Assez méconnu ce Samoca LE-II

Assez méconnu ce Samoca LE-II

Préambule.

Ah, celui-ci, c’est mon épouse, qui se prend au jeu, qui l’a trouvé sur la grande brocante de Rhode-St-Genèse (Bruxelles).

Dis, tu l’as vu ce Samoca, dans sa boîte ? Heu … non, il est comment ? Bah, il est avec un étui en cuir et il est assez lourd et la dame le vend pas cher. Ecoute, prends-le, on verra bien à la maison.

Et revenus chez nous, je découvre l’appareil, en bon état et que je ne connais vraiment pas. Ce sera l’occasion de nouvelles recherches et fouilles pour vous le présenter.

Un peu d’histoire.

Difficile de trouver des informations sur la Samoca Camera, qui vécut, semble-t-il, de 1952 à 1962.

C’est Sanei Sangyo K.K. qui est à l’origine de la Samoca, rebaptisée Samoca Camera K.K. CO. Ltd. en 1955. Les appareils et accessoires Samoca (trépieds, flashs, projecteurs et posemètres) seront distribués par Hattori Tokein-ten aux débuts de l’entreprise, puis on perd la trace d’un autre distributeur, jusqu’aux années soixante où l’américain Sears commercialise certaines appareils Samoca sous le nom de Tower (Tower 57 et Tower 57A). Il y eut même un Hanimex, le A 35 (pour mémoire Hanimex était un gros importateur/distributeur australien).

An advertisement featuring various Samoca camera models and accessories, showcasing a compact flash unit on the left and a camera on the right with price details in Japanese.

Le logo, composé de trois A inscrit à l’intérieur d’un triangle, serait inspiré du prénom Sanei, qui peut être compris phonétiquement comme trois A en Japonais.

Détail du logo Samoca, avec trois A inscrits à l'intérieur d'un triangle, sur un boîtier d'appareil photo.

Certains boitiers étaient marqués EP, vendus uniquement dans les magasins pour Gi’s au Japon après la seconde guerre mondiale. D’autres étaient vraisemblablement vendus sur le marché local quand d’autres ont fait leur chemin vers les États-Unis. Une façon simple de les retrouver est de vérifier le marquage sur le cadran de mise au point, en métrique ou impériale.

La gamme des appareils n’est pas pléthorique (22 modèles ou plutôt variantes de modèles phares) mais une constante s’en dégage : la qualité de fabrication.

Les premiers appareils sont des boitiers avec un simple viseur. Celui qui commence l’aventure, le Samoca 35, est sorti en 1952 et sera décliné en plusieurs versions, la dernières étant le Samoca 35EM de 1956.

Appareil photo Samoca 35, avec un boîtier en métal argenté et noir, présentant un objectif C.Ezumar 50mm et un viseur sur le dessus.
Source : Camdex, le premier de l’histoire, le Samoca 35.

Ensuite viennent les télémétriques, en 1956. La gamme débute par les Samoca 25 et 35RF qui, eux aussi, évolueront au fil du temps. Le dernier sera le Samoca MR, introduit en 1961, qui bénéficiait d’un télémètre couplé.

Appareil photo télémétrique Samoca MR avec objectif Samocar 1:2.8 f=45mm, affichant un design vintage en métal et cuir.
Source : idem supra. Le Samoca MR de 1961.

Enfin la marque va tenter l’aventure du reflex avec des appareils au design étonnant, qui semble hésiter entre TLR et reflex classique : ce seront les Samocaflex 35 produits en 1956 et 1957.

Appareil photo Samocaflex 35 avec un design vintage en métal et cuir, affichant un double objectif et un viseur sur le dessus.
Source: idem supra. Le Samocaflex 35 de 1956

Notez le double viseur : soit un viseur poitrine, soit un viseur externe en forme de tunnel. Si l’appareil est toujours très bien construit, avec une grande majorité de métal, il est un hybride assez spécial.

Ce modèle ressemble au Bolsey C, imaginé par un américain mais fabriqué en Suisse (1950) ou encore au Tougodo Hobix S III japonais (1950).

Il me fait aussi penser au Flexilette d’Agfa (1960) ou à l’Agfa Optima Reflex (1965), mais c’est une autre histoire.

Comme je l’écrivais un peu plus haut, la constante de ces appareils est la qualité de fabrication, où le métal prime, ainsi que la qualité d’ajustage et une certaine compacité. Si pour certains aspects ils sont assez classiques, du moins par le choix des techniques retenues (obturateur central, synchro flash à toutes les vitesses, choix des focales, techniques d’ouverture du dos (verrou), du chargement des films, etc. , ils se démarquent de la concurrence par des designs spéciaux qui mélangent les styles.

A une époque (1952 – 1962) où les différents acteurs rivalisaient d’ingéniosité et allaient marquer la suite de l’histoire photographique par leurs inventions (télémètres couplés, cellule au CdS remplaçant le sélénium, cellule couplée, miroir à retour automatique, mesure de la lumière TTL, etc.), un petit constructeur comme Samoca devait innover pour s’imposer, ou disparaître. Ce sera le cas dès 1962 – 63.

Fin des années septante, début quatre-vingt, pourtant, des appareils portant la marque Samoca ont encore existé : les Samoca 35 J , Samoca Flash 35EE , Samoca Winderflash EE et Samoca Winderflash EES mais ils étaient vendus par Halina, qui les distribuait aussi sous le nom Ansco aux USA.

Présentation du Samoca LE-II.

Arrêtons-nous donc sur cet exemplaire de Samoca LE-II, ma foi en très bel état.

S’il est le second du nom, c’est qu’il eut un prédécesseur, à savoir le Samoca 35 LE, apparut en 1958. C’est un télémétrique classique, équipé d’une cellule au sélénium, non couplée. Cette époque semblait propice à l’éclosion de ce type d’appareils chez les petits fabricants japonais. On peut citer, par exemple, les Aires, Beauty, Kowa, Petri, Yamato, originaux mais hélas disparus trop vite.

Ce 35 LE était déjà bien pourvu donc ;

  • avec un posemètre au sélénium, non couplé, protégé par un volet à charnières, comme sur les Zeiss. On peut viser volet ouvert ou fermé, dans ce cas les valeurs indiquées changent de couleur (respectivement rouges ou noires)
  • posemètre lié à une calculatrice EV (indice de lumination) pour déterminer la vitesse et l’ouverture
  • un levier d’armement à double course moins habituel, sauf chez Leica
  • un objectif relativement rapide (50mm avec ouverture f2,8 – f22)
  • deux cadrans pour le réglage de la sensibilité des films, en Din/Asa
  • un compteur de vues intégré au levier d’armement avec un réglage manuel
  • une synchro flash pour les anciens flashs avec ampoules ou les nouveaux dit électroniques même si la griffe porte-accessoires est dite froide (sans contact au milieu)
  • le viseur possède un cadre clair et la correction pour la parallaxe
  • un obturateur Copal MKV silencieux offrant la seconde et jusqu’au 1/300s, plus pose B
  • enfin, il n’y a pas de retardateur

Le LE-II, successeur de ce premier modèle, est arrivé en 1960, un des derniers appareils photo proposés par Samoca.

Les grandes lignes restent identiques au 35 LE (mêmes vitesses, même objectif, même viseur, etc.). Le reste est plus du cosmétique :

Au jeu des huit erreurs, on peut relever :

  • le couvercle du posemètre au sélénium à disparu (dommage, ça protégeait bien celle-ci)
  • l’échelle EV est reconsidérée
  • les attaches pour installer une sangle ne sont plus là (il faut au moins la demi du sac tout prêt pour les retrouver)
  • le compteur de vue passe sur la semelle
  • la forme de l’objectif a évolué
  • le levier d’armement est plus long
  • la griffe porte-accessoire est au milieu du capot
  • levier de retardateur sur l’objectif (en dessous)
Vue de dessus d'un appareil photo Samoca LE-II, montrant les réglages de vitesse d'obturation et de sensibilité des films, ainsi que l'objectif en position de mise au point.

Un mot au sujet de la calculatrice EV qui équipe cet appareil : deux fenêtres, DIN ou ASA, vous permettent de régler la sensibilité du film, selon le chiffre qui apparait dans celles-ci (de 6 à 800 Asa ou 90à 30 Din). Ensuite, vous voyez dans la fenêtre à côté de la calculatrice une fine aiguille et une autre, plus large. En alignant les deux aiguilles l’une sur l’autre, vous pourrez lire une combinaison vitesse/ouverture sur la couronne de réglages, à reporter sur l’objectif.

Pas très rapide mais bien utile. Quoique, si la cellule est hors service (ce qui peut se comprendre après 63 ans !), l’appareil reste pleinement utilisable, avec une cellule à main classique ou la bonne vieille règle du Funny 16.

Un mot aussi sur le viseur, lumineux avec un cadre comprenant des lignes pour la correction de la parallaxe et un patch en losange orange au milieu pour le réglage du télémètre à coïncidence.

Vue à travers le viseur d'un appareil photo, montrant un intérieur avec un poêle, des murs en pierre et une table en bois.

Les réglages de la vitesse se font sur l’objectif, tout comme celui des distance, bien aidé par un bouton rond qui assure une bonne préhension de la couronne et permet d’affiner plus vite le réglage.

Sous l’objectif, la tirette pour régler le retardateur (toujours le mettre en route après avoir armé l’obturateur) et celle pour le réglage du flash (ampoule ou électronique).

Les filtres, à viser, sont au diamètre de 34mm. Il n’y a pas de bouchon d’objectif, celui-ci étant censé être protégé par le sac tout prêt, garni de velours grenat.

Pour installer un film dans la chambre, ne tirez pas sur la molette de rembobinage mais plutôt sur le verrou sur la tranche gauche, pour ouvrir le dos, sur charnière. Classiquement, il faut glisser l’amorce dans la fente de la bobine et armer une fois en s’assurant que le film est bien pris par les ergots d’entrainement ; refermez en repoussant le verrou vers le bas et armez/déclenchez une ou deux fois pour arriver à la première vue.

Le compteur de vue doit être initialisé à la première en tournant la vis au centre de celui-ci. Il ne se remet pas à zéro automatiquement.

Lorsque vous avez terminé le film, appuyez sur le bouton sous la semelle, près du compteur, afin de débrayer le mécanisme pour pouvoir rembobiner.

Le flash se synchronise à toutes les vitesses pour les flashs électroniques mais au 1/30s pour les flashs à ampoules (bien mettre la tirette sur la bonne position pour éviter les déconvenues).

Que penser de cet appareil ?

Ce n’est pas un appareil courant, surtout en Europe, un peu moins au Japon et aux USA. En effet, dans les années ’50 et ’60, il y eut nombre de petits fabricants japonais qui construisaient et vendaient surtout aux GI’s américains stationnés dans le Japon occupé de l’après-guerre. Ces soldats ont, naturellement, ramené chez eux leurs achats et les ont disséminés dans leurs régions d’origine.

C’est donc une belle trouvaille que mon épouse a faite là avec ce Samoca LE-II.

Quoique certains auteurs aient tendance à croire que la qualité des derniers appareils conçus et produits par Samoca ait baissé, dont celui-ci, j’aimerais trouver plus souvent des appareils de si belle facture.

C’est un boitier agréable à tenir en mains, assez compact au demeurant pour l’époque (plus petit qu’un Electro 35 de Yashica par exemple).

La cellule fonctionne toujours mais je ne m’y fierais pas plus que ça car elle ne réagit bien qu’en cas de forte lumière. Autant avoir sur soi une cellule à main, au cas où !

De fait, c’est un bel appareil, différent ce que je vois habituellement et qui donne envie de sortir tirer quelques bobines, avec nonchalance, le nez en l’air …

Au niveau prix, sa cote tourne autour des 50 à 60€, accompagné au moins de son sac tout prêt et quelques euros de plus si, comme ici, il est dans sa boite d’origine avec le mode d’emploi (en anglais).

Et vous, vous en pensez quoi de ce Samoca 35 LE-II ?

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

  • Viseur optique avec télémètre à coïncidence couplé, cadre lumineux avec repères de correction de parallaxe
  • Objectif Samocar 50mm f/2.8 – f22
  • Mise au point de 90cm à l’infini ; échelle de profondeur de champ sur l’objectif
  • Obturateur central Copla MKV, de 1s à 1/300s et pose B, retardateur de +/- 10s
  • Posemètre au sélénium, cellule non couplée ; sensibilité de 6 à 800 Asa ou 9 à 30 Din
  • Griffe porte-accessoires sans contact
  • Flash avec prise PC (douille coaxiale) sur l’objectif, 2 réglages pour flashs avec ampoules ou électronique
  • Transport du film avec levier
  • Compteur d’images sur la semelle de l’appareil photo
  • Poids : 643 g nu

Des références.

https://camera-wiki.org/wiki/Samoca, https://cameracollector.net/samoca-camera-list/, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Samoca, https://cameracollector.net/sanei-sangyo-samoca-late-models/, https://www.35mmc.com/23/06/2023/samoca-le-ii-review-a-fantastic-little-rangefinder/, https://camera-wiki.org/wiki/Samoca_LE-II, https://collection.sciencemuseumgroup.org.uk/objects/co8208023/samoca-le-ii-camera, https://pbase.com/edkowalski/samocaleii, en anglais ; https://www.photo-foto.eu/samoca/samoca-le-ii/, en allemand ; https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-16160-Samoca_35%20LE.html, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-13221-Samoca_35%20LE.html, en français

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