Argentique

Un autre Pocket un peu sophistiqué, le Kodak Tele-EKTRALITE 600 camera.

Préambule.

Un coffret noir, qui trainait sur une table parmi d’autres objets. Un rapide coup d’œil m’indique que c’est un Kodak qui doit se trouver à l’intérieur. Je l’ouvre par acquis de conscience car ce pourrait être un des nombreux Kodak d’entrée de gamme ou un des rares un peu plus sophistiqué : bonne intuition, c’est un Kodak Tele-EKTRALITE 600.

Petite négociation rapide et voilà le coffret dans le sac à dos.

Et aujourd’hui, il sera bien seul car sur cette brocante, à part des épaves, des Clack, des Kodak Instamatic, il n’y avait rien à se mettre sous la main.

Alors partons à la découverte de ce Pocket.

Un peu d’histoire.

L’histoire du format 110 a déjà mainte fois été évoquée, je vais donc la passer (pour ceux qui viennent d’arriver sur le site, allez-voir, par exemple sur les articles consacrés à l‘Agfa 3008, le Fujica Pocket 400, le 110 revient, comment ne pas dépenser trop , et l’excellent article paru sur Collection-appareils à ce sujet).

Revenons juste à la genèse du film et des appareils conçus avec et pour lui, les Pocket Instamatic, dont les premiers sont numérotés 20 – 30 – 40 – 50 – 60 – 100 – 200 – 300 – 400 – 500, tous sortis en 1972, date de lancement du film au format 110.

Petit aparté : si chez Agfa c’est assez facile de s’y retrouver avec les familles (voir article sur l’Agfa 3008 cité plus haut), chez Kodak, il y a pléthore de références dont nous pouvons essayer de dégager quelques grandes lignes : les Pocket Instamatic, les premiers fabriqués (1972 – 1976) ; puis les Instamatic (1974 – 1978) qui ont comptés quelques Tele. Cette gamme utilisait exclusivement les flashs en cube, appelé MagiCube. Ensuite, à partir de 1975 et jusqu’en 1983, ce seront les appareils utilisant les FlipFlashs, les Ektra et leurs déclinaisons. Enfin, une troisième série de 1980 à 1990, qui utilisera des flashs intégrés, des Ektra ou Extralite et leurs déclinaisons. Si tout ceci est bien compliqué, c’est parce que sous l’emblème Kodak, des bureaux d’étude des quatre coins du monde s’y sont attelés : Etats-Unis, Angleterre, Canada Allemagne, Brésil.

Si vous voulez compulser la série complète, c’est par LA et LA encore, sous forme de ligne du temps.

Au fur et à mesure des évolutions, on peut donc distinguer les appareils qui utilisent les Magicubes, puis les Flipflashs et enfin les flashs électroniques intégrés, avec quelques exceptions pour au moins deux modèles qui utilisent un flash électronique externe.

A cela, et toujours selon les bureaux d’études des pays de production, on peut ajouter des différences stylistiques. Ainsi, les Instamatic non jamais reçu de protection alors que les Ektra en ont reçue une, sous forme de la poignée, qui se repliait sur l’appareil. Sa fonction était donc double : protéger le boitier et proposer une prise assurant une meilleure tenue en mains pour capturer des photos.

C’est en Allemagne et en Angleterre que ces détails ont été ajouté, parfois copié par les USA, comme pour cet appareil en particulier.

Dans l’évolution des modèles, on peut retenir aussi le passage à des appareils avec télé, en fait une lentille qui vient se placer devant le viseur et l’objectif (comme sur les Agfamatic Pocket) ; des vitesses qui évoluent, couplées à des objectifs plus ou moins lumineux ; puis l’adjonction de cellule au CdS. Il y eut même un modèle muni d’un télémètre et d’une cellule (Pocket Instamatic 60, 1972 -1976).

Bien souvent des Pocket Instamatic se superposent dans les périodes de vente et ils ne se suivent pas forcement en terme de fonctionnalités : ainsi il y eut un Tele-Ektralite 40 (1979 – 1981) qui proposait un objectif ouvrant de f5,6 à f22 avec des vitesses de 1/100s et 1/500s (USA) mais sans cellule alors que le Tele-Ektralite 600 (1980 – 1982) pourrait être considéré comme un successeur car il possédait lui une cellule au CdS mais avec un objectif beaucoup moins clair car ouvrant de f8 à f22 et avec des vitesses limitées au 1/125s et 1/250s (USA aussi).

Difficile de trouver une logique, s’il y en a une.

Ne boudons pas notre plaisir, et voyons ce que ce Pocket Tele-EKTRALITE 600 nous propose …

Présentation de l’appareil.

Comme ses homologues de chez Agfa, les Tele-Ektralite ont un parfum de nostalgie car eux aussi ont été offert en cadeaux pour chaque occasion de la vie : anniversaire, fêtes de fin d’année, communion, réussite scolaire, départ en vacances, etc., même si ce modèle était considéré comme un haut de gamme.

Faciles à utiliser, discrets et éminemment portables, ils étaient de toutes les poches et donc de toutes les sorties. Même les films ne prenaient pas de place et on en avait bien toujours deux ou trois sur soi, en poche ou dans le sac à main (car ils étaient limités à 12 ou 24 poses maximum). Ceux qui possédaient un flash intégré simplifiait encore la prise de photo et réduisait l’encombrement au maximum.

Considérons ce qui fait la spécificité de cet appareil.

Tout d’abord, sa poignée qui, lorsqu’elle est replié, forme une coque protectrice et, lorsqu’elle est dépliée, assure un maintient intéressant de l’appareil. Une belle idée en fait.

On pourrait objecter qu’il est bien plus grand que l’Agfamatic 3008. C’est vrai mais n’oublions pas qu’il ne faut pas y ajouter un flash puisqu’il est intégré. On peut toutefois toujours le placer dans une poche ou un sac, sans difficulté.

Outre ce flash, bien utile, parlons de ses autres équipements.

Tout d’abord, son objectif : de base, c’est un Reomar de 22mm qui ouvre à f8 constant. Etant donné la taille du film, il est l’équivalent d’un 40mm en 24×36. Mais, grâce à une lentille qui coulisse devant le viseur et l’objectif, on passe à un 44mm (soit un 88mm ou un mini-télé). Petite particularité, que l’on découvre et faisant glisser le curseur et en regardant dans le viseur : il y a en fait 5 choix lorsque l’on est en position Tele, où l’on voit un indicateur glisser sur des pictogrammes allant de portrait à paysage. Si vous repassez en position normal, la barre des pictogrammes à disparu.

Nous n’allons pas quitter le viseur mais en passant par le … déclencheur. Celui-ci m’a fait penser, la couleur en moins, au Sensor des Agfa : une légère cuvette autour du déclencheur incite le doigt à appuyer sur un minuscule bouton orange niché au centre. Lorsque vous visez une scène, en appuyant légèrement sur le bouton, vous verrez dans le viseur une diode verte s’allumer si la photo est possible sans flash et si elle est rouge, c’est que la lumière n’est pas suffisante. En laissant votre doigt appuyé 3 secondes sur le déclencheur, le flash va s’activer automatiquement et la diode repasser au vert lorsque vous pourrez déclencher. Malin.

Vue rapprochée du boîtier noir de l'appareil photo Kodak Tele-Ektralite 600, avec objectif et interrupteur visibles, posé sur une surface près d'un clavier.

Ce flash a un nombre guide de 14 pour 100Asa, ce qui est plus puissant que sur les autres Ektralite (NG10).

Enfin, pour en terminer avec le viseur, disons encore qu’il est collimaté avec lignes pour correction de la parallaxe mais seulement en mode portrait, c’est-à-dire l’appareil maintenu à la verticale.

L’appareil possède aussi une cellule au CdS comme je le soulignais plus haut. C’est elle qui analyse la lumière et règle la vitesse d’obturation, l’ouverture étant toujours fixée à f8. La cellule (près du logo de la marque) est alimentée par une pile de 9v, utilisée aussi pour le flash. Le voltage est assez inhabituel.

Petite publicité de 1982.

Page publicitaire présentant plusieurs modèles d'appareils photo Kodak des années 1980, y compris le Kodak Ektralite 600, avec descriptions et prix.

Pour ouvrir la chambre, il faut pousser la porte, qui sert aussi de compteur de vue, vers la gauche sur +/- 2mm et soulever celle-ci. La cassette contenant le film se pose dans la chambre, que l’on referme en refaisant glisser la porte sur la droite cette fois. Lorsque celui-ci est dans la chambre, il faut armer plusieurs fois, avec le petit curseur sous l’appareil, jusqu’à ce que le chiffre 1 apparaisse sur le papier du film. Vous êtes prêt pour votre première photo.

En fin de film, pas de rembobinage ici mais vous continuez à armer l’appareil jusqu’à ce que vous sentiez que le film passe intégralement dans la cartouche de gauche (fenêtre noire). Il suffit d’ouvrir à nouveau la porte et de recharger une nouvelle cassette de 110. Petit truc quand même, placez le film terminé dans la pochette de celui qui le remplace ou dans un endroit à l’abri de la lumière vive pour éviter les (mauvaises) surprises.

Pour une idée des capacités de l’appareil, c’est par ICI.

Que penser de cet appareil ?

Encore une fois, ce n’est pas le plus petit des appareil qui utilise le format 110, sans être le plus grand (voir le Gracia 505 XLR), mais il a l’avantage du flash intégré, plus simple d’usage.

Sa poignée est un petit plus indéniable pour bien le tenir, sans trop bouger lors des prises de vue. D’autant qu’il est assez lourd pour un miniature.

Ses trois avantages, à mon avis, sont la cellule CdS, le passage du normal au télé, le flash intégré. De quoi voir venir sans trop de soucis.

La littérature est peu nombreuse sur ces appareils, produits eux aussi par millions pourtant. Je n’ai ainsi pas pu déterminer en quelle matière était fait l’objectif (plastique, verre, mixe des deux comme chez Agfa ?).

Ceci étant, il semble que la qualité des images ne soit pas mauvaise (voir lien ci-dessus).

Toujours est-il que c’est là un boitier assez complet, pas trop encombrant, facile d’usage, que l’on peut acquérir pour des prix très raisonnables (entre 5 et 15€) ou trouver gratuitement dans les tiroirs de ses parents ou grands-parents, oncles, tantes (faites donc le tour de la famille).

Une autre manière de découvrir le format 110 sans se ruiner car il vous laissera assez de sous que pour acheter des pellicules chez Lomography.

Bon amusement.

Vidéo d’illustration.

Un peu de technique.

  • Kodak Tele-Ektralite 600
  • Produit entre : 1980 – 1982 (USA)
  • Objectif : Reomar de 22mm et 44mm (avec ajout d’une lentille devant l’objectif) ouvrant à f8
  • Type de film : cartouche de 110
  • Taille de l’image : 13 x 17 mm
  • Vitesses de 1/125 et 1/250s
  • Cellule au CdS, alimentée par pile de 9v
  • Flash intégré de NG14 pour 100Iso

Des références.

https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-686-Kodak_Tele-Ektralite%20600.html, en français ; https://camera-wiki.org/wiki/Kodak_Tele-Ektralite_600, https://collection.sciencemuseumgroup.org.uk/objects/co8208496/, https://kodak.3106.net/index.php?p=211&cam=1071, en anglais.