Recherche rapide : Préambule – Un peu d’histoire – Présentation du Petri Penta V2 – Que penser de cet appareil ? – Vidéos d’illustration – Un peu de technique – Des références
Préambule.
Cet appareil provient d’une dame qui voulait faire un peu de place dans ses placards et qui m’a demandé de le lui vendre.
Hélas, si j’ai pris l’appareil, j’ai dû lui montrer que le pauvre ne fonctionnait plus : miroir bloqué en haut, impossibilité d’armer et de déclencher, perte de sa plaquette d’identification sur le prisme et pastille sur le levier d’armement. Elle a convenu qu’il n’avait pas été préservé de la meilleure manière mais il l’avait accompagnée lors de ses voyages et il représentait un brin de nostalgie, remisée dans ses albums.
Si j’ai déjà eu des Petri, je ne connaissais pas ce modèle. Donc, même en panne, je peux en faire le tour et essayer de vous le présenter.
Un peu d’histoire.
Les entreprises japonaises ne sont pas toujours aisées à retracer car elles avaient la fâcheuse idée de changer régulièrement de nom et surtout parce qu’elles étaient souvent de petites sociétés plutôt artisanales. La plupart ont aussi commencé en vendant des articles destinés à la photographie, voire en vendant les appareils d’autres marques, avant de se lancer elles-mêmes dans la construction et la vente de leur propre matériel. Si leurs débuts semblent avoir été difficiles, les années cinquante et soixante ont vu leur âge d’or. Les plus fortes, financièrement et de par leur avance technologique, ont abordés l’industrialisation de leur production dans les années septante et celles-là ont survécu. Tant d’autres ont disparu, malgré leurs qualités, leurs approches particulières (parfois trop) et – c’est d’ailleurs là un paradoxe – certaines par leur obsession de la qualité (Miranda, Petri, Beauty, Bronica, Kowa, Minolta, Neoca, Taron, par exemple).
Kuribayashi Seisakusho fut l’un des premiers noms de Petri. Fondée en 1907 par Kuribayashi Yōji, elle fabriquait des trépieds et des boites noires. D’aucuns prétendent que sa véritable date de naissance serait 1918. Ses premiers bâtiments étaient situés à Shitaya (Tokyo).
Toujours est-il qu’elle commence à vendre des appareils photo en 1919 (les mêmes disent 1922, allez savoir !). Ceux-ci seront distribués par Minagawa, qui aurait choisi leur nom, des First. Leur premier appareil aurait été le Speed Reflex, un appareil à plaque grand format qui était fabriqué sur mesure, avec une grande variété d’objectifs et/ou d’obturateurs (un peu comme le Gaumont Spido Reportage).
En 1930, la société devient Gōshi-gaisha Kuribayashi Shashin Kikai Seisakusho (ouf !). Elle produit toujours des appareils baptisés First : des appareils pliants en 4,5×6 comme le Semi First, des 6×6 comme le First Six, des 6×9 comme le First Roll, des TLR en 6×6 comme le First Reflex. Ces appareils sont vendus comme fabriqués par First Camera Works, sans doute une autre idée marketing de Minagawa (qui repris les noms après la guerre pour des appareils fabriqués par Tokiwa Seiki).
Difficile de dire ce que faisait l’entreprise pendant la Seconde Guerre Mondiale. On sait juste que son usine et ses bâtiments administratifs situés à Shitaya (Tokyo) furent détruits lors d’un bombardement allié en 1945. Il lui restait une usine à Adachi (Tokyo).
Elle change de statut et de nom en 1949 et devient K.K. Kuribayashi Shashin Kikai Seisakusho avec un nouveau siège social à Chiyoda, toujours près de Tokyo. Elle en profite pour ne pas renouveler sa coopération avec Minagawa (qui garde ses First). Dès lors il lui faut trouver une autre marque. Elle choisi les noms de Karoron et Petri pour désigner ses nouvelles gammes : la première concerne des appareils pliant d’entrée de gamme et la seconde, son premier TLR, le Petriflex.
Commencent alors les années cinquante, qui voient la sortie du premier appareil en 35mm, le Petri 35 en 1954 et son premier reflex, le Petri Penta en 1959.
Ce premier reflex était plutôt compact, plus que les Nikon et Minolta de l’époque. Bien construit, il utilisait la monture M42 de Pentax. Le viseur était très lumineux, avec un écran de Fresnel, et au centre, un astucieux sitgnomètre à coïncidence en rectangle, qui permettait une mise au point rapide et facile. Le déclencheur n’était pas posé sur le capot mais en façade, comme sur les Praktica.
Mais sa vitesse était limitée au 1/500s et il ne possédait pas de prisme amovible et interchangeable, son objectif de dotation était un 50mm f2 très classique. Il ne sera jamais destiné au monde professionnel mais bien aux amateurs exigeants
1956, nouveau changement de nom : Kuribayashi Shashin Kōgyō K.K.
Finalement, comme d’autre avant elle, elle optera pour le nom de ses produits qui lui assuraient ses rentrées financières et la reconnaissance. En 1962, elle devient Petri Camera KK.
Le Petri 7S Circle-Eye System, à télémètre couplé et cellule au sélénium sort en 1963. Il est très bien construit et sera utilisé régulièrement par des professionnels dans les années soixante. Il sera suivi par un Petri 7S 2 en 1966, toujours télémétrique et cellule au sélénium. On les reconnait rapidement, grâce à la lueur verdâtre de leur viseur.

Toujours au rayon des compacts, en 1968, ils sortent le Petri 35, un magnifique petit appareil qui n’est pas sans rappeler le Rollei 35.
L’entreprise innove aussi et elle présentera un Petri Computor 35 en 1970 : télémétrique avec cellule au CdS couplée qui pouvait rivaliser avec les Electro 35 de Yashica.
Hélas, en 1977, l’entreprise fait faillite. S’ils fabriquaient de bons appareils, ils restaient toujours un peu à la traine au niveau innovation et, surtout, les entrées financières ne leur ont pas permis de passer à l’automatisation nécessaire pour la production de masse. Pourtant, les ouvriers et employés y croyaient : ils ont racheté l’entreprise, rebaptisée Petri Koguyo KK, qui a encore tenu quelques années. Leur dernier appareil fut le Petri MF-1, un réflex qui avait un gros défaut à la fin des années septante : sa monture était toujours la M42, incompatible avec les progrès de l’automatisation électrique et électronique des appareils de ces années-là. Et ne parlons pas de l’autofocus qui pointait le bout de son nez …
Pourtant quelques réflex Petri MF ont continué à être produit mais ils étaient fabriqués par Cosina.
La partie photographique de la société fut finalement rachetée par le groupe britannique Dixon en 1980, qui garda la marque comme marque interne encore quelques temps, puis celle-ci disparu.
Aujourd’hui, Petri Kogyo KK fabrique des télescopes.
Revenons un instant sur les réflex Penta : les premiers utilisaient la monture universelle M42 mais ensuite ils sont passé à une monture propre, dite à culasse : l’objectif se verrouille avec une baïonnette et un cercle métallique qui vient fixer le tout. La monture est munie d’un ergot, qui doit se positionner au centre haut de la platine, ce qui oblige bien souvent à maintenir l’objectif à la verticale pour qu’il tombe juste.
En outre, s’il y eut bien quelques réflex qui proposaient le 1/1000s, la technique d’arbre de transmission utilisée pour armer l’obturateur, lever le miroir et faire avancer le film d’une vue. Ce système, complexe, nécessitait sans doute trop de pièces et les appareils ne tenaient pas la vitesse du 1/1000s annoncé. Ils se sont donc limités au 1/500s.
Présentation du Petri Penta V2 ou Petri Flex V (USA).
Le premier Petri Penta a donc vu le jour en 1959. Relativement compact, son design était assez séduisant. Il propose une monture en M42, des vitesses de 1/2s jusque 1/00s plus pose B. Une vitesse de synchronisation du flash au 1/45s mais pas de griffe flash, sauf en option et pas de retardateur. Attention, il faut arrêter soi-même l’ouverture de l’objectif à la prise de vue.
Son successeur sera le Petri Penta V en 1960. Ce qui le différencie de son prédécesseur, c’est une monture désormais à baïonnette à verrouillage par la culasse, la fermeture automatique des objectifs à ouvertures prédéfinies, un obturateur qui va jusqu’au 1/1000s plus pose B, synchro flash toujours au 1/15s et un minuteur de +/+10secondes.
Et puis vient l’appareil qui nous occupe aujourd’hui, le Petri Penta V2 ou Petri Flex V au USA de 1961. Il propose les mêmes particularités que le Penta V sauf qu’il retrouve un obturateur limité au 1/500s, pour les raisons que nous avons vues ci-dessus.



Son design reste soigné avec cette bande de simili cuir sur le pentaprisme, qui sert à éviter les griffes si on monte une griffe flash (fixée sur l’œilleton de visée) et ce petit V en jaune vif, qui attire l’œil (bon, sur le mien, il est parti, zut !).

Il garde le verre de mise au point particulier avec son écran de Fresnel et le sitgnomètre rectangulaire qui fait son charme et sa facilité de mise au point. Sur certains appareils, le nom Petri est d’ailleurs gravé en bas à droite du verre (pas sur le mien, rezut !).

Outre la particularité de son arbre de transmission, l’appareil présente quelques subtiles astuces, comme le sélecteur du flash sur le capot, à gauche (FP = flahs à ampoules ou X = flash électronique), un joli compteur de vue sous verre rond, et – au bout du capot – un trou fileté pour y fixer soit une cellule autonome ou une griffe porte-accessoire (flash y compris).


S’il a toujours la baïonnette propriétaire, il existe aussi une bague d’adaptation pour y fixer des objectifs en monture M42 (une manière de ne pas se fâcher avec les propriétaires des anciens Penta qui ont investi dans des optiques).
Pour ouvrir le dos de l’appareil, il faut soulever une languette sur la tranche gauche pour libérer le verrou. Le dessin particulier de ce verrou facilité les choses car on peut saisir le bord avec le bout des doigts.

Revenons au capot de l’engin : à droite, le sélecteur de vitesses et à sa droite encore, le levier d’armement.

En dessous, une pastille rouge marquée d’un S très stylisé. Puis, en façade, le déclencheur incliné, très typé Praktica mais toujours idéalement placé (enfoncer vers soi le déclencheur évite les flous de bougé dus à l’appui sur le déclencheur du dessus). Sous ce dernier, le levier du retardateur et son petit bouton de lancement.

Sur la face gauche, juste la prise PC pour le flash et tout en dessous, une plaquette d’identification notée Petry Penta V Color Corrected Super puis, en tous petits caractères, le nom de l’entreprise.

La semelle ne nous réserve que le filetage pour la fixation d’un trépied et le petit bouton pour débrayer le film lors du rebobinage de celui-ci.
L’objectif est un Petri Orikkor CC (color corrected lens, en rouge) de 50mm ouvrant à f2. Rien de bien étrange si ce n’est la bague, en fonds, qui permet d’ouvrir ou de fermer le diaphragme. En fait, lorsque vous allez composer votre image, vous mettez cette bague sur la position Auto et de ce fait, l’objectif travaille à sa plus grande ouverture. Mais lorsque vous allez prendre la photo, vous devez remettre la bague sur la position Manuel et l’objectif se remet à la valeur d’ouverture que vous avez choisie. Il faut reconnaître que le système, présenté ici comme une exclusivité, était déjà un peu dépassé chez les concurrents.

Que penser de cet appareil ?
Hélas, comme le reste de la production des Petri, il n’est pas en avance sur son temps. Rappelez-vous, en 1959 sortait aussi un certain Nikon F qui allait révolutionner l’univers des reflex.
Rien de tel ici.
De plus, comme je le signalais au début, cet exemplaire a connu des jours meilleurs. J’ai d^refixer le levier d’armement qui avait perdu sa couronne et avait la fâcheuse tendance à vouloir s’en aller tout seul.
Ensuite, comme il était bloqué, j’ai eu la bonne vieille idée d’ôter la semelle, pensant naïvement pouvoir le relancer sans difficultés. Ben non, car même si je crois avoir compris le fonctionnement de l’arbre de transmission et ses interactions, il me faut toujours armer deux fois pour que j’entende le miroir se relever et l’obturateur se mettre en position de déclenchement. Ce qui n’est pas normal.
Enfin, le rideau en caoutchouc est tout plissé. Il se déplace lors de l’armement et le déclenchement mais je doute de sa totale opacité à la lumière.
Je crois que je tiens là un beau serre livre, suffisamment lourd (885gr avec l’objectif) que pour les tenir en place.
Faut-il en chercher un ? Pour de la collection pure, pourquoi pas, ils n’ont pas été produit à des quantités astronomiques et participent de l’histoire de la photographie nippone. Pour l’utiliser, j’ai des doutes car il est limité et moins pratique que d’autres, notamment à cause de sa monture propriétaire qui limite l’accès aux objectifs, difficiles à trouver.
Si jamais vous en trouviez un en bon état, fonctionnel et avec au moins un objectif de 50mm, ne dépensez pas plus de 40€ pour l’acquérir.
Qu’en pensez-vous ?
Des exemples de photos prises avec cet appareil ICI.
Vidéo d’illustration.
Un peu de technique.
Pour le mode d’emploi, c’est par LA.
Fabricant : Kuribayashi
Modèle : Petri Flex V
Année d’introduction : 1961
Format film : 35mm
Objectif : baïonnette Petri
Obturateur : plan focal mécanique horizontal
Minuteur : oui
Vitesses d’obturation : 1/2 – 1/500s, plus pose B, synchro flash 1/45s
Armement : levier à course longue
Compteur de vues : remise à zéro automatique
Viseur : pentaprisme
Écrans de mise au point : Fresnel, stignomètre à coïncidence de forme rectangulaire
Des références.
https://camera-wiki.org/wiki/Petri_Penta, https://en.wikipedia.org/wiki/Petri_Camera, https://beyondtheaperture.com/2023/02/review-petri-v-vi-petri-v6-135-35mm-film-camera/, https://mikeeckman.com/2016/06/petri-flex-v-1961/, https://www.pentax-slr.com/181841703.html, https://vintagecameradigest.com/petri-kuribayashi-flex-v/, https://mikeeckman.com/tag/petri/ (pour découvrir d’autres produits Petri), en anglais ; https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-20750-Petri_Petri%20Flex%20Penta%20V2.html, en français

