du viseur et de la fenêtre du télémètre (base de 4,5cm) ; le nid d’abeille, un peu en saillie, de la cellule au sélénium et le mot Beauty. Sur cet exemplaire, vous ne pouvez pas rater l’imposant mais utile pare-soleil en caoutchouc qui équipe l’objectif et masque de ce fait le bouton place sur la bague de mise au point et qui facilite le réglage fluide de celle-ci.

Vue rapprochée d'un appareil photo ancien avec un objectif large, présenté de face.

Vu du dessus, le mot Lightomatic II gravé et peint en noir , à gauche, le levier d’armement en métal, avec le déclencheur avec un filetage pour un déclencheur souple ; puis, surélevée, la plaque qui porte le tableau de lecture de la cellule, le pointeur de celle-ci et, juste à côté, la griffe sans contact pour le flash ; enfin, tout à droite, la manivelle de rebobinage, avec une petite encoche pour y placer la tête.

Sur la tranche droite, le gros verrou pour libérer la porte arrière, qui s’ouvre de la droite vers la gauche (bobine réceptrice à gauche).

Appareil photo vintage vu de côté, avec un objectif en caoutchouc et un boîtier argenté.

Par dessous, le petit bouton pour libérer le bobinage du film en fin de course et le pas de vis pour un trépied.

Vue du dessous d'un appareil photo en métal argenté avec un objectif.

Le combiné objectif/obturateur reprend aussi classiquement le réglage pour la synchro du flash (M ou X selon le type de flash utilisé), le curseur du retardateur, en dessous, la bague des vitesses et, tout au bout – et qui est moins habituel – une bague noire à tirer vers l’avant pour régler la sensibilité du film utilisé.

Cette bague assure une autre fonction : en fait, elle permet de coupler la vitesse et l’ouverture, selon la sensibilité du film, le but étant de la mettre au milieu de son écran. Rien ne vous empêche de débrayer ce système en réglant les bagues séparément, la cellule continue de fonctionner.

Un appareil photo argentique avec un objectif visible, montrant des réglages sur le corps de l'appareil.

L’aiguille de la cellule se reporte dans le viseur, pour mieux voir les corrections éventuellement apportées.

En ce qui concerne la synchronisation du flash, le M renvoie aux flashs magnésiques (ampoules) et la vitesse se situe entre 1/60s et 1s (l’obturateur reste ouvert 18 millisecondes après le départ du flash, le temps que l’ampoule émette son maximum d’intensité) tandis qu’en position X, la synchronisation se fait à toutes les vitesses (obturateur central Copal SV).

Bon, et le tableau de correspondance, près de la cellule ? Ben, je n’ai toujours pas bien saisi son utilité : elle semble renvoyer a un type de film par rapport à une sensibilité moyenne.

Tableau montrant l'indice de vitesse ASA (DIN) pour différents films, y compris Kodachrome, Anscochromes et autres, avec leurs indices correspondants.

Ah, une dernière chose à savoir : lorsque vous armez l’appareil avec le levier, ne le rabattez pas complètement contre le boitier pour pouvoir déclencher, c’est une sécurité pour éviter les tirs par erreur. A savoir aussi lors d’une négociation avec un vendeur qui ne connait pas ce qu’il vend !

Que penser de cet appareil ?

Sans révolutionner le genre, ce boitier apporte quand même quelques belles particularités, la première étant sans doute la qualité de son assemblage, ce qui n’est pas rien.

Ensuite, son design, relativement classique, apporte l’une ou l’autre touche de modernité, comme cette encoche pour loger la manivelle de rebobinage, ou ce léger décrochage pour loger le levier d’armement et le déclencheur, voire peut-être la longueur de la base du télémètre, subtilement habillée sous un large verre de protection.

Avec son sac tout prêt, bien pensé (la partie avant se détache facilement pour empêcher de casser le cuir à force de l’ouvrir), c’est un bel appareil (je sais, c’est toujours subjectif).

Cet exemplaire est toujours pleinement fonctionnel, y compris la cellule au sélénium, malgré ses 66 ans (au moment d’écrire ces lignes). Pas mal du tout !

Encore un appareil qui n’est pas courant sous nos latitudes, ce qui joue sur son prix bien évidemment. Lorsque j’ai regardé sa cote sur un grand site de vente, je n’ai trouvé qu’un exemplaire à la vente.

Tablons alors sur une moyenne de 200€ pour un bel exemplaire, avec son sac et fonctionnel. Cerise sur le déclencheur, on peut toujours faire des photos avec, ce qui est quand même le but ultime d’un appareil photo comme le Beauty Lightomatic II.

Donc, si vous avez la chance d’en croiser un, réservez lui bon accueil, c’est un bel engin.

Vidéo d’illustration

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par LA.

  • Objectif fixe Biokor-S 45 mm f1,9
  • Obturateur central Copal SV (5 lames)
  • Vitesses : de 1 s à 1/500 de seconde, B, minuteur (10 sec.) et synchro flash M – X
  • Mesure de l’exposition : posemètre au sélénium, sensibilité de 10 à 1600Asa
  • Mise au point : télémètre couplé à coïncidence d’images, distance minimale de mise au point 0,80 m, molette de réglage sur la bague de l’objectif
  • Avance du film : levier d’armement rapide, manivelle de rembobinage ; verrouillage du déclencheur à l’aide du levier d’armement
  • Pile : non nécessaire, appareil photo entièrement mécanique

Des références

https://camera-wiki.org/wiki/Beauty_Lightomatic, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Beauty_Lightomatic, https://www.35mmc.com/29/11/2024/5-frames-with-beauty-lightomatic-ii/, https://camera-wiki.org/wiki/Beauty_Lightomatic, https://www.appaphot.be/fr/brands/toiyo-do-koki/beauty-lightomatic-ii/, https://heyjohnbear.wixsite.com/taiyodo/lightomatic-ii, http://www.mediajoy.com/en/cla_came/beautylm/index.html, https://heyjohnbear.wixsite.com/taiyodo (toute l’histoire de la marque), https://heyjohnbear.wixsite.com/taiyodo/lightomatic, http://www.mediajoy.com/en/cla_came/, https://camera-wiki.org/wiki/Taiy%C5%8Dd%C5%8D, en anglais ; https://www.juergen-adler.de/technikged%C3%B6ns/lightomatic-beauty/, https://www.digicamclub.de/showthread.php?t=24942, en allemand ; https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-16562.html, en français ; https://ilovephoto.hatenablog.com/entry/20130630/1372592728, https://diary.awane-photo.com/2013/130610.htm, en japonais

Argentique

Le Beauty Super L

Préambule.

C’est bien sur une brocante que j’ai trouvé ce bel appareil, mais je ne me souviens plus de laquelle car cela fait un moment que je devais vous le présenter, comme d’autres d’ailleurs, qui attendent sagement.

Là j’ai craqué parce que le boitier était magnifique et sa gaine en cuir mérite juste un bon nettoyage et un brin de baume pour cuir pour retrouver tout son éclat.

Et, de plus, j’avais le sentiment que ce n’était pas un appareil très courant car c’était bien la première fois que je voyais ce modèle.

Mais commençons par le début …

Un peu d’histoire.

La société Taiyodo, de Tokyo, a eu une idée originale pour lancer ses premiers appareils photo : elle a fait paraître dans le Ars Caméra (un magazine japonais pour les amateurs de photographie) une petite annonce singulière. En effet, elle s’engageait à échanger des appareils usagés contre un appareil de qualité. Nous étions en 1946.

Source : heyjohnbear. La première publicité connue de Camera Taiyodo, écrite en chinois traditionnel
(appareil photo en japonais), et trouvée dans les numéros de janvier et juillet 1946 du magazine Ars Camera. Cette coupure de presse indique
Achetez à un prix élevé, appareil photo de haute qualité et Échange bienvenu.

Si au début l’entreprise vendait des appareils d’occasion, à partir de 1948, installée à l’arrière du magasin, elle commence à fabriquer ses premiers boitiers sous le nom de Taiyodo Koki KK.

Il me faut faire un aparté ici. A la fin de la Seconde Guerre Mondiale, le Japon est vaincu et occupé par les américains (430.000 soldats), des anglais du Commonwealth (40.000 soldats) et des milliers de contractants, civils, pour la reconstruction du pays. Pays exsangue qui peine, comme tous les pays au sortir de la guerre, à reprendre un rythme de vie à peu près normale. De plus, les conditions dictées par les vainqueurs sont drastiques pour les produits fabriqués. Par exemple, les appareils photo devaient être vendus aux troupes d’occupation avant toutes ventes aux citoyens, qui se voyaient eux en plus taxé à 120% du prix. Dès lors, les quelques appareils que les Japonais pouvaient encore s’acheter – et ce n’était pas une priorité à l’époque – étaient ces fameux subminiatures dont vous ait présenté un exemple, le Hit.

Le premier produit fut le Meteor, un tout petit appareil qui utilisait le film 17,5mm, qui sera suivit ensuite par un Vestkam, un Epochs et un Beauty 14

Ces petits appareils étaient construits sérieusement et très bien finis, avec un viseur intégré dans un long capot, un gros bouton pour l’avance du film, offrant un design élégant. Le dos s’ouvre sur charnière, après avoir fait coulisser une languette, sur la tranche. Le plan film est légèrement incurvé pour corriger les aberrations de l’objectif. La bobine porte un film de 17,5mm pour un négatif de 10 poses de 14x14mm.

Ces subminiatures, très simples (mise au point et ouverture fixes), étaient de ce fait les seuls vraiment abordables pour les Japonais. Toutefois, les occupants, et les américains en tête, ont massivement exporté ces minuscules boitiers, qu’ils trouvaient amusants et sont souvent devenus des cadeaux, voire des appareils offerts comme jouets alors qu’ils étaient pleinement fonctionnels.

Je vous encourage vraiment à relire l’article sur le HIT déjà évoqué, l’explication sur les films et leur histoire y est relatée.

Parallèlement à ces subminiatures, Taiyodo lance le Spy 16 et le Beauty 16, des appareils qui utilisent eux le film en 16mm. Encore un film réduit en taille. Comme les films du Météor ou du Hit, il est découpé dans une pellicule de 24x36mm. Economie, économie …

Puis il lance (1950) le Beauty Six, un TLR , tout comme le Beautyflex. Notons que c’est à cette époque que la majorité des boitiers vont s’appeler Beauty : Beauty Flex, Beautycord, Beautyflex & Beauty (6×6 TLR), Reflex Beauty (reflex 6×6 – 1954), Beauty 35 (viseur 35mm – 1955), Beauty Super 35 & Canter Beauty (télémètres 35mm – 1955).

Comme vous le découvrez, la firme élargit sa gamme : des appareils en 24x36mm, en 6x6cm (film en bobine de 120) ; des fix-focus, des télémétriques, des TLR (bis-objectifs), des SLR (réflex), finalement une gamme complète.

Taiyodo Koki, en plus de vendre ses propres appareils, fabriquait des boitiers pour Miller Outcalt (Santa Monica) un détaillant d’appareils et équipement photographique, pour le géant de la vente par correspondance américain, Montgomery Ward (Chicago) et pour la United States Camera Corporation ; pour la SCL canadienne, ainsi que pour Fodor, le grand détaillant néerlandais par lequel 99% de la production japonaise est entrée en Europe.

Mi 1957, la société change de nom et s’appelle désormais Beauty Camera KK, vraisemblablement pour faire correspondre son nom à celui de ses produits, qui se vendent bien.

Mais revenons à notre Beauty, en version en 35mm. Sorti en 1955, il sera un des premiers appareils photo à proposer un levier d’armement qui fait avancer le film et arme l’obturateur (seul le Minolta A est antérieur).

Cet appareil possède un viseur fixe (sans télémètre), un bloc objectif/obturateur fixé à la carrosserie. L’objectif est un 45mm ouvrant à f2,8 ; l’obturateur, un NKS-FB Prontor (avec des vitesses de 1 sec., 1/2, 1/5, 1/10, 1/25, 1/50, 1/100, 1/300, +B).

Pour la petite histoire, il sera rebadgé en Milo 35 pour Miller Outcalt (le vendeur de Santa Monica), en Ward 35 pour Montgomery Ward (Chicago) et en Gen 35 pour la vente au Canada. Pour compliquer encore un peu les choses (amis collectionneurs, je suis de tout cœur avec vous !), selon les appellations, il existent de nombreuses variantes au niveau des lentilles, des obturateurs et de détails cosmétiques.

Source : heyjohnbear. Les 4 logos des différentes variantes sur un même thème.

Le Super 35 sera le premier boitier équipé d’un télémètre couplé produit par Taiyodo Koki en 1956 -57. Le terme Super, parfois réduit au S, était régulièrement utilisé par les fabricants allemands dans les années 50 pour désigner les boitiers équipés d’un télémètre. C’est clairement un développement du modèle 35.

Ce Super 35, premier du nom proposait un objectif Canter de 45mm ouvrant à f2,8, une construction à 5 éléments. Le diaphragme, constitué de 10 pales, se fermait à f16.

Et comme faire simple semble bien compliqué, le premier modèle avait un obturateur Copal proposant une vitesse maximale de 1/300s mais la firme a lancé en même temps deux autres modèles presque identiques si ce ne sont des détails cosmétiques et dont l’un avait un obturateur avec une vitesse maximale de 1/500s.

Enfin, en 1958 -59, apparait le Beauty Super L. C’est toujours un télémétrique couplé mais il introduit un élément nouveau, un posemètre intégré. Et cette fois, c’est la Beauty Camera Company qui est le maître d’œuvre de ces nouveaux appareils, qui rompent aussi avec le design de leurs prédécesseurs.

Présentation du Beauty Super L (ou Beauty Varicon SL).

Comme je l’écrivais en préambule, ce qui m’avait attiré vers ce boitier, c’était son côté singulier. Même si, en y regardant de plus près, on a une impression de déjà vu : un Contax, un Kiev 4, un Yashica, … ?

Non, car il fut un des premiers à posséder une cellule, non couplée. C’est une cellule au sélénium (fabriquée par Seiko Electric Industries, le fabricant des posemètres modernes Sekonic) avec un couvercle à rabat, coupé d’une petite fente au milieu. En cas de forte lumière, on laisse le rabat fermé et en cas de faible lumière, on le relève, en appuyant sur le petit bouton sur le côté. Un système simple mais toujours utile pour protéger ces cellules, car celle de cet exemplaire fonctionne toujours.

A l’origine, il pouvait être vendu avec un amplificateur, c’est-à-dire une cellule au sélénium supplémentaire, que l’on enfiche sur le boitier quand on veut augmenter la sensibilité de la cellule mère, notamment en cas de très faible lumière.

Ce qui explique que la lecture de l’échelle de lumière travaille sur 3 points : high (haute), low (basse) et amplified (amplifiée). Il y a encore des repères de compensation d’exposition en cas d’utilisation de filtre jaune (+1 arrêt) ou orange (+2 arrêts). Les sensibilités de film sont comprises entre 6 et 800Asa. N’oublions pas qu’à l’époque, les films étaient relativement peu sensibles.

Vue rapprochée du dessus d'un appareil photo Beauty Super L, mettant en évidence le posemètre et les réglages d'exposition.

Le réglage de l’exposition se fait avec le système LV (light value = valeur de lumination), comme sur les Yashica Minister III (1966) et Minister D (1964).

L’objectif est un Canter-S de 45mm ouvrant à f1,9 jusque f16. Il est en 6 éléments et 4 groupes, traité au Lanthanum.

Appareil photo Beauty Super L avec objectif Canter-S de 45mm, exposant un design vintage en métal sur fond flou.

L’obturateur est un Copal SVL (ou MXV selon des publicités et le mode d’emploi) donnant les vitesses de 1s à 1/500s, plus pose B. La synchronisation du flash sur X se fait à toutes les vitesses ; en cas d’utilisation de flash à ampoules et selon le type d’ampoules (M ou F), la synchro se fait entre 1s et 1/60s. Il faut toujours bien vérifier sur quelle lettre la tirette du flash est positionnée – M ou X – pour éviter des déboires et aussi parce qu’en position M, on ne peut pas faire démarrer le retardateur de 10s (tirette sous l’objectif). La griffe du flash est dite froide puisqu’il n’y a pas de contact. Une prise coaxiale est sous l’objectif, pour brancher le flash.

Le réglage de la distance se fait avec le gros bouton fixé à la bague des distances. Il vous permet de voir nettement le patch carré orangé au centre du viseur pour effectuer la mise au point, via le télémètre.

Pour la vitesse et l’ouverture, comme je le précisais ici au dessus, on travaille avec le système LV, soit indice de lumination. Selon la lecture du posemètre, vous trouvez un numéro, que vous notez sur le barillet de l’objectif via la bague de réglage LV, qui est couplée à l’ouverture et modifie la vitesse selon la combinaison LV : LV 13 = 1/60s + f11 ou 1/30s + f8 ou encore 1/15s + f11.

Cette méthode permet de modifier en une fois la vitesse et l’ouverture, selon l’indice de lumière reçue. On peut évidemment débrayer le système et revenir à un réglage tout manuel.

Pour charger un film dans la chambre, il suffit de tirer sur la languette du verrou, sur la tranche gauche, et le dos pivote sur sa charnière. Lorsque l’on arrive au terme de sa bobine, il suffit d’appuyer sur le petit bouton sur la semelle et de rembobiner le film avec la manivelle. Du classique.

Le viseur, large et clair, est collimaté avec lignes pour la correction de la parallaxe. La base du télémètre est assez courte (+/- 4cm) mais il reste précis et facile à régler.

Le compteur de vue se remet à zéro lorsque l’on ouvre le dos de l’appareil.

Vue détaillée du haut d'un appareil photo vintage, montrant les mécanismes de réglage de l'exposition et de l'obturateur.

Un filetage pour un trépied se trouve aussi en dessous, au milieu de la semelle.

Vue de face d'un appareil photo vintage Beauty Super L, avec un design minimaliste et un objectif Canter de 45mm, sur un fond de bureau avec un clavier et un écran d'ordinateur.

L’appareil est tout en métal et offre une bonne tenue en mains.

Si le sac tout près qui l’accompagne porte une lanière, deux broches permettent d’en fixer une directement sur l’appareil si besoin. Ce genre de sac est toujours un avantage pour bien protéger le boitier.

Que penser de l’appareil ?

Franchement, je le trouve beau. De ces appareils faits pour durer et près de 70 ans plus tard, il fonctionne toujours parfaitement (bien que sur cet exemplaire, il faille régler le télémètre).

Il est lourd (767gr) et rassurant. Sa seule faiblesse est la cellule au sélénium, qui va s’épuiser (même si celle de cet exemplaire est toujours active). Ce qui n’empêchera pas l’appareil de toujours fonctionner, il vous faudra juste prendre une cellule à main.

Si ce boitier peut se trouver aux USA, il est extrêmement rare en Europe.

C’est donc une belle pièce, qui ravira le collectionneur.

Mais c’est avant tout le témoin d’une industrie qui, exsangue, s’est montrée inventive et qui a misé sur l’ingéniosité et la qualité pour se relever, notamment dans le domaine des appareils photos.

S’il est vrai que de nombreux modèles japonais ont été copiés sur ce que l’Allemagne a produit de mieux, ils ont su rapidement s’en éloigner pour créer leurs propres produits et, nous connaissons maintenant l’histoire, ravir la première place dans un marché très concurrentiel.

Au tournant des années septante, le Japon avait remporté tous les marchés du reflex, des fix-focus, des télémétriques et des moyens formats. En Europe, quelques rares marques, dont Leica, Hasselblad, Rolleiflex, par exemple, tentaient de résister, en faisant d’autres choix.

En tout cas, je suis content d’avoir trouvé ce beau Beauty Super L.

Vidéos d’illustration.

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

  • Beauty Super L, aussi appelé Berauty Varicon SL, Japon, 1958 -59
  • Objectif couplé Canter-S 45mm ouvrant à f1.9 – f16 avec 6 éléments en 4 groupes, traité au Lanthanum
  • Réglages de l’objectif sur l’échelle de la valeur lumineuse (EV) : réglage EV effectué avec la bague avant adaptée aux bagues d’ouverture et de vitesse d’obturation.
  • Obturateur Copal-SVL, vitesses de 1s à 1/500s, plus pose B ; synchro flash à toutes les vitesses (X), de 1s à 1/60s pour les flashs à ampoules M ou F, griffe froide, prise coaxiale
  • Posemètre au sélénium Seiko non couplé, intégré à l’échelle EV, avec cellule de rappel au sélénium amovible montée sur des broches au-dessus du panneau avant droit. Le compteur a été indexé pour les lectures en haute ou basse lumière et pour les lectures avec cellule d’appoint.

Des références.

https://vintagecameralab.com/beauty-super-l/, https://camera-wiki.org/wiki/Beauty_Super_L, https://heyjohnbear.wixsite.com/taiyodo/beauty-super-l, https://collectiblend.com/Cameras/Taiyodo-Koki/Beauty-Super-L.html, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Beauty_Super_L, https://collectiblend.com/forum/viewtopic.php?f=5&t=4394, https://en.wikipedia.org/wiki/Camera_Taiy%C5%8Dd%C5%8D, https://camera-wiki.org/wiki/Taiy%C5%8Dd%C5%8D, https://heyjohnbear.wixsite.com/taiyodo en anglais ; https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-10424-Beauty_Super%20L.html, en français.