Argentique

Fatigué, j’ai pris une chambre … chez Zeiss Ikon

Préambule.

Cette chambre, c’est à la braderie d’Amiens que je l’ai trouvée, un peu seule sur un stand où grouillait plein d’objets sans rapport avec la photographie.

Il lui manque la partie avec le dépoli arrière mais j’ai un beau magasin pour plaque de verre. Peut-être chercherais-je la partie manquante, si elle présente un intérêt.

Car c’est souvent l’enjeu d’un tel achat : découvrir par après son histoire, son intérêt pour l’histoire de la photographie.

Un peu d’histoire.

Je pense pouvoir me dispenser d’encore vous présenter Zeiss Ikon, pour lequel j’ai déjà écris quelques articles, sur des folding ou des réflex.

Juste revenir sur un point : La Zeiss Ikon AG est le résultat d’une fusion industrielle des plus grands acteurs allemands de la photographie, de l’optique et de la mécanique de précision.

C’est Carl Zeiss qui en est l’instigateur et l’actionnaire majoritaire. Celle-ci se fera sur plusieurs années et débute en 1909 avec la fusion de Hüttig (Hüttig AG, fut pendant un certain temps le plus important fabricant européen d’appareils photographiques – 1860 – 1909), Krügener (Dr Rudolf Krügener, Laboratoire photochimique et usine d’appareils photographiques Frankfurt-Bockenheim. Un atelier interne de meulage de lentilles et un département de production de photochimiques complétaient l’usine – 1887 – 1909), Wünche (fabriquant d’appareils photo à Dresde – 1887 – 1909) et Carl Zeiss, dans une entité appelée ICA (Internationale Camera Actiengesselschaft).

Ensuite, en 1926, ICA (Dresde) fusionne avec l’Institut d’optique CP Goerz AG (Berlin), Contessa-Nettel AG (Stuttgart) et Ernemann-Wercke AG (Dresde).

La société est fondée par un transfert d’actifs à Goerz AG, qui prend le nom de Zeiss Ikon AG et établit son siège social à Dresde.

Pourquoi Zeiss Ikon ? Puisque la société sera active dans la photographie, elle emprunte au mot grec eikon (εἰκών) ou ikon en allemand, qui veut dire image ; et Zeiss pour rappeler le rôle de Carl Zeiss dans l’aventure.

Le premier catalogue des produits sera proposé dès 1927 et on y retrouve encore de nombreux produits des sociétés fusionnées. Fusion qui sera terminée en 1928 avec l’intégration des anciennes filiales de Goerz.

Tout ceci pour expliquer pourquoi cette chambre s’appelle Simplex, que Zeiss Ikon a souvent utilisé pour des appareils différents mais bien souvent destinés à être des entrées de gamme. C’est un nom qui est hérité de chez Ernemann en fait.

Cette chambre est un véritable exercice de style pour réduire les coûts de fabrication et de vente (leur prix sera inférieur à celui des box Kodak de même format) :

  • le corps est en bois
  • l’abattant est en métal
  • pas de ciseaux pour l’ouverture de l’abattant mais bien deux replis simples
  • un goujon glisse dans une rainure creusée dans le corps en bois.

Zeiss Ikon corrigera rapidement cette construction, peu fiable et ajoutera de vrais ciseaux pour tenir l’abattant et deux rainures seront posées sur le métal pour faire glisser le combo objectif/obturateur. Un levier, en bout de course, permet de régler la distance.

Le chariot qui supporte le combiné objectif/obturateur est en une seule pièce de métal embouti. La surface sous le combiné porte le logo de la marque, lui aussi embouti dans la tôle et bien visible.

Enfin, les objectifs – des Frontar ou Novar – et les obturateurs – ici un Zeiss Ikon ou des Derval – sont tous des bas de gamme. Tout est bon pour diminuer les coûts et maintenir le prix de vente très attrayant.

La chambre Simplex est déclinée en 6,5 x 9cm et en 9 x 12cm. Elle est essentiellement destinée aux débutants et aux amateurs.

Mais même si on a rogné sur les coûts de fabrication, la réputation de Zeiss Ikon ne saurait souffrir un appareil qui n’inspire pas la solidité, ce qui explique le plastron massif qui porte le combiné objectif/obturateur et le célèbre logo, sans oublier le gros viseur orientable.

Présentation de la chambre Zeiss Ikon Simplex 112/7.

Comme souvent avec ces anciennes chambres, on à l’impression d’avoir devant soi une boite rectangulaire, toute noire, du moins quand elle est fermée. Hormis la discrète lanière en cuir sur le dessus, tout est quasi lise, un brin mystérieux car si on n’a pas l’habitude, on cherche longtemps comment ouvrir cette boite à secrets.

Si vous regardez bien, presque sous la lanière de portage, il y a un léger renflement dans le cuir noir. C’est le très discret bouton qui permet de libérer le verrou qui tient l’abattant.

Appareil photo vintage Simplex 112/7 avec une sangle en cuir usée.

Ici, il ne faut pas aider celui-ci à s’ouvrir, preuve que la chambre est propre. On tire l’abattant bien à plat, jusqu’au clic des deux ciseaux qui assurent le blocage de l’ensemble. Et dans le fond de la boîte, on aperçoit le fronton noir, avec l’objectif au centre.

Un ancien appareil photo en bois noir, ouvert, présentant un objectif et un viseur, sur fond blanc.

Première micro crainte : comment bien placer les bords du combiné sur les deux rails chromés ? Avec un peu de patience, c’est vite chose faite et il reste alors à tirer sur le soufflet jusqu’à ce que ce dernier se bloque, un tenon s’étant pris dans un ressort posé à l’extrémité de l’abattant.

Pour refermer l’ensemble, il faudra bien évidemment tout débloquer et rentrer jusqu’au bout la chambre dans sa boite avant de repousser l’abattant à sa place.

Sur cet exemplaire, l’objectif est un Frontar de 14cm ouvrant à f9, dont la mise au point minimale est de 2m jusque l’infini. Les ouvertures sont limitées au f9 -16 -32. On règle celles-ci avec le curseur sous le combiné.

Appareil photo vintage noir avec objectif Zeiss Ikon et réglages visibles.

L’obturateur doit être un Derval quoiqu’il soit marqué Zeiss Ikon. Les vitesses sont elles aussi réduites : 1/25 – 1/50 – 1/100 plus une pose B et une T. Autre particularité : comme pour les box Kodak (par exemple), il n’y a pas d’armement préalable. Lorsque vous actionnez le levier, l’obturateur s’ouvre à la vitesse choisie, directement.

Gros plan sur un appareil photo vintage Zeiss Ikon avec des réglages de lentille et un corps noir.

Sur le dessus du plastron métallique, un gros viseur, orientable, autorise une visée, heu … approximative. Mais qui me fait penser qu’il n’y avait sans doute, in fine, pas de dépoli sur ce type de chambre simplifiée et que la visée se faisait à hauteur de poitrine. Cependant, chez Collection-appareils ils mentionnent un dépoli pour la visée, en plus de ce viseur redresseur. Quelques exemplaires auraient aussi eu droit à un petit niveau à bulle, placé sur l’abattant.

Vue supérieure d'un appareil photo ancien avec un soufflet et un viseur.

L’ajustement de la distance se fait avec le bouton situé sur le demi-cercle au bout du rail. Là aussi, les distances sont inhabituelles : 2m – 3 – 4 – 7 – 15 – infini.

Vue rapprochée d'un appareil photo vintage avec un mécanisme de prise de vue en métal et boutons de réglage.

Passons à l’arrière de la chambre maintenant. D’abord, ce qui frappe, c’est l’espèce de boite métallique accolée à l’arrière, avec ce panneau qui ressort, invitant à tirer dessus.

C’est en fait une simple feuille de métal noir, qui sépare la chambre (soufflet) du châssis dans lequel était déposé une plaque de verre enduite d’une substance sensible à la lumière.

Un appareil photo ancien avec une structure en métal noir, ouvert pour révéler son intérieur réflexif.

Cet ensemble peut s’ôter en dégageant un verrou, sur le côté gauche, et c’est tout le dos qui se retire, dégageant l’intérieur du soufflet. Deux autres verrous, à pousser, permettent d’ouvrir le couvercle métallique pour y introduire une plaque de verre.

Celle-ci est au format 9x12cm, qui généralement se tirait par contact, la taille du négatif étant assez grande que pour restituer sans agrandissement l’image captée.

Si le soufflet de la chambre est en parfait état, je vais remplacer les bandes de feutrines qui préservent de la lumière le dos. Après autant de temps, c’est normal.

Ah oui, parce que je ne vous ai pas encore précisé que cette chambre Zeiss Ikon Simplex date de 1929. Elle est presque centenaire … et toujours fonctionnelle. Parfois je me demande ce que ferons nos arrières-arrières petits enfants en découvrant nos hybrides d’aujourd’hui !

Que penser de cette chambre ?

Des appareils bas de gamme comme ça, j’en veux bien tous les jours !

Bien évidemment, ce n’est pas un appareil facile, au sens où vous devrez tout faire vous-même pour en tirer le meilleur, y compris porter un trépied car c’est délicat à utiliser à main levée.

Pourtant, c’est un appareil simple : une bonne cellule à main pour déterminer l’ouverture et la vitesse fonction de la sensibilité de vos plaques, quelques réglages et hop, c’est dans la chambre.

Ensuite, c’est là que ça se complique car il faut retirer la plaque, la mettre à l’abri de la lumière jusqu’à son complet développement, puis remettre une plaque vierge dans le châssis pour la prochaine image.

Je vous joins une petite vidéo qui illustre comment préparer le support de la plaque de verre. Et comme nous en parlions lors de la Foire de Villers Bretonneux, le plus simple est de récupérer d’anciennes plaques devenues illisibles, que vous aller nettoyer parfaitement avant de l’enduire de solution photographique. Les plaques peuvent être réutilisées à l’envi mais n’oubliez pas alors de scanner vos négatifs (vos plaques développées). £Trouver des plaques n’est plus choses aisée de nos jours.

Vidéo d’illustration.

Je n’en ai pas trouvé sur cette chambre en particulier mais cette vidéo est assez instructive :

Un peu de technique.

Chambre Zeiss Ikon Simplex 112/7

  • Objectifs : Novar 13cm ouvrant à f6,3 avec mise au point de 80cm à l’infini ou Frontar de 14cm ouvrant à f9 avec mise au point minimale de 2m jusque l’infini.
  • Obturateur : Derval 1/25 – 1/50 – 1/100s plus poses B et T, sans armement préalable
  • Diaphragme en iris
  • Viseur redresseur de poitrine et dépoli sur châssis arrière
  • Mise au point par déplacement sur rail
  • Format 9×12 ou 6,5 x 9cm
  • Fabrication : bois recouvert de cuir et plaque métallique pour l’abattant ; métal pour le fronton porte combiné
  • Fabrication : Allemagne, de 1928 – 1930

https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-7264-Zeiss%20Ikon_Simplex.html, https://www.pacificrimcamera.com/pp/zisimplex112.htm,https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-7979-Zeiss%20Ikon.html, https://fotobox.over-blog.fr/article-zeiss-ikon-les-chambres-a-main-117160623.html, http://glangl1.free.fr/Photo2/Photo_Z_107.html, en français ; https://www.pacificrimcamera.com/pp/zisimplex112.htm, en anglais

Argentique

Un superbe ensemble au charme désuet : une chambre portative Friedrich Deckel et son trépied d’époque

Préambule.

Ce bel ensemble a failli ne jamais être réuni, l’appareil étant jeté dans une caisse et son trépied, loin, dans une autre, tous les deux dans un fatras de choses assez innommables.

Mais voilà, ce jour là St Daguerre était avec moi et j’ai pu les remettre ensemble et partir avec pour un prix très très convenable.

Un ancien appareil photo avec un étui en cuir et des accessoires photographiques sur une surface claire.

Rentré à la maison, il me restait à les nettoyer tous les deux, quelques traces d’humidité étaient présentes sur le cuir de l’appareil et son sac en cuir.

Un peu d’huile de coude puis de cirage et revoilà cette paire en pleine forme.

Un peu d’histoire.

Comme pour la Certo et la Ihagee que je vous proposais il y a peu, il n’y a pas de marquage sur le boitier. Juste un nom délicatement écris en cursives sur le pourtour du combiné objectif/obturateur : F. Deckel – München.

C’est, un peu court, mais essayons de trouver qui est derrière cette chambre de belle facture ?

Tout d’abord, l’obturateur, un Compur qui fut fabriqué par … Friedrich Deckel AG, à Munich dès 1903.

A l’origine était Friedrich Wilhelm Deckel (1871–1948), un mécanicien de précision qui travaillait pour Zeiss à Iéna dès 1889. Il quittera l’entreprise pour fonder son propre atelier, fin 1898.

Il s’associe avec Christian Bruns, un autre mécanicien de précision qui a développé l’obturateur central Compound. Ensemble, dès 1903, ils fondent la Bruns & Deckel à Munich. Ils fabriquent l’obturateur Compound et le commercialise.

En 1905, Monsieur Bruns quitte la société et continue à développer des obturateurs pour son propre compte, comme le Compur, développé pour les temps d’exposition lents. Dès lors, Friedrich devient le seul propriétaire de l’entreprise devenue la Friedrich Deckel GmbH.

L’entreprise acquiert de nouveaux actionnaires en 1910 et pas n’importe lesquels : Carl Zeiss, Bausch & Lomb et Alfred Gauthier. Zeiss, qui vient d’acquérir les brevets du Compur, les fait fabriquer sous licence par Deckel.

Une des spécificités de Deckel était qu’il fabriquait en interne les machines-outils de précision et les moules nécessaires à la fabrication des appareils photo. Comme à l’époque de telles machines étaient peu disponibles sur le marché, la société va vendre de plus en plus de machines-outils, et ses obturateurs, à d’autres fabricants, comme l’Agfa Camerawerk par exemple. Finalement, l’activité de construction des machines est devenue l’activité principale de l’entreprise.

C’était une société moderne pour son époque : elle a introduit la journée de huit heures en 1912 pour son personnel (elle comptait 500 employés en 1914). Elle continue à se diversifier et s’intéresse au monde de la voiture. Elle fabriquera des pompes d’injection pour moteurs essence ou diésel (1924). En 1940, elle fabriquera d’ailleurs l’injection du moteur d’avion BMW 801.

Mais pour en revenir au monde de la photographie, elle conçoit le concept d’échelle de valeur lumineuse (LVS) et développe la fameuse échelle de valeur d’exposition (EVS). Elle va distribuer des obturateurs qui utilisent des fermetures couplées à une valeur lumineuse et en faire la norme. Vous trouvez souvent cette échelle sur les appareils des années cinquante, notamment chez Rollei Hasselblad, Voigtländer, Braun, Kodak, entre autres. Ces obturateurs sont souvent liés à une monture d’objectif à changement rapide, couplée aux obturateurs, la fameuse baïonnette DKL.

Les américains ont repris le principe de la valeur lumineuse dans le système APEX en 1960.

De plus en plus, pourtant, l’entreprise se concentre sur la production de machines-outils de grande précision. Elle changera plusieurs fois de nom au gré des acquisitions, fusion et faillite. En 2009 elle passe entièrement dans le giron de la société japonaise Mori Seiki.

La production d’obturateur pour appareils photo a été arrêtée en 1973, sauf pour quelques Hasselblad équipés d’objectifs Zeiss. Celle-ci cessera définitivement en 1976 et la production sera reprise par l’usine Alfred Gonthier (Prontor).

Nous pouvons résumer les obturateurs de la Friedrich Deckel :

1904 – Obturateur à lames composées avec échappement pneumatique à air
1911 – Obturateur à lames Compur avec échappement mécanique à engrenages plus précis
1928 – Retardateur supplémentaire Compur V
1935 – Compur-Rapid vitesse d’obturation la plus courte 1/500 s (1/400 pour un obturateur plus grand)
1951 – Synchronisation flash supplémentaire Synchro-Compur X et M
1958 – Monture DKL d’une monture à baïonnette incluant un obturateur Synchro-Compur avec couplage LV

Ah, me direz-vous, cela ne nous avance guère !

Reste, peut-être à voir du côté de l’objectif, un Boyer Topaz de 105mm ouvrant à f4,5.

Vous verrez, c’est aussi un pied de nez à l’Histoire …

Antoine Boyer fonde en 1895 les Etablissements Boyer, qui fabriquent des objectifs. Ce n’est pas une grande entreprise, il n’y a que quatre employés. Par la suite, André et Marcel Boyer, ses fils, prennent la relève et le nom de la firme évolue en Boyer Frères. Elle n’est guère plus grande (6 employés).

En 1925, André décède et son frère, Marcel refuse de diriger seul l’entreprise, qu’il vend alors à un opticien d’Orléans, Abraham Lévy. Son fils, André avait été commercial chez Lacourt-Berthiot. Lorsque son père racheta donc la société Boyer Frères, il était alors directeur du département photographique de Baille-Lemaire.

La designer de chez Boyer, Madame Suzanne Lévy-Bloch fut sans doute la première femme ingénieure en optique française (ingénieure de l’École Supérieure d’Optique et de l’Institut d’Optique Théorique et Appliquée). C’est elle qui dessinait les optiques de la firme (1925 à 1965).

A la mort d’André Lévy, c’est son fils Robert qui prend les rennes de la société. Las, au seuil des années septante, la maison fait faillite. Elle sera reprise par CEDIS, une société appartenant à M. Kiritsis, ancien propriétaire des Ets Roussel, une autre société d’optique française. L’entreprise disparaitra définitivement en 1982, au décès de M. Kiritsis.

En résumé, nous avons une entreprise allemande qui fabrique des obturateurs renommés et sans doute aussi des appareils photographiques, et de l’autre côté, une société française d’optique reconnue.

Tout cela autour des années 1928 -1929 si je tiens compte du numéro de fabrication du Compur de cet appareil.

Je ne suis guère plus avancé mais j’aime l’ironie des nationalités des personnes qui ont œuvré en ces temps troublés à la fabrication de cet appareil dont j’ignore toujours le nom de fabrication, à moins d’admettre qu’il s’agisse d’une chambre Deckel.

Un mot encore pour ce Boyer Topaz, un triplet qui fut vendu soit comme objectif de prise de vues, soit comme objectif pour agrandisseur. Il a existé dans de nombreuses focales, de 20 à 180mm ouvrant à f2,9 ou f3,5 avant 1939 ; puis focales de 75 à 135mm ouvrant à f4,5 ; encore en focales de 58 à 210mm ouvrant à f6,3 ; et dans les années septante de 45mm à f2,8 ; 35 ou 50mm à f3,5 et finalement 75 et 105mm ouvrant à f4,5.

Un commentaire éclaire sur sa place dans la gamme des optiques de chez Boyer : C’était le cheval de bataille de la firme ! Des centaines étaient encore vendus chaque mois lorsque l’entreprise ferma brutalement. Ils étaient très bien fabriqués, mais comme tous les triplets, avec une courbure de champ prononcée, et de l’aberration de sphéricité à pleine ouverture. La série ouvrant à 2,9 d’avant 1939 est parfaite comme objectif à portrait ; ce sont des optiques douces sans manquer de piqué. Pour autant que je le sache, c’est la base du modèle Rubis (très peu furent fabriqués). De nombreux Topaz étaient également vendus comme objectifs d’agrandisseur, en dépit de leur qualité moyenne pour cette application. 

Présentation de la chambre portative F. Deckel

Je l’ai retournée dans tous les sens, regardé le moindre bout de cuir, sous et sur les bobines, autour et derrière l’obturateur, sur la plaque de pression, rien ! Pas la oindre marque comme Certo ou Ihagee qui ont pourtant parfois utilisé les services de la F. Deckel.

Il reste donc à déduire qu’il s’agit bien d’une chambre portative créée par la F. Deckel pour son compte propre et sa commercialisation.

Alors, que voyons-nous ?

Un beau bloc aux cuirs noirs et bords arrondis en chromes solides. Sur le dessous, une grosse molette pour l’avance du film, un petit bouton en forme de champignon à son côté, qui permet de libérer la porte avant de la chambre, et enfin un pas de vis large (pas du Congrès) pour la fixer sur un trépied.

Sur le dessus, un simple viseur repliable en tôle, rudimentaire.

Devant, une porte avec un second filetage pour attacher la chambre et un levier pour poser celle-ci à plat.

Derrière, un dos ajouté et fixé à la partie ouvrante. Ce dos porte une fenêtre en rouge inactinique et un crochet sur le dessus : il est sans doute prévu pour y glisser une plaque de verre ou un châssis (vu l’épaisseur, je penche pour la plaque de verre).

Sur la tranche gauche, un discret verrou permet d’ouvrir le dos, monté sur charnière et qui ouvre sur une chambre noire de 6x9cm à soufflet. L’intérieur est floqué d’une peinture noire très structurée, épaisse et solide. De chaque côté, des cages en demi-cercle pour y glisser une bobine de film 120. Ce qui est un peu déroutant, c’est la présence d’une plaque de pression qui semble ne pas autoriser l’utilisation d’une plaque photographique. Le dos surajouté n’a d’ailleurs pas d’accès à la chambre.

Vue de dessus d'un appareil photo vintage avec un corps en cuir noir et une sangle en cuir.

Enfin, après avoir appuyé sur le bouton champignon, la porte avant s’ouvre et dévoile un gros œil rond : l’obturateur Compur avec en son centre, l’objectif Boyer Topaz de 105mm ouvrant à f4,5.

Vue rapprochée d'un vieil appareil photo avec objectif et mécanisme exposés.

L’abattant de la porte, en métal, porte deux rails, sur lesquels va glisser le soufflet, qui va venir se bloquer en position dans un verrou à ressort. Deux boutons ronds permettent de tirer sur l’ensemble Soufflet/ Obturateur-Objectif.

Sur le côté droit des rails, un bouton en tirette permet de régler la distance et de bloquer l’ensemble aux distances de 2m à l’infini

Le Compur est gradué en vitesses de 1s à 1/250s, plus une pause B et une T. Un petit bouton, que je pensais être le retardateur, permet de passer en mode T ou B. Le levier d’armement est au dessus et le déclencheur par dessous. On peut encore utiliser un déclencheur souple, à viser.

Les ouvertures sont réglables de f4,5 à f32 (4,5 – 6,7 – 8 – 11 – 16 – 26 – 32) via une réglette placée sous le combo objectif/obturateur. La distance, elle, se règle grâce au déplacement du soufflet sur le rail. Il n’y a pas ici de décentrement vertical.

Gros plan sur l'objectif d'un appareil photo vintage avec la marque 'Compur' et des réglages visibles.

Deux viseurs dont encore présents sur le combiné objectif/obturateur : un simple cadre en fil, qui se replie devant le tout et qui, une fois déplié et combiné au viseur fixé sur le dessus du boitier doit être un viseur sportif, et un second viseur pivotant, qui se replie lorsqu’on referme l’appareil.

Autrement dit, les viseurs sont rudimentaires et peu précis, la distance de mise au point se fait au pifomètre.

Pour refermer le tout, il est impératif de sortir le crochet d’arrêt du soufflet, de le replier lentement pour ne pas abîmer les plis et de s’assurer qu’il est bien remisé au fond de la boite avant de refermer la porte avant.

Gros plan sur un appareil photo vintage avec des réglages en métal, y compris un bouton de mise au point et un compteur de distance.

Ce n’est pas compliqué, il faut juste prendre son temps et respecter le matériel, sans forcer.

Ce genre de chambre portable n’apprécie pas d’être bousculée. Et notez que si elle a été respectée, 100 ans plus tard, elle fonctionne toujours parfaitement et reste pleine de charme.

Associée à sa sacoche en cuir clair, c’est un ensemble du plus belle effet. Si vous y ajoutez le trépied dans son sac, lui aussi en cuir, il ne vous manque plus qu’une belle vieille Benz pour participer à un rallye en costume d’époque !

Que penser de cette ensemble ?

Outre son esthétique, il faut reconnaître que nous avons là un bel outil, toujours parfaitement fonctionnel.

Les commandes sont souples, onctueuses et loin d’être tout à fait dépassées car les ouvertures et les vitesses étaient encore celle utilisées dans les années cinquante dans d’autres folding et même certains appareils fermés.

Comme je le précisais dans l’historique, ce type d’appareil photo demande que l’on prenne son temps, pour cadrer, pour viser, pour régler et enfin déclencher.

N’oublions pas que nous sommes dans du 6x9cm, le négatif va fourmiller de détails si les paramètres de prise de vue sont respectés. D’ailleurs, à l’époque de cette F. Deckel, il n’était pas rare de faire un tirage direct, la taille du négatif l’autorisant sans agrandissement.

Reste que je m’interroge toujours sur le dos rapporté sur le boitier car je ne vois pas bien son utilité. Sans aucun doute un manque manifeste d’habitude avec ce type d’engin.

Cette chambre est-elle rare ?

J’ai retourné la Toile dans tous les sens, je n’ai pas trouvé un seul endroit qui puisse lister les appareils produits par F. Deckel. Beaucoup d’informations sur les obturateurs Compur, les machines-outils FP1 et suivantes, la baïonnette DKL, mais sur ce modèle, rien.

Peut-être un lecteur perspicace trouvera-t-il une solution, une réponse.

Ceci étant, c’est un bel ensemble, toujours fonctionnel, et pour le moment, cela me suffit.

Des références.

https://de.wikipedia.org/wiki/Friedrich_Deckel, en allemand ; https://camera-wiki.org/wiki/Deckel, https://en.wikipedia.org/wiki/Friedrich_Deckel, https://camera-wiki.org/wiki/Compur , https://camera-wiki.org/wiki/Compur_serial_numbers, https://www.galerie-photo.com/boyer-lens-optic.html en anglais ; https://galerie-photo.com/optiques-boyer-catalogue.html, en français

Argentique

Une seconde chambre à identifier, une Ihagee

Préambule.

Celle-ci non plus je ne me souviens plus quand je l’ai achetée, ni où. Elle m’avait attirée car elle était dans sa boite avec 6 plaques, dont quelques unes étaient encore garnies de plan-film (je l’ai vu trop tard !) et qu’elle possédait des réglages tous azimuts.

Mais comme pour la précédente, la Certo, il a été très difficile de trouver de quel modèle il s’agissait car Ihagee est surtout connu pour son Exakta et ses Exa, qui sont largement mis en valeur, moins semble-t-il pour ses chambres.

Et pourtant, il y en eut …

Un peu d’histoire.

Rassurez-vous, je ne vais pas reprendre toute l’histoire de la marque, vous la trouverez notamment dans les articles sur l’Exakta Varex IIa ou sur l’Exa II, par exemple, et surtout sur le site de la marque elle-même.

Simplement se rappeler que cette marque a vécu une drôle d’aventure : installée à Dresde (Allemagne – 1912) par un Néerlandais, Johan Steenbergen, elle a produit des appareils originaux dont le premier réflex, le Paff (un box réflex) datait de 1920. Puis entre 1933 et 1939 sortiront les VP pour Vest Pocket, les premiers Reflex avec visée à travers l’objectif. Ensuite, en 1936, ce sera le Kine Exakta, considéré comme le premier réflex 24×36 de l’histoire. De plus, cet appareil, très modulable, sera pensé comme étant dans un système tel qu’on le conçoit aujourd’hui, c’est-à-dire avec les objectifs et autres accessoires dédiés.

Mais les vicissitudes de la seconde guerre mondiale ont fait que son usine et ses biens ont été confisqué en Allemagne et qu’il n’a pas pu relancer son entreprise au sortir de la seconde guerre mondiale, l’usine ayant été détruite et poussée à la quasi faillite par l’administrateur nazi nommé à sa direction.

Voilà pour situer le contexte, rapidement.

Ce que l’on sait aussi c’est que jusqu’en 1933, les appareils construits étaient en bois et/ou en métal, avec soufflet, à objectifs fixes ou encore des pliants conçus pour les plaques, les film pack et le film en bobine. Mais excepté le Paff et le Corona (ce dernier était vendu par Ihagee mais pas construit par eux), le nom des modèles n’étaient pas marqué sur les appareils.

Vous comprendrez pourquoi j’hésite encore …

En effet, si je regarde ce catalogue en français, datant de 1925, je pense que la chambre que je vous présente aujourd’hui est un Photoklapp Duplex Patent, plus précisément un 9x12cm avec objectif double Anastigmat Veraplan Hugo Meyer & Co Goerlitz de 135mm ouvrant de f4,5 à f50, avec un obturateur Compur.

An image of the Duplex folding camera from 1925, featuring a black and chrome design with an adjustable lens and a large folding structure.

Mais nous allons voir tout cela plus en détails.

Présentation de la chambre Ihagee Patent Duplex.

Toute la description reprise dans la présentation du modèle ci-dessus correspond à l’exemplaire que je vous présente aujourd’hui.

Tout, sauf … que ce modèle possède un viseur de côté en verre quadrillé alors qu’il n’a pas le viseur brillant au dessus de l’objectif (le plomb de la douane y est par contre), que l’obturateur Compur propose des vitesses de 1s à 1/200s et trois lettres sur un petit cadran Z – D – M ; que l’objectif est bien un double Anastigmat Veraplan Hugo Meyer & Co Goerlitz de 135mm ouvrant de f4,5, mais jusque f36 (f4,5 – 6,3 – 9 – 12,5 – 18 – 25 – 36).

Ensuite, les deux boutons pour débloquer la platine sont bien nickelés mais travaillés et non de simples poussoirs.

Détail de la chambre photographique Ihagee Patent Duplex avec objectif à lentilles et réglages visibles. On peut apercevoir le mécanisme de l'obturateur Compur et les boutons de déverrouillage.

Serait-ce une production plus tardive ? Ou une fabrication à la carte ?

Quoiqu’il en soit, cette chambre a manifestement beaucoup servi (on voit encore la trace des plateaux de trépied dans le cuir, en dessous et sur le côté). Si elle reste parfaitement fonctionnelle, elle porte plus les traces que sa consœur : le cuir est éraflé à de nombreux endroits, le soufflet reste étanche mais certains plis sont écrasés et, enfin, il manque le verre du dépoli; son cadre est d’ailleurs à restaurer.

Ceci étant, par rapport à la Certo, celle-ci possède des réglages plus sophistiqués car outre le réglage de la distance via une échelle à côté du rail, on peut faire évoluer l’objectif de gauche à droite via une molette à vis sur le côté, et en hauteur via une autre vis sur le bâti en U.

L’objectif est un Doppel Anastigmat, c’est-à-dire qu’il est construit avec 4 lentilles, non traitées, en 2 groupes. Il est possible de viser un filtre devant, au diamètre de 37mm.

L’obturateur se commande via une petite roue posée au dessus de l’objectif. Et une seconde roue, dentée, permet d’autres réglages. Ce doit être un Compur 2 avec des commandes écrites en allemand car les lettres Z – D – M ont des significations précises :

  • Z = Zeit (temps en allemand) — mode time : l’obturateur s’ouvre quand vous appuyez sur le déclencheur, et se ferme quand vous appuyez à nouveau.
  • D = Dauer (durée en allemand) — mode bulbb : l’obturateur s’ouvre quand vous appuyez et reste ouvert tant que vous maintenez le déclencheur enfoncé.
  • M = mechanisch gesteuert (que l’on peut traduire par Moment/instantané) — mode normal : l’obturateur fonctionne selon la vitesse choisie sur le cadran des vitesses, après armement.

En pratique donc :

  • Si vous voulez une pose longue manuelle, mettez sur D (ouvrir-fermer à la pression = équivalent à la lettre B pour bulbb en anglais) ou sur Z (appui pour ouvrir, appui suivant pour fermer = équivalent à la lettre T habituellement et en anglais).
  • Pour une photo avec une vitesse définie, mettez sur M, armez l’obturateur, puis déclenchez.
Gros plan sur l'objectif d'un appareil photo ancien, montrant des réglages de l'obturateur et une molette de contrôle, avec un fond flou de surface de travail.

En fait, il faut armer l’obturateur avec le levier sur la gauche et déclencher, après avoir choisi le mode utile, soit en utilisant le câble souple, soit via le levier de déclencheur, en bas à droite.

Gros plan sur l'objectif d'un appareil photo Ihagee Patent Duplex avec un obturateur Compur, affichant la marque 'Hugo Meyer & Co.' et des indications sur les ouvertures.

Le diaphragme est dit en iris. Il se règle avec une tirette en dessous de l’objectif dont l’action se reporte sur le dessus via un index qui se positionne à l’ouverture choisie

Sur un catalogue de Ihagee, daté de 1931, cela se précise : il s’agirait d’une chambre Ihagee Patent-Duplex 720 TC : 720 parce que format 9×12 et TC parce qu’obturateur sans retardateur.

Illustration d'un catalogue présentant une chambre photographique Ihagee, avec des spécifications techniques et des descriptions, incluant des détails sur le matériel et les accessoires associés.
Une page d'un ancien catalogue d'Ihagee, décrivant l'obturateur Compur de la série C, avec un diagramme illustratif et des explications sur son fonctionnement.

Ce modèle semble disparaitre des catalogue l’année suivante. Pouvons-nous en déduire qu’il fut commercialisé de 1925 à 1931? Collectiblend nous apprend finalement que ce modèle sera produit, aussi sous le nom de Photoklapp Patent Duplex, avec des améliorations au fur et à mesure, de 1914 à 1939. Belle longévité !

Ce modèle en particulier doit dater de 1924 – 1925, selon les finitions des tirettes sur le rail, qui se simplifient en 1926.

Il est vrai qu’ensuite l’entreprise va développer de plus en plus l’Exakta et ses dérivés. Les pliants, chambre et folding, vont petit à petit disparaître, comme chez les concurrents d’ailleurs. Quoique Zeiss Ikon et Voigtländer, Agfa, Kodak, pour rester en Allemagne Est/Ouest, produiront encore des pliants jusque dans les années cinquante.

Que penser de cet appareil ?

Hormis ses petits défauts, dus à son grand âge et sans doute une utilisation importante, elle est toujours fonctionnelle.

Trouver un nouveau dépoli ne sera pas simple mais j’ai quelques idées, que je partagerai si elles fonctionnent.

J’avoue que celle-ci j’ai envie de l’essayer, notamment pour ses nombreux réglages. Mais je vais devoir tailler les feuilles de papier et les placer dans les châssis, dans le noir complet. Je m’y prépare, doucement.

Est-ce un appareil toujours utilisable ? Oui, mais en tenant compte de ce que j’écrivais dans l’article sur la Certo : il faut prendre son temps, réfléchir à sa photographie, envisager une vision différente et prévoir le matériel pour le transport et la mise en œuvre.

Question prix, en très bon état avec au moins 3 châssis, elle pourrait atteindre 200€, sinon, comptez environ de 80 à 100€ pour un exemplaire fonctionnel et presque complet.

Et vous, aimeriez-vous tenter l’aventure du grand format ?

Des références.

https://ihagee.org/, https://ihagee.org/cat/IHGcat1930-31-4.pdf, https://collectiblend.com/Cameras/Ihagee/Patent-Duplex-720.html en anglais ; https://fr.wikipedia.org/wiki/Ihagee, https://www.collection-appareils.fr/x/html/page_standard.php?id_appareil=2943, en français ; https://www.camarassinfronteras.com/patent_duplex_720/patent_duplex_720.html, https://www.camarassinfronteras.com/ihagee/ihagee.html, en espagnol

Argentique

Une magnifique chambre Certo, oui mais laquelle ?

Préambule.

Honnêtement, je ne sais plus où je l’ai achetée celle-ci, mais je la trouvais jolie et, surtout, complète dans son sac de transport en cuir brun, très propre. A l’intérieur, des plaques, deux câbles souples et un dos spécifique dont je connais pas encore la fonction.

La personne qui s’en défaisait ne semblait pas en connaître ni la marque, ni la valeur, mais elle voulait s’en débarrasser. Petite négociation et la voilà dans le sac à dos.

Une seconde la rejoindra le même jour, nous en reparlerons.

Le soucis avec ces chambres, c’est qu’il n’est pas toujours facile de les identifier, nous allons essayer.

Un peu d’histoire.

Vous vous en doutez, lorsque je commence un nouvel article, je réunis de la documentation, trouvée ça et là sur la Grande Toile, parfois sur des catalogues que je possède, de vieux magazines photo que j’ai trouvés, d’anciens livres destinés à la photographie.

De fil en aiguille, quant un modèle est plus compliqué à retrouver, il faut croiser les sources, aller chercher des détails, faire de grands détour pour trouver l’info manquante et enfin conclure.

Puis vient le moment de la rédaction, après de nombreuses traductions (merci Deepl Traduction), les photos d’illustration, les corrections et refontes du texte. En soi, le travail de création.

Et parfois – même si c’est très rare – je reste sur ma faim car je n’arrive pas à trouver ce que je cherche. Et ici, c’est le cas, impossible à ce stade de définir le modèle exact de cette chambre !

Je sais que c’est une Certo grâce au logo embossé dans le cuir, à l’arrière, celui de la marque. Mais pour le modèle, rien, nada, niente, nothing, nichts, niets, …

Peut-être une Certorex 9x12cm mais là encore je ne trouve rien. Dans ce cas, allons-y à l’intuition et à l’observation.

C’est certain, c’est une Certo (désolé, pas pu résister !). Mais qui se cache derrière cette marque ?

Ce sont Alfred Lippert, ingénieur, et Karl Peppel qui ont fondé cette entreprise en 1902, à Johannstadt, une banlieue de Dresde. Sa production était axée sur des appareils pliant avec plaques de verre à prix abordables. Cela a plutôt bien marché car dès 1905, ils ont dû déménager pour des lieux plus grands. C’est aussi vers cette année qu’ils auraient utilisé le nom Certo comme marque.

L’entreprise sera rachetée en 1917 par Emil Zimmermann. Il ajoutera à la gamme la Certonet 6×9. Son gendre, Fritz von der Gönna, ajoutera la Super Dollina à leurs produits un peu avant la seconde guerre mondiale.

Lorsque la guerre éclate, Fritz von der Gönna cache les machines de production de la Super Dollina dans les maisons d’employés fidèles.

Au sortir de la guerre, il a commencé à produire des machines destinées à rouler des cigarettes mais il a reconstruit secrètement les machines pour la production des appareils photo. Toutefois, lorsque Certo a relancé la production de la Super Dollina (1946), tous les appareils ont dû être livrées dans le cadre des réparations de guerre à l’Union Soviétique.

L’entreprise restera privée jusqu’en 1958, au décès de von der Gönna. L’état achètera 30% de l’entreprise (Allemagne de l’Est). La société continuera à produire des appareils photo abordables, voire même simplistes et bon marché jusqu’en 1970, notamment le SL 100 qui utilisait les cartouches SL Rapid, ou le KN 35 avec film 135.

C’est en 1972 qu’elle devient le VEB Certo-Kamerawerk Dresden et passe entièrement propriété de l’Etat, avant d’être absorbée par l’ogre VEB Pentacon en 1980.

Les derniers appareils sous le nom de Certo furent fabriqués en 1982, avant que l’usine ne soit utilisée pour augmenter la production de l’Exa 1c, ce petit c signalant que les appareils Exa ont été fabriqué dans l’ancienne usine Certo.

En ce qui concerne cette chambre, travaillons à rebours : que n’a-t-elle pas par rapport aux modèles que j’ai trouvés à comparer ?

  • pas de rails de guidage larges
  • pas de cadre dit sport pour la visée
  • pas de viseur sur le côté de la chambre
  • pas de viseur à gauche ou à droite
  • pas de mécanisme d’élévation par vis

Nous pouvons donc déjà considérer qu’il ne s’agit pas d’une Certrotrop, d’une Certosport, d’une Certo Bee Bee, d’une Certolob, d’une Certorex, d’une Certoruhm, ni d’une Certoplat.

Reste alors que ce devrait être une Certoruf. Un appareil fabriqué de 1924 à 1929 en plusieurs formats de plaques (6.5×9, 9×12 ou 10x15cm) et différents montages.

Nous avons un lieu géographique, une période de fabrication, reste à peaufiner la présentation de cette chambre Certo

Présentation de la chambre Certo Certoruf.

Comme je l’écrivais ci-dessus, cette Certo possède des rails de guidage étroits, avec une plaque sur le côté pour indiquer les distances de visée. Par contre, elle ne possède pas de vis dans le bâti pour corriger l’élévation de l’objectif.

Lorsque l’ouvre l’appareil, on découvre niché au creux de la boite en bois recouverte de cuir noir, l’ensemble du soufflet avec à son extrémité le combo obturateur/objectif, et par dessus, un viseur repliable.

Vue intérieure d'une chambre photographique Certo, avec objectif visible, sur un fond de bureau en bois.

Il faut appuyer sur un levier, à gauche, pour libérer le soufflet et l’étendre jusqu’au bord de la plaque des distances. Lorsqu’on actionne celle-ci, elle fait avancer le rail et étend le soufflet selon la distance choisie.

Gros plan sur un objectif et un mécanisme d'une chambre photographique Certo, montrant le détail des réglages.

Son objectif est un Certo Anastigmat Certar de 13,5cm (un 135mm donc) ouvrant à f6,3 – 7,7 – 12,5 – 18 – 25 – 36 – 50, des ouvertures assez inhabituelles.

L’obturateur est un Original Gauthier Pronto qui offre des vitesses de 1/25s – 1/50 – 1/100s plus une pose B et une pose T, puis un retardateur d’environ 15 secondes. Le déclencheur est fait d’une espèce de roulette d’éperon inversée, doublé d’un fut pour y viser un câble.

Gros plan sur l'objectif d'une chambre photographique Certo Anastigmat, mettant en évidence le design vintage et les détails de marque.

Au dessus de la roue des vitesses, le viseur, pivotant avec sur le côté un accessoire avec un verre rouge dont je ne m’explique pas encore l’utilité, peut-être un niveau à bulle ?

Vue du dessus d'un appareil photo ancien avec un soufflet noir, un viseur et un bouton rouge, posé sur une surface bleue à côté d'un clavier.

Manifestement les appareils étaient vendus avec un large choix d’objectifs et d’obturateurs différents, Certo étant plutôt un assembleur qu’un fabricant qui contrôle toute la chaine de production de ses éléments.

Amusante et émouvante surprise, lorsque j’ai ouvert le couvercle de la chambre, j’ai découvert une carte de visite, celle de Monsieur Pallard, professeur de Châtelineau (près de Charleroi, Belgique). Il devait en prendre soin de son appareil car il est en parfait état et très propre.

Carte de visite de Raoul Pallard, professeur à Châtelineau, visible à l'intérieur d'un appareil photo ancien.

A l’arrière, un couvercle que l’on déplie à la façon d’un tunnel de visée, mais en cuir, et sous lequel se trouve un verre dépoli, gravé de lignes pour aider au cadrage.

Un petit crochet permet de libérer l’ensemble du dos pour y glisser un châssis contenant une plaque de verre, un négatif ou un plan film.

Détail d'une chambre photographique Certo avec un soufflet en cuir et un fermoir métallique, mettant en évidence la texture et les composants anciens.

Il y a trois châssis de 9x12cm, plus un châssis destiné à ce qu’on appelait des films-pack (introuvables de nos jours) dans lequel se trouve 2 adaptateurs, je pense, et un adaptateur en 4,5×6 ; ce chargeur pouvait aussi accepter, semble-t-il, des plaques de verre.

A la recherche d’information sur l’utilisation de cet engin (je vais y venir), il semble qu’il faudrait ajouter des septum dans les châssis si on utilise du papier plutôt que du verre, afin de compenser l’épaisseur entre les 2 médiums et assurer la planéité de la feuille.

Enfin, il y avait 2 câbles filetés pour activer le déclencheur.

Comment ça fonctionne une chambre ancienne ?

Précisons d’emblée que le fait qu’elle soit ancienne ou nouvelle ne change rien au processus de mise en œuvre.

Par contre, avec une chambre du début du siècle et même jusqu’au années quarante environ, il n’y a pas vraiment de standardisation des mesures et des fabrications, surtout pour les chambres en bois. Ce qui implique que si vous voulez vous lancer dans cette aventure artistiquement intéressante, lors de votre achat vous devrez invariablement vous assurer que la chambre convoitée possède son dépoli, même partiel (on peut en refaire) et, surtout, ses châssis et porte-plaque. Il est en effet très difficile de trouver des éléments compatibles les uns avec les autres, même parfois au sein d’une même marque et d’un même modèle car fabriqué artisanalement.

Ce qu’il faut vérifier, outre l’étanchéité du soufflet, c’est l’état des châssis, souvent fait en simple tôle peinte en noir et qui ont la fâcheuse tendance à rouiller sur les bords et à perdre leur isolant contre la lumière.

La case très fin papier de verre est indispensable s’il y a de la rouille, puis repeindre à la bombe en noir mat et s’assurant que les bords sont bien lises pour coulisser facilement dans les rainures du boitier.

Lorsque vous ouvrez un châssis vous devriez trouver sur les bords supérieurs et parfois inférieurs du velours noir, rouge, bleu, bordeaux, peu importe, mais une fine bande doit être présente pour assurer l’étanchéité à la lumière. Décollez celle qui est abîmée et remettez une nouvelle bande de velours proprement.

Voyons maintenant comment fonctionne une chambre.

Vous trouverez des informations sur la Grande Toile, à foison, aussi vais-je me permettre d’aller à l’essentiel.

Lorsque vous avez ouvert votre chambre, bien fixée sur un trépide solide, vous devez vous assurer d’avoir sous la main une cellule à main pour la lumière et, éventuellement, un télémètre pour la précision de la distance.

Après avoir effectué vos mesures, vous les reportez sur la chambre : distance avec l’échelle, vitesse et ouverture avec la cellule sur le combo obturateur/objectif. Vous vérifiez alors votre cadrage avec le dépoli, ou le viseur. Si vous le faites avec le dépoli, il est conseillé de se couvrir d’un tissus noir pour augmenter la visibilité sur le verre

Ensuite, vous retirez le dépoli et le remplacez par un châssis chargé d’un plan film, d’un négatif ou, si vous en avez trouvé, une plaque de verre.

Vous armez le déclencheur et ôtez la protection du châssis avant de déclencher, idéalement avec un câble souple, pour plus de facilité.

Clic-clac, c’est dans la boite ! Remettez tout de suite la plaque de sécurité sur le châssis et sortez-le ensuite pour le ranger dans une boite noire ou en tout cas très sombre où ils seront en sécurité lorsque vous aurez fait plusieurs photos.

Si nous résumons, voici le matériel indispensable :

  • vérifier le dépoli
  • vérifier d’avoir des châssis compatibles avec la chambre
  • un déclencheur souple
  • avoir un trépied solide et stable
  • posséder des septums si nécessaire
  • des châssis préchargés et bien protégés

Ensuite le matériel plus qu’utile :

  • un voile noir pour mieux viser
  • une cellule à main
  • un télémètre
  • une boite noire pour ranger les châssis vierges et une pour les châssis exposés
  • un solide sac de transport

La photographie à la chambre est une école de patience et de méthode. Elle demande du temps et de la réflexion mais vous donnera des images exceptionnelles, fourmillant de détails.

On parle souvent des chambres en 4×5″, voire plus grand encore, mais déjà commencer avec un 9x12cm, c’est une aventure !

Que penser de cet appareil ?

Outre le fait que ce soit un très bel objet, c’est un appareil photo toujours parfaitement capable de donner des images très détaillées, cent ans après sa naissance !

Rien n’est compliqué mais tout demande le temps de faire les actes nécessaires à la prise de vue sans se presser, pour le plaisir, presque de façon méditative sans doute.

Ceci étant, pratiquer la chambre demande quelques investissements, nous l’avons vu au paragraphe précédant. C’est sans doute la rançon de cette photographie d’exception.

Ensuite, c’est juste pour le plaisir de photographier différemment, à un rythme lent et conscient. L’art du portrait, du paysage est alors à votre portée, avec un peu d’entrainement.

Question prix d’une chambre, il y en a pour toutes les bourses, il suffit de se promener sur un grand site de vente pour s’en convaincre. Vous en trouverez autour des 30€ et d’autres qui s’envolent au delà des 250€.

Celle-ci était dans la fourchette base.

Je lui reprocherais de ne pas posséder un réglage vertical ou latéral, bien pratique pour corriger des perspectives mais ces spécificités font monter les prix, invariablement.

Ceci étant, c’est un magnifique objet et j’en ai encore quelques unes à vous proposer.

Seriez-vous tenté de faire le pas ?

Vidéos d’illustration.

Pour avoir envie de se lancer dans l’usage de la chambre ancienne.

Une alternative, si vous trouvez le dos adéquat.

L’utilisation d’une ancienne chambre (en anglais, ne pas oublier de traduire via Youtube); celle-ci est assez proche de celle de l’article.

Des références.

https://www.breutel.de/kameras/seiten/0125.html, en allemand ; https://web.archive.org/web/20170214004316/http://fo-to.de/KAD_C.htm, https://camera-wiki.org/wiki/Certoruf, https://camera-wiki.org/wiki/Certo, https://camera-wiki.org/wiki/Certoruf, en anglais ; https://galerie-photo.com/prise-de-vue-a-la-chambre.html, https://photoklub.com/photographie-a-la-chambre/, https://www.francoishardel.com/le-portrait-a-la-chambre-9-x-12-une-ecole-dauthenticite/, en français