Le Yashica Campus, comment bien commencer la photographie argentique

Le Yashica Campus, comment bien commencer la photographie argentique

Préambule.

Ce jour-là, j’avais pris un peu d’avance sur mon épouse lors d’une brocante, le nez en l’air à la recherche d’une petite perle à vous raconter plus tard. Mais comme d’habitude, quelques brocanteurs n’en étaient qu’au début de leur déballage.

Et voici que mon téléphone sonne : dis, les Yashica, tu m’as dit que c’étaient de bons appareils ? Oui, en effet, en général en tout cas, ce sont de bons boitiers, pourquoi ? Tu n’as pas vu celui dans un demi-sac en cuir, un Campus ? Ben non. Le vendeur en veut combien ? Petit conciliabule entre le vendeur et mon épouse … Pas cher, je le prends, à tout à l’heure.

Et voilà comment ce télémétrique a atterri dans le sac de mon épouse.

Un peu d’histoire.

Vous la trouverez dans les différents articles que j’ai déjà consacré aux modèles de la marque, mais, en résumé, sachez que c’est en 1949, à Nagano (Japon) que Yoshimasa Ushiyama,fonde la Yashima Seiki Company. D’abord spécialisée dans les composants électriques, elle se lance rapidement (1950) dans la fabrication d’appareils photo, notamment des TLR (Twin-Lens-Reflex ou réflex double objectifs). Le but est de produire des TLR de qualité bien plus abordables que les très couteux Rolleiflex. Le Yashica Mat devient cette autre référence.

En 1958, Yashica s’inspire du Contax pour fabriquer son premier télémétrique à objectif fixe, le 35. Cet appareil aura une longue descendance …

Yashica, qui désire se développer dans le secteur, rachète toujours en 1958, un petit constructeur de télémétriques Nicca (Nippon Camera). Cette société fabriquait d’excellents appareils inspirés des Leica, avec des objectifs interchangeables en monture M39 à vis (Leica, Nikon, Canon, Steinheil, Carl Zeiss, …).

Quand je note inspiré des Leica, plus précisément du Leica III que Nicca va améliorer encore et du rachat de Yashica sortiront les Yashica YE et YF, malheureusement trop complexes et qui n’auront pas de succès

Mais sur la base de ces appareils, Yashica sort la série des M (ou Minister), un télémètre à objectif fixe qui propose déjà une cellule au sélénium, non couplée (1960).

Toujours en 1960, Yashica sort le Lynx 1000, qui ouvre la gamme des Lynx 5000, 14, 5000E et 14E. Ce sera une gamme plus luxueuse, destinée aux photographes aguerris. Le Lynx 1000 dispose d’une cellule au sélénium, couplée et d’un obturateur Copal qui propose alors le 1/1000s. Deux lignées existent alors ; les M pour tout le monde et les Lynx pour les puristes.

1966 voit naître le Yashica Electro 35, qui aura aussi une longue et prolifique descendance puisqu’il sera produit, avec des innovations successives, jusqu’en 1986.

Où se place alors le Campus ? Disons que celui-ci est le successeur du J, un appareil, comment dire, un peu soupe aux pièces qui restent ! En effet, ceux qui l’ont démonté peuvent dire que le corps serait celui du Lynx 1000, l’objectif et l’obturateur viendraient des surplus des YE, par exemple. Bref, on ne gaspille pas, on recycle et on sort un petit télémétrique pas cher.

Le Campus sera donc essentiellement le boîtier du modèle J avec une mise à niveau de l’objectif et de l’obturateur. Il sort au Japon en 1962.

Yashica collaborera avec Carl Zeiss pour créer la marque Contax (1975). Elle continuera aussi à produire des appareils équivalent sous sa propre marque (voir les Yashica FX-1ou le Yashica FR-1). Ses reflex (SLR pour Single Lens Reflex ou reflex à un seul objectif) introduisent encore des technologies avancées pour leur époque, comme l’exposition automatique.

Yashica continue sa philosophie d’offrir un très bon rapport qualité/prix, auquel s’ajoute une fiabilité mécanique reconnue. La grande production d’appareils compacts, ses reflex et même ses TLR sont plébiscités par un public toujours plus nombreux.

Hélas, toutes les bonnes choses ont une fin et Yashica encaisse très mal la crise du marché argentique et elle cesse ses activités début des années 2000. Elle sera rachetée mais le nouveau groupe tente très maladroitement de revenir en proposant des appareils d’entrée de gamme en … numérique.

Présentation du Yashica Campus.

Le Yashica Campus est donc issu du Yashica J, amélioré mais gardant certaines limitations car il ne possède pas de posemètre (ce n’est pas grave) et le viseur ne dispose pas de lignes pour compenser la parallaxe même s’il est collimaté (pas irrémédiable non plus, c’est une question d’habitude d’utilisation).

Son obturateur est un Copal SV qui donne des vitesses de 1s à 1/500s, plus pose B et un retardateur. La synchronisation des flashs se fait à toutes les vitesses pour la synchro X (flash électronique) et 1/30s pour les flashs à ampoule.

Gros plan de l'objectif d'un appareil photo Yashica Campus, montrant les réglages de vitesse et d'ouverture.

L’objectif est un Yashinon de 45mm ouvrant de f2,8 à f22. Il possède 4 lentilles. Facile a régler grâce au gros bouton fixé sur le pourtour de la bague des distances. Un tableau d’échelle de profondeur de champ est bien entendu visible sur l’objectif.

Sur le fut de cet objectif, outre la bague des distances (près du corps), vient ensuite celle des ouvertures puis celle de vitesses. Bien crantées, elles tiennent. Le retardateur, c’est cette petite tirette en bas, à n’armer que lorsqu’on a tiré sur le levier d’armement. Sur la gauche, la tirette du flash, à positionner sur X ou M. La prise pour les flash est à droite, à côté de l’objectif.

Les filtres éventuels sont au diamètre de 46mm, à viser.

Il possède un télémètre à coïncidence couplé avec un patch rectangulaire orange.

Pour ouvrir le dos du Campus, il faut appuyer et faire glisser vers l’avant le petit bouton sous l’appareil. Ce n’est pas toujours facile, mais on s’y fait.

Le chargement est facile avec une belle fente prévue dans la bobine réceptrice. Attention, il fut remettre le compteur à zéro manuellement (sous le levier d’armement).

Vue détaillée du dessus d'un appareil photo télémétrique Yashica Campus, mettant en évidence le bouton de réglage des vitesses d'obturation et le compteur de vues.

Lorsque vous avez terminé votre bobine, il suffit d’appuyer sur le petit bouton sur la semelle et de rentrer le film dans son logement via la manivelle à gauche.

Du simple, du facile à utiliser, du solide car 60 ans plus tard le boitier fonctionne toujours.

Photos prises avec le Yashica Campus, ICI.

Que penser de cet appareil ?

Ici pas de cellule au sélénium qui risque d’être épuisée ni d’autre au CdS dont on aurait oublié de retirer la pile. Si vous voulez une cellule, c’est une bonne manuelle qu’il vous faut. Sinon, le bon vieux système du Sunny 16 est toujours d’application.

Le télémètre se règle facilement et vous donne la garantie d’une image identique à celle que vous aviez vue. C’est d’ailleurs, me semble-t-il, un excellent appareil pour apprendre à utiliser cette manière de photographier car il n’y a rien qui vient vous distraire, juste vous et le cadrage, la mise au point et clic-clac c’est dans la boite !

En plus, mais c’est toujours très subjectif, même si nous avons appris dans son histoire qu’il a été fabriqué avec des pièces en trop, il est bien équilibré et juste dans la lignée de ces beaux appareils des années soixante, quand le métal était encore majoritaire.

On pourrait lui reprocher un objectif à l’ouverture un peu faible (f2,8) mais, franchement, il est dans les meilleurs de sa catégorie et c’est du Yashinon, réputé.

Pour moi, ce fut une belle découverte et un plaisir de le manipuler pour vous le présenter.

Au niveau prix, c’est un appareil qui devrait se négocier dans les 40€ en très bon état et 45€ s’il possède son sac tout prêt en cuir complet.

Un bel appareil a essayer, vous ne trouvez pas ?

Vidéos d’illustration.

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi, c’est par LA.

Fabricant : Yashica Co. Ltd, Japon
Modèle : Yashica Campus
Type : Appareil photo télémétrique 35 mm
Année de production : 1962
Film : 35mm (Type 135)
Taille de l’image : 24 x 36 mm
Matériau : Métal, partiellement chromé
Objectif : Fixe. Yashinon f=4.5cm f 1:2.8
Mise au point : Télémètre couplé
Plage de mise au point : 0,8 mètre – infini
Viseur : Viseur lumineux avec des marques de correction de parallaxe de base
Obturateur : Obturateur Copal SV, vitesses de 1s à 1/500s
Ouverture : automatique de f/2.8 – f/16.
Flash : réglages X (flash électronique) et M (magnésique – ampoule). Sabot sans contact
Contact Flash : Contact PC à côté du barillet de l’objectif.
Avance du film : levier situé sur le dessus de l’appareil photo
Dimensions : 130 x 84 x 72 avec objectif
Filetage du filtre : 48 mm
Comment ouvrir le compartiment du film : basculez le levier en bas à gauche sur la position O et poussez.

Des références.

https://camera-wiki.org/wiki/Yashica_Campus, https://cameragocamera.com/2022/01/14/yashica-campus/, https://www.3106.net/photo/cam1049.htm, https://www.yashica-guy.com/document/chrono2.html, en anglais ; https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-11893-Yashica_Campus.html, https://focusargentique.fr/appareils-photo/yashica/, https://www.suaudeau.eu/memo/pratique/tel_yas.html, en français

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