L’âge d’Or du reportage, l’agence de presse Keystone.

L’âge d’Or du reportage, l’agence de presse Keystone.

Si vous vous en souvenez, j’ai écris un article sur le Gaumont Spido Reportage, un appareil étonnant de par sa taille et son poids.

C’est au hasard d’une lecture que j’ai bien eu confirmation que cet appareil était bien destiné au reportage, et je réitère ce que j’avais écris à l’époque : chapeau au reporter qui portait à bout de bras un engin de plus de 4kg !

Ce (grand) livre raconte l’histoire de Keystone, une agence de presse internationale dont le bureau français vit le jour en 1927 à Paris, fondée par un Hongrois, Bert Garaï et un Américain, W.H. Sierichs avec le soutien financier d’un second Américain, Lloyd Singley .

Mais vous lirez tout ça dans le livre dont voici les coordonnées : Keystone, 60 ans de grands reportages, préface de Lucien Bodard, textes de Marc Dolisi, Ed. EPI Filipacchi, 1987, ISBN 2 85018 521 3

Couverture du livre 'Keystone, 60 ans de grands reportages', présentant trois photographes avec des appareils photo, entourés d'images en noir et blanc.

Cette agence de presse à couvert tous les grands évènements de la planète, qu’il s’agisse de faits de guerre, de découvertes scientifiques, de spectacles, de grands personnages, de catastrophes. Partout, elle était partout où quelque chose se passait, à la chasse au scoop.

Aujourd’hui, elle appartient au Groupe Lagardère.

Ce qui est surtout utile pour qui s’intéresse un peu aux appareils employés à telle ou telle époque, c’est justement que ceux-ci sont présents entre les mains des reporters de l’agence.

C’est donc ainsi que j’ai pu voir le Gaumont Spido Reportage en situation :

Groupe de photographes en noir et blanc, tenant divers appareils photo, posant ensemble à l'extérieur d'un bâtiment historique.
Lors d’une photo de groupe des reporters de l’agence, vous pouvez voir le Gaumont Spido Reportage dans les mains du second reporter accroupi, en bas à gauche. On y découvre aussi les caméras de l’époque et d’autres appareils de reportage, souvent des chambres (vers 1930).

Quelques pages plus loin, seconde confirmation entre les mains de Jean De Witt, reporter de l’agence.

Photographie en noir et blanc montrant Jean de Wit, reporter-photographe, utilisant un appareil photo, avec plusieurs autres images de reporters et d'événements historiques.

Comme je l’expliquais dans l’article cité en préambule, chaque appareil était destiné à un photographe en particulier, selon le type de photo qu’il était amené à effectuer pour son travail.

Je regrette toujours de ne pas avoir accès à cette liste de fabrication, qui devrait être riche d’enseignements.

Je crains malheureusement que les douze plaques, toujours dans mon appareil, ne soient plus exploitables, car qui sait ce qu’elles ont vu …

Autre chose d’intéressante, c’est qu’à l’époque de ces photos, deux autres appareils qui deviendront des légendes existaient déjà mais ne sont pas utilisés par ces reporter-photographes : le Leica (1925) et le Rolleiflex (1930).

Sans doute parce que les petits formats n’avaient pas encore intégrés la chaine de production de l’époque, où l’on faisait encore des tirages directs pour la presse, en 9×12 ((comme avec le Gaumont et quelques chambres), voire plus grand encore.

Mais tout cela changera un jour pas si lointain …

Reader Comments

  1. Bonjour JP, hélas la totalité de nos agences de reportage ont maintenant disparu. J’avais lu un article sur l’agence MAGNUM ou l’on expliquait que le numérique avait tué les agences, non pas à cause des photos en elle même mais à cause du trop grand nombre de photos ! En effet, quand cela ne coute rien et que la quantité est presque illimitée, plus personne ne se retiendra sur le déclencheur. Les agences se sont retrouvées avec des dizaines de photos là ou autrefois, il n’y en avait qu’une ou deux. Le résultat fut une explosion des couts ( et oui, le stockage numérique n’est pas qu’une armoire avec quelques classeurs ) et beaucoup de temps perdu pour le classement (chaque photo était examinée par un être humain qui devait mettre des mots clefs pour le classement). De plus, le résultat fut une séparation nette des gammes, les prix des appareils « pro » ont explosé et les appareils « grand public » ont perdu de leur qualité. Cela s’est encore agavé quand les utilisateurs de photos (les journaux) ont délaissé les agences pour se tourner vers les blogs ou les comptes Facebook ou il était bien plus facile de récupérer gratuitement les photos liées aux évènements à couvrir. Toutefois, ces boitiers « historiques » ont une histoire à nous raconter et c’est un peu comme les musées ou maintenant on recherche à assembler l’histoire et les objets associés. Je ne suis d’ailleurs pas surpris que certains milliardaires prennent en charge nos anciennes agences de presse pour garder un souvenir du passé (D’après mes souvenirs Bill.G a repris une célèbre agence de presse pour éviter que son fond documentaire ne disparaisse). Ainsi, il y a quelques années, un chinois a acheté à un ami une ancienne carte de numérisation (Bus ISA !) car il avait commencé à créer un musée en chine avec des anciens composants informatiques. D’après mes souvenirs, un tel musée a existé en France mais est fermé depuis pas mal d’année. Bien amicalement. Olivier

    1. Bonjour Olivier, tu as raison et si elles n’ont pas disparu (l’AFP existe toujours, Reuters aussi,comme Magnum, entre autres), elles ont dû s’adapter à un nouveau monde ou de fait, la pléthore de photographies gomme tout talent particulier. Or les grands photo-reporters (une profession qui disparait aussi) avaient du talent, de l’audace, du flair, et beaucoup de talent. Leurs photos restent des icônes du temps passés, parce qu’elles étaient réfléchies, pensées, assorties d’un contexte dans lequel ces femmes et ces hommes plongeaient, souvent au péril de leur vie (Cappa) ou de leur santé mentale (Lee Miller). De nos jours seule l’instantanéité prime : on dégaine son smartphone idiot (sorry pour le jeu de mots) sans se poser de question, et on filme ou photographie avec le secret espoir de pouvoir être le premier à partager sur un réseau asocial un fait isolé de son contexte et dont la narration est décousue. C’est là que les petits malins de la presse vont faire leur shopping, gratuit, au détriment du contrôle de l’information. Plusieurs études notamment en France, démontre la détresse des photo-reporters, qui voient leurs revenus à la baise, qui doivent parfois payer de leur poche le reportage qu’ils ont envie de faire pour énoncer un fait, sans certitude que celui-ci soit ensuite acheté par une revue, un journal. Il est révolu le temps des photo-reporters super star, payés à l’année par des magazines comme Life, le New York Time, le Monde, The Gardian, le Asahi Shimbun, le Frankfurter Allgemeine Zeitung. Mais si aujourd’hui ils peinent, c’est une grande partie de la rigueur journalistique qui fout le camp. Toutes mes amitiés Olivier

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