Numérique

Un OVNI photographique.

Préambule.

Ce qui est toujours amusant lors de bourses ou de foires aux appareils photo, c’est que l’on peut tomber sur des objets rares et inhabituels sans être forcément hors de prix.

Je pensais notamment à deux Polaroid, celui que j’avais baptisé l’Inconnu ou celui destiné à la photographie de portraits pour passeport ou carte d’identité, le Polaroid MiniPortrait.

Celui que je vais vous présenter est de cette veine et c’est grâce à Monsieur Loiseau (dit le Piaf), notre charmant voisin lors de la Foire aux appareils de Cormontreuil, que j’ai pu l’acquérir.

Un peu d’histoire.

C’est d’ailleurs amusant car cette année on fête les 100 ans des cabines Photomaton. Entrons dans l’histoire de ces drôles de boites à images …

La photographie est née en 1825 et très tôt des artistes ont trouvé que l’on pouvait prendre des photos de soi-même. Des brevets seront déposés pour des machines le permettant, aux Etats-Unis, en France et en Allemagne.

Mais c’est un Français, Théophile Ernest Enjalbert, en 1889 qui présente le premier une machine fonctionnelle à l’exposition universelle de Paris. Toutefois, ce processus automatique demandait un local spécifique et 20 employés pour l’entretient et les réparations, nombreuses !

D’autres brevets suivront un peu partout et en 1890, c’est un Allemand cette fois, Conrad Bernitt qui lance un photoautomate à pièces de monnaie : l’automate de Bosco. Comme pour les autres inventions, la qualité des photos était médiocre mais les personnes qui se photographiaient avaient le plaisir de la liberté de faire ce qu’elles voulaient comme pose, alors que dans les studios de l’époque, c’était très contraignant. Trois minutes après la prise de vue, le photographié tenait entre les mains un ferrotype, une photographie imprimée sur une tôle laquée noire.

Cabine photographique vintage de style ancien, avec un décor en bois et des inscriptions dorées, représentant un appareil photo automatique.
Source : vw.busbern. La première machine à rapporter de l’argent, que l’on plaçait dans les foires.

Les avancées techniques se succèdent et bien vite on abandonne les plaques en fer et les inventions optent pour le processus négatif-positif sur une bande d’image papier, qui est éjectée de l’appareil en même temps que le négatif.

En 1911, Spiridone Nicolo Grossi, un Anglais, invente la vraie bande de papier qui sera celle des cabines photographiques. Il conçoit une cabine dans laquelle intervient toujours un photographe mais qui délivre six photographies sur une étroite bande de papier. Si on humidifie le dos de cette bandelette, on peut la coller sur toutes les surfaces (les Sticky Backs).

Puis c’est un immigré russe, Anatol Josepho, installé aux Etats-Unis, qui sera le père de la première cabine photo, en 1925. Cette invention permettait aux personnes de se prendre elles-mêmes en photo, de manière autonome. Installée à Broadway (New York), cette première cabine, baptisée Photomaton, connu un succès immédiat : plus de 280.000 personnes s’y sont fait tirer le portrait en à peine six mois.

Ces petites boites allaient révolutionner la manière de capturer une photo (il ne fallait plus aller dans un studio, aux prestations souvent chères). Elles rendaient la photographie plus accessible et démocratique.

Tout n’était pas encore parfait car il fallait plusieurs minutes pour développer et imprimer les images en N/B car le processus était chimique.

Rapidement, ces Photomaton vont se disperser un peu partout dans le monde et les cabines vont prendre possession des lieux publics comme les gares, les centres commerciaux.

Photo historique montrant une cabine Photomaton avec un couple à l'intérieur, ainsi qu'une illustration d'Anatol Josepho avec sa machine à photos, expliquant le fonctionnement de l'appareil.
Source : Chezz-machines. Anatol Josepho explique comment fonctionne la machine pour laquelle il a déposé un brevet en 1925. Le système, entièrement automatisé, lorsque vous avez introduit 25 cents, vous délivre en moins de dix minutes une bande de huit photos, sans la moindre présence d’un photographe sur place.

Ces premières cabines permettaient de nombreuses applications à prix modique : des photos d’identité bien sûr mais aussi pour les permis de conduire, les contrats de travail, les passeports mais aussi des cartes de vœux ou d’anniversaire.

Un homme d’affaire avisé et new-yorkais, Henry Morgenthau, acquiert les droits de cette invention pour un million de dollars en 1927. Avec les autres investisseurs qu’il a réuni, il fonde le consortium Photomaton Inc. et installe des cabines un peu partout (gare, hall commercial, salle de jeux, station de métro, etc.) et exporte celles-ci dans d’autres pays. Le Photomaton est né.

Mais ce qui fit le succès de ces photomaton, c’est l’adjonction d’un … rideau ! En effet, il était nécessaire d’utiliser des flashs, dont les clairs importunaient les autres commerçants et les passants. Mais en ajoutant cet accessoire anodin on permit à tout un chacun de s’amuser, seul ou à plusieurs, de ses facéties devant l’objectif.

Cabine photographique Photomaton avec rideau bleu dans un espace public, présentant des exemples de photos d'identité.
Source : Wikipedia

Des artistes comme Andy Warhol ou Roland Topor ont exploité les possibilités des cabines photographiques pour créer des œuvres uniques, ce qui a encore consolidé la place de ces cabines dans la culture populaire. On les verra dans des films, on en parlera dans des chansons et la publicité. Bref, elles sont partout.

Bien évidemment les cabines vont évoluer au fur et à mesure. Ainsi en 1941, Philippe S. Allen crée un nouveau dispositif interne qui permet au papier de passer dans différents bains de développement plus rapidement, réduisant de cette manière le temps d’attente entre la pose et la réception des photos à 4 minutes.

En Europe, elles se développent surtout dans les années cinquante. Elle n’utilisaient pas de film argentique mais bien du papier seul qui permettait de délivrer les portraits aussi en 4 minutes. D’abord uniquement en N/B, il faudra attendre les années septante pour la couleur.

La couleur introduit une nouvelle révolution dans l’utilisation des cabines car les photographies, toujours délivrées après un procédé chimique, étaient plus vivantes.

Petit à petit, des accessoires seront ajoutés, permettant de modifier les formats de photo, d’ajouter du texte, de modifier la position des photos sur la planche (de travers, à l’envers, etc.). Au delà des photos officielles pour les papiers administratifs, le Photomaton permet de s’amuser encore plus à prix raisonnable.

Le succès de ces drôles de boites à images ne dépérit pas jusqu’au seuil des années nonante (quatre-vingt-dix pour mes amis français). En 1993, l’inventeur Français Michel Ducos et la société SPIE transforment le anciennes cabines en les équipant dorénavant d’une caméra numérique, d’un écran vidéo pour se positionner et une imprimante à sublimation thermique. Elles gardent le nom de Photomaton mais entrent de plein pied dans le XXIème siècle.

Puis viennent les années 2000 et la révolution du numérique : plus de processus chimique, de temps d’attente, de photo imprécise. La qualité des photos est plus nette, avec des couleurs éclatantes, prêtes en quelques secondes cette fois. Et on peut personnaliser ses photos à l’envi (enfin, selon les programmes informatiques intégrés).

A côté des prestations automatisées, des photographes ont gardé la main-mise sur des photographies en studio. Des studios qui se sont simplifiés au fur et à mesure de l’évolution des techniques photographiques. De nos jours, les photographes posent un siège, un ou deux flashs avec des boites à lumière et … un appareil numérique relié à un PC ou directement à une imprimante. Ici pas question de fantaisies mais le sérieux des photographies normées pour des documents officiels.

Le sujet a déjà été un peu abordé lors de la découverte du Polaroid MiniPortrait, qui avait poussé le développement du principe jusqu’à proposer un mini-stand avec l’appareil photo, la plastifieuse et la machine à écrire (en option) pour réaliser des cartes d’accès.

L’appareil qui nous préoccupe aujourd’hui est la version moderne de ces appareils de studio.

Présentation du Sony Instant Pass Photo.

Son petit nom technique est le Sony DKC-C300X. C’est un appareil numérique prévu seulement pour la photographie de portrait, … en principe, car rien n’empêche de le détourner.

Le système d’impression numérique Sony UPX-C300 est conçu pour vous permettre de prendre des photos
d’identité ou pour passeport avec un appareil-photo numérique et de les imprimer avec une qualité photo et
une résolution (403 ppp) élevées en couleur ou en noir et blanc
, dixit le mode d’emploi de cet engin.

De fait,il s’agit normalement d’un ensemble clé en mains pour les photographes : un appareil photo (le DKC-C300X) et une imprimante à sublimation thermique (UP-DX100), les cartouches et papiers à sublimation (UPC-X46 et UPC-X34).

Techniquement, tout est fait pour qu’il réalise vite et bien ce pourquoi il a été pensé : technologie d’alignement automatique pour ajuster les lignes de tête afin d’éviter du travail de retouche à cause d’un mauvais cadrage ; appareil photo de 8Mpx et une imprimante numérique de 400dpi haute résolution.

Pour simplifier encore le flux de travail, l’appareil peut se connecter à l’imprimante via une connexion sans fil Bluetooth, ou par câble directement entre le boitier et l’imprimante.

Intérieur d'un appareil photo avec emplacement pour pile et connecteurs, sur fond de surface noire.
la prise de connexion à l’imprimante se cache sous le rectangle en caoutchouc, en bas à gauche.

Si, comme ici, je ne possède pas l’imprimante ad hoc, je peux essayer de connecter le boitier à une imprimante de type Selphy avec Bluetooth.

L’avantage de cette formule est de permettre d’emporter l’ensemble facilement, partout.

Seule contrainte, l’appareil vous permet juste de choisir quelques types de cadrages et ne peut envoyer les photos que vers une imprimante, pas vers un PC ou une unité de stockage externe.

Illustration des formats de photo pour passeport et identité, affichant différentes dimensions en millimètres.
Exemple des types d’impressions, qui varie selon le papier d’impression (ici avec le UPC-X46).

Toutefois, les réglages peuvent être modifiés selon les normes en vigueur (passeport, carte d’identité) des 20 pays où le produit est proposé. De plus, 5 cadres supplémentaires peuvent être enregistrés dans l’appareil, selon vos besoins plus spécifiques, ou votre fantaisie.

Capture d'écran montrant les étapes pour utiliser un appareil photo numérique pour la prise de photos d'identité, incluant la visualisation, l'ajustement de taille de visage et l'aperçu avant impression.

Un autre réglage permet d’inclure un bord de 3mm tout autour des photos, pour faciliter la découpe et vous pouvez choisir des photos en N/B ou en couleurs.

Comme nous sommes sensés travailler en studio, le mode flash est multiple :

  • mode Auto-flash : le flash se déclenche automatiquement pour un sujet se trouvant à 1,8m, la distance idéale. Si le sujet est en deçà de cette distance, on peut régler la puissance du flash (-1EV) et si il est au delà, on peut augmenter la puissance de +1EV. C’est le mode idéal pour les photos en intérieur avec e flash comme source principale de lumière et un flash de suppression des ombres raccordé à la synchro de l’appareil.
  • mode Flash forcé + exposition manuelle : dans ce cas, on peut régler manuellement l’ouverture, la vitesse et sélectionner un des sept niveaux d’intensité du flash. C’est un mode pratique pour les portraits avec le flash intégré qui agit comme déclencheur pour la source principale de lumière, un autre flash externe étant raccordé à l’appareil photo
  • mode sans flash + exposition manuelle : ici l’ouverture et la vitesse sont réglées manuellement, le flash intégré ne se déclenchant pas. C’est un mode utilisé en intérieur dans un studio avec des lumières stables (flashs studio, lumière vidéo, lumière fluorescente)
Vue close-up du panneau de contrôle d'un appareil photo numérique Sony DKC-C300X, avec des boutons pour l'impression, le mode couleur/N&B, et les réglages d'auto-cadrage.

Par principe le mode flash est réglé par défaut sur Programme, toutefois on peut modifier le réglage grâce au menu. Le tableau ci-dessous reprend les réglages en fonction des conditions de prise de vue disponible pour la configuration. Le niveau de l’intensité du flash et la sensibilité ISO sont automatiquement réglés avant la prise de vue pour que la clarté de l’image ne soit pas affectée.

Tableau des modes de flash et réglages pour l'appareil photo numérique Sony DKC-C300X, incluant des informations sur la commande de flash, l'ouverture, la vitesse d'obturation, la balance des blancs et la correction d'exposition.

Le boitier est grand, large et léger (merci le numérique !). Facile à prendre en mains même sans mode d’emploi (mais comme c’est mieux avec, je vous mets le lien ci-dessous).

Schéma de l'arrière d'un appareil photo numérique Sony DKC-C300X, montrant les différents boutons et fonctionnalités, y compris l'écran LCD et les commandes de flash.

Quoi d’autre ? Le capteur est un 1/2,3″, soit un capteur de compact Voici deux tableau pour vous donner une idée de la taille :

Vu la taille de l’engin, je pensais à un capteur plus de type micro 4/3 ou APS-C (je suis déçu).

L’objectif est un de 25mm ouvrant de f12,5. Soit l’équivalent d’un 75-150mm en 135 (zoom x2). Le diamètre de filtre est de 52mm, classique.

Gros plan sur l'objectif d'un appareil photo numérique Sony, mettant en avant les détails de la lentille et les spécifications techniques.

Petite particularité : l’ouverture varie de f4,7 en grand angle ou f5,5 au télé uniquement si l’appareil est sur le mode Flash forcé ou flash éteint.

Les vitesses tiennent comptent aussi du même réglage et s’échelonnent de 1/2s, 1/4s, 1/8s, 1/15s, 1/30s, 1/60s, 1/100s, 1/125s, 1/250s, 1/500s, 1/750s, 1/1000s

Les images sont compressées au format JPEG et enregistrées dans la mémoire interne de l’appareil (j’ai cherché en vain un emplacement pour une carte mémoire !). Deux options s’offrent à nous : soit lorsque la mémoire est pleine, il n’est plus possible d’enregistrer et il faut effacer manuellement, soit l’enregistrement se fait en continu et lorsque la capacité est atteinte, les premières photos sont écrasées par les nouvelles.

La mémoire flash interne est de 64Mb, soit l’enregistrement d’environ 30 images en haute résolution (3264×2448) ou environ 120 en résolution standard (1632×1224)

Enfin, l’appareil peut communiquer avec trois imprimantes en même temps, si ce sont celles du combo UP-DX100.

Appareil photo numérique Sony DKC-C300X avec imprimante à sublimation thermique UP-DX100 et cartouches, conçu pour la photographie de portrait.
Le pack complet : appareil, imprimante, feuilles d’impression

Petite revue en images.

Que penser de cet appareil .

Malgré ses 900gr, il est étonnement léger par rapport au Polaroid MiniPortrait, par exemple. Il est encombrant mais c’est pour pouvoir le tenir à main levée sans (trop) frémir et, surtout, pour le placer sur un trépied fixe.

Il faut le reconnaître, c’est un appareil avant tout très technique, destiné à un public de professionnels. Monsieur et Madame tout le monde en feront peu d’usage.

Sorti en 2008, c’est le genre d’appareil que le photographe utilisera tant qu’il remplit son office, encore une fois comme l’était le Polaroid MiniPortrait à son époque.

Et hormis dans un studio photo, il a peu d’utilité, sauf à avoir l’esprit aventureux ou curieux !

Au niveau valeur, en très bon état et même sans l’imprimante, c’est un boitier qui se négocie encore autour des 100€. J’en ai même vu à 500$ en kit complet sur Ebay.

Un appareil hors norme, qui mérite le détour quand on aime les découvertes.

Qu’en pensez-vous ?

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi, c’est ICI :

Toutes les informations techniques sont dans le mode d’emploi.

Des référence.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Cabine_photographique, https://jannypie.com/archives/1899, https://www.viceversamag.com/100-ans-de-photos-en-cabine-lhistoire-du-photomaton/, https://www.photobooth-strasbourg.com/evolution-des-photomatons/, https://www.mon-selfie-box.ch/post/l-histoire-du-photobooth-de-l-analogique-au-digital, https://www.trouver-mon-photographe.fr/fr/actualites/l-histoire-du-photomaton?_country=fr, https://www.latrombomatic.com/histoire-photomatons/, https://www.vwbusbern.ch/histoire-du-photobooth/, http://cheezz-machine.com/2015/04/petite-histoire-du-photomaton/, https://compuverse.fr/archives/869, en français ; https://stickybacks.uk/grossi.asp, en anglais