Les nouveautés en un lieu

Martin Parr est toujours dans nos esprits : l’exposition Global Warning

Il y a quelques temps, je vous faisais part de son décès.

Des réactions sont apparues un peu partout pour regretter ce grand photographe humaniste, à la vie féconde et à la production rafraichissante.

Humaniste car il a centré son œuvre sur l’homme, dans sa banalité, ses travers, ses extravagances, ses différences. Pas de jugement ici, juste un regard, plein d’empathie et d’ironie, ce qui pourrait paraître antinomique mais fonctionne ici parfaitement. Conséquence de ce non-sens britannique ?

Il nous reste encore bien présent aussi grâce à ses nombreux livres et à quelques expositions qui sont judicieusement proposées.

Notre ami Patrick a eut l’occasion d’en visiter une à Paris et il nous livre ici le lien vers les photos qu’il a réalisées en hommage à Martin Parr .

Merci à lui de les partager avec nous.

Et voici les coordonnées de cette belle expo, au Jeu de Paume à Paris, ouverte jusqu’au 24 mai 2026

Femme se relaxant au soleil avec des lunettes de soleil, sur une serviette bleue, photographiée par Martin Parr à Benidorm, Espagne, en 1997.

Les nouveautés en un lieu

Martin Parr nous a quitté … bien trop tôt.

Portrait d'un homme aux cheveux bruns, portant une chemise à motifs floraux sur fond flou.

Triste nouvelle que celle-là, Martin Parr, le photographe anglais qui nous faisait aimer une Grande-Bretagne différente, nous a quitté ce samedi 6 décembre.

Sa photographie, colorée, amusante, grinçante, irrévérencieuse, nous racontait l’historie banale de gens normaux mais avec ce ton décalé, peut-être propre à l’humour anglais, qui fit son succès.

C’est son grand-père paternel qui lui fait découvrir la photographie, vers ses 13 ans, et qui lui offrira son premier appareil photo, un Kodak Retinette accompagné d’un livre de 1959, intitulé Instructions to Young Photographers.

A 16 ans, il commence à collectionner les photographes contemporains et se lance dans une première série de photos, consacrées à une boutique de fish and chips. So british.

Il entreprend ensuite des études de photographie, mais son esprit décalé lui vaut presque d’être viré de la Manchester Polytechnic. C’est finalement un travail d’immersion dans le milieu psychiatrique (plus de trois mois), qui lui sauve la mise et confirme qu’il est capable de faire un travail sur un temps long parfaitement maitrisé.

Il obtiendra son diplôme en créant une installation, Home Sweet Home, qui reconstitue sa chambre d’adolescent. Un univers on ne peut plus kitch : papier peint rose, faux feu de bois, fleurs en plastiques, images banales fixées aux murs. Un parfum de banalité bon marché, son univers visuel en devenir.

Photographe d’un centre de vacances, le Butlin’s, alors qu’il est encore aux études, il réalise une première série de photos en noir et blanc où il illustre les loisirs populaires.

Ensuite, avec un ami, ils photographient dans Manchester une rue typiquement victorienne vouée à la démolition. Armé d’un Hasselblad, ils vont photographier les familles et leurs intérieurs de cette rue qui servit de décor dans une série télévisée populaire, Coronation Street.

C’est à cette époque qu’il rencontre Susie Mitchell, qu’il épousera en 1980. Avec elle, il entreprend le projet The Non-Conformists. Ils vont s’immerger pendant 4 ans dans une communauté rurale méthodiste. Susie enregistre les histoires, le quotidiens des habitants tandis que Martin photographie leur quotidien, banal et monotone, ce qui le fascine.

Après leur mariage, ils s’établissent en Irlande et Martin y réalise une série basée sur l’obsession des britanniques pour la météo, Bad Weather, qu’il réalise grâce à un Leica étanche.

Martin Parr s’installe ensuite à Liverpool et se lance dans une nouvelle série, The Last Resort, consacrée à une petite station balnéaire, New Brighton. C’est à cette occasion qu’il quitte le noir et blanc pour la couleur, un choix majeur dans son œuvre.

Difficile de raconter en quelques mots le parcours de cet enfant terrible de la photographie britannique, mais il se consacrera à de nombreuses séries consacrées aux modes de vie des britannique, à l’évolution de la société de consommation, à des satires du quotidien, d’autres à celle du tourisme globalisé, le tourisme de masse. Il égratigne aussi avec jubilation la set-jet désabusée, l’uniformisation mondiale.

Après de nombreuses tribulations, il entre chez Magnum et en sera même président de2013 à 2017.

Il sera présent aux Rencontres d’Arles, grâce à François Hébel, à leur création en 1986. Il y sera ensuite régulièrement invité et sera même le directeur artistique invité des Rencontres de la photographie d’Arles en 2004.

Collectionneur compulsif d’un peu de tout, il possède sans doute la collection de livres sur la photographie la plus importante du monde. Il a compté jusqu’à 30.000 livres sur le sujet. La Tate de Londres lui en rachètera 12.000 pour la fondation Luma de Maja Hoffmann. Ce qui ne l’empêche pas de recommencer à en acheter de nouveau par milliers.

En 2014, il crée à Bristol sa propre fondation, la Martin Parr Foundation. Elle regroupe ses archives photographiques et ses collections de clichés d’autres photographes, surtout anglais et irlandais.

Il publiera de nombreux ouvrages (plus de 120), sera au cœur de très nombreuses expositions, seul ou collectivement. Son œuvre fera l’objet de plusieurs reportages et elle sera reprise par des chanteurs comme Vincent Delerm, qui lui consacre une chanson. Il est entré de plein pied dans la culture populaire.

Que retenir de cette œuvre ?

On pourrait la qualifier de photographie documentaire, mais avec cette approche ironique, qui cultive la dérision. C’est une photographie qui retrace la vie des britanniques, sans fards.

Equipé tout un temps de son Plaubel Makina (moyen format) avec un objectif grand angle (55mm) et de son flash, qu’il utilise même en plein jour, il traque le commun, le dérisoire, le banal, avec son humour particulier.

Il a égratigné la malbouffe, le tourisme de masse, le luxe ostentatoire, le consumérisme exacerbé, l’ennui, les loisirs formatés. Ses couleurs saturées, ses angles d’approche hors norme, sa silhouette souvent mal habillée, son humour so british vont nous manquer.

Il nous restera son œuvre, ses livres, ses expositions pour nous consoler.