Recherche rapide : Préambule – Un peu d’histoire – Présentation du Pentax ES – Que penser de cet appareil ? – Vidéo d’illustration – Un peu de technique – Des références
Préambule
Tubize, ville autrefois industrielle, fief d’une sidérurgie qui s’en est allée, laissant sur le carreau des milliers de familles désemparées.
Petit petit, les plaies se referment, de nouveaux acteurs économiques sont venus remplacer les anciens et même si tout le monde n’a pas retrouvé sa place, pour beaucoup cela va mieux.
Et dans ce décor, un dimanche frais qui hésite entre soleil et nuages menaçants. Et une grande brocante où domine les vêtements dames, enfants et articles de puériculture. Quelques objets amusants mais je désespère de trouver quelque chose. Il faut dire que contrairement à notre habitude, nous étions partis tard (9h00).
C’était sans compter sur un peu de chance car, à la fin d’une allée, un monsieur vend quelques réflex. Je les regarde à mon aise : un Minolta SRt 101X (j’ai déjà), un Pentax ES (celui de l’article du jour), un Yashica FX-D qui viendra en son temps, quelques flashs dont deux sont bons pour la poubelle (les piles ont coulés et l’acide a tout rongé) dont j’extrais un beau Minolta quasi neuf et avec ses accessoires (flash Cobra), puis un Instax 100 en bien mauvais état et j’oublie un autre réflex qui ne m’a pas tenté.
Bref, de quoi remplir le sac à dos. Ce seront là mes seuls achats d’ailleurs.
Rentré à la maison, séance de nettoyage pour le Pentax et le Yashica, qui refuse tout à coup de fonctionner, et découverte des dégâts sur l’Instax (tout le compartiment piles est mangé par la rouille et l’acide).
Va y avoir du travail …
Un peu d’histoire
Pour mémoire, sur dix des développements les plus importants/utiles des réflex depuis leur invention, cinq sont à porter au crédit de Pentax seul : le miroir à retour instantané, le compteur de vue à retour automatique, la mesure TTL automatique à priorité ouverture, l’autofocus. Les cinq autres se répartissent entre Pentacon pour le viseur à pentaprisme, Topcon pour la mesure TTL à ouverture complète, Konica pour l’obturateur automatique de série, Olympus pour le flash TTL et Nikon pour la mesure matricielle.
Ce fut sans doute pourquoi Ashi Pentax a fabriqué par mois plus de réflex que Canon et Nikon réunis dans les années soixante- septante. Ils se sont surtout concentrés sur les SLR. Comme de nos jours, ils ne sont toujours pas passés aux hybrides.
Pentax est une marque pour laquelle il existe déjà plusieurs articles sur le site, comme ceux sur les Pentax LX, le Spotmatic SP2, le Spotmatic F, le Super A, les ME et ME Super, sans compter tous les compacts de la marque (de quoi vous amusez à visiter le site un moment).
Toutefois, ce Pentax ES (Electro-Spotmatic) mérite sa petite histoire à lui tout seul, y compris sous son autre nom, le Honeywell Pentax ES.
Au début il y avait le Spotmatic (1964), un appareil fiable, solide et simple : pas de griffe flash synchronisée, pas de cellule. Pour en obtenir une, intégrée, il faut attendre le Spotmatic SL (1968). Elle était basique mais fonctionnelle. Je fais l’impasse sur les SL 500 et 1000, qui sont des Spotmatic simplifiés et aux vitesses limitées (SL 500 = vitesse maximum 1/500s), auxquels on avait ôté le minuteur.
Une nette amélioration se profile avec le Spotamic 2 (SP II) car il ouvre la voie aux nouveaux objectifs SMC (toujours en monture vissante M42) : la sensibilité de la cellule est augmentée au 3200Asa, la cellule est plus sensible et il gagne une griffe flash avec contact central et la synchronisation FP (lampe) ou X (flash électronique) est réglée par un commutateur.
Un mot (enfin, plusieurs) sur les nouveaux objectifs SMC (Super Multi Coated) : ils sont conçus pour permettre la mesure à ouverture complète sur les ES, ES II et Spotmatic F. Ce qui signifie que le viseur reste dès lors lumineux en toutes circonstances, ce qui facilite la mise au point sur le sujet.
Dans le cas d’objectifs plus anciens, sans le couplage de mesure à ouverture complète, l’ES, grâce au curseur placé contre le fut de l’objectif, permet quand même de le faire.
Petit aparté sur les Takumar SMC : en 1971, Pentax met au point le premier revêtement anti réfléchissant multicouche au monde. Celui-ci permettait un contrôle du flare et des images fantômes. A l’époque, les Takumar SMC assurait une excellente qualité d’image, même en contre jour et cela dans une large gamme d’optiques robustes, compactes et de prix abordables.
Oublions le Spotmatic IIa (1971), réservé au seul marché US car il fut fabriqué pour pouvoir être utilisé avec les flashs électroniques Honeywell Strobonar (un œil électronique était placé sur la face avant afin d’effectuer la synchronisation avec le flash).
Retenons par contre le Pentax Electro-Spotamic (1971), qui sera le premier réflex à priorité ouverture, électronique et automatique. Un seul regret, il ne sera vendu qu’au Japon. Mais il n’était pas encore très au point, la carte électronique était rudimentaire, instable et sujette à des nombreux soucis. Dur, dur d’être précurseur … Pourtant il eut du succès car il apportait réellement quelque chose de neuf.
Enfin le Pentax ES (contraction de Electro Spotmatic quand même) voit le jour en 1972. Il est destiné cette fois à être vendu partout dans le monde car il a corrigé les écueils du Electro-Spotmatic premier du nom. Lui possède une vraie carte électronique moderne* qui suppriment les ennuis de son prédécesseur. Il sera suivi d’un ES II en 1973 et par un Spotmatic F : tous les trois utilisent maintenant la ligne des Takumar SMC (Super Multi Coated = traité multi couches) et, surtout, effectuent la mesure de la lumière en direct
*Moderne au sens où il s’agissait réellement d’un circuit imprimé mais loin d’être, déjà, miniaturisé. En effet, la taille du circuit a fait que sur l’ES et l’ES II on a dû supprimer le minuteur.
Ce que l’on peut retenir de cet appareil dans le parcours du Spotmatic, c’est qu’il a permis à la monture reine de cette époque, la monture à viser M42, de rester dans la modernité de l’automatisme, une prouesse technique.
En effet, le Pentax ES proposait un obturateur mécanique et un circuit électronique qui contrôlait le système d’exposition automatique, avec une priorité à l’ouverture. De quoi contenter les photographes qui recherchaient la commodité de l’automatisation sans abandonner la satisfaction des commandes manuelles.
Pentax propose ici une première mondiale : le premier reflex avec un obturateur mécanique mais asservit, en mode automatique, à l’électronique. La calculateur propose alors, en continu, des expositions entre 8s et 1/1000s. Ce qui veut dire que si vos mesures donnaient 1/475s, c’est à cette vitesse que l’appareil déclenchait.

Le Pentax ES sera suivi du Pentax ES II (1973). Quelques différences, outre le nom, les distinguaient : retour du minuteur sur l’ES II, la batterie se trouve en dessous, la plage des vitesses s’affichent dans le viseur, la sensibilité des films est portée à 3200Asa (contre 1600Asa), un verrou est ajouté au bouton de déclenchement, par exemple.
Enfin, pour clôturer l’histoire du ES, sachez que la couleur noire est la couleur standard. Si, normalement, cette teinte était une commande spéciale pour les autres modèles, ici il fallait que ce soit pour obtenir un boitier bis-colors qu’il fallait faire cette commande.
Petite revue des Pentax en 1973 -1974 :

Présentation
Si la filiation avec le Spotmatic est assez évidente, cet appareil est un peu plus moderne dans ses lignes, un peu moins rugueuses.
Ceci étant, nous sommes bien face à un appareil des années septante : en métal, solide, avec ce petit côté rassurant que l’on en a pour son argent !
Mais commençons la visite :


Sur le capot, le levier d’armement et d’armement de l’obturateur, avec le compteur de vue intégré (réinitialisation automatique), le déclencheur et à côté, le barillet de réglage des vitesses ou de la position automatique.

Au centre, le prisme avec par dessus une griffe flash avec contact au centre pour la synchronisation.
De l’autre côté, la manivelle de rebobinage et autour, le réglage de l’exposition (de1/2à 4), qu’il faut déverrouiller avec le minuscule bouton à côté. En soulevant le pourtour, vous réglez la sensibilité de la cellule. Remarquez aussi les deux petits crochets, qui sont des aide-mémoires pour le type de film utilisé (diapo, N/B, couleur)

L’arrière est sobre, juste le viseur.Pour ouvrir le dos, soulever la manivelle de rebobinage. Remarquez à ce sujet la qualité de fabrication, vu le nombre de vis qui tiennent l’ensemble.?


La chambre est classique, étonnamment propre.Juste les mousses à refaire, rien de difficile.
Par dessous, le bouton de débrayage et au centre, le filet pour fixer un trépied.

Sur la face avant, à côté de fut d’objectif, un cylindre fermé par un bouchon à visser, pour y installer la pile, une 4LR44 de 6v moderne.


De l’autre côté, 2 prises PC pour la synchronisation des anciens flashs avec lampe (FP) et la synchronisation X. Au dessus, le curseur pour ouvrir l’objectif avec les anciens Takumar (non SMC)

Le viseur est clair et sur la droite de celui-ci, l’échelle des vitesses que le boitier vous donne quand vous êtes en automatique.
Au centre, un champ de micro prismes fins pour effectuer la mise au point facilement (même si je regrette qu’il n’y ait pas un stigmomètre à coïncidence)..
L’objectif, ici un Takumar SMC de 55mm ouvrant à f2, qui accompagnait l’appareil.

Que penser de cet appareil ?
C’est un très bel appareil, qui respire son époque mais reste une machine à photographier magnifique.
Il fait son poids mais reste très confortable à porter. Mieux vaut avoir une bonne sangle solide toutefois, vos cervicales vous remercieront.
Personnellement, malgré sa sobriété, je ne le considère par comme dépassé. Car avec ce type de boitier, si vous n’y connaissez rien, vous allez apprendre les subtilités du triangle d’exposition ou du Sunny 16. Avec un peu d’entrainement, vous ne raterez pas beaucoup d’images, faites confiance à la cellule et à la qualité de l’optique.
Ce n’est pas un appareil très courant (environ 125.000 fabriqué) mais terriblement attachant. De plus, cet exemplaire à cette petite patine qui lui sied bien.
Si vous en trouvez un en très bon état, ne le laissez pas partir sans vous, vous le regretteriez bien vite. Question budget, comptez quand même entre 80 et 100€. Le prix de l’excellence de l’époque .
Vidéos d’illustration
Pour comprendre les progrès de l’électronique …
Un peu de technique
Pour le mode d’emploi, c’est par ICI (english) ou LA (en français).

Des références
https://camera-wiki.org/wiki/Pentax_ES, https://www.pentaxforums.com/camerareviews/pentax-es.html, https://camera-wiki.org/wiki/Pentax_ES_II, https://www.analogcams.com/cameras/b9fb6fa1, https://www.aperturepreview.com/pentax-es, https://www.photoethnography.com/ClassicCameras/index-frameset.html?AsahiPentaxSpotmatic.html~mainFrame en anglais ; https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-4320-Pentax_ES.html, https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_produits_Pentax en français ; https://www.aohc.it/, en italien ;
