Toujours le 1er mai ’23 mais plus à Namur, à Haversin (près de Ciney) pour une seconde grand brocante (oui, oui, nous sommes en forme et les kilomètres s’enchainent).
Une longue table et une dame charmante qui m’explique, alors que je regarde plusieurs appareils exposés, que son mari se sépare d’une partie de sa collection.
Et c’est ce bel exemplaire d’un Voigtländer Vito CSR qui retient mon attention.
Si vous vous en souvenez, je vous ai déjà parlé des Voigtländer Vito, notamment lors de la présentation du Voigtländer Vitomatic IIa, qui en était un dérivé.
Pour simplifier, disons que les Vito était la gamme simplifiée destinée aux photographes amateurs, les Vitessa étaient disponibles avec une sélection élargie d’objectifs principalement fixes pour les amateurs avancés et représentaient le milieu de gamme, tandis que les Prominent étaient des télémètres destinés aux professionnels et représentaient le haut de gamme.
Il y eut aussi chez Voigtländer également une gamme d’appareils photo reflex mono-objectif, le Bessamatic/Ultramatic, mais ne compliquons pas les choses.
Ce qui caractérise ces appareils c’est de posséder un objectif fixe, d’un obturateur central et un dos qui est monté sur charnière.
Pour le reste, souvent chez Voigtländer (et Zeiss Ikon d’ailleurs), sur un même boitier on peut avoir des objectifs et des obturateurs différents, qui expliquent les différences de prix de certains modèles.
Donc, de grâce, Mesdames – Messieurs qui vendez sur les brocantes, quand vous me dites tel prix parce que c’est un Voigtländer (ou un Zeiss Ikon, logé à la même enseigne), faites au moins l’effort de vérifier l’objectif et l’obturateur pour justifier le prix affolant que vous proposez !
Voici un petit tableau récapitulatif :
Le Vito CSR que je vais vous présenter est donc le plus abouti de la gamme Vito avec un télémètre et un posemètre couplés. Le must !
Vous avez peut-être déjà découvert sur le site le Vito CLR qui était l’équivalent de celui-ci mais avec encore une cellule au sélénium. Ici, on garde les bonnes choses et on y ajoute une cellule « moderne » au CdS (pour Sulfure de Cadmium), qui demande maintenant une pile, une PX 625 au mercure aujourd’hui introuvable mais que l’on peut remplacer par une PX 625A.
Fidèle à leur manière de dénommer leur appareil chez Voigtländer, nous avons donc Vito pour la gamme, CS pour la cellule (CdS) et R pour télémètre (rangefinder). Facile non ?
Vous remarquerez que sur ce modèle, on abandonne la semelle qui s’ouvre en deux parties (comme sur le Vitomatic IIa) car il fallait bien placer la pile quelque part (le gros rond noir).
Il faut dire que cet appareil est le dernier de la série des Vito : produit de 1967 à 1971, il était aussi le plus moderne. Notamment, outre la cellule, avec le nouveau design, plus carré que les modèles précédant (et qui se rapproche aussi du Zeiss Ikon, ce qui n’est sans doute pas fortuit, Zeiss ayant racheté Voigtländer à ce moment-là).
Tout ce qui a été écris au sujet du CLR est encore valable ici, en mieux.
La cellule au sélénium est excellente mais elle risque, à terme, de s’épuiser. Ici, il faut juste changer la pile et c’est reparti. Un petit testeur de pile est situé en dessous, près du filetage du trépied. La sensibilité des films est réglable de 12 à 30 DIN (12 à 800 ASA) avec une petite tirette sur le fut de l’objectif.
Par contre, ils ont gardé le très bon obturateur Prontor 500 LK qui offre des vitesses de 1/15s à 1/500s plus une pose B et un retardateur (tirette rouge en dessous).
L’objectif est soit un Color-Skopar, soit un Color-Lanthar, un 50mm toujours, ouvrant à f2,8. Le Lanthar serait un brin moins performant, en coupant les cheveux en quatre.
Il a gardé son fabuleux viseur, très large (1:1) et lumineux dans lequel se reflète la mesure de l’exposition (vue sur le dessus de l’aiguille de la cellule et dans le viseur). Le cadre est fixe, avec correction de la parallaxe.
La fenêtre du télémètre est en forme de losange, qui se répète dans le viseur pour le « patch » de mise au point (à coïncidence).
Image non conforme à gauche et juste à droite.
Il gagne une griffe flash avec synchro au centre. On peut encore utiliser des flashs anciens, à lampe, avec un câble de connexion. Là, la vitesse est de 1/30s tandis qu’avec la synchro X elle est à toutes les vitesses.
Pour charger un film, il faut d’abord faire saillir la molette de rembobinage, avec la petite tirette près du viseur, puis lever le verrou pour ouvrir le dos.
La bobine réceptrice, largement fendue, permet une accroche rapide de l’amorce du film.
Même s’il est relativement compact, cet appareil est « dense » (pas loin des 700gr) et pensé pour photographier rapidement : remarquez le levier d’armement, discret mais diablement efficace.
Tout comme le système de zone focus avec une échelle de profondeur de champ sur le fut de l’objectif, si vous trouvez que le télémètre ce n’est pas assez rapide.
Tant qu’à se simplifier la vie, si vous utilisez les symboles :
Il suffit de faire coïncider les marques rouges sur le fut avec les symboles pour obtenir la meilleure profondeur de champ possible, fonction de l’ouverture choisie.
Il faut faire coïncider les marques en rouge avec le repère noir.
Pour les vitesses, vous pouvez aussi choisir de pré-sélectionner celle-ci en tournant la bague des vitesses jusqu’au repère en triangle : dans ce cas-là, lorsque vous appuyez sur le déclencheur, l’appareil choisit automatiquement une vitesse comprise entre 1/15s et 1/500s. Vous pouvez contrôler si l’ouverture est judicieuse en regardant dans le viseur si l’aiguille se place au milieu de la « griffe », qui bouge avec la bague des vitesses. Pratique.
Juste il faut s’habituer au déclencheur, placé en façade, sur lequel il faut exercer une légère pression, vers le bas. Attention aux vitesses lentes pour éviter les flous de bougé dus au mouvement trop appuyé.
C’est un bel appareil, bien équilibré, aux ajustements parfaits. Même le « sac tout prêt » est réfléchi pour s’ouvrir facilement (attaches en élastique pour le faire glisser vers l’avant).
C’est un appareil moins connu que les autres Vito, plus élaboré aussi mais qui eut en son temps moins de succès car les boitiers japonais raflaient tout sur leur passage, notamment les Canonet, les Yashica Electro 35 ou Lynx, les Minolta.
Pourtant, il n’a pas à rougir face à ceux-là : solide, extrêmement bien construit, il est fabriqué pour durer et donner du plaisir à qui sait s’en servir.
Le seul point noir, rare, c’est le viseur, d’un seul bloc de cristal, qui peut parfois jaunir. Il est impossible de le nettoyer, malheureusement, ce qui assombrit la visée. A moins de tomber sur un autre appareil à phagocyter, il faut s’en contenter.
Sinon, franchement, c’est un appareil à essayer, qui sort de l’ordinaire. Au niveau prix, pour un exemplaire avec son sac tout prêt et en excellent état, vous ne devriez pas dépenser plus de 40€.
Quant je vois que chez Lomography, Kodak, Fuji, Ilford, ils fabriquent des appareils en plastique, basique de chez basique et qui coutent deux fois le prix, je ne vois pas pourquoi cet appareil n’aurait pas sa chance !
Franchement, j’aime bien ces appareils, ils donnent toujours l’impression d’être si solides, si bien pensés, bref des appareils faits pour durer autre chose qu’un été.
Tout métal et verre, on n’est pas trompé sur la marchandise : dès qu’on le prend en mains, on sait que c’est du costaud et que, souvent, septante ans plus tard, ils vont encore fonctionner.
Petit tour historique pour commencer car Voigtländer est le plus vieux fabricant d’appareil optique du monde. Pensez donc, ils ont commencé en 1756 !
Bon, d’accord, la photographie n’est apparue qu’en 1824 avec la première image fixée par Nicéphore-Niepce mais Voigtländer fabriquait déjà des appareils de mesure (astrolabe et boussole pour la navigation) scientifique. Puis l’entreprise évolua vers le début des années 1800 en fabriquant des appareils optiques (lunettes de visée) et enfin, de fil en aiguille, des objectifs pour l’industrie naissante de la photographie.
Dont le célèbre Petzval, inventé par un professeur hongrois, Jozef Maximilián Petzval, qui fut le premier objectif à utiliser les mathématiques et les principes physiques de la lumière alors que la concurrence utilisait empiriquement des morceaux de verre plus ou moins incurvés. Nous sommes au début des années 1840.
Les premiers daguerréotypes ont utilisé des Petzval car leur ouverture (équivalent à f3,7, un record pour l’époque) autorisait le photographe à faire du portrait dans des temps contenus (les premiers portraits demandaient des dizaines de minutes et tout un assemblage pour que les sujets ne puissent pas bouger).
En 1862, Voigtländer produisait son 10.000ème objectif Petzval. La firme était, à l’époque, le leader mondial de l’optique pour appareils photographiques.
Mais la daguerréotypie commençait à s’essouffler et Voigtländer continuât à fabriquer des objectifs à portrait mais pour les autres types d’appareils, ceux qui commençaient à utiliser des plaques de verre puis du film en rouleau.
Ainsi sont nés dans la foulée les premiers appareils photographiques de la marque, vraisemblablement vers 1890. Appareils à soufflet qui consistaient plutôt en assemblage de pièces de diverses origines, ce qui les rend difficiles à authentifier.
Il faudra attendre l’essor du film en rouleau inventé par Kodak pour que Voigtländer se décide a fabriquer ses propres appareils de manière suivie et rigoureuse. Nous sommes au début des années 1900.
C’est également à cette époque que Voigtländer commence à expérimenter de nouvelles conceptions de lentilles plus avancées techniquement, appelées lentilles Heliar, Dynar et Kollinear. Chacun de ces objectifs seront les prédécesseurs des objectifs Skopar et Color-Spokar qui connaîtront un énorme succès plus tard au 20e siècle.
L’histoire est lancée. Tout allait bien pour l’entreprise, qui dut même déménager pour des locaux plus grands. Mais 1915 et la première guerre mondiale allait rattraper la firme et au sortir de celle-ci, elle connut pas mal de difficultés, l’économie allemande étant exsangue.
Des collaborateurs de qualité allaient quitter le navire, comme Rudolf Heidecke et Paul Franke qui fonderont leur propre entreprise Franke & Heidecke, qui sera plus tard connue sous le nom de Rollei et deviendra l’un des principaux fabricants d’appareils photo allemands du 20e siècle. Le Rolleiflex sera un concurrent redoutable !
Petit à petit, les choses s’améliorent et vers 1925, Voigtländer sera racheté par la société chimique allemande Schering AG, ce qui donne un coup de fouet salutaire. En 1929, l’entreprise connait un grand succès car ils fabriquent des modèles utilisant les films en rouleau, qui sont davantage destinés au consommateur moyen. C’est la naissance du Bessa original, au sujet duquel je prépare un article pour bientôt.
Ce nom Bessa sera la gamme d’appareils photo la plus réussie de la société, qui commence par des appareils photo pliants à film 120 qui donne des images en 6 x 9cm, puis 6 x 6cm et évoluera au cours des 80 prochaines années pour devenir un appareil photo numérique qui est toujours vendu aujourd’hui, mais fabriqué par … Cosina au Japon.
Ces appareils, comme le Perkeo, l’Inos restent des folding, d’excellente qualité certes mais qui commencent à dater car à l’époque un nouveau format est apparu sur le marché : le film 135 placé horizontalement par un certain Oskar Barnak.
Voigtländer fut sans doute un des derniers fabriquant allemands à se mettre à ce nouveau format. Tous les concurrents de l’époque étaient passé au 135. Ce n’est qu’en 1939 que la firme se lance dans l’aventure avec le premier Vito, un petit folding qui utilise le nouveau format mais sans les perforations du film. Il ne sera pas produit longtemps, une seconde guerre mondiale pointe son sinistre bout du nez.
Ce sera en 1947 que Voigtländer relancera la fabrication du Vito. Cette fois il utilise le 135 en bande avec perforations mais avec des cartouches propriétaires, ce qui a entrainé une profonde refonte du modèle original. Son principal concurrent se nomme Kodak Retina, celui imaginé par Nagel.
Ce Vito sera abandonné en 1951 et remplacé par un Vito II : celui-là utilise le même film en bobine « industrielle » que le Kodak et les autres concurrents mais il reste un modèle avec un soufflet. De taille réduite et très compact mais avec cette technologie déjà ancienne au seuil des années cinquante.
Pourtant, ils ne se reposent pas sur leurs lauriers, notamment au niveau des objectifs : on voit apparaitre les premiers objectifs Color-Spokar, optimisés pour la photographie couleur.
Mais il faudra attendre 1954 pour voir apparaitre le Vito avec une carrosserie en une seule pièce : un capot, un viseur, un dos qui s’ouvre et plus de soufflet. Il s’appelle dorénavant Vito B.
Une autre particularité du Vito est qu’il sera produit jusqu’en 1970 et désignera tant les modèles d’entrée de gamme que ceux du haut de gamme.
Puis en 1958, le modèle évolue encore et s’appelle dorénavant Vito BL. Il reçoit (enfin) un viseur amélioré qui est beaucoup plus grand que tout ce qui se trouvait alors sur le marché.
Cet immense viseur était constitué d’un seul morceau de cristal et offrait une image au rapport 1:1 qui permettait au photographe de prendre des photos avec les deux yeux ouverts. Confort absolu pour tous ceux qui avaient été habitué au trou de serrure des autres appareils de l’époque.
Parallèlement à la sortie du BL, une variante appelée Vitomatic est lancée, qui ajoute un posemètre à cellule au sélénium couplée.
Le Vitomatic sera disponible soit avec une configuration avec viseur simple uniquement (Vitomatic I), soit avec un télémètre couplé, le Vitomatic II.
En 1960, les Vitomatics Ia et IIa recoivent deux mises à niveau assez importantes :
un obturateur revu qui augmentait la vitesse maximale de 1/300s à 1/500s,
et un miroir de viseur « intelligent » qui permettait à l’utilisateur de voir le système d’aiguille (cellule) depuis le viseur.
Cette innovation permettait au photographe de composer son image tout en ayant sous les yeux la lecture de la lumière. Le Vitomatic IIa sera d’ailleurs le tout premier appareil photo doté d’un affichage intégré d’un compteur à aiguille visible dans le viseur.
Il sera le modèle le plus vendu (200.000 exemplaires selon les estimations). Ce qui est assez fantastique car ce Voigtländer n’était pas un appareil bon marché pour l’époque. Le prix du confort et de l’innovation en somme.
Mais pourquoi Vitomatic ?
On pourrait croire que tout est « automatique » mais n’oublions pas que nous sommes en 1958 et la notion se réduit à ce que les éléments utiles pour prendre une photo soient faciles à voir et à utiliser.
J’explique : auparavant, pour faire une photo, il fallait posséder au pire une cellule à main ou au mieux une cellule non couplée sur l’appareil. Ce qui imposait de quitter le viseur pour voir les indications. Ensuite le Vitomatic IIa est un télémétrique, ce qui veut dire que les modifications de distance que vous opérez se voient directement dans le viseur, ce qui est une grande facilité par rapport aux appareils où il faut estimer la distance que l’on rapporte sur le fut de l’objectif (souvent avec des distances gravées, plus tard avec des pictogrammes).
Vous avez donc là les « automatismes » qui vous facilitent la prise de vue.
Plus un bonus censé vous simplifier la vie dans la sélection des vitesses et de l’ouverture : la configuration de la vitesse et de l’ouverture est couplée à la valeur d’exposition (EV). De fait, la bague d’ouverture ne peut se déplacer que dans la plage de vitesses d’obturation limitée par le réglage de l’EV. Cette fonctionnalité, permet d’effectuer tous les réglages sans retirer l’appareil photo des yeux.
Heu, on aime ou on n’aime pas …
Esthétiquement, l’appareil respire la solidité. Compact il est aussi « dense » en mains : tout est en métal et en verre, il flirte avec les 750gr nu.
Rappelez-vous, le viseur est constitué d’un seul bloc de cristal, en plus des miroirs de renvoi du télémètre et de la cellule. Lourd mais stable.
Personnellement je ne le trouve pas forcément très équilibré avec la saillie du bloc qui porte la cellule sur le devant d’un côté et de l’autre la fenêtre du télémètre, puis « l’écran » au dessus. Le déclencheur, qui dépasse beaucoup, est un simple tube, fileté si on veut y adjoindre un câble, pas très élégant. Mais il a un charme certain.
Par contre, le levier d’armement, très fin, se dissimule à l’arrière, tout en étant facile d’accès.
Autre jolie pièce de design, la manivelle de rembobinage, qu’il faut dégager grâce au petit curseur en dessous, ce qui fait « monter » le bouton de rembobinage.
Ensuite pour ouvrir l’appareil, il faut ouvrir le verrou, en dessous, ce qui libère tout le dos.
Admirez la chambre : tout est en métal !
Un mot sur l’objectif du Vitomatic Ia ou comme ici, le Vitomatic IIa. Il s’agit du Color-Skopar 50mm ouvrant à f2,8 à 4 éléments. Il a existé quelques rares boitiers équipés d’un Ultron de 50mm ouvrant à f2 (6 éléments). Moins de 6500 exemplaires ont été fabriqués sous cette configuration, les prix sont bien évidemment à l’avenant de nos jours.
Finalement les Vitomatic Ia et IIa seront remplacé par des Ib, IIb et même IIIb après 4 ans de bons et loyaux services.
La carrosserie est modifiée, plus « moderne » et quelques fonctionnalités sont revues quand d’autres passent à la trappe (comme l’affichage de la cellule sur le haut du capot).
Encore 4 ans de production et un nouveau modèle proposera cette fois une cellule au CdS, alimentée par une pile. Pourtant, cette nouveauté n’aura pas le même succès que le précédant (moins de 25.000 exemplaires contre plus de 200.000 entre 1961 et 1963 pour « l’original »).
En effet, le Vitomatic IIa reste apprécié pour son apparence et, surtout, la qualité de sa fabrication, que les modèles suivant ne rencontreront plus (la marque fait de économies).
Pourtant, de nos jours, cet appareil n’est pas le plus recherché. Cependant, la qualité de son objectif, son viseur extraordinaire, le fait de voir en direct l’aiguille de la cellule, voire même le réglage par EV en font des arguments qui devraient plaider en sa faveur car ils simplifient son utilisation et la rendent très agréable.
Là je vais encore me faire des amis mais quand je vois les prix pratiqués chez Lomography pour des appareils tout en plastique et fragiles, je me dis qu’il est aberrant de ne pas se tourner vers cet appareil si on veut photographier « autrement » tout en bénéficiant de la qualité de fabrication de celui-ci.
Est-il facile à utiliser ? Oui, même si certaines « bizarreries » le rendent attachant : la première, c’est la manière d’ouvrir le dos de l’appareil. Il faut soulever le petit verrou sous la semelle pour ouvrir une petite partie du dos, puis la seconde partie s’ouvre aussi.
Avantage de la manœuvre ? Celle de pouvoir facilement glisser la cartouche dans la chambre.
Ensuite, il est conseillé de faire sortir la molette de rembobinage. Ici aussi avec une évidence pour faciliter le chargement du film car de cette manière vous pouvez retendre le film facilement dans la cartouche et ensuite, comme vous avez débrayez la roue d’entrainement, vous avez plus facile pour amorcer le film sur la bobine réceptrice. C’est subtil, si, si …
Voilà, vous avez fixé l’amorce, vous avez retendu un peu le film. Après avoir vérifié que le film est bien placé au dessus des roues dentées, refermez d’abord la grande porte puis la plus petite, que vous prendrez bien la peine de bien verrouiller. Ah, ne pas oublier de remettre le bouton de rembobinage dans sa position initiale sous peine que le film ne s’enroule pas comme il faut.
Tant que vous êtes en dessous de l’appareil, profitez-en pour réinitialiser le compteur de vue car il ne le fait pas automatiquement. Attention, comme sur le Kodak Retina, il compte à rebours. Ce qui veut dire que vous devez indiquer le nombre de vues de votre film : s’il s’agit d’un film de 36 vues, vous vous mettrez sur un F rouge, à côté du chiffre 36. Vous verrez aussi une seconde marque rouge, à la 22ème image. Elle était destinée au film de 20 vues (plus produit). Par contre, si vous mettez un film de 24 vues, réglez le compteur sur 26. Effectuez deux prises « à blanc » et vous voilà prêt. Le compteur va « décompter » les photos au fur et à mesure de vos prises de vues.
Autre point étrange quand on n’a pas l’habitude, les indications du posemètre, sur la plaque supérieure : vous voyez une aiguille et un cercle. Grâce à une série intelligente de miroirs, la lumière qui pénètre à travers le posemètre est réfléchie dans la partie inférieure du prisme du viseur afin que vous puissiez voir une image miroir du compteur tout en regardant à travers le viseur. Simple et efficace.
Le corollaire de cette position particulière c’est qu’il vous faut de la lumière pour voir l’aiguille dans le viseur. S’il fait sombre ou si le dessus de l’appareil est à l’ombre, vous ne verrez rien.
Comment ça fonctionne ? Vous avez donc une aiguille et un rond. L’aiguille est connectée au posemètre et elle bouge en fonction de la quantité de lumière détectée (principe des cellules au sélénium). Par contre, le rond est en liaison avec les bagues d’ouverture et de vitesse de l’objectif. Si vous vous en souvenez, ces deux bagues sont couplées avec un système d’indice de lumination (EV). Le but, vous vous en doutez, c’est de faire coïncider l’aiguille avec le centre du cercle en bougeant les bagues de l’objectif. Si vous êtes au centre, votre exposition est juste.
C’est un peu étrange au début mais on s’y fait assez vite et c’est précis.
Vous pouvez évidemment vous affranchir de ce système. Le Vitomatic IIa indique en jaune les vitesses B et inférieures au 1/30s pour vous rappeler qu’il y a risque de flou. Les vitesses au dessus du 1/60s sont en noir, le risque étant écarté.
Enfin, le Vitomatic IIa est un télémètre, ce qui permet de faire une mise au point fine, en tournant la bague des distances de l’objectif.
Mais vous pourriez préférer travailler par « zones » – c’est parfois plus rapide – et c’est d’ailleurs prévu : sur la bague de mise au point vous trouverez un cercle et un triangle rouges qui indique l’optimisation de la profondeur de champ.
Le triangle sera utilisé pour les portraits lorsque le sujet est entre 80cm et 3.5m tandis que le cercle sera utile pour les paysages lorsque le sujet est au delà des 3,5m jusque l’infini.
Il suffit de tourner simplement la bague de mise au point sur le triangle ou le cercle selon votre situation et réglez la bague d’ouverture sur au moins f. /5,6 ou plus et votre photo sera toujours nette. Si vous utilisez f/8 ou plus, vous aurez une zone de mise au point toujours plus grande.
Simple non ?
Vous aurez encore remarqué sur les photos qu’il y a une griffe porte-accessoires avec une griffe dite « froide » (pas de contact central de synchronisation).
Le petit levier, sur le côté de l’objectif, vous permet de choisir entre la synchronisation M, pour les flashs à ampoules, et la synchro X pour les flashs électroniques. Sur le X, le flash sera synchronisé à toutes les vitesses de 1/60s à 1/500s tandis que sur le M il ne le sera qu’au 1/30s.
Les plus attentifs auront remarqué une troisième lettre, la V. En fait c’est le retardateur que vous pourrez engager lorsque vous aurez armé l’appareil. Vous aurez alors 8 secondes pour être sur la photo.
Finalement, que penser de cet appareil ?
Si vous voulez voir des exemples d’images prises avec celui-ci, voyez LA. Et je souris intérieurement car des Lomographes ont bien compris l’intérêt de ce superbe boitier.
S’il n’est pas le plus recherché des Voigtländer, tant mieux pour vous : vous aurez là l’occasion d’une machine superbement construite, solide et parfaitement fonctionnelle. Vous pouvez utiliser ses « automatismes » ou vous en affranchir mais la qualité de son viseur, de son optique, l’onctuosité de sa mécanique feront que vous prendrez plaisir à vous en servir encore et encore.
Vraiment, si vous cherchez un appareil qui sorte de l’ordinaire mais vous en donne pour votre argent – vous en trouverez facilement entre 20 et 40€ – le Vitomatic IIa est l’appareil qu’il vous faut.
Voigtländer, appareil photo télémétrique Année de lancement : 1960 Film : 35 mm avec des vitesses de 12 à 800 ASA Objectif : Voigtländer Color-Skopar 1:2,8/50 mm ou 1:3,5/50 mm, ou Ultron 1:2/50 mm Obturateur : Prontor SLK-V (avec M-sync) ou Prontor 500 SLK-V (sans M-sync), avec des vitesses de 1 sec. à 1/500 s. plus B Appareil de mesure : cellule photoélectrique au sélénium et instrument à aiguille ; le pointeur avec l’anneau est couplé aux commandes de vitesse et d’ouverture ; les valeurs appropriées sont trouvées lorsque l’aiguille du compteur correspond à l’anneau Avance du film : levier rapide, caché dans le dos de l’appareil photo ; Le bouton de rembobinage doit être relâché avec un petit levier de vitesse étroit sur le côté du corps, sous le bouton.
C’est un appareil que j’avais découvert par hasard, au grès de mes déambulations sur Ebay, et il m’avait intrigué.
Mais le prix, la rareté et, de nos jours, l’embargo contre les produits russes, m’ont fait penser à un phantasme, à un « un jour peut-être » …
Et puis une belle rencontre et un peu de chance m’ont fait découvrir un exemplaire qui semble sorti du magasin, dans son beau « sac tout prêt » en vrai cuir russe épais, vernis, sans presque une craquelure ni égratignure. Cet article fait partie d’une série d’hommages.
Je vous préviens tout de suite, impossible de faire l’impasse sur un peu d’histoire à son sujet.
Alors je commence …
Tout d’abord, la marque à l’origine de cet appareil est GOMZ pour Gosularstvennyi Optiko-Mekhanicheskii Zavod (soit Usine optique-mécanique d’État). Elle fut fondée en 1932 près de Leningrad, autrefois appelée Saint Petersbourg (du nom du saint patron de la ville, Pierre, en 1703), devenue Petrograd (russification du nom Sankt Petersburg à la première guerre mondiale, 1914 – 1924), puis Leningrad (1924 – 1991 à cause de Lénine) avant de revenir à son premier nom en 1991. C’est une des plus anciennes usines d’optique de Russie.
GOMZ deviendra LOMO (Leningradskoe Optiko Mekhanichesko Obedinenie pour Union optique-mécanique de Leningrad) en 1965.
Première remarque d’importance : le Leningrad, même s’il utilise la monture à vis LTM 39 d’origine Leica, est complètement issu de l’ingénierie russe. Contrairement aux FED, Zorki et Kiev qui sont, à l’origine, des « copies » du Leica ou du Contax, même s’ils évolueront ensuite sans plus rien devoir à la marque allemande, innovant même souvent.
Soyons de bons comptes, Gomz ne partait pas d’une feuille totalement blanche. Entre 1933 et 1937, l’usine a produit le Voomp Pioneer inspiré par le Leica II. Il ne sera produit qu’environ 1200 exemplaires de ce Pioneer. Et à la même époque, l’usine FED avait lancé sa « Commune du travail » pour jeunes en insertion et elle produisait le FED lui aussi très inspiré du Leica II.
Source : Soviet Cams.
C’est un appareil télémétrique avec télémètre couplé, motorisé et à objectifs interchangeables. Le premier prototype sera testé en 1953 mais sa production débute réellement en 1956 et ce jusqu’en 1968.
Cependant, seulement un peu plus de 76.000 exemplaires seront produits pendant cette (longue) période de fabrication. Et très peu seront vendus à l’étranger bien que le Leningrad ait représenté ce qui se faisait de mieux en terme d’appareils photographiques venu de Russie.
Il remportera le Grand Prix de l’Exposition Universelle de Bruxelles en 1958.
Vous vous doutez bien que sur cette longue période de production il évoluera par petites touches : le nom de la marque changera, il y aura des exemplaires (rares) en lettres latines, la séquence des vitesses changera, la forme des boutons, le nombre de vis, bref du classique pour nos amis collectionneurs.
D’origine, l’appareil sera livré soit avec un Jupiter 3 ouvrant à f1,5 (50mm) soit avec un Jupiter 8 ouvrant à f2 (50mm toujours, comme sur mon exemplaire).
Seconde remarque importante, la motorisation repose sur un ressort, que l’on remonte via la grosse molette sur le dessus (il y eut même des exemplaires destinés à la Police soviétique avec des ressorts doubles pour photographier plus longtemps). Ce « moteur » donne une cadence de 3i/seconde et une « remontée » autorise la prise de 12 vues consécutives.
Pour bien comprendre le mécanisme de ce gros bouton de remontage, sachez qu’il exerce une tension sur le transport du film et sur l’obturateur pour faire avancer automatiquement le film et armer l’obturateur après chaque exposition, préparant ainsi l’appareil photo pour sa prochaine prise de vue. Une pièce de mécanique horlogère en somme.
Petite remarque utile pour ceux d’entre vous qui ont le doigt lourd et la rafale facile : la prise de vue en continu n’est pas possible. Ce qui veut dire que pour atteindre les 3i/sec il vous faudra un index agile.
Autre chose, si vider une bobine de film semble assez rapide, le rembobinage est lent. Pourquoi ? Parce que le gros bouton de traction du film s’accouple à un engrenage interne, démultiplié vers le bas et pas vers le haut. Ce qui signifie que la bobine tourne plus lentement que vous ne faites tourner le bouton. Tout est fait pour restreindre vos ardeurs car le bouton de rembobinage est en fait un disque plat moleté qu’il faut dévisser en appuyant dessus avec la pointe du pouce.
Le télémètre est intégré au viseur (comme le Zorki 3 – 1951 – et le Leica M3 -1953) et comme le Leica, le cadre s’adapte à la focale de l’objectif monté sur le boitier (35mm – 50mm – 80mm – 135mm). De plus, le viseur bénéficie d’une correction dioptrique toujours bien utile.
Il faut bien se dire que les boitiers télémétriques dotés de plusieurs lignes de trame étaient encore assez rares à l’époque. Et si chacun y allait de sa recette, il n’y avait pas de consensus fort en matière de conception sur la meilleure façon de le faire. Il y avait les lignes lumineuses « projetées » du Leiva M3 et du Nikon SP puis les lignes de cadre « réfléchies » du Nikon S3 ou des Canon VI et P.
Le Leningrad propose lui des lignes claires, gravées pour les objectifs de 35, 50, 80 et 135mm sur fonds noir. La fenêtre complète du viseur est égale au champ de vision d’un objectif de 35 mm.
Si on y ajoute, comme je le signalais plus haut, une compensation dioptrique via un oculaire moleté à filetage hélicoïdal, ce boitier offrait un système de visée bien sophistiqué pour son époque.
Heu, petite astuce au sujet de cette correction via le dévissage de l’oculaire, n’allez pas trop loin sous peine de le dévisser complètement et de devoir chercher après car il sera tombé !
Et tant qu’à montrer la sophistication de cet appareil au sujet de la visée, un peu de technique : le viseur est « semi-compensé » pour la parallaxe en déplaçant latéralement toute l’image pendant la mise au point. De fait, le point du télémètre reste fixe pendant que le champ extérieur se déplace. Cela est possible grâce à un système optique très sophistiqué qui implique un prisme en toit monté à l’extrémité d’un bras pivotant au lieu de miroirs ou de séparateurs de faisceau pour projeter une image télémétrique précise pour une mise au point facile. Malgré une base télémétrique de 57mm « seulement », l’image est lumineuse et très nette même par rapport aux concurrents de l’époque.
Il faut cependant un certain temps pour s’habituer à ce « point télémétrique », car il s’agit uniquement d’une image divisée – contrairement à la plupart des télémètres combinés, le point n’est pas semi-transparent. Vous vous concentrez donc en alignant des lignes verticales sur les bords du patch. C’est très simple et précis s’il y a des lignes verticales dans le sujet — mais pour les sujets moins délimités tels que les visages, les surfaces texturées, les champs de fleurs, heu … c’est moins évident. On ne peut pas être bon partout.
Il existe un réglage pour le télémètre : la petite plaque située sur le capot, devant la griffe porte-accessoires, permet un ajustement, en étant prudent.
N’oublions pas que c’est un appareil tout mécanique, aux « commandes » peu nombreuses : vous réglez la visée et la vitesse vous-même. Pas de cellule, pas de pile.
Puisque j’aborde les vitesses, l’obturateur est lui aussi assez avancé avec des vitesses d’obturation de 1s, 1/2s, 1/4s, 1/8s, 1/15s, 1/30s, 1/60s, 1/125s, 1/250s, 1/ 500s, 1/1000s, B, Д ou T (exposition longue). La notation des vitesses changera dans le temps (voir ci-dessous mon exemplaire, daté de 1958).
L’obturateur est en soie caoutchoutée, solide mais complexe en cas de problème. Il offre une synchronisation du flash réglable et une griffe porte-accessoire dite « froide » (pas de contact central).
Autre choses à laquelle il faut s’habituer (je vous l’ai écris, c’est un appareil singulier) : il est impossible de faire avancer le film autrement que par le moteur à ressort, j’y reviendrai.
Ensuite, pour l’ouvrir vous devrez tourner une clé en dessous et dévisser une molette afin de faire glisser tout le dos vers le bas. Vous devrez faire tourner la molette plusieurs fois dans le sens anti-horaire pour libérer le dos. Mais au centre de cet anneau vous voyez un bouton plus petit, avec un motif moleté en métal sur lequel vous devrez appuyer tout en tournant la molette, ceci afin de relâcher la tension sur le tambour autour duquel le film est enroulé.
Sans cette double manipulation, il est impossible de rembobiner le film car le tambour maintiendra la tension sur le film et le risque de le déchirer est bien réelle.
Sur l’image de gauche, dos ouvert, vous voyez que le centre de la mollette est vide, tandis qu’à droite, appareil refermé, il y a bien un bouton moleté en milieu. Celui-ci est solidaire du tambour/bobine réceptrice et c’est lui qui libère la tension du ressort.
Lorsque vous aurez remis un nouveau film dans la chambre, ne pas oublier de ré-appuyer sur ce bouton pour remettre la tension du le tambour sinon le film n’avancera pas correctement.
Oui, je sais, on a déjà fait plus simple !
Dans la chambre, vous découvrirez qu’il n’y a pas d’arbre d’entrainement du film pour mesurer le déplacement de celui-ci, ni d’engrenage différentiel pour compenser l’épaisseur supplémentaire à mesure que le film s’accumule sur la bobine réceptrice. Ce qui induit que l’espacement entre les cadres augmente progressivement tout au long du déroulement du rouleau. Ce n’est pas un problème pour l’utilisateur noir et blanc, mais cela rend la vie difficile au tireur de diapositives puisque les machines automatiques de découpe et de montage seront perturbées (ce qui implique que vous devrez couper et monter vos diapositives à la main).
Ce système d’avance sans pignon explique pourquoi la bobine réceptrice est si grosse : en fait, le mécanisme fait tourner la bobine d’1/2 tour exactement pour chaque image.Il fallait qu’elle soit suffisamment grande pour pouvoir tirer le film sur toute la distance.
Mais à chaque image qui s’enroule, le diamètre effectif de la bobine augmente et donc l’espace entre les images aussi.
Attention, le ressort d’entrainement n’est pas dans la grosse bobine mais dans le gros bouton sur le capot.
Si jamais vous étiez tenté de le démonter, pour éviter de prendre le ressort en pleine figure, il faut prendre toutes les vues (ou déclenchements) emmagasinées lors d’un remontage, jusqu’à ce qu’il s’arrête. Il y a encore un peu de tension résiduelle, que vous pourriez vider en réarmant l’obturateur via la molette des vitesses, avec précaution.
Tiens, un petit truc utile, au cas où.
Si votre Leningrad refuse soudainement de faire avancer le film après avoir déclenché, plusieurs causes sont possibles :
le ressort est trop tendu,
le ressort est trop lâche,
le film est trop tendu,
le film est trop lâche,
il fait trop humide,
il fait trop froid,
c’est un jour férié …
Ne le jetez pas par la fenêtre (vous pourriez blesser quelqu’un, il pèse 990gr !), essayez de faire tourner la molette des vitesses dans le sens inverse des aiguilles d’une montre puis relâchez-là. Souvent cela permet de libérer le mécanisme et permet au film d’avancer à la vue suivante. De toute manière, comme il n’existe pas d’autre moyen manuel de faire avancer le film, croyez-y très fort !
Pour fixer le film à la bobine réceptrice, vous devrez recouper l’amorce car la fente est très petite. Il faut en outre faire tourner légèrement la bobine pour pouvoir l’y glisser puis refermer l’appareil et armer le ressort. Pour désengager la bobine, il faut dévisser le petit bouton en dessous de celle-ci. Vous pourrez la faire bouger pour engager l’amorce. Ne pas oublier de bien revisser le tout ensuite.
La caractéristique la plus remarquable du Leningrad est sans aucun doute le transport motorisé du film, mais c’est aussi le maillon le plus faible de l’appareil. Avec un film chargé dans l’appareil photo, il n’y a absolument aucun moyen de savoir si le film avance correctement. Si l’amorce se détache du tambour, le boitier continuera à s’enrouler et à déclencher normalement. Comme le bouton de rembobinage ne tourne pas pendant le transport normal du film, comme sur la plupart des appareils photo mécaniques, vous ne savez pas s’il est correctement chargé.
Comme vous avez pu le découvrir sur les photos jointes, le Leningrad est tout métallique, avec un simili-cuir du plus bel effet. Sa forme, rectangulaire, est assez imposante (plus grand qu’un Contax à qui il pourrait faire penser un bref instant d’égarement) et pourtant, sa tenue en main est confortable, notamment grâce à la forme particulière de la poignée, un peu inclinée, sur la gauche.
Au rayon des gadgets utiles, je note cette base qui se replie sous l’appareil mais qui, une fois mise en place, stabilisera complètement l’appareil sur une surface plane.
Sur le capot, à gauche, une grosse molette noire : elle ne sert que de « pense-bête » pour le type de film inséré dans l’appareil. Les sensibilités sont exprimées en DIN et Gost (ГОСТ). L’échelle GOST utilise un système de numérotation arithmétique assez similaire à l’échelle ASA, ne différant que d’un facteur de 0,1. Par exemple, GOST 90 est identique à ASA 100, 180 correspond à 200, etc.
Sous le gros bouton du ressort, les chiffres de 5 à 20 sont gravés dans le métal du capot. En fait, ils représentent des délais réglages de 5 à 20ms lorsque l’on utilise des flashs. C’est le petit curseur mobile juste sous le gros bouton qui sert à régler ces délais, fonction des ampoules utilisées.
Ce qui est un peu gênant c’est qu’il n’existe plus de « tables » avec ces délais car on n’utilise plus ces types de flashs. Peut-être sur de vieilles boites d’ampoules …
Encore un mot, au sujet des objectifs cette fois.
Si la baïonnette est au standard LMT 39 vous ne pourrez toutefois pas monter tous les objectifs existant dans cette monture sur le Leningrad. En effet, le bord du capot dépasse et vient buter contre les objectifs dont le fut est court. ce qui veut dire que quelques objectifs Japonais (Nikon, Canon) ou Allemands (Leica, Voigtländer) ne passeront pas. Il faut être attentif en cas d’achat d’objectifs complémentaires au 50mm de la dotation.
Il me reste à vous parler du retardateur, en façade, qui se déclenche après 10 secondes et je crois avoir fait le tour de ce magnifique appareil.
Et du compteur de vue, qui « décompte » en fait et que vous devrez remettre à zéro avec le bouton plat à l’arrière.
Et à vous rappeler qu’en bon appareil russe, il ne faut jamais changer les vitesses avant avoir armé, sous peine de salade de pignons.
Alors, qu’en penser de ce Leningrad ?
Je le trouve fascinant, de par ses trouvailles techniques, la qualité de sa construction, sa complexité aussi. Il n’a rien emprunté à qui que ce soit, il est unique dans sa conception, même si elle est sujette à certaines bizarreries.
Reste qu’il est rare, surtout en bon état (rappelez-vous, seulement 76.000 appareils ont été assemblés) et donc les prix sont en conséquence. Comptez environ 300€ pour un exemplaire avec sa gaine et un des objectifs de base (Jupiter 3 ou Jupiter 8).
L’essayer, c’est une expérience et trouver des appareils aussi différents, c’est un immense plaisir.
Video d’illustration :
Un peu de technique :
Appareil photo télémétrique Fabricant : Usine GOMZ Période de production : de 1956 à 1968 Format : 24x36cm sur pellicule 135 Monture d’objectif : monture filetée m39 Objectif : Jupiter 8 f2.0 50mm ou Jupiter 3 f1,5 50mm Base du télémètre : 57 mm Obturateur : obturateur à plan focal avec des vitesses de 1 à 1/1000 sec. Viseur : viseur optique à parallaxe combiné à un télémètre Synchronisation du flash : prise de synchronisation « X », vitesses de synchronisation à partir de 1/20 s et plus. Retardateur : mécanique Poids : 900 grammes nu
Après vous avoir présenté l’Olympus XA-2 il y a un moment, j’ai enfin pu mettre la main sur le premier du nom, le XA, celui qui a écris la légende.
1978, le génial Yoshihisa Maitani, inventeur déjà du non moins célèbre Olympus Pen, récidive en inventant ce « petit machin » qui est sensé tenir dans une poche de chemise. C’est à la Fotokina qu’il se découvre et il sera commercialisé en mai 1979.
Rappelez-vous (après avoir relu l’autre article), à la suite du XA il y eut un XA2, un XA3 et un XA4. Comme souvent dans les séries, le premier est le plus connu et, paradoxalement peut-être, le plus abouti et le mieux fourni.
Petit récapitulatif pour mieux saisir les nuances :
D’accord, mais qu’est-ce qui le rend si populaire et fait gripper sa cote vers des sommets himalayens ?
Peut-être d’abord son excellent objectif Zuiko de 35mm, qui ouvre à f2,8, le même que celui d’un autre best-seller de la marque, le Pen (1967). Cet objectif de qualité possède 6 éléments en verre.
Ajoutons à celui-ci un télémètre précis quoique pas facile à régler si on a de gros doigts.
Puis encore un obturateur qui va de 10s au 1/500s dans un appareil à priorité ouverture. Vous réglez le diaphragme à votre guise, et la vitesse se fait en fonction, affichée à gauche dans le viseur. Celui-ci est assez clair, collimaté avec correction de la parallaxe, avec le patch du télémètre au milieu (carré jaune).
Revers de la taille de l’ensemble, il est difficile comme dit plus haut de faire la mise au point et la vision dans le viseur mériterait d’être plus confortable. La solution, utilisée par beaucoup de « street photographer’s » est de régler le diaphragme sur f5,6 et de faire la mise au point juste en dessous des 3m. Ainsi tout est net de 0,9m à l’infini et l’objectif donne le meilleur de lui-même.
Le réglage de l’ouverture se fait grâce au levier situé à droite de l’objectif, en façade. Vous trouverez (moi grâce à mes lunettes de vue) une position flash puis des ouvertures de f2,8 à f22
Bon, ici je me dois de faire une parenthèse.
Le premier appareil en 24×36 dit « de poche » serait le Rollei 35 apparu en 1967. Un petit rectangle tout en métal qui possède un objectif rétractable. Puis vint le Minox 35, encore plus petit avec lui aussi un objectif rétractable. Car il fallait bien caser quelque part le 35mm dont étaient équipés ces deux petites merveilles de taille réduite.
Or dans le XA l’objectif de 35mm est … fixe.
C’est là que l’on comprend encore mieux le génie de Yoshihisa Maitani : cet objectif à six éléments en cinq groupes est un grand angle à rétrofocus inversé (c’est-à-dire que la mise au point se fait en interne) qui a été modifié pour raccourcir sa longueur totale (environ 31 mm de l’élément avant au plan du film) par rapport à sa distance focale d’une manière ressemblant à celle d’un vrai téléobjectif. Afin de pouvoir couvrir le format 24 x 36 mm, de grands éléments arrières sont nécessaires et, pour plus de rigidité ainsi que de faible profondeur, une mise au point interne (en déplaçant le troisième groupe optique d’avant en arrière) a été choisie. Les problèmes optiques qui ont dû être résolus suite à cette approche peu orthodoxe étaient redoutables : des verres à indice de réfraction élevé ont dû être utilisés pour contrôler les aberrations dans le champ de l’image et les éléments optiques ont dû être fabriqués et alignés selon des tolérances très étroites.
Bien sûr ces innovations vont en entrainer d’autres, notamment au niveau du télémètre. Sa base, d’environ 1,6cm, est la plus courte jamais intégrée dans un télémètre plein format. Il fait la mise au point sur toute sa plage d’avant en arrière sur 1,27cm. Les distances de mise au point (en pouces pour les USA et en centimètres ailleurs) sont indiquées dans une petite découpe au-dessus de l’objectif, que l’on voit en regardant l’appareil par le haut.
Tout dans cet appareil a été conçu en fonction de sa destination : être un appareil de poche. C’est la raison de ce couvre objectif coulissant, arrondi et peu saillant, qui lui permet de se glisser partout. Tous les éléments fragiles sont couverts par ce capot lors de sa fermeture, même la fenêtre du télémètre car le mouvement de fermeture actionne un petit volet qui vient la couvrir et la protéger aussi des poussières.
Vu donc sous l’angle des innovations, on comprend mieux l’engouement qu’il suscite et la qualité reconnue de l’objectif enfonce le clou !
Tout a été pensé dans cet appareil pour réduire sa taille mais la rendre confortable et utilisable. C’est un véritable cours de design auquel nous assistons en parcourant ses formes et fonctions : le réglage de l’ouverture par curseur, le bouton de l’objectif pour aider à la mise au point (télémètre), le minuscule levier en dessous avec 3 fonctions distinctes, la fonction rembobinage et ouverture du dos en un seul ensemble, le déclencheur électro-magnétique très doux pour éviter les vibrations et les mouvements inopportuns, les stries discrètes qui facilitent l’ouverture et la fermeture du capot protecteur.
Vous n’êtes pas encore convaincu ? Lorsque vous déployez le petit levier qui actionne le retardateur, il forme un petit support qui stabilise le boitier si vous le placez sur une table, le temps que vous couriez vous mettre devant pour être sur la photo.
Tant qu’a encore parler de miniaturisation, le XA possède un minuscule haut-parleur, caché sous le capot. Celui-ci émet un bip discret lorsque justement le retardateur fonctionne, ou lorsque vous vérifiez si la pile est toujours ok.
Au fait, le compartiment pile est en dessous, juste à côté du filetage pour le trépied, excentré pour une meilleure répartition du poids. Le XA utilise soit 4 piles LR44 soit 2 pile CR-1 (il faut 6v).
En pratique, vous avez ouvert le compartiment arrière, placé un film dans la chambre et, volet protecteur fermé, vous pouvez armer et déclencher deux fois pour amorcer correctement le film. Vous refermez et armer encore une ou deux fois : vous voilà prêt pour vos premières photos. N’oubliez pas de régler la sensibilité du film.
En portant l’appareil à l’œil, vous verrez dans le viseur, selon l’ouverture choisie, la vitesse déterminée par le boitier (échelle avec aiguille à gauche). Si l’aiguille grimpe au delà du 1/500s, vous risquez la surexposition. Il faut alors actionner le curseur d’ouverture, en façade, pour essayer de revenir à des valeurs exploitables. Normalement, vous pouvez effectuer la manœuvre sans quitter le viseur des yeux, avec un peu d’habitude.
Pour le réglage de la distance, avec un doigt de la main gauche vous ferez tourner la bague des distances afin d’amener les deux images qui apparaissent à coïncider. Bon, d’accord, avec un si petit télémétrique, vous pourrez avoir des doutes sur la précision, et ce n’est pas toujours aisé d’y arriver (un peu d’habitude aide) mais dites-vous qu’un tel objectif, presque un grand angle, avec ces spécifications, ne nécessite pas au départ une mise au point ultra-précise puisque sa profondeur de champ relativement grande fournira généralement des images suffisamment nettes malgré des écarts de mise au point mineurs.
Si tout est bon, un appui léger sur le gros rectangle orange, un petit clic très discret, c’est dans la boîte !
L’utilisation d’un flash augmente un peu sa taille mais rien de rédhibitoire, vous pourrez encore le mettre en poche. Le flash est un A-11, que l’on fixe sur le côte (comme pour le XA-2). Il utilise une seule pile AA classique (1,5v).
Vous devrez faire remonter le curseur des ouvertures sur la position flash. Dès lors, l’ouverture sera de f4 et la vitesse de 1/30s. Attention, sa puissance est réduite mais sera suffisante pour un portrait.
Tout est-il parfait dans ce petit appareil sympathique ?
Ah, la perfection n’existe pas. Relevons quelques désagréments : le premier est le risque de mettre les doigts sur l’objectif et d’y laisser une vilaine trace. Il faut vraiment ouvrir l’appareil comme indiqué pour l’éviter. Ensuite, le déclencheur, certes très doux, affleure le haut du capot et il arrive qu’on appuie dessus par inadvertance, gâchant ainsi une vue.
Alors que penser de ce (tout) petit Olympus XA ?
Il a été le plus petit appareil 24×36 pendant un moment. Il ne sera détrôné que par le Minox GL 35, que nous verrons bientôt (si, si j’en ai aussi trouvé un).
C’est réellement un condensé de bonnes idées et de qualités, qui ont maintenant une bonne trentaine d’année et qui restent encore d’actualité.
Quelques images prises avec cet appareil, LA, vous convaincront peut-être de l’acheter.
Mais reste la question épineuse du prix justement. Aujourd’hui, un bel exemplaire en parfait état se négocie autour des 180€, mais comme le dit l’adage, « quand on aime on ne compte pas ».
Toutefois soyez attentif, il peut y avoir de bonnes affaires à faire, en fouinant un peu. Et là vous aurez tout le plaisir de photographier avec ce petit boitier attachant, sans remords …
Une belle trouvaille, comme d’habitude sur un stand de brocante. Et pourtant je m’étais dis « plus de Yashica », les ayant déjà pas mal présentés.
Mais c’était sans compter sur un monsieur qui, ayant parcouru la liste des appareils à vendre, m’a un jour demandé si je ne vendais pas un Minister III.
-« Ben non, je n’en ai pas »
Alors, quand j’ai vu celui-ci, vous me connaissez …
Et ça tombe bien car je ne savais absolument rien de ce modèle. J’ai eu quelques Electro 35, que vous pourrez retrouver de-ci de-là sur le site, et un Minister D. Je ne voyais pas trop où se situait celui-ci.
Un peu d’histoire ne fera pas de tort : alors dans la famille des Minister, nous avons en premier le Minister (1960), puis le Minister II, le Minister D (1963), le Minister 700 (1964) et enfin le Minister III (1966).
Admettons que le modèle ne révolutionne pas le monde des télémétriques des années soixante, mais il a ce côté rassurant et robuste des appareils où le métal est roi.
Son architecture est classique : le viseur à gauche, une fenêtre pour le télémètre au milieu, un objectif assez imposant au centre de la façade, le capteur de la cellule sur le pourtour de l’objectif (et on peut visser un filtre devant).
Qui dit capteur en nid d’abeille pour la cellule suppose immanquablement une cellule au sélénium. L’ avantage de celle-ci est qu’il n’y a pas de piles car le sélénium produit le courant nécessaire au fonctionnement du posemètre. Le hic, c’est qu’à la longue, elle peut s’épuiser surtout si l’objectif n’a pas été protégé par un bouchon ou l’appareil placé dans un sac noir.
Ici, j’ai de la chance, elle fonctionne parfaitement.
Le posemètre donc analyse la lumière sans énergie extérieure et il vous transmet une information via une aiguille qui se place en face d’une valeur, que vous reporterez sur le fut de l’objectif pour avoir l’exposition correcte. Notez la petite fenêtre devant, elle sert à régler la sensibilité selon le film utilisé, en Asa.
Regardez la bague de l’objectif avec les marques qui reprennent les valeurs données par la cellule, j’y reviendrai. Notons que l’obturateur est un Citizen (par un Copal comme sur les Electro 35).
Nous avons donc là un appareil tout mécanique.
Puisque nous écrivions au sujet de l’objectif, c’est un Yashinon de 45mm qui ouvre à f2,8. On a connu, plus tard, des objectifs plus lumineux mais il est loin d’être dépassé et il est net dès la pleine ouverture, surtout si vous êtes près de votre sujet. Les Yashinon ont une excellente réputation.
C’est un appareil qu’on a rapidement en mains, il n’y a pas pléthore de commandes ou boutons : sur le capot supérieur, un déclencheur devant les indications et réglages de la cellule, un ré-armeur tout en métal, une molette pour le rembobinage tout à gauche et au milieu, une griffe porte-accessoires nue. Et tout à fait à droite, la petite fenêtre du compteur de vue (qui se réinitialise quand on ouvre le dos de l’appareil).
Ici on voit bien le détail du bouton pour régler la sensibilité (de 10 à 400 Asa) et l’échelle de valeur (EV de 4 à 18) que le posemètre indique, qui seront reportées sur l’objectif.
Si vous utilisez une cellule à main, ou le flash, vous ne tiendrez pas compte des indications du posemètre et le boitier ne vous en voudra pas, il déclenchera, la cellule n’est pas couplée et donc pas contrariante.
Dès que vous portez l’appareil à votre œil, vous plongez dans un viseur somme toute assez large, lumineux, avec des lignes de cadre bien visibles et correction de la parallaxe. Avec, au centre, un « patch » jaune, celui du télémètre, qui est couplé à l’objectif (ce qui veut dire que lorsque vous actionnez la bague de réglages de distance de l’objectif, vous voyez le résultat dans le viseur).
L’obturateur, central, est ici un Citizen, sans autre précision. De prime abord, il semble grand comparé aux Compur et Prontor contemporains.
Sur l’objectif vous trouverez 3 bagues de réglages :
la plus large, contre le boitier, est celle du réglage de la mise au point
la seconde, presque au milieu, est celle des vitesses
et la dernière, avec les chiffres rouges, est celle de l’indice de lumination (EV) relevé par le posemètre.
La bague de mise au point commence à 80cm vers l’infini. Curieusement, il n’y a pas de marqueur de la position, sans doute parce que l’utilisateur du télémètre n’en a pas besoin. Elle est notée en mètres et en pieds.
La bague des vitesses s’échelonne de 1s au 1/500s plus la pose B, classique. Le retardateur, car il y en a un, est actionné par la tirette en dessous de l’objectif. Attention, pour éviter les soucis, armez d’abord avant d’actionner le retardateur, ça évite de bloquer les mécanismes.
Enfin, la dernière bague, notée en rouge, est celle où vous reporterez le chiffre donné par la fenêtre du posemètre. Bizarrement, la bague commence par un deux alors que la fenêtre, en haut, ne commence qu’à quatre.
De fait, le réglage de la bague donne une gamme de vitesses et d’ouvertures : lorsque vous reportez le nombre EV donné, vous pouvez tourner la bague du milieu, ce qui modifie la vitesse et modifie également l’ouverture pour que l’exposition soit gardée.
Si vous regardez bien dans la petite fenêtre qui est juste derrière la bague des vitesses, elle indique l’ouverture déterminée par le couple vitesse/EV.
Il n’y a pas d’intervention directe possible sur l’ouverture. Ce qui signifie que si vous voulez en déterminer une particulière, vous devrez « jouer » avec la bague des vitesses pour la fixer.
La petite fenêtre qui indique l’ouverture déterminée par le couple vitesse/EV.
Toujours autour de l’objectif, tout devant, un magnifique « nid d’abeille », qui est le capteur du posemètre. Un capteur au sélénium qui, je le rappelle, vous dispense de mettre des piles dans l’appareil, le sélénium produisant le courant nécessaire en se nourrissant de la lumière qu’il reçoit.
Ici, comme pour tous les posemètres au sélénium, une seule règle à retenir : les maintenir dans l’obscurité d’un bouchon d’objectif ou, au pire, d’un sac tout-prêt, voire d’une pochette pour les garder en forme le plus longtemps possible.
J’ai longtemps crû que les boitiers qui possédaient ces cellules n’étaient pas dignes d’intérêt car risquant rapidement de me faire défaut. Or, avec un minimum de précautions (et parfois seulement de la « crasse » accumulée depuis des années), ces cellules fonctionnent encore soixante ans plus tard pour beaucoup.
Ce dispositif a deux avantages : il pointe dans la direction de l’objectif, donc de la visée et ensuite on peut généralement monter un filtre devant et le calcul du posemètre en tiendra compte.
Et pour en terminer avec l’objectif proprement dit, il s’agit d’un Yashinon-DX, soit un objectif traité multicouches. Constitué de cinq éléments en quatre groupes. C’est un 45mm, très proche de ce que perçoit l’œil humain. On pourrait objecter qu’une ouverture de f2,8 n’est pas très rapide mais rares sont les occasions où l’on ouvre à cette valeur, du moins en street photography, là où ce boitier excelle.
Je reviens aussi un moment sur la griffe porte-accessoire ou flash. Il n’y a pas de synchro mais bien une prise PC, tout à gauche du boitier.
Finalement, en dessous, le petit bouton pour permettre le rembobinage, le filetage pour un trépied, bien mis au milieu, sous l’objectif (bon équilibre et stabilité) et un curieux bouton pour déverrouiller le dos : il faut appuyer dessus en le tirant vers le bas. Pas facile, mais sans doute un manque d’habitude aussi. Ce système se retrouve sur d’autres boitiers de la marque, comme les Lynx.
Allez, petite revue en images :
Que penser de ce Yashica Minister III ?
Il respire la qualité des appareils de la fin des années 50 et ceux des années 60 : corps bis-tons, tout en métal.
Toutefois, si on le compare avec un Canonet, qui possède une cellule couplée, sorti en 1961 (soit deux ans avant le Yashica), il pourrait paraître dépassé. Il n’en demeure pas moins un appareil fiable et fait pour durer.
Pour les « puristes », ajoutons qu’il sera fabriqué au Japon (inscription Japan derrière et 7 chiffres dont les 2 premiers sont l’année de fabrication) et à Hong Kong la même période (marqué H plus 6 chiffres- comme sur l’exemplaire ici). Mais quelques uns seront fabriqués à Hong Kong et marqué Japan. Le modèle de vis devrait les départager : têtes fendues pour le Japon, cruciforme à Hong Kong. Quoique le mien soit noté H …. et a la vis fendue (dur, dur la vie de collectionneur pointu) !
Pour conclure, voici un bel appareil qui, pour un prix raisonnable, donnera encore beaucoup de plaisir à celui qui va l’acquérir. Et je comprends dès lors mieux la personne qui m’avait contactée, le sien étant tombé en panne après bien des années de loyaux services.
Comptez dans les 40€ pour un très bel exemplaire.
La seule chose qui va décontenancer un peu, c’est la « gymnastique » avec les nombres EV mais une fois qu’on a compris comment ça fonctionne, c’est très facile et finalement rapide d’usage.
Alors, si vous avez la chance d’en trouver un sur votre route, faites un brin de chemin ensemble, il vous le rendra bien.
Des exemples de photographies prises avec cet appareil ICI.
Publicités d’époque (merci Collection-appareils)
Grenier-Natkin, 1967Photo-Hall, printemps 1968. Revue intéressante des concurrents de l’époque.
Videos d’illustration
Un peu de technique :
Objectif Yashinon 45mm f2.8 Mise au point télémètrique Cellule au sélénium
Obturateur Cityzen de 1s au 1/500 s + B Gamme ASA de 10-400 Filetage du filtre de 55 mm
Celui-là, ça faisait un moment que je le cherchais et un heureux concours de circonstances a fait que j’ai pu l’acquérir encore à un prix décent sur la grande baie.
Pourquoi celui-là plus particulièrement ? Parce que j’ai déjà essayé et apprécié le Zorki 1c, tout comme le Zorki 4K mais que je cherchais encore une espèce de « chainon manquant » entre ces deux modèles.
En effet, si le Zorki 1C est un télémétrique dans la veine du Leica II (même type de viseur séparé du télémètre, même chargement par la semelle), le Zorki 4/4K avait déjà des airs de télémétrique « moderne » avec son viseur/télémètre et son chargement par le dos.
-« Et le Zorki 3 alors ? »
Ah, il me plaisait bien aussi pour sa spécificité, sur laquelle je vais revenir, mais sa fiabilité (obturateur complexe) en font un appareil plutôt de collection et moi je voudrais m’en servir réellement. Restait donc le Zorki 3M, une évolution logique du premier du nom.
Mais commençons par le début, ce sera plus simple …
Le gros « défaut » des appareils tels les Leica Ur, Leica II et Leica III (toutes versions confondues), outre le chargement par la semelle, était que le viseur proprement dit et la fenêtre du télémètre étaient séparées. Surtout pour des raisons techniques car allier les deux en un seul élément était très compliqué à réaliser.
Le Zorki 3 fut une grosse évolution du Zorki 1c et 1d, qui étaient encore produit au même moment. Et, chose étrange, il fut produit avant le Zorki 2 qui était une évolution des deux premiers cités (il apportait deux œillets pour assurer le portage !).
Dans la forme, il ressemble plus au Leica III, qui lui garde encore les deux fenêtres distinctes.
Le Zorki 3 sera produit de 1951 à 1956. Il introduira trois (r)évolutions majeures et injustement méconnues ou en tout cas occultée par le grand rival, Leica.
La première révolution sera de combiner le viseur et le télémètre dans une seule et même fenêtre. Cette simplification apporte un confort indéniable à la visée car il ne faut plus regarder d’une fenêtre à l’autre, une fois pour la distance (télémètre), l’autre pour le cadrage. D’autant que le viseur est large et très clair, ce qui rend les choses plus facile en cas de faible luminosité.
Pour rappel, l’appareil est présenté en 1951 soit trois ans avant le Leica M !
La seconde évolution, se sont les vitesses qui vont d’1s au 1/1000s, même avec un obturateur à rideau, comme le concurrent. Atteindre le 1/1000s au début des années cinquante est une prouesse que peu d’appareil de l’époque pouvait atteindre.
La troisième évolution est que tout le dos de l’appareil s’ouvre. On peut donc facilement charger le film, sur une bobine réceptrice, sans devoir couper l’amorce, comme on doit le faire avec les appareils qui se chargent encore par la semelle. Mine de rien, cette amélioration accélère encore l’utilisation de l’appareil.
Enfin, ultime modification, le Zorki 3 reçoit en dotation un objectif Jupiter-8 de 50mm ouvrant à f2. Cet objectif, basé sur une formule Sonnar (les Industar sont sur un schéma Tessar), offre une grande ouverture qui autorise l’utilisation de film moins sensible à la lumière même dans des conditions d’éclairage plus faibles.
Petit détail mais qui a son importance, le viseur est équipé d’un correcteur dioptrique. Les porteurs de lunettes lui disent merci, ils ne devront plus griffer leurs précieux verres sur les bord métalliques du viseur.
Si ce boitier est excellent, il a encore un défaut, celui de disposer les vitesses sur deux plateaux différents : les lentes avec une molette située sur la face avant et les rapides sur le capot. C’était toujours un mécanisme sensible qui méritait une amélioration.
Ainsi est né le Zorki 3M, qui sera produit de 1954 à 1956. Il propose lui toutes les vitesses sous un même bouton, ce qui simplifie la « mécanique » interne et rend l’ensemble plus fiable que précédemment. Il propose les vitesses suivantes : 1/25s, 1/50s, 1/100s, 1/250s, 1/500s et 1/1000s de seconde plus une pose bulbe (B)
Reste une précaution que vous devrez toujours garder en mémoire, voire noter sur un bout de papier au dos de votre boitier si vous ne vous en servez pas très souvent : toujours armer l’appareil avant de changer les vitesses sous peine de salade de pignons rédhibitoire.
Il sera suivi d’un Zorki 3C qui apportera juste un retardateur en plus et une prise pour le flash. Sa carrière fut très courte (1955 – 56) et le suivant sera le Zorki 4. Le design du 3C est d’ailleurs déjà plus éloigné du Zorki 3/3M et proche du Zorki 4.
En résumé, la légende prétend que c’est Leica qui a inventé le viseur couplant la visée et le télémètre avec le Leica M, en 1954.
Or, dès 1951, les ingénieurs russes de KMZ (Krasnogorskiy Mechanicheskiy Zavod à Moscou) proposaient un viseur/télémètre couplé au rapport 1:1 sur le Zorki 3 (sa base est de 38mm, ce qui est loin d’être ridicule).
Oui, les Zorki et les Fed ont été des copies du Leica II mais il ne faut pas les réduire à cette caricature de copistes serviles. Les appareils qui ont suivi se sont éloignés de l’univers Leica pour proposer leurs propres solutions, parfois en avance sur l’initiateur, ne l’oublions pas.
Soyons de bon compte, si le viseur est au rapport 1:1, il est calibré pour le 50mm et il n’est pas collimaté, il est « plein cadre ». Si vous deviez y placer un autre objectif qu’un 50mm, il n’y a pas de marques pour les 35mm ou 90mm comme elles apparaitront plus tard sur le Leica M ou le Canon P, p. ex. Dans ce cas là, une tourelle est toujours utile.
Reste que l’on pourrait ergoter encore sur la rusticité des appareils russes, moins « lises » que leurs concurrents allemands, mais ça ne les a jamais empêché de bien fonctionner et d’être tout aussi réparables que leurs homologues teutons.
De fait, les appareils russes des années cinquante seront toujours mieux construits et plus fiables que ceux des années septante et quatre-vingt, alors que le régime soviétique s’effondrait. Oleg Khalyavin, un expert en réparation d’appareils photo soviétiques, qui dirige OK Vintage Camera, ne nous contredirait pas.
La date de fabrication est reprise sur le numéro de série, ici, 1955.
Pour en revenir à notre Zorki 3M, vous avez remarqué qu’il possède une griffe porte-accessoires mais il n’y a pas de prise pour un flash quelconque. Elle apparaîtra sur le Zorki 3C. Peut-être est-il possible de faire une modification, comme sur les … Leica que l’on faisait évoluer sans changer de boitier.
Les Zorki télémétriques sont sans aucun doute les télémétriques les plus vendus dans le monde, construits de 1948 à 1978 à plusieurs millions d’exemplaires (tous modèles confondus). Ceci explique sans doute pourquoi on n’a pas pris la peine de ces transformations : il était plus facile et moins couteux de changer de boitier !
Celui que j’ai acheté est équipé d’un objectif Industar 61 55mm f2,8 noir, vraisemblablement de 1988 mais j’ai retrouvé un Jupiter 8 50mm f2 daté de 1968. Même s’il n’est pas parfait, c’est finalement lui qui équipera le Zorki 3M.
Sa prise en main est agréable et même s’il est compact, il fait son poids (671gr avec un film, les deux attaches de la sangle et un soft release).
J’apprécie beaucoup la correction dioptrique, qui me facilite bien la vie. Facile à régler, j’ai tracé un trait au marqueur, au cas où elle bougerait.
J’imagine que pour les grandes mains il peut sembler petit. Pour ma part, je le trouve bien équilibré et même si nous sommes loin de l’ergonomie des appareils modernes, tout tombe bien sous les doigts. Sachant d’ailleurs que l’on ne manipule pas cet appareil comme les modernes : on vise et cadre en un seul coup d’œil mais pour les vitesses et l’ouverture, on les règle avec une cellule à main, ou l’habitude (voire encore la bonne vieille règle du Sunny 16). Ce qui implique qu’il faut, au mieux, prérégler ces données avant de faire son image.
Cela peut semble fastidieux mais on s’y fait très vite.
Ce ne fut pas facile de placer un film dans la chambre. En effet, la bobine réceptrice, qui est amovible mais doit être présente lors de l’achat, a tendance à bouger et la minuscule fente – en fait une fine plaque de métal rivée sur le tube avec un tout petit espace pour y glisser l’amorce – n’est pas la plus aisée pour y fixer le film. Mais ce doit être une question d’habitude et j’y suis parvenu avec un peu de patience (grrrr … vive les « baguettes magiques » des Pentax !).
Lorsque le film sera terminé, je devrai faire tourner la petite languette, à côté du déclencheur, sur la position R pour rembobinage, et celui-ci s’opère grâce à la molette qui est dessus du correcteur dioptrique.
Ah oui, j’ai placé un bouton « soft release » sur le déclencheur car le fut est assez petit et je ne le sens pas assez.
Je dois encore trouver un bouchon d’objectif (diamètre 39mm) et refaire ma collection de filtres (jaune, rouge, vert) car je compte dédier cet appareil au N/B plus spécifiquement.
Il me reste à le tester et la suite au prochain film …
Alors, si vous voulez vous lancer dans l’achat d’un tel appareil, je dirais « mais quelle bonne idée ! ».
Toutefois si vous en avez l’occasion, testez-le à toutes les vitesses, vérifiez si les rideaux sont en bon état, que la bobine réceptrice est bien présente, que le « plot » de réglage du télémètre (dans la chambre) est fluide, que le télémètre est juste (on sait le régler, des tutos existent à ce sujet) et … faites-vous plaisir, il le vaut bien !
Attention au budget. Si on pouvait en trouver, avant la tristesse de ce qui se passe encore aujourd’hui en Ukraine, à des prix décents, ils ont tendance à s’envoler de nos jours. Comptez entre 90 et 150€ pour un bel exemplaire, nu le plus souvent.
Une dernière chose : le Zorki 3M utilise des objectifs au pas dit LTM 39 (comme Leica), ce qui vous ouvre un vaste parc optique.
Et pas seulement chez Leica, mais aussi Canon, Nikon, Voigtländer, etc. Les prix sont parfois astronomiques, faites attention. Un Industar 61, moins bien côté, fait un très bon travail et vous donnera entière satisfaction et si vous voulez gagner en compacité, l’Industar 22, objectif rentrant, est parfait
Quelques exemples de photos prises avec le Zorki 3M ICI.
Eh non, ce n’est pas un appareil photo mais un complément photographique, en l’occurrence un télémètre à fixer sur les appareils qui en sont dépourvus.
J’y ai quelques fois fait allusion dans quelques articles mais jusqu’à présent, je n’en avais pas trouvé à prix, disons, réaliste.
Ici, au creux d’une caisse fourre-tout en matériel hétéroclite mais photographique, un petit étui en cuir a aiguisé ma curiosité : bien m’en pris, c’était celui d’un Watamater Super en parfait état et que le vendeur m’a cédé à ce prix « réaliste » (enfin, pour moi).
-« Heu, mais à quoi ça sert ? »
Excellente question, à laquelle je vais de ce pas répondre.
Si vous me lisez c’est que vous aimez nos vieux appareils et peut-être plus particulièrement les appareils à mise au point manuelle, comme les anciens pliants (folding) du style des Voigtländer Perkeo ou des Zeiss Ikon Ikonta Nettar, voire encore un Balda Baldessa 1, les exemples ne manquent pas.
Ces appareils offrent la possibilité de faire la mise au point par zone (le zone focus), c.-à-d. prérégler la distance à l’avance. Cela fonctionne très bien mais n’est pas d’une grande précision.
Mais comme me le faisait justement remarquer Fred d’Histoire de Photos, lorsqu’il s’agit d’être précis (en portrait par exemple), la mise au point doit être rigoureuse.
C’est là que des accessoires comme celui-ci sont utiles, vous allez comprendre.
Mais d’abord, précisons qui est le Watameter.
Wata est une marque allemande pour laquelle je n’ai pas su trouver beaucoup d’infos, si ce n’est qu’elle fabriquait, entre les années ’40 et ’70 des produits pour la photographie dont ces télémètres indépendants, les Watamater et un WataPress, un flash.
De fait, la société WATA a été créée en 1946 par Edmund Wateler (1899 – 1964) en Allemagne.
Edmund Wateler fut d’abord employé chez Hauff-Leonar (produits photographiques) puis on le retrouve directeur des ventes chez Gevaert Gmbh (1932) à Berlin.
C’est toujours dans cette ville qu’il devient le représentant régional pour Voigtländer (1935).
A la fin de la seconde guerre mondiale, en 1946 donc, il ouvre son usine à Brunswick. Il y produira, dès 1951, le télémètre Watameter et le Watamat (un transducteur optique de gradation ?! – en fait un appareil pour le grossissement optique) et un calculateur pour flash.
Mais c’est réellement en 1952 que la société prend de l’ampleur, à l’issue d’un accord de partenariat avec la société anglaise Photopia, pour distribuer ses produits au Royaume Uni. Cette entreprise s’était spécialisée dans la vente d’accessoires pour appareils photo.
De 1953 à 1972, la société Wata a conçu des projecteurs de diapositives, des supports pour la télécopie, des accessoires pour flash et ces fameux télémètres accessoires.
Il semblerait que la société existe toujours et se soit spécialisée dans la vente directe.
Mais concentrons-nous sur le Watameter. Il existe trois versions de cet accessoires ; le I, le II et Super.
Sans surprises, ils évoluent avec la version :
le Watameter I est un simple télémètre avec lequel vous faites coïncider les deux images en tournant une molette et vous lisez le résultat sur celle-ci,
Le II possède une échelle bien visible à l’intérieur du télémètre, plus besoin de regarder la molette, qu’il faut continuer à faire tourner pour la mise au point,
Le Super garde les caractéristiques du second plus une échelle sur la molette pour les gros plans entre 30 et 50cm (12 et 20 pieds).
Pour ce troisième opus, même si cette faculté de descendre si près du sujet est un plus indéniable, il y avait toutefois un soucis lors des gros plans : le réglage de la distance de l’appareil était calculée à partir du dernier élément de l’objectif. Or le Watameter Super calcule à partir de son miroir, c.-à-d. au milieu du boitier. Il faut donc mesurer la distance entre l’objectif de l’appareil et la position du télémètre ajouté, puis soustraire celle-ci du résultat mesuré ! Pour une fois votre Smartphone à tout faire va vous être utile, surtout « l’app » calculatrice …
Bien évidemment, chaque version aura son petit lot de modifications, souvent cosmétiques mais le principe reste le même.
Ensuite, il existe aussi une version combinée, le WataCombiMeter qui est un télémètre ordinaire comme le modèle I avec en plus un posemètre à extinction dans une version très simple, visible dans le deuxième oculaire. Il ne fonctionne qu’entre 17 et 23 DIN ou 40 à 160 ISO. Si cela a l’air pratique, sachez que les compteurs d’extinction sont plus une supposition qu’une mesure réelle. Mais cela avait le mérite d’exister !
Concrètement, comment ça fonctionne ?
Vous glissez le Watameter dans la griffe porte-accessoires de votre boitier.
Ensuite, vous dirigez le télémètre vers votre sujet et regardez dans le minuscule trou et là, oh surprise, vous verrez, sur votre gauche, une échelle de distances et sur votre droite un losange jaune qu’il faut faire coïncider sur l’image que vous regardez en tournant la molette.
Etonné, mais content, vous verrez les images devenir nettes et, sur la gauche donc, la distance réelle à laquelle elles le sont.
Franchement, ça m’épate ! Voir aussi bien les infos dans un trou aussi petit est une expérience …
Il vous reste à reporter cette distance sans que vous ou votre sujet ne bouge, sur l’objectif.
La mesure est bonne de 55cm à l’infini.
Techniquement, le principe est celui de la triangulation : les images des deux fenêtres sont focalisées à travers un prisme et un miroir pour mesurer la différence entre ce que la fenêtre « voit » pour calculer avec précision la distance.
Vous verrez ainsi deux images « irréelles » du même sujet mais l’une se déplace lorsque la molette, calibrée, est actionnée. C’est la rotation de la molette qui fait converger ou diverger les images et lorsque celles-ci se superposent, cela définit le moment où l’image est nette.
J’ai évoqué plus haut la capacité « macro » du Watameter Super, avec une nuance toutefois : jusqu’à 55cm, vous lirez les distances sur le disque de graduations internes mais pour celles en deçà, vous devrez les lire que le disque externe (la molette de réglage).
Comme tout télémètre, il est fragile, surtout aux chutes et aux brusqueries inutiles. Mais si vous deviez constater un dérèglement, il est possible d’y remédier.
Deux réglages sont possibles : horizontal avec la roue fixée au milieu de la molette de réglage, et vertical grâce à la petite roue fixée sur la gauche de l’appareil.
Et sur ce modèle, le Watameter Super, vous avez aussi la possibilité, si besoin, de faire l’étalonnage de la distance, avec la vis située à côté de la molette.
C’est une particularité qui fait de ce Watameter Super une référence car sur les autres marques, ces réglages existent, mais il faut ouvrir l’engin pour les effectuer. Un très bon point donc.
Bien qu’il s’agisse là d’une fonctionnalité intéressante, cela signifie également que le cadran est facile à modifier par erreur, il faut donc veiller à vérifier l’étalonnage avant la prise de vue. Cela se fait assez facilement en sélectionnant quelque chose à l’infini, puis en tournant le cadran jusqu’à ce que l’image du télémètre coïncide.
Question pertinente : est-ce un accessoire utile ?
En photos de rue, non (quoique on peut aussi prendre son temps en Street !), le zone focus est amplement suffisant.
Mais en photo de portrait, d’architecture, oui car vous aurez alors la mesure exacte de la distance, ce qui vous garanti une netteté là où vous la vouliez (comme le disait encore Fred, en portrait, rien de plus vexant qu’une oreille nette alors que vous visiez l’œil).
Question subsidiaire : on en trouve souvent ?
Ben non, sauf sur un grand site de vente bien connu mais là, attention aux prix, qui fluctuent fonction de la marque du télémètre d’appoint, bien évidemment.
En théorie, le Watameter n’est pas rare car il était plus abordable que d’autre en son temps (1952) mais comme beaucoup d’accessoires de ces années-là, il a disparu dans des caisses de « brol » dont les enfants et petits-enfants ne connaissaient pas la nature ni l’utilité, quand ce n’est pas à la déchetterie (j’en frisonne).
Citons quelques marques, pour vous aider : Truline Rangefinder par JL, Leica Leitz télémètre FOFER (prix délirants garantis !), Gustav Heyde Photo telemeter, Gnome rangefinder, Präzisa Range Finder, Photometer, Ideal Range Finder, Medis Range Finder, et d’autres ci-dessous, en plus de ce Watameter.
Sauf pour le Fofer de Leitz, les prix sont autour des 50 à 70€, ce qui reste abordable. N’oubliez pas que cet accessoire pourra être monté sur tous appareils qui en sont dépourvus, toutes marques confondues (heu … vérifier quand même que l’ajout de ce télémètre vous permet encore d’accéder aux commandes du boitier !) pour peu qu’il y ait une griffe (idéalement au milieu).
Faites attention aussi car la plupart des télémètres ont été gradués en mètres ou en pieds (ce qui est moins pratique pour nous, habitués au système métrique).
Pour plus de facilité, le summum est de l’acquérir avec son étui, qui s’accroche par des passants à la lanière de l’appareil.
Voilà, voilà …
Un accessoire utile, qui demandera un peu de recherche mais qui vous le rendra bien.
Petite video d’illustration sur le principe du télémètre
Pour le mode d’emploi, c’est par ICI ou à télécharger
Fabricant : Edmund Wateler, Fabrik Opt.-Fotogr. Erzeugnisse Fabriqué à Brunswick ; Allemagne c. 1952 Monture avec un sabot « froid » standard Unités : mètres/pieds Portée : 20cm – 50cm + 50cm à l’infini Échelle normale : 0,55 / 0,60 / 0,65 / 0,70 / 0,80 / 0,90 / 1 / 1,2 / 1,5 / 2 / 2,5 / 3 / 4 / 6 / 12 / oo mètres Échelle macro : 30/35/40/45/50 centimètres Caractéristiques spéciales : Échelle de distance dans la visionneuse, échelle macro, oculaire remplaçable par la version étendue. Étalonnage : Bouton ou vis au centre du cadran de réglage pour la distance, bouton ou vis pour l’alignement vertical sur le côté gauche du corps (modèle Watameter Super uniquement) Taille : L=69 mm H=24 mm P=28 mm Poids : 40 grammes.
C’est via un site de seconde main que j’ai déniché celui-ci. Le photos étaient bien nettes et l’appareil me semblait en très bon état.
La transaction conclue, je l’ai reçu hier, 20 avril 23, dans une grande boite en carton, super bien protégé. Petit déballage un peu fébrile pour découvrir un magnifique appareil dans sa gaine que l’on dirait neuve, tout comme l’appareil. Merci Kim, c’est un bel appareil, un Zeiss Ikon Ikonta M.
On le connait aussi sous la dénomination d’Ikonta III 21/4 x 21/4, d’Ikonta 524/16 M et Ikonta M.
M pour « Messucher », soit télémètre en allemand.
Car cet Ikonta est un appareil de transition entre l’Ikonta tout court, sans télémètre et le Super Ikonta, avec télémètre couplé. Ici, il propose un « entre-deux », à savoir un télémètre, mais non couplé.
Il utilise des films en 120, sur lequel vous ferez 12 images au format 6×6.
Il fut produit entre 1951 à 1954, à Stuttgart.
Comme souvent chez Zeiss Ikon (comme Voigtländer d’ailleurs) il sera proposé avec des objectifs et des obturateurs différents, avec des tarifs qui suivent les équipements : objectif Novar 4,5/75 mm dans un obturateur Prontor-SV (celui de l’article), objectif Novar 3,5/75 mm dans un obturateur Prontor-SV ou Prontor-SVS, objectif Tessar 3,5/75 mm dans un obturateur Synchro-Compur (le plus cher et plus rare – voir les prix sur la pub ci-dessous – 1953).
Il ne faut pas oublier que Zeiss Ikon fut un ogre en son temps, qui a fusionné nombre d’autres pionniers de la photographie (ICA, Contessa-Nettel, Ernemann, Goerz )pour devenir la Zeiss Ikon AG à Dresde en 1926. Après la seconde guerre mondiale, elle sera coupée en deux, une partie restant à Dresde (partie devenue Allemagne de l’Est), l’autre établie à Stuttgart.
Elle formait une entité de la Fondation Carl Zeiss, une autre part étant la société d’optique Carl Zeiss, ce qui explique que la plupart des appareils étaient équipé de ces optiques, les autres membres ayant dû abandonner leur propre fabrication, comme Goerz.
Les obturateurs Compur équipaient aussi 80% des caméras. Seuls les appareils d’entrée de gamme avaient droit aux obturateurs moins onéreux, comme le Klio.
Si Dresde était le royaume de la photographie allemande, Zeiss Ikon en était le prince le plus puissant, avec des usines à Stuttgart et Berlin.
Il fut aussi le premier fabricant mondial de caméra 8mm et le fournisseurs d’optiques pour l’industrie ou des fabricants tiers et la lunetterie réputée que l’on connait encore.
-« Mais pourquoi il s’égare encore dans l’histoire ? »
Parce qu’elle a son importance pour situer cet appareil. En effet, avec les fusions, Zeiss Ikon se retrouvait avec un catalogue immense de références parfois concurrentes et souvent disparates. Pour rationaliser tout ça, il fut décidé de ne garder que quelques modèles et d’en créer d’autres pour combler des lacunes de gammes.
Ainsi est née la lignée des Ikonta, qui se place entre les Nettar et les Super Ikonta.
Bon, maintenant on s’accroche car Zeiss Ikon est parfois difficile à décrypter dans ses catalogues.
Pour faire court, la série est lancée en 1929 et est proposée en quatre modèles, répartis en lettres (pour les Usa) et en chiffres pour le reste du monde : A-B-C-D. Ainsi les A, B et C utilisaient du film 120 et donnaient respectivement des négatifs de 6×4,5, 6×6, 6×9. Par contre, l’Ikonta D utilisait un négatif plus grand, le 116 ou 616, aujourd’hui disparu.
Et rien que pour compliquer la vie de ceux qui s’y intéresse, il y eut encore un Baby Ikonta qui utilisait un film 127 (qui lui existe toujours, assez proche de la taille des 24x36mm que nous connaissons).
Cette première série A, B et C fut étiquetée 520. Ce qui donnait les combinaisons suivantes : 520, 520/16, 520/2.
Aux alentours de 1940, la série 520 a laissé sa place à la série 521. Celle-ci ajoutait un déclencheur sur le corps de l’appareil et non plus seulement sur l’obturateur, et ajoutait un système pour prévenir de la double exposition. Cette série n’a repris, avec ces changements, que les modèles A, B et C.
Puis, dans les années ’50, ce fut la série des 523 mais seulement pour les modèles B et C. Un capot supérieur avec le viseur intégré et une griffe porte-accessoires font partie des modifications.
La série 524 ajoutera un télémètre non couplé et s’appelait le « Mess Ikonta ». Ce n’est pas le même que celui de cet article, car lui s’ouvre vers la gauche et non vers le bas.
Pour mémoire, le Super Ikonta aura lui un télémètre couplé et il commence leur série par un 530 et 531, mais c’est une autre histoire que vous pourrez découvrir ICI et LA.
Comme je le signalais plus haut, les prix des appareils variaient en fonction des combinaisons objectif/obturateur et c’est aussi ce qui différenciait la gamme Nettar de celle des Ikonta.
Les objectifs pour la série 524 étaient des Novar f4,5 ou f3,5 et Tessar f3,5.
La focale était de 75mm pour les appareils en 6×6 et de 105mm pour les 6×9.
Les Novar, un triplet, étaient sous traités chez Rodenstock ou Steinheil alors que les Tessar, en quatre éléments, étaient fabriqués par Zeiss.
Rarissimes sur les Ikonta et Mess Ikonta, ils équipaient le plus souvent les Super Ikonta.
Les objectifs d’après guerre sont enduits afin de réduire les reflets entre les éléments, ce qui était un grand progrès, surtout pour ceux qui osaient utiliser le films couleur de l’époque.
Dernier point commun à tous les Ikonta, la distance se règle en tournant la lentille frontale.
Les obturateurs retenus étaient des Prontor SV ou SVS à huit vitesses et le Synchro-Compur à dix vitesses.
Sans être méchant, les Nettar recevaient les combinaisons les moins chères, étant des entrées de gamme.
J’espère non seulement ne pas vous avoir perdu mais vous avoir permis de mieux comprendre les subtilités de ces appareils. Utile si vous devez négocier le prix chez un vide-grenier « qui a été voir les prix sur Internet » sans comprendre ces différences, fondamentales, et qui justifient à elles-seules les écarts de prix conséquent d’un modèle à l’autre.
Revenons donc à l’exemplaire que j’ai reçu, un Ikonta M équipé d’un objectif Novar f4,5 de 75 mm dans un obturateur Prontor-SV.
A l’époque, son concurrent était, notamment, l’Agfa Isolette III, un autre pliant avec un télémètre non couplé, lui aussi très recherché car tout aussi bon et surtout, pour les deux, moins chers que les appareils à télémètre couplés. Un bon moyen, en somme, de découvrir ce qui se faisait de mieux dans ces appareils sans se ruiner.
Première image : Agfa Isolette devant le Ikonta M, puis l’inverse
Puisque j’en parle de ce télémètre, comme cela fonctionnait-il ?
Sur la face avant, vous avez une fenêtre carrée au milieu, le viseur, et de chaque côté, deux petites fenêtres rectangulaires, le système du télémètre. Avec, finalement, une base assez courte (environ 4,5cm).
Et, autre désagrément, si le viseur reste acceptable, celui du télémètre est minuscule.
Mais bon, il y a le mérite d’exister.
Donc, quand vous regardez par le trou de serrure de ce dernier, vous voyez l’image dédoublée de votre sujet. En tournant la molette de droite (en regardant par dessus le boitier), vous ajustez les deux images pour qu’elles n’en forment plus qu’une. La mise au point est alors bonne.
Il faut alors lire la distance reprise sur le cadran de cette molette et la reporter sur la lentille frontale de l’objectif. C’est pratique, précis, mais guère rapide.
Ou, pour aller plus vite, utiliser le bon vieux système du zone focus, en préparant à l’avance une zone de netteté qui sera fonction de la distance choisie et de l’ouverture.
Les marques sur le fut de l’objectif vous aideront dans cet exercice.
Pour le reste, tant que nous sommes sur le dessus de l’appareil, voyez la seconde molette, à gauche. Outre qu’elle serve à rembobiner le film en fin de course, elle sert aussi de pense-bête pour le type de film utilisé, en DIN (nous sommes bien en Allemagne). Vous faites tourner les repères grâce aux minuscules petits plots sur la couronne.
Toujours là-haut, deux petits boutons à enfoncer : celui de gauche permet d’ouvrir l’abattant qui libère la partie objectif/obturateur, le second est le déclencheur.
Juste derrière lui, un tout petit trou qui a son importance. Regardez le attentivement : s’il apparait gris, c’est que vous avez pris une photo, s’il apparait rouge, c’est que l’appareil est armé (vous avez avancé le film d’une vue).
Alors, pour éviter de gâcher de la pellicule, sachez que le fait d’avancer d’une vue n’arme pas le déclencheur, il permet juste de le mettre en position de prendre une photo si, et seulement si vous avez aussi armé le déclencheur qui se trouve sur l’obturateur.
Si vous avez armé le déclencheur de l’obturateur mais pas fait avancer le film, impossible de déclencher, c’est la fameuse protection contre la double exposition.Un argument de choix sur les publicités de l’époque … que l’on peut contourner facilement en actionnant avec le doigt la came qui lance normalement le déclenchement, obturateur armé …
Puisque nous sommes descendus au niveau du bloc optique/obturateur, restons-y.
Nous avons-là un obturateur Prontor SV qui offre des vitesses de 1s – 1/2s – 1/5s – 1/10s – 1/25s – 1/50s – 1/100s et 1/300s, plus une pose B. Et la synchro flash pour les flash magnésiques M et X pour les « électroniques ». Le flash pouvait se fixer sur la griffe porte-accessoires et il était relié à la borne au dessus, près du déclencheur manuel.
L’ouverture se règle avec la languette tout à l’arrière de l’obturateur et la vitesse avec la roue crantée qui est elle tout à l’avant de ce dernier.
Tout en dessous, le retardateur (plus ou moins 10 sec.). Attention, il faut d’abord armer le déclencheur avant de mettre le retardateur en position.
Pour refermer le tout, juste appuyer sur les deux genouillères en haut et aider lentement le bloc à rentrer dans la chambre, sans forcer.
Et pour charger un film, il suffit d’abaisser le verrou et de tirer la porte arrière vers soi. Pour placer la bobine, il faut abaisser le support, monté sur ressort et qui sera bloqué lorsque vous refermerez le dos (voir les découpes dans le métal). Idem lorsque vous devrez enlever la cartouche sur laquelle la film s’est enroulé.
Avec les films 120, vous aurez noté qu’il n’y a pas de bouton pour rembobiner le film. En effet, ce n’est pas nécessaire, la pellicule s’enroulant au fur et à mesure sur la bobine réceptrice à droite (appareil ouvert). Ne pas oublier de bien serrer et refermer le film avec la languette à coller au bout du film.
S’il n’y a pas non plus de roue dentée pour assurer le transport, notez que la « cage » est nervurée pour que la pellicule reste bien droite, guidée aussi par le presse-film et les deux rails qui assurent un défilement doux.
Pour refermer, ne pas oublier de remonter le verrou pour assurer l’étanchéité à la lumière. Vous remarquerez aussi la qualité de l’ajustement des pièces. C’est de la belle mécanique, assurément.
Si je résume, nous avons là un superbe appareil, très facile à transporter car relativement fin lorsqu’il est fermé. En tout cas bien moins épais que les autres appareils en moyen format ou même les premiers reflex de l’époque.
Personnellement, j’apprécie beaucoup que la porte s’ouvre vers le bas, ce qui assure une meilleure prise en mains, plus naturelle et stable.
Le format 6×6 est intéressant car il offre une belle surface de négatif, qui autorisera de beaux agrandissements si besoin.
A la question ritournelle « cet appareil a-t-il encore un intérêt », je réponds « oui, bien certainement ».
Son prix reste attrayant, bien plus abordable que les Super Ikonta pour une qualité aussi très bonne (surtout si vous avez la chance de tomber sur un Tessar, quoique les autres ne soient pas des manchots non plus !).
S’il faut quand même une grande poche, ou un petit sac pour le transporter, il n’en demeure pas moins facile à emmener partout.
Au rayon des regrets, la taille du viseur et du télémètre qui ne sont définitivement pas très grands (doux euphémisme) mais ils font le minimum syndical qu’on attend d’eux.
De toute manière, si vous voulez vous en servir, par exemple, en photo de rue, vous travaillerez en zone focus, bien plus rapide et plus pratique.
Franchement, je l’écris souvent, mais du milieu de gamme de cette qualité, on en redemande. Près de 70 ans plus tard, cet appareil fonctionne toujours comme au premier jour.
Alors si vous avez la chance d’en découvrir un et que le format 120 vous attire, prévoyez quand même plus ou moins septante euro (soixante-dix pour nos amis français) pour un bel exemplaire, avec sa gaine en cuir. S’il est équipé d’un Tessar, le prix sera plus proche des 100€.
Si vous voulez voir un aperçu de ses capacités, c’est par ICI.
Combinaisons d’objectif/obturateur connues : Objectif Novar 4,5/75 mm dans un obturateur Prontor-SV (celui de l’article), objectif Novar 3,5/75 mm dans un obturateur Prontor-SV ou Prontor-SVS, objectif Tessar 3,5/75 mm dans un obturateur Synchro-Compur (le plus cher et plus rare)
Taille du filtre :
Synchronisation du flash : prise sur l’obturateur, synchronisation M et X
Retardateur : Oui
Système de posemètre : aucun
Prévention de la double exposition : Oui
Télémètre : Non couplé
Finition de couleur : Noir avec couvercle et ornements chromés
Ah, encore un bel objet, que l’on prend plaisir à prendre en mains.
Du même acabit que le Balda Baldessa 1 mais en plus perfectionné, vous verrez.
Je vous ai déjà présenté le Kodak Retina IIIc, (si vous êtes curieux, la genèse de ces appareils s’y trouve), voici le petit frère.
De gauche à droite, le Balda Baldessa 1, le Kodak Retina IIIc et le Retina IIc.
Et pour une fois, l’article sera court … quoique …
Car tout ce que j’ai écris sur le Kodak Retina IIIc est valable, la seule différence entre les deux, c’est que celui-ci ne possède pas de cellule au sélénium.
Sachant de toute manière que celle-là s’épuise avec le temps, malgré toutes les précautions, finalement, ce n’est pas le plus indispensable. Une bonne cellule à main dans le sac et le tour est joué.
Bon, je ne vais pas obliger tout le monde relire l’autre article – pourtant il est chouette ! – alors voici les principales caractéristiques de ce sympathique petit appareil qu’on a vite envie de sortir, pas seulement pour le plaisir mais aussi parce que c’est une excellente machine à raconter des histoires.
Il était une fois, donc …
Bien que cela ne se voie pas de l’extérieur, il s’agit d’un appareil à soufflet mais vous ne le découvrirez que si vous ouvrez le dos de celui-ci, objectif sorti.
Produit de 1954 à 1957, c’est encore un appareil construit, certes en quantité (on estime que 136.000 exemplaires ont été produit), mais pas – encore – en masse, ce qui adviendra au début des années soixante chez Kodak et quelques concurrents. Ici l’appareil respire la solidité, l’assemblage de précision, la recherche du détail (vous verrez plus loin).
Bref, c’est du solide, fait pour durer : la preuve, près de 65 ans plus tard, l’exemplaire que je vous présente fonctionne parfaitement.
Sans refaire toute l’histoire des Retina, leur épopée commence avant la seconde guerre mondiale (1931), lorsque Kodak rachète Nagel Camera Werk AG, du nom d’un génial inventeur qui imagine et réalise ce petit bijou d’ingéniosité, qui évoluera avec le temps mais sans perdre son essence : un appareil au format contenu, qui doit pouvoir répondre à un maximum de situations, fiable et qui utilise les premiers films en cartouches scellées crées par … Nagel pour Kodak (1934).
Et dans ces évolutions donc, en 1954, apparait ce Retina IIc, qui offre le vrai confort d’un télémètre précis, la possibilité de changer de focales, une synchro flash et surtout, un magnifique objectif Schneider-Kreuznach Retina-Xenon C de 50mm ouvrant à f2.8, net et au rendu des couleurs, délicates, presque pastel.
Je reviens deux secondes sur l’histoire du changement de focales : en fait, on ne change pas d’objectif mais seulement l’élément avant, que l’on remplace par une autre « demi » optique pour obtenir soit un 35mm, soit un 80mm, en sus du 50mm de base.
Soyons honnêtes, ils ne sont pas faciles à trouver et comme le viseur n’est pas collimaté pour celles-là, il faut acheter à part un/des viseurs qui en tiennent compte. Peut-être pas vraiment utile, mais dans l’air du temps en 1954.
Ce qui est important de retenir c’est que tout ça se présente sous un format très compact pour l’époque, qui autorise à le glisser dans une (grande) poche.
Cette compacité se gagne grâce au principe du soufflet, justement caché derrière une petit porte qui va s’ouvrir vers la droite, en appuyant sur le petit bouton rond en métal sur le bord de cette dernière.
Pour refermer, deux manipulations à ne pas oublier : premièrement, remettre l’objectif sur l’infini, ensuite appuyer simultanément sur les deux boutons en saillie sur le bloc optique/obturateur et repousser le tout vers l’arrière, jusqu’au « clic » de la porte fermée. Sans ces deux manœuvres, impossible de fermer l’appareil, ne jamais forcer.
Mais laissons le ouvert encore un moment, le temps de découvrir ce qu’il nous offre.
Son objectif, que j’ai présenté plus haut, dont on règle la distance grâce à l’espèce d’oreille située sur le côté, et un obturateur Synchro Compur offrant des vitesses de 1s au 1/500s, plus une pose B et la synchronisation (X – M) du flash, à toutes les vitesses.
Rappelez-vous, nous sommes en 1954, date à laquelle est présentée à la Photokina un « nouveau » système appelé EV/LV (comme sur le Balda Baldessa 1. Le principe est expliqué dans l’article), EV pour Exposure Value, valeur d’exposition.
C’est-à-dire plutôt que de régler la vitesse d’obturation et l’ouverture séparément, vous définissez plutôt une valeur d’exposition. Après cela, lorsque vous modifiez la vitesse d’obturation, l’ouverture change automatiquement avec elle. On peut sortir de ce système, avec la languette sous l’objectif mais ça simplifie quand même la rapidité de prise de vue.
Une fois la valeur déterminée, l’ouverture et la vitesse d’obturation sont verrouillées, et vous pouvez faire tourner la bague de vitesse d’obturation du Retina IIc pour voir et choisir exactement la combinaison d’ouverture et de vitesse d’obturation que vous voulez, afin d’obtenir les résultats que vous recherchez.
Prenons un exemple : vous voulez privilégier la profondeur de champ, vous déterminez la valeur de lumination (EV) puis vous faites tourner la bague des vitesses jusqu’à ce que le levier pointe sur la valeur f-stop désirée, c’est tout.
Maintenant, si vous voulez jouer sur le flou de mouvement ou au contraire le figer, vous indiquez la vitesse que vous estimez nécessaire et lorsque vous tournerez la bague, l’ouverture s’adaptera automatiquement.
De plus, si vous voulez utiliser la compensation d’exposition, c’est aussi facile, vous n’avez qu’à ajuster un élément : EV inférieur = plus de lumière sur le film, EV supérieur = moins de lumière sur le film et 1 EV = 1 stop. Il suffit de soulever et déplacer le levier EV dans la direction où vous souhaitez obtenir la compensation souhaitée.
Voilà, voilà …
Reste à mettre un film dans l’appareil. Comme pour le Rétina IIIc, il faut faire tourner un verrou, en dessous, sous lequel se cache le bouton de déverrouillage du dos. Monté sur charnière, il s’ouvre et découvre la chambre
Petite bizarrerie, le compteur de vue ne se remet pas à zéro tout seul, il faut le faire à sa place. De fait, lorsque vous avez chargé un nouveau film, il faut maintenir enfoncé le bouton derrière le déclencheur tout en faisant glisser le bouton à l’arrière de l’appareil photo, de gauche à droite, plusieurs fois, pour réinitialiser manuellement le compteur. Vous verrez alors la fenêtre avec les chiffres défiler. Si vous avez un film de 36 vues, une petite marque va apparaître, vous stoppez là. Maintenant, à chaque photo prise, le compteur va « décompter » les vues mais lorsque vous arriverez au chiffre un, vous ne pourrez plus déclencher, il sera temps de rembobiner le film
Pour y arriver, sous la semelle, dans le creux de ré-armeur, il y a un bouton sur lequel il faut appuyer, puis tourner la molette afin de rembobiner la pellicule.
Dites-vous qu’à l’époque, la norme pour les films était 20 ou 36 poses. De nos jours, c’est plutôt 24 et 36. Pensez-y lorsque vous chargez le film car immanquablement, au chiffre 1, il va se bloquer.
Allez, un petit truc utile : sur le petit bouton, il y a un minuscule point dessus. Lorsque vous rembobinez le film, le point vous permet de voir ce bouton tourner. Tout d’abord, vous saurez que vous rembobinez le film correctement, mais deuxièmement, lorsque le bouton arrête de tourner, vous savez que le film est hors de la bobine réceptrice à l’intérieur de l’appareil photo, et vous pouvez arrêter le rembobinage à ce stade. Il laissera l’amorce du film à l’extérieur de la cartouche
Et si nous parlions un peu du viseur car, je le rappelle, ce Retina IIc est un télémétrique, ce qui aide à la mise au point, même si on peut toujours travailler par zone focus (échelle sur le fut de l’objectif).
Lorsque vous approchez votre œil du viseur, vous verrez une petite zone en forme de losange au centre. C’est dans ce losange que vous verrez deux images qui se superposent. En déplaçant le levier de mise au point, vous allez voir les images se déplacer, le but étant de les faire coïncider jusqu’ à ce qu’elles n’en forment qu’une.
Ça y est, vous y êtes ? Vous pouvez déclencher, l’image sera au point.
Comme je le faisais remarquer, le télémètre c’est utile mais pas toujours utilisable, par exemple en cas de lieu sombre ou trop contrasté, là, on n’y voit pas grand chose.
Mais les concepteurs de ce chouette petit appareil y ont pensé.
Donc, comme je l’écrivais, vous pouvez toujours faire la mise au point par zone, et c’est là que les ingénieurs ont pensé à vous : ils ont ajouté 2 petits cercles, un pour la mise au point de zone à courte distance et le second pour les distances plus grandes.
Si vous les positionnez, par exemple, avec une ouverture de f8 à la vitesse appropriée, vous obtiendrez une profondeur de champ utilisable immédiatement. Ainsi le cercle à « courte portée » vous donnera une mise au point d’environ 1,8m à 3m, tandis que l’autre cercle donnera une mise au point de 3m à l’infini.
Avouons que Kodak a fait du bon boulot avec ce petit appareil sympathique.
Quelques photos pour résumer :
Question habituelle : cet appareil est-il encore utilisable ?
Oh que oui !
Sa forme trapue, sa prise en main (il est vrai un peu déroutante au début avec la porte qui s’ouvre sur la droite), sa construction solide, ses petits perfectionnements bien pensés le rendent tout à fait apte à prodiguer d’excellentes photo, même de nos jours.
Quelques accessoires utiles sont difficiles à trouver, notamment les filtres de couleur (filtre de 29,5 mm intérieur, 32mm extérieur, à viser), les éventuels compléments optiques (mais que je ne trouve pas primordiaux) et n’empêche en rien l’utilisation ludique de ce Retina IIc.
Accompagnez-le d’une bonne cellule à main, il n’a besoin de rien d’autre pour vous donner satisfaction.
Par contre, il vous faudra un peu de temps pour bien appréhender des techniques qui nous semblent bien lointaines mais qui, une fois acquises, vous simplifieront vraiment la prise de vue.
Vous n’en trouverez pas souvent, ce n’est pas un appareil de masse mais si vous en trouvez un beau, prenez-le, il vous le rendra bien.
Concrètement, comptez environ 100€ pour un bel exemplaire avec son sac tout prêt, un peu moins s’il n’est équipé que d’un Rodenstock ou d’un Heligon à la place du Schneider-Kreuznack Retina Xenon C.
Encore un appareil chiné lors de la brocante de Champagne sur Oise, un appareil français cette fois.
Un télémétrique avec, j’avoue, une large base pour celui-ci : 5,8cm, c’est presque autant, de mémoire, que celle d’un Contax ou d’un Kiev 4.
Normalement, c’est aussi gage d’une meilleure précision lors de la visée.
Mais ne brûlons pas les étapes et commençons par présenter cette marque qui eut son heure de gloire.
C’est la société Optique et Précision de Levallois (OPL), alors spécialisée dans les appareils optiques destinés à la médecine, à l’armée, à l’industrie, qui est à l’origine des appareils photographiques de haute précision FOCA.
L’ambition d’un homme, le duc Armand de Gramont fut l’impulsion : il voulait concurrencer les productions allemandes de l’époque, dont Leica.
Pourquoi FOCA ? En référence avec une de ses caractéristiques, l’obturateur focal et parce que ça sonnait aussi bien que le concurrent allemand.
Logiquement donc, les premiers appareils fabriqués étaient des télémètres avec objectifs interchangeables.
Disons le tout de suite, je ne vais pas me lancer dans une exégèse de cette marque, de ces appareils. Cela susciterait trop de polémiques car je ne peux prétendre en faire l’histoire sur la base d’un seul appareil, finalement tardif. C’est une marque qui ravit les collectionneurs, tant pour la recherche du premier appareil, mythique, dont on ne sait semble-t-il pas s’il était un prototype ou un appareil de pré série (vous pouvez le voir sur le site de Monsieur Weber, grand collectionneur et spécialiste de la marque (trente ans qu’il la traque !), que pour la complexité de sa production.
Donc pour résumer, il y eut les appareils à rideaux (les PF avec ou sans étoiles, gravées ou sérigraphiées) , les réflex (Focaflex), et ceux qui nous préoccupent, les appareils à obturateur central non reflex (Focasport, Focamatic, Marly).
Hormis le mythique premier appareil télémétrique, apparu en 1940 -1942, les premiers PF datent de 1945 et seront produits jusqu’en 1962.
Les reflex sont complexes car OPL a choisi une voie difficile, celle de l’obturateur central sur un reflex. Nous avons déjà vu avec l’Agfa Ambiflex ou le Zeiss Ikon Contaflex Super toute l’ingénierie qu’entraine cette solution finalement peu adaptée aux reflex. Ils ne seront produits que de 1961 à 1962.
Puis il y eut les appareils à obturateurs central sans objectifs interchangeables, les FOCAsport.
Si les PF sont d’excellents appareils télémétriques, soigneusement assemblés et performants, ils sont aussi chers et la démocratisation des appareils, au début des années cinquante, notamment avec les Kodak Retinette et consorts, va obliger la marque à essayer de grappiller des parts de marché qui lui échappent. Ainsi naissent les FOCAsport en 1955.
Ils continueront à produire les PF pour les photographes exigeants et fortunés et les FOCAsport prendront la relève pour les autres acheteurs.
Toujours dans la logique de « pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué », la série des FOCAsport se décline en trois familles :
la première apparaît en 1955, sa caractéristique principale est l’armement par un gros bouton; puis, en 1958, un levier remplace ledit bouton d’armement et en 1957 arrive le FOCAsport II
la seconde sera inaugurée par le FOCAsport I en 1962 : boitier sans télémètre ni cellule; la série évolue avec le CF, puis le C, un II F, un II C, un Spécial
la troisième, apparue en 1963 commence avec un FOCAsport S, suivi d’un SC, d’un SF, puis un FOCAmatic et enfin un MARLY (une catastrophe bien éloignée des standards de la marque)
Bref, cette marque est un régal pour le collectionneur qui se battra avec les Etoiles gravées ou sérigraphiées, les bouton d’armement qui changent au cours du temps, les obturateurs avec x ou y lamelles, les optiques qui changent on ne sait trop pourquoi, l’évidemment ou pas devant la bobine réceptrice, la taille ou la forme du presse-film …
Et donc, le FOCAsport II que je vous présente aujourd’hui a débuté sa carrière en 1957.
Il eut un succès fou : l’armée et la gendarmerie française l’ont adopté, ainsi que les familles des corps concernés, entre autre. Il fut primé à l’exposition universelle de Bruxelles, en 1958.
Par rapport à ses prédécesseurs, il apportait plusieurs perfectionnements qui font la différence sur les modèles précédents :
d’abord la présence d’un télémètre à très large base (58mm) donnant une image claire et précise,
ensuite la mise au point se fait avec le déplacement complet de l’objectif qui comporte maintenant quatre lentilles.
puis le diaphragme est cranté, ce qui permet d’en changer le réglage plus facilement.
Une publicité de l’époque, pour nous situer l’évènement :
Celui en ma possession doit dater de 1961, date d’introduction de la numérotation à 5 chiffres suivis de la lettre G (66.289 G).
Petite subtilité : le chiffre des distances 5 m est peint en rouge (et non plus le 4) et le repère situé entre le 2 m et le 3 m disparait aussi.
Sinon, l’objectif est un Oplar Color de 45mm ouvrant à f2,8 en 4 éléments, que l’on règle facilement grâce à un bouton visé dans la couronne. La mise au point minimale est de 1m.
L’obturateur, un Atos 2, compte 5 lamelles qui avec le temps ont tendance à gommer si l’appareil est resté longtemps inactif (c’est le cas du mien, zut ! je vois bien les lamelles, ouvertes). Les vitesses s’échelonnent de 1s au 1/300s plus pose B.
Ce qui ne m’arrange pas du tout car si j’en crois (et j’ai toutes les raisons de le faire) Monsieur Weber, il est très difficile de démonter un FOCA sans les outils créés spécialement pour les différents modèles, re-zut !Toutefois, des explications claires sont ICI si vous vous sentez l’âme bricoleuse.
Il existe une griffe sur le dessus de l’appareil, pour le flash, synchronisé à toutes les vitesses pour les flashs électroniques et au 1/25s pour les anciens flashs à lampe au magnésium.
Sur la gauche, un gros bouton qui servira au rembobinage, porte aussi un mémo pour la vitesse du film (de 6 à 100Asa), en couleur ou N/B
Sur l’objectif, outre le bouton en saillie pour le réglage rapide des distances, on trouve aussi une roue crantée pour les ouvertures. Pas facile à régler mais elle a l’avantage de ne pas se dérober facilement.
Les vitesses se règlent avec la dernière couronne dentée, non crantée elle.
Enfin, une règle, fixée tout au début du fut d’objectif, permet de travailler en zone focus.
Le viseur ne comporte aucune marque, ni cadre, ni correction de la parallaxe. Il est relativement étroit mais le « patch » du télémètre, un rectangle plus clair, est bien visible. Aidé par l’excroissance sur le fut de l’objectif, on peut aisément ajuster le télémètre, rapidement, un gage utile en photo de rue.
Pour charger l’appareil, un large verrou coulissant au centre de la semelle, libère le dos entier du boitier. Une bobine fixe, sur la droite, accueillera le nouveau film.
Le compteur de vitesse, manquant sur mon exemplaire, est sur le disque du levier d’armement. De ce que j’ai pu lire, il faut noter le nombre de vues du film (36, 24, …) sur le disque car le mécanisme va « décompter » les vues.
Enfin, le déclencheur, fileté pour accueillir un retardateur externe ou un câble souple, est doux et peu bruyant.
Que retenir de cet appareil ?
Franchement, il est compact et « dense » (500gr environ sur la balance). Sa prise en main est agréable. Malgré que l’exemplaire que j’ai trouvé ait souffert, on sent qu’il a été fabriqué avec précision et avec des matériaux de qualité (il n’y a quasi pas de plastique dedans).
Je ne sais pas si je parviendrai à rétablir le fonctionnement de son obturateur, ni à retrouver la couronne du compte vue, mais c’est un boitier que j’aimerais utiliser tant il semble « confortable ».
De plus, son télémètre doit donner de beaux résultats et l’optique qui l’équipe a bonne réputation.
Ah, celui-ci vient de la brocante de Champagne sur Oise que j’ai évoquée dans l’article que vous trouverez ICI.
Il était dans une house, malheureusement en très mauvais état. L’appareil lui est beau, un peu poussiéreux, mais sans plus.
Impossible de le tester car manifestement, sans pile il ne fonctionne pas. Allez, je prends le risque, il a une bouille sympa !
Et, de plus, il a une forme qui rappelle vaguement d’autres appareils de l’époque, comme les Yashica Electro 35, le Minolta Hi-Matic F par exemple.
Alors voilà, maintenant que j’ai un peu de temps, je le reprends et je vais essayer de vous l’expliquer.
Son modèle, déjà, nous indique son époque : 1970, celle où les appareils électroniques avaient encore quelque chose de moderne, de futuriste. Computor, ça fait « tendance » et – accessoirement – référence à son obturateur électronique, nous y reviendrons.
Sorti donc en 1970 et produit jusqu’en 1974, alors même que d’autres modèles ultérieurs l’ont suivi, comme le Computor II de1972 à 74, le Computor III (qui l’eut crû !) à partir de 1974 (mais moins bien fourni que son aïeul toujours vendu), il est produit en noir et en chromé (mais vous ne connaissez, c’est le noir que je préfère).
Ce qui m’avait intrigué quand je l’ai pris en mains, c’est le sigle sur la face avant, qui me rappelait celui apposé sur les Yashica Electro 35 et suivant.
Ce sigle, ou symbole, indiquait que l’appareil était « électronique ».
De fait, si vous regardez bien la photo ci-dessus, vous voyez sur le dessus de l’objectif, un petit « œil », celui de la cellule, une CdS.
Cet emplacement est toujours judicieux car si vous montez un filtre sur l’objectif, la cellule en tient automatiquement compte.
Cette cellule se règle de 25 à 800 Asa (eh oui, à l’époque, les films n’étaient pas encore « rapides ») grâce à une bague sur l’avant de l’objectif.
Puisque nous sommes sur ce dernier, c’est un C.C. Petri de 40mm ouvrant à f2,8. Vous y découvrez aussi la bague d’ouverture, marquée de f2,8 à f22 et de deux lettres en vert, EE, pour exposition électronique.
L’ouverture et la vitesse d’obturation sont sélectionnées en fonction du posemètre. De fait, les réglages d’ouverture manuelle sont destinés à un usage du flash, la vitesse d’obturation étant alors réglée sur 1/30s.
L’obturateur est donc électronique – comme je le faisais remarquer plus haut, sans piles, point de salut ! – et il donne des vitesses de 4s à 1/250s. Deux LED, une verte et une rouge, indiquent si la vitesse sélectionnée est plus ou moins que 1/30s, limite du risque de bougé.
Tant qu’à faire le tour du boitier, vous verrez qu’il est équipé d’un sabot avec prise centrale synchro X et il possède aussi une prise PC . Le compteur de vue, classique avec remise à zéro automatique, est aussi au dessus. A côté du sabot, les deux LED indicatives.
En dessous, rien de spécial : la trappe à piles (2LR44), le filetage pour un trépied, le bouton pour débrayer lors du rembobinage.
Juste aussi le rappel discret, sur le fut de l’objectif, que cet appareil est japonais.
Ce Petri 35 Computor est un télémétrique, avec un télémètre couplé, que vous actionnez avec la bague de mise au point, munie d’un « doigt » pour une meilleure préhension. Le patch, jaune, se déplace dans le viseur jusqu’à ce que vous fassiez coïncider les 2 images.
Le viseur est collimaté, sans rappel de correction de la parallaxe. Les deux LED du dessus sont présentes aussi dans le viseur.
Pour le charger, c’est facile : abaissez le verrou sur la tranche gauche et le dos s’ouvre.
Vous glissez la bobine dans la chambre, tirez l’amorce jusqu’à la bobine réceptrice, largement fendue, actionnez une fois l’armement pour faire prendre le film, en vérifiant que vous êtes bien aligné sur les roues dentées, et vous refermez. Encore deux « tirs » à blanc, et vous voilà prêt à sortir.
Bon, n’oubliez pas de régler la sensibilité sur la bague avant de l’objectif sinon le posemètre intégré sera induit en erreur.
Que penser de cet appareil finalement ?
Esthétiquement, il est beau (mais la beauté est subjective !), surtout en noir. Techniquement, il n’est pas mal avec son obturateur électronique, son télémètre couplé, sa cellule judicieusement placée, son encombrement réduit (à peu près la taille d’un Yashica GX).
On peut lui reprocher sa vitesse maximale, un peu limitée (1/250s) mais d’autres ne font guère mieux à l’époque. Ou son viseur, un peu avares en informations, mais encore une fois, les concurrents ne font pas mieux et lui peut compter sur ses deux LED indicatives.
Ou son ouverture de f2,8 un peu faible ? Là, c’est vrai que les concurrents faisaient mieux tels les Yashica avec leurs ouvertures à f1,7, le Minolta aussi mais ce n’est pas rédhibitoire.
De ce que j’ai pu découvrir, et les exemples sont ci-dessous, les images qu’il délivre ne sont pas mauvaises du tout. Elles ont le charme des appareils télémétriques fixes des années septante.
Si vous en trouvez un en très bon état, 50€ me semble un juste prix pour que vous puissiez l’emporter. Dites-vous encore que le modèle n’est pas très courant.
Récapitulatif des images
Pour la petite histoire, j’ai remis une vis là où elle manquait.
Des exemples de photos prises avec cet appareil LA et dans la video ci-dessous
Ah, cela faisait un moment que je n’avais plus touché à des télémétriques, autrefois abordables, que sont les télémétriques russes.
Comme je l’avais prédit – et sans compter les terribles évènements que nous connaissons – leur cote a bien monté : des appareils autrefois vendus 30€ ou 40€, avec un objectif, dépassent de nos jours allègrement la barre des 100€.
Et, paradoxe de l’histoire, ce sont des sites Ukrainiens qui en vendent le plus (normal me direz-vous, il y a embargo sur la Russie).
Finalement, ce n’est qu’un juste retour des choses car si vous avez lu mes articles précédents au sujet de ces appareils, vous aurez découvert que l’Ukraine fut le berceau notamment des Contax (rebaptisés Kiev) au sortir de la seconde guerre mondiale … Encore une histoire de fureurs et de destructions !
Mais je reviens plus précisément sur les Zorki 4 et 4K car grâce à mon ami Pierre, j’ai pu en racheter deux, réglés au millimètre par ses soins, objectifs compris.
Derrière, le Zorki 4 (1958) et devant, le Zorki 4K (1975), tous deux équipés d’un Industar 61 (1993).
Pourquoi ceux-là et pas de plus anciens, comme les Fed 2, Fed 1g, Zorki C, etc. ?
Pour une simple question de confort d’utilisation. Je m’explique : tout comme les Leica antérieurs au M3 – M2, ceux que j’ai énumérés avaient deux oculaires, l’un pour la visée, le second pour le télémètre.
A gauche le Zorki Ic et à droite, le Leica IIIf, vues de face et de dos. Notez les 2 oculaires, l’un pour le télémètre, l’autre pour le viseur
Comme le M3 – M2, les Zorki 4 et 4K ont un seul viseur/télémètre. Ce qui est beaucoup plus pratique et confortable pour viser son sujet.
Mais commençons par le début de l’histoire …
Son aïeul s’appelle Zorki 3, apparu en 1951. D’aucun le considère comme le plus réussi esthétiquement des Zorki.
Mais sa grande (r)évolution, à l’instar du Leica M3 – qui ne verra le jour qu’en … 1953 – est de réunir en un seul endroit la fenêtre du viseur ET celle du télémètre.
Ce boitier est entièrement nouveau et ne peut plus être considéré comme une copie de l’allemand, qu’il précède dans ses innovations.
Il reprend des pièces moulées (c’est le Zorki 1 qui avait inauguré cette technique de fabrication plus simple et plus rapide) et intègre dans ce fameux viseur au rapport 1/1, équipé – excusez du peu – d’un correcteur dioptrique très bien fait et facile d’utilisation, le viseur proprement dit et le télémètre visible sous la forme d’un carré jaune qu’il faut faire coïncider avec le sujet visé.
Le levier pour la correction dioptrique, sous la bobine de rembobinage.
Autre grand changement qui améliore son utilisation, le film ne se charge plus par la semelle mais en ôtant d’un bloc tout le dos de l’appareil (deux clés le maintiennent fermement en place).
Ensuite, un Zorki 3M (1954) fera évoluer ce précurseur, suivi ensuite d’un dernier « 3 », le Zorki 3S (1955) dont la forme aura changé, le capot ayant été allongé pour agrandir la fenêtre du télémètre et replacer les vitesses lentes sur le dessus, sous un même bouton.
Source : Collection-appareils, de gauche à droite, le Zorki 3, le Zorki 3M et le Zorki 3S(oui, le C russe correspond au S latin),qui annonce le changement de lignes.
Enfin apparait le Zorki 4 en 1956 (et il sera produit jusqu’en 1973, belle longévité !)
Comme vous pouvez le voir, le capot est encore agrandit car il accueille en plus une synchro flash et en dessous, un retardateur est ajouté.
Sans rentrer dans une foule de détails qui n’intéressent que les collectionneurs, sachez que l’aspect de l’appareil évolue lentement : le nom est en caractères cyrilliques avant de passer aux caractères latins (lorsque ceux-ci seront – enfin – exportés hors de la sphère soviétique), le tour de la fenêtre est encadré, puis ne le sera plus, tout comme le tour du viseur à l’arrière, le gainage, des inscriptions commémoratives pour des anniversaires du parti communiste… bref des détails car la technique, elle, évoluera peu (et ça ne se voit pas).
Cet appareil sera produit à plus de 1.700.000 exemplaires pendant sa longue carrière, ce qui en fait un record absolu de ventes d’un appareil télémétrique.
Le changement le plus significatif aura lieu lors de la sortie du Zoki 4K (1972 – 1978, 524 610 exemplaires produits !), qui voit un levier d’armement, bien plus pratique que le maniement du gros bouton d’armement d’avant. Mais il perd les œillets qui permettent d’y fixer une sangle.
En haut, le Zorki 4 et en bas le 4K avec le levier d’armement.
Ah oui, les vitesses seront aussi réétalonnées, la bobine réceptrice (pour le film) sera dorénavant fixe (sur ce, ça veut dire que sur les anciens modèles, il faut vérifier la présence de ladite bobine dans la chambre).
En haut, le Zorki 4 et sa bobine amovible, à droite et en bas, le 4K avec sa bobine en plastique fixe.
Pour être le plus complet possible, sachez qu’un appareil, appelé MIR sera produit de 1959 à 1961. C’est un Zorki 4 uniquement destiné au marché russe, que l’on a simplifié (il perd le 1/1000s et les vitesses lentes, son objectif de dotation est un Industar 22 de moindre qualité).
A l’origine, l’objectif de dotation standard était un Jupiter 8, un 50mm ouvrant à f2, bien que des Industar 50mm ouvrant à f3,5 aient pu accompagner ces boitiers.
Rien que pour le Jupiter 8 nous pourrions digresser tant et plus, mais je résume : c’est un excellent objectif, basé sur le célébrissime Carl Zeiss Jena Sonnar 50 mm f2.0 dont les premiers exemplaires ont été construits avec des optiques venant directement de chez Carl Zeiss. Les Russes, lors de la seconde guerre mondiale, ayant embarqué l’usine, les produits, les stocks, les plans, le personnel à Charkow, en Ukraine !
Pour la petite histoire, les deux Zorki que j’ai achetés à l’ami Pierre sont équipés d’Industar 61 53mm ouvrant à f2,8. Moins courus que le Jupiter, ils ont été créés par FED et sont parmi les premiers objectifs à bénéficier d’un traitement de surface au Lanthanum. La distance de mise au point minimale est de un mètre.
Les Industar 61 53mm f2,8, dont l’un équipé d’un filtre jaune Iena de 40,5mm
Mais l’avantage du « système » LTM 39 est de pouvoir monter toutes les optiques équipées de ce pas de vis, même des Zeiss si on veut (et/ou si on en a les moyens).
Quoique ici il me faut faire une petite remarque : en théorie, oui, tous les objectifs au pas du standard LTM 39 peuvent être monté sur un appareil d’origine russe, mais … le mécanisme interne des Leica (voir illustration ci-dessous) est fonction d’un galet qui a une position bien précise et le tirage du boitier devait être précisément de 28,8mm.
Autrement dit, la conception de certains objectifs Leica feront qu’ils pourront être monté sur d’autres appareils, russes compris, mais leur fabrication particulière fera que la molette de réglage de ces autres appareils ne sera pas en contact avec l’arrière de l’objectif, rendant tous réglages du télémètre impossible.
Y penser avant de dépenser de fortes sommes requises par certaines légendes !
Bref, sachez que le viseur est calibré pour le 50mm. Si donc vous voulez utiliser des focales différentes, il vous faudra vous équiper d’une tourelle à glisser dans le porte accessoire afin de pouvoir « viser juste », ou de viseurs spécifiques pour chaque focale (on en trouve des « modernes » sur certains sites de vente connus).
Source : Photoetnography, un Zorki 4k avec la fameuse tourelleet un Jupiter 9 de 85mm
Ceci dit, honnêtement, cet appareil n’est pas fait pour travailler avec de longues focales, comme les Leica non plus et les autres télémétriques en général.
Personnellement, je trouve que les optiques qui vont le mieux, outre le 50mm, sont un 35mm voire un 28mm (plus rare à trouver).
Tiens, une petite remarque : en dessous de l’appareil, le soquet pour le pas de vis d’un trépied est légèrement décalé vers l’avant, ceci pour éviter que l’appareil ne bascule en avant lorsqu’un objectif est monté dessus. Et ça fonctionne parfaitement, jusqu’au 50mm ! Pour mémoire, les Contax et les Kiev (les Contax russes) usaient du même genre d’artifice, les ingénieurs de Contax ne supportaient pas de voir leurs appareils « piquer » du nez !
Même s’il a l’air un peu archaïque de prime abord, le Zorki propose des vitesses de 1s au 1/1000s, plus pose B et un retardateur mécanique de plus ou moins 10 secondes. La synchro flash est recommandée au 1/30s. A son époque, il n’y avait que quelques réflex à proposer de telle vitesse.
Cette synchro flash se règle avec la bague concentrique au niveau des réglages de vitesses, permettant de la sorte de réguler le retard du déclenchement de l’éclair. C’est utile car les « vieux » flashs à ampoules magnésiques sont plus lentes pour atteindre leur luminosité maximale (réglage sur zéro) alors que les flashs modernes (dit électroniques) ont un éclair plus bref et intense : il faut compter 30 millisecondes pour correspondre à l’ouverture du premier rideau.
Une remarque fondamentale, à graver quelque part si vous achetez – ce que je vous encourage de faire – un de ces boitiers : toujours armer avant de changer les vitesses sous peine de vous retrouver avec une salade de pignons qui rendra totalement indigeste et impossible l’utilisation de votre appareil !
Exemple de pense-bête qui évite les erreurs fatales (ici sur un Fed 2).
Bon, ceci étant dit, et si on les essayait ces Zorki ?
Pour le Zorki 4, d’abord ouvrir la gaine en vrai cuir russe qui le protège et, tant qu’à faire, enlevons-là car, chose étrange, on ne peut pas enlever la moitié de celle-ci comme sur d’autres appareils, ce qui alourdit encore le poids de l’ensemble.
Ce qui m’amène une première remarque : le boitier n’est pas pourvu d’œillets pour y accrocher une lanière (comme le 4K d’ailleurs). C’est donc la gaine qui porte les attaches, en cuir.
Comment se présente l’engin ?
Oui, c’est un Zorki 4K mais quasi identique au Zorki 4, sauf le levier d’armement.
L’appareil est assez imposant, et lourd ( +/- 600 gr avec un 50mm), mais très agréable à prendre en main même si le mot ergonomie ne semble pas avoir traversé le sinistre rideau de fer.
Paradoxalement, si le boitier est bien entretenu et réglé, il est très fluide à armer et le déclenchement est relativement discret, il utilise un rideau de caoutchouc, comme sur les Leica, par exemple (un Kiev 4am/Contax, possède un obturateur métallique, plus « sec »).
Le déclencheur est comme surmonté de petites pointes, sans doute pour mieux le « sentir » sous l’index. Personnellement, je n’aime pas alors j’ai installé un « soft release » sur le 4K.
Si vous avez maintenant une vue plus précise de l’engin, nous allons le rendre opérationnel et y glisser un film.
Sur la semelle, en dessous donc, deux clés à tourner : celle de gauche dans le sens anti-horaire, celle de droite, dans le sens des aiguilles, et tout le dos s’enlève, découvrant la chambre.
Les clés du Zorki 4 en haut et celles du 4K en bas, et la comparaison des deux, cote-à-cote
Une fois le film fixé, opération inverse pour refermer le dos, puis deux « tirs » à blanc pour démarrer vos prises de vue.
Ah, n’oubliez pas de mettre le compteur de vue à zéro, il ne le fait pas tout seul. Il suffit d’appuyer avec la pulpe du doigt sur la couronne et faire tourner le cadran au chiffre 0.
Les rails qui guident le dos sont assez profonds et doivent éviter toute entrée de lumière parasite. Vérifiez bien que vous avez correctement glissé jusqu’au bout l’ensemble du dos et que les clés sont bien fermées. Sur certains appareils ayant souffert, le dos peut être moins étanche. Dans ce cas, un bout de gaffer tout le long de la fermeture et vous voilà tranquille.
Vous voilà prêt à arpenter la ville, la campagne, les sous-bois pour y capter vos premiers sujets.
Si vous portez l’appareil à l’œil, vous constaterez que le viseur est un simple cadre lumineux avec un grossissement de 1,15 dans lequel il n’y a … rien, hormis un rectangle jaune, au centre. En faisant tourner la bague des distances de l’objectif, vous verrez l’image se dédoubler ou se fondre, si vous êtes net.
N’ayez pas peur d’utiliser le correcteur dioptrique pour affiner votre visée, ça marche vraiment bien.
Le levier de la correction dioptrique du 4K.
Ici, donc, pas de lignes de parallaxe, de cadre collimaté pour telles ou telles focales … mais ça marche, le cadre de la fenêtre étant celle de l’image captée.
Tiens, au fait comment ça fonctionne un télémètre ?
C’est un mécanisme somme toute simple et pourtant complexe : à l’intérieur de la chambre, une came en forme de demi-lune vient « frotter » contre le fut de l’objectif, qui dépasse dans la chambre selon la distance requise. C’est le mouvement de l’objectif contre la came qui assure l’ajustement de la distance. C’est ce qu’on appelle un télémètre à coïncidence d’image, les images vues par les deux fenêtres (le viseur et celle du télémètre) doivent coïncider pour que la mise au point soit juste. On appelle aussi cette méthode celle de la triangulation.
L’image de gauche montre la vue à travers un télémètre lorsqu’il n’est pas au point. L’image de droite montre la vue à travers un télémètre lorsqu’il est mis au point
La particularité de cette manière de viser est que ce que l’on voit n’est pas tout à fait la même chose que ce que l’on fixe sur la pellicule. Si cela a peu d’importance en photo de rue ou de reportage, en architecture, en médecine, en portrait, etc. c’est irrévocable.
Voici le mécanisme du Zorki 4K : la came en forme de demi-lune, qui vient s’appuyer sur l’arrière de l’objectif, qui avance ou recule selon la distance choisie pour la mise au point. Cette came actionne un jeu complexe de miroirs dans le télémètre pour faire coïncider les 2 images (voir l’image ci-dessus).
A ce sujet, une précaution à prendre lorsque vous retirez ou remontez un objectif à viser sur un télémétrique : toujours rentrer le fut du bloc optique pour ne pas forcer sur la came de réglage lors du re visage.
Ces photos me font penser à un petit aparté. Quand j’écris qu’un boitier n’est jamais qu’une chambre noire et que ce qui fait la qualité d’une photo c’est bien l’objectif, nous en avons l’illustration ici : si vous regardez dans la chambre du Zorki 4k, vous voyez le rideau, derrière lequel se trouve le film qui sera impressionné par la lumière au moment du déclenchement. Elle y passe en direct, sans miroir, sans obstacle.
Bref, vous avez réussi à cadrer votre image et à la rendre nette. Reste maintenant à poser la bonne vitesse.
-« Aïe et comment fait-on quant on n’a pas de réglage pour la sensibilité ni cellule ? »
On a recours soit à une cellule à main, qui vous donnera les indications manquantes, soit on a recours à une bonne vieille méthode appelée « règle du Sunny 16 ».
-« Mais c’est compliqué tout ça ! »
Ben, non, je vous explique … et je vous résume :
-« Heu … ? »
Le Sunny 16 est une règle empirique de base qui dit que si vous avez une journée claire et ensoleillée et que votre ouverture est à f/16, quel que soit l’ISO que vous utilisez, votre vitesse d’obturation sera la valeur réciproque de cette valeur ISO (ISO X = 1/X secondes de vitesse d’obturation).
Autrement dit, par une belle journée ensoleillée, à 100 ISO, je sais qu’en faisant mes photos à f16, et avec une vitesse d’obturation de 1/100s, mes photos seront correctement exposées.
Faites-vous donc un petit carton, plastifié de préférence (il va beaucoup servir au début) qui récapitule les situations et vous gagnerez un temps précieux (et si vous allez sur le second site cité ci-dessous, il vous explique gratuitement comment faire, c’est pas beau ça?)
En passant, je vous conseille de lire des explications plus complètes sur les excellents sites la photo argentique et le blog argentique (très bien fait et expliqué).
Encore une petite remarque à ce sujet : ça fonctionne très bien avec du négatif N/B ou couleurs mais pas pour les diapositives qui ont besoin de précision en terme d’exposition. Choisissez bien votre film dès lors.
Allez, on progresse : vous savez mettre un film, comment viser, comment choisir l’ouverture et à quelle vitesse déclencher.
Là, j’en profite pour enfoncer un clou : toujours armer avant de changer les vitesses avec cet appareil (et les Fed, les Mir, les Contax, par exemple) ancien.
Ça y est, vous avez terminé votre bobine, il faut la rembobiner pour la porter, fébrile, au labo le plus proche.
Autour du déclencheur de votre Zorki 4 (ou 4K), il y a une bague, qu’il faut faire tourner vers une sorte de U inversé sur le 4 et dans le sens horaire sur le 4K. Ceci a pour effet de déverrouiller le système d’armement et vous permet, avec le bouton à l’extrême gauche, de rembobiner le film dans sa cassette (et avec un peu d’attention, vous pourrez le faire en laissant encore sortir un bout de film, au cas où).
Puis vous soulevez la tige de déverrouillage afin de libérer la cartouche, que vous allez ôter après avoir ouvert le dos du Zorki.
Voilà, voilà, vous allez devenir un vrai pro de ces drôles de machines à faire des photos.
Ah, il me reste à vous parler du retardateur : pour l’activer, vous abaissez le levier du retardateur après avoir armé l’appareil. Ceci fait, il vous reste à appuyer sur le petit bouton au dessus, ce qui libère le mécanisme à ressort. Vous entendrez le bruit caractéristique d’une minuterie, celle qui vous incitera à courir vite car le Zorki ne vous offre que 9 secondes de répit.
Le levier du retardateur et au dessus, le bouton pour lancer le compte à rebours.
Vous vous sentez prêt à faire le premier pas ?
Encore un petit conseil, si je peux … montez un filtre jaune à l’avant de l’objectif (si vous travaillez en N/B), ça affermira les contrastes et protègera la lentille (avec l’Industar 61 53mm, le diamètre est 40,5mm et on en trouve facilement, même des modernes). Pour la couleur, un filtre anti-UV suffit, il aura le même rôle protecteur. N’oubliez pas qu’à l’époque, les lentilles n’étaient pas (forcément) traitées anti-reflet.
Alors, que penser de ces vieux russes ?
Les essayer, c’est les adopter.
Pourtant ils ne sont pas parfaits, on le sait. Perso, ce qui m’embête le plus, c’est l’absence d’œillets pour y mettre une lanière. Alors je vais demander à mon artisan cordonnier préféré de me séparer les deux parties et d’y placer ensuite une pression (ou deux) pour utiliser seulement la partie base en portage, sans sacrifier l’ensemble qui protège finalement bien l’appareil et participe au charme de celui-ci.
Sur le Zorki 4K, le bout de plastique qui orne le levier d’armement est un angle vif, pas très agréable même s’il permet une action rapide. Quelques uns le remplacent, d’autres arrondissent l’angle.
Pour le Zorki 4, c’est le gros bouton pour ré armer qui est gênant (quoique …), sans doute par manque d’habitude. Notez qu’il a quand même un avantage, en photo de rue : d’instinct, quand on a pris une photo, on ré arme le boitier, prêt pour une nouvelle prise de vue. Or, lorsqu’on veut être discret, c’est le geste qui vous dénonce immanquablement ! Tandis que le remontage, c’est plus lent, on a le temps de faire quelques mètres … discrètement.
Rien ne vous empêche de monter dessus des cailloux offrant une ouverture plus grande encore. Je rêve de retrouver un Jupiter 3 des années 1950 (les meilleurs parait-il) car il ouvre à f1,5. Pas facile pour faire une mise au point fine mais excellent en travaillant sur l’hyperfocale pour les ambiances plus sombres.
Tiens, je me rends compte que je ne vous ai pas parlé de cette méthode infaillible et rapide pour faire la mise au point, celle de l’hyperfocale !
Si avec tout ça vous ne sortez pas dehors avec un Zorki, j’avoue ne pas savoir que faire ou écrire d’autre pour vous tenter …
Ou plutôt si, allez voir ce site, Indiefotog, un photographe canadien qui utilise un Zorki 4 pour réaliser une grande partie de ses travaux, un régal.
Un mot encore, parce que j’ai retrouvé cet accessoire dans une de mes caisses, celle qui contenait des cellules à main : il s’agit d’une cellule à monter sur la griffe porte flash de l’appareil, une Metraphot, fabriquée en Allemagne.
Celle-ci est au sélénium et j’ai la chance qu’elle fonctionne encore car elle était dans son petit étuis de cuir, que l’on attache à la lanière de l’appareil, pour l’avoir toujours sous la main.
Il existe quelques autres modèles de ce type de cellule, mais il faut bien chercher car souvent au sélénium donc, elles ont tendance à cesser de fonctionner au bout de … 75 ans !
Et si vous êtes curieux, vous en trouverez aussi des électroniques, modernes … ce sera l’objet d’un prochain article.
Allez, dernière digression : Zorki ou Зоркий en caractères cyrilliques, signifie « clairvoyant » en russe.
Des publicités d’époque
Source : Collection-appareils, Grenier – Natkin 1975 (en haut) – 1979. Vous constaterez que les Zorki sont contemporains des Yashica Electro 35 GSN et GTN, qui embarquaient déjà une électronique révolutionnaire pour l’époque. Mais leur objectif était fixe
Voici le premier article de 2023. Une nouvelle année commence avec, je l’espère, son lot de découvertes à partager, à expliquer, à tester.
Bonne lecture…
Ah, celui-là, ça fait un moment que je dois vous le présenter.
Je l’ai acheté, comme d’habitude, sur une brocante et son vendeur prétendait qu’il fonctionnait mais qu’il était nécessaire de mettre un film dedans, ce qui arrive effectivement parfois.
Las, de retour à la maison, je me suis aperçu qu’il ne fonctionnait pas, enfin, pas comme prévu.
Mais commençons par le début, qui est ce Ricoh Super Shot 2.4 ?
C’est la version économique d’un Ricoh Super Shot apparu en 1965 qui était doté, lui, d’un objectif Rikenon de 43mm ouvrant à f1,7. Il fait partie d’une série d’appareils lancés dans les années soixante par la marque et munis d’un moteur … à ressort.
C’était un télémétrique qui possédait déjà le principe de l’automatisme à priorité ouverture.
Il était aussi doté du système « auto-flash » qui adaptait l’ouverture en fonction de la sensibilité du film et de la distance de prise de vue lors d’une photo au flash.
Le Super Shot 2,4 est paru, lui, en 1966. Et comme vous pouvez vous en douter, le « 2,4 » indique l’ouverture de son objectif, toujours un Rikenon mais de 40mm cette fois.
Qu’a-t-il gardé de son prédécesseur ?
Sa taille d’abord, qui le rend un peu grand pour un compact (mais bon, les Yashica Electro 35 ou les Minolta Hi-Matic ne se glissaient pas non plus dans une poche).
Le principe du moteur à ressort ensuite, qui tient de la pièce de haute horlogerie, j’y reviendrai.
L’emplacement inhabituel de la pile, sur le dessus du capot. Ce qui s’explique par la présence du moteur et de son ressort. La pile de 1,3v, initialement au mercure, alimente donc le posemètre et l’obturateur électronique.
Le fait de pouvoir régler l’exposition avec une priorité à la vitesse en mode automatique ou en manuel. Dans ce cas, l’aiguille du posemètre indique juste l’ouverture idéale selon la vitesse que vous avez déterminée.
Puisque j’évoque les vitesses, elles s’échelonnent de 1/30s à 1/300s, plus une pose B.
Petite remarque sur l’obturateur, un Seiko ES développé spécialement pour les objectifs fixes (comme les Copal) ayant un « œil électronique » (une cellule) au CdS. La cellule convertit la luminosité du sujet en durée par son circuit électronique et en fonction de la durée ainsi obtenue, l’obturateur règle à la fois l’ouverture et le temps d’exposition, et obtient une valeur d’exposition correcte.
Cet obturateur électronique était la « révolution » de cet appareil.
Lorsque vous appuyez à mi-course sur le déclencheur, l’alimentation de l’obturateur est sur ON. La tension entre la sensibilité d’une résistance standard et celle de la cellule au CdS est comparée. Si le sujet est trop sombre et donc par conséquent hors de la zone d’activité de la cellule, le circuit envoie un signal d’erreur et une micro lampe s’allume, signifiant que le sujet est sous exposé.
Si aucune lampe de ne s’allume, cela veut dire que le sujet est dans la zone de travail de la cellule. Dès lors le circuit est « ouvert » et un aimant maintient les lames de l’obturateur ouvertes. Mais dans le même temps un condensateur charge et lorsqu’il atteint sa capacité de travail, il referme les lames de l’obturateur. C’est le calcul de la luminosité du sujet en durée qui détermine le temps d’exposition.
Tant que vous gardez le doigt enfoncé à mi-course sur le déclencheur, le « système » calcule la meilleure ouverture et le meilleur temps d’exposition.
La sensibilité de la cellule se règle de 25 à 400 Iso. Une fine tirette sur le fut de l’objectif permet le réglage.
Toujours sur le fut de l’objectif, une seconde tirette sert de retardateur : vous la repoussez vers le bas et lorsque vous appuyez sur le déclencheur, elle vous laisse plus ou moins 10 secondes pour être avec les autres dans le cadre.
Par contre, si c’est toujours un télémétrique, il est un peu particulier.
Les ingénieurs maison ont considéré que la tête d’un sujet doit pouvoir s’inscrire dans le losange prévu pour la mise au point. Donc, une fois que vous avez capté votre sujet – enfin sa tête – dans ce losange, lorsque vous faites la mise au point, sa taille varie en fonction de la distance.
C’est donc bien une mise au point télémétrique … peu précise, car si vous photographiez vos enfants, forcément plus petits, ce sera difficile d’inscrire leurs jolis minois dans ce fichu losange !
Bon, pour suppléer à ce souci, il y a un affichage de la mise au point par zones (trois) qui apparait dans le viseur et l’objectif dispose d’une échelle de distance bien plus pratique à utiliser.
Ceci étant, le viseur affiche, via une aiguille sur échelle, l’ouverture la plus adéquate en fonction de la vitesse choisie lorsque vous êtes en mode manuel.
Le chargement du film est un peu particulier aussi : il faut « dévisser » le bouton de rembobinage (en dessous) jusqu’à ce qu’il ressorte de l’appareil. Vous pouvez alors glisser une cartouche de pellicule dans la chambre et vous repoussez le bouton vers le haut pour bloquer le film.
Ensuite, il faut glisser le bout de l’amorce dans une fente de la bobine de « traction » (celle qui fait avancer le film et est asservie au moteur). Puis vous tournez le bouton du ressort pour être certain que l’amorce est bien prise dans la rainure et que le film suit bien les roues dentées. Si c’est ok, il faut fermer le dos fermement puis tourner le bouton d’enroulement jusqu’à ce que le ressort soit complètement « chargé ». Enfin, vous devrez appuyer trois fois sur le déclencheur de manière à ce que le chiffre 1 du compteur d’exposition soit en face de la marque triangulaire. Vous êtes alors prêt pour la première photo.
Parlons-en de ce fichu ressort !
Si l’idée est bonne et fonctionnelle, elle semble fragile car j’ai lu quelques remarques à ce sujet.
Mais reprenons le fonctionnement : lorsque vous remontez le ressort, il vous donne une autonomie de douze vues. De fait, il assure l’avance du film, vue par vue (d’où la nécessité de laisser un film dedans pour vérifier s’il fonctionne), arme l’obturateur pour la vue suivante, et garde en réserve les mêmes opérations pour les onze vues suivantes.
Quand le ressort est détendu, il n’est plus capable d’avancer le film et il suffit alors de le « recharger » pour finir ses photos. Et lorsque que le film est terminé, il n’est plus possible de remonter le ressort, il faut impérativement rembobiner et sortir le film.
Pour ce faire, vous devez appuyer sur le centre du bouton du ressort. Vous entendrez alors qu’il se détend complètement (bruit de ferraille). Ensuite seulement vous pourrez utiliser la manivelle de rembobinage pour ré-enrouler le film dans la cartouche avant d’ouvrir le verrou qui libèrera le dos.
Bon, j’avoue que mon exemplaire semble ne pas bien fonctionner : lorsque je remonte le ressort, pas moyen de déclencher (l’obturateur ne s’ouvre pas) mais le film avance de plusieurs vues d’un coup puis s’immobilise.
Il a sans doute été forcé. Je vais tenter de voir ça de plus près … un jour !
Finalement, que retenir de ce Ricoh Super Shot 2,4 ?
C’est un appareil qui sort de l’ordinaire et propose des solutions originales, même si ce modèle n’atteint pas le niveau de perfectionnement de son aîné.
Pas vraiment compact, il n’est pas plus gros qu’un Electro 35, qu’un Hi-Matic, qu’un Canonnet MAIS il propose un moteur intégré, sans pile. Ce qui n’est pas courant à l’époque !
Si vous avez la chance d’en trouver un, négociez son prix autour des 40€ (idéalement avec sa gaine) mais essayez-le avec un film test afin de ne pas être déçu ensuite.
Des pub d’époque
J’aime bien l’accroche de la publicité de cet appareil : « l’appareil qui pense pour vous. » Rien de moins … gonflés les as du marketing de l’époque !
Celui-là je ne m’attendais pas à le trouver sur une brocante, et pourtant. Mais comme il s’agissait d’un « vide-grenier » professionnel, il m’a fallu négocier ferme pour l’emporter à un prix déjà bien plus raisonnable.
Je l’ai examiné sous toutes les coutures et relevé chaque détails qui allaient me permettre d’argumenter.
Mais il y en avait somme toute pas tant que ça. De plus, en « bon professionnel » de la brocante, il ne connaissait pas réellement la valeur de ce Kodak. Je m’en tire donc à bon compte pour vous présenter un appareil d’avant la grosse production de masse à laquelle la marque va nous habituer par la suite …
Mais commençons par un peu d’histoire pour le situer dans le temps ce Kodak Retina IIIc.
Celle-ci commence en 1934 et Kodak propose un pliant qui utilise une toute nouvelle cartouche, inventée pour eux de toute manière, celle du 24x36mm.
Source : Wikipedia, le premier Retina de 1934 (il ressemble furieusement au Wellix me semble-t-il)
Pour ceux que la petite histoire ne passionne pas, désolé, mais avec Kodak, on ne peut pas passer à côté.
Je vais essayer d’être bref.
Cet appareil a été imaginé par August Nagel, concepteur prolifique et entrepreneur intelligent qui fut un des fondateurs de Zeiss Ikon lorsqu’il fusionna sa société, Contessa-Nettel AG avec Zeiss et ICA. Nous sommes en 1919.
En 1928, il quitte le groupe pour recréer une société propre, la Nagel Camera Werks AG. Il fabriqua des appareils à plaques de verres, puis à film en feuille à feuille et enfin à film en rouleau, au fil des avancées technologiques.
Finalement, en 1931, il revend sa société à Kodak AG (Allemagne), qui s’appelle alors Kodak AG-Dr. Nagel Werk.
C’est là qu’il développe les pliants de la gamme Retina, conçus pour recevoir la nouvelle cartouche de film Kodak préchargé.
Ce qui était une petite révolution car auparavant, si le film en format 24×36 existait bien, il fallait que le photographe charge lui-même le film, vendu en rouleau, dans les cartouches généralement propriétaires des marques, et tout ça en chambre noire ou dans un sac étanche à la lumière. Ce n’était pas forcément pratique, vous en conviendrez.
Notre bon August Nagel développait, dès le début des années trente, un appareil photo utilisant le format 35mm mais aussi une cartouche préchargée, que l’on pouvait utiliser aussi bien dans un Leica qu’un Contax, les appareils phares de cette génération de « nouveaux » boitiers qui délaissaient le format 127 (créé pour être utilisé dans des appareils plus petits que ceux utilisant le format roi de l’époque, le 120).
Outre la réduction de la taille des films, le fait de les mettre dans une cartouche étanche et préchargée, éliminait le recours au papier pour protéger la surface sensible et augmentait donc le nombre de vues par rouleau.
Et tant qu’à créer des appareils au format réduit, il se devait de les « compacter » au maximum. c’est ainsi qu’il eut recours à la technique du « folding » ou appareil à soufflet. Une fois replié, ceux-ci dont effectivement très compacts et la plupart pouvaient se glisser dans une (grande) poche.
Dès lors, tous les Retina, du milieu des années trente à la fin des années cinquante, étaient des appareils pliant avec un soufflet court, un panneau d’objectif avec l’obturateur monté dessus et un couvercle en métal. Autre particularité, les objectifs se déploient automatiquement lorsqu’on ouvre l’appareil (si ce n’est pas le cas, c’est qu’il y a un soucis sur l’exemplaire qu’on vous propose – parfois, il suffit d’un rien pour que ça coince mais c’est l’objet d’une discussion pour diminuer le prix, le cas échéant).
Je ne vais pas rentrer dans les détails des appareils d’avant ou d’après guerre (cela intéresse surtout les collectionneurs et je pars du principe que ce qui vous motive, c’est de comprendre comment ces appareils fonctionnent et, pourquoi pas, d’en essayer un).
Juste retenir, semble-t-il (car tous les experts ne sont pas encore d’accord là-dessus !), que les Retina d’avant guerre ont des numéros (Nr.) et ceux d’après guerre se reconnaissent au « Type » dans lequel ils sont classés.
Alors, en gros, il y a les Retina avec juste un viseur ou ceux avec un télémètre qui sont dit « Retina I » et dont la genèse porte de 1934 à 1941.
Ensuite, la seconde guerre ayant tout chamboulé, on retrouvera les Retina dits « II » des années 1945 à 1960 avec là aussi des appareils avec un simple viseur et appelés « III » s’ils ont un télémètre.
-« Ça va, je ne vous ai pas encore perdu ? »
Allez, on reprend : si vous voulez perdre votre latin, sachez qu’il y a aussi des distinctions en fonction des années qui utilisent des objectifs précis : pour les appareils d’avant guerre, Schneider Xenar f:3,5 F=5 cm, Schneider Retina-Xenar f:3,5 F=5 cm, Kodak-Anastigmat f:3,5 F=5 cm, Kodak-Anastigmat Ektar f3,5 F=5 cm avec des obturateurs Compur ou Compur Rapid avant guerre; Schneider Xenon f2,8 F=5 cm, Schneider Retina-Xenon f:2,8 F=5 cm, Schneider Xenon f2 F=5 cm, Schneider Retina-Xenon f:2 F=5 cm et même Kodak-Ektar f:3,5 F=5 cm toujours avec obturateur Compur ou Compur Rapid.
Heu … vous voulez vraiment la liste de ceux d’après guerre ? Alors pour les plus courageux, ils se trouvent ICI.
Petit aparté, en passant : si un vendeur vous déclare, après vous avoir donné le prix du Retina que vous convoitez, qu’il a vérifié sur Internet sa cote, soit vous riez doucement, soit vous lui demandez s’il a bien vérifié si la cote valait pour un (au hasard) Retina III avec un Schneider Retina-Xenon C f:2,0 de 50mm avec obturateur Synchro-Compur ou pour celui que vous avez en mains !
Voilà, voilà … vous en savez assez, je pense, que pour que nous nous plongions dans l’analyse de ce Kodak Retina IIIc.
Ah oui, juste vous signaler qu’il existe encore un Kodak Retina IIIC (lettre majuscule), juste pour compliquer la vie de celui, tout content, qui vient de trouver un IIIc (lettre minuscule).
Alors juste un mot de celui-là : il est le dernier de la gamme, fabriqué en 1959. Il est généralement plus grand que son ainé (bien que basé sur le même boitier), plus complexe aussi, avec un excellent viseur à correction de parallaxe de lignes projetées (comme sur les Leica M3), avec des lignes de cadre intégrées pour une gamme d’objectifs somme toute limitée au 35, 50 et 80mm.
Revenons donc au Retina IIIc qui nous préoccupe donc.
C’est à la Photokina de 1954 qu’il fut présenté au public. Il était alors le plus cher de la gamme des modèles Retina. Il sera fabriqué jusqu’en 1957.
Comparé aux anciens modèles, le Retina Ia et le IIa, il est entièrement repensé et revu : le bloc lentille extensible glisse vers l’avant et devient beaucoup plus rigide. La « porte » qui s’ouvre vers la droite ne joue plus le rôle de support, elle déplace simplement l’ensemble du bloc optique/obturateur vers l’intérieur (quand on le referme) ou vers l’extérieur (quand on l’ouvre). Le déclencheur est maintenant positionné sur le corps de l’appareil.
Ce qui m’a frappé, lorsque j’ai ouvert le « sac tout prêt » de l’exemplaire que je vous présente, ce sont les deux fenêtres en façade, qui m’ont immédiatement fait penser à un appareil avec télémètre.
Ensuite, c’est la drôle de gâchette, située en dessous, qui m’a fait de l’œil.
Enfin, la petite porte, devant, qui m’indiquait qu’il devait y avoir une cellule.
Puis, comme je regardais l’objectif, les noms de Schneider-Kreuznach ont retenu toute mon attention, surtout que l’ouverture de f2 pour le 50mm était prometteur. Il s’agit du Retina-Xenon C.
L’obturateur est un Compur Synchro qui donne les vitesses de 1s à 1/500s plus la pause B.
L’objectif ouvre lui de f2 à f 22, ce qui est confortable.
Mais comment ça marche ?
Généralement, vous le trouverez avec son « sac tout prêt » qui, en principe, garde la lanière de portage. Bien que l’appareil soit pourvu d’œillets. Vous ouvrez la face avant, que vous laisser pendre (ou que vous pouvez ôter en faisant glisser vers le haut le bouton pression).
Pour déployer le bloc objectif/obturateur, vous poussez vers le centre de la porte avant, le drôle de petit bouton métallique qui est au bord.
En s’ouvrant vers la droite, la porte extirpe le bloc objectif/obturateur, qui se bloque en position.
Là, vous découvrez la beauté et la complexité de l’appareil. Le bloc en métal massif comprend :
comme déjà précisé, l’objectif
autour de lui, l’obturateur
le mécanisme pour renvoyer au viseur le mouvement de l’objectif (télémètre couplé)
le réglage des vitesses
le réglage de l’ouverture
le réglage pour la synchro flash (tirette verte en dessous à gauche face à l’objectif)
Au fait, car ce n’est pas évident à voir, sauf à ouvrir le dos de l’appareil, il y a bien un petit soufflet à l’intérieur du bloc qui se déploie.
Notez les ergots rétractables, au dessus et en dessous du bloc : lorsque vous avez remis la bague des distances sur l’infini, vous pourrez appuyer dessus et l’ensemble rentrera dans le boitier. Ne forcez jamais pour refermer l’appareil. Si vous n’avez pas fait tourner le bague des distances sur l’infini, il est impossible de refermer le bloc.
Pour régler la distance, l’objectif possède un ergot en demi lune, strié, qui assure un bonne préhension pour une réglage précis.
Comme le télémètre est couplé (pas comme sur un Franka Solida III par exemple), les mouvements de l’objectif font faire déplacer un patch, que vous devrez faire coïncider avec l’image vue.
Avant de prendre des photos, après voir chargé la cartouche de film, vous devrez régler la sensibilité de ce dernier sur la molette à droite sur le capot de l’appareil. Ce n’est pas le plus facile car il faut faire tourner la couronne des ASA/DIN avec une petite pastille en saillie. Vous aurez le choix entre 10 et 650 Asa. Remarquez les deux signes entourés : le premier représente la fenêtre fermée, le second la cellule découverte.
Notez que sur la molette de l’autre côté, vous avez un pense bête, en Din, de la valeur choisie, et qui n’est pas plus facile à régler (molette interne avec une roue dentée à faire tourner).
L’utilisation de la cellule (non couplée) est assez simple : volet ouvert, appareil dirigé vers le sujet, vous verrez une aiguille noire se déplacer dans le cadre de la cellule. Il faut faire coïncider la flèche rouge avec celle-ci et vous aurez l’indication de l’indice de lumination, que vous retrouverez sur la bague de l’objectif.
Vous pouvez travailler avec la cellule dégagée ou fenêtre fermée, ce qui donne une mesure indirecte. Un peu comme avec une cellule à main somme toute.
Lorsque vous portez votre œil au viseur, vous y découvrez les lignes de cadre pour le 50mm et le patch au milieu.
Ah oui, j’allais oublier : vous pouvez changer les focales de cet appareil, pas en changeant l’objectif entier mais en libérant la lentille frontale (comme sur le Zeiss Ikon Contaflex, par exemple).
Ce qui implique, si vous aviez l’idée saugrenue de vouloir utiliser autre chose que le 50mm, de devoir utiliser un accessoire pour corriger la parallaxe des 35 et 80mm (comme sur les anciens Leica).
Et encore faudrait-il avoir la chance (ce que je vous souhaite) de trouver les dites lentilles.
Vous dégagez la lentille en la faisant tourner dans le sens anti horaire et la remettez en tournant dans l’autre sens.
La cellule, au sélénium, est cachée derrière un volet métallique percé d’un petit trou en son centre. Le posemètre est dit à double plage.
Le compteur de vue, qui s’incrémente d’une photo en moins à la fois, se remet à zéro en appuyant sur le bouton juste derrière lui. Petite bizarrerie, il vous indique le nombre de vues restantes et lorsque vous arrivez à la photo 1, l’armement de l’appareil est impossible. Kodak a prévu cette précaution pour ne pas arracher le film de la bobine semble-t-il (ça vaut bien le double armement du Leica M3 pour les mêmes raisons).
-« Mais comment le compteur sait-il le nombre de photos du film ? »
Hé bien parce que c’est vous qui lui indiquez le chiffre sur lequel il va démarrer. Après avoir chargé votre film, en appuyant alternativement sur le bouton de remise à zéro et en faisant glisser le bouton à l’arrière de l’appareil, vous notez le nombre de départ (pour être plus clair, voyez la video ci-dessous vers 14’50 » ).
Si vous avez terminé le film, pour ouvrir le dos de l’appareil, il faut dégager le verrou, en dessous, après avoir pressé le bouton de rembobinage et rembobiné la pellicule.
Un mot enfin de cette drôle de gâchette, en dessous, qui sert de ré armeur. Ça me fait penser au Ricoh 35 ou à certains accessoires Leica pour ré armer plus vite.
Sur mon exemplaire, elle ne revient pas toujours à sa place initiale, sauf si je déclenche (heureusement). Sans doute un manque de lubrifiant. Sa place est inhabituelle mais on s’y fait. Toutefois, l’actionner avec le sac tout près dans le passage, c’est soit sportif, soit du masochisme.
Voilà, je pense avoir fait le tour du propriétaire.
Que penser de ce Kodak Retina IIIc ?
Il est vachement bien construit, avec du métal partout ou presque. Franchement, nous sommes à des années lumière de ce que Kodak produira en masse plus tard. Cet appareil est fait pour durer pas pour être jeté.
Son télémètre est précis, facile à mettre en oeuvre.
Si l’appareil est compact lorsqu’il est replié, il faut toutefois constater qu’un Leica M3 (sorti en 1954) sera encore plus compact, mais sans cellule.
Esthétiquement, c’est un bel appareil, qui attire l’œil. Si vous en trouvez un, faites vous plaisir mais sachez que son prix peut être conséquent, car il est rare
Après, c’est le plaisir de photographier avec un boitier de qualité, qui sort de l’ordinaire.
Une chouette video (en anglais mais vous pouvez régler la langue de traduction)
Période de production : mars 1954 à juillet 1957 Production : 160 383+ Plages de numéros de série : 50001 à 199914, 450336 à 460383 Appareil photo 35 mm pliable avec viseur Objectif fixe : f2 50 mm Schneider Kreuznach Xenon ou f2.0 50 mm Rodenstock Heligon (6 éléments) Composant avant interchangeable (baïonnette) Objectifs alternatifs : f4 80 mm, f4 35 mm, f5.6 35 mm Obturateur : Synchro-Compur (Valeur lumineuse) 1 sec – 1/500 Levier d’armement situé sur la base de la caméra, prévention de la double exposition Retardateur – Synchronisation Flash X & M Viseur : Bright Line + Marques de correction de parallaxe
Lecture du compteur d’exposition découplé en valeurs lumineuses (LV) Incident Light Cover Télémètre couplé – forme losange Taille du filtre 32 mm
Dimensions : Largeur – 122 mm Hauteur – 85 mm Profondeur – 90 mm (ouvert) 47 mm (fermé)
Eh bien, je répare cette erreur aujourd’hui avec ce petit 28 trouvé dans une brocante (comme son prédécesseur, revendu entre-temps). Il est propre et il fonctionne, au premier abord (arme et déclenche); la pile est absente (une PX625) mais pas de traces d’oxydation dans le compartiment, c’est déjà bon signe. Les mousses sont à refaire, comme d’habitude. Et j’ai la chance de recevoir un petit flash Kako 220S qui accompagne cet appareil depuis toujours.
C’est sa propriétaire qui me le vend, avec un petit pincement, vite évanoui quand je lui explique ma démarche.
Alors, ce Canonet 28 ?
C’est le petit dernier de la série des Canonet et je devrais même préciser des « New Canonet » comme le QL 17 et le QL 19.
Pourquoi New ? Parce que ces boitiers ont existé avant, sous les mêmes dénominations mais avec les technologies de l’époque, qui devaient, logiquement, évoluer, notamment les cellules et l’électronique embarquée.
Prenons le temps d’une petite revue « historique » de l’ensemble pour mieux comprendre :
En 1961, Canon lance le Canonet 19 – rappelez-vous, le chiffre indique l’ouverture de l’objectif, un f1,9 ici.
Outre cette ouverture très favorable, il embarquait une technologie innovante pour la mesure de la lumière, appelée Electric Eye (EE). Des cellules photoélectriques positionnées autour de l’objectif (le fameux « nid d’abeille ») mesurait l’intensité de la lumière et ajustait alors la vitesse d’ouverture. Ce qui amène Canon à le déclarer comme un appareil « automatique » : « « Inutile de déterminer les expositions correctes, le Canonet le fait pour vous… automatiquement. Vous êtes assuré d’obtenir des images parfaites… toujours » dixit le mode d’emploi.
Si l’on en croit la légende, il s’est vendu en deux heures l’équivalent d’un stock d’une semaine à la sortie de cet appareil !
Puis, en 1964, apparait le Canonet S, équipé d’un objectif ouvrant à f1,7. Une très belle optique à six éléments en quatre groupes.
Un million de Canonet avait déjà été vendu à la sortie de ce nouveau modèle !
Ensuite, en 1965, Canon introduit une nouvelle fonction appelée QL pour « quick load » ou chargement rapide. Il en profite pour structurer sa gamme de Canonet, basée sur l’ouverture des objectifs. Nous aurons donc un QL 17 en haut de gamme, un QL 19 et un QL 25, l’entrée de gamme, avec un objectif de 45mm ouvrant à f2,5 de 5 éléments en 4 groupes.
Dans cette nouvelle mouture, exit la cellule en nid d’abeille autour de l’objectif mais apparition d’une toute petite cellule de mesure sur le haut de l’objectif, qui restera le signe distinctif tout au long de la vie de cette gamme.
Outre ces changements, les QL ont aussi introduit la pleine ouverture et le contrôle de la vitesse d’obturation, ainsi qu’un mode d’exposition automatique à priorité vitesse.
Le premier Canonet 28 est apparu lui en 1968. C’était le modèle économique de la gamme : un objectif ouvrant à f2,8 composé de quatre éléments en trois groupes. Il était équipé d’un obturateur Seiko LA (les autres avaient des obturateurs Copla SV – sauf le QL 19E équipé lui d’un Seiko SE électronique).
Le boitier était en métal avec quelques touches de plastiques et ne possédait pas de télémètre à coïncidence mais travaillait avec la mise au point par zones, celles-ci étant gravées sur le fut de l’objectif et visibles dans le viseur. Le flash est un « flash cube », exit donc la prise accessoire sur le dessus.
Moins pratique et précis que ses grands frères, il a néanmoins trouvé son public, grâce à un prix réduit et une bonne qualité de fabrication.
Pour suivre, en 1969, sortent les New Canonet QL 17 (et QL 17 L pour luxe). Suivent en 1971 les versions « New » des QL 19 et 28. La forme reste carrée mais diminue, elle se modernise aussi, rendant assez intemporels ces boitiers
Enfin, en 1972, apparaissent les derniers et – à mon avis (que je partage avec beaucoup d’autres) meilleurs Canonet jamais sortis : les QL GIII. G pour « grade » et trois car la troisième génération.
Si la ligne reste proche des appareils plus anciens, elle se re-stylise, modernise et devient commune à toute la gamme.
Quoiqu’il n’y aura jamais de New Canonet 28 ni QL ni GIII. Même s’il s’est perfectionné au fil du temps, gagnant une visée télémétrique, une position automatique simplifiée qui sera elle à priorité ouverture (vitesse pour les autres), un corps toujours métallique, un objectif de 40mm ouvrant à f2,8 (4 éléments en 3 groupes). Ce petit appareil sympathique et toujours très apprécié en Street photography (il est très silencieux) s’est vendu comme des petits pains de 1971 à 1976, date de fin de sa fabrication.
Techniquement, le boitier utilise donc le principe du couplage de la cellule, la Electronic Eye, au contrôle de l’exposition, du moins dans le mode automatique.
L’obturateur Copal est couplé au système d’exposition électronique qui détermine le couple diaphragme/vitesse. La plage d’exposition va de 1/30s à f2,8 à 1/680s à f14,5.
Si vous voulez passer au mode manuel, la vitesse passe alors au 1/30s et vous pouvez choisir votre ouverture (de f2,8 à f16)
Vous pouvez dans ce cas utiliser un flash électronique et si, cerise sur le gâteau, vous trouvez un Canolite D – le flash dédié au Canonet 28 – vous pouvez rester en mode automatique et vous serez alors synchro aux vitesses. Notez que je pense que le petit flash, le Kako 220S donné avec mon exemplaire est synchronisé.
La sensibilité des films utilisables va de 25 Asa à 400. Ce qui peut paraître peu, d’autant que, en position automatique, si l’appareil considère que vous êtes hors de sa plage de fonctionnement, il va se bloquer, vous empêchant de prendre la photo et – selon les vœux des ingénieurs nippons – vous empêcher de gâcher de la pellicule sur ou sous exposée. La cellule EE (Electronic Eye) est une CdS.
La seule solution alors est de passer en manuel, avec – pourquoi pas – une cellule à main et à recomposer votre cliché.
Un mot aussi du viseur, clair, bien dégagé et complet. Vous avez des lignes jaunes bien lisibles pour délimiter les lignes de cadre, dont celles corrigées pour la parallaxe et, sur la droite, l’échelle des vitesses. Le patch, jaune, est bien visible. Facile à mettre au point et rapide (avec un minimum d’entrainement).
Sa forme carrée, typique de ces années-là, le rend agréable à prendre en mains. Pas trop lourd (+/- 500gr), pas trop grand, il est facilement transportable et ne ruinera pas vos cervicales en cas de longue balade dans les rues.
Le mettre dans une poche me semble difficile, mais un petit sac suffit.
Même si son objectif est considéré comme « lent » – un 40mm ouvrant à f2,8, sa construction de cinq éléments en quatre groupes lui donne une belle cohérence et il s’en tire plutôt bien, même en cas de faible lumière.
La mise au point commence à 0,80cm, ce qui le rend confortable à l’utilisation « passe partout » à laquelle il est destiné.
En pratique :
vous ouvrez le dos de l’appareil en tirant sur la bobine de rembobinage, à gauche. S’il n’est pas équipé du système QL, il n’en demeure pas moins facile à charger d’une nouvelle pellicule
le déclencheur est lui aussi assez court et précis, assez silencieux. L’obturateur étant dans l’objectif, il n’y a quasi pas de vibrations au déclenchement (pratique si vous êtes à la limite du « bougé » en faible lumière
l’armement est relativement court et précis. Comme souvent, le levier peut être éloigné du corps pour un réarmement plus rapide, si besoin.
sous l’appareil, vous ouvrez la petite porte coulissante en plastique noir et glissez dedans soit un PX625 soit un adaptateur dans lequel vous glissez une LR44 ou, mieux, une pile bouton comme on les met dans les appareils auditifs, une 675(pensez cependant que ces piles zinc-air se déchargent plus vite)
lorsque le film est engagé, un petit témoin (petite fenêtre au dos du boitier) vous indique si celui-ci est bien attaché et avance correctement
vous réglez la sensibilité au moyen d’une petite tirette sur le côté gauche de l’objectif (de 25 à 400 Asa)
vous visez à travers l’objectif et vous réglez la distance avec la bague en alu striée sur les côtés pour amener le patch jaune en coïncidence avec le sujet
soit vous avez réglé l’appareil sur A et il se charge de tout, en ayant en mémoire que si la scène est sous ou sur exposée, il refusera de déclencher, à moins d’avoir monté un flash sur la griffe
soit vous êtes en manuel et vous réglez l’ouverture à votre mode, de f2,8 à f16
en fin de film, vous appuyez sur le petit bouton sous la semelle, qui va déverrouiller le mécanisme et vous rembobinez avec la molette de gauche
Comme vous pouvez le constater, je dois changer les mousses ..
Difficile de faire plus simple, non ?
Ne nous trompons pas, si les GL 17 GIII, voire GL 19 GIII tirent la couverture à eux sur le marché de la seconde main, avec des prix souvent indécents, le Canonet 28 reste un investissement (le vilain mot !) intéressant.
Moins sophistiqué que ses grands frères, il rend néanmoins d’excellents services et de nombreux photographes l’ont bien compris, qui s’en servent sans jugement mais pour leur plus grand plaisir.
La qualité de ses photos, sa simplicité de mise en œuvre et de manipulation en font un « must have » presque incontournable quand votre portefeuille est moins bien garnis et que, cependant, vous voulez vous lancer dans l’argentique sans trop de risques.
Autrement dit, si vous en trouvez un à prix intéressant (max. 40€), en parfait état, ne le boudez pas, il sera un fidèle compagnon de voyage.
Tout au plus, vous devrez changer les mousses de la chambre, une opération bénigne qui vous occupera une demi-heure tout au plus. Si vous ne sentez pas l’âme de découper les mousses, vous en trouverez ICI toutes prêtes et d’excellente qualité sinon LA.
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