Si vous vous en souvenez, j’ai écris un article sur le Gaumont Spido Reportage, un appareil étonnant de par sa taille et son poids.
C’est au hasard d’une lecture que j’ai bien eu confirmation que cet appareil était bien destiné au reportage, et je réitère ce que j’avais écris à l’époque : chapeau au reporter qui portait à bout de bras un engin de plus de 4kg !
Ce (grand) livre raconte l’histoire de Keystone, une agence de presse internationale dont le bureau français vit le jour en 1927 à Paris, fondée par un Hongrois, Bert Garaï et un Américain, W.H. Sierichs avec le soutien financier d’un second Américain, Lloyd Singley .
Mais vous lirez tout ça dans le livre dont voici les coordonnées : Keystone, 60 ans de grands reportages, préface de Lucien Bodard, textes de Marc Dolisi, Ed. EPI Filipacchi, 1987, ISBN 2 85018 521 3
Cette agence de presse à couvert tous les grands évènements de la planète, qu’il s’agisse de faits de guerre, de découvertes scientifiques, de spectacles, de grands personnages, de catastrophes. Partout, elle était partout où quelque chose se passait, à la chasse au scoop.
Aujourd’hui, elle appartient au Groupe Lagardère.
Ce qui est surtout utile pour qui s’intéresse un peu aux appareils employés à telle ou telle époque, c’est justement que ceux-ci sont présents entre les mains des reporters de l’agence.
C’est donc ainsi que j’ai pu voir le Gaumont Spido Reportage en situation :
Lors d’une photo de groupe des reporters de l’agence, vous pouvez voir le Gaumont Spido Reportage dans les mains du second reporter accroupi, en bas à gauche. On y découvre aussi les caméras de l’époque et d’autres appareils de reportage, souvent des chambres (vers 1930).
Quelques pages plus loin, seconde confirmation entre les mains de Jean De Witt, reporter de l’agence.
Comme je l’expliquais dans l’article cité en préambule, chaque appareil était destiné à un photographe en particulier, selon le type de photo qu’il était amené à effectuer pour son travail.
Je regrette toujours de ne pas avoir accès à cette liste de fabrication, qui devrait être riche d’enseignements.
Je crains malheureusement que les douze plaques, toujours dans mon appareil, ne soient plus exploitables, car qui sait ce qu’elles ont vu …
Autre chose d’intéressante, c’est qu’à l’époque de ces photos, deux autres appareils qui deviendront des légendes existaient déjà mais ne sont pas utilisés par ces reporter-photographes : le Leica (1925) et le Rolleiflex (1930).
Sans doute parce que les petits formats n’avaient pas encore intégrés la chaine de production de l’époque, où l’on faisait encore des tirages directs pour la presse, en 9×12 ((comme avec le Gaumont et quelques chambres), voire plus grand encore.
Bon, quand on est grippé avec interdiction de sortie, il faut bien occuper ses longues journées entre sirop et gouttes pour le nez …
Du coup, j’en profites pour lire les livres que je n’ai pas terminés ou pas encore lus.
Il y a quelque jours, je vous proposais Steve McCurry. Je notais qu’il était un des photographes que j’apprécie beaucoup, tout comme celui d’aujourd’hui, Reza.
Aussi étrange que cela paraisse, ces deux livres parlent de la même chose, sous deux approches différentes et complémentaires.
Reza fait partie des photo-reporters reconnus mondialement, comme Steve McCurry.
Si dans le premier livre, le photographe explique le comment et le pourquoi de ses images, mêlant le récit de sa vie à celle de son métier, indissociable, ici Reza emprunte, avec la collaboration de Florence At et Rachel Deghati, le biais de « leçons de photographies » pour parvenir au même résultat.
Car ne nous y trompons pas, chacun des chapitres est une partie de l’histoire singulière de cet artiste, qui donne les clés du comment et du pourquoi de ses images.
Même s’il emprunte le prétexte d’une série de leçons, son parcours est intimement lié à sa production photographique.
A travers ses réflexions, ses doutes, ses interrogations, il nous livre ici aussi un témoignage poignant, celui d’un exilé qui a dû fuir son Iran natal et qui s’est engagé à montrer la souffrance des peuples martyrisés, leur force, leur résilience car il en comprend les mécanismes pour les avoir vécus.
C’est un très beau livre dans lequel on apprend la patience, la rigueur, la recherche du beau, le respect des autres.
Grâce à sa lecture, on approche encore un peu plus de la spécificité du métier de photo-reporter, un métier en voie de disparition, malheureusement.
Car il faut du courage, de la force de caractère pour aller là où l’horreur est parfois absolue. Oui, il faut du courage, de la force de caractère pour encore avoir la possibilité d’y trouver du beau dans l’humanité et le montrer.
Reza fait partie de ces grands photo-reporters.
Video de présentation
L’Oeil de Reza, 10 leçons de photographie, Florence At, Rachel Deghati, Reza, Ed. Dunod, Hors Collection, ISBN 978-2-10-078813-2
J’ai toujours été fasciné par la gestion des couleurs faites par Steve McCurry.
Il fait partie des photographes que j’apprécie, comme Reza, Doisneau, Madame Weiss, Ronis, Giacomelli, Madame Lee Miller, … la liste est longue quand on est curieux.
Les photographies de McCurry font partie des images iconiques depuis des années. Aussi était-il intéressant de comprendre le cheminement qui a abouti à ces images.
Dans un livre dense et agréable à lire, il retrace ici quarante ans de photographie engagée.
Chaque d’elle est remise dans le contexte particulier de ses pérégrinations dans des pays où la guerre, les conflits religieux ou les rêves d’expansion des dictateurs rythment le long temps de la souffrance des peuples.
Il ne se contente pas d’être le témoin attentif de ces conflits, il s’attache surtout à montrer le courage infini, la résilience de ces gens meurtris. Il essaie de comprendre comment ces peuples arrivent à vivre « presque » normalement dans des situations extrêmes, comment ils s’en sortent, comment ils triomphent de l’adversité qui autrement les réduirait à n’être plus que des fantômes errant dans les ruines de leurs pays.
Rythmé par le découpage de ses voyages dans des contrées si belles et si dévastées, il nous montre que la vie prend toujours le dessus.
Quand il photographie la guerre, c’est par le biais de ces petits gestes quotidiens qui aident ces gens à rester debout.
Il nous explique comment il a été à leur rencontre, comment il a préparé ses voyages, que nous touchons du bout des yeux grâces à ces petites choses qui sont les témoins de ces voyages : notes manuscrites, tickets d’avion, de taxi, notes d’hôtel, numéros de téléphone des accompagnants, des contacts utiles, etc.
Un livre qui montre ce qu’un homme déterminé peut mettre en place pour témoigner de faits qui deviendront des faits historiques (il fut le premier photographe étranger en Afghanistan en 1979). Sans complaisance car il n’est pas un héros sans peur, une tête brulée mais bien un photographe engagé qui met tout en œuvre pour aller couvrir ce qu’il entend défendre : la dignité de ces peuples soumis aux pires exactions.
Un livre à découvrir difficilement car il est épuisé depuis des années (sorti en 2020). Mais si vous en trouvez un, immergez vous dedans pour découvrir un personnage qui n’a pas craint de se plonger dans des conditions difficiles pour être au plus près de ses sujets.
Petite video d’illustration (en anglais, pensez à convertir la langue)
Steve McCurry, Inédit. Les histoires à l’origine des photographies. Edition Phaidon, ISBN : 1838661018
Le Réponse Photo n° 352 (août – septembre 2022) consacre un long dossier à la mythique agence Magnum.
Ils y expliquent sa genèse, ses fondateurs, quelques mythes et légendes, notamment.
Et une re-lecture intéressante de quelques uns des grands photographes par d’autres, qui permet une analyse très subjective mais attentive du travail des uns et des autres.
Il y a même des conseils si vous voulez intégrer l’agence … impatients s’abstenir !
Ce qui me fait penser que je vous ai conseillé, en son temps, quelques ouvrages que vous pourriez glisser dans vos valises, pour aller plus loin.
dans la rubrique « les incontournables » : Histoire de l’Agence Magnum, Les héros du photojournalisme, Paparazzo et Voleurs d’images, Des hommes d’images, les Grands Photographes de Magnum, …
Il y a encore beaucoup d’autres propositions dans cette rubrique mais vos valises risquent de peser bien lourd !
Bref, qu’il fasse très (trop) chaud, qu’il pleuve, vous avez des solutions pour passer de bonnes vacances instructives.
Mais que ceci ne vous empêche pas de sortir vos appareils photos et de vous faire plaisir.
Si vous pensiez que les Pola étaient juste bons à illustrer quelques moments festifs, essayez de trouver cette petite brique éditée par Taschen.
Vous allez être surpris !
Ecrit en trois langues, dont le français (ouf), cet opus retrace la collaboration de Edwin Land et Ansel Adams, collaboration teintée de respect mutuel et qui a donné naissance à la « Polaroid Collections Photography » riche de plus de 23.000 clichés.
Des artistes, des anonymes parfois, ont enrichi au fil du temps cette immense collection, qui montre qu’au delà d’une idée géniale, que la photo instantanée est aussi un moyen d’expression artistique qui a titillé l’imagination de quelques uns, de Jeanloup Sieff à Mapplethorpe, de David Hockney à Andy Warhol, par exemple.
Vous me connaissez curieux et j’avais besoin de prendre conscience de ce que l’on pouvait faire de ces appareils.
Ce livre est une excellente réponse à la question.
Car, outre les très nombreuses photographies, il reprend aussi l’épopée qui réunit Land et Adams pour la construction de ce fonds extraordinaire.
Alors, si vous êtes aussi curieux, voici les références de ce chouette petit bouquin : The Polaroid Book, selections from the Polaroid collections of photography, essai de Barbara Hitchcock, éd.Taschen, Bibliotheca Universalis, ISBN 978-3-8365-7985-8;
Si vous cliquez ICI vous serez immédiatement sur la page concernée chez Taschen.
Eh bien, voilà un chouette bouquin que j’ai dévoré et pourtant, il est dense.
Je vous explique : l’auteur, photographe, graphiste et illustrateur professionnel s’est attaqué à un domaine bien vaste avec une touche d’originalité qui n’enlève rien au sérieux du contenu.
Pas facile de retracer la vaste histoire de la photographie, de ses tout début jusqu’à nos appareils modernes et au delà.
Assis sur une vaste culture photographique, et un sérieux coup de crayon, Vincent Burgeon nous (re)fait découvrir les balbutiements de la photographie, son décollage, ses avancées à travers non seulement les appareils et leurs inventeurs géniaux mais aussi l’histoire qui a façonné souvent ses avancées les plus significatives.
C’est bien écrit, intelligemment découpé pour nous permettre d’assimiler au fur et à mesure les techniques, les femmes et hommes qui les ont utilisées, leurs difficultés et les solutions qui ont été apportées, petit à petit, pour en arriver au monde ultra moderne de nos appareils et applications.
C’est un petit photon qui vous guide, sympathique et parfois impertinent. Qui mieux que lui pouvait nous expliquer les mystères de la lumière et comment les Hommes ont essayé de la dompter, de la garder avec eux ?
Si vous rêviez de savoir comment fonctionnait le collodion humide, comment on développait les daguerréotypes, les secrets de la camera obscura, c’est quoi un pixel, etc. ce livre est fait pour vous. Et il parviendra à vous étonner !
Ses allers-retours vers la peinture, les arts en général, l’histoire du monde sont très pertinentes et mettent en perspective tant les difficultés rencontrées que les progrès accomplis.
Un petit plus, son système de notes, en fin de chapitre, pour approfondir les sujets abordés.
Ah, j’ai quelques regrets, mais ça relève de l’anecdote : lorsqu’il met à l’honneur les femmes photographes qui se sont émancipées à travers la photographie au XX siècle, Lee Miller n’est pas citée; s’il cite la création de Magnum, seul le nom de HCB est retenu comme co-fondateur, par exemple.
Mais mon plus grand regret, in fine, c’est que l’intelligence de ce livre ne soit pas illustrée de vraies photographies, de vrais documents d’époque, juste des dessins – fort bien fait – et quelques croquis. Si cela ne nuit pas à l’intérêt du livre, ça lui donne comme un goût de « pas assez ».
Ne boudons pas notre plaisir : PhotoGraphix, la grande histoire de la photographie, Vincent Burgeon, éd. DunodGraphic, ISBN 978-2-10-081740-5.
Et grâce à notre ami Phil (de filimages), voici le lien pour l’acquérir : DunodGraphic
Si vous en souvenez, j’ai publié un article sur un sujet semblable avec L’Oeil du photographe de John Szarkowski.
En fait, c’était il y a quelques jours, le temps que je termine ce nouvel ouvrage.
Nouvel ouvrage, tout est relatif, il fut publié par les éditions Marabout Université en 1975, après avoir été l’objet d’une thèse en 1962 et 1968.
Ce qui m’a frappé en lisant ces deux livres l’un à la suite de l’autre, c’est une certaine concordance dans les idées, même si celui que je vous présente est avant tout, comme son titre premier le désignait, l’ébauche « d’une grammaire élémentaire de l’image ».
L’auteur y développe un concept qui de nos jours semblent évident : l’avenir sera un monde d’images, au détriment de l’écriture, car l’image a une portée universelle, au delà des mots, qui ne sont pas les mêmes dans les différents pays.
Mais pour que cette nouvelle écriture soit compréhensible pour toutes/tous, il convient de créer une grammaire qui soit elle aussi universelle.
De fait, l’auteur invite à ce que les « lecteurs » s’initient au décodage des images, pour qu’ils les comprennent et n’en soient pas « victimes », manipulés par les reporters, les médias, la publicité.
Une idée généreuse, loin d’avoir été suivie – y a-t-il des cours pour apprendre aux enfants, aux adultes, les codes utilisés dans la grammaire des images qui nous submergent ? – et qui expliquerait la suprématie, aujourd’hui, de ce monde d’images qui nous « influence » sans que nous puissions en décoder les messages précis qui y sont cachés.
En résumé, l’auteur préjugeait de la capacité de l’image à nous manipuler, de l’utilisation qui allait en être faite par les publicistes, notamment.
Plein d’utopie et d’espoirs, ce livre est un manifeste pour l’utilisation d’une nouvelle forme de communication car l’auteur percevait parfaitement le basculement qui était en train de s’opérer aux tournant des années soixante : le monde de la lecture était supplanté par celui des images, fixes ou animées, relayé par des moyens jamais vus auparavant, tels la diffusion massive de magasines, envahissement de la télévision dans les foyers, mais aussi l’utilisation de l’image dans la scénographie muséale pour apporter la culture au plus grand nombre, la publicité comme moyen de vente de plus en plus performant, etc.
Il ne savait pas qu’une forme encore plus performante allait prendre forme vingt ans plus tard : Internet n’était pas encore à l’ordre du jour, ni les ordinateurs personnels !
C’est un petit livre étonnant, que vous ne trouverez sans doute pas facilement, et c’est dommage. Mais si vous tombez sur un exemplaire, lisez-le, c’est enrichissant.
La Photo, art et langage, Albert Plécy, éd. Marabout Université (1975), 217ème volume de la collection. Le titre original de l’ouvrage est « Grammaire élémentaire de l’image », publié hors commerce sous forme de thèse à l’Ecole Estienne en 1962 et 1968.
Il aura fallu attendre 40 ans pour que cet ouvrage, classé dans les ouvrages de références aux USA, traverser l’Atlantique et soit traduit en français.
John Szarkowski est photographe et directeur émérite du département photographie au MONA, New York.
Ce n’est pas un livre bien épais mais il mérite la lecture.
C’est une vision très concise de la vision photographique, des débuts (1839) aux années septante, suite à une exposition de 1964, qui fut la base de cet ouvrage.
Que nous démontre l’auteur ?
Il analyse avec une rare intelligence la vision des peintres et celle des photographes, qui ont dû construire ex nihilo une acuité visuelle qui allait devenir spécifique et évoluer avec les progrès techniques des appareils et des films.
Il résume sa recherche en ces termes « [la différence entre la peinture et la photographie]… a soulevé un problème créatif d’un genre nouveau : comment faire pour que ce procédé mécanique et sans âme produise des images porteuses de sens en termes humains – des images dotées de clarté et de cohérence et qui dénotent un point de vue ? »
Il propose une classification en cinq sections, qui correspondent à l’un des cinq choix décisifs qui s’imposent au photographe : la chose photographiée en elle-même, le détail, le cadrage, le temps, le point de vue.
Illustrées, pour chacune des sections, de photographies pertinentes, choisies chez des photographes de renom ou d’illustres inconnus, c’est une manière de découvrir notre médium sous un regard qui ouvre des perspectives intelligentes et une réflexion sur l’acte photographique.
L’Oeil du photographe, John Szarkowski, éd. 5 Continents, Diffusion Seuil, ISBN978-88-7439-601-6, titre original Photographer’s Eye, Moma 1966-1980-2007.
Et grâce à l’ami Phil (Filimages), voici le lien si vous désirez le commander : Eyrolles
C’est le titre choisi pour présenter 19 photographes qui ont, effectivement, marqué le siècle qu’ils ont traversé. Certains rapidement, d’autres sont toujours là et continuent de témoigner avec des images qui nous émeuvent, nous dérangent, nous interrogent, nous font réagir …
Qui sont-ils ? Je ne vais pas les citer tous, mais vous vous doutez du noms de quelques un(e)s : Dorothea Lange, Cecil Beaton, Magaret Bourke-White, HCB, Robert Doisneau, Steve Mc Curry, Elliot Erwitt, Abbas Attar, Robert Cappa, …
Des textes intelligents, signés Laura Magni, entourée de Marco Santini et Elena Ceratti, resituent simplement ces illustres photographes dans leur temps, leur démarche, car s’ils sont tous/toutes différents, ils ont en commun d’avoir été les témoins élégants d’un temps révolu qu’ils nous ont donné à voir et comprendre de la plus belle des manières : la photographie.
En studio (Cecil Beaton), sur le terrain de la Grande Dépression des années trente (Dorothea Lange), sur les champs de bataille du vingtième siècle (Magaret Bourke-White), dans le découverte de vies extraordinaires (Sebastiao Solgado), dans la vie de tous les jours (Robert Doisneau), … ils/elles étaient là pour saisir des instants qui racontent, in fine, notre vie à tous, aux quatre coins du monde.
Un livre qui se lit d’une traite car il captive, notamment par les légendes et le choix des photos, emblématiques de chaque auteur.
Et pourtant, j’ai envie d’écrire que c’est un livre facile car il va à l’essentiel de chacun des photographes présentés, presque pour vous donner envie d’aller ensuite plus loin pour chacun d’eux, par curiosité et ça je trouve que c’est le but d’un bon bouquin.
Si vous le cherchez, voici les coordonnées complètes, comme d’habitude : Photographes, ils ont marqué leur siècle, textes de Laura Magni, éd. Heredium, ISBN 978-2-8104-2371-2
Non, non, pas moi … quoique je vous avoue que le côté « enquête », traque et débrouillardise de ces photographes me plaisent assez, mais je ne cours plus assez vite !
C’est un peu ce que les « Street photographers » mettent en œuvre, sans pourchasser les people toutefois, nous contentant de Monsieur et Madame Tout le Monde, qui nous offre déjà le spectacle de la vie, la leur, la nôtre finalement.
Il s’agit d’un petit livre écrit par William ABENHAIM sur sa profession de photographe des stars … à leur insu.
En 153 pages, il nous résume les techniques du métier, les informateurs qui alimentent ses traques, le prix de certains de ses scoops, les galères dans lesquelles il a pu/dû se fourrer pour capter – parfois à ses risques et périls, toutes les stars n’étant pas « cool » – quelques images privées que les magazines à scandales vont s’arracher.
D’anecdotes en récits plus intimes, il nous narre ses aventures, dont il n’est pas toujours fier, ni heureux mais qui lui ont parfois valu de belles entrées financières et quelques déconvenues conjugales.
Un petit livre à la première personne qui se laisse lire facilement et nous donne parfois à sourire devant les trucs tordus inventés par le chasseur et le chassé : l’un pour prendre la photo, le second pour y échapper.
Quelques bagarres avec Jamel Debbouze, les gardes du corps de Jean_Pierre Pernaud, des altercations avec Jean Dujardin, un shopping improvisé avec Kate Moss, des courses poursuites avec Christophe Dechavanne, Brad Pitt et Angelina Jolie …bref, les dessous des images de Voici, Closer, Paris-Match, entre autre.
La fin de ce livre nous livre toutefois les doutes d’un photographe qui n’en peut plus de courir, de sauter dans un avion pour suivre tel ou tel mannequin volage, de planquer dans la boue, le froid, la neige …
Et comme ses doutes m’ont interpellé, j’ai cherché à en savoir un peu plus sur le personnage.
J’avoue avoir été un peu déçu, in fine, car s’il possède aujourd’hui un site « corporate », il doit avoir fait le ménage de sa réputation sur le Net car il n’apparait plus comme faisant partie des « paparazzi » qui ont fait trembler quelques starlettes aux seins nus ou quelques princesses éternellement amoureuses.
Mais ne boudons pas notre plaisir et je le trouve complémentaire d’autres bouquins que je vous recommandais : Paparazzo, du scoop au secret d’état, Sébastien Valiela, éd. Michalon, ISBN 978-2-84186-777-6 et Voleurs d’Images, le dessous des scoop, Gilles Lhote, éd. Michel Lafon, ISBN 2-84098-114-9. Deux livres sur les célèbres « paparazzi » et leurs drôles de traques. Réjouissant et plein d’anecdotes sur des célébrités et autres people. A lire pour le plaisir et la détente.
Profession Paparazzo, éd. Nouveau Monde, William Abenhaim, ISBN 978-2-84736-435-4
Petite question en préambule : quel rapport y a-t-il avec la photographie et la pomme de terre ?
… ? (J’en vois qui se pose des questions sur mon état de santé, rassurez-vous, tout va bien !)
Allez, j’explique …
Vous le savez, au début de l’histoire photographique, le résultat des prises de vues étaient en noir et blanc, sépia, charbon, bleu (oxyde de fer), platine mais, en gros, monochrome même s’il y avait plus que 50 nuances de gris.
Fidèle reproductrice du réelle, la photographie omettait pourtant la couleur, difficilement envisageable à l’époque (rappelez-vous, la première photo officiellement date de 1826 : Point de vue du Gras de Nicephore Niepce).
La photographie est un moyen fidèle d’arrêter un moment, de le préserver pour très longtemps dans la mémoire des uns ou collectivement si elle vient à être exposée dans un musée, ou couchée à jamais dans un livre.
Elle crée un « émerveillement » du temps qui passe et que l’on a arrêté, le temps d’un déclenchement, subtil et souvent très rapide, tel un battement de cils.
Cet émerveillement attire aussi l’aspiration de donner à voir et les supports vont se multiplier. Les célèbres daguerréotype de Louis-Jacques-Mandé Daguerre voient le jour dès 1839 et ils auront un succès fou.
Mais cet émerveillement n’est pas complet si on omet la dimension de la couleur, qui donne à voir une « vraie » réalité, celle totale de ce qui a été donné à voir et à capter sur un support.
Un autre aspect de la « réalité » est celui du mouvement, finalement résolu avant l’apparition de la couleur, en 1896, par l’invention du cinématographe par les Frères Lumière.
Des hommes ingénieux ont essayé de trouver des solutions pour garder ces couleurs de la vie. Certains se sont contentés de coloriser les négatifs (souvent des plaques de verre), d’autres ont cherché des méthodes pour capter la couleur « en direct », dès la prise de vue.
En 1868, Louis Ducos du Hauron et Charles Cros inventent la tri-chromie, à savoir une méthode qui utilise trois filtres (bleu, rouge, vert), appliqué à chaque photographie, que l’on superpose ensuite pour reconstituer les couleurs du sujet photographié.
Si le procédé est ingénieux et donne de bons résultats, il est vraiment peu pratique car il nécessite de photographier exactement de la même façon le sujet avec les trois filtres pour ensuite pouvoir les superposer.
Commercialement, c’est un échec. Il faut trouver autre chose.
En 1891, le physicien Gabriel Lippmann déploie sa théorie connue sous le nom de théorie ondulatoire de la lumière, la lumière se propage par des ondes qui ont des vitesses différentes. Quand la lumière se reflète sur un obstacle, il se produit un phénomène d’interférence entre les ondes lumineuses. Il parviendra, après de nombreuses heures de pose, à capter le spectre lumineux, la première photographie couleur.
Revoici les Frères Lumière qui ont compris l’intuition de Gabriel Lippmann et vont mettre toute leur énergie à la traduire dans une méthode qui pourra devenir industrielle.
Ils inventent alors l’autochrome, un procédé qui consiste a étaler de la fécule de pomme de terre colorée (rouge-orangé, vert, violet-bleu) sur une plaque de verre en sandwich avec une plaque argentique. La fécule joue le rôle de filtre « instantané » lors de la prise de vue et permet de capter immédiatement la couleur.
Ingénieux, facile à produire et commercialement rentable. Les deux Frères Lumière iront jusqu’à créer leurs propres plantations et leurs propres usines de féculerie pour avoir les stocks nécessaires à leur production.
C’est toute une industrie qui se met en place, non seulement autour de la pomme de terre, mais aussi verrière (pour les plaques) et des colorants industriels.
C’est une prouesse technique et d’ingénierie : rendez-vous compte, il fallait 200 millions de grains de fécule par plaque de verre. Pour rappel, nous sommes au début des années 1900 !
Cette fois, le photographe montre la réalité « vraie », celle de la vie telle qu’elle est, avec ses couleurs.
C’est une formidable ouverture sur le monde qui se dessine car des photographes pourront donner à voir ce qui existe ailleurs dans le monde et l’Europe découvrira les pays lointains, tels qu’ils sont.
Ce sera la mode des projections (l’ancêtre des diapositives que l’on utilisait pour les séances de « Découvertes du Monde » et assimilés) où l’on donnera la preuve que ce que l’on montre existe bel et bien.
Le célèbre banquier Arthur Khan consacrera sa fortune à envoyer des photographes archiver le monde, pour le donner à découvrir. A sa mort, en 1940, ruiné, il laissera 72.000 autochromes être le témoin d’un temps, de coutumes, de costumes que l’on aurait autrement oubliés.
Une aventure exceptionnelle que celle de l’autochrome, cependant vite rattrapée par la technologie. En 1931, finalement victime de son côté « artisanal », il disparait, oublié.
Toutefois, 100 ans plus tard, ces fragiles plaques de verre sont toujours là et nous montrent encore ces témoins de temps révolus, passés mais toujours bien présents.
En 1935, l’Agfacolor fait son apparition, suivi ensuite par la Kodachrome en 1942 La Kodacolor, massivement diffusé dans les années cinquante en rouleaux 24×36 va révolutionner le monde de la photographie.
L’Agfacolor reprend le principe de l’autochrome mais en version industrielle avec trois couches d’émulsion sensibilisées différemment aux couleurs, les coupleurs de colorants correspondants ont été intégrés à chaque couche lors de la fabrication, simplifiant grandement le traitement du film au développement, rendant désuet la fécule de pomme de terre et les plaques de verre.
Pourtant, jusque dans les années soixante, le N/B restera majoritaire. Peu onéreux, facile à développer chez soi, il convenait (encore) bien à la majorité des usages familiaux. Mais l’histoire du film couleur était lancée et plus rien ne l’arrêtera …. sauf à l’aube des années 2000 où des pixels feront leur apparition. Nous quitterons définitivement les supports matériels pour entrer dans le virtuel, immatériel par essence, mais c’est une autre histoire …
Je vous recommande une émission d’Arte, consacrée à l’Autochrome, le procédé des Frères Lumière pour colorer la photographie du début du siècle passé.
Si cet article vous a titillé, sachez que la Grande Toile regorge d’histoires au sujet de ce que je viens de vous brosser, rapidement j’en conviens, mais avec l’intention assumée de vous rendre curieux.
Petit ajout que nous devons à notre ami Georges, qui me signale posséder des autochromes d’un lointain ancêtre, Jean-Baptiste Tournassaud qui fut ami des Frères Lumières et grand spécialiste des autochromes. Il fut photographe militaire, animalier, paysagiste, portraitiste, photojournaliste et photographe industriel et il réalisa des centaines de clichés de personnalités militaires, de soldats sur le front ou à l’arrière dès 1914
J’ai rarement été aussi ému à la lecture d’une biographie, mais celle-ci m’a touché.
Trop souvent connue comme la muse de Man Ray, l’épouse de Penrose, elle fut, aux hasards de l’Histoire, et grâce à sa détermination, son esprit libre, son intelligence et sa créativité une des premières femmes photojournalistes, dans la plus pure acceptation du terme.
Mannequin, elle découvre l’envers du décor et se lance dans la photographie, avec les plus grands de l’époque.
Mais ces mondanités cèdent sous l’urgence de parler du monde, d’un monde qui se déchire, qui devient fou, celui d’une guerre impitoyable.
Elle a rendu compte de la vie sous l’occupation, au plus près du désespoir et de la volonté de s’en sortir. Sous les bombes à Londres, rendant compte du désespoir et en même temps de l’énergie des Londoniens dans cet enfer. Parcourant ensuite les plus grands théâtre d’actions de cette guerre interminable et cruelle pour témoigner de la douleur des gens, des petites gens …
Elle a vécu l’horreur de la découverte des camps mais elle n’a pas eu la chance que l’on comprenne les traumatismes que cela a provoqué en elle. Si elle n’a pas perdu son énergie, elle a perdu sa joie de vivre et s’est étiolée.
Je vous recommandé vivement la lecture de cet ouvrage et en même temps d’aller visiter le musée de la photographie de Charleroi (collections permanentes) pour y découvrir, en photos, les premières années de sa vie extraordinaire, dans le foisonnement des années trente, de ses rencontres incroyables avec les plus grands noms de l’histoire de l’art, de la littérature, de la photographie. Lee Miller, une femme extraordinaire, vraiment.
Lee Miller, dans l’œil de l’Histoire, une photographe, Carolyne Burke, éd. Autrement, ISBN 978-2-7467-1007-8.
Oui, ce pourrait être le résumé d’une vie et celle d’HCB pouvait prétendre à ce résumé …
Mais il s’agit du titre d’un livre qui lui est consacré, d’une façon plus particulière qu’une énième biographie de ce grand photographe.
« Henri Cartier-Bresson et le Monde » est l’histoire singulière de cet homme avec un grand journal français. Une histoire qui débute en 1945, à la naissance de ce quotidien influent et reconnu pour son sérieux.
Mais si vous connaissez justement ce journal, vous me ferez remarquer que sa particularité est de n’avoir quasi jamais employé en photos pour illustrer ses articles !
C’est en partie vrai. Toutefois, on peut parler d’un photographe, d’une photo, d’une exposition de photos sans illustration. C’est là tout le talent des journalistes du Monde.
Pourtant, au delà de l’anecdote, c’est le récit singulier de toutes ses années d’échanges qui sont ici contées.
Elles permettent de découvrir l’artiste sous de multiples facettes, celles de l’homme engagé, intègre, parfois intransigeant, curieux, défenseur des droits des auteurs photographes, polémique quelque fois, solidaire, qui partage des émotions et des brides d’une histoire personnelle qui a traversé le siècle précédant.
Si le concept étonne au départ – parler d’un journal pour découvrir un artiste tel qu’Henri Cartier-Bresson – la lecture est riche de souvenirs, de rencontres avec un personnage qui a façonné d’une certaine manière l’histoire de la photographie moderne.
Si vous êtes parfois allergiques aux bio classiques, je vous suggère la lecture de ce beau livre pour découvrir cet immense photographe autrement.
Henri Cartier-Bresson et le Monde, Michel Guerrin, éd. Gallimard, Art et Artistes, ISBN 978-2-07-012269-1
Si vous vous en souvenez, j’ai déjà écris un petit article sur la photographie au cinéma.
J’y citais des films comme Blow Up, La bande à Man Ray, Le siècle de Cartier-Bresson, etc …
Je parlais aussi des DVD que vous pouvez acquérir sur la boutique ARTE, consacrés à la photographie (Les Contacts, Photo, l’intégrale).
Mais cela faisait quelques temps que je voulais me tourner vers des Podcast consacrés au médium.
J’ai trouvé un bel article qui vient de publier un magnifique article à ce sujet, dont l’auteur reprend les posdcast qu’il a lui-même testés et qu’il nous recommande.
Je ne vais, bien évidemment, pas reprendre son article mais je vous le mets en lien car il vaut le détour et vous le trouverez ICI.
Si comme lui vous avez de bonnes idées pour occuper nos longues soirées d’un printemps froid et grincheux, allez-y, partageons, je me ferai un plaisir de les relayer.
Mais sans doute la connaissez-vous sous son nom de photo reporter : Gerta Taro.
Oui, oui, celle que l’on présente comme la compagne du grand André Friedman … avant qu’il ne devienne, grâce à elle, l’immense Robert Cappa.
Mais commençons par le début ….
Née le premier août 1910 dans l’extrémité orientale de l’Autriche-Hongrie, Gerta Pohorylle devra découvrir bien vite les affres de l’antisémitisme et de l’étroitesse d’esprit de l’époque.
Au fil des ans, consciente de ses capacités et profondément touchée par la montée des fascismes, elle prend part aux idées de gauche et s’engage dans le reportage avec celui qui allait devenir son mentor avant de devenir son égal.
Gerta Pohorylle et André Friedman, deux noms qui devaient se dissoudre pour donner naissance à deux légendes, celle de Gerda Taro et Robert Cappa, qui deviendront les reporters engagés de la guerre d’Espagne.
L’histoire extraordinaire de Gerta Taro, que j’ai résumé bien trop vite dans ces quelques lignes, je vous encourage à la découvrir dans le livre de Irme Schaber » Gerta Taro, une photographe révolutionnaire dans la guerre d’Espagne », éd. Du Rocher, collection Anatolia, ISBN 2-268-05727-5-9.
Si le livre est parfois ardu, il est d’une extrême précision et retrace la vie extraordinaire de cette photographe dont on ne retient, à tort, que sa vie de compagne de Robert Cappa et sa mort tragique en 1937.
Or, ce livre réhabilite une grande dame, engagée dans la défense de la liberté face aux fascismes galopants des années trente. Elle la resitue dans ce monde ancien, où les lâchetés des grandes nations ont permis l’enchainement dramatique des pouvoirs fous d’Hitler, Mussolini et Franco dans une Europe divisée et revancharde.
A lire, parce que l’Histoire est un éternel recommencement et qu’il y aura toujours des femmes fortes pour en raconter les affres, au péril de leur vie ou de leur équilibre (voir aussi à ce sujet le livre sur Lee Miller, présenté dans les Incontournables)
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