Recherche rapide : Préambule – Un peu d’histoire – Présentation du Kinaflex – Que penser de cet appareil ? – Vidéos d’illustration – Un peu de technique – Des références
Préambule.
Cela fait une semaine que je dois ranger ce Rolleiflex qui est à côté de mon bureau mais au moment où je le prend en mains, je me rends compte que c’est la boite marquée Kinax que j’avais à mes pieds !
Quand ais-je acheté celui-ci ? Sans doute à la brocante de … je ne m’en souviens plus, l’âge sans doute …
Mais trêve de plaisanterie, je me souviens que cet appareil m’avait, comme souvent, intrigué et c’est pourquoi je vous le présente aujourd’hui.
Un peu d’histoire.
Elle est compliquée, disons-le d’emblée !
Gustave Pierre Jousset, né en 1868 à Paris, est représentant de commerce avec son frère Emile Albert (né en 1870) alors architecte. Ce dernier rencontre Auguste Dumont et obtient de construire son usine. Cette entreprise est spécialisée dans l’ébénisterie et fabrique notamment des pièces pour Bellieni. Gustave Jousset rencontre à cette occasion Auguste Dumont, dont il devient le fondé de pouvoir des Ets. A. Dumont.
Les Ets. A. Dumont produisent alors les Indiscret et Indiscret Stéréo, très proches des Gamine de Mattioli, deux sociétés qui sont selon toute vraisemblance, en relation.
C’est sans doute à cette occasion que le constructeur d’obturateurs et autres accessoires destinés à la photographie, Gaëtan Mattioli, rencontre Gustave Jousset.
Celui-ci désire remettre son exploitation. C’est Gustave Jousset qui s’en porte acquéreur (1908) et pendant près d’un an, Mattioli fait la passation de savoir. Ainsi, les obturateurs Mattioli deviennent Jousset.
Auguste Dumont décède fortuitement en 1909. Gustave Jousset reprend alors la production des pliants Indiscret.
Gustave Jousset continuera les productions de Dumont et Mattioli et élargit un peu la gamme des obturateurs en intégrant les type Guerry à son offre.
La Première Guerre Mondiale interrompt les activités, que Gustave Jousset relance ensuite en s’associant avec la Maison Hébert (1922). Deux ans plus tard, l’association se dissout et Gustave Jousset se spécialise dans la construction de pliant (folding) en 6,5×9 et 9×12 à châssis métalliques pour plaques de verre ou film, de pieds photographiques et de pinces pour le développement dont la Pince Idéale brevetée en 1895.
S’il produit toujours des appareils photo c’est essentiellement pour des revendeurs car il laisse dans l’anonymat la majorité de sa production. Son fils cadet, André, le rejoint dans la société.
La Seconde Guerre Mondiale interrompt à nouveau la production de l’entreprise, qui renaitra ensuite sous le nom Anciens Ets. Jousset, Société Industrielle de Photographie et d’Optique. Petit à petit, Gustave Gousset laisse les rennes de l’entreprise à son fils André.
C’est en octobre 1945 que la nouvelle société dépose la marque Kinax et entre 1945 et 1950, elle déposera quatre brevets autour de cet appareil.
Pour simplifier les choses, le premier brevet déposé en 1945 l’est au nom des Anciens Ets. Jousset, celui de 1948 le sera sous le nom de la Société Industrielle de Photographie et d’Optique (IPO), tandis que ceux de 1949 et 1950 le sont au nom de la Société Kinax S.A.
Finalement, la production se concentrera sur des folding 6×9 et quelques appareils bis-objectifs (TLR) 6×6 dont le fameux Kinaflex, même si ce dernier est inspiré du boitier fabriqué par ATOMS, qui sera d’ailleurs la base de nombreux autres TLR français comme l’Aiglon, le Luxoflex et l’Atoflex.
Il faut se souvenir que les premiers constructeurs et producteurs de TLR, avant la Seconde Guerre Mondiale, étaient essentiellement Allemands, avec en tête de file l’inventeur du genre, la firme Franke & Heidecke et leur Rolleiflex (1929).
Ce n’est qu’après cette période que les français, entre autres, se lanceront dans la construction de ce type d’appareil, le champ étant libre et, il faut bien l’avouer, l’aventure du pliant (folding) commençait franchement à s’essouffler.
In fine, la société Kinax s’éteindra en 1958, après la série Kinaflex (6×6), celle d’une caméra stéréoscopique.
Présentation du Kinaflex.
Ce TLR est donc basé sur l’Atoflex fabriqué par Atoms. C’est un TLR (Twin Lens Reflex) assez classique, équipé d’un objectif Anastigmat de 75mm f3 pour la visée et d’un Flor Berthiot de 75mm f3,5 pour la prise de vue. L’obturateur est un Atos-2 qui offre des vitesses de 1s au 1/300s plus pose B.
C’est un boitier tout en métal, recouvert de faux cuir noir, avec une face avant en métal un peu proéminente qui porte les deux objectifs.



Le Kinaflex (1951) est un 6×6 qui offre la particularité de faire la mise au point par rotation des deux objectifs, liés par un système par rotation des deux objectifs en même temps. La mise au point est assurée par une rampe hélicoïdale. Une échelle de profondeur de champ est gravée sur l’objectif du dessus


Un Babyflex, faux TLR, sera aussi produit mais il n’offre pas d’intérêt étant très simpliste.
Seconde particularité, le capuchon de visée offre en son centre une lentille qui, associée au viseur sportif, rendrait la visée plus confortable et fine.
Les vitesses se sélectionnent avec une roue crantée sous l’objectif, un simple point servant de repère. L’armement se fait avec un levier situé à droite, qu’il faut monter vers le haut une fois la vitesse choisie et le déclenchement s’opère avec un levier à l’opposé, qu’il faut aussi faire monter. Il n’y a pas de retardateur. Un trou fileté, sous le déclencheur, permet de fixer un câble. A son opposé, une prise PC pour le flash, sans doute synchronisé à toutes les vitesses, aucune mention de type de flash n’étant reprise (ni X ni M). Les deux rigoles chromées sous l’objectif permettent de fixer les fils du flash et le câble de déclenchement.




Quant aux ouvertures, elles se règlent avec un petit levier, sur la gauche, de f3,5 à, f16.
La grosse molette, sur la droite du boitier, ne sert qu’à l’avancement du film. Il n’y a pas de protection contre les doubles expositions.
Pour ouvrir le dos, il faut faire glisser un bouton au dessus, ce qui libère deux crochets. Au dos, une simple fenêtre en rouge inactinique sert de compteur. Un petit bouton rond permet de masquer la fenêtre.

Et là je me maudis un peu car j’ai commis une erreur de débutant en ouvrant l’appareil alors qu’un film y était engagé. Je n’avais pas vu de chiffre ou autre dans la dite fenêtre rouge (on n’y voit rien !). Dommage, ce seront sans doute quelques images gâchées !
Toujours est-il que lorsque vous l’ouvrez, c’est tout le dos qui s’escamote. Il faut, pour le refixer, veiller à ce que 2 petits tenons à l’avant soient bien engagés dans les trous de la porte avant de refermer et de mal le placer et donc de causer des fuites de lumière.
Quand au capuchon du viseur, il suffit de le relever pour qu’il se déplie automatiquement mais par contre, il faut replier les parois une à une pour le refermer. Un trou, percé dans la paroi arrière, permet de faire une visée dite sportive, à hauteur d’œil, grâce à la lentille sur la face avant, Ce n’est guère précis mais ça aide (un peu). Une petit loupe est intégrée aussi à la face arrière et permet de faire une mise au point plus fine sur le dépoli. Mise au point qui commence à 1,5m seulement, jusque l’infini.


Par dessous l’appareil, un pas de vis permet de le fixer sur un trépied.


Que penser de cet appareil ?
La publicité d’époque nous racontait déjà des histoires : … comporte les perfectionnements que l’amateur averti exige d’un Réflex à deux objectifs. Puis vient le prix, 25.030 fr de l’époque.
Pourtant, si je regarde un Semflex du même moment, il est plus sophistiqué et sensiblement au même prix. Un Meopta Flexaret III ou un Rolleicord III, encore mieux pourvu, offraient aussi des alternatives intéressantes.
Soyons honnête, l’appareil n’est pas médiocre, loin de là (nous ne sommes pas chez Lubitel) même s’il a des lacunes. Tout le nécessaire est là : un bon objectif de visée clair (f3), un objectif de prise de vue agréable (le Flor Berthiot a bonne réputation), un déclencheur qui offre une vitesse dans la moyenne (1/300s), une construction sérieuse.
Avec son beau sac tout prêt en cuir, il a même fier allure.
Mais voilà, c’est un appareil qui n’a pas vraiment d’âme, de fantaisie, de ce petit quelque chose qui fait qu’on le retient.
Finalement, son pire défaut c’est d’être trop semblable à d’autres, muris sur le même moule que l’Atoms. Cela se ressent au niveau des prix si vous voulez en acquérir un : vous en trouverez en bon, voire très bon état dans une fourchette de 50 à 110€ pour les plus parfaits.
C’est là une manière de se mettre au moyen format sans faire trop de frais, avec un vrai boitier école, solide et qui vous laissera encore assez d’argent que pour acheter des films et faire des photos.
Qu’en pensez-vous ?
Vidéo d’illustration.
Un peu de technique.
- TLR 6×6
- KINAX sur base : Atoms, modèle Kinaflex
- Visée reflex sur dépoli
- Mise au point par rotation des objectifs couplés par engrenage
- Objectif de prise de vue : Som Berthiot Flor f:3,5/75mm ; de visée : Anastigmat 1:3/75mm
- Obturateur Atos II 1s-300e +B – avec armement préalable – mise au point de 1,6m à l’infini
- Flash : oui – prise coaxiale
- 1Avance du film : Bouton
- Format : 6×6, bobine 120
- Pays : France
- Année de construction : 1951
Des références.
https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-1342-Kinax_Kinaflex.html, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-501-Atoms_Atoflex%20I.html, http://glangl1.free.fr/Liste-Kinax.html, https://www.collectiongeven.com/piwigo/index.php?/category/745, http://glangl1.free.fr/Liste-Atoms.html, https://fr.wikipedia.org/wiki/Kinax, en français ; https://en.wikipedia.org/wiki/Twin-lens_reflex_camera, https://camera-wiki.org/wiki/Kinax, https://collectiblend.com/Cameras/Kinax/Kinaflex.html en anglais


Bonjour J-P, quand j’ai vu les photo de ce KINAFLEX, j’ai presque cru à une copie d’un LUBITEL ! Et oui, même système de mise au point, ouverture du dos similaire… Bref, plein de petits détails qui collent parfaitement avec mon LUBITEL II (à part que le LUBITEL est totalement noir). Maintenant, en regardant la date de mise sur le marché, j’ai plutôt l’impression que ce sont nos mais russes qui ont copié le boitier. Quand tu nous donnes une fourchette de prix, je trouve que même à 50 Euro, c’est encore un peu cher pour le type d’appareil. J’ai dû payer mon LUBITEL II à peine 50 francs (donc moins de 10 euro d’aujourd’hui). Bonne soirée…
Bonsoir Olivier, n’oublions pas qu’ici tout est métal et que les objectifs, surtout celui de prise de vue est quand même qualitatif, en tout cas beaucoup plus que le Lubitel. Et quand tu vois les prix que certains demandent pour pour ce dernier, le prix du Kinaflex n’est pas usurpé. Il durera bien plus longtemps, la preuve, 70 ans après, celui-ci fonctionne comme au premier jour. Bien amicalement.