Recherche rapide : Préambule – Un peu d’histoire – Présentation du Ising Puck – Que penser de cet appareil ? – Vidéo d’illustration – Un peu de technique – Des références
Préambule
Nous sommes le 08 mars 26 et dehors il fait près de 18°C !
Nous, nous sommes enfermés à l’intérieur car nous avions réservés pour une des premières dates de brocante – couverte – sur Ath et au profit de l’Unicef. Bien nous en a pris – enfin en tout cas pour moi – car j’ai retrouvé là un Monsieur à qui j’ai déjà acheté des appareils, collectionneur qui essaie de liquider doucement ses nombreux appareils, car ni ses enfants ni nombreux petits enfants ne montrent d’intérêt pour la chose photographique.
Cela n’a pas manqué, j’ai trouvé sur son stand de quoi alimenter encore le site de quelques petites perles intéressantes.
La première tient dans une poche de pantalon ou de manteau, sans soucis. C’est un modèle inédit pour moi et je sens que je vais devoir chercher des infos à son sujet. Vous allez les découvrir.
Un peu d’histoire
Honnêtement, ce ne fut pas facile car la société à l’origine de cet appareil n’a, semble-t-il, pas laissé beaucoup de traces dans l’industrie métallurgique allemande.
La Metalfabrik Eugen Ising, Bergneustadt (Rhénanie, Allemagne) a fait l’objet d’un livre, en 1996 mais ma connaissance de l’Allemand va me dispenser d’en faire et la lecture et l’acquisition.
En résumé, Eugen Ising a créé une fabrique de produits métalliques, vers 1890, qui produisait essentiellement des trépieds (y compris pour l’armée allemande, trépied pour système optique), des flashs, des projecteurs de films, des engins pour visualiser les images animées, des trépieds à boule et douille pour Agfa et, in fine, quelques appareils photo, dont un Pucky fabriqué en … bakélite (cherchez l’erreur !) au tournant des années vingt et jusqu’au seuil des années trente. Elle produisait quand même 130.000 unités par an.
Dans les appareils photos, outre donc le Pucky en bakélite, elle fabriquera aussi :
- des Puck, appareils télescopiques avec objectif Steinheil München Cassar de 50mm ouvrant à f2,9 et obturateur Compur-Rapid B 1-/500 sec ou des Rodenstock Trinar de 45mm ouvrant à f3.5 et obturateur Prontor II B 1-/250 sec, voire un mélange des deux (celui que je vais vous présenter, image de 4×3). Vers 1948 – 1950, produit à environ 10.000 exemplaires.
- des Isis, appareils télescopiques en 6×6 (1954)
- des Pucky, 6×6 pseudo TLR (différents modèles – 1950) ou des Isoflex, 6×6 pseudo TLR (une variante sous un autre nom du Pucky 1)


Il semblerait que l’entreprise ait produit quelques articles accessoires jusqu’en 1970, puis elle s’est recentrée sur son cœur business, les ateliers mécaniques et s’est retirée du monde de la photographie.
Les appareils qu’elle a fabriqué ne sont pas sophistiqués, sans être mauvais. Ils étaient sans doute destiné à un public d’amateurs.
Elle a toutefois produit assez que pour l’exportation car on retrouve des Pucky sous le nom de Bolsey-Flex (importateur Bolsey) et Tower 120 Flash (importateur Sears).
Ici nous allons voir ce que cache un Puck, tout petit, tout mignon, en film 127.
Présentation du Puck
Le Puck n’est guère plus grand qu’un Rollei 35 et, comme lui, propose un objectif sortant.


La comparaison s’arrête là car les 2 appareils sont diamétralement différents.
De prime abord, ce petit boitier semble très simple mais il nous réserve quelques surprises.
Comme son obturateur, un Gauthier Prontor II qui offre quand même des vitesses de 1s à 1/250s, plus une pose B et une synchro flash (prise PC). La vitesse se règle grâce à la roue dentée sur le pourtour. On arme l’obturateur avec un levier et on déclenche avec un second, placé plus bas. Il y a même un minuteur. Cet obturateur étant central, j’en déduis que la synchro flash se fait à toutes le vitesses.

Le combiné objectif/obturateur est donc télescopique. Bon, c’est pas gagné pour le faire sortir, sans doute un peu d’oxydation.
Sur ce combiné, un objectif Steinheil München Cassar de 50mm ouvrant à f2,8. La mise au point minimale est à 1,2m jusque l’infini.
Bon, génial, j’ai réussi à sortir l’objectif et à le bloquer en position mais depuis, il refuse de revenir en place. Au lieu de cela, je me retrouve avec le combiné obturateur/objectif en main !
Je vais en profiter pour nettoyer les lentilles, c’est déjà ça de gagné. Cela m’a encore permis de débloquer le petit levier, plaqué contre le corps du combiné et qui permet de régler l’ouverture, de f2,8 à f16.


Finalement, une ouverture à f2,8 n’est pas courante à cette époque. Pourtant, c’est un design de lentille anastigmate de base à trois éléments en trois groupes. Ici, il est monté sur une rampe hélicoïdale, très fluide, sans arrêt. En monture M42, cette optique est réputée, pourquoi serait-elle mauvaise ici ?
Evidemment, pas de traitement anti-reflets, il faudra y faire attention.
Pour le reste, un discret verrou sur la tranche gauche permet d’ouvrir le dos monté sur charnière et découvre la chambre. N’oublions pas que ce Puck utilise du film en bobine 127 (appelé A8 chez Agfa), ce qui dispense le boitier d’avoir un compteur de vues puisque le papier qui protège le film porte les nombres de photos. Sur la porte d’ailleurs il y a deux fenêtre, que l’on peut occulter. Ce film a une largeur de 46mm et il était destiné aux appareils compacts.



Les formats habituels étaient le 4×6,5cm (8 photos par film) ou 4x4cm (12 photos). Mais ici aussi (comme en 135), il existe du demi-format et la chambre du Puck fait 28x37mm. D’où les 2 fenêtres : le chiffre 1 apparait à droite (comme en plein format) et le chiffre 2 à gauche ensuite (parce que c’est un demi-format, les images 1 et 2 sont sur une même longueur de film).

Malin, non ? Ensuite, une plaque de pression incurvée (ressort très souple) est fixé sur le dos du boitier, percée elle aussi pour les deux fenêtres.

Et enfin, il y a une troisième ouverture, celle du viseur, qui traverse la chambre et tout le corps du Puck. Il est minuscule mais donne une idée assez approximative de ce que l’on veut capter, en vertical bien sûr.
Que dire de plus ? En dessous, un filetage pour installer l’appareil sur un trépied et autour, un pied repliable qui permet au Puck de rester bien à plat sur une surface plane, sans piquer du nez.

Sur le capot, deux molettes : celle de gauche fait avancer le film que l’on place à droite et celle de droite est simplement une aide à la mise au point avec une échelle de profondeur de champ. Comme le 127 se déverse d’une bobine sur une autre, pas besoin de rebobiner, il suffira de retirer le film terminé et de coller la languette pour éviter que la bobine ne s’ouvre (comme pour le film 120).


Que penser de cet appareil ?
C’est sa taille et sa bouille sympathique qui m’a attiré vers lui en premier.
Ensuite, au fur et à mesure des recherches, je me suis aperçu que ce petit boitier était, finalement, bien intéressant et relativement rare.
A la réflexion, je me dis quand même qu’au temps de l’argentique il y avait des appareils qui, sous des dehors très simples, cachaient des solutions techniques originales et performantes, à coût raisonnable.
De plus, dans ce gabarit réduit, ils avaient trouvé le moyen de placer un viseur, certes riquiqui mais suffisant.
Vais-je utiliser ce Puck ? Non car hélas le labo avec lequel je travaille ne peut plus traiter les films 127, ils leur manque une pièce, introuvable, sur leur machine.
Tant pis, il reste une belle pièce collectionnable, que je proposerai à la vente lors d’une Foire, par exemple.
Un peu de technique
- Appareil compact demi-format (3×4) pour film 127 en rouleaux
- Objectif Rodenstock-Trinar 4,5 cm f/3,5 ; Steinheil Cassar 5cm f/2.8, ou Staeble Kata 50mm f/2.8.
- Obturateur Prontor II à fermeture centrale, B-1-2-5-10-25-50-100-250. Également avec le Compur-Rapid (jusqu’à 1/500 s) ou le Vario (B-25-75-200).
- Mise au point manuelle sur l’objectif (à partir de 1 m ou 1,2m) en ajustant l’objectif avant
- Viseur simple, très petit viseur
- Prise flash sur l’obturateur.
- Transport du film avec bouton rotatif, double fenêtre rouge pour le demi-format
- Minuteur automatique
- Bouton de profondeur de champ sur le dessus (sabot d’accessoires sur les versions ultérieures)
- Filetage de trépied 1/4′
- Support pliant
- Accessoire : sac tout prêt
- Dimensions, poids environ 100x70x47 mm, 360 g
- Année(s) 1948-1950, probablement moins de 10 000 exemplaires au total.
Des références
https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-5949-Ising_Puck.html, en français ; https://camera-wiki.org/wiki/Puck, https://mikeeckman.com/2020/10/ising-puck-1948/, https://camera-wiki.org/wiki/Ising, https://www.artdecocameras.com/cameras/ising/, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Ising , en anglais ; https://knippsen.blogspot.com/2019/09/ising-puck.html, https://nat.museum-digital.de/people/238033,https://kameramuseum.de/firmen/ising/, https://www.yumpu.com/de/document/read/5743918/fotoapparate-1890-heimatmuseum-bergneustadt/2, en allemand

