Ah, celui-ci vient de chez Emmaüs. Selon la personne qui me le présentait, il a appartenu à un monsieur qui en prenait soin et dont c’était le seul appareil. Il était propre, c’est vrai, livré un 50mm f1.8 FL, avec une bague FL vers M39, une seconde M39 vers FL, un tube pour la macrophotographie, un câble souple qui avait bien vécu et une lanière en cuir tressé.
Toutefois, il était complétement bloqué !
Pas moyen ni d’armer ni de déclencher, et le minuteur avait souffert. Heureusement, la pile n’avait pas coulé dans le boitier.
Au vu de l’état, petite négociation pour l’emporter à un prix plus raisonnable que demandé initialement. Et le voilà dans le coffre de la voiture pour un éventuel dépannage car je ne sais pas encore si je vais réussir à le débloquer.
Un peu d’histoire
Il y a un moment déjà que je vous ai présenté le Canon FTb QL. Ce dernier succédait au Canon Ft QL qui nous occupe aujourd’hui en 1971. Et il inaugurait une nouvelle monture, la FD, qui remplaçait l’ancienne FL dédiée elle au FT.
Mais reprenons depuis le début. Canon s’est forgé une excellente réputation, comme d’autres fabricants japonais, avec la production de télémétriques efficaces et moins onéreux que leurs homologues allemands comme le Leica ou le Contax (voir le Canon P).
Au tournant des années cinquante – soixante, c’est le réflex qui s’impose et Nikon lance le plus gros pavé dans la marre, le Nikon F (1959).
Canon n’est pas encore prêt à riposter et il multiplie les tentatives pour répondre à Nikon : du Canononflex (1959) au Canonex (1963), il propose des solutions parfois osées mais peu convaincantes (comme le Canonflex R 2000 – 1960). Puis vient le FX (1964), le premier réflex de la marque qui propose une cellule CdS, des objectifs interchangeables, des vitesses jusqu’au 1/1000s.
Outre la parenthèse Pellix (un miroir fixe semi-transparent plutôt qu’un à retour instantané), c’est le FT QL (1966) qui lance les réflex Canon dans la cours du grand public : objectifs à monture FL interchangeables, vitesses jusqu’au 1/1000s, semi-automatique, minuterie, possibilité de bloquer le miroir et chargement rapide (QL = quick load).
A partir de ce moment, l’histoire est lancée. En 1971 sortent deux appareils qui vont changer les choses : le F1, appareil professionnel qui inaugure la nouvelle monture FD et le FTb destiné aux amateurs et experts. Nous connaissons la suite.
Mais revenons un moment sur ce Canon FT QL, lancé en mars 1966, un an après le Pellix, un peu comme si la marque hésitait entre deux concepts. Et de fait, les retours clients ont marqué la fin du second, notamment à cause de la mauvaise luminosité de la visée et de l’usure rapide du miroir fixe, que les clients astiquaient de trop bon cœur pour qu’il résiste.
C’est donc la technique du miroir mobile, à retour instantané qui restera en lice. A cela, Canon ajoute la mesure de la cellule à travers l’objectif (TTL) et le chargement rapide (QL), la monture à baïonnette FL, la prévisualisation de la profondeur de champ, un minuteur, une cellule au CdS, un testeur de pile et la synchronisation du flash (1/60s).
Nous allons découvrir tout ceci plus en profondeur …
Présentation du Canon FT QL
Comme nous venons de le voir, le Canon FT QL est le premier d’une série qui aboutira au FTb, plus moderne, en 1972. Les trois appareils sont respectivement le FX, équipé d’une cellule placée en façade et donc non TTL ; le FP, qui n’a pas de cellule et est donc l’entrée de gamme de la série ; le FT QL, le haut de gamme.
Concrètement, que nous propose-t-il à cette époque ?
tout d’abord la monture FL, qui présente un verrouillage assez semblable à celle qui va lui succéder en 1972, la FD
ensuite, et c’est une première pour Canon, la mesure de la lumière à travers l’objectif, dite TTL (Through-The-Lens). Le condensateur de lumière est placé sur une surface réfléchissante qui représente 12% de l’image, incliné à 45°. La lumière passe à travers un miroir semi-transparent et frappe le posemètre. Celui-ci, alimenté par une pile, indique la quantité de lumière reçue dans le viseur via une aiguille qui bouge selon les réglages effectués, le but étant de la stabiliser dans le petit cercle.
cette technique, bien que précise par temps clair, montre vite ses limites en faible lumière. Un accessoire était prévu, le Booster Canon. Il permettait d’augmenter la plage de sensibilité des films de 25Asa à un incroyable 12.800Asa. Il était pratiquement possible de photographier en pleine nuit, avec un film de 100Asa, comme en plein jour. Monté sur la griffe porte accessoire, ce Booster amplifiait la lumière entrante. Sans cet accessoire, la sensibilité des films est de 25 à 2000 Asa.
qui dit cellule au CdS dit pile. Au mercure à l’époque, vous pouvez remplacer la PX625 de 1,35v par une pile moderne PX635A de 1,5v, mais il faudra corriger la sensibilité du film. Ou alors, mieux, utiliser une pile zinc-air destinée aux appareils auditifs, à placer dans un adaptateur, ou une WinCell, plus chère mais qui est la copie conforme de la PX625 d’origine (taille) et qui propose le même voltage
le réglage de la sensibilité s’effectue en soulevant la molette sur laquelle les vitesses sont notées. En face des mots Din ou Asa, il y a deux petites fenêtres dans lesquels vous verrez défiler les chiffres des sensibilités des films
le viseur est une lentille de Fresnel avec un cercle de micro-prisme au centre, fixe. La mise au point se fait en centrant l’image dans le rectangle gris (12% de l’image). Sur le côté droit, en bas, l’aiguille du posemètre. Il faut régler l’exposition en mode arrêt (stop-down).
l’obturateur est en tissu. Il est à plan focal horizontal et offre des vitesses de 1s jusqu’au 1/1000s, plus une pose B et la synchro flash au 1/60s. La griffe porte accessoire ne porte pas de contact
de synchronisation, il faut donc relier le flash à la prise PC
Comment s’y retrouver dans les commandes de l’appareil ?
Du classique, vous en conviendrez. La nouveauté, à l’époque, est à l’intérieur (mesure TTL).
Un objet a son importance avec ce boitier : c’est le petit levier multi-fonctions qui est à l’aplomb de la marque FT.
Si vous le poussez vers l’objectif, il agit comme un bouton de prévisualisation de la profondeur de champ, que vous pouvez bloquer en faisant glisser sur L le petit interrupteur à son côté.
Et lorsque vous le poussez dans l’autre sens, il libère la minuterie.
Je vous avoue que j’étais un peu frustré ici car sur mon exemplaire, ce levier était bloqué je le rappelle. Parce qu’on avait forcé les fonctions de ce levier. Je l’avais d’abord neutralisé mais en parcourant le Net, j’ai trouvé comment tout remettre dans le bon ordre et tout fonctionne correctement.
De l’autre côté de l’objectif, l’autre petit levier permet de bloquer le miroir et, en dessous, c’est la prise pour la synchronisation du flash.
Enfin, pour ouvrir le dos de cet appareil, ne vous acharnez pas sur la tirette de rebobinage, il y a un discret verrou par dessous.
Une fois ouvert, vous découvrez le mécanisme, bien pensé de l’aide au chargement (QL = quick load)
Que penser de cet appareil ?
Selon le code inscrit dans la chambre, à l’emplacement de la bobine de film, (K522) cet appareil daterait du 5ème mois 1970 (voir références).
Des appareils simples, où le mécanique l’emporte encore sur l’électronique, balbutiante mais déjà équipé de cellule embarquée et couplée.
Aujourd’hui, je les appelle des appareils-école car c’est avec eux que vous aurez le plus de chance d’apprendre le triangle d’exposition (sensibilité-vitesse-ouverture) ou la règle du Sunny f16 (revoir l’article sur le Fujica ST 701 pour ceux qui ne connaissent pas). Chaque action sur un des éléments influencera le résultat de votre photo.
Tiens, petit aparté à ce sujet : il peut être utile d’emporter avec soit un petit carnet où vous noterez les conditions de prise de vue et le réglages que vous avez choisis. Lorsque votre film sera développé, c’est un mémo utile pour savoir si vos choix étaient les bons, ou s’il faut les corriger.
Il fait son poids mais il est tout en métal, donc solide. En cas d’achat, pensez à vérifier qu’il déclenche à toutes les vitesses, que les mousses sont à faire ou ont été refaites et que le compartiment pile n’est pas oxydé. Idéalement vous devriez avoir sur vous une pile PX625A pour tester la cellule mais dites-vous bien que même si elle est HS, l’appareil fonctionne toujours et donnera d’excellentes photos.
Le levier du retardateur possède 2 utilisations : remonté dans le sens anti-horaire, c’est un retardateur mécanique. Poussé vers l’objectif, il ferme l’objectif et met la cellule sous tension pour une mesure à ouverture réelle. C’est peut-être le reproche qu’on peut lui faire, contrairement au FTb QL qui lui succèdera car lui fait la mesure de la lumière à l’ouverture choisie.
Sinon, c’est un superbe appareil, construit pour durer … longtemps.
Dans cette seconde partie, nous allons découvrir ce Canon TX, comment il fonctionne et ce que j’en pense pour l’avoir manipulé un moment.
Bonne découverte.
Présentation du Canon TX
Comme vous avez pu le découvrir dans l’histoire de cet appareil, il est donc une version simplifiée du Canon FTb qui ne sera jamais vendue au Japon mais produite pour l’exportation, notamment vers les USA (aussi sous le nom de Bell&Howell FD 35) et l’Europe. Il est apparu sur le marché en mars 1975.
Qu’a-t-on sacrifié sur l’autel du prix ? Ce qui frappe en premier, c’est la vitesse maximale, limitée au 1/500s et non plus au 1/1000s ; ensuite, le bouton de déclenchement n’a pas de verrou ; puis, ils ont retiré le minuteur (le levier existe toujours mais il sert à tester la profondeur de champ). Ça, c’est ce qui se voit avec un peu d’habitude.
Au moins, ils ont gardé la pose B, pour les expositions longues, le testeur de profondeur de champ et la griffe porte-flash avec contact synchronisé, même s’il y a encore une prise PC.
Pour le reste, il faut lire le mode d’emploi. En effet, dans le TX, la mesure de la lumière est une moyenne pondérée au centre alors que celle du FTb est une mesure partielle au centre (12%). Cette différence affecte la précision de l’exposition dans les scènes très contrastées.
Ceci dit, cette mesure s’effectue toujours à travers l’objectif (=TTL) et la mesure s’affiche au travers d’une mire avec une aiguille qu’il faut placer au centre d’un cercle pour éviter la sur ou sous exposition. Une pile est donc nécessaire. Une PX625A pour remplacer celle autrefois au mercure.
Dans le viseur, une première aiguille se déplace suivant la vitesse sélectionnée et la réaction du posemètre. Une seconde aiguille, qui se termine par un anneau, se déplace suivant le choix du diaphragme. Le but du jeu est d’amener les deux aiguilles à coïncidence.
La cellule est située derrière le prisme, près de l’œilleton de visée. Sa mesure est pondérée, centrée au-dessous de la plage des micro-prismes.
Rassurez-vous, même sans pile, le TX fonctionne toujours, elle ne sert qu’à alimenter le circuit du posemètre.
C’est un appareil tout manuel, de ceux que je qualifie souvent d’appareils école car avec lui vous apprendrez les subtilités du triangle d’exposition.
Pour le reste, c’est un appareil très classique dans sa présentation et ses fonctions:
Tout comme le FTb, il utilise la nouvelle monture Canon, la FD (qui remplace la FL plus ancienne). Il vous ouvre donc un vaste parc d’optiques de qualité, chez Canon même et chez les opticiens tiers de l’époque (Vivitar, Chinon, Tamron, etc.). Pensez-y : les objectifs Canon FD permettent une mesure de l’exposition à pleine ouverture alors que les objectifs FL et R ne permettent une mesure qu’à diaphragme fermé.
Quant aux flashs, tous ceux dits électroniques de l’époque fonctionnent, même ceux avec un câble de raccordement. La vitesse de synchronisation est de 1/60s.
Résumons-nous : le Canon TX est un appareil fiable, solide, qui devait faire le bonheur de nombreux photographes car moins cher que les autres appareils de la gamme. Il offre le nécessaire, sans le superflu et vous permet d’apprendre la photographie sans risque puisqu’il est tout mécanique, la pile ne servant qu’à alimenter la cellule.
Pourtant, ce ne fut pas, en Europe du moins, un succès commercial comme attendu, vous allez comprendre pourquoi.
Petite revue de détail des Canon de l’époque:
De fait, la date de sa sortie sur le marché le place entre deux énormes succès commerciaux de la marque : le Canon FTB (1971) et ensuite le AE-1 (1976). Hormis son prix, il ne pouvait rien offrir d’autres aux photographes de l’époque.
Que penser de cet appareil ?
Que du bien, même s’il se fait rare sur les braderies/brocantes, pour les raisons exprimées ci-devant.
C’est un boitier que l’on tient facilement en mains, que l’on peut utiliser de suite, même sans avoir lu le mode d’emploi et qui ne déçoit pas. Ses réglages sont naturels et simples à mettre en œuvre et sa compatibilité avec les objectifs FD vous permettent d’envisager tous types de photo.
Tout mécanique, il ne vous lâche pas si la pile est morte, vous pourrez toujours photographier.
Subjectivement, c’est un appareil que l’on a envie d’emmener dehors, car c’est sa place. Il vous en voudra si vous le laissez dans un placard, une vitrine.
Et comme son prix, toujours attractif (comptez au maximum 50€ pour un très bel exemplaire) ne vous ruinera pas, vous pourrez courir acheter de la pellicule et l’essayer de suite.
Donc, soyez raisonnable ou soyez fou, mais faites-vous plaisir.
Monture FD, optique de dotation Canon FD 50mm f1.8 SC
Obturateur à plan focal horizontal à deux axes, avec rideaux en tissu. Vitesses de 1s, 1/2, 1/4, 1/8, 1/15, 1/30, 1/60, 1/125, 1/250, 1/500s plus pose B et synchro flash au 1/60s.
Viseur avec pentaprisme au niveau des yeux ; grossissement 0.85x et couverture de 94%. Télémètre à microprisme au centre de l’écran de Fresnel, mat . Aiguille d’indication de la cellule, avertissement flash insuffisant, avertissement de surexposition et de sous-exposition.
Mesure avec une cellule CdS à travers l’objectif à pleine ouverture, mesure moyenne pondérée centrale. Sensibilité de 25 à 2000 Iso
Compteur de vue avec réinitialisation à l’ouverture du dos
Pile PX625A de 1,5v ou WeinCell pour remplacer la pile au mercure PX625 de 1,35v
C’est encore chez Emmaüs que j’ai trouvé ce pauvre Canon TX.
Couvert de poussières grasses, sans objectif, la mousse du miroir en lambeaux et plein de micro débris indéfinissables dans la chambre, le compartiment pile oxydé. Mais il armait et déclenchait encore.
Sans doute un peu masochiste — mais aussi parce que je terminais l’article sur le Canon FT QL — j’ai décidé de l’emporter et d’essayer de lui redonner un aspect plus convenable et un objectif pour qu’il puisse à nouveau s’exprimer.
Essence de nettoyage, dissolvant, coton-tiges, carrés de micro-fibres, produits de carrosserie, nettoyant pour lunettes, mousses à découper et quelques heures de patience m’ont effectivement été nécessaires pour arriver à un Canon TX enfin présentable et pleinement fonctionnel, même la cellule.
Je vais donc pouvoir vous le détailler.
Un peu (beaucoup) d’histoire
Cet article sera aussi l’occasion de faire un résumé plus complet sur l’histoire de la photographie et celle de la marque, et de la replacer dans son contexte temporel et géographique.
Car le Canon TX est un reflex 35 mm lancé dans les années 1970. Moins connu que le Canon FTb, il représente pourtant une étape importante dans l’histoire des appareils photo argentiques Canon…
Vous êtes prêt ? Alors, commençons…
Les inventeurs
Nous sommes au milieu du XIXe siècle, en France et en Angleterre. Car c’est en Europe que la photographie est née. Le Français Nicéphore Niépce réussira un premier essai en 1822 mais c’est l’image Point de vue du Gras qui est considérée comme la première héliographie (reproduction spontanée de l’action de la lumière, avec la dégradation de teintes noires, sur les images reçues dans une Camera obscura – 1824) fixée sur un support.
Un autre français, Jacques Louis Daguerre, s’intéresse à l’invention et prend contact avec Niépce. Après quelques hésitations, une collaboration nait entre les deux hommes (en 1829) pour le développement et l’industrialisation de l’invention. Hélas, en 1833, Nicéphore Niépce décède subitement et Daguerre s’approprie l’invention, qu’il présente au député François Arago sous le nom de Daguerréotype.
Enthousiaste, ce dernier décrit l’invention à la Chambre des Députés (1839) et ouvre à l’univers tout entier l’invention de la photographie. Il va s’en dire qu’une polémique s’en suivra et que finalement la paternité de l’invention sera rendue à Niépce.
Si l’invention de Niépce se basait sur du bitume de Judée, qui réagit à la lumière, étalé sur une plaque de cuivre et exposée plusieurs jours à la lumière, Daguerre l’a perfectionnée : il utilise les vapeurs d’iode comme agent sensibilisateur sur une plaque de cuivre recouverte d’une couche d’argent polie et la réaction entre l’iode et l’argent produit de l’iodure d’argent, une substance qui se révèle plus sensible à la lumière que le bitume de Judée. Le temps de pose se réduit mais exige encore au moins quelques heures.
Et c’est par hasard qu’il découvre que si une plaque exposée était traitée aux vapeurs de mercure, l’image latente apparaissait nettement. À partir de ce moment-là, le temps de pose se réduit considérablement. Encore quelques tâtonnements et Daguerre se rend compte qu’en trempant la plaque dans une solution saline, il pouvait empêcher l’image de noircir avec le temps. En découvrant le principe du développement de l’image latente, Daguerre raccourcit le temps de pose à quelques dizaines de minutes.
Pendant ce temps, de l’autre côté du la Mer du Nord, William Henry Fox Talbot mène des recherches qui lui font penser qu’il a inventé la photographie (1840) en proposant un procédé négatif-positif qui permet la diffusion multiple des images et qu’il appelle un calotype. Le procédé permet d’obtenir un négatif papier direct et donc de reproduire des images positives par simple tirage contact. Le procédé négatif-positif deviendra la base de la photographie argentique moderne, après d’autres améliorations s’entend.
Revenons en France car, toujours à la même époque (décidément féconde), Hippolyte Bayard effectue aussi des travaux sur le procédé négatif-positif sur papier. Hélas, il eut du mal à se faire reconnaître comme inventeur et à l’instar d’un Galillée qui conclut que pourtant elle est ronde (en parlant de la Terre), il publia en 1839 le premier autoportrait (le noyé-suicide) pour clamer son indignation.
Deux autres inventions, le colodion humide, inventé en 1851 par Frederick Scott Archer, et le gélatinobromure d’argent inventé par Richard Leach Maddox en 1871, font avancer l’invention : le premier permet d’enduire des plaques de verre, plus faciles à manipuler que des plaques de métal polies et le second donnera à John Carbutt, un anglais ayant émigré aux Etats-Unis, l’idée de coucher l’émulsion sur un support souple.
Idée que George Eastman (son employeur) va mettre sur le marché en 1888, en même temps que son premier appareil photo (Box) préchargé de la pellicule en nitrate de cellulose. Les produits Kodak seront distribués en France et en Angleterre par Paul Tournachon, dit Paul Nadar, fils de Félix Tournachon dit Nadar, photographe. Il sera le président-fondateur de la Société des auteurs photographes et président de la Chambre syndicale de la photographie et de ses applications.
Ces inventions et leurs développements, assorties des évolutions en matière d’optique et des appareils photographiques, qui voient leur taille et leur utilisation facilitée, vont véritablement lancer la photographie auprès du public. Elle quitte peu à peu le domaine des personnes aisées et instruites (utilisation de produits dangereux et mélanges chimiques des premiers temps) pour rencontrer les attentes de tout un chacun, enfin, presque.
Le matériel
Car un autre pays vient jouer dans la cour des grands, l’Allemagne, réputée pour la qualité de ses optiques d’abord. Associées aux nouveaux procédés permettant de capturer les images, les optiques autorisent des temps d’exposition plus courts et confortables pour les clients des nouveaux photographes, cette profession qui monte et se déploie un peu partout dans le monde.
Les objectifs donc et ensuite la qualité des mécaniques des appareils allemands vont asseoir cette nation dans l’histoire de la photographie. Car si Kodak lance le premier le marché de masse des produits et des appareils photos, comme les folding et les box, l’Allemagne propose des inventions qui vont révolutionner la pratique photographique.
Le Rolleiflex de Franke & Heidecke apparait en 1929. C’est un réflex bis-objectifs qui utilise du film en rouleau (format 120 en général) qui, associé à une grande qualité optique, va s’imposer comme un maître étalon jusque dans les années 1990. Ses images au format 6x6cm fourmillent de détails et autorisent des agrandissements de qualité. Le concept inspirera nombre de copies, notamment au Japon, en France, en Allemagne même, par exemple.
Toujours en Allemagne d’avant les deux guerres mondiales, un autre appareil photo va revendiquer une place de choix : c’est l’ Exakta Reflex, le premier réflex mono-objectif (1936), qui sera suivi par un Ihagee Kine Exakta (1936) avec objectif interchangeable. Cet appareil ouvre une voie nouvelle qui ne s’est pas encore tout à fait éteinte de nos jours. C’est l’appareil le plus polyvalent de tous, que l’on peut équiper d’une foule d’accessoires pour répondre aux besoins particuliers de chaque photographe (ce que l’on appellera plus tard un système).
En Allemagne encore, un certain Oskar Barnak, ingénieur chez l’opticien Leitz, conçoit un appareil aux proportions réduites qui va accueillir la pellicule utilisée verticalement dans le cinéma. Il a l’idée ingénieuse de faire défiler cette pellicule dans le sens horizontal, lui donnant alors le format du 24x36mm. En 1913 – 1914, deux Ur-Leica seront assemblés et testés mais il faudra attendre 1923 – 1924 pour que les premiers prototypes (31), les Leica 0 soient finalisés.
Enfin, le Leica 1 sera commercialisé en 1925, avec un objectif fixe ; puis le Leica 1C en 1930, avec 3 objectifs interchangeables (monture à visser de 39mm) ; en 1932, le Leica II qui accueille une visée télémétrique en plus et enfin le Leica III (1933 – 1960) qui inspirera tant d’imitations, voire carrément des copies (Fed 2). Les photographes professionnels et amateurs avertis (et riches) vont l’adopter.
La possibilité d’enfin disposer d’un appareil ultra portable va attirer d’autres fabricants dans ce créneau, dont le grand concurrent de Leitz, Zeiss Ikon. Celui-ci va produire un appareil, le Contax (1932), très différent du Leica : son obturateur est en métal et se déplace verticalement, permettant d’atteindre des vitesses de 1/1000s (1/1250s pour le Contax II), tandis que le Leica avait opté pour un rideau en tissus caoutchouté à défilement horizontal qui ne pouvait pas atteindre ces vitesses ; son télémètre a une base beaucoup plus large que celle du Leica, gage d’une meilleure précision ; les objectifs, conçus par Ludwig Bertele étaient considérés comme de meilleure qualité, la surface totale réduite des lentilles permettait un rendu plus contrasté et moins sensible au flare, à une époque où les traitements anti-reflets n’existaient pas encore ; le Contax était beaucoup plus facile à charger d’un film que le Leica.
En 1936, les Contax II et Contax III (équipé d’un posemètre intégré mais non couplé) conquièrent le sac photo de nombreux photographes professionnels, notamment les photojournalistes qui pouvaient facilement travailler en lumière naturelle grâce aux excellents objectifs.
Plus tard, au sortir de la seconde guerre mondiale, le Contax servira de base pour un des premiers réflex moderne, le Contax S avec un pentaprisme non inversé et une nouvelle monture, qui sera presque universelle, la M42.
Hélas, le conflit allait laisser de terribles marques dans l’histoire de la marque (une partie des usines étaient déménagées en Allemagne de l’Est, pour la production des Kiev 4 et suivants) et affaiblir celle-ci. Un marché parallèle va se constituer en Allemagne de l’Est (sous influence soviétique) avec des copies de Contax, les Kiev, mais aussi des copies de Leica avec les Fed et les Zorki. Toutefois, les copieurs vont aussi innover et faire progresser ensuite les appareils initiaux pour finalement être parfois plus modernes que l’original. Il faut aussi leur reconnaitre une capacité de production que n’atteindront jamais ni Contax ni Leica et ils feront perdurer les appareils télémétriques jusqu’au seuil des années nonante (Zorki 4K).
Mais au delà de Contax, c’est toute l’industrie photographique allemande qui souffre, ses brevets étant considérés comme des dommages de guerre et dispersés un peu partout. Zeiss Ikon accepta dès lors de faire des partenariats avec des entreprises japonaises comme Pentax, avec qui il produira la monture Pentax K ; puis avec Yashica avec lequel il développera les réflex Contax modernes (le RTS, 1975) et une monture commune (monture Y/C) pour des objectifs toujours de très grande qualité optique.
Ne brulons pas les étapes mais un nouveau venu s’invite dans la grande histoire des appareils photographiques, le Japon.
Le Japon, un peu de son histoire
Pour beaucoup, dont je suis, c’est un pays fascinant mais qui est resté très longtemps insulaire : l’archipel du Japon est constitué de 14.125 îles, quelques unes étant minuscules.
Ce sont les Chinois qui ont eu les premiers contacts avec le Japon, qui adoptera le bouddhisme et le système d’écriture. Il faudra attendre 1543 pour que des Portugais, perdus en mer, atteignent les côtes japonaises. Ils y établiront des comptoirs commerciaux, bientôt rejoint par les Hollandais et les Anglais, qui introduiront aussi le christianisme. Mais craignant de devenir des vassaux de ces empires coloniaux, ils vont d’abord interdire la nouvelle religion (1537) puis couper (presque) tous les ponts avec les autres pays (seuls subsisteront quelques contacts commerciaux avec les Hollandais et les Chinois) en 1639 et expulseront tous les étrangers du sol, interdiront à leurs compatriotes de sortir, isoleront les commerçants du port de Nagazaki.
Pendant près de deux siècles, le Japon restera isolé du reste du monde, volontairement.
Pendant ce temps, le commerce occidental s’élargit vers la Chine et de nombreux navires voguent dans la mer du Japon, mais sans pouvoir accoster. De fait, les navires, surtout américains, cherchent des stations où faire le plein de charbon pour continuer leur route. Quand la France, l’Angleterre et les Russes tentent de forcer le blocus japonais, les américains, craignant d’être en reste, sous la menace des canonnières, obtiendront que le pays s’ouvre vers d’autres contrées en 1854.
Après un premier traité, un second traité fut signé en 1858, qui ouvrit les ports de Yokohama, Hakodate et Nagasaki au commerce et à la colonisation étrangère.
En 1868, l’ère Meiji va imposer de profondes réformes dans le pays, qui s’inspire de ce qui existe en occident, pour aboutir, en 1890 à une Constitution établissant une monarchie constitutionnelle avec un Empereur à la tête du pays.
Le pays s’industrialise rapidement. Les importantes réformes économiques, sociales et militaires transforment le Japon en une puissance régionale. Une forte ambition de développement se transformera en guerres, contre la Chine en 1895, la Russie en 1905 à l’issue desquelles le Japon incorpore la Corée, Taïwan et d’autres territoires comme colonies.
Un puissant mouvement de démocratie anime le pays dès 1900 et le pays adoptera le suffrage universel (mais pour les hommes uniquement) dès 1925.
Las, la Grande crise économique de 1929 atteint aussi le pays et crée des tensions qui favorisent la prise de pouvoir par les militaires. Le Japon reprend alors ses velléités expansionnistes : il envahit la Mandchourie (1931) puis la Chine du Nord, avant de vouloir la conquérir toute en 1937. Le morceau est difficile à digérer et les puissances occidentales se liguent contre lui, notamment à cause des atrocités commises par les militaires. Il décide alors d’attaquer les Etats-Unis à Pearl Habor en 1941 et entreprend de libérer de nombreuses colonies occidentales établies en Asie, avec le but (in)avoué de créer une sphère économique de la Grande Asie orientale.
Finalement, le Japon doit capituler en août 1945 après que les USA aient lancé deux bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki, tuant des centaines de milliers de japonais en quelques secondes et bien d’autres ensuite, victimes des radiations provoquées par les bombes.
Le Japon et la photographie
Ces longs détours pour situer le Japon dans le parcours photographique du monde au début de cette ère d’une nouvelle invention.
Comme je l’écrivais plus haut, le pays avait gardé quelques contacts avec l’extérieur, notamment avec les Hollandais. Ce sont eux qui ont introduit, dès 1848, le premier daguerréotype à Nagasaki, le port qui restait ouvert sur l’Occident.
Il fut acquis par un notable de la ville mais il fut compliqué de s’en servir, les produits à utiliser étant rares et le processus complexe. Finalement, ce sera un photographe américain, Eliphalet Brown, équipé d’un daguerréotype, qui illustra la vie au Japon de cette époque. Il prit plus de 400 épreuves (dont malheureusement la plupart ont disparu) de la région de Tokugawa.
Mister Brown quittera l’archipel mais d’autres viendront s’y établir, comme Orrin Freeman qui ouvre un studio à Shangai dès 1859, puis à Yokohama. Il sera le premier étranger à ouvrir un tel commerce au Japon. En plus de son studio photo, il se consacrera à enseigner la photographie aux étudiants japonais. Un de ceux-ci, Ukai Gyokusen, lui a ensuite acheté du matériel et a créé le premier studio photo japonais à Edo (Tokyo) en 1861.
Un autre étranger, le photographe aventurier Felice Beato, ouvrira un studio à Yokohama en 1864 et lui aussi enseignera les rudiments de la photographie aux japonais qui voulaient devenir photographes. Là, heureusement, on a gardé de nombreuses images, dont certaines sont disponibles sur la Grande Toile.
N’imaginons pas que les échanges allaient toujours dans le même sens : une tradition d’impression en couleurs, faite à partir de bois peints a été exportée vers l’Europe et a impressionné nombre d’artistes occidentaux. Sur base de ces travaux minutieux, les Japonais ont très vite colorisé les images en noir et blanc. Cette pratique s’est développée et a créé un véritable commerce exporté vers les pays occidentaux, qui en étaient friands au XIXe siècle. Ah, l’exotisme…
On estime qu’environ 100 photographes japonais exerçaient vers 1870. L’introduction, dès 1880, des plaques sèches à la gélatine, a permis le développement de la pratique tant chez les photographes professionnels qu’amateurs. Cette nouvelle industrie a provoqué une demande accrue pour les produits chimiques et les appareils photo. Elle a aussi permis la création de clubs photo et la production de magazines dédiés à la photographie.
Pourtant, le plus important c’est ce qui se joue chez certains industriels : des hommes, ambitieux, ont compris que la photographie était un commerce à développer, tant au niveau des produits chimiques, que des optiques et de la fabrication de leur propre matériel photographique.
Citons, rapidement, Rokusaburo (Rokuemon) Sugiura qui se lance dans le commerce des produits chimiques (1873), importés de l’Ouest avant de les fabriquer dans son entreprise. Puis il fabriquera ses propres plaques photo et le papier (1902) et, enfin, ce que l’on peut considérer comme le premier appareil photo japonais (1903), le Cherry (Cerise) avec un magasin de 6 plaques, une seule lentille (ménisque), une seule vitesse mais produit en série et donc abordable. Cette entreprise sera plus connue, plus tard, sous le nom de Konica.
Citons encore Ryuzo Fuji, ingénieur naval, très intéressé par les appareils optiques. Lors d’une visite en Angleterre, il y étudie celle-ci à travers des livres techniques qu’il a acheté, dont certains viennent d’Allemagne. Il fonde, avec son frère Mitsuzo Fuji la société Jujii Lens Seizo-Sho (1909) pour réparer les équipements optiques importés de la marine impériale. Il achète l’équipement de mesure et d’étalonnage optique, des meuleuses en verre et de l’équipement de polissage, des tours et d’autres équipements optiques. Bientôt il produit son propre équipement optique qui tient la comparaison avec les importations occidentales. Il a produit des télescopes, des microscopes et des lentilles photographiques.
La Première Guerre mondiale absorbera les instruments et la matière première, qui ne seront plus exportés. Le Japon décide alors de fabriquer ce dont il a besoin.
En 1917, sous l’impulsion de la marine impériale, trois des principales sociétés d’optique du Japon, Iwaki Glass Seisaku-Sho, Jujii Lens Seizo-Sho et Tokyo Keiki Seisaku-Sho se réunissent pour former une nouvelle société appelée Nippon Kogaku Kogyo Kazushikigaisha (Japan Optical Industries Corporation). Elle produira des jumelles, des télescopes, des prismes, des miroirs et des microscopes.
Les premiers produits optiques de Nippon Kogaku ont été réalisés grâce à huit techniciens allemands invités au Japon et qui ont enseigné leur pratique et aidé à la conception et l’organisation de la fabrication. En 1930, le groupe était le principal fabricant d’optiques au Japon. L’entreprise a commencé à produire ses propres appareils photo sous le nom de Nikon (même s’il a fallu attendre 1988 pour que ce nom deviennent celui de l’entreprise).
A cette époque, presque tous les modèles d’appareils étaient présents dans l’archipel mais le rêve des passionnés restait les Leica et Contax allemands, hélas hors de portée financièrement pour la majorité des photographes nippons.
Qu’à cela ne tienne, les japonais vont en construire d’aussi bons, avec même des fonctions améliorées et à prix abordable. Il fallait trouver des hommes de la trempe d’un Oskar Barnack, un curieux, un bricoleur de génie, un inventeur.
L’histoire de Canon
Cette photo représente Goro Yoshida (1900 – 1993), l’homme qui correspond à cette description.
Jeune homme dans les années vingt, il travaille dans une entreprise de réparation de projecteurs et d’appareils photo. Naturellement, il cherche à les comprendre, les assembler, en imagine d’autres, pourquoi pas le sien ?
Un jour, il démonte un Leica II et fera cette réflexion : Je viens de démonter l’appareil photo sans aucun plan spécifique, mais simplement pour jeter un coup d’œil à chaque partie. J’ai trouvé qu’il n’y avait pas d’objets spéciaux, comme des diamants, à l’intérieur de la caméra. Les pièces étaient fabriquées en laiton, aluminium, fer et caoutchouc. J’ai été surpris que lorsque ces matériaux peu coûteux ont été mis ensemble dans une caméra, cela exigeait un prix exorbitant. Cela m’a mis en colère.
Fort de cette constatation, il a décidé qu’il était possible de garder les qualités de l’engin mais a un prix plus raisonnable. Avec son beau-frère, Saburo Uchida, et un associé, Takeo Maeda, ils créent le Precision Optical Instruments Laboratory, Seiki Kogaku Kenkyujo pour développer le projet d’un télémètre en 35mm.
Comme d’autres génies plus tard, ils ont loué … une chambre pour travailler sur le projet. Et comme il fallait trouver un nom pour le futur appareil, ils ont choisi la déesse bouddhiste de la miséricorde, Kwanon.
On ne sait pas combien de prototypes seront produits, on pense qu’il y en eut une dizaine, dont un seul aurait survécu et appartient au musée de la marque (appelé Kwanon X).
Mais avant cet appareil, il y eut, dès 1934, des publicités dans le Asahi Camera Magazine, qui montrait un boitier un peu différent, qui est comme un mélange de Leica II et de Contax. Cet appareil, qui a aussi disparu (si tant est qu’il fut réellement fabriqué) est appelé Kwanon A.
On y voit un objectif rentrant, un bouton d’avancement sur la face avant (Contax), pas de bouton de rembobinage (à l’époque, le film passait d’une cassette contenant le film à une cassette vide, il n’était pas alors utile de rebobiner), trois fenêtres (viseur et télémètre – Leica II). La traduction du texte publicitaire indique qu’il s’agit d’un appareil avec télémètre couplé, que l’avance du film arme aussi l’obturateur à plan focal et que les objectifs sont interchangeables (monture à vis 39M).
Bref, sans entrer dans des détails techniques qui n’amuseraient que les collectionneurs, résumons en écrivant qu’il y eut plusieurs versions de ce prototype. Mais peu ou pas, on ne sait trop, ont survécu. La rigueur n’étant pas encore de mise dans l’entreprise ou est-ce le feu de l’inventivité qui a dépassé nos trois personnages ?
Toujours est-il que de développements en développements, les premiers appareils commercialisables étaient prêts. Mais il manquait un objectif car celui imaginé pour les prototypes, le Kasapya (dont le nom est issu d’une autre déesse du panthéon bouddhiste), ne correspondait pas à leurs attentes. Enfin, point important s’il en est, le nom évolue aussi et devient Canon.
Finalement, grâce à des relations, Canon s’associe à Nippon Kogaku, et ils coopèrent non seulement pour la fourniture d’un objectif 35mm Nikkor mais aussi pour le télémètre et son montage, Canon fabricant le boitier, l’obturateur, le plan focal.
Mais il fallait éviter de violer les brevets de Leica et Contax, notamment pour la liaison de l’objectif au boitier. Canon, toujours avec Nippon Kogaku, a imaginé une monture avec un filet, qui était monté dans un système de baïonnette avec le mécanisme de focalisation, la J Flange.
Les premiers Canon arrivent sur le marché en février 1936. Toutefois, si les boitiers étaient prêts, encore fallait-il pouvoir les vendre ! En effet, Seiki Kogaku n’avait pas de canal de distribution. Ils ont alors fait appel à l’entreprise Omya Sashi, Yohin Co.Ltd. pour le marketing et la vente.
Cette entreprise accepte mais à la condition que son nom commercial, Hansa, soit accolé au nom de Canon sauf si les appareils n’étaient pas vendus par leur canal.
Un article paru dans le numéro d’Asahi Camera (octobre 1935) décrit l’appareil en ces termes (citation du musée Canon) : Appareil photo Hansa Canon… Canon est une imitation Leica fabriquée au Japon. Bien qu’une certaine influence de Contax soit trouvée, la majorité de ses caractéristiques sont calquées sur la Leica. …. Il utilise un magazine spécial et l’objectif est Nikkor 50mm f/3.5 de Nippon Kogaku. L’objectif est amovible. …
Ceci a le mérite d’être clair ! Ainsi donc, le premier télémétrique de qualité en 35mm japonais, ne reniait pas sa filiation avec les appareils allemands. On estime qu’entre 1935 et 1940, 1.100 unités seront produites. Pour arriver à leur fins, Seiki Kogaku a accepté qu’un tiers s’occupe d’une partie de la gestion de son appareil (optique, télémètre, baïonnette via Nippon Kogaku). Ensuite, toujours pour favoriser son essor, ils ont accepté qu’un autre nom vienne se coller au leur, Hansa.
Ils ont appris de ces collaborations et dix ans plus tard, ils étaient maîtres de leur destin et fabriquaient eux-même leurs objectifs, télémètre et développaient leur réseau de distribution.
Tout était fait à la main et le rythme n’était pas très rapide ; de plus, ils manquaient de fonds. Ils ont alors créé Precision Optical Industry Co. Ltd le 10 août 1937, date considérée comme celle de la fondation de l’entreprise. Dès lors, même si la fabrication est encore essentiellement manuelle, elle s’accélère. Ce qui n’empêche pas que des améliorations continues sont apportées et les modèles se succèdent : modèle J, modèle S, modèle NS, modèle JS.
Canon et l’effort de guerre japonais
Si nous n’oublions pas que le Japon est en guerre depuis 1931 (cfr.supra), la taille réduite de l’entreprise initiale a permit à Canon de ne pas être sollicitée à l’effort de guerre.
Mais dans les années quarante, elle produisait assez pour intéresser l’armée impériale, qui a acquis nombre de ses appareils. Lorsque la guerre du Pacifique a progressé, toutes les forces des entreprises étaient destinées aux armées. Pour Canon aussi. Ils durent fabriquer des lentilles destinées aux agrandisseurs et aux appareils à rayons X ; le nombre d’appareil photo chut drastiquement.
Sur base des Canon J, ils produisent des appareils à rayon X et cette production perdura au delà de la guerre. Un obstétricien, Takeshi Mitarai, s’intéressa à la production de ces appareils car Seiki Kogaku cherchait des solutions pour rendre la pratique de ces analyses moins onéreuses. Monsieur Takeshi Mitarai investit et s’investit dans l’entreprise dès 1942 et en fut même le président jusqu’en 1974.
La fin du conflit, que nous avons évoquée plus haut, laisse le pays exsangue et en ruines. Bien que l’entreprise Canon n’ait pas été trop endommagée, il était très difficile de trouver des matières premières, les équipements étaient quasiment impossible à entretenir ou réparer, et le personnel était plongé dans un profond désespoir. Le marché intérieur s’était effondré : ce qui était important c’était de trouver un toit et de quoi manger, le reste était superflu.
Ils ont bien failli tout arrêter car, de plus, les quelques appareils que l’industrie japonaise pouvait encore produire était des boitiers très simples, sans réglages ni sophistication, pas toujours de bonne qualité. L’armée d’occupation américaine, si elle se comportait en terrain conquis, consommait et amenait des devises. Elle achetait ces produits pour quelques dollars mais les dénigrait aussitôt pour les raisons que j’expliquais. Le matériel japonais était alors considéré comme de piètre qualité et les japonais comme de mauvais ingénieurs et/ou commerçants.
C’était pourtant mal connaître l’âme nippone devant l’affront : en 1948, le gouvernement promulguait une loi réglementant l’inspection et le contrôle des produits destinés à l’exportation ; les produits japonais se devaient d’être de qualité supérieure !
Tous les industriels ont réagi et amélioré leurs produits (aussi parce que les matières premières redevenaient un peu plus accessibles) et dans le domaine qui nous préoccupe, la photographie, toutes les entreprises ont mis les bouchées doubles pour proposer aux forces d’occupation des boitiers de qualité à des prix raisonnables.
Les soldats en ont acheté en quantité, les magasins des bases militaires (PX) ont fait des stocks et au fur et à mesure que ces soldats rentraient au pays, les appareils photo japonais se sont introduits aux USA.
Au début des années cinquante, les grandes entreprises d’appareils photo japonaises se sont regroupées et ont formé la Japan Industry Association pour structurer le marché, le développer, se former aux nouvelles technologies. Et pour vaincre les craintes des acheteurs américains (d’abord), ils ont mis en place le Japan Caméra Information and Service Center, un lieu unique pour référer aux acheteurs les pièces détachées éventuelles, les réparateurs qualifiés ; il permettait aussi d’effectuer des essais. De quoi rassurer les consommateurs US. De plus, les différentes sociétés japonaises ont ouvert des bureaux aux Etats-Unis et ont conclu des accords avec des entreprises américaines pour commercialiser leurs produits.
Par exemple, Ashahi conclu un accord avec Honeywell et Canon avec Bell & Howell.
J’en reviens un moment à la loi promulguée pour assurer la qualité des appareils destinés à l’exportation : pour certifier celle-ci, le Japan Camera Inspection Institute (JCII ) effectuait des tests rigoureux et certifiait leur qualité par un ruban avec un médaillon en papier doré, puis une étiquette, toujours dorée, qui était apposée sur chaque appareil. C’est pourquoi vous trouverez encore cette fameuse mention passed sur nombre d’anciens appareils japonais.
Ceci a perduré jusqu’au début des années quatre-vingt, lorsque le matériel japonais était devenu la norme mondiale et les appareils photo allemands étaient en déclin total. Le JCII sera démantelé à la fin des années quatre-vingt.
Canon sort de la tourmente
Le credo de Canon a toujours été de produire de bons appareils à prix décents, même s’il n’en fabriquait plus beaucoup. Ils ont toujours amélioré leurs produits. Ainsi, proche du Leica II, ils ont proposé le Model S-II (1946 -1949) plus pratique, puis le Model IIB (1949) qui intégrait un viseur révolutionnaire, qui offrait des grossissements sélectionnables de l’image pour une mise au point fine. Ils donnaient aussi la vision de l’objectif de 50mm, de 100 et 135mm. Ceci rendait le viseur auxiliaire inutile pour ces focales (Leica avait toujours besoin de sa tourelle).
Ces qualités ont permis à Canon de s’introduire dans les PX américains. Mais si les USA étaient un marché intéressant pour Canon, le marché européen l’était aussi.
Pour cela, il fallait des entreprises qui puissent les introduire aux USA. Ils en ont essayé plusieurs mais cela ne fonctionnait pas. Ils ont donc ouvert un bureau à New-York pour s’en occuper eux-mêmes (1955). De même ils ouvrent le Centre européen de distribution à Genève Suisse (1957) et prennent le contrôle direct des ventes européennes.
Les ventes décollent lentement aux USA et Canon se tourne vers Bell & Howell pour vendre leurs appareils (accord portant sur la période 1961 – 1976), tantôt sous leur seul nom, parfois avec les deux noms accolés ou encore sous la seule marque de Bell & Howell. Il n’est donc pas rare, surtout en Amérique, de trouver des appareils Canon avec différents noms.
Bell & Howell ont même demandé à Canon de leur fabriquer un boitier réflex qui porterait leur seul marque. Canon a utilisé comme base le TLb auquel ils ont ajouté, selon le désir de leur commanditaire, une griffe flash synchronisée. Le Bell & Howell FD35 était lancé (1973).
Cet appareil est donc un FTb simplifié, un TLb donc : pas de minuteur, pas de syncrho flash, vitesse maximale de 1/500s, mesure de la lumière moyenne pondérée au centre seul. Pour le B&H FD35 on garde la même recette mais on y ajoute donc une griffe flash synchronisée.
Comme la formule était bonne (appareil solide, qualitatif mais peu onéreux), en 1975, Canon sort le même appareil sous son nom cette fois : c’est le Canon TX (et la boucle est bouclée !).
Ça va, vous suivez toujours ?
Alors voici les derniers paragraphes qui concernent, entre autre, les différents noms utilisés par l’entreprise :
Seiki-Kogaku Kenkyusyo (Société de Recherche Optique de Précision), novembre 1933
Nippon Seiki-Kogaku Kenkyusyo, juin 1936
Seiki-Kogaku Kogyo Company Limited, août 1937
Fournisseur vérifié – Canon Camera Co., Ltd., septembre 1947
Canon Camera Company Inc., janvier 1951
Canon Inc., mars 1969
Sacré parcours pour une entreprise dont le premier but était de produire des clones de Leica, japonais, de très bon niveau et abordables (le Kwanon – 1934). Ensuite comme ils fabriquaient les boitiers et qu’il leur fallait des optiques, ils se sont alliés à Nippon Kogaku (qui deviendra Nikon). Quand ils sont arrivés à tout produire eux-mêmes, ils ont essaimé dans l’archipel du Soleil Levant et puis ils ont conquis le monde, toujours avec la même philosophie : créer de bons appareils, abordables et bien conçus.
Sans doute le pieux Goro Yoshida avait-il bien fait de choisir Kwannon (le nom japonais de Kuan Yin, en Chine), la déesse bouddhiste de la miséricorde pour son premier appareil photo …
Ah oui, une dernière chose : le Canon TX ne fut jamais vendu au Japon !
La suite
Comme dans tout bon feuilleton qui se respecte, elle sera fidèle au prochain numéro. Un peu de patience.
C’est un long article (en anglais) découvert sur Fstoppers qui m’a fait penser à cet article, dans une époque où décidément les leçons de l’histoire n’ont toujours pas été retenues.
Que ce soit une volonté de retour à des ordres anciens qui ont prouvé toutes leurs horreurs ou des empires qui vacillent, des politiques qui s’égarent, des économies qui se délitent, l’humain a la fâcheuse tendance à se souvenir mais pas à utiliser les leçons pour éviter les erreurs ou le pire.
Ici je parlerai d’une erreur stratégique qui se répète alors qu’elle a déjà emporté quelques fleurons de l’industrie photographique et donc que l’on aurait pu éviter ou en tout cas, amortir.
Mais vous allez comprendre ….
Un peu d’histoire.
Canon – Nikon – Sony, trois grandes marques bien connues et pourtant, je vais commencer par celle de … Kodak.
Cette gigantesque entreprise, née du cerveau fécond d’un génial inventeur, Georges Eastman, a (presque) tout imaginé dans le domaine de la photographie. Du premier appareil photo préchargé (1888), à la commercialisation du premier film sur support souple (1888), le premier papier photo pour l’imagerie médicale (1896), le premier pliant avec un film standard (1897), le premier appareil photo destiné au grand public (Brownie, de 1900 jusque 1980), la première photographie couleur (1935), les premiers films en cassette (1963 – 1972), le premier appareil numérique et la première photographie numérique (1975), elle a monopolisé un empire mondiale sur la photographie. Grâce à une publicité bien rodée et imaginative (you press the button, we do the rest = vous pressez le bouton, nous faisons le reste), elle s’est imposée partout dans le monde comme fournisseur de film et de papier. La (grosse) majorité de ses revenus provenaient d’ailleurs de cette seule activité.
Engluée dans le confort de ces revenus confortables, elle n’a pas voulu entendre ni envisager à temps les évolutions de la technologie et, elle qui fut pionnière en la matière, elle rate le départ de la photographie dématérialisée ou numérique et ne se diversifie pas à temps. Résultat ? Elle dépose le bilan en 2012 et se place en protection judiciaire pour éviter la faillite totale.
Un autre exemple frappant ? Celui de Polaroid. Là encore, un homme extraordinaire et imaginatif invente le film à développement instantané (1943) et les appareils qui vont avec cette expérience (1948, le Polaroid 95). Tout au long de la vie de Polaroid, les inventions se succèdent comme le temps de pose automatique (1950), la photographie instantanée couleur (1963), un réflex à développement instantané (1972, le SX70), un système de sonar pour calculer la distance (1978), le calcul de la lumière couplé, l’invention d’un film en 8mm à développement instantané, une développeuse intégrée à la lumière du jour de film 24×36, le Polaroid qui parle (1995). Ici aussi une politique marketing inventive pousse la firme dans le monopole de la photo à développement instantané. Ce confortable fauteuil, posé sur des revenus solides font oublier aux dirigeants que la technologie n’est pas figée et eux aussi ratent le tournant de l’épopée numérique. En 2008, elle dépose son bilan.
Source : bible-marques.Une famille au grand complet est réunie autour de la table et pose pour une photo souvenir. Le père cadre tout le monde et à peine a-t-il déclenché l’appareil que sa mère lui demande : « – Où est la photo ? – Il faut porter le film à développer… – Alors pas de photo ? – Maman… – La voilà, ta photo ! ». Elle lui tend alors un Polaroid qu’il utilise aussitôt. Voix off : « Avec le Polaroid 1000, c’est si simple d’avoir de belles photos couleurs en quelques minutes. Polaroid 1000, l’appareil le plus simple du monde ».
Canon – Nikon – Sony
Le monde de Canon et Nikon.
En 2013, le Canon 5D Mark III et le Nikon D800 étaient les appareils les plus vus : leur taille, leur poids, le son de leur miroir en rafale, tout indiquait qu’ils s’agissait bien d’appareils sérieux et dignes de confiance.
Canon et Nikon représentait les 3/4 du marché de la photo et plus encore chez les professionnels. Oui, Pentax fabriquait de bons appareils, Sony n’était pas en reste avec les siens, hérités du savoir-faire Minolta avec la monture A mais ils étaient destinés aux amateurs.
Si vous aviez autour du cou un Canon 1DX ou un Nikon D4, vous étiez un professionnel.
Vous aviez accès à un catalogue complet d’accessoires pensés depuis des décennies de photographes avant vous, vous bénéficiez d’un support technique efficace et, surtout, vous étiez crédible, un vrai photographe !
A gauche, les objectifs EF de chez Canon ; à droite, les objectifs Nikkor FX – DX de Nikon
Cette domination concernait tout l’univers photographique : boitiers, objectifs, flashs, accessoires, centre de services et, surtout, les réseaux des photographes. Si vous étiez dans la photo de sport, vous étiez chez Canon parce que les journalistes des magazines étaient Canon ; si vous étiez dans la photo de mariage, vous étiez Nikon parce que les grands du secteur étaient chez Nikon.
Bien sûr, les deux grands avaient fait une incursion dans le monde des appareils sans miroir (2012), mais l’un avait choisi de le faire avec un APS-C (le Canon M50) et le second avec un capteur encore plus petit, de 1 pouce, pour le Nikon 1 Serie. C’est clair qu’ils réservaient cette technologie aux boitiers pour débutant, pour amateurs, les pros ayant besoin d’un vrai bon gros et lourd appareil !
L’arme secrète de Sony : une longue préparation stratégique.
Et Sony dans tout ça ?
Depuis son rachat de la division Konica-Minolta en 2006, il avait en fait acheté en une fois des décennies d’expertise en optique et la base de ce qui allait devenir son système à monture A, l’ancienne monture Minolta.
Les deux géants ont vu cette entrée dans leur monde comme quelqu’un qui achète son billet dans une pièce qu’il ne connait pas.
Mais dès 2010 Sony expérimentait sur l’α77 le miroir fixe translucide (SLT pour Single-Lens Translucent) parce qu’il possédait déjà d’un autofocus à détection de phase permanente utilisé en vidéo et il avait déjà des viseurs électroniques haute résolution. Avec le α99, il tâtait du plein format. De fait Sony expérimentait déjà l’expérience du viseur électronique et pensait à l’image de manière informatisée alors que Canon et Nikon perfectionnaient encore et toujours le viseur optique.
Puis en 2010 toujours, Sony lancé son système hybride APS-C NEX, construit autour de la monture E, nouvelle et qui deviendra celle de son plein format. Pendant trois ans, ils ont développé un écosystème hybride et ils ont testé le marché, affiné l’expérience utilisateur.
L’α7 n’est donc pas surgi du néant : c’était la fusion bien calculée de la technologie du capteur plein format de la gamme en monture A et de leur système éprouvé de la monture E sans miroir avec les NEX.
La gamme des hybrides Sony 2023
De plus, un autre fait ne doit pas être omis. Sony n’est pas seulement un fabricant d’appareils photo, ils étaient et sont toujours les premiers fournisseurs mondiaux des capteurs numériques. Nikon, par exemple, se fournissait chez eux pour ses réflex.
En matière de Recherche et Développement, Canon et Nikon ne pouvait tout simplement plus égaler Sony
Octobre 2013 : la révolution que personne n’a vu venir.
Alors quand en 2013 Sony lance sur le marché un appareil plein format, comme Canon et Nikon, qui ne pèse que 474gr nu, cela tient de l’impossible ! C’est le Sony α7.
Mais Sony n’avait pas fini de sonner ses concurrents car non seulement il miniaturisait la taille du boitier mais il repensait même l’univers de l’appareil photo.
Vous allez comprendre : les montures Canon et Nikon ont été développées depuis longtemps (1987 pour la EF de Canon et … 1959 pour la F de Nikon). Ces montures ont été conçues pour des appareils à miroir, ce qui impliquait que l’objectif devait être loin du film ou du capteur ensuite. Ce que l’on appelle la distance de bride était de 44mm pour Canon et 46,5mm pour Nikon.
Or la monture E de Sony n’a une distance de bride que de 18mm puisqu’il n’y a pas de miroir.
Premier avantage, l’appareil peut être moins épais et, second avantage, les objectifs peuvent être plus près du capteur. Et là c’est un autre coup de génie car si on ne sait pas monter un objectif à bride courte sur un boitier à bride longue, l’inverse est vrai, moyennant un adaptateur.
Du coup, avec un adaptateur Metabones, vous pouviez monter tous vos Canon série L sur l’α7, tous vos cailloux Nikon, même de vieux objectifs Leica, des russes, etc. bref tout ce que pouvait couvrir les Metabones (qui évoluaient très vite pour garantir les relais autofocus par exemple).
Coup de génie ai-je écris plus haut car de fait, Sony venait de proposer un système professionnel qui pouvait utiliser les objectifs de grande qualité développés depuis des années par les autres. Or on sait que ce qui freine le passage d’une marque à une autre, c’est justement les investissements faits notamment dans les focales qui, in fine, coutent souvent plus cher que l’appareil lui-même.
Et puis, le viseur de l’α7 vous permettait de voir en direct les résultats de vos réglages lors de la prise de vue, alors qu’avec un réflex classique il vous faut regarder a posteriori le résultat de votre image.
Toute l’expérience de Sony dans les caméras de sa marque entrait dans l’appareil photo. Pendant que Canon et Nikon construisaient des appareils optiques raffinés, Sony faisait entrer en ordinateur dans un appareil photo. C’était une révolution !
Les errements des Conseils d’Administration.
Chez Canon et Nikon, il semble bien qu’ils aient largement sous estimé le tsunami en cours.
Pire, ils ont cru que ce petit boitier, moitié moins lourd qu’un vrai appareil professionnel, n’allait pas pouvoir répondre aux besoins des photographes pro : avec leurs gros boitiers, ils offraient la solidité, l’ergonomie, l’autonomie, l’étanchéité et un système fermé d’optiques irremplaçables.
Pour eux il était certain que la taille et le poids vous assurait d’une qualité et d’un sérieux qu’un petit appareil ne pouvait vous donner.
Ensuite, ils étaient persuadés que le catalogue impressionnant de leurs objectifs (plus de 70 chez Canon et plus de 90 chez Nikon), dans lesquels les photographes avaient investi des sommes importantes, resterait un frein puissant contre le changement de marque.
Enfin, surtout chez Canon, ils protégeaient leurs marques phares : ainsi, ils avaient développé une gamme de caméras vidéo pour les cinéastes professionnels et donc bridés les capacités de leur appareil photo en vidéo afin de ne pas se créer de concurrence interne.
Mais ils avaient oublié que si les photographes pro ne se plaignaient pas des 20kg de matériel à transporter c’est parce que, à l’époque, ils n’avaient pas le choix. Or Sony venait de le leur donner ce choix !
Ensuite, Sony n’avait pas un héritage photo ancien à protéger. Ils ont donc intégré leur meilleure technologie vidéo dans les boitiers car la norme était maintenant à la prise de vue hybride (photos et vidéos pour le même photographe pro). Si Canon protégeait encore sa ligne cinéma, Sony offrait les deux.
Pendant ce temps là, Canon développait encore sa gamme APS-C mais prévoyait une monture RF plein format qui serait incompatible avec la M tandis que Nikon développait toujours son Nikon 1 à petit capteur. Décidément, pour eux en ce moment, le sans miroir restait encore cantonné au grand public, à ceux qui n’avaient pas besoin d’un vrai appareil photo.
Plus triste encore, ils ont vu le dessein de Sony (l’hybride plein format professionnel) mais ils ont décidé de l’ignorer, c’étaient eux les précurseurs, les innovateurs tout de même !
La traversée a duré 5 ans.
Pendant 5 ans, Sony occupé seul tout le marché du sans miroir plein format. Et ils ont avancé à marche forcée : en 2014, ils apportaient la stabilisation intégrée sur 5 axes au plein format ; en 2015, ils ont lancé un capteur révolutionnaire à 42Mpx (l’a7R II) et un autofocus amélioré ; en 2017, l’α7R III a ajouté deux emplacements pour cartes, une batterie plus costaude, un autofocus encore plus rapide et à revu l’ergonomie du boitier.
Si leurs premiers objectifs n’étaient pas nombreux ni de la meilleure qualité (ils comptaient sur ceux des autres), en 2016 ils ont lancé la Série G Master et la qualité a fait un bond remarqué. De plus, les fabricants tiers (Sigma, Tamron, Zeiss) se sont engagés dans le monture E avec leurs meilleures gammes.
Canon et Nikon ne s’endormaient pas. En 2017, Nikon lançait sans doute le meilleur reflex numérique de tous les temps, le Nikon D850, qui a remporté de nombreux prix, devant le Sony. Ce qui renforçait encore le biais cognitif de la marque vis-à-vis du sans miroir, à savoir que les professionnels resteraient fidèles au réflex numérique.
C’est en 2018 que Sony a enfoncé le dernier clou. En février, il sortait l’α7 III, spectaculaire : 693 points de mise au point automatique à détection de phase couvrant 93 % du cadre ; un système Eye-AF capable de suivre l’œil d’un sujet même lorsqu’il tournait la tête ; une prise de vue en rafale de 10 ips avec suivi AF continu ; deux emplacements pour carte SD pour la sauvegarde et le débordement ; possibilité de filmer en suréchantillonnage 4K depuis toute la largeur du capteur à 24p (1,2× recadrage à 30p). Et, cerise sur le marteau, au lancement, il ne coûtait que +/- 2 000 € en boîtier seul (soit près de +/- 1 500 € de moins que le Canon 5D Mark IV).
Avec lui, le professionnel pouvait filmer une cérémonie en 10i/s avec Eye-AF en vérifiant que chaque image était nette, puis il pouvait passer à la vidéo 4k lors de la réception et ce avec une qualité d’image époustouflante et avec un boitier très discret.
Dès ce moment, Sony ne vendait plus un appareil photo mais un système complet et mature capable de gérer n’importe quelle mission professionnelle.
Un grand moment de panique.
Canonn et Nikon se devaient de réagir mais ils ne l’ont fait qu’en … 2018.
Canon lançait l’Eos R tandis que Nikon lançait les Z6 et Z7, trois appareils plein format sans miroir destinés à concurrencer Sony de front.
A gauche, le Canon R ; à droite, les Nikon Z6 et Z7
De prime abord, ils semblaient compétitifs : le Canon R possédait un capteur de 30Mpx et toute la science des couleurs de la marque, tandis que Nikon proposait 45,7Mpx avec son Z7 et la qualité légendaire de construction du boitier. Ils ont aussi bien appuyé sur les qualités de leurs nouvelles montures, la RF et la Z.
Cependant, quand les critiques et les professionnels ont testé ces appareils, ils ont dû se rendre à l’évidence : Canon et Nikon venaient juste de reproduire ce que l’α7 originel proposait en … 2013. Et Sony en était à la troisième itération du nom !
Que leur reprochait-on ?
Tant le Canon R que les deux Nikon Z n’offraient qu’un emplacement pour carte SD ; l’α7 III en avait deux.
L’autofocus du Canon R, même s’il était bon, ne parvenait pas à concurrencer les 693 points du Sony ni le très sophistiqué suivi Eye-AF, et ne parlons pas de la vidéo, inadaptée pour des travaux professionnels.
Les deux Nikon, surtout le Z7, étaient meilleures que le Canon R mais leur mise au point automatique était clairement à la traine par rapport au Sony α7 III.
Enfin, tous les deux ont lancé ces appareils sans les étoffer d’une gamme sérieuse d’objectifs dédiés aux nouvelles montures. Mais ils proposaient des adaptateurs pour leurs anciennes gamme d’objectifs … comme Sony l’avait fait, en 2013.
Dès lors, les professionnels qui espéraient que Canon et Nikon sortent des nouveautés capables de concurrencer le nouveau venu, ont finalement acheté … Sony.
Et finalement ?
La force des deux constructeurs historiques fut de réagir très rapidement, enfin : en 2020, Canon sortait les R5 et R6 qui gommaient les erreurs du Canon R et ajoutait la vidéo en 8k, impressionnante. Nikon ripostait avec le Z6 II et Z7 II, eux aussi avec deux emplacements pour cartes et des corrections importantes. Puis, ils ont ajouté les impressionnants Z8 et Z9. Ils prouvaient qu’ils étaient capables de produire des reflex sans miroir capables de rivaliser directement avec le modèle phare de Sony, le α1.
A gauche, le Canon R6 ; au centre, le Nikon Z9 ; à droite, le Sony a1
De nos jours, Canon a été le plus agressif et les chiffes récents montrent qu’ils ont rattrapé Sony, voire qu’ils l’ont dépassé sur certains marchés. Mais cela reste une guerre à trois impressionnante.
Toutefois, Nikon et Canon ne pourront sans doute jamais récupérer les 5 années perdues : Sony en a profité pour construire un écosystème qui reste à ce jour le plus complet dans les appareils sans miroir ; ils ont une des gammes d’objectifs natifs la plus complètes et, surtout, les fabricants tiers comme Sigma et Tamron leur apporte leur soutien et ne s’ouvrent que lentement aux objectifs des rivaux.
Mais, et c’est sans doute le plus important dans cette histoire, toute une génération de photographe est entrée sur le marché professionnel en s’équipant chez Sony et ils ont construit leur business sur la monture E.
Quelle leçon retenir de cette histoire ?
Si une révolution se prépare, ne vous endormez pas !
Dites-vous bien que l’histoire du Sony α7 s’étend bien au delà de la sphère des seuls appareils photo. De fait, c’est un cours magistral sur les dangers de la pensée en place face aux perturbations.
Sony a compris quelque chose que Canon et Nikon n’ont pas compris : le marché des appareils photo était en pleine transformation. Il ne s’agissait pas seulement de passer des miroirs aux hybrides. Il s’agissait de passer des instruments optiques à la photographie informatique. Des appareils photo à usage unique aux outils hybrides. Des systèmes basés sur des technologies héritées aux plateformes conçues pour l’avenir. (Alex Coke)
Car comme je le signalais dans un peu d’hsitoire, celle-ci s’est répétée, comme chez Kodak, comme chez Polaroid, pour ne rester que dans notre domaine, celui de la photographie.
Canon et Nikon avaient toutes les cartes en mains : la reconnaissance de leurs marques, le réseaux des revendeurs, les budgets pour un bon marketing, des années d’expertise reconnue. S’ils avaient pris la menace Sony au sérieux en 2013 et répondu au plus tard en 2014 – 2015 peut-être la face de l’histoire eut pu être différente. Car il ne faut pas oublier que Sony c’est un empire étendu dans d’autres domaines, qui font d’énormes bénéfices. Si la concurrence avait été rude et rapidement compétitive, qui sait s’ils n’auraient pas abandonné le marché ?
Mais non, ils ont attendus, persuadés que les clients allaient leur rester fidèles. Comme Kodak et Polaroid avant eux, ils ne se sont réveillés que lorsqu’ils ont vu que le sol se déplaçait sous leur pieds !
Ils n’ont pas perdu la guerre, ils étaient assez forts, mais une grande bataille, idéologique : maintenant ils vont devoir encore se battre pour récupérer un terrain qu’ils n’auraient jamais du perdre.
Car si vous regardez maintenant les coulisses des jeux Olympiques, par exemple, vous verrez autant d’appareils noirs aux objectifs blancs que de réflex noirs et rouges aux objectifs dorés, que de sans miroir noirs avec une bague orange autour des mêmes objectifs.
Conclusion.
Cette (longue) histoire prouve une fois de plus que l’on retient rarement les leçons du passé car il faut aussi du courage pour penser autrement, pour accepter de voir les choses sous un angle différent et ne pas se contenter de se reposer sur des acquis, certes confortables mais illusoires sur le long terme, surtout lorsque l’on est une entreprise.
Au delà de tout ceci, revenons au sujet des appareils qui nous préoccupent : les Canon gardent leur ergonomie et la limpidité de leurs menus, toujours pas égalée ; les Nikon, eux, assurent toujours une construction irréprochable et une ergonomie elle aussi agréable. Pour ma part, je pose à leur sujet un constat qui est comme une porte ouverte que l’on enfonce : ces appareils sont construits sur un modèle ancien, celui de répondre aux attentes des photographes et pour les photographes. Chez Nikon, plus encore que chez Canon, on écoute les professionnels et on ajuste par petites touches les corrections nécessaires.
Par contre, chez Sony, ce sont des appareils conçus par des ingénieurs pour des photographes. Cette vision a permis les avancées que nous avons vues car ils ont eu le culot de faire entrer des ordinateurs dans le corps d’un réflex, ce que les autres avaient entrevu sans y croire vraiment. Leurs boitiers sont très bien construits, agréables mais sans cette ergonomie peaufinée par des années de pratique photographique (j’aime toujours mieux celle du α99 que du α7). Et leurs menus, s’ils commencent à s’améliorer, restent complexes et d’une logique pas toujours évidente.
Pour avoir utilisés les trois marques, si je me rallie à la thèse défendue ci-avant, je reste un utilisateur conquis des Canons, en espérant toujours qu’ils aient retenu la leçon car, et c’est un avis tout à fait personnel, je trouve qu’ils ont déjà fait des erreurs en ne s’engageant pas assez dans des compacts avec viseurs et de qualité, ce que Fuji a fait avec intelligence, jouant en plus sur le côté néo rétro qui plait de nos jours.
Regardons bien : Olympus (enfin, OM System maintenant), Fuji donc, Nikon même, ont tous dans leur gamme un ou des appareils avec cet aspect qui hésite entre tendre nostalgie et modernité. Pas Canon !
Ce n’est sans doute pas obligatoire mais ils ont dans leurs souvenirs assez de belles machines à faire revivre, un peu.
Bon, j’avoue, j’ai craqué et vous ai terminé la présentation de cet appareil avant celle du Canon Eos 5D Mark III.
Comme précisé dans l’article précédant je vous ai écris un article plus technique (que d’habitude) sur cet appareil et que vous trouverez dans la rubrique « argentique –> les télémétriques ».
Ici je reviens avec mes impressions, toutes subjectives, sur ce magnifique appareil … aïe je suis déjà conquis !
En fait, j’ai découvert l’existence de ce Zeiss Ikon ZM lorsque je cherchais, sur un grand site de vente, un Leica. Comme on dit, il m’avait déjà « frappé dans l’œil » mais que voulez-vous, je n’avais jamais eu de Leica et j’avais non seulement l’opportunité mais – enfin – un peu de moyens à consacrer à cet achat, après avoir essayé des télémétriques russes, plus abordables et fondamentalement proches du « modèle » allemand.
Je m’explique : le Leica M fut une révélation, en tout cas par rapport aux télémétriques que j’avais testés auparavant : Zorki 4 et 4K, Fed 2, Zeiss 4 M et 4 AM (copie des Contax), Zorki 1c, et même Leica IIIf. Son viseur et son télémètre, sa monture, tout était plus agréable et (relativement) facile.
Il lui manquait une cellule ? Je la trouvais avec le Leica M5, réellement bien pensé mais tellement boudé par les puristes de la marque.
Et comme je suis un curieux, je voulais pousser la comparaison à son maximum, en achetant le Leica M6. Qui, bien qu’il fut très beau et bien pensé, ne m’a jamais convaincu de sa supériorité par rapport au M5.
Certes, j’aurais pu continuer ma quête avec un M7, mais là les moyens que je m’étais alloué pour ces découvertes allaient exploser, et je ne le voulais pas.
Donc, si je devais résumer mon expérience avec les Leica, je dirais que j’ai découvert de superbes machines, solides, bien pensées, construites pour durer, qui ont offert de réels plus à la qualité de la photographie MAIS qui ont gardé des défauts, hérités de leur passé et qu’une certaine élite se refuse à voir changer au nom du respect à un idéal vieux de près de 90 ans ! Par exemple, cet absurde chargement par la semelle, la « crise » provoquée par l’apparition d’une cellule sur le M5 (certains ne jurent toujours que par le M4, synthèse du M3 et d’une certaine modernité), les convulsions provoquées par le passage au numérique (d’aucun n’en sont toujours pas revenus), ce sacro sain rideau en caoutchouc certes peu bruyant mais limitatif (vitesse d’obturation).
Ajoutons à cela cette politique de prix qui pourrait s’expliquer si on considère réellement que la marque fait plus de l’artisanat que de la vente de masse, comparée aux ténors tels Canon, Nikon. Mais c’est oublier un peu vite les accords que passent régulièrement Leica avec Panasonic notamment, et qui va jusqu’à rebadger certaines productions nipponnes, saucées à la Leica, pour justifier des prix qui vont presque au double. Et j’ajouterais – là, je vais me faire lyncher – que ces collaborations sont le sang neuf dont Leica a besoin pour évoluer et je songe à celle qui fut faite avec Minolta et son CLE qui devint CL chez Leica, avec, bien plus tard, une descendance numérique.
Dans le domaine de l’occasion, ça continue, avec des prix qui effraieraient tout cardiaque parce que certains puristes font un point d’honneur à dépenser des sommes folles pour obtenir le Leica de leurs recherches, accessoires d’origine – et à prix d’or – compris. Entretenir une légende, c’est bien (ou pas !?) mais justifier d’une sur cotation au prétexte que le produit est rare, c’est une supercherie.
Au vu du nombre d’appareils, toutes générations confondues, qui se vendent sur la Toile (et ailleurs), je ne pense pas que l’on puisse encore parler de rareté, sauf pour les plus vieux modèles qui n’ont plus que l’histoire à raconter car ils ne sont, franchement, pas pratiques à utiliser.
Par contre, je salue la démarche de Zeiss par la création, en 2006, de ce Zeiss Ikon ZM. Pensez, un télémétrique en plein boom du numérique !
Bien évidemment, je pense ne pas être trop naïf pour croire que la Carl Zeiss AG n’ait agit que pour la beauté du geste en proposant cet appareil à cette époque. Il y avait là du marketing et de l’opportunité, mais ils l’ont fait avec panache en offrant un appareil plus que performant à un prix contenu (près de trois fois moins cher que le concurrent visé, le Leica M7).
Las, si le conformisme l’a emporté et qu’ils ont cessé de le produire en 2012, ils ont offert le meilleur à ceux qui avaient envie de photographier hors des carcans en bénéficiant du superlatif de l’époque.
Epoque d’ailleurs – irrémédiablement ? – révolue car tout le monde est passé au concept du numérique. Laissant le marché de la seconde main combler ceux qui veulent revenir aux joies de la photo argentique et qui cherchent le meilleur compromis qualité/prix.
Dans ce cas, j’ose affirmer que cet appareil est LE maître achat (bon, ne tardez pas trop, après cet article, les prix vont monter). Il est beau, fabriqué plus que sérieusement et pour durer, bénéficie des modernités qui font que seule la recherche de la meilleure photo puisse être un but (cellule, programme automatique débrayable), avec une ergonomie proche de la perfection.
Celui-là, je le garde et il va sortir en rue, qui me semble être son domaine de prédilection. J’espère juste que d’autres pourront découvrir ce bel appareil et partager leurs impressions à son sujet.
Le reflex, c’est comme le rock, on annonce sa disparition régulièrement mais tel le Phoenix, il renait encore et encore … en s’adaptant !
Petit rappel, dans le début des années ’60, Asahi Pentax introduit le premier pentaprisme fixe (1957), Nikon révolutionne le monde du réflex professionnel avec son mythique Nikon F (1959). Il ouvrira la porte aux innovations chez Nikon mais aussi chez les concurrents de l’époque, dont Canon qui, dix ans plus tard, sortira le Canon F-1, nouvelle légende.
Les Minolta, Asahi Pentax, Olympus, Rolleiflex, Contax, Miranda, Canon, Nikon, … n’auront de cesse d’apporter leur lot de nouveautés, jusqu’à l’autofocus au seuil des années ’80 (bon, ok, je résume très fort mais comme d’habitude, en bas de page, les liens intéressants).
Une chose est certaine en tout cas, le réflex va balayer une multitude de type d’appareils photo à tel point que même des marques comme Leica vont souffrir le martyr et qu’il en faudra de peu que les télémétriques disparaissent et les moyens format,comme les Rolleiflex ,vont avoir la vie dure.
L’autofocus sauvera, à la fin des années ’70, les petits « point and shot » (visez, tirez) et de petits compacts, assez voire très performants, survivront au côté des réflex.
Il est à noter que c’est surtout le dynamisme des firmes nipponnes et la puissance de leur marketing qui fera avancer la vente des appareils reflex.
Et puis, au seuil des années 2000 (ça fait juste 20 ans !) sont apparus les reflex numériques avec le succès que nous connaissons aujourd’hui : des appareils qui explosent les limites et réussissent à mixer les technologies (p.ex. le nouveau Canon EOS-1D X Mark III capable de rafales de 20 i/s et qui peut filmer en 5K).
Mais – parce qu’il y a toujours un mais – entre-temps de nouveaux venus sont venus chatouiller la prédominance des Nikon et Canon, Pentax, Sony, Fuji, … qui restaient presque les seuls représentant de ce type d’appareil.
En effet, les hybrides faisaient leur apparition aux alentours des années 2010. Ces appareils ont pour ambition de remplacer les reflex : ils sont plus légers, assurent des rendus excellents, peuvent accueillir une multitude d’objectifs, sont rapides et silencieux. En somme, ils tentent d’assurer le meilleur des deux mondes : le reflex traditionnel et le numérique pur et dur.
Sauf que – parce qu’il y a toujours un sauf que – la visée d’un appareil hybride est toujours assurée par l’entremise d’un capteur (celui de l’appareil ou un dédié à cet effet) et donc ce que vous voyez n’est pas l’exacte reflet de la réalité mais déjà une image formée. Et ce temps de « construction » de l’image dans vote viseur, qui s’appelle la latence, ajoute encore et toujours un décalage entre la réalité et votre vision.
C’est surtout vrai lorsque vous avez besoin de cette vitesse de vision et de réaction, notamment pour les images en sports rapides (ski, voitures et motos de compétition, foot, hockey, ….) ou même d’une vision d’anticipation, difficile à acquérir lorsque vous devez dépendre d’une image créée avec ce temps de latence. La visée d’un réflex est une visée optique, c.-à-d. directe de l’image vue ou en train de se construire (anticipation).
Dès lors, serait-ce à dire que les appareils hybrides vont être plus présents en photographie de mariage, de studio, de paysage, et les reflex traditionnels en photographie de sport ou animalière ?
Honnêtement, je pense que les deux vont se côtoyer encore un bon moment, jusqu’à ce que les hybrides parviennent à combler leur « retard » à ce niveau là. Les grands constructeurs historiques (Canon, Nikon), poussés dans le dos par la concurrence des hybrides (Sony, Fuji, Olympus, …) ont franchi le pas de l’hybridation, avec le succès que l’on sait et la capacité qu’ils ont (encore) de proposer des produits bien finis et aboutis (ce qui n’empêche pas les bugs et autres égarements parfois). Mais c’est un peu comme s’ils hésitaient entre le meilleur des deux mondes !
Quand je lis les publicités des uns et des autres, en tout cas, une chose est certaine : les appareils de demain seront toujours plus performants mais deviendront de plus en plus des « usines à gaz » ou, au contraire, extrêmement simplifiés, pilotés par des AI (intelligence artificielle) qui tenteront de prendre le pas sur les décisions du photographe lambda et lui assureront des photos correctes mais sans âme.
Je ne vous apprends rien, le coût de nos appareils représentent un investissement conséquent, même, si comme moi, vous optez pour la deuxième main de qualité.
Notre appareil, quelque soit la marque, est souvent assorti d’accessoires, tout aussi coûteux. Je songe notamment aux objectifs, auxquels nous accordons généralement un choix particulier car se sont eux qui assureront la qualité de nos photos, sa signature aussi, parfois.
Et donc, je ne saurais trop vous recommander d’enregistrer vos boitiers et objectifs sur les sites des marques.
Cela présente un double avantage :
en cas de vol, où que vous soyez, vous pouvez retrouver les numéros de série de votre matériel. Utile pour les déclarations aux éventuelles assurances et aux forces de police
la plupart des grandes marques proposent un service d’assistance, qui « augmente » avec votre parc de matériel. Cette assistance peut aller jusqu’au prêt de matériel en cas de vol ou bris lors d’un reportage.
Personnellement, je déclare tous mes appareils sur le site de Canon : https://www.canon.fr/pro/canon-professional-services/, même si je suis et reste un « amateur » (au sens où je ne suis pas un professionnel de la photo).
Si vous estimez que ce service ne vous correspond pas, il vous est toujours loisible d’utiliser l’autre formule : https://fr.canon.be/registration/.
Voici la liste des autres marques qui proposent un service analogue :
Pratiquement tous les sites sont – évidemment – des sites vendeurs mais certains axent vraiment leur politique sur la pratique photo et dispensent des conseils utiles, voire même organisent des cours photo, virtuels ou physiques.
Ensuite, tous les sites proposent des mises à jour régulières des micro-programme de vos appareils, voire même de certains objectifs (on n’arrête pas le progrès !). C’est toujours utile car avec le rythme auquel ils sortent des nouveaux modèles, il y a parfois des bugs que ces mises à jour corrigent au fur et à mesure. Et certains de ces « up-grade » offrent à des boitiers un peu plus anciens des corrections qui augmentent un peu leurs performances (notamment chez Fuji).
Bref, utilisez les services que les marques mettent à votre disposition (pas toujours sans arrière pensée, soyons en conscients) et qui vous faciliteront la vie, p. ex. en récupérant un mode d’emploi égaré, un programme qui était sur le CD que vous ne retrouvez pas, etc.
Dans mon sac Peak Design Everiday Sling 5l (ouf !) j’ai mis côte à côte le Leica M3 et le Canon P, avec 2 cellules à main (ben oui, j’ai chargé 2 types de pellicules de sensibiltiés différentes, celles que j’avais sous la main, confinement oblige).
Leica M3 de 1957 à gauche et Canon P de 1958 à droite
Et je ne reviendrai pas sur la facilité du chargement de la pellicule dans le Canon P par rapport au Leica … quoique !
Leica M3 à gauche et Canon P à droite
Comme il reste encore un peu de place, j’y ai glissé aussi le Fuji X20 : tout l’univers télémétrique est réuni.
Les balades étant réduites à leur plus simple expression, je vais quand même tenter de finir les films, en attendant de pouvoir les porter au labo.
Bref, je vais pouvoir utiliser les 2 grands rivaux et vous faire part de mes observations, très subjectives.
Tout d’abord, au niveau prise en main, comme je l’avais déjà signalé, c’est kifkif : les deux sont agréables et tout tombe naturellement sous les doigts. Le réglage de l’objectif du Canon est un régal, avec sa petite barre latérale qui aide à la vitesse de mise au point, tandis que le Jupiter 3 demande un peu plus d’attention.
Pour ce qui est du « bruit », les 2 se valent : un clic assourdi pour le Leica, la même chose en plus métallique pour le Canon, et le réarmement se fait dans un silence presque parfait (à peine un petit « rrrrr… » au moment d’armer, et deux fois pour le Leica M3 avec son armement en 2 coups). Ceci étant, vu le peu de personnes présentes, ce n’était vraiment pas un soucis, j’aurais pu armer un Canon A35F sans que quiconque ne le remarque !
Le patch du Leica est un peu plus lumineux mais celui du Canon ne démérite pas, et quand il y a beaucoup de lumière, c’est même confortable qu’il soit un peu assombri.
Au niveau de la visée, le Leica est très clair (hélas sans le cadre pour le 35mm) et on sait visualiser un cadre éventuellement différent avec le petit levier sur la gauche, qui simule la visée avec le 90 ou le 135 mm. Pour le Canon, il faut bien coller son œil au viseur pour bien voir le cadre en 35mm (sans que ce soit vraiment contraignant, sauf peut-être avec des lunettes ?) mais en 50 et 100 mm, pas de soucis, les cadres étant gravés dans le verre. Cela semble juste un peu moins « aérien » qu’avec le Leica mais sans être désagréable ni difficile.
Si je devais ergoter un peu (c’est – vraiment – pour le plaisir), je regrette que le levier d’armement du Leica soit si proche de la griffe flash. En effet, si celui-ci n’est pas un peu dégagé (mode rapide), j’accroche systématiquement la griffe. Ensuite, le retardateur est trop sensible car à chaque fois que je prends l’appareil, je l’accroche et j’entends le petit bruit de minuterie se mettre en route une fraction de seconde.
Très honnêtement, il sera quasi impossible de départager ces deux là, sauf pour des questions d’esthétique ou … de mode ! En effet, le Leica aura toujours plus de cote à la revente, mais sera aussi près de 8 fois plus cher qu’un Canon P à l’achat. De quoi vous permettre d’investir dans de beaux cailloux car, finalement, ce sont eux qui feront la différence au bout du compte. Le Canon P accepte toutes les optiques en standard LTM 39.
Avez-vous remarqué l’intégration de la manivelle de rembobinage dans le capot ? Magnifique, pratique et moderne. Ensuite, le levier d’armement, idéalement posé et avec un petit rainurage pour assurer une bonne prise. Le déclencheur vient naturellement sous l’index, même s’il n’est pas dans le prolongement du levier (le « soft release » est plus esthétique que nécessaire). Le petit levier sur le fut du 35mm facilite la mise au point. Sur le dos à charnière, vous apercevez le disque mémo pour la sensibilité du film (ASA/DIN)
En résumé, voilà deux beaux challengers à avoir dans son sac (enfin, au moins un des deux, restons raisonnables) pour arpenter les rues et se faire plaisir avec des appareils qui ont plus de 60 ans maintenant et qui fonctionnent toujours parfaitement.
Voilà, personnellement, je vais garder le Canon P. Soyons de bons comptes, le Leica est tout aussi bon, mais vous le savez maintenant, même si je ne suis pas collectionneur, j’essaie de garder une certaine cohérence dans les appareils que j’utilise et je reste – tant que faire se peut – fidèle à une marque qui ne m’a – jusqu’à présent – jamais déçu.
J’aime ça :
J’aimeChargement…
Ce site Web utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Nous supposerons que vous êtes d'accord avec cela, mais vous pouvez vous désabonner si vous le souhaitez - This website uses cookies to improve your experience. We'll assume you're ok with this, but you can opt-out if you wish. Paramètres des cookies/Cookie settingsACCEPTER / ACCEPT
Privacy & Cookies Policy
Privacy Overview
Ce site Web utilise des cookies pour améliorer votre expérience lorsque vous naviguez sur le site. Parmi ces cookies, les cookies qui sont classés comme nécessaires sont stockés sur votre navigateur car ils sont essentiels au fonctionnement des fonctionnalités de base du site Web. Nous utilisons également des cookies de tiers qui nous aident à analyser et à comprendre comment vous utilisez ce site Web. Ces cookies ne seront stockés dans votre navigateur qu'avec votre accord. Vous avez également la possibilité de refuser ces cookies. Mais le fait de refuser certains de ces cookies peut avoir un effet sur votre expérience de navigation.
Traduit avec www.DeepL.com/Translator (version gratuite)This website uses cookies to improve your experience while you navigate through the website. Out of these cookies, the cookies that are categorized as necessary are stored on your browser as they are essential for the working of basic functionalities of the website. We also use third-party cookies that help us analyze and understand how you use this website. These cookies will be stored in your browser only with your consent. You also have the option to opt-out of these cookies. But opting out of some of these cookies may have an effect on your browsing experience.
Les cookies sont absolument nécessaires pour le bon fonctionnement du site Web. Cette catégorie ne comprend que les cookies qui assurent les fonctionnalités de base et les caractéristiques de sécurité du site Web. Ces cookies ne stockent aucune information personnelle. - Necessary cookies are absolutely essential for the website to function properly. This category only includes cookies that ensures basic functionalities and security features of the website. These cookies do not store any personal information.