Une seconde chambre à identifier, une Ihagee

Une seconde chambre à identifier, une Ihagee

Préambule.

Celle-ci non plus je ne me souviens plus quand je l’ai achetée, ni où. Elle m’avait attirée car elle était dans sa boite avec 6 plaques, dont quelques unes étaient encore garnies de plan-film (je l’ai vu trop tard !) et qu’elle possédait des réglages tous azimuts.

Mais comme pour la précédente, la Certo, il a été très difficile de trouver de quel modèle il s’agissait car Ihagee est surtout connu pour son Exakta et ses Exa, qui sont largement mis en valeur, moins semble-t-il pour ses chambres.

Et pourtant, il y en eut …

Un peu d’histoire.

Rassurez-vous, je ne vais pas reprendre toute l’histoire de la marque, vous la trouverez notamment dans les articles sur l’Exakta Varex IIa ou sur l’Exa II, par exemple, et surtout sur le site de la marque elle-même.

Simplement se rappeler que cette marque a vécu une drôle d’aventure : installée à Dresde (Allemagne – 1912) par un Néerlandais, Johan Steenbergen, elle a produit des appareils originaux dont le premier réflex, le Paff (un box réflex) datait de 1920. Puis entre 1933 et 1939 sortiront les VP pour Vest Pocket, les premiers Reflex avec visée à travers l’objectif. Ensuite, en 1936, ce sera le Kine Exakta, considéré comme le premier réflex 24×36 de l’histoire. De plus, cet appareil, très modulable, sera pensé comme étant dans un système tel qu’on le conçoit aujourd’hui, c’est-à-dire avec les objectifs et autres accessoires dédiés.

Mais les vicissitudes de la seconde guerre mondiale ont fait que son usine et ses biens ont été confisqué en Allemagne et qu’il n’a pas pu relancer son entreprise au sortir de la seconde guerre mondiale, l’usine ayant été détruite et poussée à la quasi faillite par l’administrateur nazi nommé à sa direction.

Voilà pour situer le contexte, rapidement.

Ce que l’on sait aussi c’est que jusqu’en 1933, les appareils construits étaient en bois et/ou en métal, avec soufflet, à objectifs fixes ou encore des pliants conçus pour les plaques, les film pack et le film en bobine. Mais excepté le Paff et le Corona (ce dernier était vendu par Ihagee mais pas construit par eux), le nom des modèles n’étaient pas marqué sur les appareils.

Vous comprendrez pourquoi j’hésite encore …

En effet, si je regarde ce catalogue en français, datant de 1925, je pense que la chambre que je vous présente aujourd’hui est un Photoklapp Duplex Patent, plus précisément un 9x12cm avec objectif double Anastigmat Veraplan Hugo Meyer & Co Goerlitz de 135mm ouvrant de f4,5 à f50, avec un obturateur Compur.

An image of the Duplex folding camera from 1925, featuring a black and chrome design with an adjustable lens and a large folding structure.

Mais nous allons voir tout cela plus en détails.

Présentation de la chambre Ihagee Patent Duplex.

Toute la description reprise dans la présentation du modèle ci-dessus correspond à l’exemplaire que je vous présente aujourd’hui.

Tout, sauf … que ce modèle possède un viseur de côté en verre quadrillé alors qu’il n’a pas le viseur brillant au dessus de l’objectif (le plomb de la douane y est par contre), que l’obturateur Compur propose des vitesses de 1s à 1/200s et trois lettres sur un petit cadran Z – D – M ; que l’objectif est bien un double Anastigmat Veraplan Hugo Meyer & Co Goerlitz de 135mm ouvrant de f4,5, mais jusque f36 (f4,5 – 6,3 – 9 – 12,5 – 18 – 25 – 36).

Ensuite, les deux boutons pour débloquer la platine sont bien nickelés mais travaillés et non de simples poussoirs.

Détail de la chambre photographique Ihagee Patent Duplex avec objectif à lentilles et réglages visibles. On peut apercevoir le mécanisme de l'obturateur Compur et les boutons de déverrouillage.

Serait-ce une production plus tardive ? Ou une fabrication à la carte ?

Quoiqu’il en soit, cette chambre a manifestement beaucoup servi (on voit encore la trace des plateaux de trépied dans le cuir, en dessous et sur le côté). Si elle reste parfaitement fonctionnelle, elle porte plus les traces que sa consœur : le cuir est éraflé à de nombreux endroits, le soufflet reste étanche mais certains plis sont écrasés et, enfin, il manque le verre du dépoli; son cadre est d’ailleurs à restaurer.

Ceci étant, par rapport à la Certo, celle-ci possède des réglages plus sophistiqués car outre le réglage de la distance via une échelle à côté du rail, on peut faire évoluer l’objectif de gauche à droite via une molette à vis sur le côté, et en hauteur via une autre vis sur le bâti en U.

L’objectif est un Doppel Anastigmat, c’est-à-dire qu’il est construit avec 4 lentilles, non traitées, en 2 groupes. Il est possible de viser un filtre devant, au diamètre de 37mm.

L’obturateur se commande via une petite roue posée au dessus de l’objectif. Et une seconde roue, dentée, permet d’autres réglages. Ce doit être un Compur 2 avec des commandes écrites en allemand car les lettres Z – D – M ont des significations précises :

  • Z = Zeit (temps en allemand) — mode time : l’obturateur s’ouvre quand vous appuyez sur le déclencheur, et se ferme quand vous appuyez à nouveau.
  • D = Dauer (durée en allemand) — mode bulbb : l’obturateur s’ouvre quand vous appuyez et reste ouvert tant que vous maintenez le déclencheur enfoncé.
  • M = mechanisch gesteuert (que l’on peut traduire par Moment/instantané) — mode normal : l’obturateur fonctionne selon la vitesse choisie sur le cadran des vitesses, après armement.

En pratique donc :

  • Si vous voulez une pose longue manuelle, mettez sur D (ouvrir-fermer à la pression = équivalent à la lettre B pour bulbb en anglais) ou sur Z (appui pour ouvrir, appui suivant pour fermer = équivalent à la lettre T habituellement et en anglais).
  • Pour une photo avec une vitesse définie, mettez sur M, armez l’obturateur, puis déclenchez.
Gros plan sur l'objectif d'un appareil photo ancien, montrant des réglages de l'obturateur et une molette de contrôle, avec un fond flou de surface de travail.

En fait, il faut armer l’obturateur avec le levier sur la gauche et déclencher, après avoir choisi le mode utile, soit en utilisant le câble souple, soit via le levier de déclencheur, en bas à droite.

Gros plan sur l'objectif d'un appareil photo Ihagee Patent Duplex avec un obturateur Compur, affichant la marque 'Hugo Meyer & Co.' et des indications sur les ouvertures.

Le diaphragme est dit en iris. Il se règle avec une tirette en dessous de l’objectif dont l’action se reporte sur le dessus via un index qui se positionne à l’ouverture choisie

Sur un catalogue de Ihagee, daté de 1931, cela se précise : il s’agirait d’une chambre Ihagee Patent-Duplex 720 TC : 720 parce que format 9×12 et TC parce qu’obturateur sans retardateur.

Illustration d'un catalogue présentant une chambre photographique Ihagee, avec des spécifications techniques et des descriptions, incluant des détails sur le matériel et les accessoires associés.
Une page d'un ancien catalogue d'Ihagee, décrivant l'obturateur Compur de la série C, avec un diagramme illustratif et des explications sur son fonctionnement.

Ce modèle semble disparaitre des catalogue l’année suivante. Pouvons-nous en déduire qu’il fut commercialisé de 1925 à 1931? Collectiblend nous apprend finalement que ce modèle sera produit, aussi sous le nom de Photoklapp Patent Duplex, avec des améliorations au fur et à mesure, de 1914 à 1939. Belle longévité !

Ce modèle en particulier doit dater de 1924 – 1925, selon les finitions des tirettes sur le rail, qui se simplifient en 1926.

Il est vrai qu’ensuite l’entreprise va développer de plus en plus l’Exakta et ses dérivés. Les pliants, chambre et folding, vont petit à petit disparaître, comme chez les concurrents d’ailleurs. Quoique Zeiss Ikon et Voigtländer, Agfa, Kodak, pour rester en Allemagne Est/Ouest, produiront encore des pliants jusque dans les années cinquante.

Que penser de cet appareil ?

Hormis ses petits défauts, dus à son grand âge et sans doute une utilisation importante, elle est toujours fonctionnelle.

Trouver un nouveau dépoli ne sera pas simple mais j’ai quelques idées, que je partagerai si elles fonctionnent.

J’avoue que celle-ci j’ai envie de l’essayer, notamment pour ses nombreux réglages. Mais je vais devoir tailler les feuilles de papier et les placer dans les châssis, dans le noir complet. Je m’y prépare, doucement.

Est-ce un appareil toujours utilisable ? Oui, mais en tenant compte de ce que j’écrivais dans l’article sur la Certo : il faut prendre son temps, réfléchir à sa photographie, envisager une vision différente et prévoir le matériel pour le transport et la mise en œuvre.

Question prix, en très bon état avec au moins 3 châssis, elle pourrait atteindre 200€, sinon, comptez environ de 80 à 100€ pour un exemplaire fonctionnel et presque complet.

Et vous, aimeriez-vous tenter l’aventure du grand format ?

Des références.

https://ihagee.org/, https://ihagee.org/cat/IHGcat1930-31-4.pdf, https://collectiblend.com/Cameras/Ihagee/Patent-Duplex-720.html en anglais ; https://fr.wikipedia.org/wiki/Ihagee, https://www.collection-appareils.fr/x/html/page_standard.php?id_appareil=2943, en français ; https://www.camarassinfronteras.com/patent_duplex_720/patent_duplex_720.html, https://www.camarassinfronteras.com/ihagee/ihagee.html, en espagnol

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