Argentique

Un acteur photographique de poids, le Voigtländer Ultramatic

Préambule

Le dernier appareil acheté lors de la brocante au profit de l’Unicef, à Ath. Il est très beau, intéressant, mais … en panne. Une panne classique mais rédhibitoire pour cet appareil me prévient de Monsieur collectionneur, car l’appareil est complexe.

En toute connaissance de cause donc, je l’acquiert car ses spécificités en font un appareil qui reste intéressant.

Et, vu son poids, un presse-papier intéressant, ou un serre-livre costaud et original …

Un peu d’histoire

C’est une marque que j’ai déjà pas mal rencontrée, un des fleurons de l’industrie allemande, au sens large car Voigtländer est autrichien (Vienne).

Historiquement, elle est aussi la plus ancienne car c’est en 1756 que Johann Christoph Voigtländer crée sa société. D’abord spécialisée dans l’optique de précision, elle plongera dans l’aventure photographique grâce à Peter-Wilhelm von Voigtländer, le petit fils du créateur, dès 1840.

C’est à cette date que le professeur Jozeph Petzal (université de Vienne) met au point le premier objectif permettant de réduire considérablement le temps d’exposition des daguerréotypes. Et Peter-Wilhelm von Voigtländer sera le premier à fabriquer cet objectif, ce qui fera connaître la société dans toute l’Europe, puis au delà avec l’avancée des appareils à travers le monde.

L’entreprise se lance aussi dans la fabrication d’appareils photo. Ce sera elle qui fabriquera le tout premier appareil tout métallique de l’histoire, en 1846.

Toujours dans les premières mondiales, sautons quelques années, car en 1959, la société fabrique le tout premier zoom au monde, le Zoomar.

Mais les années septante deviennent compliquées, l’avancée des marques nipponnes tuent lentement l’industrie photographique allemande. Dans une dernière tentative, Voigtländer s’associe à Zeiss Ikon en 1970.

Las, en 1972, l’entreprise jette le gant et ferme ses usines. La marque sera rachetée d’abord par Rollei (1974) puis la société allemande Plusfoto GmbH la reprend en 1996 et confiera à Cosina (Japon, ironie du sort !) la fabrication d’un télémétrique très haut de gamme, le Zeiss Ikon MZ équipé d’objectifs Voigtländer.

De nos jours, Voigtländer GmbH est toujours active dans la fabrication d’optiques de haut vol, concurrençant directement Zeiss pour les objectifs.

Ceci étant établi, Voigtländer a fabriqué un peu tout ce qu pouvait exister en termes d’appareils photo : des appareils à plaques de verre (Alpin), avec film 116 (Inos), avec film 120 à soufflet (Bessa), à soufflet et télémètre (Prominent), des TLR (Billiant), avec film à cassette 126 (Bessys), à soufflet avec film 135 (Vito), avec boitier compact et film 135 (Vito CD/Vitoret), des télémétriques (Prominent II/Vitessa), des réflex (Bessamatic/Ultramatic).

On peut écrire sans trop de risques qu’ils auront tout essayé, souvent avec succès car la réputation de sérieux, de solidité, de qualité de construction sera toujours indissociable de la marque.

Mais ce sera aussi souvent au prix d’une ingénierie complexe, couteuse à fabriquer, d’où les prix élevés des appareils à leurs époques respectives. Et une certaine réticence, semble-t-il aux technologies nouvelles, telle l’électronique. Alors que l’industrie japonaise standardisait, rationalisait et produisait en masse avec de hauts standards de fabrication des appareils moins coûteux et plus modernes.

Présentation du Voigtländer Ultramatic

Ce réflex, automatique, sera fabriqué à 35.500 exemplaires entre 1961 et 1965.

Un appareil photo vintage Voigtländer Ultramatic avec un objectif Color-Skopar.

Il sortira en même temps que le Bessamatic mais à la différence de celui-ci, l’Ultramatic possède un miroir à retour automatique.

Ils sont contemporains du Praktica IV que je vous soumettais il y a peu. Histoire de voir l’écart entre les deux concepts !

Tous deux sont équipés d’un posemètre au sélénium et d’un obturateur de chez F. Deckel, obturateur central, similaire à celui utilisé par le Kodak Retina Reflex, le Zeiss Ikon Contaflex. Pour mémoire, à la même époque, le Nikon F et le Pentax Spotmatic utilisaient un obturateur à plan focal, bien mieux adapté aux réflex à objectifs interchangeables (par exemple pas limité au 1/500s comme les obturateurs centraux!).

Appareil photo vintage Ultramatic en argent et noir avec objectif en métal.

Seul luxe de l’Ultramatic, un mode d’exposition automatique à priorité vitesse.

L’obturateur Synchro-Compur est donc monté derrière l’objectif dont seule une partie se détache. Ces objectifs utilisent la monture DKL (aussi de chez Deckel).

Le saviez-vous ? Les objectifs des Bessamatic sont compatibles avec l’Ultramatic, mais la plupart perdent alors l’automatisme. La monture DKL du Bessamatic n’accepte que les objectifs Voigtländer. Seuls les objectifs avec une vis peinte en jaune à l’arrière sont compatibles totalement.

Revenons un instant encore sur cet obturateur. Il dispose de deux jeux de lames, distincts : un pour contrôler le temps d’exposition et l’autre pour contrôler l’ouverture. Comme ils sont tous les deux maintenus à leur plus grande ouverture pendant la composition de votre sujet, une séquence d’opérations complexes va se dérouler quand le déclencheur sera enfoncé à fond.

  • l’obturateur et l’ouverture sont fermés
  • le miroir se relève
  • l’obturateur s’ouvre le temps d’exposer le film
  • il se referme, l’ouverture revient à la grande ouverture

Ce processus est lent et induit un décalage d’ouverture inévitable (on parle d’une seconde !).

Et lorsqu’on fait avancer le film à la vue suivante, ça continue :

  • le miroir s’abaisse
  • l’obturateur est armé et ouvert

Ces complications rendent, in fine, l’appareil fragile et, surtout, difficile à réparer (que ce soit le Bessamatic ou l’Ultramatic) car les mécanismes sont constitués de petits composants et si on a forcé, bonjour la galère. Sinon, ils sont assez agréables à utiliser.

L’Ultramatic CS, proposé en 1965,remédie à quelques uns de ces soucis et est considéré comme plus fiable, mais il perd le miroir à retour automatique.

A côté de ces mécanismes, il y avait aussi quelques trouvailles, comme ce petit périscope, sur la face avant, qui permet de voir les réglages de l’ouverture et de la vitesse dans le viseur.

Un gros plan sur un objectif de caméra vintage avec des réglages de diaphragme et de vitesse d'obturation.

Ceci étant, l’Ultramatic était parmi les appareils photo les plus chers de son époque.

Page présentant des caméras BESSAMATIC 63 et ULTRAMATIC, ainsi que leurs caractéristiques et accessoires, avec des illustrations des appareils photo.

Le viseur est agréable, clair et à champ coupé pour faciliter la mise au point, avec ce petit plus de voir à l’intérieur la vitesse et l’ouverture.

La cellule, au sélénium, située de façade, allège un peu l’esthétique du boitier mais si elle tombe en panne, difficile de continuer à travailler avec l’appareil.

Au point de vue ergonomique, le boitier est lourd (860gr) mais agréable avec ses coins arrondis et, sur le capot, les touches affleurantes. Il s’inscrit aussi dans toute la gamme d’accessoires prévus pour le Bessamatic et lui-même, notamment la large gamme d’objectifs réputés de chez Voigtländer, dont le fameux zoom Zoomar (36-82mm f2,8) et le Septon 50mm ouvrant à f2.

Descendons vers l’objectif pour remarquer d’abord que les commandes sont sur l’appareil et non sur l’objectif puisque la tête de celui-ci se détache pour être remplacée par une autre focale.

Si vous regardez bien, il y a une espèce de bouton poussoir sous l’objectif : c’est lui qu’il faut actionner pour déverrouiller la baïonnette de l’objectif.

Au niveau des choix, il est assez vaste mais toujours propriétaire (baïonnette DKL-Voigtländer). Soyons de bon compte, les objectifs Voigtländer ont une excellente réputation.

Voici un résumé des optiques possibles :

Tableau des lentilles photographiques avec les différentes catégories, y compris les lentilles grand angle, normales, de portrait, téléobjectif et zoom, détaillant la longueur focale, la construction, le groupe, l'introduction et les notes.

Les commandes pour régler la sensibilité de la cellule (de 12 à 3200Asa), celle de la vitesse (avec le poussoir en plastique) est au dessus, la distance, elle, se règle effectivement sur la tête de l’objectif.

Gros plan sur le sommet d'un appareil photo vintage avec un objectif métallique et un cadran d'exposition.

Par dessous, vous voyez trois lettres V – X – M et le sélecteur de couleur verte : le V est la lettre pour le minuteur que l’on ne peut engager qu’après avoir appuyé sur un bouton de l’autre côté du combiné objectif/obturateur ; le X est la synchronisation du flash électronique et le M celle pour les flashs magnésiques (à ampoules).

Vous voyez ici la lettre A, en rouge, qui permet de placer le boitier en mode tout automatique.

Un gros plan sur un appareil photo vintage avec un objectif argenté et des réglages de distance.

Si vous regardez bien, vous verrez deux petits triangles rouges de part et d’autre du témoin de distance. En fait, ils matérialisent l’échelle de netteté de la distance focale. Comme chez Voigtländer on aime la complication, lorsque vous tournez l’objectif, les flèches suivent le mouvement. Belle illustration de la profondeur de champ.

Vu d’en haut, le capot est dépouillé, les touches sot affleurantes comme cité plus avant.

Appareil photo argentique de marque Vignette, vu de dessus, avec objectif et réglages visibles.

A droite, l’aide mémoire pour les films utilisés et à gauche, un bouton qui a plus d’un tour dans son sac, je vais y revenir. Pas de compteur de vue ? Si, mais il est en dessous du boitier. Il faut le réinitialiser manuellement.

Premier plan d'un objectif d'appareil photo vintage avec des détails sur la monture et les réglages de vitesse.

Pour ouvrir l’appareil, il faut pousser sur le bouton de gauche, au dessus, qui va se soulever et sur lequel ensuite il faut tirer.

Pas de difficulté majeure pour installer un nouveau film, la bobine réceptrice est large et bien accesible.

Voilà, voilà, nous avons fini le tour de cet appareil.

Que penser de cet appareil .

En l’état, celui-ci est un magnifique presse-livres ou presse-papiers … et je ne compte pas le démonter.

Car ce qui est vexant avec ce type de boitiers, c’est qu’ils sont beaux, superbement finis mais, comme je l’écrivais, inutilement complexes et quasi irréparables.

Maintenant, imaginons un instant que celui-ci fonctionne encore, aurais-je envie de m’en servir ?

Réflexion faite, non. Déjà, je n’aime pas ces demi-objectifs à interchanger, c’est moins facile à utiliser, aussi bons soient-ils.

Ensuite, le poids de l’engin fait réfléchir, près de 900gr nu, ça compte, surtout pour les cervicales.

Enfin, encore une fois, si j’apprécie la qualité de l’ensemble, je ne le trouve absolument pas pratique à utiliser. Trop de contraintes et de choses étranges à manipuler pour que la photographie reste un plaisir avec lui. Si je le compare à un appareil nippon de la même époque (le Miranda Sensorex, le Nikon F, le Pentax Spotmatic), il est très en retard et peu convaincant. D’autant que son prix le réservait à une élite.

L’éternel malentendu entre la Mercedes et la Renault : toutes les deux vous emmènent où vous voulez, assez confortablement, mais la première coute deux fois le prix de la seconde !

Bref, ce peut être un magnifique objet de collection et sans doute quelques esthètes vont-ils l’utiliser avec plaisir, mais pour la pratique photographique, on a fait plus simple et plus efficace.

Vidéo d’illustration

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

Voigtländer Ultramatic
Reflex mono-objectif (reflex)
Film 24 x 36 mm
Armement et avance du film manuelle
Posemètre intégré, accouplé
Contrôle de l’exposition manuelle
Objectif interchangeable Voigtländer Color-Skopar 50 mm f2.8 – f22
Monture d’objectif baïonnette propriétaire
Mise au point manuelle
Obturateur F.Deckel, Munich, Allemagne, central
Vitesses pose B, 1s – 1/500s, synchro flash par câble sur prise PC
Cellule au sélénium
Période de production à partir de 1962 jusque 1965
Quantité de production 35.500
Poids 880 gr

Des références

https://fotobox.over-blog.fr/2016/03/voigtlander-ultramatic.html, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-21137-Voigtlander_Ultramatic.html , en français ; https://wikiland.org/fr/Voigtl%C3%A4nder_Ultramatic, https://en.wikipedia.org/wiki/Voigtl%C3%A4nder_Bessamatic_and_Ultramatic, https://historiccamera.com/cgi-bin/librarium2/pm.cgi?action=app_display&app=datasheet&app_id=1610, https://everything.explained.today/Voigtl%c3%a4nder_Bessamatic_and_Ultramatic/ , en anglais ; https://kameramuseum.de/objekte/voigtlaender-ultramatic/, https://www.klassik-cameras.de/Voigtlaender_Ultramatic_dt.html, en allemand