Argentique

Le Yashica FX-D, le vrai, celui de 1981

Préambule

Celui-ci vient de la brocante de Braine-le-Château, dimanche dernier (21/06). Je l’ai acheté en même temps qu’un Canon Prima AS-1 avec son verrou intact, un Halina 6×6, un Kodak Retina S2 et un Minolta X-700 MPS. Ils avaient en commun d’être restés au moins mille ans sur une étagère noyée de poussières et d’avoir très mal vécu la chose !

Donc, dimanche après-midi, presque au frais à la maison (dehors = 32°C et dedans = 26°C), j’ai d’abord entrepris de leur rendre un aspect plus engageant et ce fut la séance grand nettoyage. Puis vint celle des tests avec piles pour vérifier ceux qui fonctionnaient correctement, et les autres.

Pour le Halina, pas besoin de pile mais il faudra refaire tous les cuirs, il n’y en a plus un seul qui tienne. Pour le Retina S2, c’est la triste occasion de voir ce qu’est devenue, au fil du temps, cette magnifique lignée signée Kodak. Et c’est trèèèèès décevant !

Enfin, le Canon Prima AS-1 et le Minolta X-700, ainsi que le Yashica FX-D sont repartis sans soucis. Sauf que pour le dernier cité, il faut aussi refaire tout le cuir, mais on sait que c’est un problème récurrent, tant chez Yashica que chez Contax.

Voilà de quoi passer quelques heures à l’intérieur alors que dehors le soleil tape dur, et j’ai une pensée émue pour les brocanteurs qui affrontent ses ardeurs, tant bien que mal.

Mais voyons voir de plus près ce Yashica qui a refait peau neuve …

Un peu d’histoire

Lors de la présentation du Yashica 107 MP, j’ai parcouru assez bien l’histoire des réflex de la marque. J’y notais que deux types d’appareils allaient modifier la vision des reflex chez le fabricant : les FR et les FX, fabriqués en collaboration avec Carl Zeiss et Contax. Ce qui allait lancer deux lignées de réflex argentiques de grande qualité, dont les optiques étaient interchangeables. Si Contax a gardé une certaine aura, due à son passé célèbre, les Yashica n’avaient pas à rougir, surclassant souvent leurs cousins, notamment par une meilleure résistance à la poussière, voire à l’eau, et une excellente durabilité (sauf, encore une fois, leur revêtement qui se desquame littéralement, chez les deux fabricants).

Malheureusement, la marque fut vendue et revendue et lorsque j’ai cherché des information sur cet appareil, quelle ne fut pas ma surprise de voir que ce nom était réutilisé pour … ça :

Appareil photo Yashica FX-D 300 avec objectif et design vintage.

En fait, trois boitiers qui jouent éhontément avec le néo-retro avec un simulacre de reflex argentique : capteur minuscule de 1/3,6″ (13Mpx) au ratio 4:3 avec un zoom 3x, équivalent à un 25-76mm (soit en 24×36) ouvrant de f1,6 à f2,8. A cette imposture, ils ajoutent six simulations de film : Ruby 60s, Sapphire 70s, Yashica 400, Golden 80s et deux rendus N&B.

Six pellicules photo Yashica de différentes variétés et couleurs, sur un fond gris.

Soit, passons ce mauvais remake pour en revenir au vrai Yashica FX-D, celui de 1981.

Il s’agit en fait d’un Contax 139 Quartz simplifié mais qui garde la compatibilité avec les excellentes optiques Y/C et ceux de la gamme Yashica ML. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas écris : si c’est un 139 simplifié, il n’est pas construit sur cette base et c’est bel et bien un Yashica

Que lui manque-t-il ? Il n’a pas de contrôle de la profondeur de champ, ni de mesure TTL au flash.

Peu de choses en fait pour bien débuter avec un appareil à priorité ouverture dont on sait que les vitesses seront justes car réglées par les oscillations du quartz.

De fait, lors du lancement du Contax 137 MD Quartz, en partenariat donc avec Yashica, il y eut deux autres boitiers destinés aux amateurs : le Contax 139 Quartz et le Yashica FX-D. Si le premier cité peut revendiquer d’être un des premiers reflex à motorisation interne, n’oublions pas que le premier fut un Konica FS-1 (1978).

Tableau comparatif des spécifications des appareils photo Contax 139Q, Yashica FX-D et Contax 137 MD.
Petit résumé des caractéristiques des 3 mousquetaires.

Finalement, en 1985, le FX-D sera remplacé par le FX-103, basé sur le même châssis mais avec un viseur plus lumineux, le flash TTL et un mode programme.

Mais nous allons examiner notre FX-D ci-dessous.

Présentation du Yashica FX-D

Les réflex des années quatre-vingt rompent avec ceux des années septante au niveau du design : ils sont plus compacts et ont recours au plastique pour leur assemblage. Pour vous donner une idée de taille, celui-ci est presque 1cm plus court que l’Olympus OM-2N réputé compact. Il fait armes égales avec le Praktica B200.

Petite revue de détails :

Image d'un appareil photo Yashica FX-D avec des annotations numérotées des différentes fonctionnalités et réglages.
Vue d'une caméra avec des annotations numérotées indiquant divers composants, tels que le compartiment de pellicule, le bouton de déblocage, et la prise pour télécommande.

Voyons cela de plus près et commençons par le capot de l’appareil, qui est sobre mais tout s’y trouve : à droite, le levier d’avance du film et d’armement, et, à son côté, la molette pour régler la vitesse, graduée de B à 1/1000s, plus les marques X (flash) et AE (verrouillage exposition) qui contient en son centre le déclencheur électromagnétique.

Le mot quartz indique que les vitesses de l’obturateur sont régulées très précisément de 11 secondes au 1/1000s en automatique, et de 1s au 1/1000s en manuel.

C’est donc un appareil automatique, débrayable en semi-automatique et qui peut travailler en manuel.

Le prisme avec le viseur au milieu, qui porte la griffe flash, et à gauche toute, la molette pour régler la sensibilité des films et la correction d’exposition. Pour la faire tourner, ne pas forcer mais plutôt enfoncer le minuscule bouton sur le bord du capot, derrière.

Le viseur. Il couvre 95% de la surface et son grossissement est de x86. Les informations ne sont pas légions mais finalement ce qui compte est là : une échelle, à droite, indique les vitesses au moyen de minuscules diodes rouges. Certains auteurs estiment que le viseur est peu lumineux, mais personnellement je ne trouve pas.

Une femme souriante portant une robe rayée se tenant près d'un écran avec des annotations techniques, notamment sur les réglages de l'appareil photo.

Toujours sur le bord arrière du capot, à droite cette fois, un minuscule capuchon cache la prise pour un déclencheur ou une télécommande (Contax S ou L).

Sur la face avant, un levier à trois positions et un bouton central : position O (orange), position AE-L, position ST (minuteur). L’appareil est en automatique si le levier est sur O ; en position AE-L, l’appareil est sous tension et les diodes clignotent pour prévenir que le boitier est sur le verrouillage AE* (attention de remettre le levier sur O pour éviter de décharger les piles) ; le bouton central a aussi plusieurs fonctions car il permet le vérifier si les piles sont bonnes et, surtout, contrairement à d’autres appareils, il faut appuyer dessus pour avoir une mesure de la scène avant de déclencher. Si vous déclenchez sans l’avoir enfoncé, la scène sera captée en lecture instantanée.

*L’exposition est verrouillée aussi longtemps que le levier reste dans cette position.

En mode manuel, la ou les diodes clignoteront devant la vitesse correcte selon la valeur d’ouverture sélectionnée. Si vous avez sélectionné une mauvaise vitesse, la diode vous indique la bonne vitesse à sélectionner.

La griffe porte flash possède un contact central pour la synchronisation au 1/100s mais cette synchro n’est pas TTL.

Le flash dédié est le CS-201. C’est un flash automatique qui peut régler le boitier à sa vitesse de synchronisation pendant que l’exposition est en mode automatique.

Outre ce flash, le boitier peut accepter un winder, le FX Winder ou le Contax 139 II, qui autorisent une rafale à 2i/s. Ce qui est plus intéressant, c’est qu’il propose une petit poignée qui assure une meilleure prise et il vous dispense de réarmer.

Enfin, il est difficile de trouver de nos jour des eyecup en caoutchouc d’origine (ces caoutchoucs ronds qui rendent confortable la visée). Mais on peut les remplacer par les carrés destinés aux Canon Eos 100D – 1100D.

Pour ouvrir le dos du Yashica, pas de mystère, on tire sur la manivelle de rebobinage et la chevillette chute.

La semelle nous réserve le traditionnel filet pour y fixer un trépied, le petit bouton de débrayage pour rebobiner et la trappe pour les piles. Ne pas oublier que sans elles, rien ne fonctionne : il n’y a pas de vitesse mécanique de secours. Prévoyez donc quelques LR44 avec vous, surtout si vous avez oublié de remettre le levier cité plus haut sur la position O.

Le Yashica FX-D est donc un appareil a exposition automatique qui donne la priorité à l’ouverture. Concrètement, vous choisissez une ouverture (f5,6 par exemple) et le boitier va sélectionner automatiquement la vitesse la plus appropriée fonction de la lumière disponible. Cette vitesse est visualisée par les diodes dans le viseur.

La mesure de lumière est à prépondérance centrale à pleine ouverture.

Vous placez la bague des vitesses sur AE : l’appareil va pouvoir déterminer la vitesse grâce à son circuit électronique ; vous réglez l’ouverture sur celle que vous voulez ; vous visez votre sujet et faites la mise au point ; vous appuyez sur le bouton de contrôle d’exposition (positionné sous la marque) : si une diode s’allume en face d’une valeur de 1000 à LT, c’est la vitesse sélectionnée adéquate. Si deux diodes s’allument ensemble, c’est une valeur intermédiaire qui sera choisie. Appyez sur le déclencheur et c’est dans la boite.

Bien que cet appareil soit à priorité ouverture, on peut aussi l’utiliser avec une priorité vitesse Vous devez alors appuyez sur le bouton de contrôle d’exposition et tourner la bague d’ouverture jusqu’à ce qu’une diode s’allume en face de la vitesse déterminée. Appuyez alors sur le déclencheur.

Pour passer en manuel, quittez la position AE et choisissez une vitesse. Celle-ci va clignoter dans le viseur alors qu’une seconde diode s’allume est clignote rapidement sans arrêt. Celle-là vous indique ce que recommande l’appareil. Faites tourner la bague des ouvertures jusqu’à ce que les deux diodes se fondent ; vous êtes à la bonne vitesse, il suffit de déclencher.

C’est un fonctionnement assez classique pour un automatique. S’il vous restait des questions, voyez le mode d’emploi multilingues ici plus bas.

Enfin, le revêtement étant hors service, j’avais le choix d’aller faire un tour chez Ashahi Aki ou de le refaire moi-même, avec des feuilles de cuir. C’est Olivier qui m’en a donné l’idée. J’ai donc sélectionné un cuir bordeaux et avec un peu de patience et de la colle, vous voyez le résultat sur les photos.

Que penser de cet appareil ?

Si vous voulez vous faire plaisir avec un appareil fiable et solide, qui accepte – selon les budgets – des optiques de très bonnes qualité Yashica ou excellentes chez Carl Zeiss – Contax, je pense que vous avez trouvé en ce Yashica FX-D de quoi vous satisfaire pleinement.

Certes, le flash n’est pas TTL, il n’y a pas de bouton pour verrouiller le miroir, ni faire un contrôle de profondeur de champ mais il a tout le reste et même plus.

D’autant que cet appareil ayant eut, en son temps, beaucoup de succès, il s’en trouve assez facilement et à des prix sympathiques : comptez environ 50€ pour un bel exemplaire avec un 50mm Yashica (à minima). A ce prix là, vous devrez refaire les mousses, comme pour d’autres, et le revêtement. Si vous en voulez un tout prêt, le prix devrait friser les 90€.

Il vous reste de quoi achetez du film et le tester à votre aise. Faites attention, on s’y attache vite !

Si vous êtes impatients de voir ce qu’il donne comme résultat, vous aurez quelques idées ICI.

Vidéos d’illustration

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, multilingues, c’est par LA.

  • Type : SLR 35mm à priorité ouverture, automatique, fabriqué de 1981 à 1986
  • Taille de l’image : 24 x 36 mm
  • Monture d’objectif : monture de baïonnette Contax/Yashica.
  • Obturateur : volet vertical électronique à plan focal en métal.
  • Vitesses d’obturation: pilotées par quartz avec des vitesses variables sur AUTO de 1s à 1/1000s ; en mode manuel, vitesses de 1s à 1/1000s ; plus synchro X (1/100 s) et pose B. Pas de vitesse mécanique.
  • Contrôle d’exposition : TTL, pondéré au centre à pleine ouverture. Exposition automatique avec priorité à l’ouverture.
  • Cellule : SPD = Silicon Photo Diode
  • Plage de mesure : plage de sensibilité EV 1 à EV 18 à ASA 100 avec objectif f1.4. Gamme ASA 25-1600.
  • Déclenchement de l’obturateur : électromagnétique
  • Compensation d’exposition : + 2 EV
  • Viseur : Type de pentaprisme fixe au niveau des yeux ; champ de vision 95% ; 0,86 grossissement (avec objectif de 50 mm)
  • Affichage du viseur : Vitesses d’obturation indiquées par 16 LED.
  • Focus : stigmomètre à coïncidence, avec collier de microprisme et champ mat.
  • Avance de film : Avec levier d’avance rapide; angle de réglage de 130°; position du bras à 20°.
  • Auto-minuteur : Auto-minuteur électronique avec 10 sec. retard.
  • Alimentation : 2x 1.55 V batteries argent-oxyde SR44 ou alcalines LR44. Contrôle de batterie.
  • Dimensions : 135 x 86 x 50 mm
  • Poids : 460g

Si vous aimez les éclatés façon Ikea, voici (merci Collection-appareils) :

Schéma éclaté d'un appareil photo Yashica FX-D, montrant tous les composants internes et externes détaillés.

Des références

https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-10313-Yashica_FX-D%20Quartz.html, https://forum.35mm-compact.com/viewtopic.php?t=23227, https://www.suaudeau.eu/memo/collection/rfl35/Yashica_FX-D_Quartz.html, https://phototrend.fr/2025/06/yashica-fx-d-3-compacts-au-look-retro-sur-kickstarter/, en français ; https://camera-wiki.org/wiki/Yashica_FX-D, https://davidde.com/2022/02/27/review-the-yashica-fx-d/, https://kosmofoto.com/2018/12/yashica-fx-d-review/, https://davidde.com/2022/02/27/review-the-yashica-fx-d/, en anglais ; https://reinholdgraf.com/photo_sammlung_Yashica_FX-D.php, en allemand

Argentique

Le Yashica 107 Multi Program, le premier samuraï ?

Préambule

Aïe, celui-ci je ne me souviens plus où je l’ai acheté. Simplement que je l’avais pris parce qu’il était tout beau avec son imposant zoom et sa sacoche pratique.

J’avais juste vérifié que le compartiment piles était propre, pour me rassurer, car je ne connaissais pas ce modèle : un Yashica 107 Multi Program.

Vous non plus vous ne le connaissez pas ? Commençons alors la visite.

Un peu d’histoire

Ce sera aussi assez court car je vous ai déjà écris pas mal sur cette marque, notamment lorsque j’évoquais les classiques Yashica Minister, les tout aussi célèbres Electro 35 et quelques uns des plus abordables 6×6, les Yashica C, D, Mat, Mat LM et suivant, sans oublier les fameux reflex Yashica conçus en collaboration avec Carl Zeiss et qui sont souvent la base des Contax 139 et consorts, fabriqués par Kyocera.

Fondée en 1949, elle sera rachetée en 1983 par Kyocera, qui vendra encore des appareils sous le nom Yashica jusqu’en 2005, date de la cessation d’activités. La marque sera cédée une première fois en 2008 à JNC Datum Tech International, filiale de MF Jebsen Group. Finalement, en mars 2015, les droits liés à la marque ont été transférés à Yashica International Company Limited, et la société 100 Entreprises International Group Co. Limited a été désigné comme représentant Yashica exclusif au niveau mondial.

Je vous invite à fouiller un peu le site, notamment via la recherche rapide des menus et vous découvrirez les pans de l’histoire riche de cette marque finalement assez discrète et elle aussi disparue trop tôt.

Et ce ne sont pas les tentatives maladroites des repreneurs du nom qui vont ranimer les meilleurs souvenirs de ces appareils qui ont eu leurs heures de gloire des années cinquante à quatre-vingt.

Histoire des réflex Yashica

Partons plutôt des bons réflex que la marque a produits pour présenter celui-ci, que vous trouverez parfois sous d’autres noms : Yashica 107 MP, Yashica TR7000 MP, ou encore Daewoo 107 Multi Program, et Revue AC7 de Foto-Quelle, et enfin, plus incongru, l’Oeil dentaire (Dental Eye), j’y reviendrai.

En 1973, Yashica entame donc une collaboration avec Car Zeiss pour créer les réflex Contax 139 et suivant. Les deux marques vont alors partager la même baïonnette et les mêmes optiques de haute qualité.

Cette baïonnette ou monture appelée Y/C, restera en fonction jusqu’au terme des activités de la marque et on la retrouve donc ici dans ce modèle, sorti en 1988.

Le 107 MP est le cadet d’une fratrie qui compte aussi un 108 MP et un 109 MP. Chaque numéro étant doté de spécificités plus affinées.

Mais revenons un instant sur des dates clés de la marque :

  • le premier réflex Yashica est le Pentamatic (1958), qui aura peu de succès à cause d’une baïonnette propriétaire et d’un parc optique trop restreint ;
  • le second opus sera le Yashica TL-Super (1966), qui sera décliné en TL Super et Electro X. Mine de rien, il introduit deux nouveautés : les piles à l’oxyde d’argent et non plus au mercure et ensuite la mesure TTL via deux cellules au CdS. Autre bon point, il abandonne la baïonnette de son prédécesseur pour utiliser la monture vissante M42, qui offre un vaste parc optique aux photographes. Dans la famille, en 1972, il y aura le Yashica TL-Electro, un réflex à posemètre intégré électronique et obturateur Copal contrôlé électroniquement
  • Le troisième jalon des réflex est celui concocté avec Carl Zeiss pour produire les Yashica FR et le Contax RTS dont l’obturateur est contrôlé électroniquement. Introduction de la monture Y/C pour Yashica/Contax et une gamme d’optiques de haute qualité.
  • la quatrième date clé sera 1979 avec l’introduction du FX-3, un réflex destiné aux amateurs mais pourvu de la monture Y/C qui leur ouvrait de larges perspectives
  • et enfin, en 1983, toujours en collaboration avec Contax, naissance du FX-103, le premier réflex de la marque à proposer des modes programmes et le flash TTL. Il garde toujours la monture Y/C.

Une petite idée des appareils Yashica de l’époque :

Catalogue Yashica de 1969 présentant divers modèles d'appareils photo, y compris le Yashica TL Super et le MINISTER III, avec descriptions et prix.

Les nouveaux réflex Yashica

En 1988, afin de répondre à la demande d’appareils à exposition automatiques programmée et motorisés grand public, Yashica/Kyocera met sur le marché un appareil Multi Program, le 107MP. Il sera suivi par les modèles 108MP et 109MP.

Une caméra Yashica 107 Multi Program avec un objectif visible, en gros plan.

Cet appareil rompt avec le design des autres réflex de la marque car il introduit le polycarbonate à la place du métal (il devient léger), son ergonomie est revue et plus intuitive (forme arrondie, poignée plus prononcée pour faciliter la prise en main, meilleur positionnement des commandes), son viseur est très clair

Comme je l’écrivais plus haut, il va exister trois modèles de ce nouveau boitier :

  • le Yashica 107 Multi Program (MP pour les intimes) – 1988. Il existera aussi sous les noms de Revue AC7, TR-7000 et DAEWOO 107MP
  • le Yashica 108 MP (ou Revue AC-8 – FX80 – Yodobashi Camera) – 1989
  • le Yashica 109 MP – 1995
  • le Yashica 109 MP De Luxe (1995) de couleur champagne

Un petit résumé sympa des 3 boitiers :

Tableau comparatif des modèles Yashica 107, 108 et 109, avec des informations sur le mode de conduite, les programmes d'exposition, et les spécifications de batterie.

Nous entrons dans la pré-modernité avec cet appareil, celle des moteurs intégrés qui dispensent de réarmer et donnent une cadence à la rafale, mais pas encore d’autofocus.

Découverte du Dental Eye

Nous allons découvrir cela ci-dessous, mais avant j’aimerais faire un aparté sur un appareil tout à fait spécial : l’Oeil du Dentiste ou Dental Eye en anglais.

Chaque marque développe, à côté des appareils grands publics ou professionnels de la photographie, une série d’appareils plus spécifiques et répondant à des besoins bien particuliers. Je vous ai par exemple proposé un Polaroid étonnant à ce sujet.

Ici il s’agit d’un appareil destiné aux dentistes.

Il sera d’abord basé sur un Electro 35 et appelé Oral-Eye, cet appareil était distribué par une entreprise spécialisée dans les équipements dentaires, Tokyo Shizaisha.

Appareil photo dentaire Yashica avec accessoires, incluant un étui noir marqué 'ORAL-EYE'.

Puis cet appareil sera construit sur base de réflex Yashica, le FX-3. La conception de cet appareil est optimisée pour des applications médicales et scientifiques. Il est équipé d’un objectif macro fixe et un flash annulaire était fixé d’origine à l’avant.

Aucun de ces Dental Eyes ne peut focaliser à l’infini, ils ne fonctionnent qu’en zone de mise au point (très) rapprochée, jusqu’à un grossissement de 1:10. L’ouverture est mécaniquement liée à la distance de mise au point.

Le premier Yashica Dental Eye, sur Yashica FX-3 (1983), avait un objectif de 55mm ouvrant à f4 avec un grossissement de 1:10. Ensuite, le Dental Eye II sera construit sur un Yashica 107 avec avance motorisée et équipé d’un objectif de 100mm ouvrant à f4. Le grossissement passe alors à 1:15. Pus il y aura un Dental Eye III, produit de 1997 à 2006, toujours basé sur un 107. Il sera très épuré et ses fonctions réduites à l’essentiel, ce qui autorisera une refonte du boitier, plus petit et maniable.

Ces appareils sont assez limités dans leur utilisation et particulier à trouver (sauf si vous connaissez de vieux dentistes). Toutefois, chez Lomography, quelques uns ont trouvé des utilisations dérivées. Voyez ICI ce que cela donne.

Présentation du Yashica 107 Multi Program

Comme je le signalais au chapitre précédant, le Yashica 107 MP, sorti en 1988, rompt avec la forme classique des réflex antérieurs. L’utilisation du polycarbonate autorise des formes plus anatomiques et ergonomique, voire une certaine beauté (quoique celle-ci soit toujours relative à chacun).

Lorsque l’on pense aux derniers réflex d’avant le numérique, celui-ci parait comme anachronique : il est motorisé et perd donc le levier d’avance et d’armement mais son objectif est encore à réglages manuels (l’autofocus, c’est pour bientôt) et il y a encore une molette pour rebobiner le film à son terme, avec l’habituel bouton de débrayage sur la semelle.

Ceci dit, il est agréable à prendre en main, même avec un gros zoom comme celui qui équipe cet exemplaire, un 28 – 200 ouvrant de f3,5 à 5,6. Et puisque j’évoque les optiques, sachez qu’elles sont à monture Y/C, ce qui permet de monter sur cet appareil des Carl Zeiss très qualitatifs et des Yashica très performant.

Appareil photo numérique noir avec un objectif zoom, vu de dessus.

Puisque ce Yashica 107 est Multi Program, voyons donc ceux-ci. Ils sont cinq : un programme auto (Program), programme Haute Vitesse (HP), programme à basse vitesse (LP), exposition manuelle, exposition flash manuel (synchro X à 1/90s avec les flashs non dédiés).

Le déclencheur est électronique.

Boutons et molette d'un appareil photo noir sur fond blanc.

Lorsque toutes les photos sont prises, l’appareil s’arrête. Pour rembobiner, il faut enfoncer le bouton sur la semelle et utiliser la molette pour rebobiner le film manuellement.

Diagramme d'un appareil photo avec des annotations des différentes parties, incluant des boutons et des fonctionnalités.
Schéma d'une caméra avec annotations des différentes parties et fonctions, y compris le œilleton, le verrou du dos, la prise de déclenchement, et le couvercle du compartiment de la batterie.

Mettre un film est simplifié par la motorisation : il suffit de placer la cartouche dans la chambre, de tirer l’amorce jusqu’à un trait orange, refermer le dos de l’appareil et appuyer sur le déclencheur. La motorisation tire le film et l’enroule jusqu’à la première image. Lecture du code DX des films pour régler la sensibilité de la cellule, de 50 à 3200Asa.

Vue intérieure d'un appareil photo reflex, montrant le compartiment du film et les connexions électriques.

Le compteur de vue, situé sur le capot, près du bouton de réglage, se met sur la position S. Vous pouvez y aller, tout est prêt. Notons que le compteur de vue se remet à zéro dès l’ouverture de la porte.

La mise au point est manuelle, aidée par un stigmomètre à coïncidence, entouré de micro prisme fin.

Le viseur propose un grossissement de 0,82 dans un champ de vision de 92%. Dans ce viseur, des diodes signale qu’il faut ajouter un flash (risque de sous exposition), que l’on est en mode P (programme) ou M (manuel). Lorsque la diode clignote si la vitesse descend sous les 1/30s, elle reste fixe lorsque le flash est complètement chargé

L’appareil effectue ses mesures en prépondérance centrale à travers l’objectif (TTL).

Comme il est destiné aux amateurs, tout est pensé pour simplifier la vie mais obtenir de bonnes photos :

  • en mode P (AE) : le boitier choisit un couple vitesse/ouverture afin que l’image soit bien exposée.
  • en mode HP (program vitesse élevée) : l’appareil choisit une vitesse plus élevée au détriment de l’ouverture.
  • en mode LP (program vitesse basse) : l’appareil choisit une ouverture plus élevée au détriment de la vitesse
  • en exposition manuelle : on choisit le couple vitesse/diaphragme de son choix.

Vous n’aurez donc pas trop d’informations dans le viseur mais encore une fois, le Yashica 10 MP était prévu pour des amateurs, ceux qui désirent que l’appareil s’occupe des réglages et offre de bonnes photos à la fin.

Ceci étant dit, la marque s’est souvent illustrée pour la gestion des images délivrées par ses appareils, faisons lui donc confiance. Toutefois, pour les modes programmes HP et LP, il pourrait être nécessaire de modifier l’exposition. Le correcteur d’exposition, de +/- 1,5 est accessible via un petit bouton placé à côté (gauche) de l’objectif. Toujours utile en cas de grand contraste dans l’exposition.

Gros plan sur l'objectif d'un appareil photo, mettant en évidence la molette de réglage du mode macro et une inscription indiquant '28'.

Comme tout appareil de cette génération, il s’inscrit dans une foule d’accessoires, ce qui le rend très polyvalent.

Schéma des accessoires du système Yashica 107 Multi Program, incluant un appareil photo, des objectifs, un déclencheur à distance, et des accessoires variés.

Il possède aussi un minuteur, placé juste à côté du déclencheur, mais vous faudra courir vite car il ne vous offre que 10s. Une diode rouge clignote lentement et plus vite lors des deux dernières secondes.

Un gros plan sur le dessus d'un appareil photo Yashica, montrant le bouton de prise de vue et la lentille.

Le dos est interchangeable et vous pouviez y placer une unité avec dateur. Pour ouvrir le dos, il faut appuyer sur un minuscule bouton et baisser le petit verrou (impossible d’ouvrir l’appareil par inadvertance). C’est une précaution que l’on trouve surtout sur des appareils plus professionnels d’habitude.

Tiens, au sujet des piles, le boitier réclame 4 AAA très courantes pour alimenter le moteur d’entrainement, la cellule et l’obturateur. Sans elles, pas de photos !

Pour ôter l’optique, il suffit d’appuyer sur le petit bouton à côté de l’objectif, à droite, et de tourner dans le sens anti-horaire. Pour le remettre, il faut faire coïncider les deux points rouges et tourner dans le sens horaire jusqu’au clic discret qui vous assure que l’objectif est bien fixé.

Le boitier propose des vitesses de 16s à 1/2000s plus pose B et une synchro flash au 1/90s, en mode automatique, et de 1s à 1/2000s en mode manuel.

Des flashs lui étaient dédiés, parfois aussi sous le nom de Revue. Il s’agit des flash Électronique CS-15, flash CS-140 et CS-220 Auto Flash.

A l’époque, le Yashica 107 MP est en concurrence avec le Canon T50, le Nikon F301, le Pentax P30, le Minolta X300-MPS, par exemple. Du beau monde, difficile à départager, qu’en pensez-vous ?

Que penser de cet appareil ?

Je vous avoue que je l’aime bien, mieux qu’un Canon de la série T notamment et à égalité avec un Pentax P30 ou un Minolta X300.

Ce n’est pas un petit boitier mais on l’a bien en mains et il est vraiment confortable à utiliser. De plus, dans sa configuration ici, avec le 28 – 200mm, il est très polyvalent.

Bref, c’est un chouette appareil qui mérite d’être redécouvert et utilisé. N’oubliez pas que le parc optique qui lui est dédié, les optiques Y/C, sont de grandes qualités et assez faciles à trouver sur la Grande Toile. La combinaison des deux vous offrira beaucoup de plaisir.

Et pour ceux qui débutent, c’est un excellent appareil école car on passe sans complexe des automatismes au manuel et vice-versa.

Son prix d’achat, en très bon état, ne devrait pas dépasser les 50€, avec un 50mm à minima.

Vérifiez bien le compartiment à piles, qui ne doit pas être oxydé pour éviter les soucis, et la mousse du miroir ainsi que celle autour de la fenêtre qui vous permet de voir si un film est inséré dans la chambre. Du classique en fait …

Et vous, vous ne pensez quoi ?

Vidéos d’illustration

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI (multilingues).

  • Yashica – Kyocera, introduit en 1988 jusqu’en 1990
  • réflex mono-objectif à baïonnette Y/C
  • obturateur à plan focal vertical métallique, contrôlé électroniquement
  • vitesses en mode auto : 16s à 1/2000s, pose B et synchro flash 1/90s ou plus lente selon le programme
  • vitesses en mode manuel : 1s à 1/2000s, pose B et synchro flash 1/90s
  • minuteur électronique de +/- 10s
  • mesure centrale pondérée, TTL, cellule de photodiode au silicium ; sensibilité de 50 à 3200Asa (si film sans codage, sensibilité automatique de 100Asa)
  • viseur à 92%, grossissement de x82
  • affichage du mode et flash par diode dans le viseur (sur la droite)
  • 5 modes : Program, LP (programme lent), HP(programme rapide), mode manuel
  • alimentation par 4 piles AAA
  • poids : 500gr nu

Des références

https://camera-wiki.org/wiki/Yashica_107_MP,c https://www.365electric.com/cameras/filmcameras/56767.html, https://stason.org/TULARC/recreation/photography/yashica-35mm-slr-camera/3-3-107MP-108MP-109MP.html, https://camera-wiki.org/wiki/Yashica_Dental_Eye, https://www.lomography.com/magazine/19173-yashica-dental-eye-no-longer-for-the-teeth, en anglais ; https://fotobox.over-blog.fr/2024/03/yashica-mp-107-108-109.html, https://528506.com/Appareils/Appareils-photo/Sp%C3%A9cifications-de-la-cam%C3%A9ra-Yashica-TR7000-.html, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-5175-Foto-Quelle_Revue%20AC8%20Multiprogramm.html, en français ; https://kameramuseum.de/objekte/yashica-107-multi-program/, https://maniacphotos.com/yashica-107-multi-program-multi-gut/ en allemand

Argentique

Un moyen format qui traverse le temps, le Yashica Mat LM

Préambule

Cet appareil fait partie de ceux que j’avais achetés à la veuve du collectionneur à qui j’ai consacré un article.

De fait, cela fait un moment que je dois vous le faire découvrir et l’occasion m’en est donnée après avoir analysé le Yashica Mat que je vous présentais y a quelques temps.

Ici aussi, il est en parfait état et a été conservé non pas dans son sac tout près mais dans une trousse moderne et étanche à la lumière, ce qui a préservé la cellule, toujours fonctionnelle, nous en reparlerons.

Alors partons à la découverte de ce nouveau Yashica bis-objectifs (TLR).

Un peu d’histoire

Mais cette fois alors vraiment très peu car je vous ai déjà presque tout raconté dans l’article précité sur le Yashica Mat tout court.

Lors de la sortie du Mat classique, en 1958, Yashica a voulu être un peu à la page et a préparé ce Mat LM. Mat pour automatic puisque lui aussi couple l’armement à l’avance du film, tout comme le film se place automatiquement à la première image, et LM pour Ligth Meter ou posemètre. C’est en 1960, vraisemblablement, que l’appareil est apparu sur le marché.

C’est encore une cellule au sélénium, qui ne demande donc pas de pile car c’est la lumière qui excite la matière et produit le courant nécessaire à la gestion du posemètre. Elle n’est pas couplée non plus

S’il succède donc au Yashica Mat, il sera suivi, en 1964, par le Yashica Mat EM. Ce dernier sera très semblable au Mat LM si ce n’est que Yashica aura simplifié la lecture du posemètre.

Ce modèle est apprécié pour sa cellule, assez précise. Toutefois, il utilise le système de valeurs EV, qu’il faut traduire sur un calculateur, j’y reviendrai. C’est un peu moins pratique d’utilisation, c’est d’ailleurs pourquoi le Mat LM sera remplacé par le Mat EM.

Présentation du Yashica Mat LM

Inutile de reprendre la description du Mat LM, elle est en tout point identique à celle du Mat. Enfin, presque …

Puisque celui-ci bénéficie d’une cellule, un sérieux avantage.

Sur le devant de l’appareil, impossible de la manquer, avec son verre en nid d’abeilles.

Et puis il y a, au dessus des lettres LM, cette échelle de valeurs que donne la cellule.

De fait, l’aiguille de la cellule se déplace devant des chiffres, qui sont des valeurs EV ou indices de lumination, en français.

Vue rapprochée du dessus d'un appareil photo, montrant les réglages de vitesse et d'ouverture, ainsi qu'un compteur de film.

Ces chiffres, il faut les traduire en ouvertures grâce à un calculateur, situé autour de la molette de mise au point, à gauche. Ce n’est pas très ergonomique puisqu’il faut quitter sa visée pour voir les chiffres utiles, sur le côté, puis les reporter sur la commande de l’obturateur. Le Mat EM simplifiera cette gymnastique.

C’est d’autant plus dommage que la lecture de la vitesse, de l’ouverture et celle de la cellule sont elles visibles par au dessus, quand on vise son sujet. Mais bon, ne chicanons pas, il y a au moins une cellule.

Autre légère modification donc, la molette située à gauche de l’appareil : outre l’échelle de distance inscrite au pourtour, il y a encore l’échelle de profondeur de champ, puis une petite fenêtre pour indiquer la sensibilité du film (de 6 à 400Asa) et enfin, en rouge, le disque qu’il faut faire tourner en fonction du chiffre donné par la cellule. En le reportant sur le cadran rouge, on trouve alors la combinaison de l’ouverture adéquate.

Gros plan sur le cadran d'un appareil photo vintage, avec un doigt ajustant le réglage de l'ASA.
Gros plan sur le cadran d'une caméra vintage avec des réglages pour la vitesse d'obturation et l'ouverture.

A noter que sous la manivelle d’avance et d’armement, il y a encore une roue de correspondances, celles entre les Din et les Asa qui sont curieusement notés jusqu’à 800Asa là.

Pour le reste, comme je le soulignais au début de l’article, tout est comme sur le Yashica Mat.

Le système de visée :

Instructions pour utiliser un appareil photo vintage, montrant des doigts ajustant les réglages sur le dessus de l'appareil et ouvrant le compartiment de l'objectif.
Soit en regardant dans le tunnel, soit en faisant sortir la loupe pour affiner la netteté, soit en viseur dit sportif.
Intérieur d'un appareil photo avec un viseur montrant une grille rouge sur un fond noir.

La remarque qu’il faut toujours laisser le commutateur du flash sur X si on veut utiliser le minuteur.

Détail d'un appareil photo vintage avec des objectifs doubles et des réglages visibles.

Le flash est synchronisé à toutes les vitesses en position M, synchronisé au 1/60s ou 1/30s (avec le minuteur) sur X

Tableau des réglages de l'appareil photo indiquant les positions de sélecteur, les types de bulbes utilisés, et les vitesses d'obturation recommandées.

Que penser de cet appareil ?

Avant tout, au risque de me répéter, cela reste un Yashica Mat, solide, bien construit et quoiqu’en disent certaines méchantes langues, un appareil parfait pour apprendre à coût raisonnable le moyen format avec un boitier bis-objectifs.

Les optiques sont très bonnes et il faut chercher la petite bête pour discerner une très nette différence par rapport au Rolleiflex, par exemple.

Sa cellule est un avantage, malgré la petite contorsion qu’elle impose. Cependant, comme elle est au sélénium, viendra un temps où elle s’épuisera. Pas de panique, l’appareil restera parfaitement fonctionnel, simplement, vous devrez vous munir alors d’une cellule à main pour compenser celle qui vient de défaillir. Rien d’insurmontable donc …

Reste encore alors pour moi la question du choix : le Yashica Mat LM (car j’ai entre temps vendu le Mat à une demoiselle qui en fera bon usage) ou le Rolleiflex T type 3 ?

J’hésite, j’hésite …

Vidéo d’illustration

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

  • Reflex bi-objectif Format 120
  • Yashica Mat LM
  • Japon, fabrication d’avril 1958 à avril 1962
  • Optiques : Prise de vue : Yashinon 80mm f3,5 (4 lentilles en 3 groupes, optique de type Tessar). Visée: Yashinon 80mm f3,2 . Toutes les deux sont traitées multicouche
  • Obturateur : Copal MXV B, 1s à 1/500eme. Synchro X et M.
  • Système de mesure : Cellule au sélénium montée sur le boîtier, système L V de 0-10
  • Synchro flash à toutes les vitesses, commutateur M – X avec prise, pour câble PC à l’avant du boitier.
  • Dimensions et poids 1,2kg

Des références

https://camera-wiki.org/wiki/Fr/Yashica-Mat_LM, https://35mm-compact.com/anciens/yashica-tlr.htm, https://collection-appareils.fr/x/html/page_standard.php?id_appareil=11861, https://www.suaudeau.eu/memo/collection/mformat/Yashica_mat_LM.html en français ; https://www.williamsphotographic.com/yashica.html, https://ewoodsphoto.com/2017/11/25/this-old-camera-the-yashica-mat-lm/, https://yashicatlr.com/66ModelsPage7.html, https://www.photoethnography.com/ClassicCameras/index-frameset.html?YashicamatLM.html~mainFrame en anglais ; https://kameramuseum.de/objekte/yashica-mat-lm/, en allemand

Argentique

Un moyen format abordable et performant, le Yashica Mat

Préambule

Encore un que j’ai trouvé sur la brocante de Bois de Villers, un peu avant le Minox 35 AF que je vous présentais il y a quelques jours.

Autant ce dernier pouvait encore se glisser dans une poche, autant celui-ci demandera un petit sac et une bonne sangle pour le porter. Pas qu’il soit aussi lourd que le Mamiya C33 déjà vu sur le site, mais il est de cette école où le plastique était encore utilisé avec parcimonie et le métal majoritaire.

Il est en très bon état et me crée d’emblée un cas de conscience : vais-je le garder ou plutôt le Rolleiflex T type 3 ?

J’entends déjà quelques uns qui frémissent de cette question, mais vous allez comprendre pourquoi elle se pose …

Un peu d’histoire

Yashica est une marque que j’ai déjà beaucoup évoquée, en réflex (le FX-3 comme bel exemple), en compacts (le MF-2 me vient, entre autre, à l’esprit), en télémétriques (Le Lynx 5000 par exemple) et en moyens formats (ah, le Mat 124 G).

Je vais donc plutôt approfondir leur gamme en moyen format, qui mérite bien un historique.

Leur premier appareil fut le Pigeonflex (1953), très, très inspiré du Rolleicord II mais bien plus abordable financièrement. C’est lui qui donna le goût de la photographie au TLR à grand nombre de Japonais.

Schéma explicatif du fonctionnement d'un appareil photo bis-objectifs, avec des annotations numérotées décrivant les principales parties : objectif, miroir, lentille de Fresnel, loupe, second objectif, bouton d'obturation, film.

En 1957, Yashica améliore son premier opus et sort le Mat : un appareil très époque, car il propose l’avance du film et l’armement de l’obturateur couplé grâce à une manivelle. Ce Mat sera le premier d’une longue série qui se clôturera avec le Yashica Mat 124 G, un excellent TLR à prix encore doux pour des prestations de haut niveau.

Puisque j’évoque le terme de séries, accrochez-vous : il y eut deux grandes familles dans les reflex à double objectifs, les 66 (pour 6×6 en film 120) et les 44 (pour le 4×4, en film 127). Dans ces familles, on compte environ (parce que tous les auteurs ne sont pas d’accord) 31 modèles pour les premiers et 4 pour les seconds, mais 81 variations pour les 2 séries. Amis collectionneurs, bon amusement …

Tiens, au fait, pourquoi Yashica MAT ? Deux hypothèse se côtoient : la première dit que c’est une contraction comme une autre d’automatique alors que la seconde dit que cela serait une énième copie du terme utilisé par Rolleiflex pour son Rolleiflex Automat, … lui -même contraction d’automatique.

Rassurez-vous, je ne vais pas tout reprendre, alors voici les grandes lignes de la gamme 66 (les 44 sont plus anecdotiques et je n’en ai plus sous la main) :

  • les YashicaFlex, l’équivalent des Rolleicord chez Franke & Heidecke (exemple YashicaFlex S), de 1953 à 1959
  • les Yashica avec bouton pour l’avancement (Yashica C et D en exemples), de 1957 à 1965
  • les Yashica avec manivelle pour l’avancement et l’armement (celui-ci et le Yashica Mat 124 G), de 1957 à 1983

Pour plus de détails, je vous renvoie LA.

Ce qui est important à retenir, me semble-t-il, c’est la distinction entre ceux à boutons et ceux à manivelles, distinction reprise aussi chez Rolleicord et Rolleiflex . Ceux avec les boutons sont (un peu) plus simples au niveau mécanique mais n’en sont pas moins aussi bien équipé que leurs frères tant en ce qui concerne les objectifs que les obturateurs.

Encore une fois, comme chez Rolleiflex, avec même – comme là aussi – parfois des appareils à bouton qui peuvent en remonter à ceux à manivelle (combinaison objectif/obturateur plus évoluée (un bel exemple est le Yashica 635 équipé d’un obturateur Copal MXV qui monte au 1/500s et d’un objectif Yashinon de formule Tessar ouvrant à f2,8).

Que ce soit en formule avec boutons ou manivelles, ces TLR sont majoritairement en métal, très bien ajustés, et pensés pour être faciles d’utilisation.

Sans doute n’ont-ils pas l’aura du précurseur allemand mais ils ne déméritent pas en terme de qualité d’images et de fonctionnalités.

Car au fur et à mesure de l’évolution des boitiers, ceux-ci vont bénéficier de vitesses en expansion, de minuteur, de synchronisation flash, de cellule non couplée puis couplée, de compteur de vue, de griffe porte-accessoire, de baie de tailles différentes (bay 1, bay2, etc.) et de toutes une série d’accessoires utiles.

Si je devais résumer ici les TLR de Yashica, je dirais qu’ils sont un excellent choix pour débuter et/ou pratiquer le moyen format car ils sont moins onéreux que certaines marques et tout aussi efficaces à caractéristiques égales (là, je sens que je vais susciter des commentaires !).

Pour en revenir à notre Yashica Mat, premier du nom, il sera d’abord équipé d’objectifs Lumaxar de 75mm ouvrant à f/3.5, ainsi que d’un Lumaxar de75mm ouvrant lui à f/3.2 comme objectif de vision, suivis plus tard d’objectifs similaires bien qu’en version 80mm. Là encore, il existe une petite polémique car d’aucuns disent que les objectifs étaient livrés à Yashica par l’Allemagne de l’Ouest et assemblés à Nagano alors que d’autres disent qu’ils étaient fabriqués et livré par Tomioka (Japon).

Ces objectifs sont de type Tessar, composés de 4 éléments répartis en 3 groupes. Ils changeront ensuite de nom et deviendront des Yashinon

On estime que 95% de la production sera en 80mm. Autre différence, selon l’âge des appareils, les vitesses d’ouverture auront deux échelles différentes : l’ancienne échelle de vitesses – B, 1, 2, 5, 10, 25, 50, 100, 250 et 500 – puis la nouvelle échelle des unités – B, 1, 2, 4, 8, 15, 30, 60, 125, 250 et 500)

Ceci étant, l’obturateur est un Copal d’excellente réputation (MX, MXV et SV par la suite).

Le Yashica Mat et le Yashica MAT 124-G seront les deux appareils les plus vendus, tant en termes de quantité que de durée (plus de 16 ans chacun). Voilà deux maîtres achat à ne pas négliger.

Présentation du Yashica Mat

Celui que je vous présente aujourd’hui est un modèle équipé du Luxamar de 75mm ouvrant à f3,5 et f3,2 pour la visée et d’un obturateur Copal MXV. Il est sans doute issu des premières séries de 1957.

Sa présentation est on ne peut plus classique : un beau rectangle vertical, tout en métal, avec une platine qui avance selon un système à crémaillère, très fluide et assez court. Gainé de cuirette noire, celle-ci est sensible dans le temps et il n’est pas rare d’en trouver avec un revêtement un peu abimé. Ce qui n’empêche en rien l’appareil de fonctionner parfaitement, c’est juste une question d’esthétique.

Appareil photo vintage avec des réglages sur le côté, y compris des commandes pour l'exposition et l'ASA.

Le plus intéressant sur cet appareil est bien évidemment la manivelle qui fait donc avancer le film d’une vue et arme l’obturateur : il faut la faire tourner dans le sens anti-horaire jusqu’à ce qu’elle bloque, puis revenir dans l’autre sens jusqu’au niveau du compteur de vue, où elle cale de nouveau et vous permet de remettre la manivelle dans son encoche. Vous êtes prêt à déclencher.

Appareil photo vintage noir avec un design classique et un levier de déclenchement.

Mais avant, réglons la distance : vous ouvrez le viseur et regardez dans le tunnel l’image renvoyée par le miroir sur le dépoli, assez clair je trouve, et quadrillé pour une meilleure composition. Soit vous travaillez en regardant uniquement là, en tournant la molette de gauche, et arrêtez votre réglage dès que l’image est nette (et vous pouvez vous aider de la loupe fournie dans le couvercle), soit vous regardez l’échelle de mise au point situé sur le côté gauche de l’appareil (mise au point minimale de 1m à l’infini). Le diaphragme compte 10 lamelles.

Le dépoli contient une lentille de Fresnel avec un quadrillage de lignes rouges (5×5) aidant la composition. Pour une mise au point plus précise, on peut toujours sortir la petite loupe qui est sous le capot. Petite remarque en passant : la visée est de 5,5×5,5cm sur un film de 120. Les photos captées seront au format 55x55mm (dite 6×6). Le viseur est donc à 100% de la vision.

Il reste maintenant à régler la vitesse et l’ouverture. Ici le conseil est d’utiliser une cellule à main que vous réglez grâce à l’aide mémoire fourni par l’appareil (réglage de la sensibilité Asa/Din – de 5 à 400 Asa – sur la grosse molette de gauche, pour mémoire).

Gros plan sur les réglages d'une vieille caméra, mettant en évidence le cadran de vitesse et les échelles DIN et ASA.

Ensuite, avec le petit bouton rond de gauche, judicieusement placé entre les objectifs, vous réglez l’ouverture. Petit plus non négligeable de l’appareil, le petit écran au dessus des objectifs qui reprend l’ouverture (f) et la vitesse (sec) que vous aurez choisies.

Gros plan sur le bouton de réglage d'une ancienne caméra, mettant en avant les chiffres et les marques de focalisation.

Plus besoin ici de quitter le viseur des yeux, vous voyez immédiatement les réglages prévus, juste en regardant par dessus l’objectif.

La vitesse, vous l’aurez compris, se règle avec le bouton de droite, du bout des doigts, vous permettant d’assurer une bonne stabilité à l’appareil, niché au creux de vos paumes.

Le déclencheur est situé en bas à droite du boitier. Une légère pression suffit pour déclencher et vous serez surpris du bruit très contenu de cet appareil (ce n’est pas un Praktica ni un Zenit).

Au milieu des 2 objectifs toujours, sur la gauche, le sélecteur pour la position de la synchro flash : M ou X. M étant réservé aux anciens flashs et X aux flashs plus modernes. L’obturateur étant central, il y a synchronisation à toutes les vitesses.

Attention toutefois à un point important : mettez toujours la synchro flash en position X si vous voulez utiliser le minuteur, minuteur que l’on arme après avoir tourné la manivelle d’avance et d’armement. L’obturateur possède une protection pour éviter les mauvaises manœuvres mais que vous pourriez passer (= casser) en forçant. Second conseil utile (et ça c’est LE conseil à ne jamais oublier) : si ça résiste, si ça coince, on ne force pas !

Gros plan sur un appareil photo Yashica avec lentille et réglages visibles.

Je résume : on cadre, on ajuste la distance, on règle la vitesse et clic !

Cet appareil accepte des accessoires B1, comme le pare-soleil, utile à très utile car l’objectif n’est pas traité anti-reflet. Il existe aussi des filtres, moins courant.

Le déclencheur n’est pas fileté pour y ajouter un câble de déclenchement. En fait, il faut une petite pièce qui se vise dessus et sur laquelle vous pourrez fixer le câble.

Le chargement de l’appareil est aussi très facile : il suffit de faire tourner le verrou, en dessous, qui libère la porte, que l’on soulève vers les haut.

Appareil photo vintage en noir et blanc, vue de face avec un objectif sur le dessus et un cadran de réglage sur le devant.

La bobine réceptrice se place en haut, en tirant sur la petite molette sur la gauche de l’appareil afin de bien placer le film. On tire sur l’amorce pour la glisser dans la fente de la bobine et on fait avancer le film jusqu’à la flèche marquée sur le papier du film, qu’il faut faire coïncider avec les 2 flèches rouges sur le bord de la chambre. Ensuite, on referme et on tourne la manivelle jusqu’à ce qu’elle se bloque sur le chiffre 1. Le boitier est prêt pour ses premières photos.

Lorsque vous refermez la porte, vérifiez toujours que le petit ergot fixé sur le boitier est bien pris dans la lame du verrou.

L’appareil ne possède pas de griffe porte-accessoire et pourtant, il y a bien une prise pour un flash et une discrète tirette pour la synchro de celui-ci : M pour les anciens flashs à ampoules, et X pour les nouveaux. Il faudra trouver une planchette à fixer sous l’appareil et qui portera le flash, déporté.

Et sous l’objectif qui prend la photo, une discrète tirette avec un point rouge : c’est celle de la minuterie (+/+-10sec).

Enfin, sur le flanc droit, une petite fenêtre ronde, en haut, celle du compteur de vue. Et sous l’appareil, un filetage pour le fixer sur un trépied ou pour y attacher un porte-flash.

En résumé, un bel appareil, simple, pas trop onéreux et qui offre de très bonnes prestations photographiques.

Que penser de cet appareil ?

Eh bien, j’en reviens à ma question existentielle du début : vais-je le choisir plutôt que le Rolleiflex T que j’avais mis de côté ?

En termes de fonctionnalités, ils se valent, avec – pour moi – une préférence au Yashica qui utilise un système simple de réglage de la vitesse et de l’ouverture, alors que le Rolleiflex T utilise un couplage basé sur l’indice de lumination (EVS), débrayable mais que je n’aime pas.

Ensuite, le Luxamar avec formule Tessar offre les meilleures prestations, quasi au même niveau que le Tessar et le Xénar du cousin allemand.

Finalement, j’aurais peut-être dû garder le Mat 124-G, encore un cran au dessus et avec une cellule au CdS et un objectif plus lumineux. Mais, franchement, celui-ci évite les soucis de cellules parfois capricieuses et avec un peu d’entrainement, donne d’aussi bons résultats.

Car ces appareils ne sont pas faits pour travailler dans l’urgence. Plutôt dans le moment, en réfléchissant à ce que l’on fait : cadrage, composition (le carré est une belle surface mais il faut l’apprivoiser), réglages de la vitesse, de l’ouverture. Et puis ce déclic typique, tout en douceur.

Un film de 120 autorise 12 poses sur une bobine. Il faut les savourer comme il convient et, en cas de longue sortie, prévoir son petit stock. Ensuite, quel plaisir que de découvrir les détails dont fourmillent les images captées et qui reviennent du labo !

Enfin, cerise sur le déclencheur, ces appareils n’ont pas la grosse tête et restent abordables : comptez environ 180€ pour un bel exemplaire, idéalement avec son sac tout prêt en cuir. De quoi vous laissez des sous pour acheter une bonne sangle de portage et quelques bobines de film.

Essayez, vous y reviendrez …

Vidéos d’illustration

Un peu de technique

  • Reflex bis-objectifs avec viseur de poitrine
  • Film 120 (B2-4 / B2-6 / B2-8 de 1932)
  • Format négatif 6 x 6 cm
  • Transport de films : manuel
  • Objectifs Luxamar 75mm f3,2 et f3,5 (prise de vue)
  • Obturateur Copal MVX
  • Vitesses : B, 1s – 1/500s
  • Synchro flash à toutes les vitesses, positions M et X, prise PC, pas de griffe porte-accessoires
  • Armement et avance du film couplé par manivelle
  • Année de sortie : 1957

Des références

https://www.dirapon.be/TLR.html, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-2541-Yashica_Yashica-Mat.html, https://www.suaudeau.eu/memo/collection/mformat/Yashica_mat.html en français ; https://casualphotophile.com/2020/06/26/yashica-mat-review/, https://jnoir.eu/en/cameras/yashica/yashica-mat/, https://www.yashica.com/our-history, https://yashicatlr.com/(une mine d’informations), en anglais

Argentique

Le Yashica TL Super, un réflex précurseur ?

Préambule.

Tiens, ça faisait longtemps que je n’avais plus trouvé un reflex intéressant sur une brocante, et en bon état.

Alors quand j’ai découvert ce Yashica, avec son sac tout prêt propre et ses modes d’emploi, je n’ai pas hésité. Après une petite négociation, il a atterri dans le sac à dos où il est resté bien seul.

Il faut dire que j’essaie, dans la mesure du possible, de restreindre mes achats à des appareils originaux et en bon état. Pensez donc, avec près de 800 articles sur le site, cela fait beaucoup de matériel. Celui-ci fait donc partie de ces beaux appareils attirants.

Un peu d’histoire.

L’entreprise est née en 1949, tout d’abord sous le nom de Yashiama, un dérivé de Yoshihama, le nom donné aux 8 îles qui composent le Japon. Ensuite, ce sera Yashinon et enfin Yashica en 1958.

Sa première spécialité sera la fabrication de composants pour … horloges électriques, avant de se ré-orienter vers la fabrication d’appareils photo, alors en vogue au Pays du Soleil Levant.

Les premiers appareils produits seront, disons, très inspirés de la star de l’époque, le Rolleiflex. Ce premier jet s’appellera Pigeonflex (1953), un 6×6 qui aura la bonne idée d’être très abordable et qui aidera à populariser ce type d’appareil au Japon.

Ensuite, dès 1957, se sera le début de l’aventure des Yashica Mat, une évolution majeure du précédant et qui se vendra très bien à l’international, faisant ainsi découvrir la marque dans le monde.

Si on veut résumer la sucess story de la marque, on peut le faire quelques dates et produits phares :

  • 1953, le Piegeonflex suivi du Yashimaflex, les premiers 6×6
  • 1957, le Yashica Mat, la référence en 6×6 japonais
  • 1958, le Pentamatic, un réflex avec baïonnette propriétaire et diaphragme automatique
  • 1958, acquisition de Nicca, spécialisé dans les télémétriques
  • 1962, adoption de la monture Zeiss/Praktica M42 et production du reflex Penta J
  • 1965, les Electro 35, les premiers télémétriques contrôlés électroniquement
  • 1968, le Yashica Mat-124, un TLR abordable et performant
  • 1968, acquisition de l’opticien Tomioka, le plus réputé du Japon à l’époque
  • 1969, rachat de Zunow Optical Industry Co. Ltd., entreprise innovante en réflex et cinéma
  • 1970, lancement du Yashica Mat-124G, un TLR avec posemètre intégré, utilisation de films 120 et 220
  • 1972, le Yashica TL-Electro, un réflex à posemètre intégré électronique et obturateur Copal contrôlé électroniquement
  • 1973, en collaboration avec Carl Zeiss, lancement du Top Secret Projet 130 qui donnera naissance au Contax RTS, appareil avec obturateur électronique
  • 1975, les Yashica FR, des réflex avec des obturateurs électroniques équivalent aux Contax
  • 1979, lancement du FX-3 à destination des débutants mais avec les optiques C/Y (Contax/Yashica), fabriqué par Cosina
  • 1983, rachat de Yashica par Kiocera (Kyoto Ceramics)
  • 1985, introduction du FX-103, toujours en collaboration avec Contax, premier reflex de la marque avec flash TTL et mode d’expositions programmées
  • 1986, le Samouraï, un étrange réflex demi-format aux allures futuristes
  • 2005, Kyocera arrête la production des appareils photo
  • 2008, vente des droits de la marque Yashica au groupe MF Jebsen (Hong Kong)

Voilà encore une marque qui disparait trop tôt, avec perte et fracas car depuis sa revente, les projets de relance du nom se sont heurtés à des initiatives dépourvues d’intérêts et très hasardeuses.

A l’époque de leur premier reflex (1958), le Pentamatic, Yashica a commis une erreur, celle d’utiliser une baïonnette propriétaire et de lancer trop peu d’objectifs pour accompagner l’appareil. La plupart des concurrents utilisaient parfois de telles montures, mais avec une gamme de focales conséquente (Nikon et sa monture F, ou Canon et sa monture FL) ou alors ils utilisaient la monture dite universelle, à viser, la M42. Cela permettait d’élargir les possibilités d’optiques pour les clients.

Mais revenons à 1966, date à laquelle le TL Super est apparu sur le marché, et même encore un peu avant cette date.

La série J (1961) succède à la série des Pentamatic à laquelle elle diffère par l’utilisation de la monture M42 (dite universelle) et non plus une monture propriétaire. Il faut encore viser à la pleine ouverture avant d’armer le déclencheur mais il bénéficie déjà d’une cellule que l’on vient clipser sur le devant de l’appareil.

Puis vient donc la série TL, qui sont leurs premiers TTL (Throug-the-Lens = à travers l’objectif), une mini révolution.

Cette série ne s’arrêtera qu’en 1978 et on peut y noter les appareils suivants :

  • TL- Super, avril 1966
  • TL, novembre 1967, semblable au TL Super mais aux vitesses limitées et sans verrouillage du miroir
  • TL Electro-X, octobre 1968 Type 1, remplace les aiguilles de la cellule par des diodes et l’obturateur est électronique
  • TL- E, juin 1969, la même chose mais avec obturateur mécanique
  • ITS, décembre 1970, idem que le TL Electro X mais uniquement en finition noire
  • Electro AX, mars 1972, propose l’exposition automatique à priorité ouverture
  • TL- Electro, avril 1972, version allégée du TL Electro X avec obturateur mécanique
  • FFT, juillet 1973, une version light du TL Electro avec obturateur mécanique, retour à la mesure de la cellule via une échelle à aiguille et reprise des piles au mercure !

Si comme la série précédente elle utilisait encore la monture M42, cette fois, elle inaugurait la mesure de la lumière directement à travers l’objectif, avec une cellule interne, alimentée par une pile à l’oxyde d’argent, contrairement au Pentax Spotmatic, qui utilisait encore des piles au mercure. Selon la légende, ce serait le premier appareil à passer à ce type de piles.

Mais nous allons voir tout cela en détail …

Présentation du Yashica TL-Super

C’est un bel appareil, tel qu’on se représente les reflex des années soixante – septante : tout en métal, bis-coleurs. Oui, il fait son poids (pas loin du kg avec un 50mm) mais il respire la solidité, l’assurance tranquille d’un appareil fait pour traverser les ans. La preuve ? Celui-ci fonctionne comme au premier jour.

Dans l’historique ci-dessus, je précisais que cet appareil était de la veine des Pentax Spotmatic SP, mais aussi des Minolta srT101, des Canon FT QL, du Nikon F ou du Nikkormat FTn. La famille des incassables comme j’aime parfois l’écrire.

Voilà le portrait tracé, voyons maintenant de plus près ce qui fait sa particularité.

Illustration annotée d'un appareil photo Yashica TL Super, montrant les différentes parties et fonctionnalités, avec des numéros correspondant aux éléments décrits.
Schéma du Yashica TL Super avec des annotations des différentes parties de l'appareil, montrant la tige guide de la bobine de film, le verrou du couvercle, le viseur, et d'autres composants importants.

Le Yashica TL Super est donc un appareil reflex qui possède deux résistances au CdS montées à l’intérieur du viseur et qui mesure avec précision le degré moyen de la lumière qui passe à travers l’objectif avant de frapper le film (TTL).

Cette cellule, alimentée par une pile à l’oxyde d’argent* de 1,5v (là aussi une petite révolution car habituellement on utilisait encore des piles de 1,35v au mercure), était bien plus précise que celles au sélénium.

Allumez la cellule en abaissant le curseur ; l’exposition est parfaite lorsque l’aiguille du posemètre est centrée. Cette manœuvre obscurcit la visée, surtout si l’ouverture choisie est petite. Remontez le curseur pour fermer la cellule. L’ouverture de l’objectif s’ouvre alors complètement et vous pouvez visez alors très clairement. N’oubliez donc pas de remettre le curseur en position OFF, vers le haut, sous peine de vider la pile trop rapidement car la cellule restera sous tension.

Appareil photo reflex Yashica TL Super, vue de côté montrant l'objectif et le boîtier en métal.

Ensuite, une griffe flash faisait son apparition sur le toit du pentaprisme, pour alimenter un flash synchronisé au 1/60s. Notons qu’il existe toujours une prise PC pour l’utilisation de flashs plus anciens

Il y aura deux versions du TL Super : la première utilise un verrou situé sur la semelle pour ouvrir la porte arrière, le levier d’armement est tout en métal, les objectifs sont des Auto Yashinon-DX à nez chromé, disponibles en deux ouvertures différentes, soit un 50mm ouvrant à f1,7 ou à f1,4.

Vue rapprochée du dessus d'un appareil photo reflex Yashica TL Super, montrant des boutons de réglage et la griffe de flash, avec un objectif monté en arrière-plan.

L’appareil que je vous présente aujourd’hui fait partie de cette première version.

La seconde version adopte des éléments plus modernes comme le levier d’armement avec un embout en plastique noir, le fait de tirer vers le haut la molette de rembobinage pour ouvrir la porte et des objectifs, toujours en 50mm, mais des Auto Yashinon-DX à nez noir en f1,7 ou f1,4.

Ces deux objectifs possèdent un curseur qui glisse de A vers M. Si vous voulez mesurer la profondeur de champ de votre prise de vue, il faut faire glisser ce curseur sur A (lettre M visible). Ensuite, la mesure faite, il faut remettre le curseur sur M (lettre A visible) pour avoir le diaphragme entièrement ouvert et donc une visée claire.

De plus il propose une fonction de verrouillage du miroir, que l’on ne retrouvait souvent que sur des appareils plus sophistiqués, destinés aux professionnels.

Vue rapprochée d'un appareil photo Yashica TL Super, montrant l'arrière avec son revêtement en cuir et l'objectif monté.

Une petite publicité d’époque, sympathique.

Une femme souriante tenant un appareil photo Yashica TL Super, avec un texte promotionnel en arrière-plan en français indiquant 'faites-vous des amis'.
Source : yashicasailorboy. Sympa la publicité d’époque.

Son viseur, large et clair, porte un cercle avec micro-prisme au centre du dépoli. Je regrette seulement qu’il ne possède pas un stignomètre divisé, plus précis pour viser juste, mais c’est tout personnel. Sur la droite, un cadre dans lequel doit évoluer l’aiguille indicatrice de la cellule.

Diagramme représentant un cercle avec un contour et une ligne stylisée sur la droite, sur fond blanc.

Enfin la monture est celle dite universelle, la M42 développée par Carl Zeiss (Contax S) et Praktica. C’est une monture à viser, très courante à l’époque et qui offre un vaste choix de beaux cailloux dans de nombreuses marques différentes.

Les objectifs Yashinon sont excellents, très proches des Super Takumar d’Asahi Pentax, que vous pourrez donc monter dessus, tout comme un Hélios 44-2 russe ou l’un des nombreux objectifs allemands de l’époque.

Vue de dessus d'un appareil photo reflex Yashica TL Super avec un objectif Auto Yashinon DX de 50mm f/1.7, sur une surface de travail.

Voici une idée des objectifs proposés par Yashica :

Illustration des lentilles interchangeables pour le Yashica TL Super, montrant différents modèles et spécifications.
Une série d'objectifs pour appareil photo Yashica, présentant divers modèles allant de 80 à 800 mm, avec spécifications et caractéristiques visibles.

Ceci sans compter les tubes allonges, les soufflets et autres accessoires (filtres, viseur d’angle, etc. ).

Sur le dessus de l’appareil, à gauche, la molette de rembobinage posée sur la couronne pour régler la sensibilité, en Asa et Din (de 25 à 800 Asa). Au centre, sur le pentaprisme, la griffe de flash avec point de synchro. A droite, le levier d’armement avec, à son côté, le compteur de vue (qui se remet à zéro à l’ouverture de l’appareil) ; sur le devant, le déclencheur, avec un pas de vis pour y attacher un câble souple ; enfin, le sélecteur de vitesse, gradué de 1s à 1/1000s** plus la pose B et le témoin de synchro flash au 1/60s.

Vue de dessus d'un reflex Yashica TL Super avec un objectif, boutons de réglage et griffe de flash visibles, posé sur un bureau avec un clavier en arrière-plan.

La face avant est tout aussi dépouillée, avec juste le levier du retardateur, celui pour relever le miroir (contre le porte objectif) et de l’autre côté, toujours sur le porte objectif, le curseur pour activer la cellule et au dessus, la prise PC pour les anciens flashs.

Vue détaillée du Yashica TL Super, un appareil photo reflex avec un boîtier en métal et un objectif 50mm, sur un fond de bureau.

Reste la semelle, qui porte en son centre un filet pour y fixer un trépied et à côté, le cache de la pile ; à droite, le petit bouton pour le débrayage lors du rembobinage ; à son extrémité gauche, le verrou de la porte arrière.

Vue du dessus d'un appareil photo reflex Yashica TL Super, montrant les commandes, le viseur, et le tirage d'objectif.

Rien de plus, rien de moins et largement assez pour faire de bonnes photos, sans fioritures inutiles.

L’objectif qui est monté sur cet exemplaire est celui de la monte d’origine, un 50mm donc, qui ouvre à f1,7 jusque f16. La bague d’ouverture est près du boitier, crantée ; celle de la distance est plus à l’avant avec une large bague métallique striée pour une meilleure préhension. Tout l’objectif d’ailleurs est en métal, sauf le bouchon, en plastique. L’ouverture choisie apparait dans une fenêtre sur le dessus de l’objectif et une table de profondeur de champ.

Là encore, du costaud, sans artifice mais de la qualité.

Enfin, petite astuce trouvée sur yashicasailorboy pour trouver la date de fabrication de votre appareil :

Il est facile de décoder le numéro de série de votre appareil car Yashica utilisait un code de date à 3 ou 4 chiffres au début du numéro de série. Par exemple, voici un numéro de série sur un TL-E (90607952) 9 = 1969, 06 = juin, 07952 = 7 952e réalisé ce mois-là dans la séquence à partir de 00001.

Voici un TL (2816946) 2 = février, 8 = 1968, 16946 = 16 946e réalisé ce mois-là dans la séquence.

Celui que je vous présente porte le numéro 3600254, donc si je suis cette logique, il date de mars 1966 et est le 264ème produit. C’est vraiment un des tout premiers car il ne sera vendu qu’à partir d’avril 1966 !

Pour vos donner une idée de ses capacités, voici quelques exemples de photos prises avec le Yashica TL Super, ICI.

*L’avantage de cette configuration est que l’on peut remplacer l’oxyde d’argent par une pile alcaline ou même au lithium pour autant que le voltage soit de 1,5v

**Notons que la vitesse du 1/1000s à l’époque n’était pas commune, on plafonnait souvent au 1/500s, sauf les appareils destinés aux professionnels.

Que penser de cet appareil ?

Oui, l’appareil fait son petit poids mais c’est la rançon de la qualité de sa fabrication. Prévoyez une bonne sangle de portage et vous voilà paré pour le sortir faire des images.

A son époque, c’était un appareil assez révolutionnaire avec sa cellule et sa visée TTL, sa vitesse d’obturation rapide (1/1000s), sa griffe flash avec synchro, sa large compatibilité d’objectifs avec la monture M42. Il a fait le bonheur de nombreux photographes, qui appréciaient sa tenue en main, sa qualité de fabrication, sa facilité d’utilisation.

Pas de mauvaises surprises avec lui et avec un peu d’attention et d’habitude, vous serez armé d’un appareil bon pour encore un long service.

Autre avantage, il ne faut pas ici recalibrer ou trouver des astuces pour utiliser la cellule avec une pile de 1,5v alcaline car c’était déjà la tension de l’époque. Et même si un jour celle-ci venait à vous quitter, le boitier est toujours pleinement fonctionnel, l’obturateur est mécanique.

Vidéos d’illustration.

Pour bien le nettoyer et le remettre en route.

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi, c’est par LA.

  • Type de film : 135 (24x36mm)
  • Monture à vis M42
  • Objectifs : 50mm ouvrant à f/1,7 Auto Yashinon DX + bien d’autres
  • Miroir réflexe avec pentaprisme
  • Obturateur en tissu au plan focal
  • Vitesses : B, 1s – 1/1000s , plus retardateur 10s et synchro X du flash
  • Posemètre : TTL derrière le miroir capteur CdS avec exposition par aiguille de correspondance
  • Batterie : LR44
  • Flash : griffe synchro et prise PC
  • Poids : 703gr nu, 955gr avec objectif 50mm Auto-Yashinon f1,7

Des références.

https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-10308-Yashica_TL-Super.html, , en français ; https://camera-wiki.org/wiki/Yashica_TL, https://thenoisyshutter.com/2023/03/08/classic-camera-review-yashica-tl-super/, https://mikeeckman.com/2015/12/quick-review-yashica-tl-super-1966/, https://yashicasailorboy.com/2024/01/05/yashica-tl-super-3/, https://yashicasailorboy.com/2016/06/16/yashica-tl-super/, https://camera-wiki.org/index.php?title=Yashica_TL, https://en.wikipedia.org/wiki/Yashica, en anglais

Argentique

Le Zeiss Ikon ZM

Contrairement à mon habitude, je vais être un peu « technique » pour cet appareil. Pourquoi ?

En fait, j’ai fait le tour de la Toile pour y trouver des informations et je n’ai rien trouvé, sauf en anglais. Bien que je ne sois pas très doué – doux euphémisme – en langue (sauf en Langouste et langue de bœuf), je sais me servir d’un traducteur (Deepl.com en l’occurrence) et il me reste quelques souvenirs scolaires pour que ces traductions ressemblent à du français correct. Soyons honnête, je vais m’inspirer des 3 sites référencés en bas de page mais je ne vais pas vous les traduire intégralement et mots à mots.

Commençons… Cet appareil est le fruit de réflexions allemandes et de construction japonaise. Nous devrions nous attendre au meilleur dès lors.

Il fut construit de 2006 à 2012, finalement en assez peu d’exemplaires car beaucoup de ses possibles acquéreurs ont choisi la facilité de se tourner vers un autre grand nom de la photographie argentique, le Leica 7.

Pour la petite histoire, il faut savoir que Zeiss et Leica ont toujours été concurrents et qui plus est, voisins car les usines se faisaient quasi face à Wetzlar. Zeiss Ikon est aussi une grande marque dont les origines remontent aux années ’20 (1920) et qui a marqué le monde de la photographie et du cinéma. Las, la seconde guerre mondiale et son après, avec la partition de l’Allemagne, a sonné le glas de cette maison prestigieuse. Zeiss a absorbé Voigtländer et a cessé de fabriquer des caméras. Le savoir-faire issus de ces années de gloire s’est retrouvé chez Contax et Yashica.

En 2004, alors que la marque Zeiss Ikon n’existait plus, Carl Zeiss AG a tenté de relancer celle-ci à travers l’appareil que je vous présente aujourd’hui. Conçu en Allemagne par Zeiss et fabriqué au Japon par Cosina de 2006 à 2012, le ZM était fabriqué en noir et argent et était destiné à être associé à la magnifique ligne d’objectifs ZM à monture M de Zeiss, et il fonctionne avec tous les objectifs en monture M.

Lors de sa sortie, le Zeiss Ikon ZM coutait cependant presque trois fois moins que son concurrent, tout en offrant quelques avantages certains dont, par exemple :

  • un chargement du film vraiment simplifié, avec un dos à charnière
  • un viseur encore plus lumineux que le Leica
  • un « patch » aérien qui permet de viser rapidement
  • une meilleure ergonomie
  • une excellente fiabilité
  • un télémètre superlatif
  • une cellule très précise
  • un mode automatique débrayable, qui permet de se concentrer totalement à la prise de vue
  • une légèreté remarquable, qui n’entache pas sa solidité

Soyons de bon compte, il pourrait lui être reproché :

  • il manquerait les lignes de cadrage au 135mm (perso, je trouve déjà que le 90mm est un maximum en télémétrique)
  • l’obturateur est plus bruyant que le Leica (normal, celui du Zeiss est en métal, contre du caoutchouc pour le Leica – ce qui lui permet d’atteindre le 1/2000ème/sec. ce que le rideau du Leica ne sait pas faire). Ceci étant très relatif, car il faut vraiment tendre l’oreille pour entendre le léger « clic » de l’obturateur. Croyez-moi, ce n’est pas lui qui dérangera le conférencier que vous voulez immortaliser !
  • le bouton de verrouillage AE est au dos de l’appareil, sous la prise flash
  • il n’a pas de mesure TTL du flash mais sa synchro est au 1/125 (contre 1/50 au Leica)

Ce qui m’a frappé avec cet appareil, c’est son aspect, étrangement épuré et très ergonomique. C’est vraiment un plaisir de le prendre en main. D’autant qu’il est plus léger que les Leica (458 gr avec ses piles et un film, sans objectif).

Et, surtout, la taille de son oculaire de visée à l’arrière ! Y plonger son œil c’est comme regarder à travers un voile de cristal : clair, limpide, aérien. Les lignes de visées sont bien présentes cependant, clairement visibles mais pas envahissantes (28 -35 -50 -85). Le grossissement est de 0,74x.

Les 28mm et 85mm apparaissent ensembles, tandis que les 35mm et 50mm apparaissent seuls, en actionnant le levier sur la gauche. Contrairement à son rival, la ligne des 28mm est bien visible et confortable.

Les vitesses d’obturation sont indiquées par des chiffres rouges sur le côté gauche du viseur. Elles apparaissent entre les positions des lignes de cadrage de 28mm et 35mm.

Le compteur de vue est automatique et discret, près du levier d’armement. Les symboles S, 24 et 36 sont de couleur orange, bien visibles.

Il est alimenté par 2 piles de 1,5v, des LR44 font très bien l’affaire. Et vous pouvez compter faire au moins 50 films de 36 vues avec un jeu de piles, en le laissant allumé pendant un shooting. On est loin des camions de batteries à prévoir en numérique …

Au niveau des vitesses : elles vont de la seconde au 1/2000ème en mode manuel et de 8 sec au 1/2000ème en mode automatique.

Le Zeiss Ikon mesure la lumière réfléchie sur une barre grise sur les lames de l’obturateur. La surface est large et la cellule est très précise (évaluative).

Comme tout bon télémétrique, impossible de faire la mise au point en deçà des 70 centimètres.

Tout ceci étant écrit, que penser de cette belle machine à photographier ?

Elle est comme la synthèse de ce qui se fait de mieux en télémétrique, avec des idées originales et avant-gardistes (un peu comme le CLE de Minolta, qui aiguillonnera Leica en son temps et l’obligera un bon moment à se remettre en question). La comparer au Leica M7 me semble, finalement, vain, car nous ne sommes plus dans la même philosophie. Ici, on prépare une vision différente, qui va de l’avant; là, on thésaurise sur des acquis, ceux de la lignée des M (notez que c’est une bonne base).

Bref, si vous voulez vous faire plaisir, sans avoir le sentiment de devoir appartenir à une « tribu », à ses codes, ses manies, ses coûts, l’alternative du Zeiss Ikon ZM est la voie royale car vous bénéficiez du meilleur de ce que le télémétrique peut vous offrir à des prix encore raisonnables (attention, après cet article, les prix vont monter !).

Et pour en revenir à ce que j’esquissais dans le premier article à son sujet, choisir le Zeiss Ikon ZM c’est choisir la liberté de faire mieux dans bien des cas sans devoir se plier à une mode, un snobisme, celui d’afficher une marque, certes connue et reconnue, mais qui cultive l’élitisme comme d’autres la recherche et le progrès.

Les liens si vous voulez en savoir encore plus : https://www.kenrockwell.com/zeiss/ikon.htm, https://www.35mmc.com/19/03/2016/zeiss-ikon-review/ et https://casualphotophile.com/2017/10/16/zeiss-ikon-zm-35mm-rangefinder-review-everything-a-rangefinder-should-be/