Recherche rapide : Préambule – Un peu d’histoire – Présentation du Flexaret VI Automat – Que penser de cet appareil ? – Videos d’illustration – Un peu de technique –Des références
Préambule.
Un beau stand, celui d’une dame âgée qui vend de beaux bibelots, de la belle vaisselle et, au détour d’une de ses tables, un beau sac tout prêt qui me titille l’œil.
Ce doit être un TLR, mais lequel. Rapide regard sur le devant du sac en cuir, c’est un Flexaret VI. Tient, j’en ai déjà analysé un par le passé, c’était le Flexaret V.
L’étui est ouvert sur un bel appareil gris, qui possède encore son cache objectif d’origine. Vite, j’ouvre le tunnel de visée et je découvre un magnifique verre gravé de lignes de mise au point. Je sens que je vais bien l’aimer celui-là.
Petite négociation et le voilà dans le sac à dos.
Un peu d’histoire.
Nous sommes à l’Université de Přerov (en Tchécoslovaquie, aujourd’hui République Tchèque), en 1933. Le professeur de physique Alois Mazurek décide de créer une petite usine pour fabriquer des composants optiques, des loupes, des jumelles. Ainsi nait Optikotechna, lancée grâce aux locaux et aux capitaux d’un ingénieur qui croit en l’aventure, Alois Beneš
Dès 1934, la petite société élargit sa gamme de produits et propose des agrandisseurs, des objectifs photographiques en plus des condensateurs de lumières, des loupes et des jumelles initiales.
Pour grandir encore, en 1935, Alois Beneš vend l’entreprise à un important fabricant d’arme pour l’armée tchécoslovaque, Zbrojovka Brno. Avec les nouveaux investissements, on construit une nouvelle usine sur le site et la production s’accroit encore.
Finalement, en 1938, elle fabrique des appareils photo pour compléter son offre. Ce seront les Optiflex, Autoflex et Flexette, des reflex bi-objectifs (TLR) de moyen format 6 × 6, qui marquent le début d’une longue série.
Des bruits de botte annoncent une nouvelle direction pour l’entreprise : de 1939 à 1945 elle est obligée de fabriquer des télémètres, des périscopes, des jumelles et des lunettes de tir pour l’armée allemande, au détriment des autres produits.
Au sortir de la Seconde Guerre Mondiale (1946), l’entreprise est nationalisée et agglomérée avec une série d’autres entreprises actives dans les mêmes domaines. Elle s’appelle désormais Meopta (MEchanická a OPTická výrobA – fabrication mécanique et optique) et reprend la fabrication d’appareils photo, de projecteurs, de caméras pour le cinéma, de jumelles, de lunettes de visée, d’agrandisseurs, etc.
Meopta est maintenant connue dans le monde entier et reconnue pour la qualité de ses produits. Notamment avec ses appareils 6×6 Flexaret, qui seront produits à plus de 600.000 exemplaires jusque dans le début des années septante (1971).
De 1947 à 1970, Meopta sera l’un des plus grands fabricants d’agrandisseurs au monde et le seul fabricant de projecteurs de cinéma (Meopton) en Europe centrale et orientale.
Lors de l’Exposition Universelle de 1958, à Bruxelles, Meopta est primé pour ses appareils photo Mikroma (16mm) et Flexaret (6×6). Le projecteur Meopton 4 a reçu une médaille d’or du Grand Prix.
A l’Exposition Universelle de 1967 à Montréal, Meopta fait la démonstration de ses techniques de projection modernes et reçoit des éloges dans le monde entier.
Dès 1971, la production de produit militaire augmente considérablement dans le cadre du Pacte de Varsovie.
Mais au cours des années quatre-vingt, la demande militaire décroissant rapidement, elle ne fabrique plus que des lunettes de visée pour l’armée et pour la chasse, des télescopes. D’ailleurs, dès les années nonante, les programmes militaires sont réduits à zéro et l’entreprise devient privatisée en 1992, restant alors la seule entreprise d’optique en République Tchèque. Elle sera le fournisseur des grandes entreprise optiques du monde entier.
Elle développe alors des produits pour la chasse et les sportifs, sans abandonner les recherches sur l’optique et l’optoélectronique, dont elle devient un des grands leaders mondiaux.
A ce jour, Meopta fabrique toujours des lunettes de visée pour la chasse, pour les tireurs sportifs, des télescope d’observation, de l’optique de précision, des jumelles et des systèmes optoélectronique dont des conducteurs et des systèmes de commande électroniques optiques pour l’industrie des semi-conducteurs, des systèmes optiques pour projecteurs numériques, des systèmes de mesure sans contact, des lentilles, des prismes optiques.
Pour en revenir aux appareils photos bis-objectifs, les Flexaret ont commencé leur carrière sous le nom de Flexette, en fait un appareil appelé Autoflex de Bradac, fabriqué un court moment par les frères Bradac qui, lorsqu’ils ont cessé leurs activités, ont semble-t-il revendu les brevets à Optikotechna.
Le Flexaret I serait donc un Autoflex remanié, devenu un Optiflex puis un Flexette.
Puis il y aura un Flexaret II (1945 – objectif Mirar 80 mm f4,5 obturateur Prontor) suivi d’un IIa (1948 – obturateur Metax), d’un III (1950 – objectif Mirar 80mm f3,5, obturateur Prontor et manivelle automatique pour l’avance du film), d’un IV (1955 – objectifs Mirar 80mm f3,5, obturateur Prontor SV), d’un V (1958 – objectifs Belar 80mm f3,5 et obturateur Metax, plus avancement et armement couplés par molette ), d’un VI (1964 – 1968 avec d’abord obturateur Metax puis Prontor SVS , et enfin d’un VII (1968 – 1971, obturateur Pentacon Prestor).
Pour en terminer avec la généalogie de ce bel appareil, il faut savoir que les Soviétiques ont repris dans le VEB Pentacon la fabrication des appareils photo et le successeur de ces Flexaret, loués pour leur fiabilité et leur confort d’utilisation sera le … Lubitel !
Présentation du Meopta Flexaret VI Automat.
Tout d’abord, mais c’est tout personnel, je trouve que sa robe grise lui va à ravir, c’est moins triste que le sempiternel noir si sérieux.







Ensuite, l’exemplaire que j’ai acheté doit dater de 1964 car il est équipé d’objectifs Belar (copies très convaincantes des Tessar) et d’un obturateur Metax (copie du Compur). Les appareils ultérieurs, qui bénéficieront d’un obturateur Prontor SVS, auront en plus une échelle de réglage basée sur les EV (indice de lumination), calquée sur les données des cellule à main, qui vous permettait de régler en un seul geste l’ouverture et la vitesse, avec possibilité de débrayage du système.

S’il parait un peu plus simple dès lors, cet exemplaire est toutefois fichtrement bien construit.
Commençons par la visée : dés l’ouverture du couvercle de protection, les 3 autres côtés se déploient au dessus du verre gravé. Certain me diront encore que c’est sombre. Oui, c’est là la touche de ce type d’appareil, à part quelques rares exceptions comme le Mamya C220 ou le Rolleiflex haut de gamme.

Rassurez-vous, la visée se fait très bien car on s’habitue vite et finalement on se rend compte que ce n’est pas si mal que ça.
Le réglage de la distance est simplissime et très agréable car il suffit de faire bouger de droite à gauche et inversement une espèce de compas, en dessous des objectifs, pour faire la mise au point, à partir d’un mètre et jusque l’infini. On peut le manipuler du bout des indexes tout en tenant fermement l’appareil entre ses mains. Ce compas est en outre doté d’une échelle de profondeur de champ bien pratique. Mais, surtout, ce qui ne se voit pas, c’est la superbe mécanique qui est là-dessous car les optiques sont montées sur une rampe hélicoïdale qui assure le parallélisme entre le plan optique et le film bien mieux que les autres systèmes (platine).

Il est équipé d’un obturateur Metax, qui propose des vitesses de 1s à 1/400s, plus un retardateur de 7s et la pose B. Comme c’est un obturateur central, il est synchronisé à toutes les vitesses pour les flashs. Flash qui se monte sur la griffe à gauche mais viendra ensuite se brancher sur la prise PC, en haut sur la face avant.

Autre point fort de cet engin, l’avance du film : elle se fait en tournant la grosse molette à droite. Celle-ci arme l’obturateur (point dur sur la course) et faire avancer le film d’une vue exactement. C’est d’ailleurs ce mécanisme complexe qui donne son nom au modèle (automat).
Un système discret empêche les doubles expositions involontaires. Et je n’ai pas trouvé comment le contourner.
A propos des films, le boitier accepte donc le 120 et le 135mm moyennant l’installation d’un accessoire pour fixer le film 24×36. Un second compteur, à droite, permet de compter les vues (jusque 36) mais n’ayant pas cet accessoire, je ne peux que vous renvoyer au mode d’emploi (voir ici plus bas).

Pour ouvrir le dos de l’appareil, le principe est astucieux et n’autorise pas les fausses manœuvres : il faut d’abord dévisser le petit bouton en haut à gauche et ensuite pousser sur celui-ci pour libérer le verrou du dos. Impossible d’ouvrir par erreur.

La bobine réceptrice doit se trouver en haut. Il faut un peu tirer sur le gros bouton d’armement pour faire entrer la bobine sur les axes et le relâcher ensuite. Normalement, les deux compteurs se remettent à zéro lorsque l’on ouvre le dos mais à vérifier. Si ce n’est pas le cas, en tout cas pour le compteur 24×36, le faire tourner à la main.
Attention, lorsque l’appareil est vide, il est impossible de déclencher, notamment pour vérifier si l’obturateur fonctionne bien. Vous devrez ouvrir le dos et faire tourner la grosse molette pour armer et déclencher, dos ouvert.
Une seconde protection existe pour éviter de gaspiller de la pellicule : au dessus du déclencheur, un petit curseur bloque ce dernier. Pratique si vous avez armé mais pas fait la photo.

Petite remarque utile, le pas de vis pour le trépied est dit au pas du Congrès, il faut donc prévoir un adaptateur pour nos trépieds modernes.
Si vous voulez y monter des filtres, les deux optiques possèdent une monture pour accessoires
spécifique à deux baïonnettes opposées, diamètre intérieur 36mm. Etant donné la forme de la baïonnette, je me demande s’il n’est quand même pas possible de viser un filtre classique en 36mm, à vérifier.
A noter le tableau, à l’arrière de l’appareil, qui reprend ces filtres et, en dessous, un mémo pour se souvenir des caractéristiques du film introduit dans la chambre.


Enfin, le Flexaret VI Automat peut se transporter dans son sac tout prêt, qui porte la bandoulière, ou sans, en ajoutant alors la sangle directement sur le boitier.




La série se terminera par un Flexaret VII qui verra sa vitesse atteindre le 1/500s et qui acceptera 4 formats différents, mais c’est une autre histoire.
Pour des exemples de photos prises avec cet appareil, je vous suggère d’aller voir LA et LA.
Que penser de cet appareil ?
Encore une fois, c’est très subjectif, mais cet appareil est beau, sobre mais avec toutes les commandes utiles au bon endroit, sans superflu.
Facile à utiliser, on pourrait lui reprocher son poids (un bon kilo quand même !) mais tenu à deux mains pour mieux régler la distance, on ne le sent finalement pas, sauf quand vous le portez à l’épaule. Ceci étant, ce poids s’explique aussi parce que dans ce boitier il n’y a rien en plastique, rien que du métal, solide et durable.
Je le citais en titre, c’est un appareil trop peu connu chez nous et pourtant, il fut en son temps reconnu comme excellent : ses objectifs sont une formule Tessar (4 lentilles) et, rappelez-vous le paragraphe sur l’histoire de la marque, la qualité optique est au rendez-vous. L’obturateur Metax est inspiré du célèbre Compur et donne entière satisfaction.
Son verre de visée, gravé pour vous aider à la composition, est finalement bien lisible, même mieux que certains appareils plus chers (non, je ne citerai pas de nom, voyons)
Bref, c’est un TLR que je recommande car il est largement abordable (moins de 200€ en très bon état avec sa gaine en cuir). Ce qui vous laisse encore de quoi acheter des films et gouter aux joies du moyen format, un autre univers. Un petit coup d’œil sur un grand site de vente vous rassurera aussi sur la quantité d’accessoires destinés à cet appareil.
Et vous, vous en pensez quoi ?
Vidéos d’illustration.
Un peu de technique.
Pour le mode d’emploi en français, c’est par ICI (anglais) et LA (français).
- Appareil photo reflex à deux objectifs (TLR)
- Marque : Meopta, Přerov, Tchécoslovaquie
- Film photographique : film120 / 220 en rouleau de film (B2-4 / B2-6 / B2-8 à partir de 1932), accessoire spécial pour film 135
- Format négatif : 6 x 6 cm (12 vues) ; 24×36 mm (36 vues) – 2 compteurs de vues
- Transport de films : avancement par molette
- Mécanisme empêchant la double exposition
- Sécurité du déclencheur
- Lentille de prise de vue : Meopta Belar, anastigmat à quatre lentilles de 80mm de f3,5 à f16, mise au point minimale de 1m à l’infini ; lentille de visée Meopta Belar anastigmat à 3 lentilles de 80mm f3,5 ; les lentilles sont traitées antireflet (le 80mm équivaut à un 44mm en 24×36)
- Obturateur : Prontor SVS, obturateur central ; vitesses de 1s à 1/400s plus pose B ; retardateur de 7s ; synchro flash à toutes les vitesses ; couplage vitesse/ouverture selon indice de lumination (EV) ou obturateur Metax (mêmes caractéristiques sauf échelle EV)
- Flash : prise sur le côté gauche, contact PC sur la face avant
- Tableau des filtres à l’arrière plus mémo de la sensibilité du film en ASA et DIN
- Période de production à partir de 1961jusque 1967
- Matériaux du boîtier : Métal (aluminium, laiton), sellerie cuir gris clair
- Poids : 970gr nu
- Existe aussi en version noire
Si, par malchance, votre Flexaret VI Automat était en panne, Monsieur Suadeau vous explique comment le réparer ICI.
Des références.
https://www.collection-appareils.fr/x/html/page_standard.php?id_appareil=2003, https://www.suaudeau.eu/memo/collection/mformat/Flexaret_automat.html, https://fr.wikipedia.org/wiki/Meopta, https://app-phot-col.com/photcol/pdfr/D6/405.pdf en français ; https://kameramuseum.de/objekte/meopta-flexaret-6-automat/, https://www.lomography.de/magazine/231342-meine-tolle-meopta-flexaret-vi (aussi avec des exemples de photos en 120 et en 135) enallemand ; https://blog.killmayer.fr/flexaret-vi/, http://ericconstantineau.com/photo/review_meoptaflexaretvi_en.html, https://www.thelightmixer.com/blog/flexaret-automat, https://www.meopta.com/en/brief-history/ en anglais
