Argentique

Les deux Praktica B200 de Papy, des appareils argentiques modernes qui auront 50 ans bientôt

Préambule

C’est donc lors de la brocante de Jemeppe-S-Sambre que j’ai trouvé le petit Chinon Micro 35 EF et ces deux appareils. Ils étaient dans un de ces antiques sacs photo en tissu et qui avait dû connaître des jours bien meilleurs.

Couvert de poussière, j’hésitais à l’ouvrir complétement car ce que j’apercevais des appareils à l’intérieur ne me disait trop rien. Le vendeur m’a alors expliqué que cet ensemble appartenait à un vieux monsieur de 92 ans, qui s’en séparait à regret car il n’y voyait plus rien.

Au fur et à mesure de mes hésitations, le prix chutait drastiquement au point que j’ai dis stop à un moment, sinon il allait me les donner ou à défaut, ils partaient pour la déchetterie. Vous connaissez mon cœur d’artichaut …

Bref, j’emportais donc un sac qui fut autrefois couleur sable contenant 2 Praktica B200, deux flashs, un 28mm Prakticar, un 135mm Prakticar en plus des deux 50mm montés sur les boitiers. Les cuirettes en lambeaux ne me disaient rien qui vaillent mais les compartiments des piles étaient propres, tout comme pour les flashs. Sait-on jamais …

Un peu d’histoire

Si vous suivez le site depuis un moment, vous savez que j’ai déjà pas mal présenté les modèles de chez Praktica.

les appareils soviétiques des années septante et quatre-vingt

En effet, ces appareils, comme leurs concurrents, les Zenit, ont fait le bonheur de nombreux photographes dans les années 1970 – 80 car ils étaient plus abordables que les stars japonaises de l’époque. La qualité de leur assemblage était parfois sujette à discussion mais, globalement, ils donnaient satisfaction à leurs usagers, la qualité des optiques en monture M42 achevant de sauver la mise.

Les Praktica sont des appareils solides, taillés à la serpe et montés au marteau (désolé pour le jeu de mots !) mais faciles d’utilisation car ils n’embarquaient pas une foule d’aides électroniques : une bonne cellule au CdS, couplée mais fonctionnant à travers l’objectif (TTL), un réglage de la sensibilité des films utilisés, un miroir à retour rapide, par exemple.

Dans un article, je faisais aussi le tour des réparations que l’on pouvait tenter sur ces appareils, c’est toujours utile.

Surtout, n’oublions pas qu’un des tous premiers reflex au monde fut le Praktiflex, présenté en 1939 !

l’évolution des appareils Praktica

Au fur et à mesure des évolutions techniques (que vous pourrez découvrir avec les articles consacrés aux Praktica sur le site, comme celui dédié au Praktica Super TL 1000), ces appareils ont intégré ce qu’il fallait pour faire des photos sans trop de soucis : miroir à retour automatique, objectifs interchangeables, cellule précise, mesure TTL, synchronisation du flash sur la griffe porte accessoires, un grand choix d’objectifs abordables et de qualité, des accessoires comme des filtres, des tubes allonge pour la photographie de reproduction ou la proxi photographie, voire la photo astronomique, par exemple.

Et puis, pour essayer de garder la tête hors de l’eau, au tournant des années 1980 (1978 plus précisément), Praktica se réinvente et propose le B200, qui sera suivi par un B100 en 1981, le premier tout automatique de la marque.

Le Praktica B200 sera donc l’appareil du renouveau et de la modernité chez Praktica, présenté à la Photokina de 1978.

Le design change du tout au tout. Après nous avoir habitué pendant des décennies à des formes rectangulaires anguleuses, des appareils largement fabriqués en métal, une monture longtemps en M42 ( à viser), voilà que les ingénieurs maison sont priés de changer leur fusil d’épaule.

Exit le tout métal, place au plastique ; exit le (presque) tout manuel, bienvenue à l’électronique des automatismes ; exit la forme sage et convenue des gammes antérieures, on ajoute des revêtements gaufrés, jugés plus modernes ; exit la monture à visser, on ajoute une monture propriétaire, la monture PB (Praktica Bayonet) ; exit la cellule au CdS, voilà celle au Gallium ; exit la taille XXL, on passe au S.

On peut même y ajouter un moteur, pensez donc !

Finalement, la série B comptera, outre, le B200 et le B100, les BC et un M égaré dans la lignée ; elle sera suivie par la série des BX (1987 – 2001) qui clôturera l’épopée des reflex de la marque.

Présentation du Praktica B200

Comme je le soulignais précédemment, le plastique fait la part belle dans la construction de ce boitier. La porte arrière reste toutefois en métal, tout comme le châssis interne.

Le gainage gaufré, original mais peu résistant, sera remplacé ensuite par un revêtement lisse, considéré comme plus moderne.

Si les ingénieurs maison ont dû créer un nouvel appareil, ils ne partaient pas tout à fait d’une page vraiment blanche car ils ont pu s’appuyer sur les modèles les plus innovants de la marque, tels le EE, le EE2 et le VLC2 qui avaient reçu des obturateurs électroniques, des miroirs à retour progressif, des couplages avec la cellule à pleine ouverture et des contacts électriques. Mais la monture M42 limitait les avancées techniques.

Ils ont donc conçu une baïonnette d’assez grand diamètre, assez proche de celle de Pentax, qui affiche des contacts électriques pour le couplage, l’appareil étant un automatique débrayable à priorité ouverture.

Pour éviter de fâcher les clients qui possèdent des objectifs en M42, un adaptateur est prévu :

Un objectif d'éclairage en anneau noir sur fond gris.

Les objectifs seront des Prakticar (Pentacon) et/ou des Carl Zeiss Jena mais il n’y aura pas d’opticiens tiers qui se tourneront vers cette monture (ce sera, hélas, un frein au développement de l’appareil). La gamme s’étendra du 20mm au 300mm.

Appareil photo Praktica avec un objectif noir sur fond blanc.

Ces nouveaux objectifs seront appelés Prakticar Electric pour ne pas les confondre avec les Pentacon Electric (en monture M42), pour lesquels l’adaptateur à été conçu.

Pour ôter un objectif, il faut appuyer sur la petite touche, à droite (un peu comme sur Pentax toujours) et tourner vers la gauche.

Autre nouveauté, un obturateur électronique avec 3 lamelles métalliques, qui offrent des vitesses de 40s à 1/1000s, plus une synchro flash au 1/90s et pose B. Toutes ces vitesses sont contrôlées électroniquement pour garantir leur précision.

Vue rapprochée d'un boîtier de caméra avec un cadran de réglage de vitesse d'obturation, incluant des options automatiques et manuelles.

Il faut donc alimenter l’obturateur et la cellule : c’est chose faite grâce à une 4LR44 de 6v moderne, qui se loge sous l’objectif, sous une trappe avec un verrou ON/Lock (ne pas forcer pour l’ouvrir, un demi-tour suffit). En cas de défaillance des piles, l’appareil reste utilisable à la vitesse de synchro du flash, le 1/90s (vitesse mécanique).

Vue d'une caméra Pentacon avec un objectif visible, vue de dessous, affichant des détails de fabrication.

Grâce à la transmission électrique de la valeur d’ouverture du diaphragme vers le boitier, la mesure interne est effectuée à la vraie ouverture, ce qui donne une vision très claire de la scène dans le viseur.

Un moteur, un winder, peut être monté sur le B200, évitant de réarmer manuellement et qui offre une rafale de 2i/s.

Publicité pour l'appareil photo Praktica B 200, décrivant ses caractéristiques en 10 points forts, avec un visuel des différents modèles Praktica.

Le viseur aussi est moderne : affichage par diodes sur le bord droit des vitesses d’obturation, avec des valeurs limites (sur ou sous exposition = Over/Under). Ainsi que les modes automatique ou semi-automatique. En dessous, le chiffre du diaphragme sélectionné apparait clairement, grâce à la petite fenêtre qui apparait sur le boitier, au dessus de l’objectif.

En mode automatique, les diodes indiquent la vitesse sélectionnée selon l’ouverture choisie, alors qu’en mode semi-automatique, elles indiquent la vitesse suggérée

La mise au point se fait grâce à un stigmomètre incliné et divisé en 3, très pratique et efficace. Le verre de visée est très fin.

Deux bateaux de pêche naviguant dans une mer bleue sous un ciel clair, entourés d'oiseaux. Un cercle concentrique est superposé à l'image avec des chiffres indiquant des valeurs de mesure.

Si je devais résumer ici le Praktica B200, nous constaterions qu’il offre une exposition manuelle ou automatique, une mesure TTL de la lumière, la possibilité de mémoriser cette mesure (AE), une compensation d’exposition, une vitesse mécanique de secours, la possibilité de monter un winder, une baïonnette moderne, un testeur de pile, un viseur clair avec diodes, une minuterie et un testeur de profondeur de champ. C’est un classement de haut de gamme en 1978-79, gâché par un revêtement peu classieux et fragile.

Sa présentation est moderne et bien pensée, plus agréable de par sa forme plus compacte et arrondie que ses prédécesseurs Est-Allemands.

Image d'un appareil photo Praktica B200 avec des étiquettes numérotées identifiant différentes parties de l'appareil.
Document présentant la liste des composants d'un appareil photo, avec des descriptions en néerlandais et en français.
Diagramme des réglages d'une caméra, listant les différentes commandes et leur fonction avec des explications en néerlandais et en français.
Vue arrière d'un appareil photo avec des annotations numérotées décrivant les différentes parties, y compris l'obturateur, le compartiment de la cartouche de film, et le dos de l'appareil.
Vue arrière d'un appareil photo avec des étiquettes numérotées indiquant les différentes fonctionnalités et composants.

Franchement, par rapport aux anciens Praktica, ceux de la série B marquent une belle évolution et ils ont eu le bon goût, à l’époque, de rester très abordables. Rien de révolutionnaire mais du bien pensé pour vous permettre de vous concentrer sur la prise de vue. Remarquez le soin apporté à l’obturateur, métallique.

Reste que si les appareils tout métallique d’avant étaient réputés quasi indestructibles, ceux-ci semblent plus fragiles.

Sur les deux exemplaires de ce vieux Monsieur, je n’ai pu en sauver qu’un, le second est irrémédiablement bloqué. Mais il sera accompagné de trois chouettes optiques, d’un flash fonctionnel et de son sac tout prêt en très bon état.

Que penser de cet appareil ?

Franchement, ce n’est pas un mauvais appareil qui propose des solutions qui à son époque étaient considérées comme du haut de gamme : manuel, automatique, vitesse mécanique de secours au 1/90s, infos utiles dans le viseur dont rappel de l’ouverture choisie, priorité ouverture, compensation d’exposition, etc.

Si on fait abstraction de son revêtement un peu limite, on a un bon appareil, bien équipé si on a la chance de l’acheter avec des objectifs dédiés, car ceux-ci ne sont pas très nombreux ni faciles à trouver, les opticiens tiers n’ayant pas emboité le pas de la baïonnette propriétaire.

C’est un bon appareil pour débuter, qui ne vous ruinera pas et vous permettra de sortir des sentiers battus.

Je pense que ce vieux Monsieur avait fait le bon choix à son époque et vu les traces d’utilisation sur le second appareil (bords où le laiton apparait, signe d’usage intensif), je crois qu’il en a fait bon usage, longtemps.

Ne le négligez pas, comme tous les Praktica, il reste très abordable et celui-ci est moderne.

Vidéos d’illustration

Si vous aimez voir ce qui est à l’intérieur

N’oubliez pas de traduire la vidéo

Un peu de technique

  • Praktica B200 35mm slr
  • Priorité ouverture en mode automatique et entièrement manuel
  • Mesure TTL avec capteur sur le miroir
  • Plage de sensibilité du film 25 à 3200Asa ; cellule au Gallium – Arsenide – Phosphide
  • Batterie simple 6v (4LR44)
  • Vitesses d’obturation 40s à 1/1000s + B en automatique et de 1sà 1/1000s en manuel, minuteur (+/-8s)
  • Obturateur électronique, lamelles métalliques
  • Bouton de mémoire (AE)
  • Baïonnette Praktica PB
  • Griffe porte accessoire avec contact et prise PC de synchronisation flash
  • Motor drive disponible
  • Synchronisation à 1/90sec pour le flash
  • Vitesse mécanique de 1/90s
  • Poids nu : 530gr

Pour lire les infos et les tests d’époque, c’est par ICI.

Des références

https://focusargentique.fr/appareil-photo/praktica-b200/, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-1202-Pentacon_Praktica%20B200%20Electronic.html, https://fotobox.over-blog.fr/2022/05/praktica-b200.html, https://app-phot-col.com/photcol/pdfr/T36/2121.pdf, en français ; https://everythingvintage.uk/vintage-camera/praktica-b200-electronic-review/, https://camera-wiki.org/wiki/Praktica_B_200, https://thecamerasite.lauro.fi/01_SLR_Cameras/Pages/practica.htm#mtl50, en anglais

Argentique

Une forteresse, le Praktica IV

Préambule

Ah, celui-ci trainait dans une vitrine poussiéreuse (j’ai fait les photos sans le nettoyer, pour vous donner une idée) de Jemeppe- sur-Sambre (La Belle Brocante) mais heureusement à l’abri de l’humidité.

Ce qui m’a frappé, c’est le côté tank russe de l’engin : tout en métal et taillé à la faucille !

Et aussi, je l’avoue, parce que je n’avais jamais vu un tel modèle de Praktica, et pourtant, il y en a quelques uns sur le site.

Tout à coup, le sac à dos m’a paru plus lourd, d’autant que celui-ci rejoignait une chambre Cambo (j’en parlerai un jour), certes incomplète, mais bien là,

Je sens que je vais faire quelques recherches sur ce costaud …

Un peu d’histoire

Cette fois, je vais essayer de retracer l’histoire de la photographie allemande à travers celle de cet appareil en particulier. Ce sera un résumé qui servira pour tous les Praktica, Zeiss Ikon, Balda, Welta, Contax, etc. qui apparaitront sur le site ultérieurement.

Alors, allons-y car nous commençons en 1756, en Autriche, avec Johann Christoph Voigtländer qui fonde la première société d’optique allemande.

En 1850, il est le plus grand fabricant d’appareils photo et accessoires de son pays.

Comme vous le savez, ces années sont propices aux développements de ce qui touche à la photographie, toute neuve : Joseph Nicéphore Niépce, première photographie en 1824 ; Louis Jacques Mandé Daguerre, daguerréotype en 1839 ; William Fox Talbot, premier négatif en 1840 ; Richard Leach Maddox avec le Gélatinobromure d’argent en 1871 ; Charles Cros et Louis Duco du Huron pour la première photographie couleur en 1871 ; Georges Eastman et John Carbutt pour l’invention et la commercialisation du film souple en 1888.

Mais revenons en Allemagne, pour une autre énumération, certes un peu longue (pour moi aussi), mais fondamentale pour ce qui va suivre :

  • 1862, Richar Hüttig fonde sa société à Berlin,
  • 1886, Paul Rudolph construit Abbe à Jena, une entreprise spécialisée dans l’optique
  • 1886, fondation de l’Optik Anstalt C.P. Goerz à Berlin
  • 1888 , le Dr. R.  Krügener à Frankfurt am Main fonde aussi sa société
  • 1889, Emil Wünsche ouvre sa boutique d’appareils photo et accessoires à Dresde
  • 1889, fondation de Ernemann & Matthias à  Dresde
  • 1897, fondation de la Emil Wünsche AG, toujours à Dresde, la fabrique d’appareils photo
  • 1898, Richar Hüttig fonde la Fabrik phtografischer Apparate R Hüttig & Sohn à Dresde
  • 1898, changement de nom pour Heinrich Ernemann AG à Dresde
  • 1899, fondation de Ernst Herbst & Firl Görlitz
  • 1900, Abbe devient Palmos AG toujours à Jena
  • 1902, elle change de nom pour devenir Carl Zeiss Jena Palmos AG, à Jena
  • 1902, création de Süddeutsch. Camerawerk Körner & Mayer GmbH à Sontheim
  • 1903, fondation de l’Optische Anstalt C.P. Goerz AG à Berlin
  • 1908, création de Drexler et Nagels à Stuttgart
  • 1909, le Dr Krügener, Emil Wünsche et Palmos fondent ICA AG à Dresde
  • 1909, création de Nettel-Camera- Werk GmbH à Sontheim
  • 1917, création de Contessa Werke August Nael à Stuttgart
  • 1919, fondation de Contessa-Nettel Werk A. Nagel à Stuttgart
  • 1920, changement de nom en Contessa-Nettel AG toujours à Stuttgart
  • 1926, création de Zeiss Ikon AG, à Dresde, qui absorbe ICA, Erneman, Görlitz
  • 1927, absorption de Goerz et Contessa-Nagel par Zeiss Ikon
  • 1928, absorption de Nettel par Zeiss Ikon

Premier constat, un concentration très forte de ces industries à Dresde. Or, pendant la nuit du 14 et 15 février 1945, la ville va disparaître sous un déluge de feu : l’aviation américaine et anglaise embrasent toute la région et détruisent quasi toutes les entreprises, photographiques aussi.

Au terme de la Seconde Guerre Mondiale, Dresde se retrouve dans la zone sous contrôle Soviétique. Les usines encore debout en partie sont vidées de leur contenu et transférées à Jena, d’autres sont reconstruites sur place. Vous connaissez l’histoire de Contax, de Fed et les tribulations de la marque Zeiss Ikon qui deviendra Carl Zeiss Jena à l’Est.

Ces entreprises deviennent des VEB ou entreprises du peuple, c’est-à-dire qu’elles sont nationalisées par l’URSS, qui va imposer ses plans de développements.

Je reprends ma petite liste pour mieux saisir la suite :

  • 1946, le VEB Welta – Kamerawerk
  • 1951, le VEB Belca-Werk (l’ancien Balda Werk de Dresde)
  • 1952, le VEB Altissa-Kamera-Werk de Dresde
  • 1953, le VEB Kamerawerk Niedersedlitz de Dresde
  • 1956, le VEB Aspecta (les anciens Müller & Wetzig et Filmosto Projektion, de Dresde)
  • 1958, le VEB Kinowerke Dresden (le nouveau nom de Zeiss Ikon)
  • 1959, création du VEB Kamera- und Kinowerk Dresden, qui absorbe toutes ces entreprises d’optiques et de photographies/cinéma

Finalement, en 1964 cet immense empire s’appellera VEB PENTACON DRESDEN Kamera- und Kinowerke. L’ogre russe aura tout avalé et mis à sa sauce, car il continue manger le VEB Feinoptisches Werk Görlitz (1968) et enfin Ihagee (Exakta et Exa) en 1969 . Ce mastodonte s’effondrera en 1990, à la suite de la chute du Mur de Berlin. Les 5700 employés de l’entreprise seront remerciés et l’usine de Dresde fermée.

De nos jours, Pentacon GmbH est devenue propriété de la société Schneider Optische Werke GmbH, installée à Bad Kreuznach, dont le nom est souvent abrégé en Schneider Kreuznach tandis qu’une autre partie s’est tournée vers la haute technologie, sous la bannière de Kamera Werk Dresden. Elle produit notamment les panoramiques Noblex et des appareils à usage industriel sous la marque Loglux.

Toutes ces dates pour resituer dans l’histoire contemporaine ce Praktica IV, né en 1959 lors de la Foire de printemps de Leipzig, encore sous la marque KW (Kamera-Werke Dresden-Niedersedlitz), un des derniers, car ensuite il sera marqué Pentacon.

Tiens, le saviez-vous ? Le nom de Pentacon viendrait de la contraction de pentaprisme, en référence au premier réflex mis au point à Dresde, et de Contax-Zeiss Ikon. Le premier Praktiflex fut inventé en 1939 par Alois Hoheisel, le premier a recevoir un pentaprisme. Ensuite, le premier Praktica sortira en 1949, fabriqué par la Mechanik Kamera Werkstätten VEB Niedersedlitz (KW) à Dresde.

Si je récapitule maintenant la gamme des Praktica, il y a la série des FX, construite entre 1949 et 1965, avec un prisme qui se retire et la possibilité d’y poser un viseur tunnel et les Praktica avec chiffres romains, qui ont eux un prisme fixe, qui sont basés sur les FX ; puis la gamme Nova, de 1965 à 1970 ; et enfin la gamme L, la plus connue, de 1970 à 1990.

Plus spécifiquement, entre 1959 et 1964, sept itérations verront les évolutions du Praktica IV. Outre quelque modifications esthétiques, il gagnera une cellule au sélénium, un télémètre, puis un à coïncidence et une lentille de Fresnel.

Présentation du Praktica IV

Incontestablement, il en impose dans son sac tout prêt que je vais devoir un peu réparer. Et quand on ouvre le sac, c’est encore plus impressionnant !

Ça, c’est du lourd, du costaud !

Voyons cela de plus près …

Si je tiens compte du sac tout prêt, celui-ci ferait partie des premiers appareils (1959 -1960) car il est encore estampillé KW et non Pentacon (environ 15.500 exemplaires produits). Mais si je regarde le cuir au dos du boitier, c’est déjà le logo Pentacon qui y apparait (1960 – 1964, environ 30.500 exemplaires produits). C’est donc une version deux du Praktica IV. Le plus frappant étant que le premier modèle possède un large bandeau noir sur le prisme alors que celui-ci a disparu sur le second, laissant un prisme tout métallique, qui fait très massif.

Vu du dessus, l’appareil est presque classique : une roue à droite, qui porte le compteur de vue, une double roue à côté du prisme, qui sert à régler les vitesses rapides et les lentes et de l’autre côté, un roue un peu spéciale car elle permet de rebobiner le film et elle sert de mémo pour le film utilisé.

Le compteur de vue doit être réinitialisé manuellement, puis il incrémente jusqu’à la fin du film (ici, le marquage est un peu effacé)

Voyez ci-dessous :

Illustration d'un mode d'emploi de caméra de VEB Kamera- und Kinowerke Dresden, montrant les différentes parties et réglages de l'appareil photo.

Vu en vrai :

Vue de dessus d'un appareil photo vintage avec des boutons de réglage et un objectif en métal.

Le dessous est intéressant, car le levier d’armement est placé en dessous, comme sur le Kodak Retina. Mais à la différence de ce dernier, il existe sur ce boitier un système de double armement. Ce qui ressemble à un bouton de l’autre côté n’est en fait là que pour porter le filetage pour un trépied et assurer l’équilibre de l’appareil lorsqu’il est posé à plat, avec le pied sous l’objectif. Par contre, le gros bouton, sur le capot, à droite, permet d’armer l’obturateur et de faire avancer le film (comme le levier du dessous). Disons que le levier du dessous est un peu plus rapide à actionner.

Lorsque vous utilisez le bouton, vous sentirez d’abord l’armement de l’obturateur et puis le mouvement vers le bas du miroir, ce que l’on ne ressent pas avec le levier rapide.

Ce système de double armement est complexe, gageons qu’il ne tombe pas souvent en panne !

Appareil photo vintage avec objectif argenté monté sur un boîtier noir.

Je reviens un moment sur la gros bouton de gauche car, comme je le notais plus haut, c’est aussi la manivelle pour rebobiner le film

Il faut lever un peu le plateau supérieur et le faire pivoter pour obtenir une manivelle tout à fait fonctionnelle et solide. Original et efficace. Le reste, c’est un mémo pour le type de film utilisé.

Pour ouvrir l’appareil, c’est tout simple, il y a un verrou sur le flanc gauche. Attention toutefois, c’est tout le dos qui tombe, il n’y a pas de charnière.

Appareil photo ancien avec un objectif métallique et un boîtier noir.
Appareil photo ancien avec un boîtier noir et argenté, accompagné d'un cache inférieur.

C’est toujours gênant ces dos qui tombent car on se demande toujours comment faire car on n’a que deux mains pour charger le film, armer, déclencher et tenir ce f… dos qui ne demande qu’à se faire la belle !

Le rideau est en tissu caoutchouté, qui fait peu de bruit lors du déclenchement, c’est un bon point.

Par contre – et nous sommes pourtant au seuil des années soixante – le miroir n’a pas de retour automatique. Concrètement, pour ceux qui n’auraient pas l’habitude, cela veut dire que la vision à travers l’objectif n’est possible que lorsque vous avez armé l’appareil. En d’autre temps, le miroir reste collé au dessus et vous ne voyez rien.

Pour les Pratktica à miroir avec retour instantané, il faut attendre les numéros V F et V FB, vers 1965.

En façade, deux prises pour la synchro flash. Il faut bien regarder sur le cuir car celui du dessus est marqué X (flash électronique) et celui du dessous, F flash à combustion). La synchro X est notée par un éclair sur le sélecteur des vitesses, mais sans préciser celle-ci, qui est de 1/40s.

Vue rapprochée de l'objectif d'un appareil photo argentique, montrant l'ouverture et les éléments internes.

Un mot bien sûr de l’objectif. Ici, c’est un Car Zeiss Jena Tessar de 50mm ouvrant à f2,8 (diamètre de 49mm) mais le tableau ci-dessous nous renseigne que d’autres options étaient possibles :

Schéma montrant des objectifs interchangeables pour l'appareil photo Praktica IV, avec des spécifications sur les distances focales et les ouvertures.

C’est un objectif à diaphragme automatique, comme le précise la brochure dont je m’inspire :

Diaporama automatique montrant un objectif d'appareil photo avec des illustrations de diaphragmes ouverts et fermés, accompagnées d'une description de son fonctionnement.

Lorsque vous voulez régler l’ouverture du Carl Zeiss Jean, vous devez impérativement pousser sur l’anneau du réglage, vers le boitier, et puis faire votre modification. L’anneau revient automatiquement à sa place.

La distance se règle elle, classiquement, avec la grosse bague à encoches, derrière, de 50cm jusque l’infini (la course est longue).

J’allais oublier deux choses : le petit bouton coincé entre la roue de droite et le sélecteur des vitesses : il sert à débrayer l’appareil pour pouvoir rebobiner le film et, accessoirement, à vous permettre de faire des doubles expositions.

Et la seconde chose, très importante, c’est justement le sélecteur de vitesses : si vous regardez bien quand vous armez l’appareil, le sélecteur tourne en même temps que l’armement. C’est comme sur les Fed et les Zorki. J’en conclu donc que le mécanisme doit être le même et dans ce cas, gravez quelque part cette maxime : toujours armer AVANT de modifier la vitesse pour éviter une salade de pignons, bien que le manuel indique que l’on peut sélectionner les vitesses avant ou après avoir armé !

Ceci étant, il existe donc deux gammes de vitesses sur le sélecteur : en rouge, de 1/2s à 1/10s et en noir de 1/25s à 1/1500s. Mais puisqu’on fait dans le compliqué, continuons car l’ordre des vitesses dans les chiffres noirs n’est pas arithmétique. En effet, l’ordre est 1/25, B, 1/500, 1/200, 1/100, 1/50 et 1/40 (ce qui est indiqué par un éclair plutôt que 1/40s pour indiquer la vitesse de synchronisation du flash).

Sur le sélecteur, il y a un second anneau, qui sert à sélectionner la gamme rouge ou noire. Il doit être soulevé et tourné pour aligner la flèche rouge avec la vitesses choisie. Autre chose surprenant, le sélecteur tourne lors du déclenchement, tout comme il le fait quand vous armez.

Gros plan sur le sommet d'un ancien appareil photo avec des boutons métalliques et un écran en verre.

Sans égaler les Ihagee, ni le Nikon, le Canon, et d’autres plus tard, ce Praktica s’inscrit presque dans la tradition des systèmes, c’est-à-dire tout un ensemble d’accessoires dédiés, comme des tubes allonges, des trépieds, des bagues, des déclencheurs souples, des bans de reproduction, des œillères à baïonnette, par exemple (regardez le viseur ci-dessous).

Appareil photo vintage en métal argenté avec un design classique et une finition en cuir noir.

Mais, me direz-vous, où est le déclencheur ?

En façade, le bouton qui dépasse, et qui est fileté. Ici encore, le fait d’appuyer vers le boitier éviterait, en cas de vitesses lentes, le flou de bougé.

Bon, ai-je fait le tour des choses étranges de ce boitier ?

Non, il reste un point rouge, sous le miroir, que je n’ai pas encore évoqué.

Vue rapprochée de l'objectif d'un vieil appareil photo, montrant l'intérieur et les mécanismes visibles.

L’appareil possède un piston d’ouverture automatique pour que la photo puisse être composée avec le diaphragme ouvert à son maximum, pour plus de luminosité dans le viseur. Lorsque vous déclenchez, l’ouverture revient à celle que vous aviez déterminée. Le petit bouton rouge que vous apercevez sous le miroir engage le piston s vous le poussez vers la gauche et le dégage si vous le poussez vers la droite, ce qui peut-être utile avec une optique non automatique.

Que penser de cet appareil ?

Franchement, c’est plus un appareil destiné à la collection qu’à l’usage.

En effet, son poids, son miroir sans retour automatique, ses objectifs à piston, l’ordre des vitesses et la manière de les régler, le dos qui ne tient pas, … si tout cela pouvait en 1959 -1960 être justifiable eut égard au prix de l’engin, de nos jours, ce n’est vraiment guère pratique pour un usage courant.

Ceci étant, si vous avez envie de constater comment faisaient nos parents et grands-parents avec ce type d’engin, c’est une curiosité à tenter.

Pour ma part, il ne me tente pas mais je trouvais qu’il était intéressant à découvrir puisque j’ai déjà écris pas mal d’articles sur la marque, en tout cas sur les boitiers de la série L, plus modernes et qui sont les plus connus.

Enormément de photographes ont débuté avec un Praktica dans les années septante et quatre-vingt, car ils étaient des appareils simples, solides, faciles à utiliser et, surtout, très abordables financièrement, bien plus en tout cas que les excellents boitiers japonais qui avaient conquis tous les marchés.

Et lorsque les photographes avaient bien progressé et fait quelques sérieuses économies, ils passaient chez Canon, Nikon, Minolta, Pentax, Olympus, etc.

Vidéo d’illustration

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par LA.

  • Praktica IV
  • Créé par Horst Strele, fabriqué de juin 1959 à mars 1960
  • Production : environ 30.500 exemplaires
  • Obturateur en tissu caoutchouté à plan focal horizontal, vitesses de 1/2, 1/5, 1/10, 1/25, 1/50, 1/100, 1/200,1/500s plus pose B
  • Viseur avec pentaprisme avec lentille de type Fresnel, miroir sans retour instantané
  • Avance du film par levier situé sous le boitier et par le bouton d’armement à droite
  • Compteur de vue manuel
  • Objectif M42
  • Flash : griffe accessoire sans contact, deux prises coaxiales sur le devant du boitier, synchro X et F
  • Poids nu : 796gr

Des références

https://camera-wiki.org/wiki/Praktica_IV, https://oldcamera.blog/2015/12/12/praktica-iv/, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Praktica_IV_%26_V, https://www.35mmc.com/20/10/2025/prakticas-and-their-associated-lenses-building-a-film-camera-and-lens-system-at-reasonable-cost/, en anglais ; https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-12604-Pentacon_Praktica%20IV%20.html, https://focusargentique.fr/appareil-photo/praktica-iv/, https://fr.wikipedia.org/wiki/Praktica, en français ; https://www.praktica-collector.de/Praktica_IV_V.html, https://www.praktica-collector.de/142_Praktica_IV_B.htm , en allemand