Petite mise au point pour les candidat(e)s acheteurs/ses de vieux boitiers SLR

Petite mise au point pour les candidat(e)s acheteurs/ses de vieux boitiers SLR

Avant toute chose, je voudrais cette fois écrire un petit avertissement qui concerne tous les appareil que je mets dans les articles du site, des appareils d’occasion.

Ils ont tous un (parfois long) passé duquel vous ne savez bien souvent pratiquement rien : qui s’en est servi, comment (pro ou amateur), quel soin a-t-il/elle apporté à son matériel, comment a-t-il été stocké depuis qu’il n’est plus utilisé, avec des piles dedans ou retirées à temps, a-t-il souffert de chute, etc.

Si certains modèles jouissent d’une renommée ou d’un engouement particulier, c’est souvent sur de vieux souvenirs ou parce que certains ont un intérêt a en parler prioritairement.

Les Nikon F et leurs descendances, les Nikkormat ; les Minolta STr 101, les XD, les XG, les X ; les Canon FTb QL, Canon AE-1, Canon A-1, Canon F-1 ; les Pentax Spotmatic, les LX ; les Olympus OM-1, OM-2, OM-2n, OM4 ; les Fujica AX-3, AX-5, ST 605, ST 701, ST 901 ; les Yashica Electro AX, les FR (conçu avec Contax et Carl Zeiss) ; les Contax 139, 159, RTS, RX, ST ; etc. pour ne citer que quelques uns des appareils encore pleinement utilisables, c’est-à-dire sans quelques contraintes dues aux plus vieux réflex (miroir déjà à retour rapide, visée TTL, par exemple), sont tous des boitiers qui ont marqué l’histoire photographique et ouvert la voie grâce aux innovations qu’ils proposaient … à l’époque*.

Lorsque vous allez choisir un de ces appareils, ce n’est pas la renommée générale de telle ou telle marque, de tel ou tel modèle que vous allez acquérir mais un boitier de marque X que l’on soumet à votre expertise.

Je m’explique : vous jetez votre dévolu sur un Canon AE-1 que ce vendeur vous propose sur une braderie/brocante. Vous n’allez pas découvrir à travers cet appareil seul l’histoire et les caractéristiques de tous les appareil Canon.

Alors, pourquoi cet appareil ?

Il est beau – tout le monde en parle – il est réputé – c’est un appareil argentique – c’est un priorité vitesse – il est tout automatique (biffer la mention inutile).

Bref, avez-vous déterminé votre besoin avant de craquer pour lui, car c’est un priorité vitesse, semi-automatique d’avril 1976 (50 ans au moment d’écrire ces lignes) ?

Donc si votre pratique photographique est plutôt axée sur le paysage ou le portrait, là où l’arrière plan est important, vous auriez plutôt besoin d’un boitier avec priorité ouverture, comme le AV-1 de la même marque, ou un Olympus OM-2n.

Ensuite, puisque manifestement vous ne connaissez pas bien cet appareil que l’on vous a vanté, comment allez-vous le tester ?

Parce que notre bon AE-1 ne peut pas fonctionner sans pile (une 4LR44 de 6v), son déclencheur et son obturateur sont soumis à un électro-aimant (parfois capricieux d’ailleurs). Avez-vous pensé à en prendre une avec vous pour le cas plus que probable ou le/la vendeur/se vous dit qu’il/elle ne sait pas comment ça marche, qu’il/elle n’a pas trouvé de pile pour le tester (pas bon ça comme réponse) ?

Ouvrez avec précaution la petite porte à côté de l’objectif et vérifiez qu’il n’y a pas de trace d’oxydation sur les contacts. Rien à ce niveau, c’est déjà pas mal.

Ou, quoi, la porte est cassée ! Bon, ça n’empêchera pas le boitier de fonctionner mais c’est moins joli et oubliez de remplacer cette porte, c’est trop compliqué. Négociez déjà un beau rabais.

Imaginons que vous acceptiez de prendre le risque de le prendre sans le tester mécaniquement – et là j’espère que vous avez déjà bien négocié un second rabais !

Voyons son état maintenant : ouvrez la porte arrière en tirant sur la bobine de rebobinage. Cette porte doit s’ouvrir toute seule, son bord près du verrou doit être plat, sans trace de forçage (traces de pointe de tourne-vis), le verrou doit bouger facilement (trace de corrosion, de saleté incrustée ?).

Regardez maintenant les bords supérieur et inférieur de cette porte : y-a-t-il des traces de rouille, des traces de mousse collantes sur ces bords ?

Si oui, les mousses sont à refaire et s’il y a de la rouille, c’est que l’appareil a été stocké dans un lieu humide (pas bon). Rassurez-vous, les mousses sont faciles à remplacer et c’est un coût relativement faible mais il vous faudra au moins une heure (si vous n’avez pas l’habitude) pour le faire correctement. Nouveau rabais en perspective à négocier.

Passons à l’objectif, qui devrait être à minima un 50mm f1,8 Canon FD (bague argentée ou noire). Appuyez sur le petit bouton de la bague et faite la tourner dans le sens horaire pour ôter l’objectif. C’est fluide comme mouvement ou ça crisse ? Dans le second cas, au mieux c’est de la saleté au pire du sable, et ça, c’est pas bon non plus. En tout cas, c’est un appareil mal entretenu et mal stocké.

Non, il n’y a pas non plus d’objectif ! Pas bon ça. Encore un rabais à prévoir.

Maintenant regardez au ras du dépoli, il devrait y avoir une mousse de +/- 3mm sur le bord, c’est elle qui amorti le retour du miroir lorsque vous déclenchez. Il n’y a plus rien ! De vous à moi, c’est normal mais ça veut dire qu’il faudra en remettre une. C’est aussi un exercice simple mais il faudra acheter de la mousse et aller voir sur Internet comment (bien) le faire. Quatrième rabais en perspective.

Tant que vous avez l’objectif en mains, regardez à travers, vers la lumière pour voir s’il n’y a pas de griffes ni, surtout, de champignons sur les lentilles. Si elles sont sales, un petit coup de votre haleine fraîche sur le dessus et un passage délicat avec au pire un mouchoir en papier (car vous n’avez pas pris un carré de micro-fibres avec vous – mais où aviez-vous donc la tête ce matin ?)

Essayez de faire jouer la bague des ouvertures (celle marquée de chiffres comme 2,8 – 5,6 -etc. et vérifiez que le diaphragme s’ouvre et se ferme (c’est le truc en forme d’étoile à l’intérieur, qui fait un trou plus ou moins grand quand vous actionnez la bague). Comment ça, rien ne bouge ! Bon, c’est que l’objectif est en panne et qu’il vous faudra en trouver un autre (d’où surcoût pour négocie votre dernier rabais).

Donc, si je résume : vous allez acquérir un Canon AE-1 qui présente relativement bien mais que vous ne pouvez pas tester, dont toutes les mousses sont à remplacer, tout comme l’objectif.

Le vendeur/la vendeuse en voulait 100€ parce que c’est le prix vu sur Internet (riez discrètement). Alors on décompte les frais : la porte, irremplaçable (-20€), les mousses à refaire (-10€), l’objectif à changer (-20€), l’impossibilité de le tester (-30€). Reste un prix correct – c’est-à-dire que vous acceptez de courir le risque pour – 20€

Ce petit exercice, vous pouvez le répéter pour toutes les marques, bien évidemment. Mais si j’avais un conseil à vous donner, ce serait de réfléchir au type de photographie que vous voulez pratiquer car c’est elle évidement qui va conditionner le type d’appareil dont vous allez acquérir.

Pour mémoire, vous aurez :

  • les folding (les pliants avec un beau soufflet – style Zeiss Ikon)
  • les appareils en une pièce, sans réglage de la vitesse et/ou de la distance (fix focus, style Voigtländer Vitoret)
  • les compacts (tous petits, iles tiennent dans une poche)
  • les télémétriqes (style Leica)
  • les réflex mono-objectif (style Canon AE-1)
  • les réfex bis-objectifs (style Rolleiflex)
  • les chambres (style Graflex)
  • les miniatures (style Afga ou Kodak à film 110)
  • les sténopés (de tous les styles car c’est souvent vous qui les bricolez dans une boite noire)

Sachez aussi que s’il n’est pas parfait dans toutes les situations, le réflex est quand même l’appareil le plus polyvalent,notamment parce que vous pouvez l’assortir de toutes une série d’optiques qui iront du très grand angle (fish eye 8mm) au trèèèèès long téléobjectif de 1400mm avec tout un tas de choses intéressantes entre les deux extrêmes.

Enfin, et je le répète souvent, essayez d’acheter l’appareil de vos rêves lors d’une bourse, d’une foire dédiée à la chose photographie. C’est le meilleur endroit pour pouvoir toucher l’appareil, le manipuler avec les conseils du vendeur, qui n’en est généralement pas avare. Les adresses de ce type d’événements se trouvent dans Chasseur d’Images ou Reporter Photo pour la France et les pays limitrophes.

Maintenant, à vous de jouer et faites-vous plaisir.

*Tous ces appareils, ou presque sont sur le site, fouillez un peu.

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