Recherche rapide : Préambule – Un peu d’histoire – Présentation du Fujica Half 19 – Que penser de cet appareil ? – Vidéo d’illustration – Un peu de technique – Des références
Préambule
C’était une de ces longues brocantes dans laquelle je désespère de trouver quelque chose à déposer dans le sac à dos.
Et puis, là, au détour d’un bout de rue, une petite famille et sur la bâche bleue étendue au sol, quelques appareils photo très propres. Bizarre, personne ne semble s’être intéressé à eux, est-ce parce qu’ils sont en panne ou parce que le lieux est de fait un peu hors du circuit emprunté à trottinette par les chasseurs de trésors qui écument les brocantes, tôt le matin ?
Je ramasse donc deux Fujica Half et un petit Pen EE-3 noir. Je les teste : tout semble bien fonctionner. Je m’enquiers de leur histoire et du prix demandé.
Comme je m’y attendais, ils ont appartenu à un grand père collectionneur, aujourd’hui disparu. Ce sont là des dernières pièces, le petit-fils ne gardant qu’un Rolleiflex, qu’il trouve magnifique, à défaut d’avoir envie de l’utiliser. Ceci explique pourquoi ces trois appareils sont si propres et proches du neuf.
Le prix est correct, que je négocie un peu, pour le plaisir de la brocante et voilà – enfin – trois appareils à poser dans le sac à dos.
Ceci étant, je ne ferai qu’un article sur les deux Fujica Half que j’ai emporté car l’un est le Half classique pour lequel j’ai déjà commis un article.
Un peu d’histoire
ll faut dire que nos amis de chez Fujica ont de la suite dans les idées puisque après avoir honoré le XXè siècle de leurs demi format argentiques (dans les années soixante, nous y reviendrons), ils ont débarqué au XXIè siècle (fin 2025) avec un authentique demi format … numérique.
Ce Fujica Half X (Fujifilm X-HF1) reprend d’ailleurs vaguement les codes de ses ancêtres avec un levier d’armement (mode appareil photo argentique), il joue le jeu de l’argentique en embarquant 13 simulations de film, des filtres créatifs comme Fuite de Lumière ou Halo, ainsi qu’un effet de grain et une surimpression de date.

A ces fantaisies s’ajoute la possibilité d’imprimer directement via une imprimante Instax Link pour profiter immédiatement de ses photos. Petite entorse aux anciens appareils car il fallait d’abord terminer les 72 images de votre film de 36 poses, courir chez le photographe pour les développer et les faire tirer. Que voulez-vous, on n’arrête pas le progrès !
Alors clin d’œil à son passé ou pied de nez à Pentax et son véritable demi-format argentique, le Pentax 17, sorti lui en 2024 ?
Mais revenons à l’histoire …

Les débuts de l’histoire
En 1920, la majorité des films sont encore en rouleaux : le 127, le 120 et ses extensions comme le 220 et le 620, le 135mm (je passe volontairement les tailles plus exotiques de l’époque, qui n’ont pas eu de descendance moderne). Soit vous les enrouliez vous-même dans des cassettes vides, soit certains fabricants vous livraient un appareil photo avec ses cassettes propriétaires.
Un bel exemple sont les cassettes AGFA Karat (1930) que vous chargiez d’un film sur l’une et l’autre devenait le récepteur des images au fur et à mesure des prises de vue.
Dans cet esprit, et pour rester près de notre univers du demi-format, Ansco a vendu dès 1927 un petit appareil étonnant qui utilisait ce format avec des cassettes de film adaptées.

Mais c’est au tournant des années soixante que la pratique photographique se démocratise vraiment. Les appareils compacts ont la cote et un homme, Y. Maitani vient encore bouleverser le paysage en présentant le Pen en 1959. C’est un appareil tout petit, manuel, objectif fixe, focale de 28mm à multiplier par 1,5 (équivalent 42mm en 24×36). C’est l’appareil que l’on emporte partout, tout le temps.
Mais surtout, il propose un demi cadre vertical (18x24mm). Cela veut dire que sur la largeur d’un film de 35mm vous pouvez juxtaposer deux images ayant chacune la moitié de la surface.

Cette disposition particulière permet de multiplier par deux le nombre de photo (72 images sur un film de 36 poses par exemple), ce qui rend le coût à la photo moindre et permet d’en prendre plus pour le même prix. Un autre avantage est que le film utilisé est un film standard (depuis qu’il existe en cassette, vers 1934), plus courant que le format 16mm utilisé par Minolta pour ses appareils sub-miniatures, ou que le format Minox (8x11mm) encore plus petit et qui nécessitent des agrandissements plus importants.

Ensuite, pour les plus créatifs, cela permet de construire de petites histoires en posant deux images l’une à côté de l’autre. On peut alors créer des diptyques : avant/après, capter des mouvements dans l’espace, ou des changements subtils d’expression. Un seul rouleau peut devenir un journal visuel, racontant une histoire en moments compacts et reliés.
Plusieurs marques vont se lancer dans ce domaine : Olympus bien sûr, Canon avec son Demi, Konica avec le Recorder, Ricoh avec l’Auto Half et Fujica. D’autres pays que le Japon vont aussi en proposer, comme l’Allemagne avec le Robot Star 50, ou les Russes avec le Chaika II, ou encore les Chinois avec le Seagull 203.
Même les belles histoires ont une fin
Deux facteurs vont sonner le glas de ces demis formats : tout d’abord, le Rollei 35 (1963), un appareil 24×36 qui a une taille proche de celle d’un demi format et ensuite le film 126 introduit par Kodak la même année. Le Rollei 35 ouvre la voie à d’autres appareils de plus en plus compacts mais qui utilisent le film 135 et Kodak, puis Agfa et consorts ouvrent la voie des appareils simplissimes et minuscules.
Les années septante verront la fin de ces boitiers particuliers … quoique (voir plus bas).
Vous pouvez toujours vous amuser et exprimer vos fantaisies, tant avec des appareils anciens que de plus récents.
Pour en revenir plus spécifiquement à Fujica, il lance son Half en 1963, la même année que le Demi de Canon. Ils ont tous deux des caractéristiques similaires : exposition automatique, cellule au sélénium à côté du viseur, vitesses et ouvertures de 1/250s à f22 jusque 1/30s à f2,8. Vous pouvez lire l’échelle ouverture/vitesse dans le viseur et certains permettent de travailler en manuel (sauf sur le Canon Demi).

Ce Fujica Half connait un réel engouement dû non seulement à la qualité de sa fabrication, sa taille réduite et ses spécificités que j’ai reprise dans l’article qui lui est consacré.
Petite revue des demis-formats de chez Fujica
Le Mini, présenté en 1964, est sans doute le plus petit appareil photo demi cadre connu. Il propose une lentille de 25mm ouvrant à f2,8, fixe. Il possède une vitesse unique de 1/200s et sa cellule au sélénium assure des sensibilités de 25 à 200Asa.

Puis, en 1966, ce sera au tour du Rapide D1 dont la principale curiosité est le moteur à ressort. Sa cellule est autour de l’objectif, un 28mm ouvrant à f2,8.

En 1967 le concept du Half évolue et Fujica présente le Half 1,9 avec, vous l’avez deviné, un objectif ouvrant à f1,9. Je reviendrai plus loin sur ces caractéristiques.
Finalement, en 1985, Fujica produira encore le TW-3, un dernier demi cadre à la forme originale et au concept qui ne l’est pas moins puisqu’il propose deux focales : un 23mm et un 69mm ouvrant tous les deux à f8 et un moteur intégré (piles).

Cette mode s’est éteinte au fur et à mesure que les appareils plein cadre (24×36) se miniaturisaient mais les photographes ont dés lors perdu la faculté de raconter des histoires courtes, possibles avec le demi format. Il est vrai aussi que cette technique avait toute sa pertinence quand le film coutait encore cher et l’a tout à fait perdue avec la raréfaction de ce dernier.
Le dernier hybride ludique semble donc bien être le Fujifilm X-HF1 ou Fujifilm Half X et en argentique le Pentax 17 (550€) ou le Loumourette (69€) de Lomography, bien que Kodak présente de nos jours un appareil aussi tout en plastique (69€) en demi-format (Kodak Ektar H35 Retro).



Amis photographes, courage, certains fabricants ont encore des idées !
Présentation du Fujica Half 1,9
Physiquement, c’est un beau rectangle aux angles arrondis, chromé et noir, finalement d’un abord qui inspire la confiance. Notamment par son poids et la qualité de ses assemblages.
Par rapport au Fujica Half classique, le Half 1,9 apporte quelques différences visibles rapidement, surtout si vous aimez le jeu des 7 erreurs :

Descriptif du Half 1,9



Présentation des commandes
Ce petit boitier a la bonne idée de pouvoir travailler en automatique, auquel cas le posemètre va fixer la combinaison ouverture/vitesse et, cerise sur la gâteau, va l’afficher dans le viseur. C’est très complet, hélas, lorsque la cellule rend l’âme (cellule au sélénium), vous basculez en manuel et vous ne bénéficiez plus de l’aide du posemètre mais vous pouvez tout régler vous-même.

L’ouverture du diaphragme se règle avec la molette du réglage Asa/Din. Lorsque vous la mobilisez, les chiffres changent sur le pourtour de l’objectif. Attention, la vitesse et l’ouverture sont couplées en fonction de la sensibilité du film. Lorsque la cellule fonctionne, une aiguille à droite dans le viseur, vous indique si l’exposition est bonne.

La distance se règle elle avec le petit levier à gauche de l’objectif et elle se répète dans le viseur via des pictogrammes explicites (personnage, foule, montagne).

Tout se corrige du bout des doigts, facilement.

Petit aparté à ce sujet : maintenant, le levier des distances fonctionne sur cet exemplaire, mais quand j’ai acheté le Fujica Half 1,9, impossible de le mouvoir, la graisse du mécanisme ayant figé. J’ai alors utilisé une fine aiguille, que j’ai remplie d’essence à briquet et je l’ai injectée dans le mécanisme (et j’ai dû m’y reprendre à 3 fois). Enfin, le levier s’est libéré et j’ai pu faire les réglages sans difficulté ensuite. Comme quoi un petit bidon de réserve peut nous sauver la mise.
Sur la face avant donc, la grosse molette pour régler la sensibilité du film (limité de 25 à 400Asa) : vous soulevez la roue pour placer le repère sur le chiffre adéquat. A côté, la fenêtre du viseur et le nid d’abeille de la cellule au sélénium (ici, épuisée). A coté de l’objectif, à gauche, un connecteur PC pour le flash, si nécessaire.
Sur le capot, le levier d’armement, très court et avec une course réduite. Devant lui, le déclencheur. Au milieu, la griffe porte-accessoires, sans contact.

A l’extrémité gauche, une grosse molette avec en son centre, la manivelle de rebobinage. Mais cette molette a une double fonction car elle sert aussi à régler le minuteur.
Par dessous, le compteur de vue, qui se réinitialise dès l’ouverture de la porte. Puis le petit bouton pour débrayer le film avant de le rebobiner, et un peu plus loin, le filetage pour fixer un trépied.


Le viseur, à l’arrière, ouvre sur la face avant. Il est clair et positionné en format portrait (cadrage vertical), ce qui veut dire que si vous voulez prendre une photo en format horizontal, il tourner l’appareil à 90°.

Lorsque vous regardez à l’intérieur, sur la gauche, les pictogrammes de distances ; à droite, l’aiguille qui se déplace selon la lumière captée, avec des repères de sur ou sous exposition ; et au dessus, l’ouverture choisie en fonction de la vitesse (illustration en mode automatique). En mode manuel, la vision est identique mais l’aiguille ne se déplace pas.
Les vitesses s’échelonnent de 1/8s – 1/15 – 1/30 – 1/60 – 1/125 – 1/250 – 1/500s, plus pose B. Les ouvertures, elles, s’échelonnent de f1,9 à f22.
C’est assez étonnant de retrouver sur un si petit boitier un concentré de se qui se faisant le mieux à l’époque.
Un mot encore sur son objectif : un 3,3cm ouvrant à f1,9, un Fujinon. Qui a généralement très bonne réputation, et l’ouverture, ici, tranche avec les f2,8 ou f3,5 que l’on retrouve habituellement sur ce type d’appareil. Plusieurs auteurs le qualifient de très pointu, un autre bon point.

Si vous voulez y placer un filtre, c’est au diamètre de 43mm
La griffe porte-accessoire est dite froide, il n’y a pas de contact pour la synchronisation au centre. Il faut relier le flash au Half 1,9 via la prise PC qui se trouve à côté de l’objectif, à gauche. Le flash se synchronise à toutes les vitesses mais si vous utilisez des ampoules, la vitesse de synchro doit être de 1/30s

Un mot aussi sur le minuteur. Sur la face arrière, un point vert fluo sur un levier coulissant de S à L : lorsque vous désirez utiliser le minuteur, vous faites glisser le levier vers la lettre L et vous tournez, dans le sens horaire (voir la flèche) la molette au dessus de ce levier. Ensuite vous armez l’appareil et vous lancez le minuteur est faisant glisser le levier sur S. Vous aurez environ 10 secondes pour être sur la photo.

Petite attention car vous pouvez avoir armé le minuteur mais ne pas vous en servir de suite : tant que vous ne placez pas le levier sur S, vous pouvez continuer à prendre des photos normalement.
Ah oui, si vous voulez voir ce que donne les images captées par ce Fujica Half 1,9, rendez-vous LA.
Que penser de cet appareil ?
S’il est un peu plus grand que l’Olympus EE-3, il est aussi plus sophistiqué que ce dernier et plus polyvalent.

Avec lui, prévoyez soit une grande poche solide ou, mieux, un petit sac car il est encore fait de bon métal et très peu de plastique. L’exemplaire que je vous ai montré ici était aussi équipé d’une dragonne d’époque, que l’on peut changer pour un modèle moderne, plus confortable.
A coup sûr, c’est un appareil qui ne laissera pas indifférent car il est très connoté sixties, c’est d’ailleurs là tout son charme, je trouve.
Soit vous ajoutez dans votre sac une cellule à main, soit vous pratiquez le Sunny f16 mais vous pourrez toujours tout contrôler, surtout si comme ici, la cellule est hors service.
Finalement, la question à se poser est : Fujica Half ou Fujica Half 1,9 ?
C’est une question de goût car tous les deux sont agréables et donnent satisfaction pour raconter des histoires, les vôtres.
A quoi faire attention en cas de trouvaille ? La cellule fonctionne-t-elle encore ? Si oui, l’appareil ne devrait pas dépasser 50€, si non, à vous de négocier. Le minuteur est-il toujours fonctionnel (ressort) ? Les mousses du dos doivent-elles être changées ? Le curseur des distances glisse-t-il facilement ? Arme-t-il et déclenche-t-il ? A vous de vérifier ces points, sachant que ce type d’appareil est solide mais rien ne résiste aux brutes et aux maladroits.
Bon amusement, il vous reste à acheter de la pellicule.
Vidéos d’illustration
Un peu de technique
Pour le mode d’emploi, c’est par LA.
Des références
https://findmax.fr/nos-tests-produits/appareils-photo,compact-fuji/test-fujifilm-x-half-compact-demi-format/, https://phototrend.fr/2025/04/fujifilm-teaser-half-the-size-twice-the-story/, https://www.chassimages.com/index.php/2025/05/22/fujifilm-x-half-compact-retro/, https://www.digitec.ch/fr/page/fujifilm-x-hf1-le-digicam-le-plus-analogique-du-monde-38081, https://dutchthrift.com/fr/blogs/gear/fujica-half-review-vintage-half-frame-35mm-gem-for-creatives, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-5849-Fujica_Half.html, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-15397-Fuji_Fujica%20Half%201,9.html, https://bromurefilm.com/blogs/argentique/appareils-photo-argentiques-demi-format-economiser-sur-pellicules-capturer-plus-images, https://reportage-image.com/blog/2025/7/7/tous-les-formats-de-pellicules-argentiques (pour tous connaître sur les formats de film), https://www.lomography.fr/magazine/355203-the-beauty-of-half-frame-photography, https://pratique.photo/le-demi-cadre-en-24×36/, https://99camerasmuseum.com/fr/ansco-memo, en français ; https://camera-wiki.org/wiki/Fujica_Half_1.9, https://women-and-dreams.blogspot.com/2017/08/fujica-half-demi-siecle.html, https://juliantanase.com/fujica-half-the-72-frames-journey/, https://www.35mmc.com/15/06/2023/5-frames-with-fujica-half-1-9-33mm-f1-9-half-frame-camera/, https://thegashaus.com/2018/05/12/fujica-half/, https://www.halfframeclub.com/fujicahalf.html, https://subclub.org/shop/fuji.htm, https://mikeeckman.com/2018/05/fujica-drive-1964/, en anglais
