Argentique

Un petit compact sympa, l’Olympus 35 ECR

Préambule.

Ce petit compact argentique trônait dans une vitrine d’un magasin de seconde main, là où l’on range les objets destinés à devenir des objets de décoration.

Intrigué, je le tourne et retourne pour constater qu’il est en fait bloqué : impossible d’armer et de déclencher. Espérant faire descendre le prix, je tente de négocier avec le vendeur qui me répond que c’est pour cela qu’il est considéré comme décoration.

Vous me connaissez, je ne l’entends pas ainsi et décide de l’acheter et de le faire fonctionner.

Un peu d’histoire.

Olympus, comme d’autres marques japonaises à commencé par l’optique de précision, celle des microscopes que Takeshi Yamashita construisait près de Tokyo. En 1919, il fonde la Takachiho Seisakusho pour produire des instruments de précision, avec l’ambition de remplacer ceux jusqu’alors importés, notamment d’Allemagne.

Quand au nom Olympus, il apparait dès 1921. S’il dérive du mot Olympe, montagne sacrée de la Grèce antique, c’est pour répondre à la montagne sacrée japonaise Takachiho, qui est le nom initial de l’entreprise.

Au début donc, l’entreprise fabrique essentiellement des microscopes, surtout destinés dans un premier temps aux amateurs, puis professionnels.

Qui dit microscope dit aussi optique. Le premier contact d’Olympus avec la photographie se fera au travers des objectifs Zuiko (qui signifie Lumière Sacrée), développé dans le laboratoire de recherche Mizuho.

Le saviez-vous ? Pour les objectifs Zuiko fabriqués jusqu’au seuil des années septante, le nombre d’éléments optiques, l’angle de l’optique et le fonctionnement du diaphragme sont gravés sur l’objectif. Ainsi, l’objectif de cet Olympus 35 ECR est noté E. Zuiko f=45mm 1:2.8, c’est-à-dire une optique à 5 éléments de 45mm ouvrant à f2,8. Les objectifs multi-couches du OM System vont omettre ces inscriptions.

Tableau présentant les détails techniques des objectifs Zuiko, incluant les préfixes, le nombre d'éléments, et les informations sur le diaphragme d'ouverture et l'angle de vue.

Le premier appareil photo de la marque fut le Semi-Olympus I, sorti en 1936. C’est un appareil pliant, déjà compact et de qualité, avec le premier objectif Zuiko, un 75mm ouvrant à f4,5. L’appareil était un 6×4,5 sur film 120.

Puis, en 1948, Olympus propose le premier appareil 35mm au Japon, l’Olympus 35 I. Un boitier avec viseur intégré qui donnait des images de 24x32mm sur film 135. Son objectif, fixe était un 40mm ouvrant à f3,5 revêtu. Cet objectif sera proposé sur la série des Olympus 35 jusqu’au numéro quatre. Il le sera encore sur les numéros IV (4) et V (5) mais il n’est plus revêtu mais maintenant entièrement revêtu (F.C. = full coated), en référence au revêtement antiréfléchissant.

Changement de nom en 1948 : Olympus devient Olympus Optical Co., Ltd. L’entreprise innove aussi dans le domaine médical en présentant en 1950 la première caméra gastrique au monde.

Dans le domaine de la photographie classique, Olympus réutilise le châssis du 35 V pour produire, en 1955, un boitier avec un objectif grand angle, le D. Zuiko-W 35mm f3,5. En 1957, ce boitier garde le même objectif Wide (grand angle) mais gagne un posemètre intégré mais non couplé. Ce sera le Wide-E (Saers Tower aux USA).

Il aura fallu attendre aussi 1955 pour voir apparaitre un télémètre sur l’Olympus 35 S, initialement doté d’un objectif D. Zuiko 40mm f3,5. Moins d’un an plus tard, on garde le même mais on le dote, au choix, de deux objectifs dits rapides : un E. Zuiko 48mm ouvrant à f2,8 et un G. Zuiko 45mm ouvrant lui aussi à f2,8. Cet appareil sera décliné en plusieurs variantes, selon la qualité et la taille de son objectif.

Puis apparait le Pen (1959), imaginé par le designer Yoshihisa Maitani, un demi-format innovant : petit, ergonomique, économique mais sérieusement construit, qui va séduire de nombreux photographes. Il propose des images de 18x24mm sur film 135. Economique car il permet de faire 72 photos sur un film de 36 poses.

Le Pen devient S avec des vitesses de fonctionnement plus large et un choix d’objectifs différents (plus ou moins lumineux).

Toujours en demi-format, le Pen devient D lorsqu’il gagne un posemètre intégré au sélénium pour les premiers modèles puis au CdS avec une pile ensuite. Certains objectifs sont carrément lumineux sur certaines versions puisqu’il y aura un f1,7 au programme.

Lorsque l’exposition devient automatique, ils se nomment alors Pen EE. Ce sont des appareils toujours très recherchés car solides, bien finis et ludiques.

Le concept garde le demi-format et sa compacité mais devient réflex à objectifs interchangeables : se sera le Pen F (1960), que je ne désespère pas de trouver un jour pour vous le présenter.

Même si d’autres réflex innovants et intéressants suivront (les OM), je n’en parlerai pas ici, me concentrant sur les compacts de la marque.

Car en 1967, une légende nait, le Trip 35. Sans doute un des compacts les plus connus au monde, conçu pour le voyage et qui sera fabriqué à plus de 10 millions d’exemplaires jusqu’en 1984, sous de multiples déclinaisons.

Un boitier ultra simple mais terriblement efficace : un objectif fixe D. Zuiko de 40mm ouvrant à f2,8 ; un posemètre au sélénium ; deux vitesses (1/40s et 1/200s en mode auto) ; une mise au point par pictogrammes (zone focus). Il ravit encore et toujours les amateurs et les Lomographistes pour sa philosophie on charge le film, on vise, on déclenche ! Seul hic : si la cellule au sélénium est morte, d’où l’utilité de toujours la protéger par un bouchon d’objectif ou dans un étuis fermé.

Mais revenons un instant sur la série des Olympus 35. Pour mémoire, elle commence en 1948. Celui qui débutera la série des appareils plus modernes (télémétrique avec optique lumineuse) sera le 35 S, en 1955. Ce n’est qu’au seuil des années septante qu’apparaitra un 35 SP, véritable haut de gamme : télémétrique, optique lumineuse et cellule spot. Un régal pour la photo de rue.

Puis se sera le tour du 35 RC, un compact ultra compact, télémétrique à priorité vitesse. Encore, le 35 RD, télémétrique tout manuel avec une optique Zuiko ouvrant à f1,7.

Les plus pointus d’entre vous constateront que je ne nomme pas le 35 EC/ECE (1960 – 1970), ni le 35 DC, le 35 ED car ils ne sont pas des télémétriques mais des compacts avec viseur et zone focus (et parce que je ne peux les citer tous !).

C’est dans cette digne lignée qu’apparait l’Olympus 35 ECR qui nous occupe aujourd’hui.

Présentation de l’Olympus 35 ECR.

Ce petit compact fait donc partie de la grande famille des Olympus 35, qui compte 12 membres ou modèles, tous avec des spécifications variables (vitesses, objectifs, cellule, etc.). L’ECR est sorti en 1972 et sera produit pendant deux ans.

Son prédécesseur, le 35 EC était lui sorti en 1969. Sa particularité était d’être tout électronique : son obturateur Seiko EFS est contrôlé par la cellule couplée. Mais c’est un compact avec viseur et mise au point par zone focus (pictogrammes de distances).

Le 35 ECR reprend son objectif E. Zuiko (5 éléments en 4 groupes), son obturateur Seiko EFS électronique, sa cellule au CdS qui permet l’exposition programmée, mais il gagne un télémètre couplé.

Voyons cela de plus près.

Schéma des parties de l'Olympus 35 ECR, avec des annotations décrivant les différents éléments comme le bouton de déclenchement, le compteur de vues, l'objectif Zuiko, et d'autres caractéristique de l'appareil.

C’est un compact … compact : 11cm x 6,7 x 5,2cm, pour un poids contenu de 415gr. Eh oui, ici le métal est encore très présent dans le boitier, c’est rassurant.

Son objectif est un objectif fixe de 42mm ouvrant à f2,8 avec une mise au point minimale de 90cm. Il utilise des filtres au diamètre de 43,5mm à viser. Comme ceux-ci se placent devant l’œil de la cellule, pas besoin de compenser car elle en tient compte automatiquement. C’est le même objectif que celui qui équipe l’Olympus 35 RC.

Image montrant des filtres photo de 43,5 mm pour appareils Olympus, avec des descriptions des types de filtres UV, Y2, 1A, 81C et 82C.

Une partie de son succès vient, me semble-t-il, de son dépouillement extérieur : un petit rectangle bis-colors argent pour le métal et cuirette noire pour le revêtement ; un capot duquel surgit un déclencheur fileté, puis sous un verre, le compteur de vue (qui se remet à zéro automatiquement) et à l’autre bout, un carré de lumière et la griffe flash.

Sur la face, le viseur et à ses côtés la fenêtre du télémètre (distance assez courte entre les deux), le nom de l’appareil et en dessous, un curseur qui ressemble à un retardateur mais est en fait un verrou pour bloquer le déclencheur et qui ferme le circuit électrique de la cellule (ne pas oublier donc de l’utiliser pour préserver ses piles).

Appareil photo Olympus 35 ECR avec lentille E-Zuiko, fond noir et argenté.

Sur la tranche gauche, la prise PC pour les flashs plus anciens. A l’arrière, le viseur et la roue crantée pour l’avance du film et le réarmement de l’obturateur.

Un vieil appareil photo avec un revêtement en cuir noir, posé sur une surface claire près d'un clavier d'ordinateur.

Sous la tranche droite, le petit verrou pour ouvrir la porte arrière. La semelle elle porte la manivelle de rebobinage, encastrée, et la trappe pour les deux piles. A côté, le petit bouton noir pour débrayer le film en fin de course et enfin le pas de vis pour le fixer sur un trépied.

Simple, rationnel et efficace.

Le viseur, décalé sur la gauche comme sur la majorité des télémétriques, porte des cadres lumineux pour la prise de vue normale et des lignes pour la correction de la parallaxe.

Normalement – mais qui ne semblent plus fonctionner sur le mien – deux lumières devraient aussi apparaître : une orange, comme celle sur le capot, qui s’allume à mi-pression sur le déclencheur pour indiquer si la batterie est bonne. Elle s’allume aussi brièvement lorsque la vitesse est comprise entre 4s et 1/30s, indiquant un risque de flou de bougé. Ensuite il devrait y avoir une lumière verte qui apparait dans le viseur lorsqu’un flash est connecté à la griffe et/ou à la prise PC. Si la lumière est suffisante, la verte ne s’allume pas.

Schéma illustrant le viseur d'un Olympus 35 ECR, montrant les indications de lumière jaune et verte ainsi que les repères de correction de parallaxe.

L’obturateur Seiko EFS permet des combinaisons de temps/ouvertures qui vont de 4s à f2,8 à 1/800s à f13. Certains diront qu’il est dommage de ne pas savoir quelles sont les valeurs retenues puisqu’il n’y a pas d’affichage dans le viseur, les autres s’en accommodent très bien.

Un mot à propos des piles : à l’origine, elles étaient au mercure, heureusement interdites. Leur tension était de 1,35v (EPX640) et elles étaient assez hautes. De nos jours, soit on utilise des piles pour appareils auditifs au zinc/air, qui ont la même tension et que l’on glisse dans un adaptateur, soit on utilise des LR44, toujours dans un adaptateur, mais là la tension est de 1,5v. Ce qui influe un peu sur la cellule mais c’est sans conséquence sur les films négatifs.

Deux piles bouton en métal sur une surface de table, avec un clavier flou en arrière-plan.

Le saviez-vous ? Sur le capot, derrière le déclencheur, il y a un numéro de série. Mais il y a aussi un code qui permet de connaître où la caméra a été assemblée (un idéogramme japonais), le premier signe, le second est un numéro indiquant l’année et le troisième le mois. Ce code est caché derrière la plaque de pression du film, dans la chambre. Comme je ne vais pas toucher à la mienne (je serais incapable de la remettre), je vais prendre l’exemple que j’ai trouvé : sachant que les mois vont de 1 à 9 (de janvier à septembre) puis X, Y et Z pour les trois derniers mois, si l’appareil est noté X2Z, le X ici remplace un signe japonais impossible à reproduire et qui indiquait le lieu de fabrication, le 2 signifie année 2, soit 1972 et le Z, le mois de décembre.

Un mot ensuite sur l’objectif. Il cache l’obturateur Seiko ESF, central et il abrite le capteur de la cellule, au dessus de la lentille. En dessous, une petite fenêtre affiche la valeur Asa sélectionnée en fonction de la sensibilité du film (ici de 25 à 800), que l’on règle avec la couronne autour de la lentille. Lentille légèrement teintée de bleu, traitée multicouche.

Autour du combiné objectif/obturateur, la bague de mise au point, qui a une course courte. La mise au point minimale est de 90cm. L’échelle est indiquée en mètres (blanc) et en pieds (rouge). Elle est presque là pour le décor car finalement, vous allez utiliser le télémètre couplé. C’est un télémètre à coïncidence. Un carré orangé apparait au centre du viseur et il faut faire coïncider les deux images pour que celle-ci soit nette. La course courte permet une mise au point rapide, très utile en photo de rue, là où l’échelle peut encore avoir un intérêt si vous travaillez en zone focus (préparation de la distance de prise de vue).

Un mot aussi sur l’utilisation du flash sur le 35 ECR, dite ici flasmatic. La vitesse de synchronisation est de 1/20s et l’ouverture est réglée en fonction de la distance, automatiquement. Si vous regardez bien autour de l’objectif, vous verrez une fine bague métallique avec des chiffres gravés : il s’agit des nombres guides du flash. Pour mémoire, le nombre guide d’un flash à intensité fixe est donné pour une certaine vitesse de film (généralement 100 Asa, mais ici pour 80 Asa) par une équation ouverture multipliée par la distance, de sorte qu’en le divisant par la distance, on obtient l’ouverture requise pour une exposition correcte au flash. En entrant le nombre guide sur la bague, l’appareil qui a été réglé pour la vitesse du film et une certaine distance au sujet, choisit alors automatiquement l’ouverture.

Tableau des plages de fonctionnement du flash automatique pour l'Olympus 35 ECR, indiquant les distances en mètres et en pieds pour différentes valeurs guides.

Rappelez-vous, dans le viseur, une lumière verte s’allume pour indiquer la nécessité du flash. Lorsque celui-ci est prêt, la lumière verte s’allume encore. Si elle ne s’allume pas, le flash ne partira pas pour la prise de vue.En tout cas en théorie car sur le mien, je ne vois pas cette lumière verte mais le petit flash électronique Cobra Ato 150, que j’ai trouvé, déclenche à tous les coups. Deux flashs lui étaient dédiés, le CL avec ampoules ou le PS 100G, électronique et particulièrement plat.

Image d'un flash Olympus CL à gauche et d'une cartouche de film Olympus PS 100G à droite.

Pour la photographie, son système d’exposition automatique précis permettant des temps de pose assez longs et son superbe objectif sont ses principaux atouts. Comme pour tous les appareils photo automatiques, il faudra veiller à avoir des piles de secours dans le sac photographique.

Un appareil photo Olympus-35 ECR avec un flash Cobra sur un bureau encombré, entouré de documents, d'objets de bureau et d'autres appareils photo.

Si je résume, nous avons donc un petit appareil solide, bien pensé, ergonomique et automatique, qui dépend, hélas de ses piles pour déclencher. Il faut juste penser à en avoir quelques unes avec soi, par sécurité car de fait, il ne consomme pas énormément.

Un Olympus 35 RC a l’avantage ici de fonctionner sans pile si besoin et il est manuel.

Ceci étant, c’est un petit compact finalement plus rare que le classique 35 RC, ce qui ajoute à son charme. Son automatisme le rend aussi plus simple d’utilisation pour ceux que la technique ennuie.

Que penser de cet appareil ?

Franchement, il est joli (même si cette impression est toujours subjective), d’une ligne épurée et particulièrement compact, même s’il sera mieux dans une grande poche ou un petit sac, voire attaché à une dragonne. Le verrou empêchant les déclenchements intempestifs et de gaspiller les piles.

Si vous voulez utiliser un flash, pensez plutôt à un petit Cobra plutôt qu’au PS 100G, à mon avis trop près du viseur et de l’objectif.

C’est un petit appareil pensé pour se faciliter la vie : vous visez, réglez le télémètre et appuyez sur le déclencheur. C’est tout et le reste, c’est l’appareil qui le fait, et il le fait bien, aidé en cela par un bon objectif et des préréglages très corrects.

J’avais écris en préambule que l’exemplaire acheté semblait en panne. Juste le temps de trouver deux adaptateur, d’y glisser 2 LR44 dans le bon sens et il était à nouveau fonctionnel, sauf les lumières d’avertissements, dont on peut se passer, in fine.

Je devrai juste refaire les mousses, comme d’habitude sur un boitier de cet âge.

Comme je le signalais, il est plus rare que le traditionnel RC, ce qui peut le rendre moins attrayant si certains le savent et en jouent pour augmenter les prix, alors que vous, vous voudriez juste un petit compact facile à utiliser et de bonne qualité.

Pour un exemplaire en très bon état, je pense que le prix de 50€ est un maximum, mais je sais que plein de gens ne seront pas d’accord à ce sujet.

A vous de chiner pour en trouver un qui corresponde à vos attentes et à votre budget, vous ne le regretterez pas.

Vidéos d’illustration.

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi, c’est ICI : https://www.cameramanuals.org/olympus_pdf/olympus_35ecr.pdf

Type : 35 ECR
Gravure : Olympus – 35 ECR
Date de sortie : avril 1972
Esthétique boitier : chrome et cuir noir
Obturateur : Seiko ESF
Vitesses d’obturation : automatique de 4s à 1/800s
Synchronisation flash : X à 1/20 de seconde, flash automatique, prise PC pour les anciens flashs
Viseur : cadre lumineux, marques de parallaxe, signal de test de batterie
Symboles mixtes d’image et de distance du télémètre
Télémètre : couplé
Avance du film : roue crantée sous le capot
Posemètre : mesure de la lumière avec cellule au CdS, couplé
ASA : 25 à 800
Batterie : 2 x 1,35 V (EPX 640) que l’on peut remplacer par 2LR44 avec adaptateur
Bonus : levier de verrouillage, testeur de batterie
Objectif : E. Zuiko f/2.8 f=42mm, diamètre du filtre 43,5
Plage d’ouverture : f2,8 à f13
Mise au point : 0,9 m à l’infini

Des références.

https://camera-wiki.org/wiki/Olympus_35_EC/ECR/EC2, https://oldcamera.blog/2016/03/09/olympus-35-ecr/, https://austerityphoto.co.uk/olympus-35-ecr-review-the-retro-future-simplified/, https://randomphoto.blogspot.com/2021/09/olympus-35-ecr-one-roll-review.html, https://en.wikipedia.org/wiki/Zuiko, en anglais ; https://olypedia.de/index.php?title=35_ECR, https://www.flickr.com/photos/alf_sigaro/3466496764, en allemand ; https://35mm-compact.com/compact/olympus35ecr.htm,https://appareil-photo-laviale.com/marque/olympus/, https://www.olympus.be/company/fr/a-propos-d-olympus/facts-milestones/milestones/, en français

Note : 1 sur 5.

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Argentique

Le Beauty Super L

Préambule.

C’est bien sur une brocante que j’ai trouvé ce bel appareil, mais je ne me souviens plus de laquelle car cela fait un moment que je devais vous le présenter, comme d’autres d’ailleurs, qui attendent sagement.

Là j’ai craqué parce que le boitier était magnifique et sa gaine en cuir mérite juste un bon nettoyage et un brin de baume pour cuir pour retrouver tout son éclat.

Et, de plus, j’avais le sentiment que ce n’était pas un appareil très courant car c’était bien la première fois que je voyais ce modèle.

Mais commençons par le début …

Un peu d’histoire.

La société Taiyodo, de Tokyo, a eu une idée originale pour lancer ses premiers appareils photo : elle a fait paraître dans le Ars Caméra (un magazine japonais pour les amateurs de photographie) une petite annonce singulière. En effet, elle s’engageait à échanger des appareils usagés contre un appareil de qualité. Nous étions en 1946.

Source : heyjohnbear. La première publicité connue de Camera Taiyodo, écrite en chinois traditionnel
(appareil photo en japonais), et trouvée dans les numéros de janvier et juillet 1946 du magazine Ars Camera. Cette coupure de presse indique
Achetez à un prix élevé, appareil photo de haute qualité et Échange bienvenu.

Si au début l’entreprise vendait des appareils d’occasion, à partir de 1948, installée à l’arrière du magasin, elle commence à fabriquer ses premiers boitiers sous le nom de Taiyodo Koki KK.

Il me faut faire un aparté ici. A la fin de la Seconde Guerre Mondiale, le Japon est vaincu et occupé par les américains (430.000 soldats), des anglais du Commonwealth (40.000 soldats) et des milliers de contractants, civils, pour la reconstruction du pays. Pays exsangue qui peine, comme tous les pays au sortir de la guerre, à reprendre un rythme de vie à peu près normale. De plus, les conditions dictées par les vainqueurs sont drastiques pour les produits fabriqués. Par exemple, les appareils photo devaient être vendus aux troupes d’occupation avant toutes ventes aux citoyens, qui se voyaient eux en plus taxé à 120% du prix. Dès lors, les quelques appareils que les Japonais pouvaient encore s’acheter – et ce n’était pas une priorité à l’époque – étaient ces fameux subminiatures dont vous ait présenté un exemple, le Hit.

Le premier produit fut le Meteor, un tout petit appareil qui utilisait le film 17,5mm, qui sera suivit ensuite par un Vestkam, un Epochs et un Beauty 14

Ces petits appareils étaient construits sérieusement et très bien finis, avec un viseur intégré dans un long capot, un gros bouton pour l’avance du film, offrant un design élégant. Le dos s’ouvre sur charnière, après avoir fait coulisser une languette, sur la tranche. Le plan film est légèrement incurvé pour corriger les aberrations de l’objectif. La bobine porte un film de 17,5mm pour un négatif de 10 poses de 14x14mm.

Ces subminiatures, très simples (mise au point et ouverture fixes), étaient de ce fait les seuls vraiment abordables pour les Japonais. Toutefois, les occupants, et les américains en tête, ont massivement exporté ces minuscules boitiers, qu’ils trouvaient amusants et sont souvent devenus des cadeaux, voire des appareils offerts comme jouets alors qu’ils étaient pleinement fonctionnels.

Je vous encourage vraiment à relire l’article sur le HIT déjà évoqué, l’explication sur les films et leur histoire y est relatée.

Parallèlement à ces subminiatures, Taiyodo lance le Spy 16 et le Beauty 16, des appareils qui utilisent eux le film en 16mm. Encore un film réduit en taille. Comme les films du Météor ou du Hit, il est découpé dans une pellicule de 24x36mm. Economie, économie …

Puis il lance (1950) le Beauty Six, un TLR , tout comme le Beautyflex. Notons que c’est à cette époque que la majorité des boitiers vont s’appeler Beauty : Beauty Flex, Beautycord, Beautyflex & Beauty (6×6 TLR), Reflex Beauty (reflex 6×6 – 1954), Beauty 35 (viseur 35mm – 1955), Beauty Super 35 & Canter Beauty (télémètres 35mm – 1955).

Comme vous le découvrez, la firme élargit sa gamme : des appareils en 24x36mm, en 6x6cm (film en bobine de 120) ; des fix-focus, des télémétriques, des TLR (bis-objectifs), des SLR (réflex), finalement une gamme complète.

Taiyodo Koki, en plus de vendre ses propres appareils, fabriquait des boitiers pour Miller Outcalt (Santa Monica) un détaillant d’appareils et équipement photographique, pour le géant de la vente par correspondance américain, Montgomery Ward (Chicago) et pour la United States Camera Corporation ; pour la SCL canadienne, ainsi que pour Fodor, le grand détaillant néerlandais par lequel 99% de la production japonaise est entrée en Europe.

Mi 1957, la société change de nom et s’appelle désormais Beauty Camera KK, vraisemblablement pour faire correspondre son nom à celui de ses produits, qui se vendent bien.

Mais revenons à notre Beauty, en version en 35mm. Sorti en 1955, il sera un des premiers appareils photo à proposer un levier d’armement qui fait avancer le film et arme l’obturateur (seul le Minolta A est antérieur).

Cet appareil possède un viseur fixe (sans télémètre), un bloc objectif/obturateur fixé à la carrosserie. L’objectif est un 45mm ouvrant à f2,8 ; l’obturateur, un NKS-FB Prontor (avec des vitesses de 1 sec., 1/2, 1/5, 1/10, 1/25, 1/50, 1/100, 1/300, +B).

Pour la petite histoire, il sera rebadgé en Milo 35 pour Miller Outcalt (le vendeur de Santa Monica), en Ward 35 pour Montgomery Ward (Chicago) et en Gen 35 pour la vente au Canada. Pour compliquer encore un peu les choses (amis collectionneurs, je suis de tout cœur avec vous !), selon les appellations, il existent de nombreuses variantes au niveau des lentilles, des obturateurs et de détails cosmétiques.

Source : heyjohnbear. Les 4 logos des différentes variantes sur un même thème.

Le Super 35 sera le premier boitier équipé d’un télémètre couplé produit par Taiyodo Koki en 1956 -57. Le terme Super, parfois réduit au S, était régulièrement utilisé par les fabricants allemands dans les années 50 pour désigner les boitiers équipés d’un télémètre. C’est clairement un développement du modèle 35.

Ce Super 35, premier du nom proposait un objectif Canter de 45mm ouvrant à f2,8, une construction à 5 éléments. Le diaphragme, constitué de 10 pales, se fermait à f16.

Et comme faire simple semble bien compliqué, le premier modèle avait un obturateur Copal proposant une vitesse maximale de 1/300s mais la firme a lancé en même temps deux autres modèles presque identiques si ce ne sont des détails cosmétiques et dont l’un avait un obturateur avec une vitesse maximale de 1/500s.

Enfin, en 1958 -59, apparait le Beauty Super L. C’est toujours un télémétrique couplé mais il introduit un élément nouveau, un posemètre intégré. Et cette fois, c’est la Beauty Camera Company qui est le maître d’œuvre de ces nouveaux appareils, qui rompent aussi avec le design de leurs prédécesseurs.

Présentation du Beauty Super L (ou Beauty Varicon SL).

Comme je l’écrivais en préambule, ce qui m’avait attiré vers ce boitier, c’était son côté singulier. Même si, en y regardant de plus près, on a une impression de déjà vu : un Contax, un Kiev 4, un Yashica, … ?

Non, car il fut un des premiers à posséder une cellule, non couplée. C’est une cellule au sélénium (fabriquée par Seiko Electric Industries, le fabricant des posemètres modernes Sekonic) avec un couvercle à rabat, coupé d’une petite fente au milieu. En cas de forte lumière, on laisse le rabat fermé et en cas de faible lumière, on le relève, en appuyant sur le petit bouton sur le côté. Un système simple mais toujours utile pour protéger ces cellules, car celle de cet exemplaire fonctionne toujours.

A l’origine, il pouvait être vendu avec un amplificateur, c’est-à-dire une cellule au sélénium supplémentaire, que l’on enfiche sur le boitier quand on veut augmenter la sensibilité de la cellule mère, notamment en cas de très faible lumière.

Ce qui explique que la lecture de l’échelle de lumière travaille sur 3 points : high (haute), low (basse) et amplified (amplifiée). Il y a encore des repères de compensation d’exposition en cas d’utilisation de filtre jaune (+1 arrêt) ou orange (+2 arrêts). Les sensibilités de film sont comprises entre 6 et 800Asa. N’oublions pas qu’à l’époque, les films étaient relativement peu sensibles.

Vue rapprochée du dessus d'un appareil photo Beauty Super L, mettant en évidence le posemètre et les réglages d'exposition.

Le réglage de l’exposition se fait avec le système LV (light value = valeur de lumination), comme sur les Yashica Minister III (1966) et Minister D (1964).

L’objectif est un Canter-S de 45mm ouvrant à f1,9 jusque f16. Il est en 6 éléments et 4 groupes, traité au Lanthanum.

Appareil photo Beauty Super L avec objectif Canter-S de 45mm, exposant un design vintage en métal sur fond flou.

L’obturateur est un Copal SVL (ou MXV selon des publicités et le mode d’emploi) donnant les vitesses de 1s à 1/500s, plus pose B. La synchronisation du flash sur X se fait à toutes les vitesses ; en cas d’utilisation de flash à ampoules et selon le type d’ampoules (M ou F), la synchro se fait entre 1s et 1/60s. Il faut toujours bien vérifier sur quelle lettre la tirette du flash est positionnée – M ou X – pour éviter des déboires et aussi parce qu’en position M, on ne peut pas faire démarrer le retardateur de 10s (tirette sous l’objectif). La griffe du flash est dite froide puisqu’il n’y a pas de contact. Une prise coaxiale est sous l’objectif, pour brancher le flash.

Le réglage de la distance se fait avec le gros bouton fixé à la bague des distances. Il vous permet de voir nettement le patch carré orangé au centre du viseur pour effectuer la mise au point, via le télémètre.

Pour la vitesse et l’ouverture, comme je le précisais ici au dessus, on travaille avec le système LV, soit indice de lumination. Selon la lecture du posemètre, vous trouvez un numéro, que vous notez sur le barillet de l’objectif via la bague de réglage LV, qui est couplée à l’ouverture et modifie la vitesse selon la combinaison LV : LV 13 = 1/60s + f11 ou 1/30s + f8 ou encore 1/15s + f11.

Cette méthode permet de modifier en une fois la vitesse et l’ouverture, selon l’indice de lumière reçue. On peut évidemment débrayer le système et revenir à un réglage tout manuel.

Pour charger un film dans la chambre, il suffit de tirer sur la languette du verrou, sur la tranche gauche, et le dos pivote sur sa charnière. Lorsque l’on arrive au terme de sa bobine, il suffit d’appuyer sur le petit bouton sur la semelle et de rembobiner le film avec la manivelle. Du classique.

Le viseur, large et clair, est collimaté avec lignes pour la correction de la parallaxe. La base du télémètre est assez courte (+/- 4cm) mais il reste précis et facile à régler.

Le compteur de vue se remet à zéro lorsque l’on ouvre le dos de l’appareil.

Vue détaillée du haut d'un appareil photo vintage, montrant les mécanismes de réglage de l'exposition et de l'obturateur.

Un filetage pour un trépied se trouve aussi en dessous, au milieu de la semelle.

Vue de face d'un appareil photo vintage Beauty Super L, avec un design minimaliste et un objectif Canter de 45mm, sur un fond de bureau avec un clavier et un écran d'ordinateur.

L’appareil est tout en métal et offre une bonne tenue en mains.

Si le sac tout près qui l’accompagne porte une lanière, deux broches permettent d’en fixer une directement sur l’appareil si besoin. Ce genre de sac est toujours un avantage pour bien protéger le boitier.

Que penser de l’appareil ?

Franchement, je le trouve beau. De ces appareils faits pour durer et près de 70 ans plus tard, il fonctionne toujours parfaitement (bien que sur cet exemplaire, il faille régler le télémètre).

Il est lourd (767gr) et rassurant. Sa seule faiblesse est la cellule au sélénium, qui va s’épuiser (même si celle de cet exemplaire est toujours active). Ce qui n’empêchera pas l’appareil de toujours fonctionner, il vous faudra juste prendre une cellule à main.

Si ce boitier peut se trouver aux USA, il est extrêmement rare en Europe.

C’est donc une belle pièce, qui ravira le collectionneur.

Mais c’est avant tout le témoin d’une industrie qui, exsangue, s’est montrée inventive et qui a misé sur l’ingéniosité et la qualité pour se relever, notamment dans le domaine des appareils photos.

S’il est vrai que de nombreux modèles japonais ont été copiés sur ce que l’Allemagne a produit de mieux, ils ont su rapidement s’en éloigner pour créer leurs propres produits et, nous connaissons maintenant l’histoire, ravir la première place dans un marché très concurrentiel.

Au tournant des années septante, le Japon avait remporté tous les marchés du reflex, des fix-focus, des télémétriques et des moyens formats. En Europe, quelques rares marques, dont Leica, Hasselblad, Rolleiflex, par exemple, tentaient de résister, en faisant d’autres choix.

En tout cas, je suis content d’avoir trouvé ce beau Beauty Super L.

Vidéos d’illustration.

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

  • Beauty Super L, aussi appelé Berauty Varicon SL, Japon, 1958 -59
  • Objectif couplé Canter-S 45mm ouvrant à f1.9 – f16 avec 6 éléments en 4 groupes, traité au Lanthanum
  • Réglages de l’objectif sur l’échelle de la valeur lumineuse (EV) : réglage EV effectué avec la bague avant adaptée aux bagues d’ouverture et de vitesse d’obturation.
  • Obturateur Copal-SVL, vitesses de 1s à 1/500s, plus pose B ; synchro flash à toutes les vitesses (X), de 1s à 1/60s pour les flashs à ampoules M ou F, griffe froide, prise coaxiale
  • Posemètre au sélénium Seiko non couplé, intégré à l’échelle EV, avec cellule de rappel au sélénium amovible montée sur des broches au-dessus du panneau avant droit. Le compteur a été indexé pour les lectures en haute ou basse lumière et pour les lectures avec cellule d’appoint.

Des références.

https://vintagecameralab.com/beauty-super-l/, https://camera-wiki.org/wiki/Beauty_Super_L, https://heyjohnbear.wixsite.com/taiyodo/beauty-super-l, https://collectiblend.com/Cameras/Taiyodo-Koki/Beauty-Super-L.html, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Beauty_Super_L, https://collectiblend.com/forum/viewtopic.php?f=5&t=4394, https://en.wikipedia.org/wiki/Camera_Taiy%C5%8Dd%C5%8D, https://camera-wiki.org/wiki/Taiy%C5%8Dd%C5%8D, https://heyjohnbear.wixsite.com/taiyodo en anglais ; https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-10424-Beauty_Super%20L.html, en français.

Argentique

Le Yashica Campus, comment bien commencer la photographie argentique

Préambule.

Ce jour-là, j’avais pris un peu d’avance sur mon épouse lors d’une brocante, le nez en l’air à la recherche d’une petite perle à vous raconter plus tard. Mais comme d’habitude, quelques brocanteurs n’en étaient qu’au début de leur déballage.

Et voici que mon téléphone sonne : dis, les Yashica, tu m’as dit que c’étaient de bons appareils ? Oui, en effet, en général en tout cas, ce sont de bons boitiers, pourquoi ? Tu n’as pas vu celui dans un demi-sac en cuir, un Campus ? Ben non. Le vendeur en veut combien ? Petit conciliabule entre le vendeur et mon épouse … Pas cher, je le prends, à tout à l’heure.

Et voilà comment ce télémétrique a atterri dans le sac de mon épouse.

Un peu d’histoire.

Vous la trouverez dans les différents articles que j’ai déjà consacré aux modèles de la marque, mais, en résumé, sachez que c’est en 1949, à Nagano (Japon) que Yoshimasa Ushiyama,fonde la Yashima Seiki Company. D’abord spécialisée dans les composants électriques, elle se lance rapidement (1950) dans la fabrication d’appareils photo, notamment des TLR (Twin-Lens-Reflex ou réflex double objectifs). Le but est de produire des TLR de qualité bien plus abordables que les très couteux Rolleiflex. Le Yashica Mat devient cette autre référence.

En 1958, Yashica s’inspire du Contax pour fabriquer son premier télémétrique à objectif fixe, le 35. Cet appareil aura une longue descendance …

Yashica, qui désire se développer dans le secteur, rachète toujours en 1958, un petit constructeur de télémétriques Nicca (Nippon Camera). Cette société fabriquait d’excellents appareils inspirés des Leica, avec des objectifs interchangeables en monture M39 à vis (Leica, Nikon, Canon, Steinheil, Carl Zeiss, …).

Quand je note inspiré des Leica, plus précisément du Leica III que Nicca va améliorer encore et du rachat de Yashica sortiront les Yashica YE et YF, malheureusement trop complexes et qui n’auront pas de succès

Mais sur la base de ces appareils, Yashica sort la série des M (ou Minister), un télémètre à objectif fixe qui propose déjà une cellule au sélénium, non couplée (1960).

Toujours en 1960, Yashica sort le Lynx 1000, qui ouvre la gamme des Lynx 5000, 14, 5000E et 14E. Ce sera une gamme plus luxueuse, destinée aux photographes aguerris. Le Lynx 1000 dispose d’une cellule au sélénium, couplée et d’un obturateur Copal qui propose alors le 1/1000s. Deux lignées existent alors ; les M pour tout le monde et les Lynx pour les puristes.

1966 voit naître le Yashica Electro 35, qui aura aussi une longue et prolifique descendance puisqu’il sera produit, avec des innovations successives, jusqu’en 1986.

Où se place alors le Campus ? Disons que celui-ci est le successeur du J, un appareil, comment dire, un peu soupe aux pièces qui restent ! En effet, ceux qui l’ont démonté peuvent dire que le corps serait celui du Lynx 1000, l’objectif et l’obturateur viendraient des surplus des YE, par exemple. Bref, on ne gaspille pas, on recycle et on sort un petit télémétrique pas cher.

Le Campus sera donc essentiellement le boîtier du modèle J avec une mise à niveau de l’objectif et de l’obturateur. Il sort au Japon en 1962.

Yashica collaborera avec Carl Zeiss pour créer la marque Contax (1975). Elle continuera aussi à produire des appareils équivalent sous sa propre marque (voir les Yashica FX-1ou le Yashica FR-1). Ses reflex (SLR pour Single Lens Reflex ou reflex à un seul objectif) introduisent encore des technologies avancées pour leur époque, comme l’exposition automatique.

Yashica continue sa philosophie d’offrir un très bon rapport qualité/prix, auquel s’ajoute une fiabilité mécanique reconnue. La grande production d’appareils compacts, ses reflex et même ses TLR sont plébiscités par un public toujours plus nombreux.

Hélas, toutes les bonnes choses ont une fin et Yashica encaisse très mal la crise du marché argentique et elle cesse ses activités début des années 2000. Elle sera rachetée mais le nouveau groupe tente très maladroitement de revenir en proposant des appareils d’entrée de gamme en … numérique.

Présentation du Yashica Campus.

Le Yashica Campus est donc issu du Yashica J, amélioré mais gardant certaines limitations car il ne possède pas de posemètre (ce n’est pas grave) et le viseur ne dispose pas de lignes pour compenser la parallaxe même s’il est collimaté (pas irrémédiable non plus, c’est une question d’habitude d’utilisation).

Son obturateur est un Copal SV qui donne des vitesses de 1s à 1/500s, plus pose B et un retardateur. La synchronisation des flashs se fait à toutes les vitesses pour la synchro X (flash électronique) et 1/30s pour les flashs à ampoule.

Gros plan de l'objectif d'un appareil photo Yashica Campus, montrant les réglages de vitesse et d'ouverture.

L’objectif est un Yashinon de 45mm ouvrant de f2,8 à f22. Il possède 4 lentilles. Facile a régler grâce au gros bouton fixé sur le pourtour de la bague des distances. Un tableau d’échelle de profondeur de champ est bien entendu visible sur l’objectif.

Sur le fut de cet objectif, outre la bague des distances (près du corps), vient ensuite celle des ouvertures puis celle de vitesses. Bien crantées, elles tiennent. Le retardateur, c’est cette petite tirette en bas, à n’armer que lorsqu’on a tiré sur le levier d’armement. Sur la gauche, la tirette du flash, à positionner sur X ou M. La prise pour les flash est à droite, à côté de l’objectif.

Les filtres éventuels sont au diamètre de 46mm, à viser.

Il possède un télémètre à coïncidence couplé avec un patch rectangulaire orange.

Pour ouvrir le dos du Campus, il faut appuyer et faire glisser vers l’avant le petit bouton sous l’appareil. Ce n’est pas toujours facile, mais on s’y fait.

Le chargement est facile avec une belle fente prévue dans la bobine réceptrice. Attention, il fut remettre le compteur à zéro manuellement (sous le levier d’armement).

Vue détaillée du dessus d'un appareil photo télémétrique Yashica Campus, mettant en évidence le bouton de réglage des vitesses d'obturation et le compteur de vues.

Lorsque vous avez terminé votre bobine, il suffit d’appuyer sur le petit bouton sur la semelle et de rentrer le film dans son logement via la manivelle à gauche.

Du simple, du facile à utiliser, du solide car 60 ans plus tard le boitier fonctionne toujours.

Photos prises avec le Yashica Campus, ICI.

Que penser de cet appareil ?

Ici pas de cellule au sélénium qui risque d’être épuisée ni d’autre au CdS dont on aurait oublié de retirer la pile. Si vous voulez une cellule, c’est une bonne manuelle qu’il vous faut. Sinon, le bon vieux système du Sunny 16 est toujours d’application.

Le télémètre se règle facilement et vous donne la garantie d’une image identique à celle que vous aviez vue. C’est d’ailleurs, me semble-t-il, un excellent appareil pour apprendre à utiliser cette manière de photographier car il n’y a rien qui vient vous distraire, juste vous et le cadrage, la mise au point et clic-clac c’est dans la boite !

En plus, mais c’est toujours très subjectif, même si nous avons appris dans son histoire qu’il a été fabriqué avec des pièces en trop, il est bien équilibré et juste dans la lignée de ces beaux appareils des années soixante, quand le métal était encore majoritaire.

On pourrait lui reprocher un objectif à l’ouverture un peu faible (f2,8) mais, franchement, il est dans les meilleurs de sa catégorie et c’est du Yashinon, réputé.

Pour moi, ce fut une belle découverte et un plaisir de le manipuler pour vous le présenter.

Au niveau prix, c’est un appareil qui devrait se négocier dans les 40€ en très bon état et 45€ s’il possède son sac tout prêt en cuir complet.

Un bel appareil a essayer, vous ne trouvez pas ?

Vidéos d’illustration.

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi, c’est par LA.

Fabricant : Yashica Co. Ltd, Japon
Modèle : Yashica Campus
Type : Appareil photo télémétrique 35 mm
Année de production : 1962
Film : 35mm (Type 135)
Taille de l’image : 24 x 36 mm
Matériau : Métal, partiellement chromé
Objectif : Fixe. Yashinon f=4.5cm f 1:2.8
Mise au point : Télémètre couplé
Plage de mise au point : 0,8 mètre – infini
Viseur : Viseur lumineux avec des marques de correction de parallaxe de base
Obturateur : Obturateur Copal SV, vitesses de 1s à 1/500s
Ouverture : automatique de f/2.8 – f/16.
Flash : réglages X (flash électronique) et M (magnésique – ampoule). Sabot sans contact
Contact Flash : Contact PC à côté du barillet de l’objectif.
Avance du film : levier situé sur le dessus de l’appareil photo
Dimensions : 130 x 84 x 72 avec objectif
Filetage du filtre : 48 mm
Comment ouvrir le compartiment du film : basculez le levier en bas à gauche sur la position O et poussez.

Des références.

https://camera-wiki.org/wiki/Yashica_Campus, https://cameragocamera.com/2022/01/14/yashica-campus/, https://www.3106.net/photo/cam1049.htm, https://www.yashica-guy.com/document/chrono2.html, en anglais ; https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-11893-Yashica_Campus.html, https://focusargentique.fr/appareils-photo/yashica/, https://www.suaudeau.eu/memo/pratique/tel_yas.html, en français

Argentique

Assez méconnu ce Samoca LE-II

Préambule.

Ah, celui-ci, c’est mon épouse, qui se prend au jeu, qui l’a trouvé sur la grande brocante de Rhode-St-Genèse (Bruxelles).

Dis, tu l’as vu ce Samoca, dans sa boîte ? Heu … non, il est comment ? Bah, il est avec un étui en cuir et il est assez lourd et la dame le vend pas cher. Ecoute, prends-le, on verra bien à la maison.

Et revenus chez nous, je découvre l’appareil, en bon état et que je ne connais vraiment pas. Ce sera l’occasion de nouvelles recherches et fouilles pour vous le présenter.

Un peu d’histoire.

Difficile de trouver des informations sur la Samoca Camera, qui vécut, semble-t-il, de 1952 à 1962.

C’est Sanei Sangyo K.K. qui est à l’origine de la Samoca, rebaptisée Samoca Camera K.K. CO. Ltd. en 1955. Les appareils et accessoires Samoca (trépieds, flashs, projecteurs et posemètres) seront distribués par Hattori Tokein-ten aux débuts de l’entreprise, puis on perd la trace d’un autre distributeur, jusqu’aux années soixante où l’américain Sears commercialise certaines appareils Samoca sous le nom de Tower (Tower 57 et Tower 57A). Il y eut même un Hanimex, le A 35 (pour mémoire Hanimex était un gros importateur/distributeur australien).

An advertisement featuring various Samoca camera models and accessories, showcasing a compact flash unit on the left and a camera on the right with price details in Japanese.

Le logo, composé de trois A inscrit à l’intérieur d’un triangle, serait inspiré du prénom Sanei, qui peut être compris phonétiquement comme trois A en Japonais.

Détail du logo Samoca, avec trois A inscrits à l'intérieur d'un triangle, sur un boîtier d'appareil photo.

Certains boitiers étaient marqués EP, vendus uniquement dans les magasins pour Gi’s au Japon après la seconde guerre mondiale. D’autres étaient vraisemblablement vendus sur le marché local quand d’autres ont fait leur chemin vers les États-Unis. Une façon simple de les retrouver est de vérifier le marquage sur le cadran de mise au point, en métrique ou impériale.

La gamme des appareils n’est pas pléthorique (22 modèles ou plutôt variantes de modèles phares) mais une constante s’en dégage : la qualité de fabrication.

Les premiers appareils sont des boitiers avec un simple viseur. Celui qui commence l’aventure, le Samoca 35, est sorti en 1952 et sera décliné en plusieurs versions, la dernières étant le Samoca 35EM de 1956.

Appareil photo Samoca 35, avec un boîtier en métal argenté et noir, présentant un objectif C.Ezumar 50mm et un viseur sur le dessus.
Source : Camdex, le premier de l’histoire, le Samoca 35.

Ensuite viennent les télémétriques, en 1956. La gamme débute par les Samoca 25 et 35RF qui, eux aussi, évolueront au fil du temps. Le dernier sera le Samoca MR, introduit en 1961, qui bénéficiait d’un télémètre couplé.

Appareil photo télémétrique Samoca MR avec objectif Samocar 1:2.8 f=45mm, affichant un design vintage en métal et cuir.
Source : idem supra. Le Samoca MR de 1961.

Enfin la marque va tenter l’aventure du reflex avec des appareils au design étonnant, qui semble hésiter entre TLR et reflex classique : ce seront les Samocaflex 35 produits en 1956 et 1957.

Appareil photo Samocaflex 35 avec un design vintage en métal et cuir, affichant un double objectif et un viseur sur le dessus.
Source: idem supra. Le Samocaflex 35 de 1956

Notez le double viseur : soit un viseur poitrine, soit un viseur externe en forme de tunnel. Si l’appareil est toujours très bien construit, avec une grande majorité de métal, il est un hybride assez spécial.

Ce modèle ressemble au Bolsey C, imaginé par un américain mais fabriqué en Suisse (1950) ou encore au Tougodo Hobix S III japonais (1950).

Il me fait aussi penser au Flexilette d’Agfa (1960) ou à l’Agfa Optima Reflex (1965), mais c’est une autre histoire.

Comme je l’écrivais un peu plus haut, la constante de ces appareils est la qualité de fabrication, où le métal prime, ainsi que la qualité d’ajustage et une certaine compacité. Si pour certains aspects ils sont assez classiques, du moins par le choix des techniques retenues (obturateur central, synchro flash à toutes les vitesses, choix des focales, techniques d’ouverture du dos (verrou), du chargement des films, etc. , ils se démarquent de la concurrence par des designs spéciaux qui mélangent les styles.

A une époque (1952 – 1962) où les différents acteurs rivalisaient d’ingéniosité et allaient marquer la suite de l’histoire photographique par leurs inventions (télémètres couplés, cellule au CdS remplaçant le sélénium, cellule couplée, miroir à retour automatique, mesure de la lumière TTL, etc.), un petit constructeur comme Samoca devait innover pour s’imposer, ou disparaître. Ce sera le cas dès 1962 – 63.

Fin des années septante, début quatre-vingt, pourtant, des appareils portant la marque Samoca ont encore existé : les Samoca 35 J , Samoca Flash 35EE , Samoca Winderflash EE et Samoca Winderflash EES mais ils étaient vendus par Halina, qui les distribuait aussi sous le nom Ansco aux USA.

Présentation du Samoca LE-II.

Arrêtons-nous donc sur cet exemplaire de Samoca LE-II, ma foi en très bel état.

S’il est le second du nom, c’est qu’il eut un prédécesseur, à savoir le Samoca 35 LE, apparut en 1958. C’est un télémétrique classique, équipé d’une cellule au sélénium, non couplée. Cette époque semblait propice à l’éclosion de ce type d’appareils chez les petits fabricants japonais. On peut citer, par exemple, les Aires, Beauty, Kowa, Petri, Yamato, originaux mais hélas disparus trop vite.

Ce 35 LE était déjà bien pourvu donc ;

  • avec un posemètre au sélénium, non couplé, protégé par un volet à charnières, comme sur les Zeiss. On peut viser volet ouvert ou fermé, dans ce cas les valeurs indiquées changent de couleur (respectivement rouges ou noires)
  • posemètre lié à une calculatrice EV (indice de lumination) pour déterminer la vitesse et l’ouverture
  • un levier d’armement à double course moins habituel, sauf chez Leica
  • un objectif relativement rapide (50mm avec ouverture f2,8 – f22)
  • deux cadrans pour le réglage de la sensibilité des films, en Din/Asa
  • un compteur de vues intégré au levier d’armement avec un réglage manuel
  • une synchro flash pour les anciens flashs avec ampoules ou les nouveaux dit électroniques même si la griffe porte-accessoires est dite froide (sans contact au milieu)
  • le viseur possède un cadre clair et la correction pour la parallaxe
  • un obturateur Copal MKV silencieux offrant la seconde et jusqu’au 1/300s, plus pose B
  • enfin, il n’y a pas de retardateur

Le LE-II, successeur de ce premier modèle, est arrivé en 1960, un des derniers appareils photo proposés par Samoca.

Les grandes lignes restent identiques au 35 LE (mêmes vitesses, même objectif, même viseur, etc.). Le reste est plus du cosmétique :

Au jeu des huit erreurs, on peut relever :

  • le couvercle du posemètre au sélénium à disparu (dommage, ça protégeait bien celle-ci)
  • l’échelle EV est reconsidérée
  • les attaches pour installer une sangle ne sont plus là (il faut au moins la demi du sac tout prêt pour les retrouver)
  • le compteur de vue passe sur la semelle
  • la forme de l’objectif a évolué
  • le levier d’armement est plus long
  • la griffe porte-accessoire est au milieu du capot
  • levier de retardateur sur l’objectif (en dessous)
Vue de dessus d'un appareil photo Samoca LE-II, montrant les réglages de vitesse d'obturation et de sensibilité des films, ainsi que l'objectif en position de mise au point.

Un mot au sujet de la calculatrice EV qui équipe cet appareil : deux fenêtres, DIN ou ASA, vous permettent de régler la sensibilité du film, selon le chiffre qui apparait dans celles-ci (de 6 à 800 Asa ou 90à 30 Din). Ensuite, vous voyez dans la fenêtre à côté de la calculatrice une fine aiguille et une autre, plus large. En alignant les deux aiguilles l’une sur l’autre, vous pourrez lire une combinaison vitesse/ouverture sur la couronne de réglages, à reporter sur l’objectif.

Pas très rapide mais bien utile. Quoique, si la cellule est hors service (ce qui peut se comprendre après 63 ans !), l’appareil reste pleinement utilisable, avec une cellule à main classique ou la bonne vieille règle du Funny 16.

Un mot aussi sur le viseur, lumineux avec un cadre comprenant des lignes pour la correction de la parallaxe et un patch en losange orange au milieu pour le réglage du télémètre à coïncidence.

Vue à travers le viseur d'un appareil photo, montrant un intérieur avec un poêle, des murs en pierre et une table en bois.

Les réglages de la vitesse se font sur l’objectif, tout comme celui des distance, bien aidé par un bouton rond qui assure une bonne préhension de la couronne et permet d’affiner plus vite le réglage.

Sous l’objectif, la tirette pour régler le retardateur (toujours le mettre en route après avoir armé l’obturateur) et celle pour le réglage du flash (ampoule ou électronique).

Les filtres, à viser, sont au diamètre de 34mm. Il n’y a pas de bouchon d’objectif, celui-ci étant censé être protégé par le sac tout prêt, garni de velours grenat.

Pour installer un film dans la chambre, ne tirez pas sur la molette de rembobinage mais plutôt sur le verrou sur la tranche gauche, pour ouvrir le dos, sur charnière. Classiquement, il faut glisser l’amorce dans la fente de la bobine et armer une fois en s’assurant que le film est bien pris par les ergots d’entrainement ; refermez en repoussant le verrou vers le bas et armez/déclenchez une ou deux fois pour arriver à la première vue.

Le compteur de vue doit être initialisé à la première en tournant la vis au centre de celui-ci. Il ne se remet pas à zéro automatiquement.

Lorsque vous avez terminé le film, appuyez sur le bouton sous la semelle, près du compteur, afin de débrayer le mécanisme pour pouvoir rembobiner.

Le flash se synchronise à toutes les vitesses pour les flashs électroniques mais au 1/30s pour les flashs à ampoules (bien mettre la tirette sur la bonne position pour éviter les déconvenues).

Que penser de cet appareil ?

Ce n’est pas un appareil courant, surtout en Europe, un peu moins au Japon et aux USA. En effet, dans les années ’50 et ’60, il y eut nombre de petits fabricants japonais qui construisaient et vendaient surtout aux GI’s américains stationnés dans le Japon occupé de l’après-guerre. Ces soldats ont, naturellement, ramené chez eux leurs achats et les ont disséminés dans leurs régions d’origine.

C’est donc une belle trouvaille que mon épouse a faite là avec ce Samoca LE-II.

Quoique certains auteurs aient tendance à croire que la qualité des derniers appareils conçus et produits par Samoca ait baissé, dont celui-ci, j’aimerais trouver plus souvent des appareils de si belle facture.

C’est un boitier agréable à tenir en mains, assez compact au demeurant pour l’époque (plus petit qu’un Electro 35 de Yashica par exemple).

La cellule fonctionne toujours mais je ne m’y fierais pas plus que ça car elle ne réagit bien qu’en cas de forte lumière. Autant avoir sur soi une cellule à main, au cas où !

De fait, c’est un bel appareil, différent ce que je vois habituellement et qui donne envie de sortir tirer quelques bobines, avec nonchalance, le nez en l’air …

Au niveau prix, sa cote tourne autour des 50 à 60€, accompagné au moins de son sac tout prêt et quelques euros de plus si, comme ici, il est dans sa boite d’origine avec le mode d’emploi (en anglais).

Et vous, vous en pensez quoi de ce Samoca 35 LE-II ?

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

  • Viseur optique avec télémètre à coïncidence couplé, cadre lumineux avec repères de correction de parallaxe
  • Objectif Samocar 50mm f/2.8 – f22
  • Mise au point de 90cm à l’infini ; échelle de profondeur de champ sur l’objectif
  • Obturateur central Copla MKV, de 1s à 1/300s et pose B, retardateur de +/- 10s
  • Posemètre au sélénium, cellule non couplée ; sensibilité de 6 à 800 Asa ou 9 à 30 Din
  • Griffe porte-accessoires sans contact
  • Flash avec prise PC (douille coaxiale) sur l’objectif, 2 réglages pour flashs avec ampoules ou électronique
  • Transport du film avec levier
  • Compteur d’images sur la semelle de l’appareil photo
  • Poids : 643 g nu

Des références.

https://camera-wiki.org/wiki/Samoca, https://cameracollector.net/samoca-camera-list/, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Samoca, https://cameracollector.net/sanei-sangyo-samoca-late-models/, https://www.35mmc.com/23/06/2023/samoca-le-ii-review-a-fantastic-little-rangefinder/, https://camera-wiki.org/wiki/Samoca_LE-II, https://collection.sciencemuseumgroup.org.uk/objects/co8208023/samoca-le-ii-camera, https://pbase.com/edkowalski/samocaleii, en anglais ; https://www.photo-foto.eu/samoca/samoca-le-ii/, en allemand ; https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-16160-Samoca_35%20LE.html, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-13221-Samoca_35%20LE.html, en français

Argentique

Le Werra Matic E, étrange et efficace

Préambule.

Une caisse où trainent quelques braves appareils, bien abimés par des manipulations loin d’être délicates, et au milieu de ce capharnaüm, ce drôle d’appareil.

Mon ami Patrice m’en avait parlé mais je n’en avais jamais trouvé. Eh bien, c’est chose faite maintenant. Il est accompagné de son drôle de bouchon d’objectif et d’un autre protège bouton, j’y reviendrai.

Manifestement, le vide-grenier ne sait pas ce qu’il vend et lorsque je m’enquiers du prix, je suis surpris, agréablement. Sans hésiter, je débourse mon billet et me voici propriétaire de ce drôle d’appareil, qui doit venir d’Allemagne de l’Est si mes souvenirs sont bons.

Mais nous allons découvrir tout cela ensemble.

Un peu d’histoire.

Nous sommes en 1806, à Iéna, en Prusse (aujourd’hui l’Allemagne, dans l’actuel Land de Thuringe). Les Français ont gagné en 1816 grâce à Napoléon deux victoires importantes, la bataille de Iéna et celle d’Auerstedt (là grâce au Maréchal Davout). La Prusse est à genoux et l’hégémonie française se consolide en Europe.

Cette défaite nourrit le sentiment nationaliste allemand et nourrit l’idée de revanche qui entrainera une autre guerre, franco-allemande (1870), où la France de Napoléon III est vaincue à Sedan. Les différents Etats Allemands s’unissent alors dans un Empire Allemand. Une partie de l’Alsace et de la Lorraine devient allemande. Cette fois c’est l’Empire qui renforce son hégémonie sur l’Europe.

Et c’est reparti dans l’autre sens : cette défaite et ses conséquences (dette de guerre, perte de territoires) vont renforcer le nationalisme français, qui se retrouvera dans le déclenchement de la Première Guerre Mondiale.

C’est dans ce contexte pour le moins perturbé qu’en 1846 nait un atelier d’optique et de mécanique de précision, crée par un certain Karl Zeiss (1816 – 1888).

Si au début de ses activités l’entreprise fabrique essentiellement des microscopes et des lentilles de précision, lors de la Première Guerre Mondiale, elle fournit à l’armée allemande des appareils photographiques et autres capteurs optiques qui permettront aux aviateurs d’effectuer des opérations de reconnaissance contre les lignes de front de l’ennemi.

Puis, lors de la Seconde Guerre Mondiale, elle emploiera de nombreux prisonniers de guerre, des déportés du camp de concentration de Flossenbürg et du service de travail obligatoire. Et continuera à fournir du matériel aux forces armées allemandes.

Mais après cette guerre, où l’Allemagne est vaincue, une partie du personnel scientifique est transféré dans la zone occupée par les Américains tandis que l’autre partie est transférée en Allemagne de l’Est, sous souveraineté soviétique, dont une partie de l’usine, du personnel, du matériel et des outils (en témoignent les Kiev et Moskva, répliques des Zeiss Ikon Contax et Super Ikonta d’avant-guerre). Ainsi se créent deux entreprises : Carl Zeiss à l’Ouest et le VEB Carl Zeiss Jena à l’Est.

Il faudra attendre 1991 pour réunir les deux entreprises. De nos jours Carl Zeiss est leader mondial des verres ophtalmiques, juste derrière Essilor.

Voilà pour situer l’histoire singulière de cette entreprise, qui est partie intégrante de l’histoire de la photographie.

Mais pour en revenir à notre Werra, il faut retourner au début des années cinquante, lorsque les ouvriers et ingénieurs passés de force en Allemagne de l’Est sont libérés (ils ont formé assez d’ingénieurs russes et ukrainiens).

Ils reviennent pour la plupart à Iéna, sans savoir trop quoi faire et dans une usine désaffectée. En moins d’un an, ils vont créer, sans ordinateur, sans étude de marché, sans cible, sans aller-retour de la planche à dessin, sans schéma préconçu à respecter, un produit unique. Son nom emprunte celui d’une rivière proche, la Werra et sa couleur celle de la Thuringe, le cœur vert de l’Allemagne (les premiers Werra sont verts).

Dans un pays où l’individualisme et le non conformisme est non seulement mal vu mais aussi considéré comme contraire à l’ordre social, ces techniciens et ingénieurs vont créer un appareil photographique qui sort complétement des sentiers battus de l’époque.

Cette usine ne fabriquait que l’appareil photo Werra. Pentacom, l’ogre de l’Est, fidèle aux principes de l’économie socialiste planifiée (qui tuaient tout ce qui fonctionnait à peu près bien), l’a repris et puis l’a fermé en 1968 après avoir produit plus de 520 000 caméras.

Il sera produit entre 1955 et 1968 et sera vendu de part et d’autre du sinistre Rideau de Fer.

Vous vous en doutez, la longue vie de ce boitier est propice à des améliorations successives : les premiers Werra, de couleur vert olive, sortent en 1955. C’est lui qui donne le la du design, une ligne épurée, très symétrique, avec des commandes judicieusement placées et intégrées (le déclencheur affleure, le capot de l’objectif sert aussi de pare-soleil, l’avance du film et l’armement de l’obturateur se fait par la rotation d’une bague). Vers 1961, la forme du capot s’arrondit légèrement, accentuant encore la perfection du design. Il y aura in fine quatre générations de cet appareil.

Au fil du temps donc, il y aura des Werra avec ou sans télémètre, avec ou sans cellule, tout noir ou encore couleur Kaki, des objectifs fixes puis des interchangeables, des obturateurs de plus en plus rapides.

Sauf sur les tout premiers exemplaires, l’objectif est un Carl Zeiss Jena de formule Tessar, qui devra prendre le nom de Jena T suite à des objections sur le nom faites par Zeiss en Allemagne de l’Ouest sur les exemplaires plus tardifs (au fait Jena est la transcription allemande du mot Iéna).

Voilà, le tableau est brossé, voyons voir de plus près ce Werra Matic E.

Présentation du Werra Matic E.

Celui-ci est apparu après le Werra de la cinquième génération et doit dater de 1967 car il est équipé d’un obturateur Prestor RVS qui atteint, chose rare pour l’époque, la vitesse de 1/750s ainsi que d’un objectif de 50mm ouvrant à f2,8 marqué aus Jena T, le mot Tessar étant protégé par Zeiss Ikon, nous l’avons lu.

D’aucuns soulignent que ces modèles ont perdu du minimalisme bauhausien des premiers appareils. Des lignes striées argentées ont été ajoutées, donnant un petit côté plus moderne mais qui s’éloigne de la pureté des premiers boitiers. Mais, franchement, on a vu pire !

Je reviens un instant en arrière : le premier Werra est apparu sur le marché en 1955. Dès ce moment, il rompait avec les autres appareils de l’époque non seulement par sa forme, minimaliste et très moderne, mais aussi par les solutions techniques envisagées, et qui ont progressé au fur et à mesure de la vie de l’appareil.

Le premier Werra Matic proposait, en vrac : un posemètre couplé, un télémètre couplé, des objectifs interchangeables (il est livré avec un grand Tessar), la synchronisation du flash à toutes les vitesses. Tout ça dans un format de poche.

A ces aspects techniques, il faut ajouter l’idée géniale de l’armement en tournant simplement la bague autour de l’objectif, celle-ci fait aussi avancer le film d’une vue. C’est un mécanisme d’une grande précision et néanmoins solide (si on le respecte). La bague tourne d’un quart de tour vers la gauche (on s’y fait vite).

Gros plan sur l'objectif d'un appareil photo Werra Matic E, montrant les réglages de l'objectif et la texture de la molette.

Autre grande idée, le capuchon d’objectif : on peut retirer le bouchon visant tout en le gardant en place, ce qui assure une bonne protection en cas de fine pluie (attention, il n’est pas étanche), ou le retirer et le positionner à l’envers, en le visant sur l’objectif, lui assurant ainsi une bonne protection contre le soleil. Enfin, le bouchon du capuchon peut aussi être utilisé comme bouchon d’objectif.

Appareil photo Werra Matic avec objectif et bouchon placé sur une surface de bureau.

N’oublions pas non plus le déclencheur, affleurant au capot, avec cependant un filetage pour y fixer une commande filaire.

Vue du haut de l'appareil photo Werra Matic E, montrant le déclencheur et la molette de réglage, avec un fond bleu.

Tous les appareils qui suivront garderont ces points positifs, sauf la monture permettant de changer d’objectif sur quelques modèles.

Enfin, mais là je cite un passage de Collection-appareils, l’obturateur était aussi une pièce d’orfèvrerie inédite : L’obturateur Prestor est assez particulier. Pour permettre des temps de pose inférieurs au 1/500, les ingénieurs est-allemands ont trouvé un système original.
Sur un obturateur central classique, les lames de l’obturateur en forme d’aileron de requin ralentissent avant d’arriver à la pleine ouverture, puis passent par une vitesse nulle pour repartir en sens inverse afin de refermer le passage de la lumière. Ceci nuit aux performances de l’obturateur pour les poses brèves.
Sur le Werra, les lamelles en forme de croissant de lune ne ralentissent pas à l’approche de la pleine ouverture mais continuent à se déplacer dans le même sens; et c’est la seconde partie du croissant de lune qui obture la lumière. L’inconvénient de ce système est que, lors du réarmement, les lamelles suivent le chemin inverse et l’obturateur se ré-ouvre.La présence d’un second obturateur fermé pendant le réarmement est donc nécessaire.
Il faut savoir que Carl Zeiss Jena se fournissait auparavant chez Zeiss pour ses obturateurs (Compur et Synchro Compur), mais un différend avec l’allemand l’a contraint à fabriquer son propre obturateur, le Prestor, tout aussi excellent et original.

Voilà, c’est écrit : allons voir maintenant le modèle qui nous préoccupe, le Werra Matic E de 1967.

Je commence par coller mon œil au viseur, et là, surprise, il est extrêmement lumineux, avec des cadres qui semblent gravés dans le verre. Des lignes indiquent la correction de la parallaxe et au centre, un rectangle bien visible pour le réglage du télémètre. La vitesse d’obturation et les valeurs d’ouverture sont reflétées dans le coin droit par un système de miroir très ingénieux.

Viseur d'un appareil photo Werra Matic E avec cadre de visée et image d'un château sur une colline.

Héritage sans doute des appareils russes, le Werra possède un correcteur dioptrique. Il suffit de tourner la bague autour du viseur pour adapter à sa vision (+/- 2 dioptries).

Appareil photo vintage Werra Matic E sur un bureau, avec un design argenté et noir, entouré de matériel informatique.

Ensuite, j’ai cherché le levier d’armement avant de comprendre qu’il fallait faire tourner la bague derrière l’objectif tant pour faire avancer le film d’une vue mais aussi pour armer l’obturateur.

C’est facile et on se demande pourquoi d’autres n’y ont pas pensé avant !

Ensuite, les réglages sur l’objectif : la première bague est celle destinée à la distance.

Par dessous, une molette qui porte la manivelle de rembobinage, au centre, le verrou, à l’autre extrémité, le compteur de vue. Au sujet du verrou, deux lettres O/R pour ouvrir/fermer et ensuite 3 autres lettres, V-X-M qui sont en fait les positions pour le flash (X-M pour la synchro X et pour les ampoules magnésiques) alors que le V indique le retardateur. C’est en fait le curseur juste au dessus, attaché à l’objectif, qui fait le réglage. Pour le retardateur, il faut d’abord mettre le curseur sur la bonne position, puis armer l’appareil et enfin appuyer sur le déclencheur. Vous avez 10 s pour être sur la photo aussi !

Le filetage pour un trépied, ou pour les anciens modèles, le trépied et une barre sur laquelle on posait le flash, est au centre de la semelle.

Imaginons avoir mis le verrou sur O pour ouvrir la chambre afin de poser un film dedans. C’est en fait tout le dos qui s’escamote. A l’intérieur, le film se place à droite et se déroule vers la gauche. Il faut un peu de doigté pour introduire l’amorce dans la fente de la bobine réceptrice mais une fois cela effectué, le film s’enroule facilement (voir vidéos ci-dessous). Les rainures dans lequel glisse le dos sont profondes et parfaitement usinées, ce qui évitera des fuites de lumière.

Intérieur d'un appareil photo Werra Matic E, montrant le mécanisme et le compartiment à film, avec un fond de clavier et une tasse à café en arrière-plan.

A noter que le compteur d’images doit s’initialiser à la main. Il faut positionner le repère sur zéro, ensuite ‘il s’incrémente d’une vue à la fois.

Vue rapprochée de l'objectif d'un appareil photo Werra Matic E, montrant les réglages de distance et de mode, avec un fond flou de bureau.

Au fait, lorsque vous serez en fin de film, vous devrez renverser le boitier, le capot vers le bas, appuyez sur le déclencheur et sortir la manivelle pour rembobiner le film. Il suffit de tourner dans le sens indiqué par la flèche pour rembobiner la pellicule.

La cellule, au sélénium, est couplée. Ici elle n’est plus protégée par un clapet (dommage, cela aurait allongé sa durée de vie) mais une petite fenêtre rectangulaire translucide sur le capot, éclaire l’aiguille dans le viseur. Un mécanisme couple alors vitesse/diaphragme, l’index de réglage est décalé à 45° vers le viseur et les indications de vitesse et diaphragme sont gravées en noir sur fond blanc pour être mieux visibles dans le viseur.

Appareil photo Werra Matic posé sur un bureau avec un capuchon d'objectif à côté.

L’affichage de la cellule et en bas du viseur, où vous verrez une espèce de T à l’envers. Une aiguille se déplace sur ce T et lorsque celle-ci est alignée avec la tige du T c’est que les valeurs d’ouverture et vitesses que vous avez choisies sont bonnes.

Ne vous y trompez pas, cette apparente simplicité est en fait une prouesse d’ingénierie mécanique, mais avant tout, la création d’un posemètre pour un appareil photo nécessite qu’il puisse déterminer la vitesse d’obturation et l’ouverture que vous utilisez, afin qu’il puisse utiliser ces valeurs dans ses calculs. Sur la plupart des appareils, le couplage du posemètre est relié à un simulateur de diaphragme et un circuit électronique. Pas de ça ici : lorsque vous tournez la vitesse d’obturation ou la bague d’ouverture, toute la lecture de l’aiguille (qui se reflète de manière opaque dans le viseur comme un point télémétrique) est décalée vers la gauche ou la droite ! Il dispose, en effet, de son propre système de télémètre séparé, où les bagues de vitesse d’obturation et d’ouverture agissent comme des fournisseurs de paramètres.

Que penser de cet appareil ?

Sa forme détonne (pour l’époque) et étonne mais on l’a tout de suite bien en main. Si j’ai tâtonné pour trouver comment l’armer au début c’est parce que je rechigne toujours à faire des recherches avant d’avoir trouvé comment fonctionne un appareil (sinon c’est moins rigolo). Mais une fois que l’on a compris le truc, c’est facile et rapide.

Ce qui est le plus lent, c’est d’accrocher un film dans la chambre, c’est sans doute aussi une question d’habitude à prendre.

Les commandes, surtout le déclencheur, sont très douces (presque un Sensor d’Agfa).

Bref, il titille la curiosité des passionnés de vieux appareils argentiques tant il est original.

Attention, il n’est pas exempt de défauts et notamment les lamelles particulières de l’obturateur ont tendance à coller et comme il y a deux obturateur, bonjour la galère pour démonter ! Même si c’est facile, il faut un peu d’habitude pour bien manipuler la bague de réarmement sans quitter le viseur des yeux.

Mais si vous tombez sur un exemplaire parfaitement sain et fonctionnel, vous aurez la satisfaction de photographier avec un appareil assez unique et tout à fait qualitatif.

Question prix, il faut compter entre 60 et 100€ pour un bel exemplaire complet. Plus s’il est accompagné de ses accessoires.

Seriez-vous tenté d’en essayer un ?

Vidéos d’illustration.

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi, c’est par LA.

  • Fabricant : Carl Zeiss Jena, modèle Werra Matic
  • Années de fabrication : 1961 – 1968
  • Obturateur : Prestor RVS (obturateur à lames métalliques)
  • Vitesses d’obturation : 1, 1/2, 1/4, 1/8, 1/15, 1/30, 1/60, 1/125, 1/250, 1/750 et B
  • Objectif : Carl Zeiss Jena – Tessar 2.8/50
  • Ouverture : f2,8 – f22 par demi-arrêts
  • Flash ; prise froide et prise PC sur le côté droit
  • Télémétrique à coïncidence, cadre collimaté avec réglage de la parallaxe
  • Cellule : au sélénium

Des références.

https://dirapon.be/Werra.html, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-3731-Carl%20Zeiss%20Jena_Werramatic.html, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-2498-Carl%20Zeiss%20Jena_Werra%203.html, https://www.chassimages.com/forum/index.php?topic=97823.0, https://web.archive.org/web/20090109022107/http://pagesperso-orange.fr/krg/werra/werra.htm (une mine d’or en infos utiles et vérifiées), en français ; https://cameracollector.net/carl-zeiss-werra-family/(une autre mine d’or pour des infos utiles), https://cjo.info/chttps://cameracollector.net/carl-zeiss-werra-family/assic-analogue-cameras/carl-zeiss-jena-werra-series/, http://cameras.alfredklomp.com/werramatic/, https://thecameracollection.blogspot.com/2010/10/werra-matic.html , en anglais ; https://web.archive.org/web/20080613175843/http://www.archive.zeiss.de/, en allemand

Argentique

Découvrez le FED 2 : un classique des appareils photo russes

Préambule.

Voici le dernier appareil acheté sur la grande brocante de Maroilles. Les autres objets étant des accessoires pour lesquels j’écrirai plus tard quelques lignes.

En fait, ça fait bien longtemps que je n’ai plus eu un Russe entre les mains. Sans doute à cause de ce qui se passe en Ukraine, j’ai l’impression que ceux qui en possède les gardent précieusement et en tout cas, le marché me semble au ralenti. Ne parlons plus de la Russie, sous embargo, ni de l’Ukraine, qui a d’autres chats à s’occuper que quelques amateurs en quête d’un bel appareil.

Donc, quand j’ai vu ce sac tout prêt en bon cuir solide, engravé du mot Fed 2 en russe dessus, je n’ai pas pu résister. Bien m’en a pris car le vendeur le laissait pour un prix très raisonnable que j’ai presque eu scrupule à négocier encore un peu.

Un peu d’histoire.

Si vous me suivez depuis un moment, vous avez déjà découvert au détour de quelques articles des appareils russes (notez qu’il y a deux liens distincts sur les 2 mots), comme les Zorki 4 et 4K, le Fed 1G et ses successeurs, le Gomz Leningrad, par exemples.

Pour ceux qui viennent d’arriver, c’est un bon moyen de découvrir le site …

Car je ne vais pas reprendre toute l’histoire des Fed, elle est dans ces articles, na !

Juste rappeler que le Fed 1 est une copie assez conforme du Leica II de 1932. Le Fed 1, et ses déclinaisons, fut fabriqué de 1934 à … 1955. Pourquoi une copie du Leica ? Sans doute parce que Felix Edmundovitch Djerzinski, créateur de la marque FED et accessoirement fondateur de la Tcheka (ancêtre du KGB pour faire court), dirigeait aussi une Commune ouvrière pour enfants, installée à Kharkov en 1920 et destinée à réinsérer des orphelins grâce au travail et aux études.

Au début, ils copiaient des perceuses électriques de divers fabricants mais en 1932, il est décidé que l’on fabriquera aussi un appareil photo, copie du Leica 1sous le nom de FED, en hommage au fondateur, disparu en 1926. Mais la production peine et seuls quelques exemplaires sous le nom de FED pourront sortir (on estime le chiffre à 30).

Cependant, en 1934, on a remis les pendules à l’heure et on commence à produire le FED 1, copie du Leica II (1932). La production démarre bien et la Commune est encensée par la presse pour avoir réussi à copier et fabriquer le nouvel appareil seulement 18 mois après avoir reçu l’original.

Le Fed sera produit et décliné en plusieurs versions, qui se vendent toutes très bien, tellement bien que la Commune devient un Kombinat. Près de 500.000 appareils sortiront des chaines de fabrication jusqu’en 1941 car l’armée allemande envahi l’Ukraine et le Kombinat décide d’évacuer.

Kharkov est rasée par les allemands et ceux qui ont réussi à évacuer à Berdsk (Sibérie) avec outils et archives sont priés de fabriquer des pièces pour avion. Toute les archives de la Commune sont détruites, l’usine aussi. Seuls sont sauvés les quelques uns qui ont pu s’échapper avec quelques outils, leurs souvenirs et les rares archives qu’ils ont pu emmener.

C’est en juin 1945 que la production d’appareils photo reprend à Berdsk d’abord, à Kharkov ensuite, où l’on reconstruit l’usine. Dès 1947, la production reprend presque normalement.

Vous comprendrez aisément, avec tous ces soubresauts , qu’il y a ceux qui trouvent que tous les FED sont mauvais et les autres, beaucoup plus raisonnables, qui estiment qu’il y en a de très bons et quelques uns qui méritent un petit coup de main pour devenir meilleur !

Présentation du FED 2 modèle B.

Le premier FED ou FED 1 s’est décliné, au fil des subtiles améliorations apportées à l’appareil, en modèles A jusque G. Plus un modèle particulier, produit seulement à moins de 1000 exemplaires, le Fed TSVVS ou ou T.C.B.B.C en cyrillique, est le sigle du Service Topographique de l’Armée de l’Air Soviétique. Il va s’en dire que ce modèle est rare et sujet à de nombreuses contrefaçons.

Le Fed 1 est le plus proche du Leica II qui servit d’inspiration. Ensuite, les autres modèles vont petit à petit s’éloigner du modèle original car Fed va y introduire des modifications propres à la marque. Dès le FED 2, on ne peut plus, à mon sens, parler de copie servile du Leica.

Donc, le FED 2 débute sa longue carrière dès 1955. Lui aussi aura droit à une succession de déclinaisons, au fil des modifications. Mais tant qu’ à compliquer la vie des collectionneurs ou simples amateurs qui veulent s’y retrouver, il y eut plusieurs A – B – C – D – E (là il n’y eut qu’un seul E). Et un modèle particulier, le Zarya, qui est un type 2 sans télémètre (pour mémoire Leica a aussi sorti un modèle basé sur le M sans télémètre, le M1, destiné à des applications particulières.

Je vais alors m’arrêter sur ce modèle FED 2 modèle b de la dernière génération des b, puisque son numéro se situe entre les numéros de série 236.000 et 475.000.

Détail de la partie supérieure d'un appareil photo FED 2, montrant le numéro de série gravé, des boutons et un mécanisme de montage.

En tenant compte de la période de développement des FED 2 modèle b, soit de 1956 à 1958, on estime qu’environ 300.000 boitiers ont été construit.

Dans le détail, les FED 1 possédaient encore, comme les vieux Leica, deux fenêtres : une pour le viseur, la seconde pour le cadrage grâce au télémètre. Sur le FED 2, tous modèles confondus, il n’y a plus qu’une seule fenêtre pour la visée et le cadrage. La base du télémètre a été augmentée et on atteint maintenant 67mm entre l’oeil du télémètre et le viseur. C’est une base très large, un peu comme sur les Contax. Elle assure une meilleure netteté dans la visée et le cadrage.

En plus, une correction dioptrique est ajoutée autour du bouton de rembobinage, afin d’adapter la visée à votre vue. Petit conseil que j’utilise : lorsque j’ai réglé la dioptrie, je trace un trait sur le capot. Comme ça, si je la dérègle par inadvertance, c’est facile de la remettre en place.

Vue rapprochée du dessus d'un appareil photo télémétrique FED 2, montrant des mécanismes, un bouton de rembobinage et des détails de finition en métal.

Ensuite, le sélecteur de vitesses a été modifié ; sur le centre, il y a un repère, sur lequel on peut sélectionner la vitesse choisie, même si l’obturateur n’est pas armé. Attention, c’est le contraire du Fed 1 et des Zorki où il faut toujours armer avant de changer la vitesse.

Vue rapprochée du dessus d'un appareil photo FED 2 modèle B, mettant en évidence le sélecteur de vitesse et les commandes en métal.

Ceci étant et pour éviter toute mauvaise surprise, je recommande l’ancienne solution : armer avant de changer les vitesses, ça évite les salades de pignons.

Puis, une synchro flash a été ajoutée sur ce modèle, la prise étant placée sur la face avant. Les modèles ultérieurs la trouveront sur le capot. Et ils gagneront un levier pour le retardateur (1958), que ne possède pas ce modèle.

Appareil photo télémétrique FED 2 avec objectif Industar 26M, sur un fond bleu.

Enfin, l’Industar 26M est apparu sur cette version « b », la première version sur les anciens modèles était l’Industar 26 téléscopique (ou rentrant). Le pas de vis est au standard LMT 39, soit celui du Leica (à quelques microns près, mais n’ergotons pas)

Cet objectif donne de très bonnes photographies, quoique l’on considère que l’Industar 61 soit un brin supérieur. Mais il n’a pas le charme de l’objectif rentrant. Ceci étant, rien de vous empêche de monter dessus n’importe quel objectif au pas LTM 39 (ou des Canon, Nikon, Voigtländer, pour ne citer que les plus connus).

Gros plan sur la bague d'ouverture d'un objectif de caméra avec des nombres marqués en argent sur fond noir, le tout sur un fond bleu.

J’écrivais quelque part que FED s’était émancipé de sa copie Leica, mais ils ont quand même gardé quelques équipements, comme l’obturateur, en toile caoutchoutée. Dès lors, les vitesses sont indiquées de 1/30 – 1/60 – 1/125 – 1/250 – 1/500s et la pose B. Rien de transcendant mais dans la norme pour les années cinquante. La donne changera dans les années soixante.

Voilà le tableau est brossé. Je vais voir avec vous le reste :

  • commençons parle chargement d’un film. Il faut tourner les deux clé, sur la semelle, pour ôter tout le dos, en le fais glisser dans les rainures prévues.
  • on dépose la bobine à droite et on tire sur l’amorce que l’on va s’efforcer de faire glisser dans la petite fente métallique de la pièce. Attention, en cas d’achat, vérifiez bien que cette bobine existe car c’est une bobine amovible mais propriétaire.
  • remettez la bobine en place puis refermez le dos soigneusement pour ne pas plier les bords et rendre l’ensemble bien hermétique à la lumière.
  • avec le bouton à droite, faites avancer le film et déclenchez au moins deux fois. Vous voilà prêt à sortir avec ce drôle d’engin. N’oubliez pas d’indexer le compteur de vue en le remettant sur le 0 à l’aide des minuscules ergot fixer sur la pourtour de la couronne.
  • Avec une cellule à main, une cellule électronique fixée à la griffe porte-accessoires, la règle du Sunny Fun ou au pifomètre, réglez la vitesse avec la molette située après la molette d’armement et le déclencheur.
  • armez en tournant la grosse molette d’armement.
  • pour la visée, vous collez votre œil au viseur et vérifiez la mis au point des 2 images que vous devez faire se superposer parfaitement. Nous avons ici un télémètre à coïncidence, avec un beau patch orangé au milieu.
  • il ne reste plus qu’a noter l’ouverture désirée à l’aide de la bague située sur l’objectif,
  • et à appuyer sur le déclencheur !
  • vous êtes arrivé au bout du film, il faut le sortir. Pour cela, il faut appuyer et tourner la bague autour du déclencheur dans le sens horaire afin de débrayer le mécanisme. Ensuite, relever la molette de rembobinage et tourner dans le sens de la flèche. Ne pas oublier de remettre le mécanisme en place au nouveau film !

Attention, j’ai bien écris qu’il valait mieux armer avant de changer la vitesse, comme sur les autres appareils russes. Même si ici, c’est moins indispensable, faites-le par habitude, cela vous évitera des déconvenues avec d’autres appareils russes.

Voilà, nous en avons fait le tour.

Que penser de ce FED 2 modèle B ?

C’est vraiment un appareil fait pour apprendre la photo et pour ceux qui connaissent déjà, c’est un chouette moyen de rester attentif à sa manière de photographier.

Avec lui vous allez jongler avec les trois piliers de notre passion : la lumière, la vitesse, la sensibilité du film, soit le fameux triangle d’exposition.

Quelques esprits chagrins vous diront que c’est rustique, pas agréable à manipuler, mal fini.

Que nenni comme disent nos amis liégeois !

  • Rustique, sans doute un peu mais lorsque Oleg, le sorcier Ukrainien des télémétriques de l’Est, aura pu reprendre du service, confiez-lui votre appareil, vous serez surpris(e) de la qualité de l’engin une fois toutes les surfaces bien polies.
  • Désagréable à manipuler ! Là, on frise la mauvaise fois ou alors vous n’avez jamais eu un vieux Leica en mains. Déjà le système de chargement fait toute la différence, bien plus aisé qu’un film a glisser dans une fente minuscule. Entre autre car vous pouvez le customiser sans regretter le prix qu’il vous a coûté. Personnellement, j’ajoute toujours un soft release à viser sur le déclencheur, pour plus de confort.
  • Mal fini. Là encore, c’est injuste car toutes les pièces sont bien ajustées et, surtout, faciles démonter en cas de problème. Le granité qui recouvre les surfaces métalliques ne s’écaille pas facilement, il semble faire corps avec le support. Les objectifs avec fut, noirs ou argentés, lui donne une belle allure. Et puis il y a de petits détails intéressants, comme la correction de dioptrie, facile à régler, les points d’ancrage sur le corps, pour y poser une sangle. N’oublions pas le fameux sac tout près, en vrai cuir russe, à l’odeur si particulière (produits de tannage).

En résumé, le FED 2 a apporté le brin de modernité qui manquait aux Leica II et III. Il reste éminemment utilisable à moindre coût et si vous trouvez de bonnes optiques, russes, allemandes ou nipponnes, faites-vous plaisir, le boitier n’étant jamais qu’une chambre noir alors que l’objectif est le point d’entrée de tout ce que vous allez photographier.

Parlons budget maintenant : un bel exemplaire, avec un objectif correct (Industar 61 ou autre) et son sac tout près en bon état se négocie autour des 80 à 100€. Ce qui vous laisse encore plein d’argent pour acheter une cellule si vous n’en avez pas et des films pour l’essayer.

Tenté de faire le pas ? Soyez raisonnable, faites-vous plaisir. Et si vous connaissez déjà, dites-le nous.

Vidéos d’illustration.

Il s’agit ici d’un FED 2 modèle B postérieur car la prise synchro flash est sur le capot et non plus la face.
Idem

Ici, c’est un FED C, pas très différent du 2 et la présentation en français.

Un peu de technique.

  • Appareil photo télémétrique 35 mm
  • Fabricant : FED
  • Période de production : de 1955 à 1970
  • Format : 24x36cm sur film 135
  • Monture d’objectif : monture filetée m39
  • Objectif : Industar-26M 2.8/50 ou Industar-61 L/D 2.8/55
  • Base du télémètre : 67 mm
  • Obturateur : obturateur à plan focal (rideau) avec des vitesses de B, 1/25s, 1/50s, 1/100s, 1/250s, 1/500s
  • Viseur : un seul pour le cadrage et la mise au point, correction dioptrique
  • Synchronisation du flash : prise de synchronisation sur la face avant, vitesses de synchronisation à partir de 1/25 s.
  • Chargement par le dos, qui se déboite ; bobine réceptrice amovible et propriétaire
  • Poids : 900 grammes

Des références.

https://fr.wikibooks.org/wiki/Photographie/Fabricants/FED, https://www.collectiongeven.com/piwigo/picture.php?/2259/category/507, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-708-Fed_2d.html, http://t.hacquard.free.fr/site1/fed_2.html en français ; https://web.archive.org/web/20021122183325/www.geocities.com/fzorkis/, https://mikeeckman.com/sovietcams/indexc42c.html?tmpl_into=middle&tmpl_id=198&_m_e_id=16&_menu_i_id=91, https://oldcamera.blog/2015/03/07/fed-2-b4-%D1%84%D1%8D%D0%B4/, https://galactinus.net/vilva/retro/fed-2.html, https://sovietcameras.org/fed-2/ en anglais ; la bible de tous les amateurs passionnés : The Authentic Guide to Russian and Soviet Cameras

Argentique

Le Braun Super Paxette II : un argentique bien vintage

Préambule.

Ce n’est pas dans l’ordre des trouvailles, mais ce nouvel appareil date aussi de la grande brocante de Maroilles.

Il était dans une caisse, mélangé à quelques épaves à soufflet et l’un ou l’autre Voigtländer Vito en plus ou moins bon état.

Celui-ci m’a attiré par sa petite taille, son côté solide et sa forme inhabituelle. Il ne semblait pas avoir trop souffert de son transport musclé dans cette vieille caisse.

Un peu d’histoire.

Tout d’abord, ne confondons pas Braun AG ou Braun GmbH et Karl Braun qui devint Braun Photo Technik GmbH en 2000. Si le premier groupe est surtout actif dans l’électroménager (même s’il s’est égaré dans la vente de projecteur Dia avec le Braun 17 par exemple), le second n’a jamais fabriqué que des appareils photos et des … projecteurs de diapositives !

Karl Braun de Nuremberg était d’abord une entreprise spécialisée dans l’optique. Elle fut créée en 1915 sous le nom de Karl Braun KG, Fabrik optische Geräte und Metallwaren (pour fabrication d’appareils optiques et d’articles en métal).

Ce n’est qu’en 1948 que la société commence à produire des appareils photographiques en format 24×36. Elle change alors de nom et devient Carl Braun Camera-Werke. Elle produit alors des box, des pliants (folding) Norca, des moyens formats rigides Paxina

Les appareils les plus connus de sa production sont les Paxette (à partir de 1951) qui deviendront les Super Paxette (à partir de 1956), tout d’abord sans télémètre et objectif fixe, puis télémétrique couplé avec objectif interchangeable au pas de 39mm (mais incompatible avec le LTM 39 de Leica) sur les Super Paxette II.

Les Paxettes ont connus trois générations : la première, toute en métal ; la seconde, avec des lignes un peu plus arrondies et introduisant une cellule et des automatismes ; la dernière se réduisant à des appareils de type Instamatic, utilisant des films en cassette 126 de Kodak.

Les appareils Paxette avaient une convention de dénomination de modèle, non sans exception (sinon ce n’est pas drôle pour les collectionneurs) :

  • Pas de suffixe – base, premier modèle
  • «Je» – base, premier modèle
  • «II» – lentille interchangeable, support de filetage
  • «III» – Lentille interchangeable, support à baïonnette
  • «B» – compteur photoélectrique
  • «L» – levier d’armement, le suffixe est tombé sur des modèles ultérieurs
  • «M» – télémètre
  • «Super» – télémètre couplé

Il y eut même plus tard des Reflex Paxette (3 modèles en tout), qui n’ont absolument pas marché car vendus trop chers. Et, surtout, des projecteurs de diapositives, dont le Paximat qui fut le tout premier projecteur automatique.

Vers le début des années soixante, la marque décide d’arrêter la production d’appareils photo, la concurrence nipponne étant trop forte pour ce marché, mais elle a continué la production de projecteur de dias. Plus de 4 millions de ces projecteur Paximat ou Novimat seront vendus, avec des innovations comme la télécommande filaire puis indépendante, la focalisation automatique, l’utilisation de lampes halogène.

Dans les années quatre-vingt, le nom fut revendu à une entreprise qui refit des reflex, sans doute fabriqués par Chinon ou Cosina. Ils sont assez rares mais toutefois n’ont aucune valeur car trop bâtards.

Elle s’intéressera aussi aux scanners numériques, qu’elle produit toujours. En 2004, Braun a de nouveau changé son nom. Il devient Braun Photo Technik GmbH et continue de vendre et /ou de fabriquer des scanners et des applications optiques.

Présentation du Super Praxette II.

De 1955 à 1957, c’est l’appareil le plus évolué de la gamme : télémètre couplé, objectif interchangeable et obturateur Gauthier Prontor SVS.

En 1958, le design changera et le boitier gagnera une cellule au sélénium.

Commercialement, les boitiers de la marque se positionnent comme destinés au grand public, donc vendus à prix raisonnable (pour une production allemande s’entend).

Le Super Paxette, comme je l’écrivais plus haut, est très compact, dense. De prime abord, on trouve assez vite ses marques, pour peu qu’on ait un peu l’habitude de ce type d’appareils plus anciens.

Tout est là et pourtant, c’est un peu perturbant. La faute à ces blocs de métal qui tiennent le fut de l’objectif, démontable ? A la succession des réglages (vitesses, distances, ouvertures) ? A la position inhabituelle du déclencheur, que l’on cherche sur le capot ? Je ne sais pas trop …

A côté de cela, il y a quelques trucs faciles, comme cette grande roue en dessous, qui est le verrou qui libère le dos, tout le dos, et qui tient en son centre le filetage pour le fixer sur un trépied. L’assemblage des deux parties est ferme et je doute qu’il y ait des fuites de lumière par là. Comme le presse film, qui se referme sur la pellicule et la tient correctement appuyée, bien plane. La bobine réceptrice est une bobine fixe. Lors de l’installation du film, il faut soulever la molette de la bobine réceptrice puis la rabattre car un système interne permet de faire bouger la bobine pour y enrouler le film.

Vous pourriez, comme moi, vous dire que fixer le trépied sur une roue qui sert à fermer l’appareil est risqué. Non, car celle-ci se vise sur un fut, qui porte le pas de vis de trépied, fixé à l’appareil. Bien vu.

Et d’un autre côté, des fonctions déconcertantes comme le levier d’armement, très court, qu’il faut armer une fois et demie pour pouvoir déclencher !

De fait, j’ai d’abord crû que l’obturateur était bloqué, ayant armé une fois. C’est en essayant de nouveau le mouvement que j’ai par hasard appuyé sur le déclencheur et que celui-ci a fonctionné.

Ou comme le compteur de vue, qu’il faut d’abord mettre à la taille du film et qui décompte. La roue, dentée, n’est pas un modèle de douceur pour la faire bouger.

Autre particularité, le sélecteur du flash M – X – V : la position M permet l’utilisation de flash à ampoule et donne une synchronisation de 1/50s à 1/300s ; la position X permet l’utilisation de flash électronique et sa vitesse de synchronisation est de 1/25s ; la position V est celle du retardateur. La prise PC du flash se situe au dessus des lettres.

L’obturateur est un Gauthier Prontor SVS qui donne des vitesses de 1s au 1/300s, plus la pose B. Le déclenchement est discret, presque silencieux, un bon point.

Le viseur est donc couplé au télémètre. Un vague rond, au milieu, permet de faire la mise au point lorsqu’on fait tourner la bague de distance. C’est trop imprécis (à moins que le patch se soit effacé) et il vaut mieux travailler en zone focus.

Néanmoins, en l’absence de came à l’intérieur du fut de l’objectif, j’avoue ne pas comprendre comment le télémètre fonctionne, puisqu’il est couplé. Est-ce la pastille en fonds de fut qui agit sur celui-ci ? Sans doute car elle semble montée sur ressort, avec une broche, mais je ne vois pas bien comment ça marche. Si quelqu’un à une idée, elle est la bienvenue en commentaire.

Ceci étant, le viseur est étroit et peu clair.

Normalement, les Super Paxette étaient équipés de diverses objectifs : des Staeble – Katagon de 45mm f2,8 ou des Pointar de 45mm f2,8. L’exemplaire que je vous présente ici est équipé d’un Car Zeiss Tessar de 50mm ouvrant lui aussi à f2,8. Une proposition spéciale, une modification particulière de l’objectif ?

En tout état de cause, les viseurs étaient calibrés pour les objectifs montés d’origine. Si vous pouviez joindre d’autres focales, il fallait équiper le boitier d’une tourelle pour compenser la visée.

D’ailleurs, ces accessoires étaient prévus par la marque :

Pour installer un film dans la chambre, il faut d’abord rembobiner la pellicule ; un tout petit bouton, sur le dessus du boitier, permet de débrayer le mécanisme. Puis il faut soulever la molette de gauche et tourner dans le sens de la flèche pour rentrer le film dans la bobine. Ensuite, dévisser le verrou et ôter le dos. Pour remettre un 24×36, opération inverse. Notez la grosse base sur la bobine réceptrice, crantée, pour bien faire avancer le film en douceur.

J’écrivais un peu plus haut que le cercle ou patch du télémètre n’était pas très visible et qu’il était sans doute plus utile de travailler en zone focus. Ça tombe bien, ils ont prévus une échelle de profondeur de champ, gravée sur le fut de l’objectif.

Ai-je oublié quelque chose ? Ah oui, le mémo, fixé sur la tête de la molette de rembobinage pour se souvenir du film introduit dans le boitier.

Petit tour de l’engin.

Que penser de cet appareil ?

Je l’ai déjà écris, c’est un appareil assez déconcertant. Pas désagréable mais délicat à manipuler. Mais c’est toujours une question d’habitude à prendre.

Ceci étant, c’est un appareil solide, construit pour durer. Celui-ci va fêter se 70 ans et il fonctionne toujours.

S’il est petit, il est lourd mais si vous ne possédez pas le sac tout prêt qui devrait l’accompagner, il n’y a pas de moyen pour fixer une lanière de portage. Petit sac photo nécessaire.

Hors de l’Allemagne, il n’est pas courant, sans être rare. Pour un bel exemplaire, complet (objectif, sac tout prêt), comptez 120€, sinon le prix se négocie autour des 70€.

A découvrir, pour le plaisir.

Vidéos d’illustration.

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

Des références.

https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-12420-Braun_Super%20Paxette%20I.html, en français ; https://www.jollinger.com/photo/cam-coll/cameras/Braun_Super_Paxette.html, https://camera-wiki.org/wiki/Paxette, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Braun_Paxette_series, https://retinarescue.com/paxettehistory.html, https://en.wikipedia.org/wiki/Carl_Braun_Camera-Werk, en anglais

Argentique

Un Zeiss Ikon Super Nettel 1 bien fatigué

Préambule.

Connaissez-vous la Loi de Murphy*, autrement appelée la loi de la vexation universelle ?

Eh oui, au lendemain de la Bourse de Villers-Bretonneux, je visite une brocante couverte à Ath et là je réussi à trouver cet Zeiss Ikon Super Nettel I à un prix dérisoire, ainsi que quelques autres pépites qui viendront sous peu sur le site.

Bon, il n’est pas parfait, mais c’est celui avec le f2,8 en formule Tessar, le plus convoité de la gamme.

Mais commençons par le début …

Un peu d’histoire.

En 1929, la Fondation Carl Zeiss fusionne les quatre sociétés les plus importantes d’Allemagne : Ernemann, Goerz, ICA et Contessa-Nettel. Ainsi nait Zeiss Ikon, qui propose deux branches, l’une optique et l’autre d’appareils photo.

Conséquences de cette fusion, toutes les entreprises qui faisaient de l’optique (comme Goerz) ont abandonné la fabrication et tous les appareils du groupe utilisaient des objectifs Carl Zeiss. De même, tous ceux qui fabriquaient leur obturateur les ont abandonnés car les nouveaux appareils utilisaient du Compur, à quelques exceptions près.

Ce nouveau groupe était parmi les plus importants du monde d’alors, qui produisait des boitiers en 35mm de haute qualité, comme le Contax, ou des folding (pliant) comme le Super Ikonta, ainsi que des caméras pour le cinéma et de l’optique médicale. Tous ces appareils et toutes ces optiques avaient une réputation de grande qualité, voire d’excellence.

Hélas, après la seconde guerre mondiale, le groupe sera divisé en deux : une en Allemagne de l’Ouest et l’autre à l’Est. Il y aura de nombreux litiges entre les deux parties notamment au sujet de la marque Zeiss. Toujours est-il qu’à l’Est, de nombreuses usines seront démantelées, les machines et le personnel étant prié de suivre … sans discuter. La société Kiev recevra une grande partie des équipements. En 1948, le Zeiss est-allemand sera nationalisé et finira dans le VEB Pentacon. L’Ouest n’eut pas beaucoup plus de succès car il cessera ses activités en 1972.

Il faudra attendre la réunification des deux Allemagnes pour que Carl Zeiss réintroduise le nom de Zeiss Ikon et présente, à la Photokina de 1974, un nouveau télémétrique, fabriqué par Cosina au Japon avec une monture Leica M (voir le Zeiss Ikon ZM). Les Contax G et G2 seront équipés eux de lentilles japonaises mais le boitier sera fabriqué en Allemagne.

Voilà pour l’histoire de la marque, venons-en à notre appareil, le Zeiss Ikon Super Nettel premier du nom.

Au début des années trente, il existait deux grands appareils photo rivaux : le Leica et le Contax. Tous deux des télémétriques, ils étaient pourtant très différents, je vous renvoie donc aux articles que j’ai déjà consacré à ces sacrés monstres (Kiev 4 = copie du Contax et Leica IIIf).

Ils avaient toutefois un point commun : un prix élevé et une mécanique de précision, robuste et faite pour durer.

Aussi, afin de ne pas perdre (trop) de part de marché, Contax va-t-il lancer un appareil plus abordable, qui reprendra quelques beaux restes à son grand frère.

Il ne sera pas produit très longtemps : sorti en 1934 il ne sera fabriqué que jusqu’en 1938 dans sa première mouture, qui changera déjà en 1936, avec la version toute chromée qui clôturera l’aventure du Super Nettel.

Que va-t-il emprunter au Contax ? Son obturateur métallique, en forme de rideau roulant ; l’avance du film ensuite ; le compteur de vues et finalement le bouton de rembobinage.

Pour le reste, il est plus compact, fermé, et aussi complexe, mécaniquement. L’Allemagne de l’époque aimait bien montrer son savoir-faire mécanique.

Présentation du Zeiss Ikon Super Nettel I.

Même si le soufflet est court, il s’agit bien d’un appareil pliant (ou folding) qui utilise du film 35mm (le 24×36).

Il sera proposé, comme souvent chez Zeiss Ikon, avec des optiques différentes, qui justifient des prix de vente plus ou moins élevés : le moins cher sera le Carl Zeiss Triotar 50mm ouvrant à f3,5 (1480fr de l’époque), puis le Tessar 50mm ouvrant à f3,5 (1585fr) et enfin le Tessar 50mm ouvrant à f2,8 (1760fr).

Tout en métal noir et cuir de la même couleur, il a de la classe, ouvert ou fermé. C’est un bel objet, aux coins arrondis pour une bonne prise en mains. Car le boitier est lourd, ce qui ajoute à sa stabilité.

On appuie sur le bouton au centre, devant la semelle dite froide pour accessoires, et l’abattant avant s’ouvre vers le bas. Pour moi c’est un bon point car j’avoue ne pas trop aimer les portes qui s’ouvrent à gauche ou à droite, la tenue en main est moins agréable. Ici, l’appareil peut reposer sur la main gauche, pour une meilleure stabilité. Et, petite remarque en passant, l’ensemble est d’une étonnante rigidité, qu’on ne retrouve pas toujours chez les pliants.

Pour le refermer, il suffit d’appuyer sur les deux poussoirs de part et d’autre des rails du soufflet et il se replie.

Le viseur, sur le dessus à gauche, porte deux ronds à l’arrière : un pour le viseur proprement dit (cadrage) et le second pour le télémètre.

Car c’est ici que se joue la spécificité de l’appareil, son télémètre est couplé à la visée : vous pouvez régler la distance avec la molette placée au dessus de l’objectif et vous voyez le patch carré orangé se déplacer, permettant une mise au point fine.

Si vous observez l’appareil de face pendant ce mouvement, vous verrez l’objectif tourner en même temps. C’est du travail d’horloger … sauf si, comme sur mon exemplaire, il est bloqué, nous y reviendrons.

Cependant, le télémètre est réglé pour le 50mm f2,8. Des accessoires optiques permettaient de travailler au grand angulaire, mais dans ce cas il fallait monter un viseur indépendant sur la griffe porte-accessoires qui est ici bien nommée.

A noter que cette griffe ne sert pas pour un flash quelconque, l’appareil n’était pas prévu pour en utiliser un (pas de prise PC, ni synchro).

A côté du viseur toujours, un gros bouton rond, qui sert uniquement pour le rembobinage du film. Notons que si le bouton est de bonne taille, il a la fâcheuse idée de se trouver très près dudit viseur et ça ne facilite pas la prise avec les doigts.

De l’autre côté, un autre gros bouton plus complexe : c’est celui pour le réglage des vitesses, de la pose B, de 1/5s au 1/1000s – en passant, c’est remarquable pour l’époque une telle vitesse – qu’il faut soulever pour engager celles-ci ; c’est aussi avec lui que vous ferez avancer le film d’une vue et qui bloquera le mécanisme pour éviter les doubles expositions involontaires ; enfin, au centre, avec une couronne pointue et un filetage pour un câble, le déclencheur proprement dit.

Entre la griffe et ce second bouton, une petite roue, celle du compteur de vue, qu’il faut régler manuellement car il ne revient pas (encore) à zéro tout seul.

Voilà, pour les commandes, c’est tout. Ah non, j’allais oublier le réglage des ouvertures, de f2,8 à f11, qui se commande via la bague autour de l’objectif.

Pour charger un film à l’intérieur, il suffit de tourner les 2 clés en dessous pour désolidariser tout le dos de l’appareil. Attention, il y a une bobine réceptrice amovible à l’intérieur car à l’origine il était prévu de mettre deux cartouches spéciales dedans : la première contenait le film et la seconde le recevait, sans devoir rembobiner car la pellicule rentrait dedans au fur et à mesure des prises de vue. Cette formule fut assez vite abandonnée et donc vous pouvez introduire dans la chambre une bobine moderne et accrocher l’amorce dans la bobine réceptrice. A la fin des prises de vue, vous appuierez sur le petit bouton qui se trouve derrière celui qui sert à l’armement et aux vitesses pour débrayer l’ensemble et permettre de rebobiner le film.

Avez-vous remarqué les 3 vis un peu proéminentes, autour de l’objectif ? Elles permettent de fixer un pare-soleil ou un filtre. Simple et efficace.

Que penser de cet appareil ?

Il a souffert le pauvre. Je ne sais quel iconoclaste l’a ainsi brutalisé mais je constate plusieurs choses :

  • le déclencheur ne déclenche plus
  • la roue du télémètre est bloquée
  • le réglage des ouvertures aussi
  • il semble qu’un élément qui devrait être caché par le cuir soit maintenant apparent
  • il a besoin d’un bon nettoyage

En résumé, j’ai du travail pour le remettre en état, ce que je vais essayer de faire grâce à quelques tutoriels que j’ai trouvé pour le démonter (voir dans les références entre autre). Ce serait dommage de ne rien tenter.

Il y aura donc une seconde partie à cet article, celle de la tentative de réparation.

Vidéos d’illustration.

Si vous deviez réparer le déclencheur en panne.
S’il est tout bloqué …

Un peu de publicité d’époque par LA.

Des références .

https://www.qwant.com/?q=zeiss+ikon+super+nettel+1&client=plgn-firefox-sb&t=web, https://vintage-photo.nl/extravagant-zeiss-ikon-super-nettel/, https://elekm.net/pages/cameras/supernettel.htm, https://collectiblend.com/Cameras/Zeiss-Ikon/Super-Nettel-I-(536-24).html, https://www.dancuny.com/camera-collecting-blog/2024/8/14/zeiss-ikon-super-nettel en anglais ; https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-12007-Zeiss%20Ikon_Super%20Nettel.html, en français ; https://ameblo.jp/nezumaqi/entry-12493338198.html, en japonais

*Loi de Murphy aussi appelée loi de l’emmerdement maximal peut-être vue de deux manières : humoristique d’abord mais surtout comme un principe de prévention des dangers en tout genre.

Argentique

Le Ricoh 520 M

Préambule.

Celui-là était dans les épaves de la collection à laquelle j’ai consacré, en son temps, un article.

Il semble que l’obturateur reste bloqué mais la cellule au sélénium est toujours active. Avec sa belle trousse en cuir, l’appareil est magnifique, comme vous allez le découvrir. Je vais donc essayer de le réparer, il le mérite.

Un peu d’histoire.

Et bien pour une fois, je n’ai pas grand chose à vous raconter à son sujet, sauf qu’il peut s’appeler aussi Sears RF 5, du nom de cet importateur américain qui re badgeait les appareils sous son nom.

Même sur le site de Ricoh je n’ai pas trouvé d’informations utiles, à croire qu’ils ont oublié ce modèle.

Des traductions japonaises, j’ai pu comprendre que ce modèle n’avait pas été produit en grand nombre ni longtemps car il fut assez vite remplacé par un modèle avec une cellule cette fois au CdS, le Ricoh 520 M CdS.

Pourtant Ricoh a produit quelques beaux spécimens de télémétriques et celui-ci ne semble pas déroger à la règle, nous allons le détailler ci-après.

Toujours est-il que cela en fait un appareil rare et peu recherché car … trop peu connu, un paradoxe.

Présentation du Ricoh 520 M.

Sorti en 1965, cet appareil est donc un télémétrique dans la veine de ce qui se faisait à l’époque : sobre, une esthétique carrée, un poids assumé (750gr) car tout en métal. Il sera remplacé en 1966 par un 520 m CdS, qui deviendra le 520 M CdS en 1967.

Le viseur est clair quoique d’une teinte un peu verte, qui ne se voit pas de l’extérieur, pas comme sur les Petri 7s par exemple. Le cadre brillant ne possède pas de marque pour une correction de la parallaxe mais avec une mise au point commençant à 1m, est-ce bien nécessaire ?

Le patch du télémètre, en forme de losange, est d’un bel orange clair, qui le rend aisément visible, même en regardant une source lumineuse. Les distances se règlent facilement grâce à un large levier sur le fut de l’objectif et c’est très fluide.

Vous voyez une petite plaque métallique qui apparait dans le viseur, au dessus. Si je m’en réfère à un article sur le successeur de ce boitier, le 520 M CdS, qui comme son nom le laisse supposer, utilise une cellule cette fois au CdS = Sulfure de Cadnium (qui dépendra alors d’une pile) et non plus au sélénium, elle devrait montrer si l’ouverture ou la vitesse sont bonnes en faisant coïncider la ligne noire avec la rouge. Cette indication se retrouve sur le cadran au dessus de l’appareil, qui là non plus, ne porte pas d’indication.

Source : quirkyguywithacamera

La sensibilité de la cellule se règle avec un petit bouton sur le fut de l’objectif (à gauche vu de face) de 10 à 800Asa.

L’objectif est un Rikenon de 48mm ouvrant de f2 à f16

Pour les vitesses, elles s’échelonnent de 1s à 1/500s, plus pose B et un retardateur de plus ou moins 10s. Il y a aussi un retardateur, qui se commande via un bouton sur le pourtour de l’objectif (V).

Finalement, en jouant avec les boutons et tirettes, je me rends compte que j’ai débloqué l’appareil et que finalement l’obturateur s’ouvre à toutes les vitesses. Comme quoi …

Deux positions existent pour le flash (X : flash électronique – M : flash magnésique à ampoule), qui se raccorde sur le côté avec une prise PC. Comme l’obturateur est dans l’objectif, la synchronisation se fait à toutes les vitesses.

Pour ouvrir le dos, sur charnière, n’essayez pas d’arracher la bobine de rembobinage, il suffit d’ouvrir le verrou sur la tranche.

Que penser de cet appareil ?

Si je le trouve très beau, notamment avec sa belle gaine en cuir noir, il est surtout intéressant par sa rareté, qui sera aussi le lot de son successeur, le 520 M CdS, et c’est dommage. L’appareil n’a pas un design extraordinaire ni des fonctions franchement innovantes, mais il est très bien construit et respire la solidité.

La cellule a au moins un autre avantage, celui de la simplicité : en jouant sur la vitesse ou l’ouverture, vous verrez bouger la ligne noire et lorsqu’elle se juxtapose à la rouge, c’est bon. Pas de transfert de chiffres d’EV comme sur les Yashica Minister D par exemple : du simple, du robuste, de l’efficace.

Lorsque la surface visée est très claire, on ne distingue pas très bien le petit cadre dans l’objectif pour le réglage de la cellule, il faut alors quitter le viseur des yeux pour regarder sur le capot. Dans les autres cas, c’est aisé et franchement facile.

Son télémètre permet un réglage souple des distances mais rien ne vous empêche d’utiliser le système du zone focus en photo de rue. Là, je pourrais reprocher un manque de clarté pour bien appréhender les limites, sans doute parce que le constructeur était très fier de son télémètre couplé.

Finalement, c’est un appareil simple d’utilisation et attachant. Il ne vous fera pas (trop) remarquer en ville, il est passe partout, sauf si vous tombez sur un passionné qui se demandera où il a bien pu voir se modèle …

Mais chez Ricoh mon bon Monsieur et là, il va chercher …

Un peu de technique.

Objectif : Ricoh S-Kominar de 48 mm ouvrant à f2 en 5 groupes de 5 lentilles (fabriqués par Nitto Hikari)
Obturateur: Seiko SLV 1s – 1/500s avec retardateur de 10s et pose B
Viseur : cadre brillant avec patch en losange clair pour le réglage du télémètre
Réglage focal : hélicoïde droit, télémètre couplé
Contrôle de l’exposition : cellule au sélénium, cadre sur le capot
Armement – rembobinage : levier d’armement, bouton de débrayage sous la semelle, bobine avec manivelle, ouverture du dos par verrou
Dimensions: 140 x 82 x 69,4 mm
Poids: 750g
Sortie: 1962 (ère Showa 36 au Japon)

Des références.

https://collectiblend.com/Cameras/Ricoh/Ricoh-520-M.html, https://www.pbase.com/cameras/sears/rf_5, https://quirkyguywithacamera.blogspot.com/2017/05/ricoh-rarity-520m-cds-rangefinder.html?m=1, en anglais ; https://www.asahi-net.or.jp/~RD2H-ARI/RI_520M.htm, https://ameblo.jp/miyou55mane/entry-12070008474.html (si vous deviez essayer de le démonter), https://sououbrother.blog.fc2.com/blog-entry-475.html, en japonais

Argentique

Le Minolta Hi-Matic 7s

Préambule.

Ah c’est une constante, ça devient difficile de trouver de vieux appareils sur les brocantes, sauf des Kodak Instamatic, des Agfa Clic et Clac, des Bilora, des Dacora, etc. peu intéressants.

Si on veut trouver des appareils un peu plus croustillants, ça devient vraiment ardu, ou alors à des prix délirants : « j’ai été voir sur Internet, ça se vend entre 180 et 250€ ce modèle ! ».

Impossible de discuter et d’argumenter avec ce genre de vendeurs qui ne prennent pas en compte la valeur moyenne de ce qui est vendu (et pas ce qui est offert à la vente) ni le fait qu’ils sont pour la plupart incapables de dire si l’appareil fonctionne et comment (« j’ai pas de pile pour le tester » et quand vous ouvrez le compartiment, il est plein d’oxydation !).

Mais il reste l’espoir ténu de découvrir parfois une pépite, comme ce Minolta Hi-Matic 7s, dans sa gaine en cuir.

Un peu d’histoire.

La saga des Minolta Hi-Matic commence en 1962 (quelle bonne année !). Ce sont des télémétriques à objectif fixe, comme les Canonet ou les Yashica Minister et Electro, concurrents de l’époque (pour ne citer qu’eux).

Pour l’anecdote, le Hi-Matic, premier du nom, a également été produit par la société américaine Ansco qui a baptisé sa version Autoset. Le Hi-Matic/Autoset a acquis une renommée internationale lorsque l’astronaute américain John Glenn en a emmené un dans l’espace lors de son vol spatial Friendship 7. L’inclusion du Hi-Matic dans le vol Friendship 7 a probablement inspiré le nom du modèle suivant, le Hi-Matic 7.

Le premier Hi-Matic 7 voit le jour en 1963. C’est le second appareil présenté par Minolta sous ce nom. Déjà il va marquer les esprits : cellule au CdS située sur l’objectif, télémètre couplé avec correction de la parallaxe, mode entièrement automatique ou manuel avec l’aide du posemètre et une optique de 45mm ouvrant à f1,8 construite avec 6 éléments en 4 groupes (distance de mise au point minimale de 90cm ; diamètre de filtres de 55mm).

Pour le reste, il reprend les caractéristiques de l’appareil précédant (le Hi-Matic de 1962), à savoir : un obturateur central avec des vitesses du quart de seconde au 1/500s, une pile au mercure (PX625), la lecture de la cellule dans le viseur par une échelle EV, pas forcément pratique et qui demande un peu d’habitude.

Et puis, en 1966, c’est au tour du Minota Hi-Matic 7s de faire coucou au monde, en même temps qu’un autre best-seller de la marque, le Minolta SRt -101.

C’est plus une correction esthétique qui nous attend mais quelques bonnes choses en plus font apprécier à sa juste valeur le 7s : la possibilité de compenser le contraste (comme sur le Srt 101), l’apparition d’une griffe porte-flash avec contact central et un témoin de chargement du film.

On reste sur une machine tout en métal, rassurante et fiable.

La littérature Minolta présentait le 7S comme « C’EST UNE APPAREIL PHOTO QUI PENSE… ET UNE APPAREIL PHOTO D’HOMME PENSANT ». Allusion à peine déguisée aux trois modes de fonctionnement : automatique, semi-automatique et manuel.

C’est seulement dix ans plus tard qu’apparaitra le Hi-Matic 7SII (1977), doté d’un objectif Rokkor 40 mm f1.7 légèrement plus rapide. Ce nouveau modèle est plus compact et plus léger que le 7S, une tendance de conception qui était un signe des temps car les fabricants d’appareils photo maintenaient leurs coûts de fabrication à un niveau bas tout en rivalisant pour une place de premier plan sur le marché grand public. La concurrence était féroce (déjà) en ce temps-là …

Source : Minolta flashback

Si vous me suivez depuis un moment, vous savez que j’apprécie la marque Minolta, disparue trop tôt. Mais elle n’a jamais été d’une grande simplicité dans le nom de ses modèles car le Minolta 7s succède à un Minolta … 9 et le Hi-Matic 7s II sera suivi d’un 11 !

Mais ces soucis de nomenclature ne concernent que les collectionneurs, nous, nous recherchons plutôt l’appareil qui va nous faire vibrer et que l’on aura plaisir à utiliser. Ce Hi-Matic 7s en fait partie, incontestablement.

Présentation du Hi-Matic 7s.

J’avoue aimer son esthétique très sobre, voire minimaliste. Un bon rectangle de métal, fiable et performant.

Minimaliste dans la forme mais pas dans ses prestations. Comme je le citais un peu plus haut, il a bénéficié des avancées du SRt-101.

Notamment le système de mesure de la lumière, placé sous le sigle CLC marqué sur l’objectif. CLC pour Contrast Light Compensator . Un système de mesure composé en fait de 2 cellules au CdS : une « regarde » vers le bas de l’image et l’autre vers le « haut » de celle-ci. Un calcul est ensuite effectué sur la moyenne du contraste des deux afin de donner la meilleure exposition possible. Si les différences de contraste sont minimes, la valeur d’exposition est calculée sur une moyenne. Par contre, si les écarts sont importants, l’exposition est pondérée pour favoriser une exposition accrue de la moitié la plus sombre de la scène.

Soyons cependant raisonnable : en cas de fort contraste (soleil de face), l’appareil aura des difficultés et il y aura du flare. L’utilisation d’un bon vieux pare-soleil en caoutchouc (diamètre 55mm) est toujours utile (ou même un plus moderne si on veut).

Attention, la pile d’origine au mercure (PX625) de 1,35v peut être remplacée par une pile Weincelle MRB625 zinc-air ou un adaptateur et une pile zinc-air de 1,35v. Le C.R.I.S. Adaptateur MR-9 utilise une cellule moderne à oxyde d’argent 386 plus petite et corrige sa tension de sortie pour la caméra.

Adaptateur MR-9

Ensuite, le 7s a un obturateur programmé entièrement automatique Seiko – LA avec commande manuelle. Il offre, comme écrit plus haut, des vitesses de 1/4s à 1/500s plus une pose B et un retardateur de +/- 10s.

Pour mémoire, les obturateurs centraux ont plusieurs avantages : ils sont très silencieux, ne génèrent pas de vibrations et sont synchronisés à toutes les vitesses pour les flashs.

Cet appareil fonctionne qu’il y ait une pile ou pas. Pour rappel, celle-là n’alimente que la cellule.

Pour les commandes, voyez l’éclaté ci-dessous, très classique.

Petite particularité qu’on aime ou pas, l’échelle EV.

Dans le beau viseur du Minolta Hi-Matic 7S, clair et spacieux, vous verrez une aiguille qui se positionne à droite pour vous indiquer la valeur EV retenue par la cellule. C’est cette valeur, reportée sur une petite fenêtre placée sur le haut de l’objectif, qu’il vous faut théoriquement chercher à obtenir en choisissant un couple vitesse/diaphragme. Le nombres défilent dans un sens ou l’autre à mesure que vous tournez les bagues.

Quand vous chargez un film dans l’appareil, vous réglez la sensibilité (de 25 à 800Asa) avec la petite tirette sous l’objectif. Imaginons un film de 200 Asa : sachant que la plus petite ouverture de l’appareil est f1,8 et la vitesse la plus lente à main levée de 1/8s (sur un objet statique bien sûr), vous aurez une valeur EV de 6.

Ce chiffre est tout ce dont vous devez vous souvenir maintenant tant que le film est dans l’appareil photo. Une fois que le compteur a dépassé le chiffre 6 sur l’échelle d’exposition du viseur, vous êtes prêt. Vous pouvez désormais régler l’obturateur sur A ou l’ouverture, voire les deux. Ou réglez votre vitesse et votre ouverture manuellement. Tant que l’EV est supérieur à 6, ça va. Il faut un peu d’habitude mais le système n’est pas mauvais.

Pour faire la mise au point, il faut tourner la bague des distances. Vous verrez alors l’image qui se découpe et se dédouble dans le rectangle central. Il faut la faire coïncider pour que ce soit net. Il est parfois difficile d’effectuer une mise au point millimétrée avec ce système qui caractérise tous les appareils télémétriques de la même trempe, produits à la même époque.

Pour vous aider, le viseur corrigé pour la parallaxe est d’une teinte bleuâtre et le patch du télémètre, jaune, pour les rendre bien visibles. Ces deux couleurs offrent un contraste naturel, ce qui permet de voir facilement le patch de mise au point.

Une option alternative consiste à prérégler la distance adéquate en tournant la bague sur la valeur de votre choix, et à fermer le diaphragme si la lumière le permet, pour bénéficier d’une zone de netteté assez large, dans laquelle vous essayez de placer votre sujet. Une technique souvent utilisée par les photographes de rue notamment, qui s’efforcent d’agir rapidement et de rester discrets.

Le 7s est équipé d’un objectif Rokkor-PF de 45 mm ouvrant à f1,8 (jusque f22). Alors qu’un objectif « classique » aurait une distance focale de 43 mm (puisque c’est la diagonale du cadre du film 35 mm), la plupart des marques avaient opté pour un objectif normal de 50 mm, voire 55 mm, dans les années 1960 et 1970.

Pas Minolta, qui a opté pour des objectifs « classiques » de 45 mm jusque dans les années 1980. L’histoire raconte que plus les objectifs sont proches de la distance focale idéale de 43 mm, plus leurs images paraissent naturelles puisqu’elles se rapprochent davantage de notre largeur de vue naturelle. Soit, retenons que l’objectif Rokkor-PF 45 mm est très bien traité et très bien corrigé, même en grande ouverture. Les images sont nettes et uniformément exposées.

Il faut encore noter que la focalisation du Minolta Hi-Matic 7S est extrêmement courte. Cela signifie que l’appareil photo peut être mis au point très rapidement, sans avoir besoin d’un long déplacement sur la bague des distances pour mettre au point le patch du télémètre. À quel point c’est court ? Eh bien, la focalisation complète n’est que de 45 degrés : on passe de l’infini à 0,9 mètre en un huitième de tour complet ! Très utile pour la photographie de rue et la photographie à réponse rapide.

J’imagine que tout ça vous donne envie de l’essayer ?

Pour mettre un film dans la chambre, n’essayez pas d’arracher la manivelle de rembobinage, ce n’est pas elle qui actionne le verrou du dos mais bien une tirette placée sur la côté gauche de l’appareil.

Dans la chambre, la bobine réceptrice est surdimensionnée et pourvue de larges fentes pour vous simplifier la mise en place de l’amorce du film. Ensuite, un témoin, sous le levier d’armement, vous indique si le film est bien en place et avance correctement (système SLS).

Voilà, vous avez un film dans la chambre, mis une pile dans le logement ad hoc, réglé la sensibilité du film ?

Il vous reste à sortir et le tester …

En promenade, deux options s’offrent à vous : soit le porter avec le « sac tout prêt » en cuir qui l’accompagne normalement, soit lui monter une lanière autour du cou confortable (il fait quand même 720gr nu) ou encore une lanière de poignet.

Vous verrez, c’est un appareil attachant.

Si vous voulez avoir une idée de photos prises avec un Hi-Matic 7s, c’est par LA.

Que penser de ce Hi-Matic 7s ?

Comme la plupart des appareils de cette époque, il est remarquablement construit, fait pour durer. L’exemplaire que j’ai acquis à l’air de sortir du magasin ! Bon, son ancien propriétaire a cru bon de noter ses coordonnées dans le sac tout prêt et de coller un pense-bête à l’arrière de l’appareil, mais ça fait aussi partie de l’histoire du Minolta, je les laisse.

Sa facilité d’utilisation et son agrément en font un compagnon de sortie recherché.

Il faut un peu s’habituer à l’échelle EV mais on comprends vite le principe.

La course du levier d’armement peut surprendre mais on s’y fait (et on peut armer par « à coups »). Tout comme la course du déclencheur, assez longue (qu’il faut anticiper lors des photos sous faible éclairage, pour éviter les flous de bougé).

C’est réellement un très bel appareil.

On n’en trouve pas aussi facilement que les Electro 35 ou les Minister de Yashica, mais ils ne sont pas rares pour autant.Comptez quand même sur une fourchette de 40 à 60€ pour un très bel exemplaire.

Videos d’illustration.

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

Spécifications techniques du 7S

Caméra télémétrique automatique 35 mm avec œil électrique CdS

Objectif : Rokkor PF 45mm f/1.8
Construction : 6 éléments en 5 groupes
Angle de vue : 52°
Diaphragme : échelle d’ouverture gravée de f/1,8, f/2,8, f/4, f/5,6, f/11, f/16, f/22 (en fonctionnement manuel)
Support de filtre : 55 mm, à visser
Monture de pare-soleil : 57 mm, à clipser
Obturateur : obturateur programmé entièrement automatique SEIKO-LA avec commande manuelle.
Fonctionnement automatique : EV 5,7 (f/1,8 à 1/15 sec.) à EV 17 (f/22 à 1/250 sec.)
Fonctionnement manuel : B, 1/4, 1/8, 1/15, 1/30, 1/60, 1/125, 1/250 et 1/500 sec.
Contact synchronisé : contact X (l’ampoule de classe M se synchronise à 1/30 sec., flash électronique à toutes les vitesses). Le flash dédié est l’Electroflash 20 (nombre guide de 20)
Retardateur : délai d’environ 10 secondes en commande manuelle.
Enroulement du film : type à levier, enroulement rapide, s’arme automatiquement, fait avancer le film et le compteur de film et empêche la double exposition.
Méthode d’enroulement : une seule course complète ou plusieurs courses courtes.
Distance d’enroulement : 220°
Compteur de film : le compteur à réinitialisation automatique indique le nombre d’images exposées.
Rembobinage du film : manivelle de rembobinage rapide
Taille du cadre : 36 mm x 24 mm
Viseur à cadre lumineux teinté avec correction automatique de la parallaxe.
Aiguille du compteur : l’aiguille dans le viseur affiche le numéro EV approprié, un avertissement de sur/sous-exposition.
Mise au point hélicoïdale directe couplée à un télémètre superposé.
Distance de mise au point minimale : 90cm
Mesureur d’exposition : posemètre CLC (Contrast Light Compensator) intégré dans le barillet d’objectif couplé à l’obturateur programmé, compense automatiquement les filtres ou les accessoires d’objectif.
Plage de vitesse du film : ASA 25-800, DIN 15-30
Plage de travail : EV 5,7 (F/1,8 à 1/15 sec.) à EV 17 (f/22 à 1/250 sec.) avec n’importe quel film.
Batterie : 1,35 V, pile au mercure en forme de bouton (maintenant remplacée par du zinc-air) pour les applications photographiques.

Autres caractéristiques : SLS (Safety Loading Signal) indique le chargement et le transport corrects du film.
Chargement facile grâce à une bobine réceptrice à plusieurs emplacements spécialement conçue.
Contact flash sans fil et cordon.

Hauteur : 82mm, Largeur : 140mm
Profondeur : d’avant en arrière, objectif compris : 47 mm
Poids : 720g

Des références.

https://www.suaudeau.eu/memo/histoire/Les_Hi-matic/Minolta_Hi-Matic.html, https://www.filmisundead.com/test-avis-minolta-hi-matic-7s/, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-1044-Minolta_Hi-Matic%207s.html, en français ; http://camera-wiki.org/wiki/Minolta_Hi-Matic_7s, https://johanniels.com/minolta-7s/, https://mattsclassiccameras.com/rangefinders-compacts/minolta-himatic-7s/, https://www.35mmc.com/27/07/2021/minolta-hi-matic-7s-and-a-sentimental-journey-discovering-true-optical-prints-by-shawn-granton/, https://filmphotography.eu/en/minolta-hi-matic-7s/, https://www.lomography.com/magazine/242810-minolta-hi-matic-7s-it-sings-1966, https://www.678vintagecameras.ca/blog/rangefinder-profile-minolta-hi-matic-7s, http://www.alexluyckx.com/blog/2015/04/20/ccr-review-8-minolta-hi-matic-7s/, https://minoltaflashback.com/7s-7sII.html, en anglais

Argentique

Le Yashica Lynx 5000

Préambule.

Comme d’habitude, c’est sur une brocante que j’ai trouvé ce Lynx 5000. Et pourtant j’ai hésité à le prendre car il était sale, les cuirettes étaient décollées devant, la porte de la pile manquait.

Juste de quoi ne pas tout à fait me décourager car dans le creux de ma mémoire fatiguée (nous nous étions levés tôt), je savais que j’en avais un autre exemplaire, clairement destiné à servir de donneur (électronique cuite par la pile qui avait coulé et mangé les fils).

Une bonne négociation plus tard, il va dans le sac à dos. Où il sera bien seul quasi toute la brocante car il n’y eut pas grand chose d’autre à se mettre sous la main.

J’ai déjà abordé le Lynx, avec le modèle Lynx 5000E, que je vous encourage à lire, bien évidemment.

Un peu d’histoire.

Pour ceux qui feront l’impasse sur cet excellent article pré-cité (c’est bon de temps en temps de s’ auto-congratuler), je résume.

Au début, il y eut le Yashica 35 (1958), suivi par un Yashica YL (1959), puis un Yashica M ou Minister (1960). Pendant cette année-là, Yashica ajoute une gamme d’appareils à ceux existant, ce sont les Lynx. D’abord un Lynx 1000 (1960 donc) puis un Lynx 5000 (1962, excellente année).

Pour terminer la saga, la marque sortira un Lynx 14 en 1965 et enfin un Lynx 5000E et 14E, le plus sophistiqué de la bande (1969).

Contrairement aux autres Yashica, les Lynx n’ont pas d’automatismes : ils étaient destinés à une clientèle exigeante, qui voulait pouvoir tout contrôler dans leur prise de vue. Ici, il faut maitriser le triangle d’exposition pour en tirer le meilleur.

Car ces appareils offrent le mieux de l’époque : télémètre couplé avec cadre et correction de la parallaxe, obturateur Copal SV logé au centre de l’objectif (aucune vibration à déplorer), un objectif fixe de 45mm de très bonne qualité ouvrant à f1,8, une vitesse d’obturation de 1s à 1/1000s (plus pose B), une sensibilité Iso de 10 à 800, une cellule au CdS (avec une pile donc), une synchro flash à toutes les vitesses.

Que demander de plus ?

Présentation du Yashica Lynx 5000.

Si vous avez suivi, le premier Lynx fut le 1000, qui a été introduit en 1960. Son objectif, un Yashinon, est un 45mm ouvrant de f1,8 jusque f22 (6 éléments répartis en 4 groupes). La mise au point minimale va de 80 centimètres jusque l’infini. Il accepte des filtres à visser de 46 mm ou un pare-soleil pliable en caoutchouc de 54 mm.

Pourquoi « Lynx » ? Parce que son obturateur à diaphragme (dit aussi « à feuilles » est capable d’une vitesse maximale de 1/1000 seconde, beaucoup plus rapide que la plupart des concurrents et même de certains reflex de l’époque.

Tout manuel, il possède une cellule au sélénium située derrière un réseau de lentilles (nid d’abeille), qui alimente un galvanomètre (ce qui fait bouger l’aiguille de la cellule). La sensibilité du film peut être réglée entre 10 et 800 ASA.

Le Lynx 5000, qui a été introduit en 1962, est une mise à niveau du Lynx 1000 : la cellule photovoltaïque au sélénium est remplacée par une photorésistance au sulfure de cadmium (CdS), nécessitant une pile au mercure pour alimenter le posemètre.

Tous deux proposent une fonction particulière, qui fonctionne comme un mode d’exposition mécanique à priorité vitesse. En fait, lorsque vous tournez la bague des vitesses, celle du réglage de l’ouverture tourne en même temps. Vous gardez alors la réciprocité ouverture/vitesse lorsque vous modifiez la vitesse.

De fait, l’ouverture et la vitesse d’obturation sont semi-couplées sur le barillet de l’objectif, ce qui donne lieu à une fonctionnalité intéressante : une fois que vous avez sélectionné une combinaison d’ouverture et de diaphragme, tourner la bague d’obturation fait également tourner la bague d’ouverture, de sorte que votre exposition reste constante, seule votre profondeur de champ change.

Il est possible de s’affranchir de cette aide en faisant tourner seulement la bague des ouvertures. Ça peut avoir l’air compliqué, au début, mais on s’y fait vite.

Une autre caractéristique des Lynx, c’est leur système de mesure de la lumière.

Généralement, les autres boitiers utilisaient un trou de taille variable au dessus de la cellule au CdS afin de faire varier la quantité de lumière « vue » par la cellule.

Sur les Lynx, c’est un système qui fait varier la résistance du circuit grâce à une bande de carbone montée autour du barillet d’objectif (à l’intérieur). En faisant tourner la bague des ouvertures ou en modifiant le réglage des Asa/Iso, la « brosse de lecture » se déplace le long de la bande de carbone, faisant varier la résistance du circuit et donc la quantité de courant arrivant au posemètre.

Si la précision semble meilleure par cette technique, à l’usage (intensif), elle pourrait se fausser de 1 à 2 stop à cause de l’usure de la bande au carbone. A vérifier avec une cellule à main si l’exemplaire convoité à l’air d’avoir beaucoup servi.

Autre (petit) inconvénient, la cellule n’est pas montée sur l’objectif mais sur le boitier. Autrement dit, si vous utilisez un filtre vous devez en tenir compte lors du réglage de l’exposition.

Enfin, de par sa position au dessus d’un objectif chromé, sachez que la cellule au CdS peut capter la lumière réfléchie par le barillet en plein soleil et entrainer une sous-exposition en lisant la mesure donnée. Fiez-vous à votre expérience plutôt qu’à la cellule, aveuglément.

Si le 5000 change de cellule, il garde l’excellent obturateur Copal SV dit « à feuille » qui lui donne toujours des valeurs de 1s au 1/1000s, plus pose B, retardateur (+/-10s) et synchro flash à toutes les vitesses (M ou X avec câble car il n’y a pas de contact sur la griffe). Il ne donne aucune vibration et est extrêmement silencieux. Que demander de plus ?

Il garde encore le déjà excellent objectif de 45mm ouvrant à f1,8 jusque f22 qui compte 6 éléments en 4 groupes (il passera à 7 éléments en 5 groupes avec le redoutable f1,4 du Lynx 14 et 14E). Ce Yashinon a d’ailleurs une excellente réputation. Vous pourrez voir des exemples de photos prises avec cet appareil ICI.

Le viseur possède un cadre brillant et très clair, qui se déplace en fonction du réglage de la distance de mise au point, de sorte que lorsque vous visez en ajustant la distance, vous voyez l’image du télémètre varier et le cadre bouger.

Au centre, un « patch » jaune, bien visible, qui aide à l’ajustement de la mise au point du télémètre à coïncidence.

Sur le capot, un gros verre surmonte un cadre séparé par un trait et deux mots : under et over. C’est l’aiguille de la cellule, que vous activez en appuyant sur le bouton chromé en façade, qui indique si vous êtes en sous ou sur-exposition.

Pour rappel, la cellule fonctionne avec une pile, à l’origine une PX625 au mercure de 1,35v, introuvable de nos jours. Vous pouvez la remplacer par une PX625A (alcaline) mais elle indique 1,5v. Il faut donc compenser en jouant soit avec la sensibilité Asa soit en modifiant l’ouverture. Le plus simple serait encore de mettre un adaptateur avec une pile zinc-air qui offre le même voltage (mais s’épuise assez vite. Ce sont les piles que l’on utilise pour les appareils auditifs).

Que reste-t-il à découvrir ? Ah oui, pour ouvrir le dos, n’essayer pas d’arracher la manivelle de rembobinage. Il faut faire glisser et appuyer sur un petit bouton en dessous de l’appareil. C’est aussi sur la semelle que se trouve le bouton pour débrayer l’appareil afin de pouvoir rembobiner le film en fin de course.

J’en profite pour parler du compteur de vue, près de déclencheur, qui se remet à zéro dès que le dos s’ouvre.

Que penser de ce Yashica Lynx 5000 ?

Personnellement, vous le savez, j’aime bien ce type d’engin (s’il avait été tout noir ce serait parfait, mais ça n’existe pas). On les a bien en mains même ou grâce à leur 750gr. Ils sont stables et faciles à manipuler.

Si la cellule n’en est pas encore aux cellules les plus performantes, elle donne une juste indication mais, encore une fois, avec ce type d’appareil, destiné notamment à la photo de rue, où il excelle, vous pré-réglerez pas mal de paramètres (vitesse, ouverture, zone focus) et donc la cellule n’est pas indispensable. Par contre, le fait que vous puissiez tout contrôler est un vrai plus.

Les Lynx sont moins courants que les Electro 35 et pourtant, ils ne manquent pas d’attraits. Si vous voulez sortir des sentiers battus, c’est un excellent choix.

Son prix devrait se négocier autour des 40€ pour un très bel exemplaire. A cela vous ajouterez une bonne sangle de cou pour le garder confortable et … allez arpenter les rues.

Bonnes photos !

Videos d’illusration.

Un peu de technique

Le mode d’emploi se trouve LA ou LA.

  • Produit en 1962 par Yashica Co., Ltd. Japon
  • Type de film 135 (35 mm)
  • Taille de l’image 24 mm x 36 mm
  • Poids 742gr
  • Objectif Yashinon 45mm f1.8 – f22 (7 éléments en 5 groupes)
  • Plage focale de 0,8 m à l’infini
  • Taille du filtre 52 mm
  • Obturateur Copal-SV
  • Vitesses d’obturation B, 1s -1/1000
  • Télémètre à correction de parallaxe dans le viseur
  • Posemètre monté sur le boitier au CdS
  • Pile d’origine 1.3v mercure PX625 (posemètre uniquement) à remplacer par un PX625A
  • Synchronisation PC et griffe porte-accessoire
  • Retardateur

Des références.

https://www.flickr.com/photos/28796087@N02/4266420411, https://pheugo.com/cameras/index.php?page=lynx5000 (une mine de renseignements, y compris pour certains dépannages), http://www.yashica-guy.com/document/chrono2.html, https://www.dpreview.com/galleries/0132358891/photos/930643, https://dustygrain.com/yashica-lynx-5000-review/, https://mattsclassiccameras.com/rangefinders-compacts/yashica-lynx-5000/, http://www.yashica-guy.com/document/lynxfix.html (pour les réparations) en anglais ; https://www.suaudeau.eu/memo/collection/Tlmfx/yl5.html, https://www.philcameras.be/yashica/, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-1373-Yashica_Lynx%205000.html en français.

Argentique

L’Argus C-3 Match-Matic

Après la Ford T, la Cadillac !

« Mais de quoi il nous parle là ? »

Avec les deux photos des appareils cote à cote, vous allez comprendre mon analogie.

Ce second Argus fait aussi partie de la collection au sujet de laquelle j’ai commis un article.

L’Argus C-3 Match-Matic (1958 – 1966) n’est pas qu’une version colorée du C-3, c’est bien un nouveau modèle, qui devrait être accompagné de sa cellule, « Exposure Meter », qui prend place dans la griffe porte-accessoires.

Source : arguscg. La cellule était fabriquée au Japon. Il y eut d’autres modèles, variantes sur un même thème.

Cependant, il reste fort proche du modèle C-3. Il est à noter que bien que plus récent que le C3, il est plus rare.

Ce qui change, à cause de l’utilisation de la cellule, ce sont les indications des vitesses et des ouvertures :

  • Les vitesses 4, 5, 6, 7, 8 correspondent à 1/10, 1/30, 1/60, 1/125 et 1/300, la pose B se règle en pivotant le déclencheur
  • Les ouvertures 3 1/2 , 4, 5, 6, 7 et 8 correspondent à  f/3.5, f/4, f/5,6, f/8, f/11 et f/16.

Pour le reste, il utilise les mêmes objectifs que le C-3 (voir l’article sur l’Argus C-3).

Hormis donc l’adjonction d’une cellule, le modèle est identique (à quelques détails cosmétiques près) à l’Argus C-3 pour les manipulations, sauf que …

Ce modèle fut fabriqué pour simplifier au mieux les conditions de prises de vue. De ce fait, les molettes ont été modifiées comme vu plus haut.

Mais pourquoi ?

Souvenez-vous, c’est en 1939 que le C3 a vu le jour. Dès lors, à la fin des années cinquante, on pouvait considérer qu’il commençait à s’essouffler, d’autant que les productions allemandes et surtout japonaises proposaient souvent des technologies plus avancées.

Argus se devait de réagir et il propose alors une variante qui devra ravir les photographes amateurs, ceux pour qui les paramètres d’ouverture et de vitesse restent un mystère épais. Et il quitte enfin l’habit noir pour un cuir beige du plus bel effet et exclusif à ce modèle.

La marque va donc proposer un système de numérotation pour les expositions, censé être plus facile à comprendre pour les personnes qui pensent encore que les termes techniques de la photo, c’est du Chinois.

Ils vont de fait introduire 2 nouveautés : les inscriptions sur les cadrans et un posemètre au sélénium qui se greffe sur la griffe porte-accessoires.

La méthode est simple : vous réglez la sensibilité du film sur le posemètre puis, lorsque vous voulez prendre une photo, vous dirigez l’appareil et le posemètre vers le sujet. La cellule vous indique alors les paramètres à utiliser pour une exposition correcte.

Tout est encore purement manuel (viser, régler, lire le résultat) mais ce système prétend vous aider à obtenir une meilleure exposition même sans rien y comprendre en lecture de la lumière.

C’est le Match-Matic qui relance les ventes. Une autre variante, le Golden Shield viendra lui donner un coup de main mais restera assez confidentiel (ainsi appelé parce qu’il reçoit un revêtement tout en métal et non plus en simili-cuir).

Grâce à cet appareil, la marque tiendra encore huit ans. C’est en 1966 que le C3 cesse d’être fabriqué, après 28 ans de loyaux services.

Mais revenons un instant sur le posemètre, absent de mon modèle. A vrai dire, il ne sera plus d’une grande utilité car au sélénium, il y a peu de chance qu’il fonctionne encore car il était prévu pour être monté sur l’appareil mais ne rentrait pas dans la gaine en cuir.

Le photographe ne gardait alors que la partie basse du « sac tout prêt », qui était aussi munie de la sangle pour le portage.

C’est toutefois un accessoire qui va bien avec le boitier, même s’il n’est pas indispensable.

Dès lors, dans le mode d’emploi (que vous pourrez télécharger ci-dessous), ils donnent une grille avec les équivalences en ouvertures et en vitesses par rapport aux données Argus.

Rien ne vous empêche de coller un petit pense-bête à l’arrière de l’appareil.

Corollaire aussi de cet ajout du posemètre dans la griffe, c’est qu’il n’est plus possible d’y placer un flash, sauf à le fixer sur le côté via un accessoire à fixer sous la semelle.

Notons que la molette autour du télémètre change aussi et gagne un anneau marqué « Flash Finder », qui utilise un système numéroté de 1 à 8 pour aider à déterminer l’ouverture avec un flash.

Je vous renvoie d’ailleurs encore au mode d’emploi pour découvrir le guide pour ajuster certains films et types d’ampoules flash. Sans réglage, il est configuré pour fonctionner avec les ampoules flash Kodachrome 25 et Sylvania Press 25B.

C’est un bel appareil – je sais, c’est subjectif comme appréciation – mais sa nouvelle robe lui va bien.

Ça n’empêche qu’il reste désespérément carré, avec des boutons pas toujours bien placé. Son aspect a évolué, pas son ergonomie.

Si vous sortez avec lui en rue, ne comptez pas passer inaperçu !

Ceci étant, si aux USA les Argus sont nombreux, y compris les Match-Matic, en Europe ils sont plus rares et dignes d’attention. Leur prix s’en ressent : comptez environ 90€ pour un exemplaire complet (avec la cellule donc, même si elle ne fonctionne plus). Mais vous serez plutôt vers les 70€ car c’est un accessoire qui manque souvent.

Photographier avec lui est une expérience aux dires des nombreux auteurs que j’ai pu lire pour préparer cet article.

Pas qu’il soit fondamentalement difficile de s’en servir mais il demande, comme nombre d’appareils anciens, un peu d’habitude, leur fonctionnement n’étant pas encore « normalisé ».

Petite revue en images :

Le mode d’emploi est à télécharger ici.

Quelques videos d’illustrations :

Cette video peut être utile si vous devez nettoyer votre Argus C-3 :

Si vous deviez démonter et nettoyer le vôtre.

Des références : https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-602-Argus_C3%20Matchmatic.html, en français ; https://casualphotophile.com/2015/11/25/argus-c3-camera-review/, https://mikeeckman.com/2014/12/argus-c3-matchmatic-1958/, https://en.wikipedia.org/wiki/Argus_C3, http://camera-wiki.org/wiki/Argus_Match-Matic_C3, https://www.arguscg.org/reference/c.shtml, https://www.arguscg.org/, https://argusinfo.net/, https://aadl.org/node/204921, https://alysvintagecameraalley.com/2019/08/29/a-quick-cleaning-of-an-argus-c3-matchmatic/, https://schneidan.com/2015/10/07/argus-match-matic-c3-americas-beloved-awkward-box/, https://shotonfilm.wordpress.com/the-cameras-2/argus-c3-the-brick/, en anglais.

Argentique

L’Argus C-3

Jamais sans doute un appareil photographique n’a autant bien porté son surnom : « la brique » (« The Brick » dans son pays d’origine).

Plus carré que ça …

Un petit mot d’abord sur mes recherches au sujet de cet appareil : j’ai dû me disputer avec Google et Cie pour avoir des résultats qui me parlent d’un appareil photo argentique plutôt que de l’argus d’une Citroën !

Car ce petit bijou au design, heu … particulier (attribué à Gustave Fassin, un belge), nous vient du pays de l’Oncle Sam.

Mais commençons par le début.

Le premier nom d’Argus Cameras Incorporated fut International Radio Corporation. Née en 1931dans le Michigan (Ann Arbor) de la volonté d’un groupe d’hommes d’affaires de la région, elle fut une bouée d’oxygène pour l’emploi dans un pays touché de plein fouet par la grande dépression de 1929.

Dès la première année, 75 emplois furent créés pour fabriquer des radios en plastique moulé, moins chère que celles aux boitiers en bois de l’époque. Cette radio, appelée Kadette se vendit très bien grâce à son coût très abordable.

Dans cet état grand comme huit fois la Belgique, la production de radios est une activité saisonnière. L’automne et l’hiver sont propices aux ventes, pas le printemps ni l’été. Pour compléter le cycle des fabrications, il fut décidé de produire un appareil photo 35mm peu couteux mais qui devait être fiable. Pour mémoire, la Kodachrome venait de sortir et le public était friand de cette pellicule couleur nouvelle.

Ils reprennent la même recette : un appareil au corps en plastique moulé, le modèle A, qui sera produit en 1936 au prix fou pour l’époque de 12,5$. Il va sans dire qu’à ce prix-là, son succès fut immédiat : 30.000 pièces seront vendues en une semaine par Montgomery Ward (un gros distributeur).

La partie photo prit le pas sur celle de la radio devant un tel succès. L’entreprise vend d’ailleurs ses brevets radio et change de nom pour devenir International Research Corporation et ne garde que la production d’appareils photographiques dans ses activités.

Dès 1940, elle commence à produire aussi des équipements optiques pour le gouvernement américain, dans le cadre de contrats militaires et aussi pour diversifier sa production car le Japon livre des produits photographiques de qualité parfois moins chers qu’Argus.

Le 7 décembre 1941, c’est Pearl Arbor et le gouvernement américain commence à se mobiliser pour la guerre. International Research Corporation cesse ses activités civiles pour se consacrer à la production d’optique militaire et d’équipements radio pour les forces armées US et alliées. Grâce à des prêts gouvernementaux, l’entreprise s’agrandit plusieurs fois pour répondre à la demande de l’effort de guerre. En 1944, elle change encore de nom et devient Argus Incorporated.

Tous les efforts de l’entreprise seront récompensés par 5 prestigieux prix « Army Navy E Award ».

Tiens, au fait, pourquoi le nom « Argus » ? C’est un hommage à un dieu grec qui possédait 1000 yeux, détail utile quand on fabrique des appareils photo et du matériel optique.

Après avoir remboursé tous les prêts, au sortir de la seconde guerre mondiale, Argus reprend une production civile. Toujours attentif pour se positionner dans l’air du temps, Argus Inc consacre son activité à la fabrication d’appareil photographiques destinés aux amateurs. Ils sont dans le « milieu de gamme », là où d’autres entreprises ne s’aventurent pas. Ils développent encore la gamme des appareils et produisent maintenant des projecteurs de diapositives, qui deviendront aussi un produit phare de la marque.

Le nom de l’entreprise change encore en 1949 et devient Argus Cameras Inc.. A cette époque, ils sont les deuxièmes plus grands fabricants et distributeurs de matériel photographique aux USA, juste derrière Eastman-Kodak.

Pourtant, en 1957, Argus Cameras Inc. est rachetée par Sylvania. Elle poursuit toutefois ses activités sous le nom d’Argus.

En 1962, Sylvania revend Argus à Mansfield, un gros importateur de produits photographiques de Chicago.

Petit à petit, la fabrication des appareils a quitté Ann Arbor et en 1969, c’est la fin de toute production d’appareils photo. Reste que maintenant la marque Argus appartient à plusieurs entreprises qui importent des produits photographiques qu’elles étiquettent encore Argus.

Fondée pendant la Grande Dépression par des hommes d’affaires avisés, elle a employé, à son apogée, 1.300 travailleurs et elle occupait 2 pâtés de maisons de la 4e rue à Ann Arbor.

Alors, si le modèle A, lancé en 1936, a introduit Argus dans le monde photographique, c’est le modèle C3 qui sera le modèle le plus connu et le plus vendu.

Source : argusgc, le modèle A en plastique (bakélite) Photo Copyright Henrry Gambino

Pourtant, tant le modèle A, sorti à peine 4 ans après l’introduction par Kodak de sa pellicule en bobine industrielle, que le modèle C3 ont permis une progression des ventes du film 35mm qui a assis durablement ce standard. Certains auteurs émettent même l’hypothèse que si Argus n’avait pas utilisé ce type de film, le 35mm aura eu moins de succès.

Bref, le C3 apparait en 1939 comme une mise à niveau des modèles C (télémètre non couplé) et C2 (télémètre couplé sans synchro flash), eux-mêmes mise à niveau du modèle A initial : il propose un télémètre couplé et une synchro du flash intégré à l’appareil.

Le revêtement est parti (et je ne l’ai pas encore refait) et il manque une molette sur le devant (pas de vis en laiton). C’est un C3, produit de 1939 à 1957

Vendu à l’époque 25$, il s’agit de l’appareil photo le plus complet pour sa gamme de prix. Il va s’en dire que ce sera de nouveau un succès commercial et immédiat.

Sa conception simple, sa forme rudimentaire, comparable à une brique dotée d’une lentille, son prix très accessible font qu’il a survécu à tous ses concurrents mais aussi à tous les autres appareils produits par Argus même. Ce n’est qu’en 1966 et plus de deux millions d’exemplaires produits que le C3 quitte la gamme Argus.

Que proposait donc cet Argus C3 ?

The Brick (ou the Lunchbox pour le Japon qui ne manque pas d’humour) proposait donc un télémètre couplé et un flash synchronisé. Son ergonomie est discutable mais sa simplicité et sa robustesse sont légendaires.

Essentiellement construit en bakélite, entouré de pièces moulées en métal pour le devant et l’arrière, avec ses molettes devant et ses gros boutons, il inspirait confiance. Sa conception proposait un obturateur à diaphragme composé de 3 lames, intégré au boitier, ce qui permettait d’utiliser des objectifs interchangeables et simplifiait la construction.

Source : argusinfos, un éclaté qui montre le nombre restreint de pièces utiles

Comme sur les vieux Leica ou les anciens Fed et Zorki, le viseur est séparé de la fenêtre du télémètre. Celui-ci est cependant couplé à l’objectif par des engrenages placés à l’intérieur du boitier.

Vue sur les deux fenêtres à l’arrière : le viseur et le télémètre. Notez que la roue avec les Asa n’est qu’un pense-bête.

L’objectif d’origine est un triplet anastigmat Cintar de 50mm ouvrant à f3,5. Les lentilles sont sous traitées à Bausch & Lomb, ou Ilex et Graf Optical, qui a été racheté par Argus en 1939, avec une qualité variable malheureusement. Toutefois il est reconnu comme excellent par sa précision.

Sa mise au point est d’environ 90cm jusque l’infini. Comme pour le Leica, c’est un support à vis, mais pas du même diamètre. Pour le démonter, il faut dévisser l’engrenage entre l’objectif et le télémètre.

En effet, un peu comme sur les Contax ou les Kiev, on règle la distance (et le télémètre) en tournant la molette verticale sur le devant du boitier, qui actionne l’objectif.

Ici il manque la molette de liaison entre le réglage de la distance et l’objectif. Vous voyez les crans sur les diverses parties.

Il était possible de monter un téléobjectif de 100mm, un grand angle (35mm) en plus du 50mm d’origine. Un viseur Argus, avec cadres pour les trois focales et réglage de la parallaxe complétait la collection. Outre Argus, Fujitar et Soligor ont aussi fournis des objectifs compatibles avec le boitier. Pour de plus amples informations sur ce point particulier, je vous renvoie au site argusgc.org, où vous pourrez voir les différentes optiques recensées.

Les vitesses s’échelonnent de 1/10s à 1/300s. Le sélecteur de vitesse demande un peu d’habitude. Ainsi, il est fortement déconseillé de le faire tourner trop vite dans le sens horaire et surtout pas au delà du cran d’arrêt du sélecteur sous peine de tout casser.

On arme l’obturateur avec le levier situé sur le devant du boitier. Là aussi il faut faire attention à ne pas arrêter ou freiner le retour de ce levier sous peine de fausser l’exposition car le levier est directement relié aux pièces de l’obturateur.

L’avantage de cet obturateur est qu’il permet la synchronisation du flash à toutes les vitesses.

Le levier d’armement, qu’il faut pousser vers le bas pour armer.

Je pense ne pas avoir assez insisté sur le côté simple et pratique de la mécanique de cet appareil. Tout a été pensé pour être facile d’usage et pour le réparer sans trop d’outils sophistiqués. Autant les appareils allemands de l’époque (Voigtländer, Contax, Zeiss Ikon) étaient bien construits, cherchant presque la complexité mécanique, autant l’Argus est réaliste et pensé utile.

Puisque je m’attardais sur l’obturateur, prenons-le comme exemple de cette explication : chez les Allemands, l’obturateur est souvent une pièce achetée à une entreprise spécialisée dans la mécanique de précision (j’allais écrire d’horlogerie !), comme les Prontor, les Compur. Ils sont souvent logés dans un compartiment « étanche », rapporté sur l’appareil, miniaturisé autant que possible. Alors que sur l’Argus, il est immense, mécaniquement simple et robuste du fait des pièces de grande taille. Il sera dès lors facile à entretenir, sans outils spéciaux, et donnera l’assurance de déclencher à chaque coup, pour peu qu’on l’ait utilisé un temps soit peu (oui, même ici les graisses peuvent devenir poisseuses si on ne manipule pas l’appareil). Attention, l’obturateur est visible dès que l’on retire l’objectif. Ne pas y poser les doigts ou tout objet pouvant l’endommager.

Source : argusinfos, le mécanisme simple de l’obturateur

Un mot aussi sur le télémètre, couplé.

Le système n’est pas courant mais rappelle, me semble-t-il, un peu celui des Contax et Kiev, à savoir qu’on règle la distance avec une molette.

Ici la distance est indiquée sur cette molette, qui est placée autour de la première fenêtre du télémètre. La distance est exprimée en pieds (nous sommes aux USA), et commence à 3 pieds, soit environ 90cm jusque l’infini, avec un passage par 100 pieds (environ 30 mètres).

Mécaniquement, l’anneau entraine une came qui appuie directement sur le levier relié au miroir mobile du télémètre.

Les dents de la molette sont reliées à celles de l’objectif grâce à un engrenage amovible (perdu ici). Deux tiers de tours de la bague télémétrique fait tourner l’objectif d’un demi-tour. Autrement dit, on peut régler précisément la mise au point du télémètre et de l’objectif grâce à cette bague crantée.

La fenêtre, qui est à l’intérieur de l’anneau avec les distances, forme la partie supérieure de l’image, alors que la petite fenêtre teintée, celle au dessus de l’objectif, donne l’image dans les deux moitiés de l’image visible. En fait, pour faire le point de l’image, il faut faire « glisser » la partie supérieure de l’image vue par le télémètre sur la moitié vue par la fenêtre du télémètre. Ici il n’y a pas de télémètre à coïncidence ou à image divisée mais par glissement.

Le télémètre est légèrement teinté, en jaune sur cet exemplaire (mais il y eut aussi du bleu pour le modèle antérieur). Ça aide pour la mise au point car au début il n’y avait pas de couleur, ce qui rendait l’image réfléchie plus sombre que l’image directe. Encore une fois ici on ne peut pas réellement parler de « patch » comme sur les télémètres du style Leica, Contax, Canon, par exemple.

Notons encore que l’on peut régler le télémètre sans devoir démonter l’appareil, il suffit de dévisser la plaque ronde sur le dessus de l’appareil, qui cache deux vis, une pour l’ajustement vertical et l’autre pour l’horizontal.

Si vous voulez placer un film dans cette drôle de machine, il faudra ouvrir le ressort sur la tranche gauche pour libérer le dos monté sur charnière (costaude cette dernière). En principe, il suffit d’appuyer sur la plaque chromée sous le verrou et de tirer sur le ressort pour ouvrir. Heu … heureusement que j’ai toujours un petit canif Suisse sur moi et je vous le recommande si vous ne voulez pas y laisser vos ongles.

Une fois la porte ouverte, voici la chambre, avec sa bobine réceptrice, à gauche.

Rien de particulier pour monter la pellicule.

En fin de film, il faut pousser sur le bouton qui est juste derrière la roue du compteur de vue pour désengager l’avance et ensuite tourner dans le sens de la flèche la grosse molette sous l’appareil (celle qui n’a pas le filetage pour le trépied).

Le compteur de vue doit être mis à zéro manuellement. Il est en prise directe avec l’avancement, sauf si vous le débrayez avec le bouton derrière le compteur (appelé Film Catch par Argus). Autrement dit aussi, il n’y a pas de protection contre les doubles expositions, sauf à armer immédiatement après avoir pris sa photo et à avancer le film d’une image avec la grosse molette au dessus à gauche. Autre bizarrerie, il faut pousser sur ce fichu bouton après chaque photo pour que le compte incrémente une image : après avoir pris votre photo, vous avancez jusqu’à l’image suivante en maintenant enfoncé le levier du loquet du film et en tournant le bouton d’avance du film d’un quart de tour, puis en relâchant le loquet du film et en continuant à tourner le bouton jusqu’à ce qu’il s’arrête. On s’habitue … ou pas !

Le mode Bulb est activé en tournant le déclencheur de 90 degrés vers B.

Le déclencheur, qu’il faut tourner à 90° pour mettre en pause B.

Le compteur d’images au-dessus de l’appareil photo est doté d’un petit levier à côté, . Fondamentalement, il capture et arrête à la fois l’avancée du film et le compteur d’images après l’avancée de chaque image.

Le flash se monte sur la griffe porte accessoire, quand il y en a une. Sinon, il faut le monter sur une barre fixée dans le pas de vis du trépied. La synchronisation s’effectuer grâce à deux prises sur la tranche gauche de l’appareil. Pour rappel, la synchro se fait à toutes les vitesses. Mais il faut absolument que ce soit un flash Argus, un gros truc cylindrique qui fonctionne avec 2 piles C et qui utilise des ampoules de type Edison à viser, quoiqu’il existe un adaptateur pour pouvoir utiliser de ampoules #5 ou équivalentes de type à baïonnette. Le flash est muni d’un réflecteur amovible mais vivement conseillé.

Source : arguscg

La partie technique est terminée, passons à la partie subjective, celle qui répond à la question : que penser de cet appareil ?

Franchement, si je ne l’avais acquis de la collection qui a fait l’objet d’un article, je ne m’y serais pas attardé. Pour deux raisons : s’il est presque commun aux USA, il est plus rare chez nous et ensuite parce que je ne le trouvais pas … beau !

Maintenant que j’ai cet exemplaire en mains, je peux préciser ma pensée.

Non, définitivement, il n’est pas beau, mais il a ce petit quelque chose qui fait qu’on s’y attarde.

Au niveau de l’ergonomie, on a déjà fait (beaucoup) mieux, même à son époque. Il faut toutefois lui reconnaître une rusticité qui finalement fait sa force.

La simplicité de sa mécanique font que de nombreux appareils fonctionnent encore. Et comme cet appareil est archi-connu de l’autre côté de l’Atlantique, il y a une communauté d’utilisateurs très dynamiques qui fabriquent des tutoriels pour bien l’utiliser, le réparer, le remettre à neuf, l’embellir.

Il faut savoir aussi que cet appareil fut celui de nombreux GI’s pendant la seconde guerre mondiale – le comble c’est qu’il ne fut pas retenu par l’armée américaine, qui lui préféra le Kodak 35. Le célèbre soldat – photographe de guerre Tony Vaccaro le rendit encore plus célèbre sur le front européen.

Source : Mike Eckman. Cette photo des médecins du 2e Bataillon en décembre 1944 a été prise avec un Argus C3 par le photographe de guerre Tony Vaccaro.

Evidemment, de petits malins essaient de vendre très cher ces appareils ayant fait la guerre. Mais ils ne l’ont pas toute faite. Petite astuce pour s’y retrouver : le numéro de série. Pour les modèles d’avant guerre, il se trouve près de la bobine d’entrainement. Ensuite, il migrera sous la fenêtre de la chambre.

D’autres utilisateurs connus ont encore assis la réputation de l’Argus C3 : citons entre autres Duane Michals, Helen K. Garber et Jimmy Carter (dont l’exemplaire de C3 est exposé au musée homonyme).

Il est aussi apparu dans nombre de films, dont un Harry Potter (la Chambre des Secrets, 2002) et même dans un clip video de Tom Petty and the Heartbreakers (Into The Great Wide Open, 1991).

Vers la première minute du clip …

Si nous laissons de côté cette « starisation » de l’engin, il reste un bon vieux télémétrique pas dépourvus d’arguments. Assez pour que certains aient envie de l’essayer en tout cas.

Au niveau prix, un bel exemplaire, complet, se négocie en Europe autour des 60€. Le prix d’un certain exotisme en somme.

En tout cas, photographier avec un Argus C3 ne vous laissera pas passer inaperçu mais il vous permettra de sortir des sentiers archi rabattus.

Pour voir des photos prises avec cet appareil, c’est par LA ou ICI.

Quelques videos d’illsutration :

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI ou LA.

Des références : https://www.lomography.fr/magazine/98051-the-argus-c3-more-than-just-a-brick, https://www.usmilitariacollection.com/boutique/appareil-photo-us-argus-c3/, https://www.collection-appareils.fr/x/html/page_standard.php?id_appareil=384, en français ; http://camera-wiki.org/wiki/Argus_C3, https://en.wikipedia.org/wiki/Argus_C3, https://mattsclassiccameras.com/rangefinders-compacts/argus-c3/, https://casualphotophile.com/2015/11/25/argus-c3-camera-review/, http://www.artdecocameras.com/cameras/argus/c3/, https://argusinfo.net/, https://aadl.org/node/204921, https://www.arguscg.org/, https://www.argusmuseum.org/, en anglais.

Argentique

Les Kiev II – III – 4 et 4AM

J’ai hésité à réécrire des articles touchant des appareils russes, le contexte actuel étant ce qu’il est. Toutefois, ces machines ont déjà traversé tant d’Histoire qu’il serait vain de les laisser encore dans l’ombre parce qu’un dirigeant politique est un despote mal éclairé.

Alors si demain ce site disparait c’est soit parce que la CIA est tombée dessus, soit le KGB. Bah, il faut vivre hors de la poutine parfois !

Voici dont deux Kiev, que j’ai déjà abordés rapidement dans un article qui traitait des appareils russes, en général.

Ils méritent bien plus que quelques lignes, vous allez comprendre pourquoi. J’ajoute que ces appareils viennent de la collection pour laquelle j’ai commis un article.

Plus haut, j’ai écris le mot « Histoire » avec une majuscule car cet appareil fait partie de celle-ci, même s’il s’agit de sa part sombre, celle de la seconde guerre mondiale.

Mais commençons. En 1925, un certain Oskar Barnak imagine un petit appareil facile à emporter partout et qui utilise un film de petite taille, issu du monde cinématographique, le 24x36mm.

Ce fut assez rapidement un succès parce que l’appareil était « ultra portable » et le film assez facile d’usage, surtout après 1934 lorsque Kodak le met en bobines préchargées.

Qui dit succès commercial dit envie de faire mieux et/ou autrement chez les concurrents. C’est ainsi qu’en 1936 Zeiss lance son Contax II, un autre télémétrique de légende.

Au petit jeu des différences, voici un rapide résumé : le Contax II combine ses vitesses dans un seul cadran alors que le Leica II en utilise deux (vitesses lentes et rapides) ; le viseur et le télémètre sont dans une seule et même fenêtre chez Contax alors que Leica en utilise encore deux séparées ; la base du télémère du Contax fait presque 9cm alors que celle du Leica atteint difficilement les 5cm ; le chargement du film est aisé chez Contax car le dos s’escamote entièrement alors que chez Leica il faut charger le film par la semelle pour le glisser dans la chambre ; le Contax propose un retardateur qui ne fera son apparition que bien plus tard chez Leica (avec le III) ; Le Contax utilise une baïonnette propriétaire là où Leica vise ses objectifs sur le boitier ; l’obturateur du Contax donne une vitesse maximale de 1/1250s alors que son concurrent atteint le 1/1000s.

Bon, je sens que je ne vais pas me faire que des amis mais le Contax, créé par Zeiss, était considéré à l’époque comme supérieur au Leica, y compris pour ses optiques de légende.
Il était pensé pour être plus rapidement manipulable (dos ouvrant, grande base du télémètre, vitesses plus rapides, baïonnette) que son concurrent. Le Contax était prisé des photojournalistes (comme Robert Cappa) tandis que le Leica faisait la joie des artistes et des photographes aisés (comme Rotchenko).

Le Zeiss Contax est produit à Iéna et Dresde, en Allemagne donc. Mais voilà que la tragédie de l’Histoire intervient car la seconde guerre mondiale éclate et l’Allemagne est défaite après des années de combats acharnés.

Il est temps de penser aux réparations et aux dommages de guerre. C’est pourquoi la Russie transfère les usines, le matériel encore exploitable et les techniciens allemands de chez Contax vers Kiev, chez Arsenal.

« l’Entreprise d’État de production d’appareils spéciaux Arsenal », fut créée en 1764 pour l’armement de l’armée impériale russe, ce qui restera son rôle dans la Russie devenue Union Soviétique. Elle sera réorganisée au sortir de la guerre et la section d’armement portera un autre nom. Il est à noter que l’usine d’Arsenal a continué à produire des équipements optiques pendant la guerre froide et le programme spatial russe. Les appareils photo n’ont toujours représenté qu’une petite partie de ses activités.

C’est donc là qu’ils vont poursuivre la fabrication du Contax II rebaptisé Kiev II.

Les premiers Kiev II, qui apparaissent en 1947, contiennent encore des pièces originales des Contax embarqués de force. Les premiers objectifs qui accompagneront ces appareils auront aussi des éléments issus des stocks de chez Contax.

Quelques très rares et très chers Kiev II des tout débuts ont même gardé le nom Contax gravé dans le métal et une plaquette avec le nom Kiev était superposée sur le boitier. Amis collectionneurs … et ne cherchez pas un Kiev I, ça n’a jamais existé.

Pendant un (long) moment, les deux appareils ont suivi le même chemin : Kiev II contre Contax II, Kiev III contre Contax III. Mais comme souvent, celui qui fut une copie s’émancipât et devint un Kiev original à part entière. A partir du Kiev 4A et 4AM en fait. Et ceux-là seront produit jusqu’en 1987, à plus d’un million de boitiers.

Chronologiquement, le Kiev II sera produit de 1947 à 1957 à environ 100.000 exemplaires.

Il proposait les vitesses suivantes : 1/2s, 1/5s, 1/10s, 1/50s, 1/125s, 1/2509s, 1/500s, 1/1250s et une pause B. L’appareil était livré avec des objectifs ZK de 50mm ouvrant à f2, ZK de 50mm ouvrant à f1,5, ZK Zorki de 50mm ouvrant à f2, Jupiter 8 de 50mm ouvrant à f2.

Le Kiev-II a été suivi du Kiev-III, une copie du Contax III, qui est un Contax II avec un posemètre au sélénium, non couplé, sur le dessus du boitier.

Ensuite il y eut un Kiev IIa qui gagne une prise PC pour la synchronisation du flash sur le devant du boitier. Et un Kiev IIIa, le même mais avec une cellule au sélénium sur le dessus.

Quelques corrections esthétiques plus tard (semelle et boutons modifiés), le Kiev-4 (avec posemètre) et le Kiev-4A (sans) adoptent un flash synchronisé. Ils seront en production des années 1950 à la fin des années 1980.

Enfin, la dernière variation sur un même thème, le Kiev-4M, est équipée d’une manivelle de rembobinage au lieu d’un gros bouton, d’une griffe porte-accessoires, de modifications des boutons et du retardateur et la vitesse maximale descend au 1/1000s. Il garde la cellule au sélénium, toujours pas couplée, tandis que le 4 AM a les mêmes atouts mais sans la cellule.

Enfin, rien que pour compliquer la tâche des collectionneurs, il a existé quelques modèles sans marquages ni numéros, tous avec de légères modifications, surtout esthétiques.

Tous les modèles utilisent la monture originale à baïonnette Contax.

Petit résumé rapide des modèles :

Je vous encourage à aller voir les différents modèles sur Soviet Cam

Si les tous premiers Kiev sont encore des Contax (et nous avons lu pourquoi), petit à petit ils deviendront des vrais Kiev, les stocks de pièces n’étant pas infinis. C’est là que le modèle s’émancipe peu à peu de l’original.

Les mauvaises langues diront que la qualité de la production se détériore au fil du temps, surtout les boitiers de la fin des années quatre-vingt. Sans doute, comme dans beaucoup de domaine, le modèle de planification du régime soviétique n’encourageait pas la qualité mais la quantité et il est reconnu que de la fin des années septante à nonante, lorsque le régime commence à vaciller, les produits ne sont plus aussi bien assemblés qu’à leur début.

Normalement, vous pouvez estimer la date de naissance de votre boitier avec le numéro de série, les deux premiers chiffre étant ceux de l’année de fabrication.

Sur cet exemplaire de Kiev 4 (sans cellule), la date de fabrication doit être 1984.

Un dernier mot sur les Contax : étant donné qu’au sortir de la guerre les usines allemandes n’avaient pas pu retrouver ni leurs outils ni leurs ingénieurs, elles ont recommencé à produire des appareils dès 1950 mais qui seront simplifiés et qui bénéficieront de quelques améliorations, qui ne seront pas transposées sur le Kiev.

Ici, je vais m’attarder sur le Kiev 4 AM et le Kiev 4, ceux que j’ai achetés. Ils seront fabriqués de 1947 à 1987, une sorte de record en soi.

Ecrivons le tout de suite, il y aura des évolutions mais les différences ne sont guère fondamentales, plutôt des ajustements, parfois simplement cosmétiques et d’autres plus intéressantes car elles apportent un petit plus, comme l’ajout de la cellule sur le 4 AM.

Un mot d’abord sur l’objectif de base qui accompagne le Kiev : c’est un Jupiter 8, un 50mm ouvrant à f2. Cette optique est une copie très convaincante du Zeiss Sonnar de 1929 (6 éléments en 3 groupes). Si en 1931 Zeiss repense son Sonnar (7 éléments en 3 groupes avec une ouverture de f1,5), le Jupiter 8 ne bénéficie pas de ces améliorations. Il faudra attendre 1957 et le Jupiter 8M qui ajoute des arrêts sur la bague des diaphragmes.

Il pouvait aussi recevoir en dotation un Helios 103 de 53mm ouvrant à f1,8, qui est une réplique du Biotar de chez Zeiss. Ces deux objectifs sont excellents et de nombreux amateurs les montent de nos jours sur des hybrides car leur bokeh assez spécifique est très recherché.

Hélios 103. Notez la baïonnette spécifique et les lames du diaphragme.

Le posemètre, non couplé, est et restera au sélénium. Il n’aura jamais besoin de pile mais pour le garder en bon état, il faut le protéger de la lumière. Un clapet à ressort sera monté devant, qu’il ne faudra ouvrir qu’au moment de l’utilisation de mesure de la lumière. Bon, si jamais votre cellule ne fonctionnait plus, ce ne serait pas un drame : vous devriez en prendre une indépendante ou appliquer la règle du sunny 16.

Le Kiev 4 possède un obturateur horizontal à lamelles métalliques, paradoxalement aussi silencieux que celui en toile du Leica mais moins sensible aux effets du soleil en cas d’exposition prolongée (si, on peut « griller » le rideau d’un appareil en le laissant avec l’objectif – qui est comme une loupe – tourné vers le soleil).

Venons-en à la particularité de ce Contax, heu … Kiev 4 : son télémètre et la manière de s’en servir.

Source : Kosmo foto

Pour ceux qui n’ont jamais utilisé un appareil télémétrique, petite explication : avec un « zone focus » vous déterminez des distances (1-3m ; 3-6m par exemple) dans lesquels vous placerez vos sujets ; avec un réflex, vous voyez, à travers l’objectif directement, la « bonne distance » vis-à-vis de votre sujet ; avec un télémétrique, vous allez devoir faire coïncider deux images en les superposant l’une sur l’autre par un mécanisme optique lié au mécanisme de mise au point. Ainsi, lorsque l’image du télémètre coïncide avec l’image du viseur, l’objectif est correctement mis au point. Un grand « patch » orangé facilite encore la mise au point.

Pour effectuer la mise au point, il suffit de faire tourner la bague des distances de l’objectif.

Avec le Kiev (et le Contax) vous pourrez aussi le faire grâce à une petite molette placée sur le dessus de l’appareil et qui va agir directement sur le mécanisme de mise au point.

Source : Kosmo foto

Si cette mécanique est précise, elle n’est pas fragile. En fait, il y a deux éléments : la molette proprement dite et un petit levier derrière. Ce levier verrouille l’objectif lorsque l’on fait la mise au point sur l’infini. Une petite pression dessus et l’objectif peut de nouveau faire la mise au point à partir de 90cm et jusque … l’infini.

Regardez l’image ci-dessous car l’utilisation de cette molette et ce levier demande un peu d’habitude pour éviter de placer l’index droit devant la fenêtre. Il faut s’habituer à la prise en main, pas tout à fait naturelle.

Source : Kosmo foto

Ceci étant, il est toujours possible de régler la distance directement avec la bague de l’objectif.

Un mot aussi sur la baïonnette spécifique du Contax – Kiev : en fait, elle se compose de 2 montures. Une interne pour le 50mm et une seconde, externe, pour les focales plus longues.

L’avantage d’une baïonnette est la rapidité de mise en œuvre : vous portez l’objectif devant l’orifice, vous tournez un quart de tour (sens horaire) et l’objectif est fixé fermement. Pour déverrouiller, on appuie sur le levier et on tourne un autre quart de tour (anti horaire) pour enlever l’optique.

Source : Kosmo foto

Ici pas de risque de mal viser l’objectif et donc d’abîmer le fil du pas de vis, ni la crainte de ne pas avoir bien serré l’optique contre le boitier. Cependant comme la baïonnette est propriétaire (pas universelle), vous ne pourrez monter que des objectifs munis de cette monture spécifique. Vous aurez du choix tant chez les fournisseurs du Kiev que chez Carl Zeiss, qui a une réputation d’excellence pour ses optiques.

Puisqu’on commence par y voir plus clair avec cet appareil, essayons d’yn mettre un film. Comme je le mentionnais plus haut, ici, tout le dos s’escamote, facilitant grandement la mise en place du film.

Il faut déverrouiller les deux clés pour faire glisser ensuite le dos sur « ses rails » et découvrir ainsi la chambre.

Vous remarquez tout de suite le store de l’obturateur, horizontal à lamelles métalliques. Puis la bobine réceptrice, qui doit être présente avec l’appareil que vous voulez acheter. Ici elle est en plastique mais elle peut être aussi métallique.

Vous placez la cartouche du film à gauche, tirez l’amorce sur la bobine réceptrice à droite, faites avancer une fois ou deux puis refermez le dos en le faisant glisser dans les rails prévus et refermez les deux clés en dessous pour assurer une bonne étanchéité à la lumière (il faut parfois faire un peu bouger la clé sous la bobine pour qu’elle s’engage correctement et assure une bonne fermeture).

Ensuite, armez et déclenchez encore au moins deux fois, vous êtes prêts. Ah, ne pas oublier de remettre le compteur de vue à zéro, cela ne se fait pas automatiquement.

Comme j’ai noté que je parlerais des Kiev 4 et 4A (avec et sans cellule donc), un mot sur l’utilisation de celle-ci.

Tout d’abord il faut régler sa sensibilité, en GOST. Attention, les valeurs en GOST et ISO/ASA sont sensiblement les mêmes mais pas identiques. Si vous deviez utiliser du film diapo, c’est important.

Source : Kataan.org

Vous devez faire coïncider la valeur avec le triangle rouge en faisant tourner le disque muni de deux minuscules boutons.

Puis, en ouvrant la fenêtre de protection de la cellule, vous verrez une aiguille qui va s’animer lorsque vous ferrez bouger la grande couronne (marquée des vitesses et ouvertures). Lorsque celle-ci sera sur la marque en forme de losange dans la fenêtre du posemètre, vous pourrez lire la combinaison ouverture/vitesse sur l’anneau externe. Simple mais bien pensé.

Et si par malheur il n’y avait pas assez de lumière, guidez l’aiguille vers les repères -2 ou -4 et divisez les vitesses d’obturation par 2 ou 4, respectivement.

Sur cette photo du 4A, vous voyez la languette au pourtour de la baïonnette et sur laquelle il faut appuyer pour déverrouiller l’objectif. L’ ergo (flèche verte) sert à débloquer la position sur l’infini quand vous utilisez la molette de réglage de la distance. Avec un peu d’habitude, c’est assez confortable, même si le trajet semble long lors des réglages, mais ils sont très précis.

Petite revue pour en terminer avec ces deux appareils attachants :

Vous noterez que sur ce « nouveau » modèle la vitesse maximale n’est plus que de 1/1000s.

Il est frappant de voir que sur le modèle avec cellule, on a juste ajouté une protubérance sur le modèle de base, ce qui lui donne un petit air de réflex sans prisme.

Attention, pour changer les vitesses, il faut soulever la molette des vitesses et la faire tourner sur la vitesse que vous avez décidée ou celle désignée après la lecture des données de la cellule. Comme pour tous les appareils russes anciens (et le Contax), vous devez d’abord armer l’appareil avant de changer les vitesses sous peine de casser la mécanique.

Un mot aussi sur le viseur, clair et lumineux mais dépourvu de toutes indications de cadres ou de parallaxe. Il a été réglé pour un objectif de 50mm, point !

Si vous voulez utiliser d’autres focales, comme pour ses frères russes, il faut ajouter une tourelle dans la griffe porte-accessoires. Mais attention à la correction de parallaxe.

Seuls les porteurs de lunettes devront faire attention car le cercle autour du viseur est cranté. Pour éviter de rayer leurs verres, il est recommandé de coller dessus un rond en caoutchouc ou en feutre.

Dernier point, le retardateur, mécanique, qui ne doit être actionné qu’après avoir armé l’obturateur. Il vous laissera environ 15 secondes pour être sur la photo.

Que retenir de ces appareils ?

Tout en métal (en tout cas pour les premières décennies), il respire la solidité même s’il emporte une mécanique sophistiquée. Le seul point noir est, parfois, l’obturateur qui tient à un fil de soie. Si celui-ci se rompt, bonjour les dégâts.

Autrefois on pouvait envoyer ce type de boitiers en Ukraine, qui possédait encore des sorciers capables de les réparer à prix raisonnable, mais les temps troublés qui nous préoccupent empêchent de nos jours de recourir à leurs services.

Sinon, ce sont des engins redoutables car les objectifs qui les accompagnent sont excellents. Surtout ceux des années antérieures aux années septante. Les optiques. Zeiss ont souvent été les meilleures de leur époque, devançant même celle de Leitz.

Ils ne sont pas rares en soi car produit à plus d’un million d’exemplaire mais ils ne franchissaient pas toujours les frontières du bloc ex-soviétique. L’Allemagne et l’Angleterre, paradoxalement, étaient terres d’asile plus fréquentes.

Disons qu’un bel exemplaire, avec son sac tout prêt, son objectifs Jupiter 8 ou Hélios 103, doit pouvoir se négocier autour des 80€.

Croyez-moi, si vous le sortez en rue, vous ne manquerez pas de vous faire remarquer car il a finalement un « look » tout à fait particulier et attachant.

Videos d’illustration :

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

Des références : https://kosmofoto.com/2021/03/kiev-4-review/, https://www.35mmc.com/20/02/2019/kiev-4-review/, http://camera-wiki.org/wiki/Kiev_4, http://www.diariodeunpixel.com/2021/01/kiev-4/, https://oldcamera.blog/2016/10/20/kiev-4-%D0%BA%D0%B8%D0%B5%D0%B2-4/, https://www.lomography.com/magazine/187079-kiev-4-am-a-silent-sniper, https://photothinking.com/2018-10-26-kiev-4-the-non-clone/, https://www.lomography.com/magazine/187182-my-first-roll-with-a-kiev-4-camera, https://mattsclassiccameras.com/rangefinders-compacts/kiev-4/, https://mikeeckman.com/2015/05/kiev-4-type-3-1969/, https://www.martinmadeanu.com/2017/3/4/kiev-4am-review, https://flynngraphics.ca/kiev-4am/, https://filmphotograph.com/kiev-4am-1983, https://kosmofoto.com/2021/03/kiev-4-review/, https://www.sovietcams.com/cameras/detail/4w7pnxgyed7hg25rsgakgb1x4w en anglais ; https://benber.fr/revue-kiev-4am/, http://www.appaphot.be/fr/brands/kiev/kiev-4-am/, https://www.collection-appareils.fr/x/html/page_standard.php?id_appareil=45, https://fr.wikipedia.org/wiki/Contax en français ; http://www.diariodeunpixel.com/2021/01/kiev-4/, en espagnol.

Argentique

Le Yashica MG-1

Voilà un chouette petit appareil, surtout dans sa belle robe noire. J’en ai souvent eu un exemplaire dans un sac car il est idéal pour la photo de rue.

Mais commençons par le début …

A mon goût, Yashica, tout comme Minolta, sont un peu les parents pauvres de la photographie argentique, sans doute ont-ils eu le tort de disparaître trop tôt.

Un peu d’histoire pour nous rafraichir la mémoire :

Au début la firme s’appelait Yashima, un nom dérivé de Yoshihama qui est l’ensemble des huit îles que compte le Japon. C’était en 1949.

Ensuite, elle s’appellera Yashinon. Un nom que vous connaissez si vous avez déjà eu un Yashica en main, car c’est la dénomination de la majorité de ses optiques. Ce nom sera gardé d’ailleurs pour cette partie des activités de la firme, qui était en outre sa spécialité.

Ce n’est qu’en 1958 que le nom évoluera encore pour devenir Yashica.

Si l’optique était donc la spécialité de la marque (comme avant elle Nikon et Nicca pour rester au Japon), elle produira d’abord des 6×6 et des 4×4 inspirés des Rolleiflex.

Tant qu’à s’inspirer des productions allemandes, lorsque Yashica sort son premier télémétrique à objectif fixe, le 35 tout court, il est inspiré du Contax. Ce premier appareil est l’aïeul d’une longue lignée qui fera la réputation de la marque.

Source : Mike Eckman

Pourtant, ils voudraient bien aussi proposer des télémétriques à objectifs interchangeables, encore très à la mode. Yashica va alors racheter la firme Nicca parce qu’elle fabrique de très belles copies de Leica en monture LTM 39 à viser.

Le Nicca est souvent proposé avec des optiques Nikon, mais rappelons que Yashica est aussi spécialiste en optique. Ils vont donc confier la construction des boitiers dans l’usine Nicca et assurer celle des optiques.

C’est grâce à cette association que sera produit le tout premier Yashica télémétrique à objectif interchangeable, le Yashica YE. Basé sur le Nicca 3F type II, s’il est excellent, il sera très cher à produire et à vendre dès lors.

Pour corriger le tir et réduire les coûts de production afin de lutter contre les produits de Canon et Nikon, Yashica sort le YF, toujours en collaboration avec Nicca. Mais si l’appareil est performant, son télémètre est jugé trop petit et pas à la hauteur des autres possibilités du boitier.

Source : fghphoto, à gauche le YE et à droite le YF.

Le YF sera le dernier télémétrique à objectif interchangeable de la marque, qui a aussi compris que ce type d’appareil devient dépassé, le reflex prenant toute la place. Nous sommes en 1959 et Nikon vient de lancer une fameuse pierre dans la marre avec son fabuleux F.

Car au niveau des reflex, Yashica ne s’en tire pas si mal, notamment parce qu’il a privilégié la monture à vis M42, assez universelle pour ses appareils.

Pourtant, après son rachat par Kyocera en 1983, la situation empire. Les appareils photos perdent leur nom de Yashica pour devenir des Kyocera. Heu, à l’origine Kyocera était spécialisé dans les céramiques industrielles et donc inconnue du monde de la photo.

La production des appareils photos cessera en 2005, malgré quelques tentatives très maladroites de relancer la marque d’origine, malmenée, car si l’entreprise n’existe plus depuis un bon moment, seuls les droits relatifs à son nom demeurent et passent de mains en mains.

Via un passage par Kickstarter, un obscur groupe basé à Hong Kong tente de relancer le mythique Electro 35 en … numérique.

Je vous laisse lire l’article paru sur Les Numériques à son sujet que je résume par « une belle arnaque » mais qui met définitivement la marque Yashica hors jeu !

Triste fin.

Mais revenons à des périodes plus honorables et à notre Yashica MG-1.

Pourtant, quand on le regarde on ne peut s’empêcher de penser qu’il s’agit là d’un amalgame. Comme si Yashica avait voulu terminer un stock de pièces. De fait, le boitier est grand, presque trop grand, dense (620gr) et on l’a muni d’un objectif moins performant, toujours un 45mm mais ouvrant à f2,8 (pour mémoire, les Electro 35 avaient tous un 45mm ouvrant à f1,7).

Clairement ils ont voulu produire un appareil moins cher, qui ne ferait pas de l’ombre à leur nouveau Electro GSN/GTN, qui possède un boitier un peu plus petit ou à l’Electro 35 GX qui a un boitier encore plus compact et regagne un objectif digne des anciens de 40mm ouvrant à f1,7.

Si vous êtes attentif, vous remarquerez que ce boitier ne porte pas le mot « Electro » dans son nom.

Pourtant, lorsque Yahsica l’a présenté en 1975, il le déclinait comme le successeur de sa série Electro 35. Ah, le marketing, quel menteur !

Que nous propose, in fine, ce boitier assez sympathique au final ?

Tout d’abord c’est donc un télémétrique couplé automatique à objectif fixe qui propose une priorité à l’ouverture. C’est déjà un bon point.

Ensuite, son objectif, un Yashinon de 45mm qui ouvre à f2,8 en 4 éléments et 3 groupes. La mise au point minimale est d’environ 1mètre et puis jusque l’infini. Pourquoi un f2,8 et pas les habituels f1,7 ? Pour réduire les coûts de fabrication, tout simplement. Ceci étant, cet objectif ne démérite pas.

La cellule, au CdS, est placée au dessus de l’objectif. Yashica l’appelait le Top Eye. Ce qui implique que si vous placez un filtre devant ce dernier, la cellule en tient compte. Au fait, le diamètre est de 55mm.

On règle la sensibilité de la cellule avec le petit levier sur le fut, de 25 à 800Iso.

Les distances se règlent avec le télémètre, couplé. Vous, vous réglez l’ouverture en fonction du sujet et de l’ambiance, soit en utilisant les valeur d’ouvertures (de f2,8 à f16) ou via les symboles sur le fut (soleil, nuage, intérieur/sombre).

L’obturateur, un Copal, est à commande électronique qui offre des vitesses de 2s à 1/500s. Sur le capot, vous voyez deux diodes : la jaune (slow) averti d’une vitesse inférieure au 1/30s et la rouge (over) une surexposition. S’il n’y a rien, vous pouvez prendre la photo sans corrections. Ses lumières sont présentes dans le viseur, sous forme de flèches et c’est la seule indication que vous y trouverez.

Le flash dispose de deux modes : le X qui règle la vitesse au 1/30s ou une position automatique où la synchro est à toutes les vitesses (merci l’obturateur central).

Notons aussi la position L (lock) pour pouvoir verrouiller le déclencheur. Parfois bien utile dans le sac quand l’appareil est armé.

Que pourrait-on lui reprocher ?

Sa taille encore conséquente. Son poids (620gr) qui distant les poches légères.

Sa pile, une pile au mercure heureusement interdite mais d’une taille qui n’existe plus de nos jours va demander quelques bricolages, faciles.

Il existe des adaptateurs sur Ebay, par exemples. Mais si vous fixez 4 LR44 avec du gaffer et que vous ajoutez un petit ressort large et souple par dessous le montage, vous avez le même résultat pour pas grand chose. Personnellement, j’entourais les 4LR44 (ou SR44) dans un carton léger, puis un tour de gaffer pour que ça tienne bien, un bout de ressort trouvé dans ma boîte à bricoles et le tour était joué. Jamais eu de problèmes !

Il n’a pas beaucoup d’infos dans le viseur mais il est au rapport 1:1 et très lumineux.

Il est « tout » automatique pour les vitesses que vous ne pouvez pas directement contrôler.

Mais il est fabriqué tout en métal alors que le plastique va bientôt tout envahir. Sa stabilité, grâce à son poids et sa taille, justement, qui le rendent aisé à prendre en mains et que « l’on sent bien ».

Sa cellule, bien positionnée et plus moderne, donne un meilleur système d’exposition.

A l’époque où il est sorti, le public plébiscitait ces appareils pour lesquels les réglages étaient simplifiés au maximum. Et de nos jours, soyons honnête, ces réglages simplifiés nous aident parfois bien. Si l’on veut pouvoir tout maitriser, on achète un Lynx 5000 ou un Lynx 14.

La seule indication dans le viseur sont les flèches jaune ou rouge qui signalent une sous ou une sur exposition. Elles s’allument quand vous appuyez à mi-course sur le déclencheur. C’est pratique car il suffit de tourner la bague d’ouvertures pour modifier celle-ci et en voir le résultat dans le viseur : quant les flèches s’éteignent, c’est que vous êtes bon.

Le levier d’armement est un régal de douceur et de souplesse. Avec un peu d’entrainement, tenant le boitier à la main avec une dragonne, vous savez l’armer d’une main. Utile en Street photography.

Il y fait encore merveille grâce à la discrétion de son déclenchement : à peine un petit clic très discret.

Cet appareil sera construit de 1975 à 1980. Et si l’on tient compte de tous les Electro 35 depuis 1966 jusqu’à cette date, plus de huit millions d’appareils seront fabriqués.

Que penser de cet appareil ?

Il a existé en noir et argent et tout noir. Vous me connaissez, je trouve toujours les noirs plus beaux mais c’est subjectif.

C’est un chouette compagnon de balade, qui donne entière satisfaction dans quasi toutes les conditions de prises de vue.

Agréable à manipuler, vous en viendrez vite à oublier son poids, surtout si vous utilisez une dragonne ou une lanière tour de cou confortable.

Au niveau prix, si vous en trouvez un en très bon état avec son « sac tout prêt », comptez environ 40€. Il ne va pas vous ruiner.

Petites videos d’illustration :

Des exemples de photographies prises avec cet appareil ICI, LA.

  • Yashica MG-1 produit de 1975 à 1980.
    Objectif Yashinon f/2.8 Objectif 45 mm, quatre éléments en trois groupes.
  • Obturateur à commande électronique avec vitesses variables en continu de 1/500 sec. à environ 2 secondes, avec retardateur intégré (+/- 10s)
  • Griffe flash avec contact X. La vitesse d’obturation se règle automatiquement à 1/30 sec. lorsque le levier automatique est sur le réglage du flash.
  • Viseur avec cadre lumineux avec marques de correction de parallaxe, indication d’exposition avec des flèches jaunes et rouges.
  • Posemètre au CdS « Top-Eye » entièrement automatique : la vitesse d’obturation est réglée automatiquement grâce à la présélection du symbole d’exposition (ouverture de l’objectif)
  • Sensibilité de 25 à 800 Asa
  • Avancement du film avec le levier d’avance du film à action unique qui arme l’obturateur.
  • Batterie Une batterie au mercure de 5,6 V (Eveready E164, UCAR E 164, Mallory PX32 ou équivalent.) que l’on remplace avec un petit bricolage par 4LR44.
  • Taille et poids ; 140,6 x 72 x 82 mm ; ~620g

Pour le mode d’emploi, c’est par LA.

Des références : http://camera-wiki.org/wiki/Yashica_MG-1, http://www.yashica-guy.com/document/chrono.html, https://mrleica.com/yashica-mg-1-35mm-rangefinder/, https://www.thecamerasite.lauro.fi/02_Rangefinders/Pages/yashicamg.htm, https://www.analog.cafe/r/yashica-mg-1-exau, https://www.lomography.com/magazine/268546-lomopedia-yashica-mg-1, https://www.lomography.com/magazine/92337-yashica-mg-1-la-yessi en anglais ; https://35mm-compact.com/compact/yashicamg1.htm, https://www.collection-appareils.fr/x/html/page_standard.php?id_appareil=1372, https://fghphoto.be/blog/2017/yashica-35/, https://www.suaudeau.eu/memo/pratique/tel_yas.html en français