Recherche rapide : Préambule – Un peu d’histoire – Présentation du Yashica TL Super – Que penser de cet appareil ? – Vidéos d’illustration – Un peu de technique – Des références
Préambule.
Tiens, ça faisait longtemps que je n’avais plus trouvé un reflex intéressant sur une brocante, et en bon état.
Alors quand j’ai découvert ce Yashica, avec son sac tout prêt propre et ses modes d’emploi, je n’ai pas hésité. Après une petite négociation, il a atterri dans le sac à dos où il est resté bien seul.
Il faut dire que j’essaie, dans la mesure du possible, de restreindre mes achats à des appareils originaux et en bon état. Pensez donc, avec près de 800 articles sur le site, cela fait beaucoup de matériel. Celui-ci fait donc partie de ces beaux appareils attirants.
Un peu d’histoire.
L’entreprise est née en 1949, tout d’abord sous le nom de Yashiama, un dérivé de Yoshihama, le nom donné aux 8 îles qui composent le Japon. Ensuite, ce sera Yashinon et enfin Yashica en 1958.
Sa première spécialité sera la fabrication de composants pour … horloges électriques, avant de se ré-orienter vers la fabrication d’appareils photo, alors en vogue au Pays du Soleil Levant.
Les premiers appareils produits seront, disons, très inspirés de la star de l’époque, le Rolleiflex. Ce premier jet s’appellera Pigeonflex (1953), un 6×6 qui aura la bonne idée d’être très abordable et qui aidera à populariser ce type d’appareil au Japon.
Ensuite, dès 1957, se sera le début de l’aventure des Yashica Mat, une évolution majeure du précédant et qui se vendra très bien à l’international, faisant ainsi découvrir la marque dans le monde.
Si on veut résumer la sucess story de la marque, on peut le faire quelques dates et produits phares :
- 1953, le Piegeonflex suivi du Yashimaflex, les premiers 6×6
- 1957, le Yashica Mat, la référence en 6×6 japonais
- 1958, le Pentamatic, un réflex avec baïonnette propriétaire et diaphragme automatique
- 1958, acquisition de Nicca, spécialisé dans les télémétriques
- 1962, adoption de la monture Zeiss/Praktica M42 et production du reflex Penta J
- 1965, les Electro 35, les premiers télémétriques contrôlés électroniquement
- 1968, le Yashica Mat-124, un TLR abordable et performant
- 1968, acquisition de l’opticien Tomioka, le plus réputé du Japon à l’époque
- 1969, rachat de Zunow Optical Industry Co. Ltd., entreprise innovante en réflex et cinéma
- 1970, lancement du Yashica Mat-124G, un TLR avec posemètre intégré, utilisation de films 120 et 220
- 1972, le Yashica TL-Electro, un réflex à posemètre intégré électronique et obturateur Copal contrôlé électroniquement
- 1973, en collaboration avec Carl Zeiss, lancement du Top Secret Projet 130 qui donnera naissance au Contax RTS, appareil avec obturateur électronique
- 1975, les Yashica FR, des réflex avec des obturateurs électroniques équivalent aux Contax
- 1979, lancement du FX-3 à destination des débutants mais avec les optiques C/Y (Contax/Yashica), fabriqué par Cosina
- 1983, rachat de Yashica par Kiocera (Kyoto Ceramics)
- 1985, introduction du FX-103, toujours en collaboration avec Contax, premier reflex de la marque avec flash TTL et mode d’expositions programmées
- 1986, le Samouraï, un étrange réflex demi-format aux allures futuristes
- 2005, Kyocera arrête la production des appareils photo
- 2008, vente des droits de la marque Yashica au groupe MF Jebsen (Hong Kong)
Voilà encore une marque qui disparait trop tôt, avec perte et fracas car depuis sa revente, les projets de relance du nom se sont heurtés à des initiatives dépourvues d’intérêts et très hasardeuses.
A l’époque de leur premier reflex (1958), le Pentamatic, Yashica a commis une erreur, celle d’utiliser une baïonnette propriétaire et de lancer trop peu d’objectifs pour accompagner l’appareil. La plupart des concurrents utilisaient parfois de telles montures, mais avec une gamme de focales conséquente (Nikon et sa monture F, ou Canon et sa monture FL) ou alors ils utilisaient la monture dite universelle, à viser, la M42. Cela permettait d’élargir les possibilités d’optiques pour les clients.
Mais revenons à 1966, date à laquelle le TL Super est apparu sur le marché, et même encore un peu avant cette date.
La série J (1961) succède à la série des Pentamatic à laquelle elle diffère par l’utilisation de la monture M42 (dite universelle) et non plus une monture propriétaire. Il faut encore viser à la pleine ouverture avant d’armer le déclencheur mais il bénéficie déjà d’une cellule que l’on vient clipser sur le devant de l’appareil.
Puis vient donc la série TL, qui sont leurs premiers TTL (Throug-the-Lens = à travers l’objectif), une mini révolution.
Cette série ne s’arrêtera qu’en 1978 et on peut y noter les appareils suivants :
- TL- Super, avril 1966
- TL, novembre 1967, semblable au TL Super mais aux vitesses limitées et sans verrouillage du miroir
- TL Electro-X, octobre 1968 Type 1, remplace les aiguilles de la cellule par des diodes et l’obturateur est électronique
- TL- E, juin 1969, la même chose mais avec obturateur mécanique
- ITS, décembre 1970, idem que le TL Electro X mais uniquement en finition noire
- Electro AX, mars 1972, propose l’exposition automatique à priorité ouverture
- TL- Electro, avril 1972, version allégée du TL Electro X avec obturateur mécanique
- FFT, juillet 1973, une version light du TL Electro avec obturateur mécanique, retour à la mesure de la cellule via une échelle à aiguille et reprise des piles au mercure !
Si comme la série précédente elle utilisait encore la monture M42, cette fois, elle inaugurait la mesure de la lumière directement à travers l’objectif, avec une cellule interne, alimentée par une pile à l’oxyde d’argent, contrairement au Pentax Spotmatic, qui utilisait encore des piles au mercure. Selon la légende, ce serait le premier appareil à passer à ce type de piles.
Mais nous allons voir tout cela en détail …
Présentation du Yashica TL-Super
C’est un bel appareil, tel qu’on se représente les reflex des années soixante – septante : tout en métal, bis-coleurs. Oui, il fait son poids (pas loin du kg avec un 50mm) mais il respire la solidité, l’assurance tranquille d’un appareil fait pour traverser les ans. La preuve ? Celui-ci fonctionne comme au premier jour.




Dans l’historique ci-dessus, je précisais que cet appareil était de la veine des Pentax Spotmatic SP, mais aussi des Minolta srT101, des Canon FT QL, du Nikon F ou du Nikkormat FTn. La famille des incassables comme j’aime parfois l’écrire.
Voilà le portrait tracé, voyons maintenant de plus près ce qui fait sa particularité.


Le Yashica TL Super est donc un appareil reflex qui possède deux résistances au CdS montées à l’intérieur du viseur et qui mesure avec précision le degré moyen de la lumière qui passe à travers l’objectif avant de frapper le film (TTL).
Cette cellule, alimentée par une pile à l’oxyde d’argent* de 1,5v (là aussi une petite révolution car habituellement on utilisait encore des piles de 1,35v au mercure), était bien plus précise que celles au sélénium.
Allumez la cellule en abaissant le curseur ; l’exposition est parfaite lorsque l’aiguille du posemètre est centrée. Cette manœuvre obscurcit la visée, surtout si l’ouverture choisie est petite. Remontez le curseur pour fermer la cellule. L’ouverture de l’objectif s’ouvre alors complètement et vous pouvez visez alors très clairement. N’oubliez donc pas de remettre le curseur en position OFF, vers le haut, sous peine de vider la pile trop rapidement car la cellule restera sous tension.

Ensuite, une griffe flash faisait son apparition sur le toit du pentaprisme, pour alimenter un flash synchronisé au 1/60s. Notons qu’il existe toujours une prise PC pour l’utilisation de flashs plus anciens
Il y aura deux versions du TL Super : la première utilise un verrou situé sur la semelle pour ouvrir la porte arrière, le levier d’armement est tout en métal, les objectifs sont des Auto Yashinon-DX à nez chromé, disponibles en deux ouvertures différentes, soit un 50mm ouvrant à f1,7 ou à f1,4.

L’appareil que je vous présente aujourd’hui fait partie de cette première version.
La seconde version adopte des éléments plus modernes comme le levier d’armement avec un embout en plastique noir, le fait de tirer vers le haut la molette de rembobinage pour ouvrir la porte et des objectifs, toujours en 50mm, mais des Auto Yashinon-DX à nez noir en f1,7 ou f1,4.
Ces deux objectifs possèdent un curseur qui glisse de A vers M. Si vous voulez mesurer la profondeur de champ de votre prise de vue, il faut faire glisser ce curseur sur A (lettre M visible). Ensuite, la mesure faite, il faut remettre le curseur sur M (lettre A visible) pour avoir le diaphragme entièrement ouvert et donc une visée claire.


De plus il propose une fonction de verrouillage du miroir, que l’on ne retrouvait souvent que sur des appareils plus sophistiqués, destinés aux professionnels.

Une petite publicité d’époque, sympathique.

Son viseur, large et clair, porte un cercle avec micro-prisme au centre du dépoli. Je regrette seulement qu’il ne possède pas un stignomètre divisé, plus précis pour viser juste, mais c’est tout personnel. Sur la droite, un cadre dans lequel doit évoluer l’aiguille indicatrice de la cellule.

Enfin la monture est celle dite universelle, la M42 développée par Carl Zeiss (Contax S) et Praktica. C’est une monture à viser, très courante à l’époque et qui offre un vaste choix de beaux cailloux dans de nombreuses marques différentes.
Les objectifs Yashinon sont excellents, très proches des Super Takumar d’Asahi Pentax, que vous pourrez donc monter dessus, tout comme un Hélios 44-2 russe ou l’un des nombreux objectifs allemands de l’époque.

Voici une idée des objectifs proposés par Yashica :


Ceci sans compter les tubes allonges, les soufflets et autres accessoires (filtres, viseur d’angle, etc. ).
Sur le dessus de l’appareil, à gauche, la molette de rembobinage posée sur la couronne pour régler la sensibilité, en Asa et Din (de 25 à 800 Asa). Au centre, sur le pentaprisme, la griffe de flash avec point de synchro. A droite, le levier d’armement avec, à son côté, le compteur de vue (qui se remet à zéro à l’ouverture de l’appareil) ; sur le devant, le déclencheur, avec un pas de vis pour y attacher un câble souple ; enfin, le sélecteur de vitesse, gradué de 1s à 1/1000s** plus la pose B et le témoin de synchro flash au 1/60s.

La face avant est tout aussi dépouillée, avec juste le levier du retardateur, celui pour relever le miroir (contre le porte objectif) et de l’autre côté, toujours sur le porte objectif, le curseur pour activer la cellule et au dessus, la prise PC pour les anciens flashs.

Reste la semelle, qui porte en son centre un filet pour y fixer un trépied et à côté, le cache de la pile ; à droite, le petit bouton pour le débrayage lors du rembobinage ; à son extrémité gauche, le verrou de la porte arrière.

Rien de plus, rien de moins et largement assez pour faire de bonnes photos, sans fioritures inutiles.
L’objectif qui est monté sur cet exemplaire est celui de la monte d’origine, un 50mm donc, qui ouvre à f1,7 jusque f16. La bague d’ouverture est près du boitier, crantée ; celle de la distance est plus à l’avant avec une large bague métallique striée pour une meilleure préhension. Tout l’objectif d’ailleurs est en métal, sauf le bouchon, en plastique. L’ouverture choisie apparait dans une fenêtre sur le dessus de l’objectif et une table de profondeur de champ.
Là encore, du costaud, sans artifice mais de la qualité.
Enfin, petite astuce trouvée sur yashicasailorboy pour trouver la date de fabrication de votre appareil :
Il est facile de décoder le numéro de série de votre appareil car Yashica utilisait un code de date à 3 ou 4 chiffres au début du numéro de série. Par exemple, voici un numéro de série sur un TL-E (90607952) 9 = 1969, 06 = juin, 07952 = 7 952e réalisé ce mois-là dans la séquence à partir de 00001.
Voici un TL (2816946) 2 = février, 8 = 1968, 16946 = 16 946e réalisé ce mois-là dans la séquence.
Celui que je vous présente porte le numéro 3600254, donc si je suis cette logique, il date de mars 1966 et est le 264ème produit. C’est vraiment un des tout premiers car il ne sera vendu qu’à partir d’avril 1966 !
Pour vos donner une idée de ses capacités, voici quelques exemples de photos prises avec le Yashica TL Super, ICI.
*L’avantage de cette configuration est que l’on peut remplacer l’oxyde d’argent par une pile alcaline ou même au lithium pour autant que le voltage soit de 1,5v
**Notons que la vitesse du 1/1000s à l’époque n’était pas commune, on plafonnait souvent au 1/500s, sauf les appareils destinés aux professionnels.
Que penser de cet appareil ?
Oui, l’appareil fait son petit poids mais c’est la rançon de la qualité de sa fabrication. Prévoyez une bonne sangle de portage et vous voilà paré pour le sortir faire des images.
A son époque, c’était un appareil assez révolutionnaire avec sa cellule et sa visée TTL, sa vitesse d’obturation rapide (1/1000s), sa griffe flash avec synchro, sa large compatibilité d’objectifs avec la monture M42. Il a fait le bonheur de nombreux photographes, qui appréciaient sa tenue en main, sa qualité de fabrication, sa facilité d’utilisation.
Pas de mauvaises surprises avec lui et avec un peu d’attention et d’habitude, vous serez armé d’un appareil bon pour encore un long service.
Autre avantage, il ne faut pas ici recalibrer ou trouver des astuces pour utiliser la cellule avec une pile de 1,5v alcaline car c’était déjà la tension de l’époque. Et même si un jour celle-ci venait à vous quitter, le boitier est toujours pleinement fonctionnel, l’obturateur est mécanique.
Vidéos d’illustration.
Pour bien le nettoyer et le remettre en route.
Un peu de technique.
Pour le mode d’emploi, c’est par LA.
- Type de film : 135 (24x36mm)
- Monture à vis M42
- Objectifs : 50mm ouvrant à f/1,7 Auto Yashinon DX + bien d’autres
- Miroir réflexe avec pentaprisme
- Obturateur en tissu au plan focal
- Vitesses : B, 1s – 1/1000s , plus retardateur 10s et synchro X du flash
- Posemètre : TTL derrière le miroir capteur CdS avec exposition par aiguille de correspondance
- Batterie : LR44
- Flash : griffe synchro et prise PC
- Poids : 703gr nu, 955gr avec objectif 50mm Auto-Yashinon f1,7
Des références.
https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-10308-Yashica_TL-Super.html, , en français ; https://camera-wiki.org/wiki/Yashica_TL, https://thenoisyshutter.com/2023/03/08/classic-camera-review-yashica-tl-super/, https://mikeeckman.com/2015/12/quick-review-yashica-tl-super-1966/, https://yashicasailorboy.com/2024/01/05/yashica-tl-super-3/, https://yashicasailorboy.com/2016/06/16/yashica-tl-super/, https://camera-wiki.org/index.php?title=Yashica_TL, https://en.wikipedia.org/wiki/Yashica, en anglais

