Argentique

Découvrez le FED 2 : un classique des appareils photo russes

Préambule.

Voici le dernier appareil acheté sur la grande brocante de Maroilles. Les autres objets étant des accessoires pour lesquels j’écrirai plus tard quelques lignes.

En fait, ça fait bien longtemps que je n’ai plus eu un Russe entre les mains. Sans doute à cause de ce qui se passe en Ukraine, j’ai l’impression que ceux qui en possède les gardent précieusement et en tout cas, le marché me semble au ralenti. Ne parlons plus de la Russie, sous embargo, ni de l’Ukraine, qui a d’autres chats à s’occuper que quelques amateurs en quête d’un bel appareil.

Donc, quand j’ai vu ce sac tout prêt en bon cuir solide, engravé du mot Fed 2 en russe dessus, je n’ai pas pu résister. Bien m’en a pris car le vendeur le laissait pour un prix très raisonnable que j’ai presque eu scrupule à négocier encore un peu.

Un peu d’histoire.

Si vous me suivez depuis un moment, vous avez déjà découvert au détour de quelques articles des appareils russes (notez qu’il y a deux liens distincts sur les 2 mots), comme les Zorki 4 et 4K, le Fed 1G et ses successeurs, le Gomz Leningrad, par exemples.

Pour ceux qui viennent d’arriver, c’est un bon moyen de découvrir le site …

Car je ne vais pas reprendre toute l’histoire des Fed, elle est dans ces articles, na !

Juste rappeler que le Fed 1 est une copie assez conforme du Leica II de 1932. Le Fed 1, et ses déclinaisons, fut fabriqué de 1934 à … 1955. Pourquoi une copie du Leica ? Sans doute parce que Felix Edmundovitch Djerzinski, créateur de la marque FED et accessoirement fondateur de la Tcheka (ancêtre du KGB pour faire court), dirigeait aussi une Commune ouvrière pour enfants, installée à Kharkov en 1920 et destinée à réinsérer des orphelins grâce au travail et aux études.

Au début, ils copiaient des perceuses électriques de divers fabricants mais en 1932, il est décidé que l’on fabriquera aussi un appareil photo, copie du Leica 1sous le nom de FED, en hommage au fondateur, disparu en 1926. Mais la production peine et seuls quelques exemplaires sous le nom de FED pourront sortir (on estime le chiffre à 30).

Cependant, en 1934, on a remis les pendules à l’heure et on commence à produire le FED 1, copie du Leica II (1932). La production démarre bien et la Commune est encensée par la presse pour avoir réussi à copier et fabriquer le nouvel appareil seulement 18 mois après avoir reçu l’original.

Le Fed sera produit et décliné en plusieurs versions, qui se vendent toutes très bien, tellement bien que la Commune devient un Kombinat. Près de 500.000 appareils sortiront des chaines de fabrication jusqu’en 1941 car l’armée allemande envahi l’Ukraine et le Kombinat décide d’évacuer.

Kharkov est rasée par les allemands et ceux qui ont réussi à évacuer à Berdsk (Sibérie) avec outils et archives sont priés de fabriquer des pièces pour avion. Toute les archives de la Commune sont détruites, l’usine aussi. Seuls sont sauvés les quelques uns qui ont pu s’échapper avec quelques outils, leurs souvenirs et les rares archives qu’ils ont pu emmener.

C’est en juin 1945 que la production d’appareils photo reprend à Berdsk d’abord, à Kharkov ensuite, où l’on reconstruit l’usine. Dès 1947, la production reprend presque normalement.

Vous comprendrez aisément, avec tous ces soubresauts , qu’il y a ceux qui trouvent que tous les FED sont mauvais et les autres, beaucoup plus raisonnables, qui estiment qu’il y en a de très bons et quelques uns qui méritent un petit coup de main pour devenir meilleur !

Présentation du FED 2 modèle B.

Le premier FED ou FED 1 s’est décliné, au fil des subtiles améliorations apportées à l’appareil, en modèles A jusque G. Plus un modèle particulier, produit seulement à moins de 1000 exemplaires, le Fed TSVVS ou ou T.C.B.B.C en cyrillique, est le sigle du Service Topographique de l’Armée de l’Air Soviétique. Il va s’en dire que ce modèle est rare et sujet à de nombreuses contrefaçons.

Le Fed 1 est le plus proche du Leica II qui servit d’inspiration. Ensuite, les autres modèles vont petit à petit s’éloigner du modèle original car Fed va y introduire des modifications propres à la marque. Dès le FED 2, on ne peut plus, à mon sens, parler de copie servile du Leica.

Donc, le FED 2 débute sa longue carrière dès 1955. Lui aussi aura droit à une succession de déclinaisons, au fil des modifications. Mais tant qu’ à compliquer la vie des collectionneurs ou simples amateurs qui veulent s’y retrouver, il y eut plusieurs A – B – C – D – E (là il n’y eut qu’un seul E). Et un modèle particulier, le Zarya, qui est un type 2 sans télémètre (pour mémoire Leica a aussi sorti un modèle basé sur le M sans télémètre, le M1, destiné à des applications particulières.

Je vais alors m’arrêter sur ce modèle FED 2 modèle b de la dernière génération des b, puisque son numéro se situe entre les numéros de série 236.000 et 475.000.

Détail de la partie supérieure d'un appareil photo FED 2, montrant le numéro de série gravé, des boutons et un mécanisme de montage.

En tenant compte de la période de développement des FED 2 modèle b, soit de 1956 à 1958, on estime qu’environ 300.000 boitiers ont été construit.

Dans le détail, les FED 1 possédaient encore, comme les vieux Leica, deux fenêtres : une pour le viseur, la seconde pour le cadrage grâce au télémètre. Sur le FED 2, tous modèles confondus, il n’y a plus qu’une seule fenêtre pour la visée et le cadrage. La base du télémètre a été augmentée et on atteint maintenant 67mm entre l’oeil du télémètre et le viseur. C’est une base très large, un peu comme sur les Contax. Elle assure une meilleure netteté dans la visée et le cadrage.

En plus, une correction dioptrique est ajoutée autour du bouton de rembobinage, afin d’adapter la visée à votre vue. Petit conseil que j’utilise : lorsque j’ai réglé la dioptrie, je trace un trait sur le capot. Comme ça, si je la dérègle par inadvertance, c’est facile de la remettre en place.

Vue rapprochée du dessus d'un appareil photo télémétrique FED 2, montrant des mécanismes, un bouton de rembobinage et des détails de finition en métal.

Ensuite, le sélecteur de vitesses a été modifié ; sur le centre, il y a un repère, sur lequel on peut sélectionner la vitesse choisie, même si l’obturateur n’est pas armé. Attention, c’est le contraire du Fed 1 et des Zorki où il faut toujours armer avant de changer la vitesse.

Vue rapprochée du dessus d'un appareil photo FED 2 modèle B, mettant en évidence le sélecteur de vitesse et les commandes en métal.

Ceci étant et pour éviter toute mauvaise surprise, je recommande l’ancienne solution : armer avant de changer les vitesses, ça évite les salades de pignons.

Puis, une synchro flash a été ajoutée sur ce modèle, la prise étant placée sur la face avant. Les modèles ultérieurs la trouveront sur le capot. Et ils gagneront un levier pour le retardateur (1958), que ne possède pas ce modèle.

Appareil photo télémétrique FED 2 avec objectif Industar 26M, sur un fond bleu.

Enfin, l’Industar 26M est apparu sur cette version « b », la première version sur les anciens modèles était l’Industar 26 téléscopique (ou rentrant). Le pas de vis est au standard LMT 39, soit celui du Leica (à quelques microns près, mais n’ergotons pas)

Cet objectif donne de très bonnes photographies, quoique l’on considère que l’Industar 61 soit un brin supérieur. Mais il n’a pas le charme de l’objectif rentrant. Ceci étant, rien de vous empêche de monter dessus n’importe quel objectif au pas LTM 39 (ou des Canon, Nikon, Voigtländer, pour ne citer que les plus connus).

Gros plan sur la bague d'ouverture d'un objectif de caméra avec des nombres marqués en argent sur fond noir, le tout sur un fond bleu.

J’écrivais quelque part que FED s’était émancipé de sa copie Leica, mais ils ont quand même gardé quelques équipements, comme l’obturateur, en toile caoutchoutée. Dès lors, les vitesses sont indiquées de 1/30 – 1/60 – 1/125 – 1/250 – 1/500s et la pose B. Rien de transcendant mais dans la norme pour les années cinquante. La donne changera dans les années soixante.

Voilà le tableau est brossé. Je vais voir avec vous le reste :

  • commençons parle chargement d’un film. Il faut tourner les deux clé, sur la semelle, pour ôter tout le dos, en le fais glisser dans les rainures prévues.
  • on dépose la bobine à droite et on tire sur l’amorce que l’on va s’efforcer de faire glisser dans la petite fente métallique de la pièce. Attention, en cas d’achat, vérifiez bien que cette bobine existe car c’est une bobine amovible mais propriétaire.
  • remettez la bobine en place puis refermez le dos soigneusement pour ne pas plier les bords et rendre l’ensemble bien hermétique à la lumière.
  • avec le bouton à droite, faites avancer le film et déclenchez au moins deux fois. Vous voilà prêt à sortir avec ce drôle d’engin. N’oubliez pas d’indexer le compteur de vue en le remettant sur le 0 à l’aide des minuscules ergot fixer sur la pourtour de la couronne.
  • Avec une cellule à main, une cellule électronique fixée à la griffe porte-accessoires, la règle du Sunny Fun ou au pifomètre, réglez la vitesse avec la molette située après la molette d’armement et le déclencheur.
  • armez en tournant la grosse molette d’armement.
  • pour la visée, vous collez votre œil au viseur et vérifiez la mis au point des 2 images que vous devez faire se superposer parfaitement. Nous avons ici un télémètre à coïncidence, avec un beau patch orangé au milieu.
  • il ne reste plus qu’a noter l’ouverture désirée à l’aide de la bague située sur l’objectif,
  • et à appuyer sur le déclencheur !
  • vous êtes arrivé au bout du film, il faut le sortir. Pour cela, il faut appuyer et tourner la bague autour du déclencheur dans le sens horaire afin de débrayer le mécanisme. Ensuite, relever la molette de rembobinage et tourner dans le sens de la flèche. Ne pas oublier de remettre le mécanisme en place au nouveau film !

Attention, j’ai bien écris qu’il valait mieux armer avant de changer la vitesse, comme sur les autres appareils russes. Même si ici, c’est moins indispensable, faites-le par habitude, cela vous évitera des déconvenues avec d’autres appareils russes.

Voilà, nous en avons fait le tour.

Que penser de ce FED 2 modèle B ?

C’est vraiment un appareil fait pour apprendre la photo et pour ceux qui connaissent déjà, c’est un chouette moyen de rester attentif à sa manière de photographier.

Avec lui vous allez jongler avec les trois piliers de notre passion : la lumière, la vitesse, la sensibilité du film, soit le fameux triangle d’exposition.

Quelques esprits chagrins vous diront que c’est rustique, pas agréable à manipuler, mal fini.

Que nenni comme disent nos amis liégeois !

  • Rustique, sans doute un peu mais lorsque Oleg, le sorcier Ukrainien des télémétriques de l’Est, aura pu reprendre du service, confiez-lui votre appareil, vous serez surpris(e) de la qualité de l’engin une fois toutes les surfaces bien polies.
  • Désagréable à manipuler ! Là, on frise la mauvaise fois ou alors vous n’avez jamais eu un vieux Leica en mains. Déjà le système de chargement fait toute la différence, bien plus aisé qu’un film a glisser dans une fente minuscule. Entre autre car vous pouvez le customiser sans regretter le prix qu’il vous a coûté. Personnellement, j’ajoute toujours un soft release à viser sur le déclencheur, pour plus de confort.
  • Mal fini. Là encore, c’est injuste car toutes les pièces sont bien ajustées et, surtout, faciles démonter en cas de problème. Le granité qui recouvre les surfaces métalliques ne s’écaille pas facilement, il semble faire corps avec le support. Les objectifs avec fut, noirs ou argentés, lui donne une belle allure. Et puis il y a de petits détails intéressants, comme la correction de dioptrie, facile à régler, les points d’ancrage sur le corps, pour y poser une sangle. N’oublions pas le fameux sac tout près, en vrai cuir russe, à l’odeur si particulière (produits de tannage).

En résumé, le FED 2 a apporté le brin de modernité qui manquait aux Leica II et III. Il reste éminemment utilisable à moindre coût et si vous trouvez de bonnes optiques, russes, allemandes ou nipponnes, faites-vous plaisir, le boitier n’étant jamais qu’une chambre noir alors que l’objectif est le point d’entrée de tout ce que vous allez photographier.

Parlons budget maintenant : un bel exemplaire, avec un objectif correct (Industar 61 ou autre) et son sac tout près en bon état se négocie autour des 80 à 100€. Ce qui vous laisse encore plein d’argent pour acheter une cellule si vous n’en avez pas et des films pour l’essayer.

Tenté de faire le pas ? Soyez raisonnable, faites-vous plaisir. Et si vous connaissez déjà, dites-le nous.

Vidéos d’illustration.

Il s’agit ici d’un FED 2 modèle B postérieur car la prise synchro flash est sur le capot et non plus la face.
Idem

Ici, c’est un FED C, pas très différent du 2 et la présentation en français.

Un peu de technique.

  • Appareil photo télémétrique 35 mm
  • Fabricant : FED
  • Période de production : de 1955 à 1970
  • Format : 24x36cm sur film 135
  • Monture d’objectif : monture filetée m39
  • Objectif : Industar-26M 2.8/50 ou Industar-61 L/D 2.8/55
  • Base du télémètre : 67 mm
  • Obturateur : obturateur à plan focal (rideau) avec des vitesses de B, 1/25s, 1/50s, 1/100s, 1/250s, 1/500s
  • Viseur : un seul pour le cadrage et la mise au point, correction dioptrique
  • Synchronisation du flash : prise de synchronisation sur la face avant, vitesses de synchronisation à partir de 1/25 s.
  • Chargement par le dos, qui se déboite ; bobine réceptrice amovible et propriétaire
  • Poids : 900 grammes

Des références.

https://fr.wikibooks.org/wiki/Photographie/Fabricants/FED, https://www.collectiongeven.com/piwigo/picture.php?/2259/category/507, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-708-Fed_2d.html, http://t.hacquard.free.fr/site1/fed_2.html en français ; https://web.archive.org/web/20021122183325/www.geocities.com/fzorkis/, https://mikeeckman.com/sovietcams/indexc42c.html?tmpl_into=middle&tmpl_id=198&_m_e_id=16&_menu_i_id=91, https://oldcamera.blog/2015/03/07/fed-2-b4-%D1%84%D1%8D%D0%B4/, https://galactinus.net/vilva/retro/fed-2.html, https://sovietcameras.org/fed-2/ en anglais ; la bible de tous les amateurs passionnés : The Authentic Guide to Russian and Soviet Cameras

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Les télémétriques russes

Les Yashica Electro 35 ou les Canonet QL 17 – QL 19 G III, voire un Minolta Hi-Matic 9 sont presque trop faciles à utiliser et donnent de superbes résultats. Ils font partie de ces fabuleuses machines des année ’60 et ’70, avec déjà des automatismes, discrets et efficaces, mais avec des objectifs fixes.

Les télémétriques russes, c’est une autre tranche d’histoire, celles des années ’30 (même s’ils ont été fabriqués, pour certains, jusque dans les années 80).

Les sites qui en parlent sont en bas de page, comme d’habitude.

Si j’avais une remarque personnelle à faire, je voudrais modifier un peu ce que l’on présente généralement sur ces appareils, à savoir qu’ils sont des copies des Leica et Contax. Sans refaire l’histoire, rendons à César ce qui lui appartient : la plupart des appareils russes ont été construits, au début du moins, avec des pièces issues de prises de guerre (dont les usines en entier parfois). Stricto sensu, ce ne sont pas des copies mais des Leica ou Contax fabriqués en Ukraine (Russie alors). La suite nous montrera que, parfois, certains ont même évolués différemment des Leica produits au même moment.

Bref, j’ai commencé par un Zorki 4K (1974). J’avoue que c’est assez déconcertant, au début.

D’abord, il faut toujours penser à armer avant de modifier les vitesses, afin de ne pas tout abimer. Ensuite, il faut penser à modifier un peu la languette du film pour qu’elle s’accroche correctement dans la bobine réceptrice, amovible, heu… tout en gardant un œil (voire une main, mais bon, nous n’en avons que deux depuis trèèès longtemps) sur le dos de l’appareil, que l’on doit ôter pour la manœuvre. Puis encore, vérifier que le bouton de désolidarisation du mécanisme d’entrainement est bien remis à sa place pour pouvoir armer une ou deux fois avant de refermer.

Notez qu’utiliser un Leica n’est, à ce stade, pas plus facile : il faut aussi recouper la languette et la longueur de l’amorce du film, puis insérer cette languette dans une bobine amovible et qu’il faut ensuite glisser la dite bobine avec la cartouche dans l’appareil, en ayant ôté la semelle. Bref, pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ! Je parle ici des Leica des premières générations (I à III) mais aussi du célébrissime M3, voire même de modèle « plus récent » comme le M5 (soyons précis, ces deux modèles ne nécessitent plus de devoir recouper la languette du film, mais le chargement se fait toujours par la semelle). A remarquer qu’en 1958, un Canon P, p. ex., possédait déjà un dos à charnière, une bobine fixe et l’on peut changer les vitesses après avoir armé … copies, copies ?

Bon, revenons à nos Zorki. Si vous êtes tombé sur un bon exemplaire, c.-à-d. pas trop maltraité par les ans et les proprio successifs, tout le reste fonctionne bien : télémètre juste, déclencheur un peu rude mais pas si bruyant que ça et armement facilité, sur le Zorki 4k, par un levier, au lieu d’un bouton à tourner pour l’avancement du film sur les autres modèles. L’obturateur, comme sur les Leica, est en toile caoutchoutée, que l’on peut (doit) régler pour assurer la bonne tension. C’est là aussi un gage de discrétion lors du déclenchement, qui produit un « flop » assez bien amorti.

Vous aurez remarqué la taille du viseur. Sans être aussi confortable que celui du Leica M3 ou M5, il est agréable (avec correction dioptrique si besoin) mais la base du télémètre est plus courte que sur l’allemand (qui fait quand même près de 6,5 cm !), ce qui n’assure pas la même précision, quoique le « patch » soit aussi bien visible et assez facile à régler. Pour info, lorsque l’on parle de base d’un télémètre, c’est la distance entre la fenêtre dudit télémètre (ici la petite carrée quasi au dessus de l’objectif) et la fenêtre du viseur. Enfin, il n’y a pas de cadres collimatés (c-à-d inscrit sur le verre de visée pour voir le cadre de votre future photo) pour les objectifs autre que le 50mm. Si vous utilisez d’autres focales, il faut une tourelle, comme pour les anciens Leica, qui assure la bonne visée.

Ah, j’allais oublier, l’objectif : le mien est un Industar qui a manifestement déjà été démonté et remonté … approximativement car je n’arrive pas à mettre l’ouverture maximale (f1:3,5), mais bon, on s’y fait.

De toute manière, je travaille autour des 5.6, ça simplifie les choses.

Question rendu ? Bah, ça change – vraiment – de la précision chirurgicale des appareils modernes, mais quel charme, quel grain en NB.

J’y ai fait quelques aménagements, pour le rendre plus souple d’utilisation, comme tout simplement un bouton soft release sur le déclencheur (garni de « pointes » un peu inconfortables à l’usage, même si antidérapantes). Et comme je réfléchissais à un truc pour le porter facilement, car il ne possède par d’œillets pour y attacher une sangle, j’ai pu trouver une gaine en cuir. Heu, costaude la gaine, taillée dans un cuir épais, à l’odeur particulière (venant, paraît-il, des bains de tannage propres à la Russie). En tout cas, elle protège super bien et permets de porter l’appareil sans soucis (juste que ça rajoute un peu de poids à un appareil déjà pas si léger).

Dire que cet appareil était un peu désuet en 1974 peut sembler étrange, mais face à la concurrence japonaise, il n’avait plus aucune chance. Et pourtant le Zorki 4 K a sans doute été le télémétrique le plus fabriqué et le plus vendu au monde. Vous en trouverez de ce fait à des prix qui restent abordables sur les sites de vente.

Franchement, c’est une expérience à tenter, surtout au prix auquel ils sont proposés.

Et puis, il y eu le Fed 2 (1969). Là, on manipule un Leica III (enfin, c’est ce qui s’en rapproche le plus) mais pour – au moins – 100 fois moins cher !

Oui, vous avez bien lu, c’est un FED 2

Ne me faites pas écrire ce que je ne pense pas : ce Fed 2 datait de 1969 (produit de 1955 à 1970 avec quelques variations – 8 en fait). C’est un mélange entre la douceur des commandes d’un Leica et la large base télémétrique d’un Contax (ou Kiev), mais la régularité de sa fabrication n’est pas gage de fiabilité. Sa construction est loin des standards d’un Canon ou d’un Leica. Mais au prix où vous les trouverez parfois, c’est de la découverte assurée.

Son objectif est un Industar 26 M, pas vraiment réputé pour ses qualités optiques (certains le surnomment le « bouchon de boitier ») mais il a son charme. Et il va bien avec l’appareil … si, si, ça compte aussi un peu d’esthétique. Ici encore, il faut penser à armer l’appareil avant de changer les vitesses, sinon, salade de pignons en perspective ! Ceci étant, vous pouvez monter dessus n’importe quel autre objectif en standard Ltm 39 et il y en a de très bons (Jupiter 3 ou Jupiter 8, notamment).

Kiev 4 AM de 1982

Pour continuer mes russeries, j’ai eu la chance de trouver à prix abordable un Kiev 4am. Nous sommes chez Contax, mais version soviétique (dans les années ’80 tout de même). La particularité de cet appareil, outre d’avoir gardé une ligne issue des années ’40 jusqu’au seuil des années ’90, c’est sa base télémétrique très large. Je crois ne pas me tromper en disant qu’elle est sans doute la plus large d’un appareil « grand public » : près de 7 cm de long, ce qui donne un très bon rendu d’image, même si l’œilleton de visée paraît très petit. Et, petite particularité mécanique, vous pouvez régler la distance sans devoir toucher le fut de l’objectif : une petite molette – il est vrai pas vraiment bien placée – permet de faire tourner l’objectif lors de la mise au point. Je vous dis pas la mécanique de précision qu’il y a derrière tout ça …. Il était équipé d’un Hélios 103, ouvrant à f1:1,8, lui aussi des années ’80. Les Contax Kiev possèdent une bague particulière qui assure un montage rapide et serein des objectifs mais qui est propre à ces appareils, ce qui limite la compatibilité. L’obturateur, comme sur le Contax, est à lamelles métalliques horizontales, qui donne un son assez sec, sans être très bruyant, lors du déclenchement.

Les appareils russes se vendent en quantité ( ce qui ne rime pas toujours avec qualité) sur les sites de vente bien connu. Souvent issus des anciens pays dits de l’Est, la plupart sont en bon état mais cela ne vous dispense pas de quelques vérifications lors de la lecture des explications du vendeur au sujet de son appareil. Notamment vérifier que le télémètre est juste, que les rideaux (toile caoutchoutée) ou lamelles (Kiev) sont en bon état, que les vitesses lentes sont fonctionnelles, que les bobines réceptrices sont bien présentes lors de la vente, par exemple.

Sinon, attrait garanti lorsque vous sortirez avec votre Fed, Zorki ou Kiev (pour ne citer que ceux que je connais et ai essayé). Mais prenez votre temps et redécouvrez les joies des cellules à main, de la règle des « sunny 16 », de l’hyperfocale … et bonnes photos.

Ce ne sont pas des appareils qui « vont vite », sauf avec un peu d’habitude. Pour les personnes nées après l’invention de l’autofocus, c’est un art de la patience qu’il convient d’apprécier.

Enfin, dernier avantage, mais non des moindres si vous investissez dans un bon exemplaire (je vous recommanderais un Zorki 1c dont je parlerai ailleurs), vous pourrez toujours monter les optiques prestigieuses de chez Leica, qui sont les montures à vis en LTM 39 (monture « Leica vissé » : Leica Thread Mount (LTM) ou Leica Screw Mount (LSM) en anglais). Elles ont un prix – soyez attentif et raisonnable – mais comme vous aurez fait des économies sur le boitier …. Et, si les optiques Leica sont les plus connues, d’autres marques à l’époque, comme Voigtländer, Canon, Jupiter, etc. ont aussi créé des objectifs de grandes qualités.

Pensez quand même que la plupart sont sensibles au flare (pas de traitement multi couche comme pour les optiques modernes), que vous serez loin du rendu « millimétrique » des optiques développées pour le numérique, mais quel charme.

Voici une petite revue récapitulative des appareils cités :

Vous trouverez plein de sites qui en parlent, mais surtout en anglais. Je vous recommande ceux-ci, en français : http://www.collection-appareils.fr/avoscrayons/html/Boitiers_russes.php pour un aperçu rapide des télémétriques russes ou encore https://www.danstacuve.org/test-du-zorki-4k-fort-en-caractere-2/ Pour les optiques, http://35mm-compact.com/anciens/objectifs-m39-russes.htm ou encore https://pierretizien-photos.blogspot.com/p/objectifs.html