Argentique

Un centenaire encore alerte, le Ernemann Rolf 1

Préambule

Alors que je désespérais de trouver quelque chose sur cette brocante du Brabant Wallon, j’ai découvert ce tout petit appareil dans une caisse, à côté d’un Zenit 12 XP. Propres, en bon état, le vendeur m’a expliqué que c’était un vieux monsieur qui les lui avait donné, pour les vendre, car il ne s’avait plus qu’en faire et que c’eut été dommage de les jeter. Nous sommes bien d’accord !

Si j’ai laissé de côté le Zenit, celui-ci m’a intrigué, d’abord par son nom : un Ernemann, une légende dresdoise qui sera absorbée par le géant Zeiss Ikon.

Bien sût, il a vécu, les traces sur sa peinture noire en sont la preuve mais à sa décharge, il fonctionne toujours sans soucis alors qu’il est plus que centenaire.

Mais nous allons voir cela ensemble …

Un peu d’histoire

Le nom de Zeiss Ikon revient souvent sur le site car ils furent prolifiques. Mais n’oublions pas que la marque est le résultat de la fusion d’entreprises connues, en 1926 : Ernemann fusionne avec ICA (Internationale Camera AG), Contessa-Nettel et Goerz pour former Zeiss Ikon.

Les débuts de l’histoire

Mais commençons par le début de l’histoire. En mai 1850 nait à Gernrode (Allemagne) un certain Johan Heinrich Ernemann. Il n’est pas issu des classes sociales favorisées et son enfance se passe dans une ferme pauvre. Après avoir fréquenté l’école primaire dans son village, il quitte sa région en 1866.

Portrait en noir et blanc d'un homme âgé avec une barbe blanche, portant un costume sombre et une cravate, les mains jointes devant lui.

Il ne sera pas enrôlé dans l’armée et échappe ainsi à la guerre franco-prussienne de 1870-1871. Il s’inscrit en 1873 dans une école de commerce à Pirna. Ensuite, on le retrouve voyageur de commerce avant d’épouser, en 1875, la fille d’une dame tenant une mercerie. Qu’il fera prospérer et qui lui permettra d’économiser pour racheter les parts d’un magasin de photographe, petit à petit.

Pas n’importe quel magasin de photographie, celui de Wilhelm Franz Matthias, qui fabriquait des châssis d’appareils photo.

En 1889, les deux compères s’associent pour fonder la Dresdner Photographische Apparate-Fabrik Ernemann & Matthias, qui fabrique dans un premier temps des appareils en bois pour les studios et pour les voyageurs nantis. C’est la période des chambres Globus.

Appareil photo ancien en bois avec lentille et mécanisme d'extension.

Déjà H. Ernemann essaie de développer un côté industriel à une production autrefois individualisée et artisanale. Il introduit des machines à vapeur (1890) pour la production, sans plus devoir compter sur des fournisseurs externes pour les petites pièces métalliques, notamment, et le travail du bois.

Un industriel innovant et visionnaire

Las, mécontent de cette industrialisation, W. Mattias quitte l’entreprise un an plus tard, laissant seul aux commandes H. Ernemann, le photographe et industriel autodidacte.

Son entreprise dépose plusieurs brevets et publie son premier catalogue en 1896, année où il reçoit des prix lors de l’exposition Great Trade and Art à Dresde.

Autre innovation, il signe ses appareils de son nom alors qu’auparavant, c’était le nom des distributeurs que l’on y notait.

La qualité de ses fabrications, leurs innovations, la structure visionnaire de son entreprise le place sur le même pied que des grands noms, à Dresde, tels que Emil Wünsche ou Richard Hüttig, qui fusionneront en ICA pour éviter la faillite. Car Dresde est un centre reconnu pour la fabrication des appareils photo. Or trop de production et pas assez de commandes (les acheteurs doivent être assez aisés à cette époque pour se payer un appareil photo) et c’est la culbute.

Il a bien compris que l’industrialisation de la production est la condition sine qua non pour perdurer. Les fabricants de l’époque qui ne l’ont pas assimilé tombent en faillite les uns après les autres ou sont rachetés par ceux qui ont compris.

En 1899, il introduit son entreprise en bourse et pour protéger ses inventions, il dépose la marque Lichtgöttin (Déesse de la Lumière), utilisée sur les productions d’équipement de l’entreprise jusqu’en 1920, après quoi elle n’a été utilisée que pour leurs produits chimiques.

Mosaïque représentant une femme avec un visage vert, des cheveux longs et une couronne, entourée de motifs géométriques colorés.
Lichtgöttin ( = déesse de lumière, mosaïque à l’usine d’Ernemann, Dresde

Le logo suivant sera celui utilisé pour l’association avec Krupp (voir ci-dessous)

Logo d'Ernemann représentant une forme stylisée en noir et blanc.

Ernemann, c’est aussi du cinéma

Toujours à l’affut de marchés porteurs, en 1903, H. Ernemann lance sa première caméra cinéma destinée aux amateurs, la Kino. C’est d’ailleurs un bel exemple de l’approche, parfois agressive, de Ernemann : c’est Fridolin Kretzschmar qui, en 1902, avait inventé une telle caméra utilisant du film 17,5mm et destinée aux amateurs. H. Ernemann a bien compris l’intérêt de cette invention car sa Kino est très proche de cette invention, parfois en collaboration avec Kretzschmar, puis en détournant sa clientèle jusqu’à ce qu’il quitte le marché.

Un ensemble d’accessoires étaient prévus pour cette caméra. Mais soyons de bon compte, elle était destinée aux amateurs, certes, mais nantis.

Ceci dit, sur la lancée, et avec son fils Alexander, Ernemann a produit des films éducatifs et scientifiques destinés à ceux qui avaient un projecteur en 17,5mm (un film 35mm non perforé tranché dans le sens de la longueur avec des trous de pignon qui descendaient au centre). Ceux-ci devaient être excellents car il obtint un doctorat scientifique en 1924 grâce à eux.

Ernemann construit une nouvelle usine, non loin d’ICA, à Dresde, qui devient ainsi le centre de l’industrie photographique de l’Empire Allemand. Ensuite, sous l’impulsion de son fils*, la société se dote de contrôles qualité et d’un système d’apprentissage destiné au futurs collaborateurs.

*Alexander Karl Heinrich Ernemann (1878 – 1956) a fait des études en Amérique, notamment pour la gestion moderne des entreprises. H. Ernemann eut aussi d’autres enfants : Frieda Henriette Marie Therese (1876–1954), Anna Katharina Gertrud (1880–1940), Dora Bertha Johanna (1883–1942) et Fritz Henry Otto (1886–1941). L’épouse de Heinrich Ernemann, Marie Therese, décédait le 22 août 1917, onze ans avant lui.

L’entreprise développe un marché à l’international. Un exemple cité : l’Institut topographique russe de St Petersbourg à fait construire un équipement spécial basé sur 7 caméras Ernemann pour photographier, depuis un ballon, les opérations de la guerre russo-japonaise.

Portrait en noir et blanc d'un homme barbu avec des cheveux blancs, portant un costume, avec un cadre décoratif. Texte en plusieurs langues indiquant "Heinrich Ernemann, société anonyme pour la fabrication d'appareils photographiques, Dresden".

Vers 1907, Ernemann fabrique ses propres optiques (auparavant, c’était Carl Zeiss et Goerz qui le fournissaient) et se fait livrer le verre par Jena (ou Iéna). Il sortira aussi un réflex à objectif unique, une caméra panoramique et un projecteur de film de cinéma, l’Imperator, qui reçu de nombreux prix, notamment pour sa fiabilité. Quasi tous les cinémas de Paris se sont, par exemple, équipés en H. Ernemann.

La gamme de la production des entreprises Ernemann va donc maintenant des appareils à plaques aux appareils à pellicule, des projecteurs de cinéma, des appareils stéréoscopiques et des stéréoscopes (pour lire les films), ainsi que des appareils pour usages particuliers. Tous leurs produits sont reconnus pour leur innovation et la qualité de leur fabrication.

Pour la petite histoire, Ernemann employait un certain Johan Steenbergen, celui là même qui devait fonder plus tard Ihagee !

La Seconde Guerre mondiale

Las, la Première Guerre Mondiale pointe le bout de son vilain nez. Pendant celle-ci, l’entreprise va produire des appareils destinés à l’armée (caméra de mitrailleuse par exemple). La situation est précaire au début de la guerre mais bien vite, grâce aux commandes de l’armée allemande, l’entreprise réengage du personnel et trouve un débouché avec des appareils semblables aux Vest Pocket de Kodak, appareils destinés aux soldats sur le front et ailleurs. Ces appareils autrefois destinés aux civils eurent beaucoup de succès.

Le nom de la société change en 1917 et devient Ernemann-Werke AG. Trois ans plus tard, Ernemann crée, avec le géant de l’acier Krupp auquel il s’associe, un département dédié à la production des projecteurs pour cinéma, appelé Ernemann-Krupp Kinoapparate.

Au sortir de la guerre, en 1920, l’entreprise lance enfin la construction d’un nouveau bâtiment, avec un espace central en forme d’une tour de très grande taille. En 1923, Dresden-Streisen devint le siège de l’usine d’appareils photo. Le bâtiment existe toujours et est encore connu sous le nom de Tour Ernemann.

Autre petite histoire, au sujet de cette tour : c’est elle l’emblème de Pentacon ! C’est l’ogre est-allemand qui a avalé la moitié de Zeiss Ikon au sortir de la seconde guerre mondiale.

L’après guerre enfin

Dresde était vraiment à l’époque l’épicentre de l’industrie photographique allemande et même mondiale.

L’inflation qui suivi les années de guerre fut favorable aux exportations de la société, en tout cas jusqu’en 1923. Car dès 1924, il faut rationaliser et réorganiser pour, enfin, convaincre ICA (Internationale Camera AG – Dresde), Goerz (Berlin) et Contessa-Nettel (Stuttgart) de fusionner pour former Zeiss Ikon en 1926. Ce qui est une autre histoire …

Entre temps, Ernemann avait encore produit l’Ermanox (1925) avec un objectif immense de 85mm ouvrant à f1,8, assez unique pour l’époque. L’appareil sera suivi d’une version réflex en 1926.

Appareil photo vintage noir avec un objectif en verre, un boîtier rectangulaire et un couvercle supérieur repliable.
Un appareil étonnant et très en avance sur son temps que cet Ermanox (nox en latin veut dire nuit car l’objectif permettait de photographier par très faible luminosité, pour l’époque).

Au moment de son passage chez Zeiss Ikon, Ernemann avait alors déposé 213 brevets.

L’Ermanox sera abandonné en 1931. Cet appareil sortant de l’ordinaire devant s’incliner devant le Leica et le Contax, plus portables et d’aussi excellente qualité.

Heinrich Ernemann s’éteint en 1928. Son fils, Alexander, reste dans la société jusqu’à son décès, en 1956.

Finalement le nom d’Ernemann disparait au seuil des années quatre-vingt. Quoique la Ernemann CinoTec GmbH reste un producteur allemand de systèmes de projection encore de nos jours.

Présentation du Ernemann Rolf 1

Illustration d'une femme avec des bijoux et un coiffure élaboré, entourée de motifs géométriques, avec le texte 'ERNEMANN CAMERAS' en bas.

Le Rolf 1, sorti en 1922, était destiné aux débutants. C’est un appareil facile d’utilisation, sans trop de réglages mais fabriqué très sérieusement. Il sera produit jusqu’en 1923. Son corps est en métal embouti, sans doute du laiton (l’appareil pèse quand même 332gr, sans film à l’intérieur)

Nous pourrions le comparer au Vest Pocket de Kodak, légèrement antérieur dans sa première version.

A gauche, le Vest Pocket de Kodak ; à droite, le Rolf 1 d’Ernemann

Comme lui, l’appareil s’ouvre en abaissant une porte avant. Il faut ensuite faire avancer le bloc obturateur/objectif sur le rail place sur l’intérieur de la porte (ce n’est pas le plus évident à faire). Ceci étant fait, le soufflet est complètement sortir et tendu (c’est là que j’ai constaté une petite déchirure dans le mien).

L’obturateur maison n’a qu’une vitesse … modulable selon le photographe qui appuie sur le levier plus ou moins vite. Il est couplé à un levier, sur le côté gauche, pour régler l’ouverture, indiquée par des lettres et chiffres : M12 = Moment, soit le mode instantané à f/12, Z12 = Zeit pour le mode temps à f/12 et Z18 = mode temps à f/18.

Une prise, filetée, sur la droite, permet de fixer un déclencheur souple.

L’objectif est un Rapid Rectilinear de 75mm ouvrant à f12. La distance se règle en faisant coulisser l’ensemble sur un rail. Les distances sont gravée sur une échelle, à gauche du rail.

Le viseur est mobile, sur le dessus du bloc obturateur/objectif. On peut le faire basculer sur le côté pour les prises de vue horizontales. Disons que la visée est assez … aléatoire (j’ai pourtant bien nettoyé les verres et le miroir. Mais c’est très petit).

Sur la porte abattue, vous trouverez un filetage pour fixer un trépied. Elle tient fermement ouverte grâce à deux compas, sur lequel il faut appuyer pour libérer l’ensemble et refermer la porte.

C’est un appareil qui utilise du film en rouleau au format dit 127.

Pour ouvrir l’appareil, il faut tirer fermement sur le clip , au dessus, et le boitier s’ouvre en deux, découvrant la chambre. Les photos auront un format de 4x6cm.

Pour avancer le film, une simple clé, à l’opposé de laquelle vous trouverez un second filetage pour trépied.

Ici pas de compteur de vue mais une fenêtre rouge inactinique, qui ne porte pas de volet de protection.

Il existe une variante de ce modèle, qui réalise des images de 22x33mm sur pellicule 24×36. Attention, il s’agit du même film que celui du Ernemann Unette, c’est – à – dire un film au format 24x36mm mais avec un support en papier, comme le 127.

Le successeur, le Rolf 2 gagnera un meilleur obturateur et il sera possible de choisir entre plusieurs objectifs différents. Il était aussi recouvert d’une feuille de cuir véritable. Celui-là sera produit de 1923 à 1926.

Que penser de cet appareil ?

Comme je l’écrivais, les réglages sont très limités mais, contrairement au Vest Pocket de Kodak, ils sont plu clairs et accessibles.

Bien que très simple, on sent que l’ensemble a été assemblé avec soin et fait pour durer … longtemps : cet exemplaire est centenaire et toujours fonctionnel !

Ceci étant, c’est plus un appareil de collection qu’un boitier que l’on a envie de sortir pour prendre des photos, bien que le film 127 existe toujours (voir le site de Retrocamera.be).

Laissons-le se reposer, il a bien servi.

De fait, je suis très heureux d’avoir eu en mains mon premier Ernemann et je ne désespère pas d’en trouver d’autres, qui sait, un Ernemanox par exemple (on peut toujours rêver, non ?).

Quant à sa valeur selon l’état, les prix varient de 30 à 100€. Le prix d’un vieux Monsieur qui a vu passer deux guerres mondiales et une infinité d’autres conflits.

Un peu de technique

  • Appareil à soufflet, pliant Ernemann Rolf 1
  • Ouverture par porte abattance
  • film 127 pour image de 4x6cm
  • Objectif Rapid Rectilinear à simple ménisque de 75mm, ouvrant à f12 et f18
  • Obturateur simple
  • Viseur de côté, à la taille
  • Construction métallique

Des références

https://collection-appareils.fr/x/html/camera-2559-Ernemann_Rolf%201.html, https://fr.wikibooks.org/wiki/Photographie/Fabricants/Ernemann, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-10070-Ernemann_.html, en français ; https://camera-wiki.org/wiki/Ernemann_Rolf_I, https://collection.sciencemuseumgroup.org.uk/objects/co16160/ernemann-rolf-1-folding-bellows-camera-for-rollfilm-no-127-v-p-k-rollfilm-camera, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Ernemann_Rolf_I, https://camera-wiki.org/wiki/Ernemann, https://en.wikipedia.org/wiki/Heinrich_Ernemann, https://www.historiccamera.com/cgi-bin/librarium2/pm.cgi?action=app_display&app=datasheet&app_id=3285, https://stereoscopyhistory.net/compendium/ernemann, en anglais ; https://www.engel-art.ch/ernemann-rolf-i/, https://saebi.isgv.de/biografie/Heinrich_Ernemann_(1850-1928), en allemand

Argentique

Un compact hors du temps, le Zeiss Ikon Contessa Matic E

Préambule

C’est encore un appareil acheté lors de la brocante de l’Unicef, à Ath, chez ce Monsieur qui, petit à petit, liquide une partie de sa collection.

Je n’ajouterai donc pas qu’il est en parfait état et tout à fait fonctionnel.

Comme d’habitude, je ne résiste pas au plaisir de vous présenter un appareil qui approche des ses ans et qui semble encore neuf : on construisait solide à ce moment là !

Un peu d’histoire

Rassurez-vous, je ne serai pas long car j’ai déjà souvent évoqué cette marque, incontournable de l’histoire de la photographie allemande et de la photographie tout court.

Vous trouverez des bribes de celle-ci lorsque j’évoquais le Zeiss Ikon Contessamat SBE, le Super Nettel, le Contina Ia, le Zeiss Ikonta B 521/16, en compact et folding compact, sans oublier une des stars de la marque, le Super Ikonta 531/2, un folding télémétrique en bobine de 120. Il y en a d’autres, je vous laisse fouiller.

Retenons simplement que Zeiss Ikon, au début du siècle passé, fondé par August Nagel, sera un ogre en Allemagne et il absorbera les marques historiques de l’Allemagne de l’Ouest et de l’Est (Ica, Ernemann, C.P. Goerz et Contessa-Nettel) avant la seconde guerre mondiale .

Les appareils fabriqués seront de qualité, avec des objectifs et/ou des obturateurs parmi ce qui se faisait de mieux à leur époque ; des boitiers de toute une vie comme on le disait (et le pensait à l’époque – l’obsolescence programmé, c’est dans les années quatre-vingt !).

Cependant, revers de la médaille, ces appareils sont chers car construits avec des matériaux de qualité et avec une complexité qui confine parfois à l’excentricité (pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué). Mais surtout, les lignes d’appareils issus des différentes fusions n’ont jamais été rationnelles, trop nombreuses, se recoupant parfois Un déficit structurel en marketing et en gestion n’arrangera rien Il est même étonnant que l’entreprise ait tenu si longtemps.

Ils seront incontournables pendant les années trente et quarante, fragilisés dans les années cinquante et dépassés dès les années soixante, balayés par les produits japonais. Ces derniers avaient compris que les boitiers devaient être facilement reproductibles, fabriqués avec soin, avec de bons matériaux, sans faire l’impasse sur les innovations telles l’électronique et la miniaturisation des éléments. Surtout, ils ont lancé un appareil qui allaient reléguer aux oubliettes les modèles que je vous présente ici, le réflex. Un appareil ultra polyvalent.

Au début des années septante, la messe était dite …

Présentation du Zeiss Ikon Contessa Matic E

D’emblée l’appareil est ambigu car s’il est bien noté Contessa sur le pourtour de l’objectif, un Carl Zeiss Tessar de 50mm ouvrant à f2,8, il n’est écrit nulle part qu’il s’agit d’un Matic E.

Appareil photo vintage Contessa avec un boîtier noir et des accents argentés.

On comprend vite que c’est un appareil télémétrique et qu’il possède une cellule au sélénium. En regardant à travers le viseur, on se rend compte (quand cette cellule fonctionne encore, comme ici) que la mesure de la lumière est couplée au jeu du diaphragme, une petite aiguille, au dessus du cadre, bouge quand on modifie l’ouverture.

Est-ce là l’automatic du nom ? De fait, il a existé aussi un Contessa Matic, similaire à celui-ci avec une cellule au sélénium dont on lit la valeur sur le capot, mais sans télémètre

C’est donc le couplage du posemètre au diaphragme qui justifie cet automatic. Et le E me direz-vous ? il s’agit du E de Entfernungsmesser, télémètre en allemand.

Ajouté au télémètre couplé, cela fait de ce Contessa Matic E la Rolls Royce de Zeiss Ikon à cette époque (1960). Car l’appareil offre ce qui se fait de mieux alors et est construit selon les standards de la marque, c’est-à-dire fait pour durer.

C’est en fait un boitier semi-automatique si vous optez pour le contrôle de l’exposition couplée à la cellule ou le mode manuel si vous voulez tout contrôler vous-même. Ce compact vous offre le même confort que le Contaflex Super (un réflex) dans un gabarit réduit et très transportable.

Objectif d'un appareil photo vintage avec des inscriptions en métal, sur fond blanc.

Son objectif, un Carl Zeiss de formule Tessar, un 50mm ouvrant de f2,8 à f22 est réputé excellent. C’est le même que celui du Contaflex Super B.

Le viseur, très grand et clair, avec un cadre collimaté et correction de la parallaxe, possède une petite fenêtre, en haut au milieu, qui montre l’aiguille de la cellule. Celle-ci oscille de gauche à droite selon l’exposition, qui est correcte lorsque celle-ci se stabilise au centre. Une seconde fenêtre, sur le capot, peut aussi être consultée.

Puisque nous sommes sur le dessus de l’appareil, restons-y pour constater qu’il est dépouillé. A droite, une large molette, encastrée, qui entoure le déclencheur : c’est le compteur de vue, qu’il faut positionner manuellement sur le nombre de vues du film. Attention, il décompte les images prises.

Vue du dessus d'un appareil photo argentique vintage avec un objectif clairement visible et des boutons de réglage.

Au centre, la griffe dite froide (sans contact) pour des accessoires ou un flash non dédié, avec le prise PC à l’extrémité gauche.

Juste à côté de la griffe, la seconde fenêtre de la cellule. Et tout contre, deux trous (qui devraient être cachés par un bouchon en plastique) : ceux-ci servent à fixer le flash Ikoblitz 4 Spécial (sa s fil) ou le Ikoblitz 4 Standard (avec fil). Et c’est tout.

Par dessous, au centre, le filetage pour fixer l’appareil sur un trépied. A droite, le bouton pour autoriser le rebobinage et qui a une seconde fonction quand on appuie dessus : il libère la manivelle pour rebobiner le film.

Le dos de l’appareil s’ouvre avec un discret verrou, sur le flanc gauche, découvrant la chambre, classique. Sur la porte arrière, un disque aide-mémoire pour la sensibilité du film, en Asa/Din.

Le levier d’armement est très discret car seule la partie que le pouce accroche fait saillie, le reste étant caché sous le capot.

Et puis venons-en au cœur de l’appareil, son objectif et son obturateur. L’objectif est magnifique, nous l’avons vu. L’obturateur est un Gauthier, un Prontor SLK Spezial. C’est un obturateur à lamelles, situé au centre de l’ensemble. Il donne des vitesses de 1s à 1/500s, la pose B et même un minuteur, plus la synchro flash.

Appareil photo vintage Contessa avec un objectif argenté et un design noir.

Trois lettres, sur le côté droit, vers le bas : V – X – M. La première est la position du minuteur, la seconde la synchro flash électronique et la troisième, la synchro flash à ampoules. Ne pas forcer, pour les faire bouger, il faut appuyer sur la languette juste au dessus.

Contre la façade, un anneau avec deux grosses poignées de préhension facilitent la mise au point, de 90cm à l’infini. Une échelle de profondeur de champ est gravée sur le fut.

L’avant dernier anneau, lui aussi muni de poignées pour un usage rapide, est celui des ouvertures, de f2,8 à f22. Vous constaterez que sous certaines conditions, il tourne avec le dernier anneau, celui des vitesses, et inversement. C’est le fameux couplage ouvertures/vitesses sensé nous simplifier la vie. Heureusement, c’est débrayable.

Par dessous, un discret bouton coulisse pour indiquer la sensibilité du film, de 12 à 33Din (de 12 à 1600 Asa).

Comme l’objectif est fixe, il était possible de fixer des compléments optiques, tels les Z E I S S P R O X A, qui permettaient de descendre jusqu’à 20cm.

Pour une fois, je n’ai pas de sac tout prêt avec le boitier. Ce qui pose problème si on veut le transporter car il ne possède pas d’attaches pour y fixer une dragonne ou une sangle. Restera à le déposer dans un sac (oubliez la poche, il est trop lourd, près de 700gr avec un film).

Dernier point. Ce modèle est le second produit. Au jeu de différences entre son ainé et lui, notons que les deux trous du flash étaient couvert par une petite plaque métallique pivotante, absente du second ; la lecture de la cellule par au dessus se faisait à travers une loupe, disparue ici aussi ; le compteur de vue portait aussi une roue supplémentaire qui était le mémo de sensibilité du film, relégué sur la porte arrière ici. C’est tout mais ça vous permet de voir quel type d’appareil vous avez sous les yeux.

Que penser de cet appareil ?

Contemporain du Kodak Retina IIF que je vous présentais sous peu, personnellement, je trouve qu’il manque de ce petit je ne sais quoi qui charme dans le Kodak.

Ici nous avons un beau rectangle, sans fantaisie, rationnel, très bien construit, efficace mais … terne (je sais, c’est subjectif).

Au delà de ces considérations esthétiques, force est de reconnaître que c’est un bel engin. Avec ou sans cellule fonctionnelle, il est toujours partant si vous vous munissez d’une cellule à main ou si vous pratiquez la règle du Sunny 16.

C’est un télémétrique efficace pour la photo de rue, grâce notamment à son grand viseur, très clair et à la facilité de réglage de celui-ci.

Peut-être un peu plus discret que le Kodak, il attirera quand même les regards car on en voit peu. Non pas qu’il soit rare mais l’absence d’identification aisée fait qu’on l’oublie trop souvent. Pourtant à son époque, il était un bel appareil haut de gamme.

Si vous voulez sortir des sentiers battus, pourquoi pas le faire avec lui ?

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

  • Zeiss Ikon, Allemagne (Stuttgart)
  • Film 135 (24x36mm)
  • Transport de films manuel, levier d’armement couplé (avance du film et obturateur)
  • Télémètre à coïncidence
  • Compteur de vue intégré et couplé
  • Cellule au sélénium, sensibilité de 12 à 1600 Asa (12 à 33 Din)
  • Contrôle de l’exposition manuel et semi-automatique avec utilisation de la mesure EV (couplage vitesse/ouverture)
  • Objectif fixe Zeiss Carl, Oberkochen, 50mm ouvrant à f2,8 jusque f22, filtre à visser 28,5mm
  • Obturateur Alfred Gauthier, Calmbach, Allemagne, Prontor SLK Spezial
  • Vitesses 1s à 1/500s plus pose B, minuterie et synchro flash; flash dédié Ikoblitz 4 Special sans fil ou flash Ikoblitz 4 Standard avec prise PC sur le dessus
  • Poids nu 638gr
  • Période de production de 1960 à 1964

Références

https://kameramuseum.de/objekte/zeiss-ikon-contessa-matic-e/, en allemand ; https://parlonsargentique.com/zeiss-ikon-contessa-matic-e-fiche-technique-avis/, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-11844.html, https://www.mes-appareils-photos.fr/Zeiss-Ikon-Contessamatic-E.htm, https://dekerampois.e-monsite.com/pages/appareils-photographiques/u-z/zeiss-ikon/contessa-matic-e/, https://www.mes-appareils-photos.fr/Zeiss-Ikon-Contessamatic-E-1.htm, en français ; https://bluemooncamera.com/museum/exhibit/268/zeiss-ikon-contessamatic-e, https://www.pacificrimcamera.com/pp/zicontessamatic.htm, https://www.pacificrimcamera.com/rl/00076/00076.pdf, en anglais

Argentique

Fatigué, j’ai pris une chambre … chez Zeiss Ikon

Préambule.

Cette chambre, c’est à la braderie d’Amiens que je l’ai trouvée, un peu seule sur un stand où grouillait plein d’objets sans rapport avec la photographie.

Il lui manque la partie avec le dépoli arrière mais j’ai un beau magasin pour plaque de verre. Peut-être chercherais-je la partie manquante, si elle présente un intérêt.

Car c’est souvent l’enjeu d’un tel achat : découvrir par après son histoire, son intérêt pour l’histoire de la photographie.

Un peu d’histoire.

Je pense pouvoir me dispenser d’encore vous présenter Zeiss Ikon, pour lequel j’ai déjà écris quelques articles, sur des folding ou des réflex.

Juste revenir sur un point : La Zeiss Ikon AG est le résultat d’une fusion industrielle des plus grands acteurs allemands de la photographie, de l’optique et de la mécanique de précision.

C’est Carl Zeiss qui en est l’instigateur et l’actionnaire majoritaire. Celle-ci se fera sur plusieurs années et débute en 1909 avec la fusion de Hüttig (Hüttig AG, fut pendant un certain temps le plus important fabricant européen d’appareils photographiques – 1860 – 1909), Krügener (Dr Rudolf Krügener, Laboratoire photochimique et usine d’appareils photographiques Frankfurt-Bockenheim. Un atelier interne de meulage de lentilles et un département de production de photochimiques complétaient l’usine – 1887 – 1909), Wünche (fabriquant d’appareils photo à Dresde – 1887 – 1909) et Carl Zeiss, dans une entité appelée ICA (Internationale Camera Actiengesselschaft).

Ensuite, en 1926, ICA (Dresde) fusionne avec l’Institut d’optique CP Goerz AG (Berlin), Contessa-Nettel AG (Stuttgart) et Ernemann-Wercke AG (Dresde).

La société est fondée par un transfert d’actifs à Goerz AG, qui prend le nom de Zeiss Ikon AG et établit son siège social à Dresde.

Pourquoi Zeiss Ikon ? Puisque la société sera active dans la photographie, elle emprunte au mot grec eikon (εἰκών) ou ikon en allemand, qui veut dire image ; et Zeiss pour rappeler le rôle de Carl Zeiss dans l’aventure.

Le premier catalogue des produits sera proposé dès 1927 et on y retrouve encore de nombreux produits des sociétés fusionnées. Fusion qui sera terminée en 1928 avec l’intégration des anciennes filiales de Goerz.

Tout ceci pour expliquer pourquoi cette chambre s’appelle Simplex, que Zeiss Ikon a souvent utilisé pour des appareils différents mais bien souvent destinés à être des entrées de gamme. C’est un nom qui est hérité de chez Ernemann en fait.

Cette chambre est un véritable exercice de style pour réduire les coûts de fabrication et de vente (leur prix sera inférieur à celui des box Kodak de même format) :

  • le corps est en bois
  • l’abattant est en métal
  • pas de ciseaux pour l’ouverture de l’abattant mais bien deux replis simples
  • un goujon glisse dans une rainure creusée dans le corps en bois.

Zeiss Ikon corrigera rapidement cette construction, peu fiable et ajoutera de vrais ciseaux pour tenir l’abattant et deux rainures seront posées sur le métal pour faire glisser le combo objectif/obturateur. Un levier, en bout de course, permet de régler la distance.

Le chariot qui supporte le combiné objectif/obturateur est en une seule pièce de métal embouti. La surface sous le combiné porte le logo de la marque, lui aussi embouti dans la tôle et bien visible.

Enfin, les objectifs – des Frontar ou Novar – et les obturateurs – ici un Zeiss Ikon ou des Derval – sont tous des bas de gamme. Tout est bon pour diminuer les coûts et maintenir le prix de vente très attrayant.

La chambre Simplex est déclinée en 6,5 x 9cm et en 9 x 12cm. Elle est essentiellement destinée aux débutants et aux amateurs.

Mais même si on a rogné sur les coûts de fabrication, la réputation de Zeiss Ikon ne saurait souffrir un appareil qui n’inspire pas la solidité, ce qui explique le plastron massif qui porte le combiné objectif/obturateur et le célèbre logo, sans oublier le gros viseur orientable.

Présentation de la chambre Zeiss Ikon Simplex 112/7.

Comme souvent avec ces anciennes chambres, on à l’impression d’avoir devant soi une boite rectangulaire, toute noire, du moins quand elle est fermée. Hormis la discrète lanière en cuir sur le dessus, tout est quasi lise, un brin mystérieux car si on n’a pas l’habitude, on cherche longtemps comment ouvrir cette boite à secrets.

Si vous regardez bien, presque sous la lanière de portage, il y a un léger renflement dans le cuir noir. C’est le très discret bouton qui permet de libérer le verrou qui tient l’abattant.

Appareil photo vintage Simplex 112/7 avec une sangle en cuir usée.

Ici, il ne faut pas aider celui-ci à s’ouvrir, preuve que la chambre est propre. On tire l’abattant bien à plat, jusqu’au clic des deux ciseaux qui assurent le blocage de l’ensemble. Et dans le fond de la boîte, on aperçoit le fronton noir, avec l’objectif au centre.

Un ancien appareil photo en bois noir, ouvert, présentant un objectif et un viseur, sur fond blanc.

Première micro crainte : comment bien placer les bords du combiné sur les deux rails chromés ? Avec un peu de patience, c’est vite chose faite et il reste alors à tirer sur le soufflet jusqu’à ce que ce dernier se bloque, un tenon s’étant pris dans un ressort posé à l’extrémité de l’abattant.

Pour refermer l’ensemble, il faudra bien évidemment tout débloquer et rentrer jusqu’au bout la chambre dans sa boite avant de repousser l’abattant à sa place.

Sur cet exemplaire, l’objectif est un Frontar de 14cm ouvrant à f9, dont la mise au point minimale est de 2m jusque l’infini. Les ouvertures sont limitées au f9 -16 -32. On règle celles-ci avec le curseur sous le combiné.

Appareil photo vintage noir avec objectif Zeiss Ikon et réglages visibles.

L’obturateur doit être un Derval quoiqu’il soit marqué Zeiss Ikon. Les vitesses sont elles aussi réduites : 1/25 – 1/50 – 1/100 plus une pose B et une T. Autre particularité : comme pour les box Kodak (par exemple), il n’y a pas d’armement préalable. Lorsque vous actionnez le levier, l’obturateur s’ouvre à la vitesse choisie, directement.

Gros plan sur un appareil photo vintage Zeiss Ikon avec des réglages de lentille et un corps noir.

Sur le dessus du plastron métallique, un gros viseur, orientable, autorise une visée, heu … approximative. Mais qui me fait penser qu’il n’y avait sans doute, in fine, pas de dépoli sur ce type de chambre simplifiée et que la visée se faisait à hauteur de poitrine. Cependant, chez Collection-appareils ils mentionnent un dépoli pour la visée, en plus de ce viseur redresseur. Quelques exemplaires auraient aussi eu droit à un petit niveau à bulle, placé sur l’abattant.

Vue supérieure d'un appareil photo ancien avec un soufflet et un viseur.

L’ajustement de la distance se fait avec le bouton situé sur le demi-cercle au bout du rail. Là aussi, les distances sont inhabituelles : 2m – 3 – 4 – 7 – 15 – infini.

Vue rapprochée d'un appareil photo vintage avec un mécanisme de prise de vue en métal et boutons de réglage.

Passons à l’arrière de la chambre maintenant. D’abord, ce qui frappe, c’est l’espèce de boite métallique accolée à l’arrière, avec ce panneau qui ressort, invitant à tirer dessus.

C’est en fait une simple feuille de métal noir, qui sépare la chambre (soufflet) du châssis dans lequel était déposé une plaque de verre enduite d’une substance sensible à la lumière.

Un appareil photo ancien avec une structure en métal noir, ouvert pour révéler son intérieur réflexif.

Cet ensemble peut s’ôter en dégageant un verrou, sur le côté gauche, et c’est tout le dos qui se retire, dégageant l’intérieur du soufflet. Deux autres verrous, à pousser, permettent d’ouvrir le couvercle métallique pour y introduire une plaque de verre.

Celle-ci est au format 9x12cm, qui généralement se tirait par contact, la taille du négatif étant assez grande que pour restituer sans agrandissement l’image captée.

Si le soufflet de la chambre est en parfait état, je vais remplacer les bandes de feutrines qui préservent de la lumière le dos. Après autant de temps, c’est normal.

Ah oui, parce que je ne vous ai pas encore précisé que cette chambre Zeiss Ikon Simplex date de 1929. Elle est presque centenaire … et toujours fonctionnelle. Parfois je me demande ce que ferons nos arrières-arrières petits enfants en découvrant nos hybrides d’aujourd’hui !

Que penser de cette chambre ?

Des appareils bas de gamme comme ça, j’en veux bien tous les jours !

Bien évidemment, ce n’est pas un appareil facile, au sens où vous devrez tout faire vous-même pour en tirer le meilleur, y compris porter un trépied car c’est délicat à utiliser à main levée.

Pourtant, c’est un appareil simple : une bonne cellule à main pour déterminer l’ouverture et la vitesse fonction de la sensibilité de vos plaques, quelques réglages et hop, c’est dans la chambre.

Ensuite, c’est là que ça se complique car il faut retirer la plaque, la mettre à l’abri de la lumière jusqu’à son complet développement, puis remettre une plaque vierge dans le châssis pour la prochaine image.

Je vous joins une petite vidéo qui illustre comment préparer le support de la plaque de verre. Et comme nous en parlions lors de la Foire de Villers Bretonneux, le plus simple est de récupérer d’anciennes plaques devenues illisibles, que vous aller nettoyer parfaitement avant de l’enduire de solution photographique. Les plaques peuvent être réutilisées à l’envi mais n’oubliez pas alors de scanner vos négatifs (vos plaques développées). £Trouver des plaques n’est plus choses aisée de nos jours.

Vidéo d’illustration.

Je n’en ai pas trouvé sur cette chambre en particulier mais cette vidéo est assez instructive :

Un peu de technique.

Chambre Zeiss Ikon Simplex 112/7

  • Objectifs : Novar 13cm ouvrant à f6,3 avec mise au point de 80cm à l’infini ou Frontar de 14cm ouvrant à f9 avec mise au point minimale de 2m jusque l’infini.
  • Obturateur : Derval 1/25 – 1/50 – 1/100s plus poses B et T, sans armement préalable
  • Diaphragme en iris
  • Viseur redresseur de poitrine et dépoli sur châssis arrière
  • Mise au point par déplacement sur rail
  • Format 9×12 ou 6,5 x 9cm
  • Fabrication : bois recouvert de cuir et plaque métallique pour l’abattant ; métal pour le fronton porte combiné
  • Fabrication : Allemagne, de 1928 – 1930

https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-7264-Zeiss%20Ikon_Simplex.html, https://www.pacificrimcamera.com/pp/zisimplex112.htm,https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-7979-Zeiss%20Ikon.html, https://fotobox.over-blog.fr/article-zeiss-ikon-les-chambres-a-main-117160623.html, http://glangl1.free.fr/Photo2/Photo_Z_107.html, en français ; https://www.pacificrimcamera.com/pp/zisimplex112.htm, en anglais

Argentique

Un Zeiss Ikon Super Nettel 1 bien fatigué

Préambule.

Connaissez-vous la Loi de Murphy*, autrement appelée la loi de la vexation universelle ?

Eh oui, au lendemain de la Bourse de Villers-Bretonneux, je visite une brocante couverte à Ath et là je réussi à trouver cet Zeiss Ikon Super Nettel I à un prix dérisoire, ainsi que quelques autres pépites qui viendront sous peu sur le site.

Bon, il n’est pas parfait, mais c’est celui avec le f2,8 en formule Tessar, le plus convoité de la gamme.

Mais commençons par le début …

Un peu d’histoire.

En 1929, la Fondation Carl Zeiss fusionne les quatre sociétés les plus importantes d’Allemagne : Ernemann, Goerz, ICA et Contessa-Nettel. Ainsi nait Zeiss Ikon, qui propose deux branches, l’une optique et l’autre d’appareils photo.

Conséquences de cette fusion, toutes les entreprises qui faisaient de l’optique (comme Goerz) ont abandonné la fabrication et tous les appareils du groupe utilisaient des objectifs Carl Zeiss. De même, tous ceux qui fabriquaient leur obturateur les ont abandonnés car les nouveaux appareils utilisaient du Compur, à quelques exceptions près.

Ce nouveau groupe était parmi les plus importants du monde d’alors, qui produisait des boitiers en 35mm de haute qualité, comme le Contax, ou des folding (pliant) comme le Super Ikonta, ainsi que des caméras pour le cinéma et de l’optique médicale. Tous ces appareils et toutes ces optiques avaient une réputation de grande qualité, voire d’excellence.

Hélas, après la seconde guerre mondiale, le groupe sera divisé en deux : une en Allemagne de l’Ouest et l’autre à l’Est. Il y aura de nombreux litiges entre les deux parties notamment au sujet de la marque Zeiss. Toujours est-il qu’à l’Est, de nombreuses usines seront démantelées, les machines et le personnel étant prié de suivre … sans discuter. La société Kiev recevra une grande partie des équipements. En 1948, le Zeiss est-allemand sera nationalisé et finira dans le VEB Pentacon. L’Ouest n’eut pas beaucoup plus de succès car il cessera ses activités en 1972.

Il faudra attendre la réunification des deux Allemagnes pour que Carl Zeiss réintroduise le nom de Zeiss Ikon et présente, à la Photokina de 1974, un nouveau télémétrique, fabriqué par Cosina au Japon avec une monture Leica M (voir le Zeiss Ikon ZM). Les Contax G et G2 seront équipés eux de lentilles japonaises mais le boitier sera fabriqué en Allemagne.

Voilà pour l’histoire de la marque, venons-en à notre appareil, le Zeiss Ikon Super Nettel premier du nom.

Au début des années trente, il existait deux grands appareils photo rivaux : le Leica et le Contax. Tous deux des télémétriques, ils étaient pourtant très différents, je vous renvoie donc aux articles que j’ai déjà consacré à ces sacrés monstres (Kiev 4 = copie du Contax et Leica IIIf).

Ils avaient toutefois un point commun : un prix élevé et une mécanique de précision, robuste et faite pour durer.

Aussi, afin de ne pas perdre (trop) de part de marché, Contax va-t-il lancer un appareil plus abordable, qui reprendra quelques beaux restes à son grand frère.

Il ne sera pas produit très longtemps : sorti en 1934 il ne sera fabriqué que jusqu’en 1938 dans sa première mouture, qui changera déjà en 1936, avec la version toute chromée qui clôturera l’aventure du Super Nettel.

Que va-t-il emprunter au Contax ? Son obturateur métallique, en forme de rideau roulant ; l’avance du film ensuite ; le compteur de vues et finalement le bouton de rembobinage.

Pour le reste, il est plus compact, fermé, et aussi complexe, mécaniquement. L’Allemagne de l’époque aimait bien montrer son savoir-faire mécanique.

Présentation du Zeiss Ikon Super Nettel I.

Même si le soufflet est court, il s’agit bien d’un appareil pliant (ou folding) qui utilise du film 35mm (le 24×36).

Il sera proposé, comme souvent chez Zeiss Ikon, avec des optiques différentes, qui justifient des prix de vente plus ou moins élevés : le moins cher sera le Carl Zeiss Triotar 50mm ouvrant à f3,5 (1480fr de l’époque), puis le Tessar 50mm ouvrant à f3,5 (1585fr) et enfin le Tessar 50mm ouvrant à f2,8 (1760fr).

Tout en métal noir et cuir de la même couleur, il a de la classe, ouvert ou fermé. C’est un bel objet, aux coins arrondis pour une bonne prise en mains. Car le boitier est lourd, ce qui ajoute à sa stabilité.

On appuie sur le bouton au centre, devant la semelle dite froide pour accessoires, et l’abattant avant s’ouvre vers le bas. Pour moi c’est un bon point car j’avoue ne pas trop aimer les portes qui s’ouvrent à gauche ou à droite, la tenue en main est moins agréable. Ici, l’appareil peut reposer sur la main gauche, pour une meilleure stabilité. Et, petite remarque en passant, l’ensemble est d’une étonnante rigidité, qu’on ne retrouve pas toujours chez les pliants.

Pour le refermer, il suffit d’appuyer sur les deux poussoirs de part et d’autre des rails du soufflet et il se replie.

Le viseur, sur le dessus à gauche, porte deux ronds à l’arrière : un pour le viseur proprement dit (cadrage) et le second pour le télémètre.

Car c’est ici que se joue la spécificité de l’appareil, son télémètre est couplé à la visée : vous pouvez régler la distance avec la molette placée au dessus de l’objectif et vous voyez le patch carré orangé se déplacer, permettant une mise au point fine.

Si vous observez l’appareil de face pendant ce mouvement, vous verrez l’objectif tourner en même temps. C’est du travail d’horloger … sauf si, comme sur mon exemplaire, il est bloqué, nous y reviendrons.

Cependant, le télémètre est réglé pour le 50mm f2,8. Des accessoires optiques permettaient de travailler au grand angulaire, mais dans ce cas il fallait monter un viseur indépendant sur la griffe porte-accessoires qui est ici bien nommée.

A noter que cette griffe ne sert pas pour un flash quelconque, l’appareil n’était pas prévu pour en utiliser un (pas de prise PC, ni synchro).

A côté du viseur toujours, un gros bouton rond, qui sert uniquement pour le rembobinage du film. Notons que si le bouton est de bonne taille, il a la fâcheuse idée de se trouver très près dudit viseur et ça ne facilite pas la prise avec les doigts.

De l’autre côté, un autre gros bouton plus complexe : c’est celui pour le réglage des vitesses, de la pose B, de 1/5s au 1/1000s – en passant, c’est remarquable pour l’époque une telle vitesse – qu’il faut soulever pour engager celles-ci ; c’est aussi avec lui que vous ferez avancer le film d’une vue et qui bloquera le mécanisme pour éviter les doubles expositions involontaires ; enfin, au centre, avec une couronne pointue et un filetage pour un câble, le déclencheur proprement dit.

Entre la griffe et ce second bouton, une petite roue, celle du compteur de vue, qu’il faut régler manuellement car il ne revient pas (encore) à zéro tout seul.

Voilà, pour les commandes, c’est tout. Ah non, j’allais oublier le réglage des ouvertures, de f2,8 à f11, qui se commande via la bague autour de l’objectif.

Pour charger un film à l’intérieur, il suffit de tourner les 2 clés en dessous pour désolidariser tout le dos de l’appareil. Attention, il y a une bobine réceptrice amovible à l’intérieur car à l’origine il était prévu de mettre deux cartouches spéciales dedans : la première contenait le film et la seconde le recevait, sans devoir rembobiner car la pellicule rentrait dedans au fur et à mesure des prises de vue. Cette formule fut assez vite abandonnée et donc vous pouvez introduire dans la chambre une bobine moderne et accrocher l’amorce dans la bobine réceptrice. A la fin des prises de vue, vous appuierez sur le petit bouton qui se trouve derrière celui qui sert à l’armement et aux vitesses pour débrayer l’ensemble et permettre de rebobiner le film.

Avez-vous remarqué les 3 vis un peu proéminentes, autour de l’objectif ? Elles permettent de fixer un pare-soleil ou un filtre. Simple et efficace.

Que penser de cet appareil ?

Il a souffert le pauvre. Je ne sais quel iconoclaste l’a ainsi brutalisé mais je constate plusieurs choses :

  • le déclencheur ne déclenche plus
  • la roue du télémètre est bloquée
  • le réglage des ouvertures aussi
  • il semble qu’un élément qui devrait être caché par le cuir soit maintenant apparent
  • il a besoin d’un bon nettoyage

En résumé, j’ai du travail pour le remettre en état, ce que je vais essayer de faire grâce à quelques tutoriels que j’ai trouvé pour le démonter (voir dans les références entre autre). Ce serait dommage de ne rien tenter.

Il y aura donc une seconde partie à cet article, celle de la tentative de réparation.

Vidéos d’illustration.

Si vous deviez réparer le déclencheur en panne.
S’il est tout bloqué …

Un peu de publicité d’époque par LA.

Des références .

https://www.qwant.com/?q=zeiss+ikon+super+nettel+1&client=plgn-firefox-sb&t=web, https://vintage-photo.nl/extravagant-zeiss-ikon-super-nettel/, https://elekm.net/pages/cameras/supernettel.htm, https://collectiblend.com/Cameras/Zeiss-Ikon/Super-Nettel-I-(536-24).html, https://www.dancuny.com/camera-collecting-blog/2024/8/14/zeiss-ikon-super-nettel en anglais ; https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-12007-Zeiss%20Ikon_Super%20Nettel.html, en français ; https://ameblo.jp/nezumaqi/entry-12493338198.html, en japonais

*Loi de Murphy aussi appelée loi de l’emmerdement maximal peut-être vue de deux manières : humoristique d’abord mais surtout comme un principe de prévention des dangers en tout genre.

Le Zinc du photographe

J’ai reçu un Zeiss Ikon ZM, suite

Bon, j’avoue, j’ai craqué et vous ai terminé la présentation de cet appareil avant celle du Canon Eos 5D Mark III.

Comme précisé dans l’article précédant je vous ai écris un article plus technique (que d’habitude) sur cet appareil et que vous trouverez dans la rubrique « argentique –> les télémétriques ».

Ici je reviens avec mes impressions, toutes subjectives, sur ce magnifique appareil … aïe je suis déjà conquis !

En fait, j’ai découvert l’existence de ce Zeiss Ikon ZM lorsque je cherchais, sur un grand site de vente, un Leica. Comme on dit, il m’avait déjà « frappé dans l’œil » mais que voulez-vous, je n’avais jamais eu de Leica et j’avais non seulement l’opportunité mais – enfin – un peu de moyens à consacrer à cet achat, après avoir essayé des télémétriques russes, plus abordables et fondamentalement proches du « modèle » allemand.

La suite, vous avez peut-être pu la lire dans la rubrique « argentique –> les télémétriques –>petit comparatif (très subjectif) …« . Et si j’ai apprécié la découverte de ces Leica, il me restait un goût d’inachevé.

Je m’explique : le Leica M fut une révélation, en tout cas par rapport aux télémétriques que j’avais testés auparavant : Zorki 4 et 4K, Fed 2, Zeiss 4 M et 4 AM (copie des Contax), Zorki 1c, et même Leica IIIf. Son viseur et son télémètre, sa monture, tout était plus agréable et (relativement) facile.

Il lui manquait une cellule ? Je la trouvais avec le Leica M5, réellement bien pensé mais tellement boudé par les puristes de la marque.

Et comme je suis un curieux, je voulais pousser la comparaison à son maximum, en achetant le Leica M6. Qui, bien qu’il fut très beau et bien pensé, ne m’a jamais convaincu de sa supériorité par rapport au M5.

Certes, j’aurais pu continuer ma quête avec un M7, mais là les moyens que je m’étais alloué pour ces découvertes allaient exploser, et je ne le voulais pas.

Donc, si je devais résumer mon expérience avec les Leica, je dirais que j’ai découvert de superbes machines, solides, bien pensées, construites pour durer, qui ont offert de réels plus à la qualité de la photographie MAIS qui ont gardé des défauts, hérités de leur passé et qu’une certaine élite se refuse à voir changer au nom du respect à un idéal vieux de près de 90 ans ! Par exemple, cet absurde chargement par la semelle, la « crise » provoquée par l’apparition d’une cellule sur le M5 (certains ne jurent toujours que par le M4, synthèse du M3 et d’une certaine modernité), les convulsions provoquées par le passage au numérique (d’aucun n’en sont toujours pas revenus), ce sacro sain rideau en caoutchouc certes peu bruyant mais limitatif (vitesse d’obturation).

Ajoutons à cela cette politique de prix qui pourrait s’expliquer si on considère réellement que la marque fait plus de l’artisanat que de la vente de masse, comparée aux ténors tels Canon, Nikon. Mais c’est oublier un peu vite les accords que passent régulièrement Leica avec Panasonic notamment, et qui va jusqu’à rebadger certaines productions nipponnes, saucées à la Leica, pour justifier des prix qui vont presque au double. Et j’ajouterais – là, je vais me faire lyncher – que ces collaborations sont le sang neuf dont Leica a besoin pour évoluer et je songe à celle qui fut faite avec Minolta et son CLE qui devint CL chez Leica, avec, bien plus tard, une descendance numérique.

Dans le domaine de l’occasion, ça continue, avec des prix qui effraieraient tout cardiaque parce que certains puristes font un point d’honneur à dépenser des sommes folles pour obtenir le Leica de leurs recherches, accessoires d’origine – et à prix d’or – compris. Entretenir une légende, c’est bien (ou pas !?) mais justifier d’une sur cotation au prétexte que le produit est rare, c’est une supercherie.

Au vu du nombre d’appareils, toutes générations confondues, qui se vendent sur la Toile (et ailleurs), je ne pense pas que l’on puisse encore parler de rareté, sauf pour les plus vieux modèles qui n’ont plus que l’histoire à raconter car ils ne sont, franchement, pas pratiques à utiliser.

Par contre, je salue la démarche de Zeiss par la création, en 2006, de ce Zeiss Ikon ZM. Pensez, un télémétrique en plein boom du numérique !

Bien évidemment, je pense ne pas être trop naïf pour croire que la Carl Zeiss AG n’ait agit que pour la beauté du geste en proposant cet appareil à cette époque. Il y avait là du marketing et de l’opportunité, mais ils l’ont fait avec panache en offrant un appareil plus que performant à un prix contenu (près de trois fois moins cher que le concurrent visé, le Leica M7).

Las, si le conformisme l’a emporté et qu’ils ont cessé de le produire en 2012, ils ont offert le meilleur à ceux qui avaient envie de photographier hors des carcans en bénéficiant du superlatif de l’époque.

Epoque d’ailleurs – irrémédiablement ? – révolue car tout le monde est passé au concept du numérique. Laissant le marché de la seconde main combler ceux qui veulent revenir aux joies de la photo argentique et qui cherchent le meilleur compromis qualité/prix.

Dans ce cas, j’ose affirmer que cet appareil est LE maître achat (bon, ne tardez pas trop, après cet article, les prix vont monter). Il est beau, fabriqué plus que sérieusement et pour durer, bénéficie des modernités qui font que seule la recherche de la meilleure photo puisse être un but (cellule, programme automatique débrayable), avec une ergonomie proche de la perfection.

Celui-là, je le garde et il va sortir en rue, qui me semble être son domaine de prédilection. J’espère juste que d’autres pourront découvrir ce bel appareil et partager leurs impressions à son sujet.