Argentique

Un reflex atypique : le Zeiss Ikon Contaflex

Préambule.

Celui-là, ça fait un moment que je l’ai acheté, je l’avais presque oublié. Quelle erreur car ce reflex est riche d’histoire, de celle qui fait avancer – ou pas – la technologie photographique.

Mais ne brûlons pas les étapes, commençons comme d’habitude par un peu d’histoire tout court …

Et ceux qui suivent le site se souviendront sans doute que j’ai déjà commis un article sur un Zeiss Ikon Contaflex Super, nous ne serons donc pas tout à fait en terrain vierge.

Un peu d’histoire.

Nous sommes aux débuts des années cinquante. A cette époque, les (presque) seuls réflex existant étaient des bis-objectifs (TLR), comme les Rolleiflex (pour rester en Allemagne).

Pourtant un vent nouveau commence à souffler et un autre reflex va voir le jour, avec des avantages indéniables par rapport aux doubles objectifs cités : ici le photographe voit directement le sujet à travers le viseur, il n’y a qu’un objectif (donc moins cher à construire) et c’est à travers cet objectif que sera prise la photo.

Pour mémoire, depuis 1947, le Hongrois Gamma Duflex était un réflex avec objectif interchangeable et avec miroir à retour instantané. Auparavant, les miroirs étaient asservis au déclencheur et ils restaient en position haute jusqu’au nouvel armement. Cet appareil utilisait un viseur comme sur les télémétriques.

Un appareil photo reflex Gamma Duflex vintage avec un design métallique et noir, présentant un objectif rond en avant.

Surtout, les reflex de l’époque étaient dépourvus de prisme pour la visée, celle-ci s’effectuant en levant le capot sous lequel reposait un dépoli pour viser son sujet.

Comme pour les Exakta de Ihagee.

Appareil photo reflex Exakta avec un design vintage, affichant un boîtier métallique et un objectif fixe. Le viseur est situé sur le dessus, et il y a des commandes visibles sur le dessus et les côtés de l'appareil.

Il faut attendra 1948 et le Rectaflex Italien pour voir apparaître le premier pentaprisme. Si avec la visée à hauteur de poitrine il fallait redresser l’image inversée gauche/droite et haut/bas, ici le pentaprisme a inversé l’image du viseur, ou autrement dit, a remis l’image à l’endroit. Cela a donc constitué un grand pas en avant, facilitant un cadrage beaucoup plus intuitif. Les objets qui se trouvaient à droite étaient également à droite dans le viseur.

Appareil photo Rectaflex noir et argent, à objectif interchangeable, présenté de face, avec un objectif visible au centre et des détails texturés sur le boîtier.

Petit aparté utile : un pentaprisme est en fait un morceau de verre à huit côtés, où seulement cinq de ces côtés sont réellement utilisé. Les deux côtés sont argentés et redirigent et reflètent la lumière du miroir. Les deux autres côtés laissent entrer et sortir la lumière. Le cinquième côté n’est pas utilisé optiquement mais est mis à plat pour la compacité.

Représentation graphique d'un solide en 3D avec des lignes de force indiquant la direction du mouvement ou de l'application de la force.
Tracé d’un rayon et formation d’une image par un pentaprisme-toit comme utilisé dans un appareil photo de type Reflex. Une des faces est séparée en deux avec pour effet d’échanger la gauche et la droite, ce qui compense le retournement de l’image dû à l’objectif

On considère généralement que 1949 a été l’année où le pentaprisme a commencé à être adopté par plusieurs fabricants, qui l’ont utilisé pour offrir la vision du niveau des yeux, et non plus de la taille, qui est devenue monnaie courante. Le Contax est-allemand de Zeiss Ikon, était le deuxième appareil photo équipé d’un pentaprisme, suivi du Praktica est-allemand.

C’est en 1950 que Ihagee lance l’Exakta Varex, qui sera le premier boitier SLR (single lens reflex ou reflex à objectif unique) à avoir des viseurs interchangeables, des écrans de mise au point, un condensateur (un écran qui a pour but de concentrer la lumière pour rendre la visée plus claire) et une loupe pour améliorer la visée (comme sur les TLR de type Rolleiflex encore une fois).

Les premiers Contaflex (1953)utilisent un obturateur central Compur et un miroir réflex avec un prisme mais avec un objectif fixe, auquel on pouvait ajouter des compléments optiques (Teleskop 1.7×, un téléconvertisseur et le Steritar A , pour photographier en stéréo. Ces compléments nécessitent un support spécial).

Pourquoi ces choix ?

Tout d’abord, il faut se souvenir que Zeiss Ikon, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, avait un besoin urgent de nouveaux appareils. L’usine initiale, à Dresde, avait été presque entièrement détruite lors de la guerre. Ce qui restait est passé à Stuttgart puis en Allemagne de l’Ouest. Bien que ce soit une catastrophe (seuls quelques prototypes avaient pu être sauvés), c’était aussi une formidable opportunité, celle de repartir à zéro, tant pour les machines de production que pour la création de nouveaux appareils.

Ensuite, un obturateur central à lames est peu onéreux, silencieux. Il contribue à la compacité du boitier et il autorise la synchro flash à toutes les vitesses. Et puis, aussi bizarre que cela puisse paraître de nos jours de grand normalisation, Zeiss Ikon considérait que c’était là un défi technique à relever car l’utilisation d’un tel obturateur dans un réflex impose des complications mécaniques lorsqu’il faut armer ce dernier puis renvoyer le miroir une fois que l’obturateur est relâché et le film avancé d’une nouvelle vue.

L’histoire est lancée et la concurrence réagit : trois ans plus tard, (1956), Kodak lance son Retina Reflex, suivi du Voigtländer Bessamatic et de l’Ultramatic.

Ces appareils étaient complexes et ils nécessitaient un assemblage de précision* et des matériaux de haute qualité. Seules quelques marques, allemandes, avaient plaisir à jouer de ces contraintes. Le marché était prêt et les ventes ont progressé pour les meilleurs, les plus fiables.

Toutefois, le choix de Zeiss Ikon d’imposer à ses clients de ne pouvoir utiliser toutes les focales voulues (puisque l’objectif était fixe et seulement accompagné de compléments optiques de 35mm à 115mm – ce que la marque considérait comme suffisant pour le photographe amateur) et que le concept ne permettait pas de pouvoir utiliser un miroir à retour rapide, plus confortable pour la prise de vue, ce choix donc fut fatal au concept.

Pourtant la famille Contaflex a connu des modèles améliorés, ceux avec cellule par exemple ou des gammes de lentilles et dans l’ensemble ces appareils se sont bien vendus … jusqu’à ce que Zeiss Ikon ferme définitivement ses portes.

*Un obturateur dans l’objectif nécessite qu’il reste ouvert avant que la photo ne soit prise, afin de voir à travers le viseur. Dès lors, cela exige un second obturateur derrière le miroir pour rester fermé. Lorsque le déclencheur est enfoncé, une série d’événements doit avoir lieu très rapidement : fermer l’obturateur de l’objectif, réduire l’ouverture de l’objectif à son préréglage, soulever le miroir réflex et ouvrir l’obturateur auxiliaire. Ensuite, l’exposition peut seulement avoir lieu en ouvrant et en fermant l’obturateur de l’objectif. Dans ce cycle, l’obturateur travaille trois fois. Dans les modèles ultérieurs, il devait également s’ouvrir à nouveau à la fin de la séquence pour restaurer l’image du viseur.

Présentation du Zeiss Ikon Contaflex 1.

Le Zeiss Ikon Contaflex ne s’est appelé 1 que lorsque l’année suivante un second boitier fut mis en vente, avec une cellule au sélénium cette fois.

Annonce promotionnelle pour le Zeiss Ikon Contaflex, un appareil photo reflex à objectif fixe avec des spécifications détaillées et un design classique.
Source : mes appareils photo, Photo Expert 1954. Notez que l’on indique viseur-télémètre et télémètre à coïncidence alors qu’il s’agit ici d’une visée à travers un prisme (visée réflex).

Les premiers modèles possédaient un obturateur Synchro-Compur avec l’ancienne échelle de vitesses d’obturation (1-2-5-10-20-50-100-250-500), mais très vite il a adopté la nouvelle échelle 1-2-4-8-15-30-60-125-250-500. L’objectif fixe est toujours resté un Zeiss Opton formule Tessar de 45mm ouvrant à f2,8.

Gros plan d'un appareil photo Zeiss Ikon Contaflex, mettant en avant le logo et les réglages de l'objectif.

Pour rappel, il y a en fait 2 obturateurs, c’est-à-dire 2 dispositifs distincts qui empêchent la lumière de pénétrer dans la chambre : le premier est fixé au miroir, ce qui permet de regarder à travers le viseur sans exposer le film et le second s’ouvre ensuite pour capter la photo. Ce qui explique que lorsque vous avez déclenchez, si vous regardez dans le viseur, tout est noir. Il faudra armer l’obturateur pour voir à nouveau.

C’est un peu perturbant et en tout cas pas rapide lors des prises de vue.

La mise au point se fait avec la bague tout à l’avant de l’objectif, facile à régler avec sa couronne découpée mais sensible aux changements de position quand l’appareil est mis dans un sac.

Une échelle de profondeur de champ est gravée sur l’objectif.

Comme je l’évoquais plus haut, il était possible d’adjoindre des compléments optiques, dont un Teleskop 1,7x qui joue l e rôle de mini-téléobjectif (70% de la focale, soit environ 75mm). Mais il faut acheter un adaptateur (861/07) qui se fixe sur … l’appareil photo, sous l’objectif et se verrouille avec des pattes articulées. Ensuite on peut y fixer le complément Teleskop, sauf si un filtre est déjà en place sur l’objectif fixe.

On a connu plus pratique !

Un second accessoire, le Steritar A, permettait de pratiquer la photographie stéréo. Il utilisait le même adaptateur.

Derrière la bague des distances, la couronne striée permet le réglage des vitesses et, contre le boitier, le réglage des ouvertures.

Le design de l’appareil joue sur une belle symétrie avec les deux grosses molettes sur le capot, qui sont de tailles égales et équilibrent le boitier. Celle de droite est la molette d’armement avec le déclencheur au milieu. Elle possède au centre une couronne striée, qui permet de régler le compteur de vue, que vous devez mettre à zéro à chaque nouveau film. L’autre contient au centre un mémo pour le film utilisé (en DIN) et, lorsque le film est terminé, elle permet le rembobinage. Il faut dans ce cas appuyer sur un petit bouton situé sur la semelle et tourner la molette dans le sens de la flèche.

Pour ôter le film, sur la semelle, il faut tourner les deux clés d’un demi-tour puis faire glisser vers le bas tout le dos. Attention, la bobine réceptrice est amovible, ne la perdez pas.

Illustration montrant un utilisateur manipulant un appareil photo Zeiss Ikon Contaflex, montrant différentes positions et ajustements.

Petite particularité, une cassette pouvait être utilisée pour charge le film, ce qui dispensait de rembobiner à la fin du film, celui-ci étant en fin de prises de vue dans une bobine elle aussi étanche.

Image montrant plusieurs cartouches de film et un système de chargement d'appareil photo, avec des mains manipulant le film.

A l’origine, il n’y a pas de griffe flash sur le boitier mais on peut, en option, en acheter une, à fixer sot même sur le chapeau du prisme. Sinon le flash se portait monté sur une barre attachée par dessous sur le filetage du trépied et on le reliait à l’appareil avec son câble dans la prise PC, sur le côté de la platine d’objectif.

Voilà, nous avons fait le tour de ce beau boitier. Ce dernier sera produit jusqu’en 1959 puis remplacé par le Contaflex Rapid.

Que penser de cet appareil.

C’est un bel appareil, techniquement complexe mais fabriqué avec soin et fait pour durer.

Outre son design, qui a finalement posé les bases de ce que seront ensuite les reflex, il a ces petits détails qui trahissent la volonté de la marque à fabriquer du beau, du bon, du bien pensé : je pense notamment à ces petits pieds fixés à la semelle qui permettent à l’appareil d’être très stable ; ou au bouton de débrayage, joliment affleurant à la semelle ; ou encore la forme spéciale de la couronne des distances, facile à utiliser ; aux points d’ancrage pour une sangle, fixés sur la pan coupé de la carrosserie pour équilibrer le port, par exemple.

Est-ce un appareil encore utilisable ? Parfaitement, même si l’optique est fixe, c’est une focale intéressante pour de nombreuses approches photographiques, et puis, c’est un excellent objectif.

Bien sur il demandera un petit temps d’adaptation mais comme les commandes sont bien placées et simples, vous apprendrez vite. Juste qu’il faut penser à emporter une cellule à main ou a travailler avec la règle du Sunny f16 (d’ailleurs dans le sac tout près de mon exemplaire, il y avait un morceau de carton d’un film qui reprend cette règle bien utile).

La seule chose à vraiment penser pour l’utiliser avec plaisir, c’est une bonne sangle car il fait son petit poids.

Sinon, c’est agréable de l’armer, de déclencher (discret) et de photographier différemment.

Pour un bel exemplaire, avec son sac tout près en bon état, comptez entre 60 et 100€. Un exemplaire muni de ses accessoires et filtres peut grimper jusqu’à 250€.

Et vous, avez-vous déjà eu un exemplaire en mains ? Ou vous vous sentez prêt à faire le pas ?

Videos d’illustration.

Remarquez sur cet exemplaire qu’il y a l’accessoire pour fixer les compléments optiques

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi, c’est par LA et admirez en passant les explications utiles que les constructeurs donnaient à l’époque.

  • Appareil à mise au point manuel de 35 mm sorti par Zeiss Ikon en 1953.
  • Objectif non interchangeable, objectif Zeiss Opton de formule Tessar de 45mm ouvrant à f2,8 (4 éléments en 3 groupes); distance de mise au point de 80cm
  • Obturateur central Synchro Compur de 1s au 1/500s + pose B . Synchronisation flash par prise coaxiale sur le coté de la platine d’objectif
  • Poids: 690g

Des références.

https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-7254-Zeiss%20Ikon_Contaflex%20I.html, https://www.mes-appareils-photos.fr/Zeiss-Ikon-Contaflex.htm, https://www.collection-appareils.fr/x/html/page_standard.php?id_appareil=11474 en français ; https://www.pacificrimcamera.com/pp/zicontaflex1.htm, https://camera-wiki.org/wiki/Contaflex_(SLR), https://en.wikipedia.org/wiki/Contaflex_SLR, https://vintagecameralab.com/zeiss-ikon-contaflex-i/, https://mikeeckman.com/photovintage/vintagecameras/contaflex/index.html, https://cameracollector.net/zeiss-contaflex/, https://cameraww.blogspot.com/2015/04/innovations-in-35mm-slr-camera-design.html en anglais

Argentique

Découvrez le FED 2 : un classique des appareils photo russes

Préambule.

Voici le dernier appareil acheté sur la grande brocante de Maroilles. Les autres objets étant des accessoires pour lesquels j’écrirai plus tard quelques lignes.

En fait, ça fait bien longtemps que je n’ai plus eu un Russe entre les mains. Sans doute à cause de ce qui se passe en Ukraine, j’ai l’impression que ceux qui en possède les gardent précieusement et en tout cas, le marché me semble au ralenti. Ne parlons plus de la Russie, sous embargo, ni de l’Ukraine, qui a d’autres chats à s’occuper que quelques amateurs en quête d’un bel appareil.

Donc, quand j’ai vu ce sac tout prêt en bon cuir solide, engravé du mot Fed 2 en russe dessus, je n’ai pas pu résister. Bien m’en a pris car le vendeur le laissait pour un prix très raisonnable que j’ai presque eu scrupule à négocier encore un peu.

Un peu d’histoire.

Si vous me suivez depuis un moment, vous avez déjà découvert au détour de quelques articles des appareils russes (notez qu’il y a deux liens distincts sur les 2 mots), comme les Zorki 4 et 4K, le Fed 1G et ses successeurs, le Gomz Leningrad, par exemples.

Pour ceux qui viennent d’arriver, c’est un bon moyen de découvrir le site …

Car je ne vais pas reprendre toute l’histoire des Fed, elle est dans ces articles, na !

Juste rappeler que le Fed 1 est une copie assez conforme du Leica II de 1932. Le Fed 1, et ses déclinaisons, fut fabriqué de 1934 à … 1955. Pourquoi une copie du Leica ? Sans doute parce que Felix Edmundovitch Djerzinski, créateur de la marque FED et accessoirement fondateur de la Tcheka (ancêtre du KGB pour faire court), dirigeait aussi une Commune ouvrière pour enfants, installée à Kharkov en 1920 et destinée à réinsérer des orphelins grâce au travail et aux études.

Au début, ils copiaient des perceuses électriques de divers fabricants mais en 1932, il est décidé que l’on fabriquera aussi un appareil photo, copie du Leica 1sous le nom de FED, en hommage au fondateur, disparu en 1926. Mais la production peine et seuls quelques exemplaires sous le nom de FED pourront sortir (on estime le chiffre à 30).

Cependant, en 1934, on a remis les pendules à l’heure et on commence à produire le FED 1, copie du Leica II (1932). La production démarre bien et la Commune est encensée par la presse pour avoir réussi à copier et fabriquer le nouvel appareil seulement 18 mois après avoir reçu l’original.

Le Fed sera produit et décliné en plusieurs versions, qui se vendent toutes très bien, tellement bien que la Commune devient un Kombinat. Près de 500.000 appareils sortiront des chaines de fabrication jusqu’en 1941 car l’armée allemande envahi l’Ukraine et le Kombinat décide d’évacuer.

Kharkov est rasée par les allemands et ceux qui ont réussi à évacuer à Berdsk (Sibérie) avec outils et archives sont priés de fabriquer des pièces pour avion. Toute les archives de la Commune sont détruites, l’usine aussi. Seuls sont sauvés les quelques uns qui ont pu s’échapper avec quelques outils, leurs souvenirs et les rares archives qu’ils ont pu emmener.

C’est en juin 1945 que la production d’appareils photo reprend à Berdsk d’abord, à Kharkov ensuite, où l’on reconstruit l’usine. Dès 1947, la production reprend presque normalement.

Vous comprendrez aisément, avec tous ces soubresauts , qu’il y a ceux qui trouvent que tous les FED sont mauvais et les autres, beaucoup plus raisonnables, qui estiment qu’il y en a de très bons et quelques uns qui méritent un petit coup de main pour devenir meilleur !

Présentation du FED 2 modèle B.

Le premier FED ou FED 1 s’est décliné, au fil des subtiles améliorations apportées à l’appareil, en modèles A jusque G. Plus un modèle particulier, produit seulement à moins de 1000 exemplaires, le Fed TSVVS ou ou T.C.B.B.C en cyrillique, est le sigle du Service Topographique de l’Armée de l’Air Soviétique. Il va s’en dire que ce modèle est rare et sujet à de nombreuses contrefaçons.

Le Fed 1 est le plus proche du Leica II qui servit d’inspiration. Ensuite, les autres modèles vont petit à petit s’éloigner du modèle original car Fed va y introduire des modifications propres à la marque. Dès le FED 2, on ne peut plus, à mon sens, parler de copie servile du Leica.

Donc, le FED 2 débute sa longue carrière dès 1955. Lui aussi aura droit à une succession de déclinaisons, au fil des modifications. Mais tant qu’ à compliquer la vie des collectionneurs ou simples amateurs qui veulent s’y retrouver, il y eut plusieurs A – B – C – D – E (là il n’y eut qu’un seul E). Et un modèle particulier, le Zarya, qui est un type 2 sans télémètre (pour mémoire Leica a aussi sorti un modèle basé sur le M sans télémètre, le M1, destiné à des applications particulières.

Je vais alors m’arrêter sur ce modèle FED 2 modèle b de la dernière génération des b, puisque son numéro se situe entre les numéros de série 236.000 et 475.000.

Détail de la partie supérieure d'un appareil photo FED 2, montrant le numéro de série gravé, des boutons et un mécanisme de montage.

En tenant compte de la période de développement des FED 2 modèle b, soit de 1956 à 1958, on estime qu’environ 300.000 boitiers ont été construit.

Dans le détail, les FED 1 possédaient encore, comme les vieux Leica, deux fenêtres : une pour le viseur, la seconde pour le cadrage grâce au télémètre. Sur le FED 2, tous modèles confondus, il n’y a plus qu’une seule fenêtre pour la visée et le cadrage. La base du télémètre a été augmentée et on atteint maintenant 67mm entre l’oeil du télémètre et le viseur. C’est une base très large, un peu comme sur les Contax. Elle assure une meilleure netteté dans la visée et le cadrage.

En plus, une correction dioptrique est ajoutée autour du bouton de rembobinage, afin d’adapter la visée à votre vue. Petit conseil que j’utilise : lorsque j’ai réglé la dioptrie, je trace un trait sur le capot. Comme ça, si je la dérègle par inadvertance, c’est facile de la remettre en place.

Vue rapprochée du dessus d'un appareil photo télémétrique FED 2, montrant des mécanismes, un bouton de rembobinage et des détails de finition en métal.

Ensuite, le sélecteur de vitesses a été modifié ; sur le centre, il y a un repère, sur lequel on peut sélectionner la vitesse choisie, même si l’obturateur n’est pas armé. Attention, c’est le contraire du Fed 1 et des Zorki où il faut toujours armer avant de changer la vitesse.

Vue rapprochée du dessus d'un appareil photo FED 2 modèle B, mettant en évidence le sélecteur de vitesse et les commandes en métal.

Ceci étant et pour éviter toute mauvaise surprise, je recommande l’ancienne solution : armer avant de changer les vitesses, ça évite les salades de pignons.

Puis, une synchro flash a été ajoutée sur ce modèle, la prise étant placée sur la face avant. Les modèles ultérieurs la trouveront sur le capot. Et ils gagneront un levier pour le retardateur (1958), que ne possède pas ce modèle.

Appareil photo télémétrique FED 2 avec objectif Industar 26M, sur un fond bleu.

Enfin, l’Industar 26M est apparu sur cette version « b », la première version sur les anciens modèles était l’Industar 26 téléscopique (ou rentrant). Le pas de vis est au standard LMT 39, soit celui du Leica (à quelques microns près, mais n’ergotons pas)

Cet objectif donne de très bonnes photographies, quoique l’on considère que l’Industar 61 soit un brin supérieur. Mais il n’a pas le charme de l’objectif rentrant. Ceci étant, rien de vous empêche de monter dessus n’importe quel objectif au pas LTM 39 (ou des Canon, Nikon, Voigtländer, pour ne citer que les plus connus).

Gros plan sur la bague d'ouverture d'un objectif de caméra avec des nombres marqués en argent sur fond noir, le tout sur un fond bleu.

J’écrivais quelque part que FED s’était émancipé de sa copie Leica, mais ils ont quand même gardé quelques équipements, comme l’obturateur, en toile caoutchoutée. Dès lors, les vitesses sont indiquées de 1/30 – 1/60 – 1/125 – 1/250 – 1/500s et la pose B. Rien de transcendant mais dans la norme pour les années cinquante. La donne changera dans les années soixante.

Voilà le tableau est brossé. Je vais voir avec vous le reste :

  • commençons parle chargement d’un film. Il faut tourner les deux clé, sur la semelle, pour ôter tout le dos, en le fais glisser dans les rainures prévues.
  • on dépose la bobine à droite et on tire sur l’amorce que l’on va s’efforcer de faire glisser dans la petite fente métallique de la pièce. Attention, en cas d’achat, vérifiez bien que cette bobine existe car c’est une bobine amovible mais propriétaire.
  • remettez la bobine en place puis refermez le dos soigneusement pour ne pas plier les bords et rendre l’ensemble bien hermétique à la lumière.
  • avec le bouton à droite, faites avancer le film et déclenchez au moins deux fois. Vous voilà prêt à sortir avec ce drôle d’engin. N’oubliez pas d’indexer le compteur de vue en le remettant sur le 0 à l’aide des minuscules ergot fixer sur la pourtour de la couronne.
  • Avec une cellule à main, une cellule électronique fixée à la griffe porte-accessoires, la règle du Sunny Fun ou au pifomètre, réglez la vitesse avec la molette située après la molette d’armement et le déclencheur.
  • armez en tournant la grosse molette d’armement.
  • pour la visée, vous collez votre œil au viseur et vérifiez la mis au point des 2 images que vous devez faire se superposer parfaitement. Nous avons ici un télémètre à coïncidence, avec un beau patch orangé au milieu.
  • il ne reste plus qu’a noter l’ouverture désirée à l’aide de la bague située sur l’objectif,
  • et à appuyer sur le déclencheur !
  • vous êtes arrivé au bout du film, il faut le sortir. Pour cela, il faut appuyer et tourner la bague autour du déclencheur dans le sens horaire afin de débrayer le mécanisme. Ensuite, relever la molette de rembobinage et tourner dans le sens de la flèche. Ne pas oublier de remettre le mécanisme en place au nouveau film !

Attention, j’ai bien écris qu’il valait mieux armer avant de changer la vitesse, comme sur les autres appareils russes. Même si ici, c’est moins indispensable, faites-le par habitude, cela vous évitera des déconvenues avec d’autres appareils russes.

Voilà, nous en avons fait le tour.

Que penser de ce FED 2 modèle B ?

C’est vraiment un appareil fait pour apprendre la photo et pour ceux qui connaissent déjà, c’est un chouette moyen de rester attentif à sa manière de photographier.

Avec lui vous allez jongler avec les trois piliers de notre passion : la lumière, la vitesse, la sensibilité du film, soit le fameux triangle d’exposition.

Quelques esprits chagrins vous diront que c’est rustique, pas agréable à manipuler, mal fini.

Que nenni comme disent nos amis liégeois !

  • Rustique, sans doute un peu mais lorsque Oleg, le sorcier Ukrainien des télémétriques de l’Est, aura pu reprendre du service, confiez-lui votre appareil, vous serez surpris(e) de la qualité de l’engin une fois toutes les surfaces bien polies.
  • Désagréable à manipuler ! Là, on frise la mauvaise fois ou alors vous n’avez jamais eu un vieux Leica en mains. Déjà le système de chargement fait toute la différence, bien plus aisé qu’un film a glisser dans une fente minuscule. Entre autre car vous pouvez le customiser sans regretter le prix qu’il vous a coûté. Personnellement, j’ajoute toujours un soft release à viser sur le déclencheur, pour plus de confort.
  • Mal fini. Là encore, c’est injuste car toutes les pièces sont bien ajustées et, surtout, faciles démonter en cas de problème. Le granité qui recouvre les surfaces métalliques ne s’écaille pas facilement, il semble faire corps avec le support. Les objectifs avec fut, noirs ou argentés, lui donne une belle allure. Et puis il y a de petits détails intéressants, comme la correction de dioptrie, facile à régler, les points d’ancrage sur le corps, pour y poser une sangle. N’oublions pas le fameux sac tout près, en vrai cuir russe, à l’odeur si particulière (produits de tannage).

En résumé, le FED 2 a apporté le brin de modernité qui manquait aux Leica II et III. Il reste éminemment utilisable à moindre coût et si vous trouvez de bonnes optiques, russes, allemandes ou nipponnes, faites-vous plaisir, le boitier n’étant jamais qu’une chambre noir alors que l’objectif est le point d’entrée de tout ce que vous allez photographier.

Parlons budget maintenant : un bel exemplaire, avec un objectif correct (Industar 61 ou autre) et son sac tout près en bon état se négocie autour des 80 à 100€. Ce qui vous laisse encore plein d’argent pour acheter une cellule si vous n’en avez pas et des films pour l’essayer.

Tenté de faire le pas ? Soyez raisonnable, faites-vous plaisir. Et si vous connaissez déjà, dites-le nous.

Vidéos d’illustration.

Il s’agit ici d’un FED 2 modèle B postérieur car la prise synchro flash est sur le capot et non plus la face.
Idem

Ici, c’est un FED C, pas très différent du 2 et la présentation en français.

Un peu de technique.

  • Appareil photo télémétrique 35 mm
  • Fabricant : FED
  • Période de production : de 1955 à 1970
  • Format : 24x36cm sur film 135
  • Monture d’objectif : monture filetée m39
  • Objectif : Industar-26M 2.8/50 ou Industar-61 L/D 2.8/55
  • Base du télémètre : 67 mm
  • Obturateur : obturateur à plan focal (rideau) avec des vitesses de B, 1/25s, 1/50s, 1/100s, 1/250s, 1/500s
  • Viseur : un seul pour le cadrage et la mise au point, correction dioptrique
  • Synchronisation du flash : prise de synchronisation sur la face avant, vitesses de synchronisation à partir de 1/25 s.
  • Chargement par le dos, qui se déboite ; bobine réceptrice amovible et propriétaire
  • Poids : 900 grammes

Des références.

https://fr.wikibooks.org/wiki/Photographie/Fabricants/FED, https://www.collectiongeven.com/piwigo/picture.php?/2259/category/507, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-708-Fed_2d.html, http://t.hacquard.free.fr/site1/fed_2.html en français ; https://web.archive.org/web/20021122183325/www.geocities.com/fzorkis/, https://mikeeckman.com/sovietcams/indexc42c.html?tmpl_into=middle&tmpl_id=198&_m_e_id=16&_menu_i_id=91, https://oldcamera.blog/2015/03/07/fed-2-b4-%D1%84%D1%8D%D0%B4/, https://galactinus.net/vilva/retro/fed-2.html, https://sovietcameras.org/fed-2/ en anglais ; la bible de tous les amateurs passionnés : The Authentic Guide to Russian and Soviet Cameras