Un objet bien utile, une cellule Sekonic Studio Deluxe.

Un objet bien utile, une cellule Sekonic Studio Deluxe.

Préambule.

Zut, elle a failli tomber ! Il faut dire que ça fait un moment que je la déplace ça et là en me disant qu’il faut lui consacrer un article … et vous savez comment c’est dans ces cas-là, on reporte, on reporte …

Mais si je veux lui éviter un sort funeste et la ranger dans un endroit sûr ou, mieux, dans le sac photo, je vais m’y mettre aujourd’hui.

Car on l’oublie souvent, mais avoir une cellule externe performante est souvent un atout précieux en photo argentique, tous les anciens appareils n’étant pas pourvu d’un tel accessoire, ou il est en panne, à cause du temps passé.

Car oui, aujourd’hui je vais vous présenter une cellule à main, mais pas n’importe laquelle car celle-ci est une véritable légende : pensez-donc, celle que l’on surnomme affectueusement la Studio a fait ses premiers pas en 1957 et elle est la réplique d’une cellule américaine née au début des années ’40.

Un peu d’histoire.

Le pilier sur lequel repose la photographie est un triangle équilatéral , au sens où la vitesse de l’obturateur, l’ouverture du diaphragme et la sensibilité du film ont la même importance et se dosent l’un par rapport à l’autre.

Si la vitesse et l’ouverture sont mécaniques, la sensibilité du film est chimique.

Reste le point essentiel : la lumière. C’est celui qui a donné son nom au mot photographie qui, étymologiquement, veut dire peindre avec la lumière.

Comment la mesurer ? L’histoire est riche d’essais en ce sens mais je me contenterai de ce que l’on peut appeler l’ère moderne de celle-ci car c’est en 1932 qu’apparaît le premier compteur photoélectrique, présenté par Weston Electrical Instrument (New Jersey). Le modèle Weston 617, puisque c’est de lui qu’il s’agit, utilise une cellule au sélénium.

Un posemètre Sekonic Studio Deluxe L-398 avec dials de mesure et instructions en relief, en position horizontale.

Le sélénium (Se, atome 34 dans le tableau de Mendeleïev) est en effet capable de produire un faible courant électrique lorsqu’il était exposé à la lumière du jour. Le courant produit pouvait être mesuré avec un ampèremètre car plus il y avait de la lumière, plus il y avait de courant. Weston a su créer une cellule qui réagissait à la lumière comme s’il s’était agit de la pellicule. Il a ensuite calibré l’échelle des réactions et a conçu un petit appareil capable de mesurer la lumière avec précision. Au photographe ensuite d’interpréter la lecture de l’appareil pour exposer correctement son image.

C’est ça le principe de base d’une cellule : mesurer la quantité de lumière qui lui tombe dessus. Au photographe ensuite d’interpréter sa lecture pour la retranscrire sur son appareil photo pour bien exposer le sujet.

La cellule Weston travaillait en lumière réfléchie et mesurait donc la quantité de lumière renvoyée par le sujet vers la cellule et, in fine, l’appareil photo et le film. Ce qu’on appelle la réflectance.

Il existe cependant une autre manière de mesurer la lumière, celle qui tombe sur le sujet lui-même et que l’on appelle la lumière incidente.

Pour la mesurer, il faut se mettre à côté du sujet et mesurer la lumière qui l’inonde en tournant la cellule vers l’appareil photo.

C’est ici qu’intervient un autre petit génie, Donald W. Norwood. Car s’il est facile de mesurer la lumière qui tombe sur un sujet à plat, c’est un autre débat lorsque le sujet est tridimensionnel. Dans le premier cas, un simple verre givré plat peut servir de diffuseur. L’idée de Norwood fut de placer un diffuseur en forme de demi cercle au dessus du capteur et il fit breveter son invention.

Les premiers appareils utilisant sa technique ont été fabriqué par Photo Research sous le nom de Norwood Directeur. Deux modèles étaient proposés : le Universal Model 121 pour les appareils photo et le Cine Model 12 pour les cinéastes (1946).

L’appareil avait une forme spécifique, différente de ce qui se faisait à l’époque : d’abord une partie cellule avec la lecture par aiguille et ensuite une partie supérieure avec le capteur, qui pouvait pivoter à 300°, ce qui permettait de toujours orienter le capteur vers l’appareil photo/la caméra et de lire en même temps la mesure enregistrée.

Un posemètre Norwood Director sur un fond blanc, présentant un design vintage avec un globon translucide en haut et un cadran de mesure noir avec des échelles pour la lumière incidente.

Remarquez la bulle blanche sur le dessus. C’est la photosphère, l’objet du brevet de Norwood. Deux autres couvercles étaient proposés à la vente : un diffuseur à disque plat – le photodisk – et une grille – le photogrid – qui modifiait la mesure de la lumière incidente vers la lumière réfléchie.

Dès 1947, Photo Research est remplacée par l’entreprise américaine Bolex, un importateur des appareils Bolex/Paillard, qui aurait racheté les droits sur les brevets et le nom commercial Norwood Director. Toutefois, Photo Resaerch a produit par la suite le Spectra, qui ressemble encore étrangement au Norwood Director, sans doute avait-il gardé quelques brevets ou droits car il n’y eut pas de procès entre les deux parties.

Je vous passe les péripéties d’autres changements de noms et de modèles car, dans le fonds, l’appareil restera toujours plus ou moins le même, sauf quelques détails esthétiques.

Toujours est-il que Sekonic, société japonaise active dans le domaine depuis 1951, acquiert les droits du Norwood Director de la dernière génération. Nous sommes en 1956. Le nom de l’appareil deviendra dès lors Sekonic Studio S ou Type S, fabriqué au Japon cette fois. Un nouveau remaniement cosmétique intervient et le modèle s’appelle dorénavant L-28.

En 1964, la Sekonic Studio L-28 bénéficie d’une évolution comme la modification du cadran de la face et le calculateur, redessiné, de nouveaux accessoires et une fonction de verrouillage de l’aiguille. Son nom officiel devient Sekonic Studio Deluxe modèle L-28C.

C’est finalement en 1976 que la Studio Deluxe est de nouveau mise à jour et se nomme désormais modèle L-398. Un modèle qui aura une longue vie et sera produit encore jusqu’en 2024 ! Une version à tirage limité à 2000 exemplaires fut même sortie en version dorée à l’or fin pour fêter la millionième Sekonic Studio Deluxe.

Présentation de la cellule Sekonic Studio Deluxe L-398

Imaginez la forme d’un galet plat, poli par les ans. D’un côté, un cadran plein de chiffres, de l’autre, une demi-sphère blanche et au milieu, une articulation qui permet de faire pivoter le dessus à 360°.



Pas de trappe pour y mettre une ou des piles, elle fonctionne toujours au sélénium. Par contre, dessous, au niveau de la plaquette d’identification, un creux pour y glisser un des accessoires.

Ce qui la distingue des cellules classiques, c’est cette sonde de mesure, pivotante, assortie de trois accessoires qui lui permettent différents types de mesure de la lumière.

Accessoires de mesure pour la cellule Sekonic Studio Deluxe L 398, comprenant une sonde demi-sphérique, un disque plat et une grille. Dispose d'un support en métal.
Les accessoires : High Slide (grille de pondération), Lumisphere, Lumigrid et Lumidisc

Le premier de ceux-ci est le Lumisphère, le globe demi hémisphérique blanc translucide. C’est lui qui permet la mesure de la lumière incidente. On mesure la lumière reçue par le sujet en dirigeant cette partie de la cellule vers l’appareil photo. De fait, la demi-sphère prend toute la lumière baignant la scène et donne une valeur juste. Il faut parfois la protéger de la main pour éviter les sources de lumières trop directes qui pourraient fausser la mesure. Ainsi lorsque l’on photographie un paysage, on tournera la cellule vers le boitier mais légèrement penchée vers le bas pour éviter les rayons du soleil trop directs. Une pression sur le bouton central et la mesure est faite. Lorsque l’on relâche le bouton, l’aiguille de la cellule se bloque à la valeur mesurée. On peut alors reporter les informations sur le cadran et déterminer le couple vitesse/ouverture qui correspond.

Le second est le Lumidisc, un disque de mesure plat, translucide. Celui-ci ne sert plus à une mesure globale mais à une mesure précise de la source lumineuse. On place la sonde contre l’objet à photographier et on dirige le Lumidisc vers la source de lumière pour faire la mesure. Cette méthode donne la valeur exacte de la quantité de lumière reçue, exprimée sur le cadran en Lux (et en bougie par pieds pour nos amis anglo-saxon). C’est la méthode à utiliser en studio, surtout quand on veut régler précisément les différentes sources de lumières et calculer le ratio pour fixer le contraste à la prise de vue.


Enfin, le troisième accessoire est le Lumigrid, pour mesurer la lumière réfléchie. On le fixe au dessus de la sonde, comme les deux autres mais ici on dirige la cellule vers le sujet et on ne mesure plus que la lumière que celui-ci nous renvoie. Attention, il vaut mieux être près de son sujet (+/- 30 cm) pour être certain de ce que l’on vise. Il n’est pas aisé de voir ce que la cellule pointe quand on est loin du sujet.

Vous avez lu trois accessoires et la photo ci-dessus vous en montre 4. Ce quatrième est une grille dont l’utilité permet de contourner le défaut de la cellule au sélénium, c’est-à-dire son étroitesse de la gamme de mesure. Cette grille, que l’on glisse dans une fente prévue en haut de la tête pivotante. Celle-ci a pour effet de décaler les valeurs mesurées de 5 valeurs. Sans cette grille, la cellule mesure les valeurs de lumière de 4 IL à 12 IL. Avec elle, le champ de mesure bascule de 9 IL à 17 IL (toujours pour 100 Iso).

Appareil photo Sekonic Studio Deluxe L-398 posé sur une surface, montrant un cadran de mesure et un globe demi-sphérique sur le dessus.



Comment cela fonctionne – t- il ? Là je vous invite à regarder la vidéo mise à votre disposition.

Que penser de cette cellule ?

Comme je le précisais en préambule, posséder une cellule à main est intéressant lorsque l’on travaille avec des appareils plus anciens. Soit parce qu’ils ne possédaient pas un système de mesure intégré, soit parce que celui-ci est défaillant après un nombre certain d’années (surtout ceux au sélénium embarqués dans le boitier).

L’avantage de celle-ci c’est pourtant qu’elle n’utilise pas de pile et donc qu’il ne faut pas la recalibrer si on doit changer cette dernière, passant des antiques piles au mercure ou au voltage de 1,35v à celui plus moderne de 1,5v. Comme on n’utilise sa fonction qu’en mode mesure, elle ne s’épuise pas aussi vite que sur les boitiers où le posemètre est souvent mal protégé.

Ensuite, vu la longévité du modèle, on peut gager qu’il est bon ! Il est surtout très polyvalent, ce qui le rend intéressant pour de nombreux cas photographiques.

Pour avoir une idée de son prix moyen, comme souvent, j’ai été faire un tour sur un grand site de vente et sa valeur fluctue de 50 à 100€ selon son état et, bien évidemment, ses accessoires, présents ou pas.

Si vous cherchez donc à vous équiper mais voulez rester dans le look de vos appareils, la Sekonic Studio Deluxe L-398 reste un très bon investissement.

Bonne trouvaille.

Vidéos d’illustration

Des références.

https://camera-wiki.org/wiki/Sekonic_L-398, http://www.jollinger.com/photo/meters/other/norwood-article1.html en anglais ; https://tokimeki.camera/fr/sekonic-l398-cool-light-meter/, https://theses.hal.science/tel-04914123v1/file/2024LEMA3004.pdf (une thèse de doctorat à lire sur le sujet de la mesure de la lumière), https://latelierdejp.org/2024/02/02/les-cellules-independantes/, en français

Reader Comments

  1. Même à l’ère du numérique, une cellule reste indispensable… en studio. Surtout pour les shootings au flash. Pour ce dernier mode, on utilise le plus souvent une version plus perfectionnée appelée flashmètre, mais le principe reste le même.
    J’ai personnellement un Sekonic L-308X.
    J’ai aussi dans un tiroir un antique Gossen Sixtino (je ne sais pas s’il est rare, mais j’aime bien son côté vintage).
    Bonne soirée à toi, Jean-Pascal.

    1. Bonjour Phil, ton Sekonic L-308X est le digne descendant de celle que j’expliquais. Très bon choix. Le monde des cellules demanderait à lui seul des pages et des pages tant il y eut de variétés et de type de fonctionnement. Un jour peut-être … Pour le reste, ta pratique du studio parle d’elle-même quant à l’utilisation de cet objet effectivement toujours indispensable. Bien amicalement et bonne semaine.

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