Recherche rapide : Préambule – Un peu d’histoire – Présentation du Praktica IV – Que penser de cet appareil ? – Vidéo d’illustration – Un peu de technique – Des références
Préambule
Ah, celui-ci trainait dans une vitrine poussiéreuse (j’ai fait les photos sans le nettoyer, pour vous donner une idée) de Jemeppe- sur-Sambre (La Belle Brocante) mais heureusement à l’abri de l’humidité.
Ce qui m’a frappé, c’est le côté tank russe de l’engin : tout en métal et taillé à la faucille !
Et aussi, je l’avoue, parce que je n’avais jamais vu un tel modèle de Praktica, et pourtant, il y en a quelques uns sur le site.
Tout à coup, le sac à dos m’a paru plus lourd, d’autant que celui-ci rejoignait une chambre Cambo (j’en parlerai un jour), certes incomplète, mais bien là,
Je sens que je vais faire quelques recherches sur ce costaud …
Un peu d’histoire
Cette fois, je vais essayer de retracer l’histoire de la photographie allemande à travers celle de cet appareil en particulier. Ce sera un résumé qui servira pour tous les Praktica, Zeiss Ikon, Balda, Welta, Contax, etc. qui apparaitront sur le site ultérieurement.
Alors, allons-y car nous commençons en 1756, en Autriche, avec Johann Christoph Voigtländer qui fonde la première société d’optique allemande.
En 1850, il est le plus grand fabricant d’appareils photo et accessoires de son pays.
Comme vous le savez, ces années sont propices aux développements de ce qui touche à la photographie, toute neuve : Joseph Nicéphore Niépce, première photographie en 1824 ; Louis Jacques Mandé Daguerre, daguerréotype en 1839 ; William Fox Talbot, premier négatif en 1840 ; Richard Leach Maddox avec le Gélatinobromure d’argent en 1871 ; Charles Cros et Louis Duco du Huron pour la première photographie couleur en 1871 ; Georges Eastman et John Carbutt pour l’invention et la commercialisation du film souple en 1888.
Mais revenons en Allemagne, pour une autre énumération, certes un peu longue (pour moi aussi), mais fondamentale pour ce qui va suivre :
- 1862, Richar Hüttig fonde sa société à Berlin,
- 1886, Paul Rudolph construit Abbe à Jena, une entreprise spécialisée dans l’optique
- 1886, fondation de l’Optik Anstalt C.P. Goerz à Berlin
- 1888 , le Dr. R. Krügener à Frankfurt am Main fonde aussi sa société
- 1889, Emil Wünsche ouvre sa boutique d’appareils photo et accessoires à Dresde
- 1889, fondation de Ernemann & Matthias à Dresde
- 1897, fondation de la Emil Wünsche AG, toujours à Dresde, la fabrique d’appareils photo
- 1898, Richar Hüttig fonde la Fabrik phtografischer Apparate R Hüttig & Sohn à Dresde
- 1898, changement de nom pour Heinrich Ernemann AG à Dresde
- 1899, fondation de Ernst Herbst & Firl Görlitz
- 1900, Abbe devient Palmos AG toujours à Jena
- 1902, elle change de nom pour devenir Carl Zeiss Jena Palmos AG, à Jena
- 1902, création de Süddeutsch. Camerawerk Körner & Mayer GmbH à Sontheim
- 1903, fondation de l’Optische Anstalt C.P. Goerz AG à Berlin
- 1908, création de Drexler et Nagels à Stuttgart
- 1909, le Dr Krügener, Emil Wünsche et Palmos fondent ICA AG à Dresde
- 1909, création de Nettel-Camera- Werk GmbH à Sontheim
- 1917, création de Contessa Werke August Nael à Stuttgart
- 1919, fondation de Contessa-Nettel Werk A. Nagel à Stuttgart
- 1920, changement de nom en Contessa-Nettel AG toujours à Stuttgart
- 1926, création de Zeiss Ikon AG, à Dresde, qui absorbe ICA, Erneman, Görlitz
- 1927, absorption de Goerz et Contessa-Nagel par Zeiss Ikon
- 1928, absorption de Nettel par Zeiss Ikon
Premier constat, un concentration très forte de ces industries à Dresde. Or, pendant la nuit du 14 et 15 février 1945, la ville va disparaître sous un déluge de feu : l’aviation américaine et anglaise embrasent toute la région et détruisent quasi toutes les entreprises, photographiques aussi.
Au terme de la Seconde Guerre Mondiale, Dresde se retrouve dans la zone sous contrôle Soviétique. Les usines encore debout en partie sont vidées de leur contenu et transférées à Jena, d’autres sont reconstruites sur place. Vous connaissez l’histoire de Contax, de Fed et les tribulations de la marque Zeiss Ikon qui deviendra Carl Zeiss Jena à l’Est.
Ces entreprises deviennent des VEB ou entreprises du peuple, c’est-à-dire qu’elles sont nationalisées par l’URSS, qui va imposer ses plans de développements.
Je reprends ma petite liste pour mieux saisir la suite :
- 1946, le VEB Welta – Kamerawerk
- 1951, le VEB Belca-Werk (l’ancien Balda Werk de Dresde)
- 1952, le VEB Altissa-Kamera-Werk de Dresde
- 1953, le VEB Kamerawerk Niedersedlitz de Dresde
- 1956, le VEB Aspecta (les anciens Müller & Wetzig et Filmosto Projektion, de Dresde)
- 1958, le VEB Kinowerke Dresden (le nouveau nom de Zeiss Ikon)
- 1959, création du VEB Kamera- und Kinowerk Dresden, qui absorbe toutes ces entreprises d’optiques et de photographies/cinéma
Finalement, en 1964 cet immense empire s’appellera VEB PENTACON DRESDEN Kamera- und Kinowerke. L’ogre russe aura tout avalé et mis à sa sauce, car il continue manger le VEB Feinoptisches Werk Görlitz (1968) et enfin Ihagee (Exakta et Exa) en 1969 . Ce mastodonte s’effondrera en 1990, à la suite de la chute du Mur de Berlin. Les 5700 employés de l’entreprise seront remerciés et l’usine de Dresde fermée.
De nos jours, Pentacon GmbH est devenue propriété de la société Schneider Optische Werke GmbH, installée à Bad Kreuznach, dont le nom est souvent abrégé en Schneider Kreuznach tandis qu’une autre partie s’est tournée vers la haute technologie, sous la bannière de Kamera Werk Dresden. Elle produit notamment les panoramiques Noblex et des appareils à usage industriel sous la marque Loglux.
Toutes ces dates pour resituer dans l’histoire contemporaine ce Praktica IV, né en 1959 lors de la Foire de printemps de Leipzig, encore sous la marque KW (Kamera-Werke Dresden-Niedersedlitz), un des derniers, car ensuite il sera marqué Pentacon.
Tiens, le saviez-vous ? Le nom de Pentacon viendrait de la contraction de pentaprisme, en référence au premier réflex mis au point à Dresde, et de Contax-Zeiss Ikon. Le premier Praktiflex fut inventé en 1939 par Alois Hoheisel, le premier a recevoir un pentaprisme. Ensuite, le premier Praktica sortira en 1949, fabriqué par la Mechanik Kamera Werkstätten VEB Niedersedlitz (KW) à Dresde.
Si je récapitule maintenant la gamme des Praktica, il y a la série des FX, construite entre 1949 et 1965, avec un prisme qui se retire et la possibilité d’y poser un viseur tunnel et les Praktica avec chiffres romains, qui ont eux un prisme fixe, qui sont basés sur les FX ; puis la gamme Nova, de 1965 à 1970 ; et enfin la gamme L, la plus connue, de 1970 à 1990.
Plus spécifiquement, entre 1959 et 1964, sept itérations verront les évolutions du Praktica IV. Outre quelque modifications esthétiques, il gagnera une cellule au sélénium, un télémètre, puis un à coïncidence et une lentille de Fresnel.
Présentation du Praktica IV
Incontestablement, il en impose dans son sac tout prêt que je vais devoir un peu réparer. Et quand on ouvre le sac, c’est encore plus impressionnant !



Ça, c’est du lourd, du costaud !
Voyons cela de plus près …
Si je tiens compte du sac tout prêt, celui-ci ferait partie des premiers appareils (1959 -1960) car il est encore estampillé KW et non Pentacon (environ 15.500 exemplaires produits). Mais si je regarde le cuir au dos du boitier, c’est déjà le logo Pentacon qui y apparait (1960 – 1964, environ 30.500 exemplaires produits). C’est donc une version deux du Praktica IV. Le plus frappant étant que le premier modèle possède un large bandeau noir sur le prisme alors que celui-ci a disparu sur le second, laissant un prisme tout métallique, qui fait très massif.


Vu du dessus, l’appareil est presque classique : une roue à droite, qui porte le compteur de vue, une double roue à côté du prisme, qui sert à régler les vitesses rapides et les lentes et de l’autre côté, un roue un peu spéciale car elle permet de rebobiner le film et elle sert de mémo pour le film utilisé.
Le compteur de vue doit être réinitialisé manuellement, puis il incrémente jusqu’à la fin du film (ici, le marquage est un peu effacé)
Voyez ci-dessous :

Vu en vrai :

Le dessous est intéressant, car le levier d’armement est placé en dessous, comme sur le Kodak Retina. Mais à la différence de ce dernier, il existe sur ce boitier un système de double armement. Ce qui ressemble à un bouton de l’autre côté n’est en fait là que pour porter le filetage pour un trépied et assurer l’équilibre de l’appareil lorsqu’il est posé à plat, avec le pied sous l’objectif. Par contre, le gros bouton, sur le capot, à droite, permet d’armer l’obturateur et de faire avancer le film (comme le levier du dessous). Disons que le levier du dessous est un peu plus rapide à actionner.
Lorsque vous utilisez le bouton, vous sentirez d’abord l’armement de l’obturateur et puis le mouvement vers le bas du miroir, ce que l’on ne ressent pas avec le levier rapide.
Ce système de double armement est complexe, gageons qu’il ne tombe pas souvent en panne !

Je reviens un moment sur la gros bouton de gauche car, comme je le notais plus haut, c’est aussi la manivelle pour rebobiner le film


Il faut lever un peu le plateau supérieur et le faire pivoter pour obtenir une manivelle tout à fait fonctionnelle et solide. Original et efficace. Le reste, c’est un mémo pour le type de film utilisé.
Pour ouvrir l’appareil, c’est tout simple, il y a un verrou sur le flanc gauche. Attention toutefois, c’est tout le dos qui tombe, il n’y a pas de charnière.


C’est toujours gênant ces dos qui tombent car on se demande toujours comment faire car on n’a que deux mains pour charger le film, armer, déclencher et tenir ce f… dos qui ne demande qu’à se faire la belle !
Le rideau est en tissu caoutchouté, qui fait peu de bruit lors du déclenchement, c’est un bon point.
Par contre – et nous sommes pourtant au seuil des années soixante – le miroir n’a pas de retour automatique. Concrètement, pour ceux qui n’auraient pas l’habitude, cela veut dire que la vision à travers l’objectif n’est possible que lorsque vous avez armé l’appareil. En d’autre temps, le miroir reste collé au dessus et vous ne voyez rien.
Pour les Pratktica à miroir avec retour instantané, il faut attendre les numéros V F et V FB, vers 1965.
En façade, deux prises pour la synchro flash. Il faut bien regarder sur le cuir car celui du dessus est marqué X (flash électronique) et celui du dessous, F flash à combustion). La synchro X est notée par un éclair sur le sélecteur des vitesses, mais sans préciser celle-ci, qui est de 1/40s.

Un mot bien sûr de l’objectif. Ici, c’est un Car Zeiss Jena Tessar de 50mm ouvrant à f2,8 (diamètre de 49mm) mais le tableau ci-dessous nous renseigne que d’autres options étaient possibles :

C’est un objectif à diaphragme automatique, comme le précise la brochure dont je m’inspire :

Lorsque vous voulez régler l’ouverture du Carl Zeiss Jean, vous devez impérativement pousser sur l’anneau du réglage, vers le boitier, et puis faire votre modification. L’anneau revient automatiquement à sa place.


La distance se règle elle, classiquement, avec la grosse bague à encoches, derrière, de 50cm jusque l’infini (la course est longue).
J’allais oublier deux choses : le petit bouton coincé entre la roue de droite et le sélecteur des vitesses : il sert à débrayer l’appareil pour pouvoir rebobiner le film et, accessoirement, à vous permettre de faire des doubles expositions.
Et la seconde chose, très importante, c’est justement le sélecteur de vitesses : si vous regardez bien quand vous armez l’appareil, le sélecteur tourne en même temps que l’armement. C’est comme sur les Fed et les Zorki. J’en conclu donc que le mécanisme doit être le même et dans ce cas, gravez quelque part cette maxime : toujours armer AVANT de modifier la vitesse pour éviter une salade de pignons, bien que le manuel indique que l’on peut sélectionner les vitesses avant ou après avoir armé !
Ceci étant, il existe donc deux gammes de vitesses sur le sélecteur : en rouge, de 1/2s à 1/10s et en noir de 1/25s à 1/1500s. Mais puisqu’on fait dans le compliqué, continuons car l’ordre des vitesses dans les chiffres noirs n’est pas arithmétique. En effet, l’ordre est 1/25, B, 1/500, 1/200, 1/100, 1/50 et 1/40 (ce qui est indiqué par un éclair plutôt que 1/40s pour indiquer la vitesse de synchronisation du flash).
Sur le sélecteur, il y a un second anneau, qui sert à sélectionner la gamme rouge ou noire. Il doit être soulevé et tourné pour aligner la flèche rouge avec la vitesses choisie. Autre chose surprenant, le sélecteur tourne lors du déclenchement, tout comme il le fait quand vous armez.

Sans égaler les Ihagee, ni le Nikon, le Canon, et d’autres plus tard, ce Praktica s’inscrit presque dans la tradition des systèmes, c’est-à-dire tout un ensemble d’accessoires dédiés, comme des tubes allonges, des trépieds, des bagues, des déclencheurs souples, des bans de reproduction, des œillères à baïonnette, par exemple (regardez le viseur ci-dessous).

Mais, me direz-vous, où est le déclencheur ?
En façade, le bouton qui dépasse, et qui est fileté. Ici encore, le fait d’appuyer vers le boitier éviterait, en cas de vitesses lentes, le flou de bougé.
Bon, ai-je fait le tour des choses étranges de ce boitier ?
Non, il reste un point rouge, sous le miroir, que je n’ai pas encore évoqué.

L’appareil possède un piston d’ouverture automatique pour que la photo puisse être composée avec le diaphragme ouvert à son maximum, pour plus de luminosité dans le viseur. Lorsque vous déclenchez, l’ouverture revient à celle que vous aviez déterminée. Le petit bouton rouge que vous apercevez sous le miroir engage le piston s vous le poussez vers la gauche et le dégage si vous le poussez vers la droite, ce qui peut-être utile avec une optique non automatique.
Que penser de cet appareil ?
Franchement, c’est plus un appareil destiné à la collection qu’à l’usage.
En effet, son poids, son miroir sans retour automatique, ses objectifs à piston, l’ordre des vitesses et la manière de les régler, le dos qui ne tient pas, … si tout cela pouvait en 1959 -1960 être justifiable eut égard au prix de l’engin, de nos jours, ce n’est vraiment guère pratique pour un usage courant.
Ceci étant, si vous avez envie de constater comment faisaient nos parents et grands-parents avec ce type d’engin, c’est une curiosité à tenter.
Pour ma part, il ne me tente pas mais je trouvais qu’il était intéressant à découvrir puisque j’ai déjà écris pas mal d’articles sur la marque, en tout cas sur les boitiers de la série L, plus modernes et qui sont les plus connus.
Enormément de photographes ont débuté avec un Praktica dans les années septante et quatre-vingt, car ils étaient des appareils simples, solides, faciles à utiliser et, surtout, très abordables financièrement, bien plus en tout cas que les excellents boitiers japonais qui avaient conquis tous les marchés.
Et lorsque les photographes avaient bien progressé et fait quelques sérieuses économies, ils passaient chez Canon, Nikon, Minolta, Pentax, Olympus, etc.
Vidéo d’illustration
Un peu de technique
Pour le mode d’emploi, c’est par LA.
- Praktica IV
- Créé par Horst Strele, fabriqué de juin 1959 à mars 1960
- Production : environ 30.500 exemplaires
- Obturateur en tissu caoutchouté à plan focal horizontal, vitesses de 1/2, 1/5, 1/10, 1/25, 1/50, 1/100, 1/200,1/500s plus pose B
- Viseur avec pentaprisme avec lentille de type Fresnel, miroir sans retour instantané
- Avance du film par levier situé sous le boitier et par le bouton d’armement à droite
- Compteur de vue manuel
- Objectif M42
- Flash : griffe accessoire sans contact, deux prises coaxiales sur le devant du boitier, synchro X et F
- Poids nu : 796gr
Des références
https://camera-wiki.org/wiki/Praktica_IV, https://oldcamera.blog/2015/12/12/praktica-iv/, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Praktica_IV_%26_V, https://www.35mmc.com/20/10/2025/prakticas-and-their-associated-lenses-building-a-film-camera-and-lens-system-at-reasonable-cost/, en anglais ; https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-12604-Pentacon_Praktica%20IV%20.html, https://focusargentique.fr/appareil-photo/praktica-iv/, https://fr.wikipedia.org/wiki/Praktica, en français ; https://www.praktica-collector.de/Praktica_IV_V.html, https://www.praktica-collector.de/142_Praktica_IV_B.htm , en allemand

