Argentique

Le mal aimé, le Fuji STX-2. Pourtant un petit réflex sympathique.

Préambule

Ah, celui-ci, cela fait un moment qu’il est dans une caisse, chez moi, au sec. J’avais craqué dessus sur une brocante (braderie) et j’ai maudit, ensuite, le vendeur car si l’appareil présentait (très) bien, la porte arrière était cassée. Ce que je n’ai vu qu’une fois à la maison, le boitier étant dans son demi-étuis, qui cachait le problème.

Bref, j’attendais de trouver une pièce sur une épave pour envisager de le réparer et puis vous le présenter, enfin.

Hier, j’avais un peu de temps et c’est sur un Minolta complètement hors service que j’ai trouvé le verrou qui allait remplacer celui, en plastique, du Fuji. Une petite heure de bricolage a suffit pour trouver la solution et y remédier.

Partons alors à sa découverte …

Un peu d’histoire

C’est une marque que j’ai déjà abordée assez souvent aussi vais-je être assez court dans son histoire, vous trouverez plein de traces à ce sujet dans les articles consacrés aux appareils Fujica, Fujifilm, Fuji.

Souvenons-nous cependant que la marque doit son nom au Mont Fuji car elle est née à ses pieds (Ashigara) en 1934. La société est d’abord active dans les émulsions et la chimie. Elle produit des films pour le cinéma et la photographie dès 1936, y compris des films pour les rayons X.

Il faut attendre 1944 pour que Fuji développe une partie optique, suite au rachat d’Enomoto Kogaku Seiki Manufacturing. Toutefois, pendant cette période mouvementée, l’entreprise produit surtout pour l’armée impériale.

Enfin, en 1948, elle propose son premier appareil photo, le Fujica Six, un folding (pliant à soufflet) 6×6 en film 120. Ce qui est anecdotique car la société produit alors surtout des films en 24x36mm. Fujica est la contraction de Fuji et Camera.

Les Fujica 35, dans les années cinquante, sont des télémétriques solides, très bien construits qui ont de beaux succès.

Dans les années soixante, Fujica propose de nombreux formats, allant des demis au moyens formats. Il se lance aussi dans le Super 8, le film familial par excellence. Les caméras Single-8 sont de sérieuses concurrentes aux Kodak.

Enfin, au début des années septante, Fujica lance la série des ST avec le fameux ST 701 : c’est un réflex solide, avec une monture M42, universelle, et doté d’une mesure TTL qui utilise des photodiodes au silicium, modernes. Fuji entre dans le monde du réflex avec des appareils compacts, efficaces et faciles d’utilisation.

Suivront les ST-801 et ST-901 qui inaugurent respectivement l’affichage par LED (première mondiale) et l’affichage numérique de la vitesse en mode automatique (re-première mondiale).

Les années quatre-vingt voient Fujica monter en sophistication avec la série des AX, qui étrennent une nouvelle monture, la X-Fujinon : se seront les STX-1, AX-1,AX-3 et AX-5, le plus complet, qui propose, à l’instar du Canon A-1, la priorité vitesse, priorité ouverture, l’automatisme ou le mode manuel, le tout dans un boitier compact et très bien fini.

Pourtant, petit à petit, Fujica quittera la scène des réflex pour se consacrer aux appareils compacts, aux moyens formats, aux appareils jetables, aux appareils instantanés, puis au numérique, où il reviendra aux réflex, entre autre.

Mais je reviens au Fujica STX-1, le premier réflex qui utilisera la nouvelle monture propriétaire, la X-Fujinon. Ce boiter est l’évolution du ST-605n dont il reprend tous les bons points mais il y ajoute donc une nouvelle monture, nécessaire pour la transmission d’informations de plus en plus poussées et électriques. Il est présenté au monde en 1979, lors du 33ème Salon de Paris.

Petit aparté au sujet des objectifs Fuji X : on y distingue deux familles, les Fujinon qui sont en alu et de conception plus poussée, certains disposent du traitement EBC (electron beam coating : superposition de 11 couches de traitement sur les lentilles) et les Fujinar qui eux sont plus simples et constitués de plus de plastique. Si vous avez le choix, préférez les premiers, ils sont très bons.

Mais, surtout, les Fujinon X de l’époque ne sont absolument pas compatibles avec la nouvelle monture Mont X Fujinon des appareils numériques. Et à ma connaissance, il n’existe pas de bague d’adaptation de l’un vers l’autre et inversement.

Notons que (presque) toutes les marques d’appareils photo sont passées par là : Minolta passe à la MD, Canon à la FD, Yashica à la Y/C (en collaboration avec Contax), Pentax à la K et même Nikon avec une F qui devient électrique, et cela évoluera encore avec les années.

Comme je le précise souvent, changer de monture représente toujours un risque majeur pour une marque. En effet, les clients qui ont investi, par exemple, dans un parc d’objectifs, risquent de la trouver saumâtre lorsqu’on leur apprend qu’ils ne peuvent plus utiliser leurs fidèles cailloux sur les nouveaux boitiers. La monture précédente, la M42, était de plus assez universelle et autorisait de monter des marques différentes sur l’appareil. En passant à une monture propriétaire, Fujica abandonnait cette faculté. D’autant que, plus tard, au seuil des années nonante, Fuji abandonnera aussi le monde des appareils réflex et ne développera plus d’optiques pour ceux-ci.

Certains s’ingénient à trouver des astuces pour garder leur monture, comme Nikon avec la F, ou Pentax, avec la K mais parfois au détriment d’autres développements qui peuvent peser lourd dans un marché ultra concurrentiel. Heureusement, il existe aussi des bagues d’adaptations, développées en interne ou via des opticiens tiers. Elles sont plus rares pour la monture Fujinon, même si l’adaptateur Fujica Mount Adapter X-S permet aussi l’usage d’objectifs à vis M42 mais en mode stop-down (c’est-à-dire qu’il faut fermer le diaphragme à la valeur de prise de vue avant de prendre la mesure de lumière, puis vous déclenchez) et qu’avec Tamron, il existe une bague Adaptal 2 en monture Fujinon X.

Le Fujica STX-1 donc est entièrement manuel, équipé d’une cellule (TTL) à photodiode au silicium. Il faut une alimentation pour la faire fonctionner (2 LR44), mais l’appareil reste entièrement mécanique (vitesses de 1/2s jusqu’au 1/750s, pose B, minuterie (10sec) et synchro flash au 1/60s).

Pour l’époque, il est bien doté : outre ce que je viens de noter ci-dessus, il possède aussi un testeur de profondeur de champ et un affichage de la vitesse, plus une indication de sur ou sous exposition dans le viseur.

Cet appareil a eut un beau succès, au USA sous le nom de Fujica MPF105X et en Allemagne, re badgé par Prost, sous le nom de CR-1 et dans le reste du monde sous son vrai nom. Sa solidité et sa simplicité ont séduit.

Il évoluera en STX-1n en 1982 : pas de grands changements, juste une adaptation moderne en adoptant des LED dans le viseur. Son design est un peu plus compact, avec un capot redessiné mais la mécanique reste la même. Les indications de la cellule abandonnent l’aiguille, qui est remplacée par des LED, rouges pour la surexposition ou la sous exposition et verte pour une juste exposition.

Finalement, en 1985, la dernière évolution sera le Fuji STX-2. Notez que le nom change. En effet, dès 1985, tout ce qui concerne les appareils photo sont sur la bannière Fuji et non plus Fijica. Un autre appareil, encore plus décrié, verra la jour en 1985, le AX-Multi, mais c’est une autre histoire.

Petite remarque : pendant la période de transition Fujica vers Fuji, certains appareils sont estampillés Fujica STX-2 ou Fuji STX-2. Ce sont les mêmes boitiers.

Outre ce changement de patronyme, le STX-2 devient semi-automatique, tout en restant entièrement mécanique, pour rassurer les novices à qui il s’adresse.

Mais nous allons découvrir cela ci-après.

Présentation du Fuji STX-2

Un petit éclaté pour voir les commandes principales, ce qui permet de constater que le boitier est classique :

Diagramme d'un appareil photo Fuji STX-2 avec annotations numérotées des différentes parties et fonctions.

Que ne voyons-nous pas dans ces dessins ?

Si la silhouette nous est familière, puisque c’est celle du STX-1n, l’appareil est en plastique !

Appareil photo réflex Fujifilm STX-2 avec objectif et protection de lentille.

Exit le bon vieux métal, rassurant mais lourd, place au plastique, léger (510gr nu) mais faisant craindre pour la résistance dans le temps.

C’est d’ailleurs la raison pour lequel j’ai dû intervenir sur cet exemplaire, qui autrement paraissait neuf : le crochet de la porte arrière était cassé. J’ai dû effectuer une découpe pour pouvoir glisser un crochet de verrou en métal et sceller le tout pour assurer que l’ensemble tienne dans le temps.

C’est le seul reproche que je peux faire à ce réflex, car pour le reste, il est agréable à tenir en mains et les commandes tombent bien sous les doigts (même si nous sommes encore loin de l’ergonomie de la décennie suivante).

Pour mémoire, les AX, sortis en même temps que le STX-1 étaient plus sophistiqués et avaient donc un peu d’avance technique. Ils ont peu été remaniés, sauf le dernier, l’AX-Multi, qui simplifie à l’extrême l’utilisation de l’appareil (qui ressemble dès lors plus à un compact tout automatique).

Le STX-2 évite cet écueil : c’est un semi-automatique, avec un aperçu de la profondeur de champ, un minuteur, un viseur clair avec les indications nécessaires tout en restant un appareil destiné aux amateurs. Allez, j’ose : un Pentax K1000 (sans doute l’appareil école le plus vendu à ce jour) mais avec un brin de sophistication utile.

Avec lui, tout est simple : la mesure de la lumière (cellule) s’affiche à droite dans le viseur sous forme de trois diodes : une rouge en haut pour la surexposition, une verte au milieu pour l’exposition correcte, une rouge en bas pour la sous-exposition. Le jeu consiste à tourner la bague de vitesse ou de diaphragme jusqu’à obtenir uniquement la verte. C’est binaire, c’est rapide, et c’est exactement ce qu’on demande à un boîtier d’apprentissage.

Petite revue du tableau de bord : le levier d’armement, la roue des vitesses et du réglage de la sensibilité Iso, le déclencheur avec un pas fileté, le curseur pour verrouiller l’appareil (lock) ; au centre, la griffe flash avec contact ; de l’autre côté, le compartiment des piles et la manivelle pour le rebobinage.

Vous pouvez aussi voir, à gauche de l’objectif, le bouton qui permet de déverrouiller la monture. Sur la face, de l’autre côté de l’objectif, le minuteur et le testeur de profondeur de champ.

Deux flèches indiquant les boutons d'une caméra Fujifilm STX-2.
le minuteur (flèche rouge) et le testeur de profondeur de champ (flèche jaune)

Un brin de sophistication utile écrivais-je, notamment sa mesure de la lumière, qui se fait à travers l’objectif (TTL) et grâce à une cellule au silicium qui contrôle les 3 LED dans le viseur. La mesure est une pondération moyenne précise. C’est elle seule qui nécessite l’utilisation de 2 LR44 (ou une G11) car pour le reste, c’est un appareil tout mécanique, rassurant.

Un (autre) petit regret – le premier étant le plastique, si vous suivez bien ! – c’est le viseur : il aurait pu être un brin plus lumineux, comme celui des AX par exemple. A part cela, il porte sur sa gauche l’échelle avec les vitesses sélectionnée et à droite, les 3 LED qui indiquent la sur ou sous exposition possible. Au centre, un dépoli fin et un stigmomètre à coïncidence, rapide et précis.

Il est aussi un peu bruyant lors du déclenchement mais nous sommes encore loin des Zenit et Praktica !

Mais là où cet appareil rassure, c’est dans sa fiabilité (comme le STX-1 avant lui) : ici pas d’électronique fantaisiste et capricieuse. Car à ce petit jeu-là, les AX sont grands perdants (j’en suis à ma troisième épave non récupérable de AX-3, par exemple, et l’ami Olivier a déjà ranimé quelques AX-5).

Que penser de cet appareil ?

Si je résume, voyons ses points forts et faibles :

points positifspoints négatifs
légèreté du plastiquesa relative fragilité
semi-automatique completpas d’automatismes comme les AX
facilité d’utilisationtrop simple ?
très bons objectifs X Fujinonbaïonnette propriétaire et nombre des objectifs limités
pas beaucoup d’opticiens tiers (Tamron avec une bague adaptall 2)
bonne sensations en mains
appareil mécanique

In fine, ce n’est pas si mal.

Reste seulement, à mon sens, le problème des objectifs : Olivier (que vous connaissez bien) m’a offert un superbe AX-5 avec une collection d’objectifs mais il a dû chercher pour trouver ce que j’estimais utile à ma pratique, à savoir un 28mm minimum, un zoom 24 -70mm, un 50mm, un 135mm, un petit télé (encore merci l’ami).

Voici ce qu’il m’a trouvé (et qui pourrait vous être utile) :

  • un grand angle 24mm Auto Makinon f2,8
  • un zoom 28 – 80mm Foca MC f3,8 – f4,8
  • un 28mm Tamron avec adaptal 2 f2,5
  • un 50mm X-Fujinon DM f1,9
  • un 135mm Tokina RMC f2,8
  • un 200mm X-Fuijnon T EBC f4,5
  • et un flash Philips P36 Computer TLS

A ceux-ci j’ai ajouté un 50mm X-Fujinon DM ouvrant à f1,6, qui était attaché à l’épave d’un AX-3.

En conclusion, c’est un excellent appareil école, léger et agréable, non exempts de quelques défauts mais rien de rédhibitoire.

Si votre pratique se plait avec un bon 50mm, vous n’aurez pas trop de soucis pour en trouver un, il est généralement attaché au boitier. Pour des optiques plus exotiques, ça risque de coincer. La philosophie de l’engin étant l’apprentissage, vous ne serez pas, à mon sens, trop pénalisé avec ce choix du 50mm.

Quant au prix, on trouve de tout mais il faut rester réaliste, comme d’habitude : au delà des 50€, ce n’est l’est plus. Sauf si on vous propose un tas de cailloux compatibles (à vérifier !) et en très bon état.

Pour le reste, je suis très content d’avoir pu redonner vie à cet exemplaire et j’espère vous avoir titillé si vous cherchez un bon appareil qui vous accompagnera encore longtemps.

Vidéos d’illustration

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par LA (multilingue).

  • Appareil photo 35 mm, reflex mono-objectif (SLR), entièrement manuel
  • Marque : Fuji / Fujifilm / Fujica, Tokyo, Japon
  • Format 135, film photographique au format négatif 24x36mm
  • Transport de films : manuellement
  • Posemètre : TTL centre de type de moyenne pondéré ; récepteur de photocellule de silicium couplé à un circuit FET (Field Effect Transistor) ; indicateur d’exposition 3-LED en viseur ; couplé ; sensibilité de la cellule : de 25 à 3200 Asa/Iso
  • Contrôle de l’exposition manuellement
  • Objectif Fujinon monture X (attention, n’est pas compatible avec la monture X des appareils hybrides de Fuji)
  • Objectif X-Fujinon : standard 50mm ouvrant à f1,9 (5 éléments en 5 groupes) ; mise au point minimale à 60cm ; diamètre filtre de 49mm
  • Mise au point : manuellement
  • Obturateur : rideau caoutchouté à défilement horizontal
  • Vitesses : de 1/2s à 1/1000s plus pose B, synchro flash au 1/60s
  • Viseur : 0.86 X grossissement, 90% vertical 92% horizontal ; à gauche, indication de la vitesse choisie, à droite LED pour la sur ou sous exposition
  • Chargement, avance, rebobinage manuel
  • Compteur de vue avec remise à zéro automatique
  • Alimentation : 2 LR44 ou 1 G11 (3v), uniquement pour le posemètre
  • Minuteur (10secondes)
  • Verrouillage du déclencheur (économise les piles)
  • Poids : 480gr nu, 625gr avec objectif monté
  • Filetage pour trépied en dessous
  • Période de production : 1985 – 1990

Accessoires prévus : Eyecup, Objectif de réglage de la vue, tubes d’extension automatiques, adaptateur de microscope, Adaptateur inverse, soufflet d’extension automatique, capot de lentille, montage Adaptateur-X-S, Téléconvertisseur 2X, Sacs Gadget L, S, Fujica Filtres, Auto Strobo AZ, Auto Strobo 300X, Auto Strobo 200X, Copieur de diapositives. Focusing Rail, Macrooinecopy.

Disposition d'équipements photographiques comprenant divers objectifs, appareils photo, et accessoires dans des sacs.
Liste d'accessoires pour l'appareil photo Fuji STX-2, incluant des flashes, des filtres et des adaptateurs.

Des références

https://camera-wiki.org/wiki/Fuji_STX-2, https://www.35mmc.com/01/11/2024/fuji-stx-2-a-love-affair-with-a-much-hated-camera-simple-refinement/ , https://cameragx.com/2018/05/29/fuji-stx-2/, https://www.pentax-manuals.com/fujica/cameras/stx2.htm, https://camera-wiki.org/wiki/Fujica_STX-1, en anglais ; https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-12557-Fuji_STX-2.html?__r=1.934db7d58601f7af3638fabfccf67ed1, https://expert-photo.fr/fujifilm-stx-2-test-avis/, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-12557-Fuji_STX-2.html?__r=2.646c5c075c4ba46eaa78d5853ca80dcf, https://adopteunboitierphoto.fabien-nguyen.fr/galerie.html?page=fuji_stx2, http://t.hacquard.free.fr/site1/fuji_stx2.html, https://photoetmac.com/2007/12/petit-historiqu/, en français ; https://kameramuseum.de/objekte/fuji-stx-2/, en allemand