Argentique

Canon F-1 Old

Hé oui, j’ai eu envie de m’offrir une légende. Et comme je ne suis pas Nikon, je suis resté chez … Canon.

A gauche, le Canon F-1 News et à droite le Canon F-1 Old

Je ne vais pas reprendre les explications détaillées que vous trouverez sur ces toujours aussi intéressants sites : http://35mm-compact.com/reflex/canonf1.htm. et https://www.danstacuve.org/test-canon-f1/ et bien sûr http://www.fou-du-canon-f-1.net/materiels/index-4/

Par contre, je vais (essayer de) vous donner mes impressions face à ce boitier mythique.

Enfonçons une porte ouverte, il est lourd (820 g tout nu), mais pas désagréable à tenir en main. Carré, bien équilibré, tout est à portée de main (ou doigts en l’occurrence). Tout en métal, à une époque où le plastique n’avait pas encore tout envahi, il respire le costaud de service.

Pour tout dire, avec son concurrent, le Nikon F, il fut de tous les champs de bataille de son époque (1971 – 1981), et il en eut : le Viêtnam, le Laos, le Cambodge, la Jordanie, la Rhodésie, l’Éthiopie, Israël, l’Égypte, le Liban, …. (voir la liste sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_guerres_contemporaines).

A ce sujet, saviez-vous que Don Mc Cullin dû la vie sauve à son boitier Nikon F ? Je vous renvoie à cette image terrible (https://www.flickr.com/photos/martsharm/4683329492/) du boitier qui reçut la balle à sa place. Heureusement qu’à l’époque les constructeurs fabriquaient en métal, solide !

Malgré ce côté pro – ou à cause de – il est très facile a utiliser : vous sélectionnez la vitesse et le diaphragme et il ne reste plus qu’à faire la mise au point et déclencher. Avec l’excellent parc des optiques FD (créées pour lui), que l’on trouve encore à des prix abordables, vous avez une machine à faire de belles photos.

Celui que j’ai acheté m’a juste demandé de commander un 50 mm f1:1,4 monture FD (le f1:1,2 c’est un autre mythe, qui reste inabordable) pour l’accompagner. Je vais devoir changer les mousses, notamment celle du miroir, qui a disparu; de trouver des piles compatibles – et ici j’ai fait une exception à mon habitude de « fourrer » partout une LR44 – j’ai commandé une Weincel MRB 625 de 1,35 V car la cellule est sensible au voltage.

Dernier jour de l’année 2019 et j’ai terminé les petites réparations du F1. Tout d’abord les mousses : pas facile de nettoyer tout ça car il faut éviter que des résidus ne tombent sur le miroir ou, pire, le dépoli. Patience et concentration sont de rigueur … et un petit « PostIt » pour protéger le dépoli. Pour ôter les résidus de colle, un petit produit que l’on trouve en grande surface (trouvé chez Aldi), mieux que l’acétone tant pour les odeurs que pour les plastiques, qui sont sensibles à ce produit (même s’il n’y a pas de plastique sur le F1, mais juste avant lui, j’ai aussi changé la mousse du Ricoh R1, qui lui est tout en plastique). Puis il faut aussi s’armer de patience et de méticulosité pour couper les différentes mousses au bon gabarit. Notamment pour les rainures du dos (2 mm et 1 mm de largeur). Si vous deviez le faire, munissez-vous de bons cutters (genre scalpel) et faites gaffe à vos doigts, d’une plaque à découper (vous voyez, ces grandes plaques en plastique vert, graduées et quadrillées que l’on trouve dans les magasins destinés au hobby (ou bêtement chez Action); de quelques coton-tiges et, petite astuce, de baguettes (que vous avez souvent en trop avec vos sushis) et de cure-dents. C’est avec eux, taillés en biseau ou à plat, que vous allez pouvoir racler les vielles mousses. Comptez deux bonnes heures pour arriver au bout : changement de la mousse de la charnière, des deux rainures du dos, du miroir. Et où trouver ces mousses ? Parfois sur un grand site de vente mais toujours sur http://www.aki-asahi.com/store/html/light-seal/string/foam.php. (et, petite astuce, chez lui, vous trouvez les mousses prédécoupées). Ce site est incontournable pour les mousses et aussi pour les vrais ou faux cuirs de vos appareils, que vous pouvez customiser dans des couleurs parfois, disons, psychédéliques.

Ensuite, j’ai reçu et l’objectif commandé (comme neuf et il a près de 50 ans !) et les Weincel. Petite installation de tout et …. tout fonctionne comme au premier jour. Vraiment c’est extraordinaire de « sentir » ce vieux boitier (mon boitier date de février 1976, un des derniers « vrais » Old F 1) repartir sans rouspéter et de découvrir au fur et à mesure les astuces d’avant le « tout électronique ». Si un jour vous avez la chance de manipuler un F 1, vous comprendrez ce dont je parle (petite fenêtre pour éclairer la barre de mesure, rappel des vitesses avec couleurs différentes pour les rapides et les lentes, prismes interchangeables, verres de visées interchangeables, etc.).

A l’époque, on fabriquait solide et durable : la mise au point du F1 a pris 5 ans et Canon y a mis tout son savoir-faire de l’époque. Bien qu’il y eut, en 1976, une petite évolution avec le F 1 N, il sera opérationnel 10 ans, sans être dépassé (de 1971 à 1981). Ce n’est qu’à cette époque que sortit celui qui devait le remplacer, le New F 1.

Une petite video fort bien faite pour illustrer mes propos :

Argentique

Le Leica M3, mythe ou réalité ?

Ben oui, dans la vie, faut parfois prendre des risques, alors je m’attaque au mythe du Leica M3 !

Si vous avez lu les articles précédents, concernant le petit comparatif des télémétriques que je vous propose, j’ai finalement eu en mains quelques beaux exemples de ces appareils réputés : du Zorki Ic au Canon P, en passant par le Leica IIIf, un Kiev 4AM et un Zorki 4K.

Mais me direz-vous, ce sont soit des Leica, soit des copies ! Oui, et non (mes lecteurs normands vont être ravis) car oui, Oskar Barnak a inventé un appareil compact en 1913 (le Ur-Leica) mais le premier télémétrique fut le Kodak Autographic Spécial (1916), et non, car dans les années ’30, Leica, Contax, Zeiss ont développés leurs propres modèles, qui ont inspiré d’autres constructeurs (Foca p. ex. en France) et suscité quelques copies, dont des appareils russes, mais aussi japonais (Nikon, Canon, Minolta,…).

Donc tous n’ont pas copié Leica mais beaucoup s’en sont inspirés, avec parfois des avancées que Leica a lui-même intégrées … après.

Ça, c’était avant 1953 car à cette date, Leica a présenté le M3. Qu’avait-il de plus ? Tout d’abord, il a inauguré une nouvelle monture, pour remplacer le vissage de l’objectif sur l’appareil, ce qui était plus rapide pour changer de focale et plus sûr (pas de risque de dévissage, même partiel, qui fausse la mise au point). La fameuse monture M était née. Autre avantage de celle-ci, elle améliore la précision du télémètre avec une correction automatique de la parallaxe. Ensuite, adoption d’un levier d’armement qui assure l’armement de l’obturateur et l’avancement du film, avec le déclencheur dans le prolongement de ce levier. Et, surtout, adoption d’un bloc viseur télémètre aux images confondues, qui supprime les deux « viseurs » des anciens modèles. Grâce à cette prouesse technique, l’image est claire et lumineuse, avec un cadre collimaté avec correction automatique de la parallaxe. Trois cadres sont disponibles, qui couvrent les champs des objectifs 50 – 90 et 135mm.

Oui mais, dès 1951, Zorki présentait le Zorki 3 M qui, s’il utilisait toujours la monture à vis, proposait déjà dans une seule et même fenêtre le viseur et le télémètre ! Ok, il n’était pas collimaté mais le principe était déjà là. Mais c’est une autre histoire …

D’autres améliorations sont à relever, comme la présence d’une « porte » au dos de l’appareil, qui permet de mieux insérer le film et celle-ci est munie d’un presse-film; le compteur de vue est interne et se remet à zéro lorsqu’on enlève la bobine réceptrice; le barillet des vitesses reprend toutes les vitesses (rapides et lentes ensembles, enfin !) et il ne tourne plus lors de l’armement et du déclenchement (on peut changer les vitesses avant ou après avoir armé).

Un bel appareil, en plus, esthétiquement, aux lignes assez intemporelles; mélange Art Déco, du streamline et de l’influence du Bauhaus.

Il connu bien sûr quelques modifications pendant sa carrières, et une descendance, mais le principal était là, dès le début. Il fut fabriqué de 1954 à 1966, à 226 178 exemplaires.

Cet appareil a reçu le meilleur accueil chez les plus grands photographes et il a ouvert une longue lignée de M. Quelques images et photographes célèbres, pour mémoire, que vous pourrez retrouver facilement sur la toile : la photo de Che Guevara d’Alberto Diaz Gutiérrez, dit Korda- 1960 (prise avec un M2, le petit frère du M3); le dernier concert des Beatles par Jim Marshall – 1966; une fleur contre des fusils de Marc Riboud (prise avec un M4, le successeur du M3) – 1967.

De nombreux photographes de Magnum ont utilisé le M3 et son petit frère, le M2.

Pourtant ses jours étaient comptés car un nouveau venu pointait le bout de son nez ; le reflex, dont le fameux Nikon F (1959) puis le Canon F-1 (1971) et ils allaient le remplacer sur la plupart des fronts de guerre.

Cependant, le M3 a gardé de nombreux adeptes, tant en reportage qu’en photo familiale, et en photo de rue, où il excelle par sa discrétion (taille et silence de fonctionnement).

Utiliser un Leica M3, et les M argentique en général, c’est une démarche, au delà de l’aspect snob que d’aucun attache à la possession de ces appareils. Il faut avouer que Leica est cher, très cher (et toutes les raisons données n’enlèvent pas les zéros à ajouter au premier chiffre !). Il faut souvent se résoudre à se tourner vers l’occasion, ce que j’ai fait, vous me connaissez maintenant. Les bonnes occasions existent toujours, même s’il est parfois nécessaire de mettre la main à la pâte.

Les premières photos du M3 que j’ai acheté montraient des signes évidents de pertes importantes dans la vulcanite (le revêtement granuleux en caoutchouc cuit). Un petit coup sur le côté (près du compteur de vue), ce dont j’avais été averti lors de l’achat (les vendeurs allemands, comme les Japonais, sont d’une extrême correction, en général), mais il était précisé que l’appareil fonctionnait parfaitement (visée, vitesses, soit le principal somme toute). Quelques recherches sur le Net pour voir comment faire, une bonne adresse pour les nouveaux recouvrements (http://www.aki-asahi.com/store/, c’est un incontournable, pour les mousses aussi) et me voilà recevant (en une semaine) le « covering » du Japon.

De grandes feuilles de papier sur la table, quelques lames de scalpel pour faire sauter les morceaux et racler les restes de colle, puis des cotons tige avec de l’acétone pour dissoudre toute la colle restante et bien dégraisser le métal. Enfin, avec précaution, pose du nouveau cuir, d’un beau Navy Blue Crinkled Emboss, en cuir de vachette. Il est comme neuf et, je pense, discrètement personnalisé. Ça m’a pris moins de deux heures, sans me presser. Faisable, non ?

Ceci étant, résumons-nous :

  • le Leica M3 a créé une rupture dans la lignée des télémétriques de la marque, introduisant des innovations qui le rendaient bien plus facile d’utilisation
  • c’est un bel appareil, fidèle aux principes du Bauhaus (la ligne épouse la fonction)
  • c’est un appareil solide, construit pour durer (et toujours réparable) même s’il n’est pas indestructible
  • c’est un appareil discret (bruit, taille) à défaut d’être léger (logique, il est tout en métal)

MAIS

  • les années ’60 ont sonné le glas de la plupart des télémétriques, supplantés par le reflex, plus polyvalent et souple d’utilisation
  • le Leica M3 s’est réfugié dans des niches photographiques, même s’il n’a pas tout à fait déserté les différents fronts de l’époque
  • sa qualité de fabrication – et celle de ses successeurs (même s’il y eu des ratés) – a créé une aura qui autorise la marque à pratiquer des prix … costauds !
  • et – encore plus paradoxal – un « club » d’inconditionnels s’est constitué autour de cette légende de qualité, qui acceptent ces prix exhaustifs, créant une sorte d’élite photographique
  • au delà des ces « esthètes » de la marque, il est intéressant de découvrir le mythe et de s’y frotter, en connaissant ses limites (usage des focales limitées, manipulations qui demandent un peu de connaissances en photographie à l’ancienne) et le coût que cela représente, mais qui reste comme un investissement (le prix de revente est quasi toujours garanti).

Ma conclusion, toute personnelle, enfin : j’ai pris beaucoup de plaisir à manipuler cet appareil, à lui rendre un aspect discrètement plus moderne, mais je n’aurai aucun remord à le revendre car je trouve le Leica M5 plus adapté à ma pratique photographique.

Pour terminer, ne changeons pas nos bonnes habitudes, quelques références pour les curieux : http://www.posephoto.net/2013/09/lhistoire-de-leica.html ou http://summilux.net/materiel/Leica-M3, http://www.posephoto.net/2013/09/lhistoire-de-leica.html