Les nouveautés en un lieu

Quand l’histoire se répète : Canon – Nikon – Sony

Préambule.

C’est un long article (en anglais) découvert sur Fstoppers qui m’a fait penser à cet article, dans une époque où décidément les leçons de l’histoire n’ont toujours pas été retenues.

Que ce soit une volonté de retour à des ordres anciens qui ont prouvé toutes leurs horreurs ou des empires qui vacillent, des politiques qui s’égarent, des économies qui se délitent, l’humain a la fâcheuse tendance à se souvenir mais pas à utiliser les leçons pour éviter les erreurs ou le pire.

Ici je parlerai d’une erreur stratégique qui se répète alors qu’elle a déjà emporté quelques fleurons de l’industrie photographique et donc que l’on aurait pu éviter ou en tout cas, amortir.

Mais vous allez comprendre ….

Un peu d’histoire.

Canon – Nikon – Sony, trois grandes marques bien connues et pourtant, je vais commencer par celle de … Kodak.

Cette gigantesque entreprise, née du cerveau fécond d’un génial inventeur, Georges Eastman, a (presque) tout imaginé dans le domaine de la photographie. Du premier appareil photo préchargé (1888), à la commercialisation du premier film sur support souple (1888), le premier papier photo pour l’imagerie médicale (1896), le premier pliant avec un film standard (1897), le premier appareil photo destiné au grand public (Brownie, de 1900 jusque 1980), la première photographie couleur (1935), les premiers films en cassette (1963 – 1972), le premier appareil numérique et la première photographie numérique (1975), elle a monopolisé un empire mondiale sur la photographie. Grâce à une publicité bien rodée et imaginative (you press the button, we do the rest  = vous pressez le bouton, nous faisons le reste), elle s’est imposée partout dans le monde comme fournisseur de film et de papier. La (grosse) majorité de ses revenus provenaient d’ailleurs de cette seule activité.

Engluée dans le confort de ces revenus confortables, elle n’a pas voulu entendre ni envisager à temps les évolutions de la technologie et, elle qui fut pionnière en la matière, elle rate le départ de la photographie dématérialisée ou numérique et ne se diversifie pas à temps. Résultat ? Elle dépose le bilan en 2012 et se place en protection judiciaire pour éviter la faillite totale.

Un autre exemple frappant ? Celui de Polaroid. Là encore, un homme extraordinaire et imaginatif invente le film à développement instantané (1943) et les appareils qui vont avec cette expérience (1948, le Polaroid 95). Tout au long de la vie de Polaroid, les inventions se succèdent comme le temps de pose automatique (1950), la photographie instantanée couleur (1963), un réflex à développement instantané (1972, le SX70), un système de sonar pour calculer la distance (1978), le calcul de la lumière couplé, l’invention d’un film en 8mm à développement instantané, une développeuse intégrée à la lumière du jour de film 24×36, le Polaroid qui parle (1995). Ici aussi une politique marketing inventive pousse la firme dans le monopole de la photo à développement instantané. Ce confortable fauteuil, posé sur des revenus solides font oublier aux dirigeants que la technologie n’est pas figée et eux aussi ratent le tournant de l’épopée numérique. En 2008, elle dépose son bilan.

Source : bible-marques. Une famille au grand complet est réunie autour de la table et pose pour une photo souvenir. Le père cadre tout le monde et à peine a-t-il déclenché l’appareil que sa mère lui demande : « – Où est la photo ? – Il faut porter le film à développer… – Alors pas de photo ? – Maman… – La voilà, ta photo ! ». Elle lui tend alors un Polaroid qu’il utilise aussitôt. Voix off : « Avec le Polaroid 1000, c’est si simple d’avoir de belles photos couleurs en quelques minutes. Polaroid 1000, l’appareil le plus simple du monde ».

Canon – Nikon – Sony

Le monde de Canon et Nikon.

En 2013, le Canon 5D Mark III et le Nikon D800 étaient les appareils les plus vus : leur taille, leur poids, le son de leur miroir en rafale, tout indiquait qu’ils s’agissait bien d’appareils sérieux et dignes de confiance.

Canon et Nikon représentait les 3/4 du marché de la photo et plus encore chez les professionnels. Oui, Pentax fabriquait de bons appareils, Sony n’était pas en reste avec les siens, hérités du savoir-faire Minolta avec la monture A mais ils étaient destinés aux amateurs.

Si vous aviez autour du cou un Canon 1DX ou un Nikon D4, vous étiez un professionnel.

Vous aviez accès à un catalogue complet d’accessoires pensés depuis des décennies de photographes avant vous, vous bénéficiez d’un support technique efficace et, surtout, vous étiez crédible, un vrai photographe !

Cette domination concernait tout l’univers photographique : boitiers, objectifs, flashs, accessoires, centre de services et, surtout, les réseaux des photographes. Si vous étiez dans la photo de sport, vous étiez chez Canon parce que les journalistes des magazines étaient Canon ; si vous étiez dans la photo de mariage, vous étiez Nikon parce que les grands du secteur étaient chez Nikon.

Bien sûr, les deux grands avaient fait une incursion dans le monde des appareils sans miroir (2012), mais l’un avait choisi de le faire avec un APS-C (le Canon M50) et le second avec un capteur encore plus petit, de 1 pouce, pour le Nikon 1 Serie. C’est clair qu’ils réservaient cette technologie aux boitiers pour débutant, pour amateurs, les pros ayant besoin d’un vrai bon gros et lourd appareil !

L’arme secrète de Sony : une longue préparation stratégique.

Et Sony dans tout ça ?

Depuis son rachat de la division Konica-Minolta en 2006, il avait en fait acheté en une fois des décennies d’expertise en optique et la base de ce qui allait devenir son système à monture A, l’ancienne monture Minolta.

Les deux géants ont vu cette entrée dans leur monde comme quelqu’un qui achète son billet dans une pièce qu’il ne connait pas.

Mais dès 2010 Sony expérimentait sur l’α77 le miroir fixe translucide (SLT pour Single-Lens Translucent) parce qu’il possédait déjà d’un autofocus à détection de phase permanente utilisé en vidéo et il avait déjà des viseurs électroniques haute résolution. Avec le α99, il tâtait du plein format. De fait Sony expérimentait déjà l’expérience du viseur électronique et pensait à l’image de manière informatisée alors que Canon et Nikon perfectionnaient encore et toujours le viseur optique.

Puis en 2010 toujours, Sony lancé son système hybride APS-C NEX, construit autour de la monture E, nouvelle et qui deviendra celle de son plein format. Pendant trois ans, ils ont développé un écosystème hybride et ils ont testé le marché, affiné l’expérience utilisateur.

L’α7 n’est donc pas surgi du néant : c’était la fusion bien calculée de la technologie du capteur plein format de la gamme en monture A et de leur système éprouvé de la monture E sans miroir avec les NEX.

Un stand d'exposition présentant une gamme de caméras et d'objectifs Sony Alpha, avec plusieurs appareils photo alignés devant une enseigne Alpha.
La gamme des hybrides Sony 2023

De plus, un autre fait ne doit pas être omis. Sony n’est pas seulement un fabricant d’appareils photo, ils étaient et sont toujours les premiers fournisseurs mondiaux des capteurs numériques. Nikon, par exemple, se fournissait chez eux pour ses réflex.

En matière de Recherche et Développement, Canon et Nikon ne pouvait tout simplement plus égaler Sony

Octobre 2013 : la révolution que personne n’a vu venir.

Alors quand en 2013 Sony lance sur le marché un appareil plein format, comme Canon et Nikon, qui ne pèse que 474gr nu, cela tient de l’impossible ! C’est le Sony α7.

Appareil photo Sony Alpha 7 avec un boîtier noir, affichant un capteur d'image et un design compact.

Mais Sony n’avait pas fini de sonner ses concurrents car non seulement il miniaturisait la taille du boitier mais il repensait même l’univers de l’appareil photo.

Vous allez comprendre : les montures Canon et Nikon ont été développées depuis longtemps (1987 pour la EF de Canon et … 1959 pour la F de Nikon). Ces montures ont été conçues pour des appareils à miroir, ce qui impliquait que l’objectif devait être loin du film ou du capteur ensuite. Ce que l’on appelle la distance de bride était de 44mm pour Canon et 46,5mm pour Nikon.

Or la monture E de Sony n’a une distance de bride que de 18mm puisqu’il n’y a pas de miroir.

Premier avantage, l’appareil peut être moins épais et, second avantage, les objectifs peuvent être plus près du capteur. Et là c’est un autre coup de génie car si on ne sait pas monter un objectif à bride courte sur un boitier à bride longue, l’inverse est vrai, moyennant un adaptateur.

Du coup, avec un adaptateur Metabones, vous pouviez monter tous vos Canon série L sur l’α7, tous vos cailloux Nikon, même de vieux objectifs Leica, des russes, etc. bref tout ce que pouvait couvrir les Metabones (qui évoluaient très vite pour garantir les relais autofocus par exemple).

Image montrant des appareils photo Sony avec des objectifs et des adaptateurs Metabones, accompagnée de texte promotionnel présentant le Speed Booster et l'adaptateur intelligent.

Coup de génie ai-je écris plus haut car de fait, Sony venait de proposer un système professionnel qui pouvait utiliser les objectifs de grande qualité développés depuis des années par les autres. Or on sait que ce qui freine le passage d’une marque à une autre, c’est justement les investissements faits notamment dans les focales qui, in fine, coutent souvent plus cher que l’appareil lui-même.

Et puis, le viseur de l’α7 vous permettait de voir en direct les résultats de vos réglages lors de la prise de vue, alors qu’avec un réflex classique il vous faut regarder a posteriori le résultat de votre image.

Toute l’expérience de Sony dans les caméras de sa marque entrait dans l’appareil photo. Pendant que Canon et Nikon construisaient des appareils optiques raffinés, Sony faisait entrer en ordinateur dans un appareil photo. C’était une révolution !

Les errements des Conseils d’Administration.

Chez Canon et Nikon, il semble bien qu’ils aient largement sous estimé le tsunami en cours.

Pire, ils ont cru que ce petit boitier, moitié moins lourd qu’un vrai appareil professionnel, n’allait pas pouvoir répondre aux besoins des photographes pro : avec leurs gros boitiers, ils offraient la solidité, l’ergonomie, l’autonomie, l’étanchéité et un système fermé d’optiques irremplaçables.

Pour eux il était certain que la taille et le poids vous assurait d’une qualité et d’un sérieux qu’un petit appareil ne pouvait vous donner.

Ensuite, ils étaient persuadés que le catalogue impressionnant de leurs objectifs (plus de 70 chez Canon et plus de 90 chez Nikon), dans lesquels les photographes avaient investi des sommes importantes, resterait un frein puissant contre le changement de marque.

Enfin, surtout chez Canon, ils protégeaient leurs marques phares : ainsi, ils avaient développé une gamme de caméras vidéo pour les cinéastes professionnels et donc bridés les capacités de leur appareil photo en vidéo afin de ne pas se créer de concurrence interne.

Mais ils avaient oublié que si les photographes pro ne se plaignaient pas des 20kg de matériel à transporter c’est parce que, à l’époque, ils n’avaient pas le choix. Or Sony venait de le leur donner ce choix !

Ensuite, Sony n’avait pas un héritage photo ancien à protéger. Ils ont donc intégré leur meilleure technologie vidéo dans les boitiers car la norme était maintenant à la prise de vue hybride (photos et vidéos pour le même photographe pro). Si Canon protégeait encore sa ligne cinéma, Sony offrait les deux.

Pendant ce temps là, Canon développait encore sa gamme APS-C mais prévoyait une monture RF plein format qui serait incompatible avec la M tandis que Nikon développait toujours son Nikon 1 à petit capteur. Décidément, pour eux en ce moment, le sans miroir restait encore cantonné au grand public, à ceux qui n’avaient pas besoin d’un vrai appareil photo.

Plus triste encore, ils ont vu le dessein de Sony (l’hybride plein format professionnel) mais ils ont décidé de l’ignorer, c’étaient eux les précurseurs, les innovateurs tout de même !

La traversée a duré 5 ans.

Pendant 5 ans, Sony occupé seul tout le marché du sans miroir plein format. Et ils ont avancé à marche forcée : en 2014, ils apportaient la stabilisation intégrée sur 5 axes au plein format ; en 2015, ils ont lancé un capteur révolutionnaire à 42Mpx (l’a7R II) et un autofocus amélioré ; en 2017, l’α7R III a ajouté deux emplacements pour cartes, une batterie plus costaude, un autofocus encore plus rapide et à revu l’ergonomie du boitier.

Si leurs premiers objectifs n’étaient pas nombreux ni de la meilleure qualité (ils comptaient sur ceux des autres), en 2016 ils ont lancé la Série G Master et la qualité a fait un bond remarqué. De plus, les fabricants tiers (Sigma, Tamron, Zeiss) se sont engagés dans le monture E avec leurs meilleures gammes.

Canon et Nikon ne s’endormaient pas. En 2017, Nikon lançait sans doute le meilleur reflex numérique de tous les temps, le Nikon D850, qui a remporté de nombreux prix, devant le Sony. Ce qui renforçait encore le biais cognitif de la marque vis-à-vis du sans miroir, à savoir que les professionnels resteraient fidèles au réflex numérique.

C’est en 2018 que Sony a enfoncé le dernier clou. En février, il sortait l’α7 III, spectaculaire : 693 points de mise au point automatique à détection de phase couvrant 93 % du cadre ; un système Eye-AF capable de suivre l’œil d’un sujet même lorsqu’il tournait la tête ; une prise de vue en rafale de 10 ips avec suivi AF continu ; deux emplacements pour carte SD pour la sauvegarde et le débordement ; possibilité de filmer en suréchantillonnage 4K depuis toute la largeur du capteur à 24p (1,2× recadrage à 30p). Et, cerise sur le marteau, au lancement, il ne coûtait que +/- 2 000 € en boîtier seul (soit près de +/- 1 500 € de moins que le Canon 5D Mark IV).

Un appareil photo Sony a7 III placé sur une table, accompagné d'une batterie et d'un objectif.

Avec lui, le professionnel pouvait filmer une cérémonie en 10i/s avec Eye-AF en vérifiant que chaque image était nette, puis il pouvait passer à la vidéo 4k lors de la réception et ce avec une qualité d’image époustouflante et avec un boitier très discret.

Dès ce moment, Sony ne vendait plus un appareil photo mais un système complet et mature capable de gérer n’importe quelle mission professionnelle.

Un grand moment de panique.

Canonn et Nikon se devaient de réagir mais ils ne l’ont fait qu’en … 2018.

Canon lançait l’Eos R tandis que Nikon lançait les Z6 et Z7, trois appareils plein format sans miroir destinés à concurrencer Sony de front.

A gauche, le Canon R ; à droite, les Nikon Z6 et Z7

De prime abord, ils semblaient compétitifs : le Canon R possédait un capteur de 30Mpx et toute la science des couleurs de la marque, tandis que Nikon proposait 45,7Mpx avec son Z7 et la qualité légendaire de construction du boitier. Ils ont aussi bien appuyé sur les qualités de leurs nouvelles montures, la RF et la Z.

Cependant, quand les critiques et les professionnels ont testé ces appareils, ils ont dû se rendre à l’évidence : Canon et Nikon venaient juste de reproduire ce que l’α7 originel proposait en … 2013. Et Sony en était à la troisième itération du nom !

Que leur reprochait-on ?

Tant le Canon R que les deux Nikon Z n’offraient qu’un emplacement pour carte SD ; l’α7 III en avait deux.

L’autofocus du Canon R, même s’il était bon, ne parvenait pas à concurrencer les 693 points du Sony ni le très sophistiqué suivi Eye-AF, et ne parlons pas de la vidéo, inadaptée pour des travaux professionnels.

Les deux Nikon, surtout le Z7, étaient meilleures que le Canon R mais leur mise au point automatique était clairement à la traine par rapport au Sony α7 III.

Enfin, tous les deux ont lancé ces appareils sans les étoffer d’une gamme sérieuse d’objectifs dédiés aux nouvelles montures. Mais ils proposaient des adaptateurs pour leurs anciennes gamme d’objectifs … comme Sony l’avait fait, en 2013.

Dès lors, les professionnels qui espéraient que Canon et Nikon sortent des nouveautés capables de concurrencer le nouveau venu, ont finalement acheté … Sony.

Et finalement ?

La force des deux constructeurs historiques fut de réagir très rapidement, enfin : en 2020, Canon sortait les R5 et R6 qui gommaient les erreurs du Canon R et ajoutait la vidéo en 8k, impressionnante. Nikon ripostait avec le Z6 II et Z7 II, eux aussi avec deux emplacements pour cartes et des corrections importantes. Puis, ils ont ajouté les impressionnants Z8 et Z9. Ils prouvaient qu’ils étaient capables de produire des reflex sans miroir capables de rivaliser directement avec le modèle phare de Sony, le α1.

De nos jours, Canon a été le plus agressif et les chiffes récents montrent qu’ils ont rattrapé Sony, voire qu’ils l’ont dépassé sur certains marchés. Mais cela reste une guerre à trois impressionnante.

Toutefois, Nikon et Canon ne pourront sans doute jamais récupérer les 5 années perdues : Sony en a profité pour construire un écosystème qui reste à ce jour le plus complet dans les appareils sans miroir ; ils ont une des gammes d’objectifs natifs la plus complètes et, surtout, les fabricants tiers comme Sigma et Tamron leur apporte leur soutien et ne s’ouvrent que lentement aux objectifs des rivaux.

Mais, et c’est sans doute le plus important dans cette histoire, toute une génération de photographe est entrée sur le marché professionnel en s’équipant chez Sony et ils ont construit leur business sur la monture E.

Quelle leçon retenir de cette histoire ?

Si une révolution se prépare, ne vous endormez pas !

Dites-vous bien que l’histoire du Sony α7 s’étend bien au delà de la sphère des seuls appareils photo. De fait, c’est un cours magistral sur les dangers de la pensée en place face aux perturbations.

Sony a compris quelque chose que Canon et Nikon n’ont pas compris : le marché des appareils photo était en pleine transformation. Il ne s’agissait pas seulement de passer des miroirs aux hybrides. Il s’agissait de passer des instruments optiques à la photographie informatique. Des appareils photo à usage unique aux outils hybrides. Des systèmes basés sur des technologies héritées aux plateformes conçues pour l’avenir. (Alex Coke)

Car comme je le signalais dans un peu d’hsitoire, celle-ci s’est répétée, comme chez Kodak, comme chez Polaroid, pour ne rester que dans notre domaine, celui de la photographie.

Canon et Nikon avaient toutes les cartes en mains : la reconnaissance de leurs marques, le réseaux des revendeurs, les budgets pour un bon marketing, des années d’expertise reconnue. S’ils avaient pris la menace Sony au sérieux en 2013 et répondu au plus tard en 2014 – 2015 peut-être la face de l’histoire eut pu être différente. Car il ne faut pas oublier que Sony c’est un empire étendu dans d’autres domaines, qui font d’énormes bénéfices. Si la concurrence avait été rude et rapidement compétitive, qui sait s’ils n’auraient pas abandonné le marché ?

Mais non, ils ont attendus, persuadés que les clients allaient leur rester fidèles. Comme Kodak et Polaroid avant eux, ils ne se sont réveillés que lorsqu’ils ont vu que le sol se déplaçait sous leur pieds !

Ils n’ont pas perdu la guerre, ils étaient assez forts, mais une grande bataille, idéologique : maintenant ils vont devoir encore se battre pour récupérer un terrain qu’ils n’auraient jamais du perdre.

Car si vous regardez maintenant les coulisses des jeux Olympiques, par exemple, vous verrez autant d’appareils noirs aux objectifs blancs que de réflex noirs et rouges aux objectifs dorés, que de sans miroir noirs avec une bague orange autour des mêmes objectifs.

Conclusion.

Cette (longue) histoire prouve une fois de plus que l’on retient rarement les leçons du passé car il faut aussi du courage pour penser autrement, pour accepter de voir les choses sous un angle différent et ne pas se contenter de se reposer sur des acquis, certes confortables mais illusoires sur le long terme, surtout lorsque l’on est une entreprise.

Au delà de tout ceci, revenons au sujet des appareils qui nous préoccupent : les Canon gardent leur ergonomie et la limpidité de leurs menus, toujours pas égalée ; les Nikon, eux, assurent toujours une construction irréprochable et une ergonomie elle aussi agréable. Pour ma part, je pose à leur sujet un constat qui est comme une porte ouverte que l’on enfonce : ces appareils sont construits sur un modèle ancien, celui de répondre aux attentes des photographes et pour les photographes. Chez Nikon, plus encore que chez Canon, on écoute les professionnels et on ajuste par petites touches les corrections nécessaires.

Par contre, chez Sony, ce sont des appareils conçus par des ingénieurs pour des photographes. Cette vision a permis les avancées que nous avons vues car ils ont eu le culot de faire entrer des ordinateurs dans le corps d’un réflex, ce que les autres avaient entrevu sans y croire vraiment. Leurs boitiers sont très bien construits, agréables mais sans cette ergonomie peaufinée par des années de pratique photographique (j’aime toujours mieux celle du α99 que du α7). Et leurs menus, s’ils commencent à s’améliorer, restent complexes et d’une logique pas toujours évidente.

Pour avoir utilisés les trois marques, si je me rallie à la thèse défendue ci-avant, je reste un utilisateur conquis des Canons, en espérant toujours qu’ils aient retenu la leçon car, et c’est un avis tout à fait personnel, je trouve qu’ils ont déjà fait des erreurs en ne s’engageant pas assez dans des compacts avec viseurs et de qualité, ce que Fuji a fait avec intelligence, jouant en plus sur le côté néo rétro qui plait de nos jours.

Regardons bien : Olympus (enfin, OM System maintenant), Fuji donc, Nikon même, ont tous dans leur gamme un ou des appareils avec cet aspect qui hésite entre tendre nostalgie et modernité. Pas Canon !

Ce n’est sans doute pas obligatoire mais ils ont dans leurs souvenirs assez de belles machines à faire revivre, un peu.

Et vous, vous en pensez quoi ?

Des références.

https://fstoppers.com/historical/how-sony-ate-canon-and-nikons-lunch-five-year-head-start-changed-photography-715672?mc_cid=0a23488292&mc_eid=f0718e2f21, en anglais ; https://fr.wikipedia.org/wiki/Kodak, https://phototrend.fr/2020/12/kodak-ascension-chute-empire-photo/, https://independent-photo.com/fr/magazine/marques-historiques-Kodak/, https://phototrend.fr/2020/12/kodak-ascension-chute-empire-photo/, https://www.generation-nt.com/actualites/kodak-faillite-photo-dette-histoire-2061277, https://fr.wikipedia.org/wiki/Polaroid_Corporation, https://www.declenchermalin.com/histoire-de-la-photographie/histoire-du-polaroid/, https://www.nationalgeographic.fr/histoire/culture-generale-etats-unis-meroe-marston-morse-la-visionnaire-qui-a-fait-du-polaroid-un-objet-culturel en français

Le Zinc du photographe

J’ai reçu un Zeiss Ikon ZM, suite

Bon, j’avoue, j’ai craqué et vous ai terminé la présentation de cet appareil avant celle du Canon Eos 5D Mark III.

Comme précisé dans l’article précédant je vous ai écris un article plus technique (que d’habitude) sur cet appareil et que vous trouverez dans la rubrique « argentique –> les télémétriques ».

Ici je reviens avec mes impressions, toutes subjectives, sur ce magnifique appareil … aïe je suis déjà conquis !

En fait, j’ai découvert l’existence de ce Zeiss Ikon ZM lorsque je cherchais, sur un grand site de vente, un Leica. Comme on dit, il m’avait déjà « frappé dans l’œil » mais que voulez-vous, je n’avais jamais eu de Leica et j’avais non seulement l’opportunité mais – enfin – un peu de moyens à consacrer à cet achat, après avoir essayé des télémétriques russes, plus abordables et fondamentalement proches du « modèle » allemand.

La suite, vous avez peut-être pu la lire dans la rubrique « argentique –> les télémétriques –>petit comparatif (très subjectif) …« . Et si j’ai apprécié la découverte de ces Leica, il me restait un goût d’inachevé.

Je m’explique : le Leica M fut une révélation, en tout cas par rapport aux télémétriques que j’avais testés auparavant : Zorki 4 et 4K, Fed 2, Zeiss 4 M et 4 AM (copie des Contax), Zorki 1c, et même Leica IIIf. Son viseur et son télémètre, sa monture, tout était plus agréable et (relativement) facile.

Il lui manquait une cellule ? Je la trouvais avec le Leica M5, réellement bien pensé mais tellement boudé par les puristes de la marque.

Et comme je suis un curieux, je voulais pousser la comparaison à son maximum, en achetant le Leica M6. Qui, bien qu’il fut très beau et bien pensé, ne m’a jamais convaincu de sa supériorité par rapport au M5.

Certes, j’aurais pu continuer ma quête avec un M7, mais là les moyens que je m’étais alloué pour ces découvertes allaient exploser, et je ne le voulais pas.

Donc, si je devais résumer mon expérience avec les Leica, je dirais que j’ai découvert de superbes machines, solides, bien pensées, construites pour durer, qui ont offert de réels plus à la qualité de la photographie MAIS qui ont gardé des défauts, hérités de leur passé et qu’une certaine élite se refuse à voir changer au nom du respect à un idéal vieux de près de 90 ans ! Par exemple, cet absurde chargement par la semelle, la « crise » provoquée par l’apparition d’une cellule sur le M5 (certains ne jurent toujours que par le M4, synthèse du M3 et d’une certaine modernité), les convulsions provoquées par le passage au numérique (d’aucun n’en sont toujours pas revenus), ce sacro sain rideau en caoutchouc certes peu bruyant mais limitatif (vitesse d’obturation).

Ajoutons à cela cette politique de prix qui pourrait s’expliquer si on considère réellement que la marque fait plus de l’artisanat que de la vente de masse, comparée aux ténors tels Canon, Nikon. Mais c’est oublier un peu vite les accords que passent régulièrement Leica avec Panasonic notamment, et qui va jusqu’à rebadger certaines productions nipponnes, saucées à la Leica, pour justifier des prix qui vont presque au double. Et j’ajouterais – là, je vais me faire lyncher – que ces collaborations sont le sang neuf dont Leica a besoin pour évoluer et je songe à celle qui fut faite avec Minolta et son CLE qui devint CL chez Leica, avec, bien plus tard, une descendance numérique.

Dans le domaine de l’occasion, ça continue, avec des prix qui effraieraient tout cardiaque parce que certains puristes font un point d’honneur à dépenser des sommes folles pour obtenir le Leica de leurs recherches, accessoires d’origine – et à prix d’or – compris. Entretenir une légende, c’est bien (ou pas !?) mais justifier d’une sur cotation au prétexte que le produit est rare, c’est une supercherie.

Au vu du nombre d’appareils, toutes générations confondues, qui se vendent sur la Toile (et ailleurs), je ne pense pas que l’on puisse encore parler de rareté, sauf pour les plus vieux modèles qui n’ont plus que l’histoire à raconter car ils ne sont, franchement, pas pratiques à utiliser.

Par contre, je salue la démarche de Zeiss par la création, en 2006, de ce Zeiss Ikon ZM. Pensez, un télémétrique en plein boom du numérique !

Bien évidemment, je pense ne pas être trop naïf pour croire que la Carl Zeiss AG n’ait agit que pour la beauté du geste en proposant cet appareil à cette époque. Il y avait là du marketing et de l’opportunité, mais ils l’ont fait avec panache en offrant un appareil plus que performant à un prix contenu (près de trois fois moins cher que le concurrent visé, le Leica M7).

Las, si le conformisme l’a emporté et qu’ils ont cessé de le produire en 2012, ils ont offert le meilleur à ceux qui avaient envie de photographier hors des carcans en bénéficiant du superlatif de l’époque.

Epoque d’ailleurs – irrémédiablement ? – révolue car tout le monde est passé au concept du numérique. Laissant le marché de la seconde main combler ceux qui veulent revenir aux joies de la photo argentique et qui cherchent le meilleur compromis qualité/prix.

Dans ce cas, j’ose affirmer que cet appareil est LE maître achat (bon, ne tardez pas trop, après cet article, les prix vont monter). Il est beau, fabriqué plus que sérieusement et pour durer, bénéficie des modernités qui font que seule la recherche de la meilleure photo puisse être un but (cellule, programme automatique débrayable), avec une ergonomie proche de la perfection.

Celui-là, je le garde et il va sortir en rue, qui me semble être son domaine de prédilection. J’espère juste que d’autres pourront découvrir ce bel appareil et partager leurs impressions à son sujet.

Les nouveautés en un lieu

Le reflex va t’il disparaître ?

Le reflex, c’est comme le rock, on annonce sa disparition régulièrement mais tel le Phoenix, il renait encore et encore … en s’adaptant !

Petit rappel, dans le début des années ’60, Asahi Pentax introduit le premier pentaprisme fixe (1957), Nikon révolutionne le monde du réflex professionnel avec son mythique Nikon F (1959). Il ouvrira la porte aux innovations chez Nikon mais aussi chez les concurrents de l’époque, dont Canon qui, dix ans plus tard, sortira le Canon F-1, nouvelle légende.

Les Minolta, Asahi Pentax, Olympus, Rolleiflex, Contax, Miranda, Canon, Nikon, … n’auront de cesse d’apporter leur lot de nouveautés, jusqu’à l’autofocus au seuil des années ’80 (bon, ok, je résume très fort mais comme d’habitude, en bas de page, les liens intéressants).

Une chose est certaine en tout cas, le réflex va balayer une multitude de type d’appareils photo à tel point que même des marques comme Leica vont souffrir le martyr et qu’il en faudra de peu que les télémétriques disparaissent et les moyens format,comme les Rolleiflex ,vont avoir la vie dure.

L’autofocus sauvera, à la fin des années ’70, les petits « point and shot » (visez, tirez) et de petits compacts, assez voire très performants, survivront au côté des réflex.

Il est à noter que c’est surtout le dynamisme des firmes nipponnes et la puissance de leur marketing qui fera avancer la vente des appareils reflex.

Et puis, au seuil des années 2000 (ça fait juste 20 ans !) sont apparus les reflex numériques avec le succès que nous connaissons aujourd’hui : des appareils qui explosent les limites et réussissent à mixer les technologies (p.ex. le nouveau Canon EOS-1D X Mark III capable de rafales de 20 i/s et qui peut filmer en 5K).

Mais – parce qu’il y a toujours un mais – entre-temps de nouveaux venus sont venus chatouiller la prédominance des Nikon et Canon, Pentax, Sony, Fuji, … qui restaient presque les seuls représentant de ce type d’appareil.

En effet, les hybrides faisaient leur apparition aux alentours des années 2010. Ces appareils ont pour ambition de remplacer les reflex : ils sont plus légers, assurent des rendus excellents, peuvent accueillir une multitude d’objectifs, sont rapides et silencieux. En somme, ils tentent d’assurer le meilleur des deux mondes : le reflex traditionnel et le numérique pur et dur.

Sauf que – parce qu’il y a toujours un sauf que – la visée d’un appareil hybride est toujours assurée par l’entremise d’un capteur (celui de l’appareil ou un dédié à cet effet) et donc ce que vous voyez n’est pas l’exacte reflet de la réalité mais déjà une image formée. Et ce temps de « construction » de l’image dans vote viseur, qui s’appelle la latence, ajoute encore et toujours un décalage entre la réalité et votre vision.

C’est surtout vrai lorsque vous avez besoin de cette vitesse de vision et de réaction, notamment pour les images en sports rapides (ski, voitures et motos de compétition, foot, hockey, ….) ou même d’une vision d’anticipation, difficile à acquérir lorsque vous devez dépendre d’une image créée avec ce temps de latence. La visée d’un réflex est une visée optique, c.-à-d. directe de l’image vue ou en train de se construire (anticipation).

Dès lors, serait-ce à dire que les appareils hybrides vont être plus présents en photographie de mariage, de studio, de paysage, et les reflex traditionnels en photographie de sport ou animalière ?

Honnêtement, je pense que les deux vont se côtoyer encore un bon moment, jusqu’à ce que les hybrides parviennent à combler leur « retard » à ce niveau là. Les grands constructeurs historiques (Canon, Nikon), poussés dans le dos par la concurrence des hybrides (Sony, Fuji, Olympus, …) ont franchi le pas de l’hybridation, avec le succès que l’on sait et la capacité qu’ils ont (encore) de proposer des produits bien finis et aboutis (ce qui n’empêche pas les bugs et autres égarements parfois). Mais c’est un peu comme s’ils hésitaient entre le meilleur des deux mondes !

Quand je lis les publicités des uns et des autres, en tout cas, une chose est certaine : les appareils de demain seront toujours plus performants mais deviendront de plus en plus des « usines à gaz » ou, au contraire, extrêmement simplifiés, pilotés par des AI (intelligence artificielle) qui tenteront de prendre le pas sur les décisions du photographe lambda et lui assureront des photos correctes mais sans âme.

Les liens utiles : https://www.ifolor.ch/fr/inspirations/histoire-photographie-partie5 , un beau résumé des origines, http://www.lemondedelaphoto.com/Une-histoire-de-reflex,393.html , pour continuer l’histoire avec Asahi, http://35mm-compact.com/reflex/canon.htm, qui nous conte la patte Canon dans l’aventure, http://www.fondsphotographiquepoyet.fr/les%2520appareils%2520photos%2520d’hier,les%2520progres%2520de%2520l’histoire.html et enfin un article très intéressant du site Canon : https://fr.canon.be/pro/stories/future-of-dslrs/?WT.mc_id=be_pro_0485-202005n_b_04052020_nso_be-fr_a_1_READ%20NOW&WT.tsrc=email&WT.dcvid=&utm_source=mc&utm_medium=email&utm_campaign=be_pro_0485-202005n_b_04052020&m_id=6fb55425e33c5beecc26afee2abbaf0e&utm_id=be_pro_0485-202005n_b&utm_content=nso_be-fr_a_1_READ%20NOW

Mes appareils et leurs accessoires

Et si nous pensions à enregistrer notre matériel photo ?

Je ne vous apprends rien, le coût de nos appareils représentent un investissement conséquent, même, si comme moi, vous optez pour la deuxième main de qualité.

Notre appareil, quelque soit la marque, est souvent assorti d’accessoires, tout aussi coûteux. Je songe notamment aux objectifs, auxquels nous accordons généralement un choix particulier car se sont eux qui assureront la qualité de nos photos, sa signature aussi, parfois.

Et donc, je ne saurais trop vous recommander d’enregistrer vos boitiers et objectifs sur les sites des marques.

Cela présente un double avantage :

  • en cas de vol, où que vous soyez, vous pouvez retrouver les numéros de série de votre matériel. Utile pour les déclarations aux éventuelles assurances et aux forces de police
  • la plupart des grandes marques proposent un service d’assistance, qui « augmente » avec votre parc de matériel. Cette assistance peut aller jusqu’au prêt de matériel en cas de vol ou bris lors d’un reportage.

Personnellement, je déclare tous mes appareils sur le site de Canon : https://www.canon.fr/pro/canon-professional-services/, même si je suis et reste un « amateur » (au sens où je ne suis pas un professionnel de la photo).

Si vous estimez que ce service ne vous correspond pas, il vous est toujours loisible d’utiliser l’autre formule : https://fr.canon.be/registration/.

Voici la liste des autres marques qui proposent un service analogue :

Pratiquement tous les sites sont – évidemment – des sites vendeurs mais certains axent vraiment leur politique sur la pratique photo et dispensent des conseils utiles, voire même organisent des cours photo, virtuels ou physiques.

Ensuite, tous les sites proposent des mises à jour régulières des micro-programme de vos appareils, voire même de certains objectifs (on n’arrête pas le progrès !). C’est toujours utile car avec le rythme auquel ils sortent des nouveaux modèles, il y a parfois des bugs que ces mises à jour corrigent au fur et à mesure. Et certains de ces « up-grade » offrent à des boitiers un peu plus anciens des corrections qui augmentent un peu leurs performances (notamment chez Fuji).

Bref, utilisez les services que les marques mettent à votre disposition (pas toujours sans arrière pensée, soyons en conscients) et qui vous faciliteront la vie, p. ex. en récupérant un mode d’emploi égaré, un programme qui était sur le CD que vous ne retrouvez pas, etc.

Argentique

Première sortie avec le Canon P

Dans mon sac Peak Design Everiday Sling 5l (ouf !) j’ai mis côte à côte le Leica M3 et le Canon P, avec 2 cellules à main (ben oui, j’ai chargé 2 types de pellicules de sensibiltiés différentes, celles que j’avais sous la main, confinement oblige).

Et je ne reviendrai pas sur la facilité du chargement de la pellicule dans le Canon P par rapport au Leica … quoique !

Comme il reste encore un peu de place, j’y ai glissé aussi le Fuji X20 : tout l’univers télémétrique est réuni.

Les balades étant réduites à leur plus simple expression, je vais quand même tenter de finir les films, en attendant de pouvoir les porter au labo.

Bref, je vais pouvoir utiliser les 2 grands rivaux et vous faire part de mes observations, très subjectives.

Tout d’abord, au niveau prise en main, comme je l’avais déjà signalé, c’est kifkif : les deux sont agréables et tout tombe naturellement sous les doigts. Le réglage de l’objectif du Canon est un régal, avec sa petite barre latérale qui aide à la vitesse de mise au point, tandis que le Jupiter 3 demande un peu plus d’attention.

Pour ce qui est du « bruit », les 2 se valent : un clic assourdi pour le Leica, la même chose en plus métallique pour le Canon, et le réarmement se fait dans un silence presque parfait (à peine un petit « rrrrr… » au moment d’armer, et deux fois pour le Leica M3 avec son armement en 2 coups). Ceci étant, vu le peu de personnes présentes, ce n’était vraiment pas un soucis, j’aurais pu armer un Canon A35F sans que quiconque ne le remarque !

Le patch du Leica est un peu plus lumineux mais celui du Canon ne démérite pas, et quand il y a beaucoup de lumière, c’est même confortable qu’il soit un peu assombri.

Au niveau de la visée, le Leica est très clair (hélas sans le cadre pour le 35mm) et on sait visualiser un cadre éventuellement différent avec le petit levier sur la gauche, qui simule la visée avec le 90 ou le 135 mm. Pour le Canon, il faut bien coller son œil au viseur pour bien voir le cadre en 35mm (sans que ce soit vraiment contraignant, sauf peut-être avec des lunettes ?) mais en 50 et 100 mm, pas de soucis, les cadres étant gravés dans le verre. Cela semble juste un peu moins « aérien » qu’avec le Leica mais sans être désagréable ni difficile.

Si je devais ergoter un peu (c’est – vraiment – pour le plaisir), je regrette que le levier d’armement du Leica soit si proche de la griffe flash. En effet, si celui-ci n’est pas un peu dégagé (mode rapide), j’accroche systématiquement la griffe. Ensuite, le retardateur est trop sensible car à chaque fois que je prends l’appareil, je l’accroche et j’entends le petit bruit de minuterie se mettre en route une fraction de seconde.

Très honnêtement, il sera quasi impossible de départager ces deux là, sauf pour des questions d’esthétique ou … de mode ! En effet, le Leica aura toujours plus de cote à la revente, mais sera aussi près de 8 fois plus cher qu’un Canon P à l’achat. De quoi vous permettre d’investir dans de beaux cailloux car, finalement, ce sont eux qui feront la différence au bout du compte. Le Canon P accepte toutes les optiques en standard LTM 39.

En résumé, voilà deux beaux challengers à avoir dans son sac (enfin, au moins un des deux, restons raisonnables) pour arpenter les rues et se faire plaisir avec des appareils qui ont plus de 60 ans maintenant et qui fonctionnent toujours parfaitement.

Voilà, personnellement, je vais garder le Canon P. Soyons de bons comptes, le Leica est tout aussi bon, mais vous le savez maintenant, même si je ne suis pas collectionneur, j’essaie de garder une certaine cohérence dans les appareils que j’utilise et je reste – tant que faire se peut – fidèle à une marque qui ne m’a – jusqu’à présent – jamais déçu.