Argentique

Les Kiev II – III – 4 et 4AM

J’ai hésité à réécrire des articles touchant des appareils russes, le contexte actuel étant ce qu’il est. Toutefois, ces machines ont déjà traversé tant d’Histoire qu’il serait vain de les laisser encore dans l’ombre parce qu’un dirigeant politique est un despote mal éclairé.

Alors si demain ce site disparait c’est soit parce que la CIA est tombée dessus, soit le KGB. Bah, il faut vivre hors de la poutine parfois !

Voici dont deux Kiev, que j’ai déjà abordés rapidement dans un article qui traitait des appareils russes, en général.

Ils méritent bien plus que quelques lignes, vous allez comprendre pourquoi. J’ajoute que ces appareils viennent de la collection pour laquelle j’ai commis un article.

Plus haut, j’ai écris le mot « Histoire » avec une majuscule car cet appareil fait partie de celle-ci, même s’il s’agit de sa part sombre, celle de la seconde guerre mondiale.

Mais commençons. En 1925, un certain Oskar Barnak imagine un petit appareil facile à emporter partout et qui utilise un film de petite taille, issu du monde cinématographique, le 24x36mm.

Ce fut assez rapidement un succès parce que l’appareil était « ultra portable » et le film assez facile d’usage, surtout après 1934 lorsque Kodak le met en bobines préchargées.

Qui dit succès commercial dit envie de faire mieux et/ou autrement chez les concurrents. C’est ainsi qu’en 1936 Zeiss lance son Contax II, un autre télémétrique de légende.

Au petit jeu des différences, voici un rapide résumé : le Contax II combine ses vitesses dans un seul cadran alors que le Leica II en utilise deux (vitesses lentes et rapides) ; le viseur et le télémètre sont dans une seule et même fenêtre chez Contax alors que Leica en utilise encore deux séparées ; la base du télémère du Contax fait presque 9cm alors que celle du Leica atteint difficilement les 5cm ; le chargement du film est aisé chez Contax car le dos s’escamote entièrement alors que chez Leica il faut charger le film par la semelle pour le glisser dans la chambre ; le Contax propose un retardateur qui ne fera son apparition que bien plus tard chez Leica (avec le III) ; Le Contax utilise une baïonnette propriétaire là où Leica vise ses objectifs sur le boitier ; l’obturateur du Contax donne une vitesse maximale de 1/1250s alors que son concurrent atteint le 1/1000s.

Bon, je sens que je ne vais pas me faire que des amis mais le Contax, créé par Zeiss, était considéré à l’époque comme supérieur au Leica, y compris pour ses optiques de légende.
Il était pensé pour être plus rapidement manipulable (dos ouvrant, grande base du télémètre, vitesses plus rapides, baïonnette) que son concurrent. Le Contax était prisé des photojournalistes (comme Robert Cappa) tandis que le Leica faisait la joie des artistes et des photographes aisés (comme Rotchenko).

Le Zeiss Contax est produit à Iéna et Dresde, en Allemagne donc. Mais voilà que la tragédie de l’Histoire intervient car la seconde guerre mondiale éclate et l’Allemagne est défaite après des années de combats acharnés.

Il est temps de penser aux réparations et aux dommages de guerre. C’est pourquoi la Russie transfère les usines, le matériel encore exploitable et les techniciens allemands de chez Contax vers Kiev, chez Arsenal.

« l’Entreprise d’État de production d’appareils spéciaux Arsenal », fut créée en 1764 pour l’armement de l’armée impériale russe, ce qui restera son rôle dans la Russie devenue Union Soviétique. Elle sera réorganisée au sortir de la guerre et la section d’armement portera un autre nom. Il est à noter que l’usine d’Arsenal a continué à produire des équipements optiques pendant la guerre froide et le programme spatial russe. Les appareils photo n’ont toujours représenté qu’une petite partie de ses activités.

C’est donc là qu’ils vont poursuivre la fabrication du Contax II rebaptisé Kiev II.

Les premiers Kiev II, qui apparaissent en 1947, contiennent encore des pièces originales des Contax embarqués de force. Les premiers objectifs qui accompagneront ces appareils auront aussi des éléments issus des stocks de chez Contax.

Quelques très rares et très chers Kiev II des tout débuts ont même gardé le nom Contax gravé dans le métal et une plaquette avec le nom Kiev était superposée sur le boitier. Amis collectionneurs … et ne cherchez pas un Kiev I, ça n’a jamais existé.

Pendant un (long) moment, les deux appareils ont suivi le même chemin : Kiev II contre Contax II, Kiev III contre Contax III. Mais comme souvent, celui qui fut une copie s’émancipât et devint un Kiev original à part entière. A partir du Kiev 4A et 4AM en fait. Et ceux-là seront produit jusqu’en 1987, à plus d’un million de boitiers.

Chronologiquement, le Kiev II sera produit de 1947 à 1957 à environ 100.000 exemplaires.

Il proposait les vitesses suivantes : 1/2s, 1/5s, 1/10s, 1/50s, 1/125s, 1/2509s, 1/500s, 1/1250s et une pause B. L’appareil était livré avec des objectifs ZK de 50mm ouvrant à f2, ZK de 50mm ouvrant à f1,5, ZK Zorki de 50mm ouvrant à f2, Jupiter 8 de 50mm ouvrant à f2.

Le Kiev-II a été suivi du Kiev-III, une copie du Contax III, qui est un Contax II avec un posemètre au sélénium, non couplé, sur le dessus du boitier.

Ensuite il y eut un Kiev IIa qui gagne une prise PC pour la synchronisation du flash sur le devant du boitier. Et un Kiev IIIa, le même mais avec une cellule au sélénium sur le dessus.

Quelques corrections esthétiques plus tard (semelle et boutons modifiés), le Kiev-4 (avec posemètre) et le Kiev-4A (sans) adoptent un flash synchronisé. Ils seront en production des années 1950 à la fin des années 1980.

Enfin, la dernière variation sur un même thème, le Kiev-4M, est équipée d’une manivelle de rembobinage au lieu d’un gros bouton, d’une griffe porte-accessoires, de modifications des boutons et du retardateur et la vitesse maximale descend au 1/1000s. Il garde la cellule au sélénium, toujours pas couplée, tandis que le 4 AM a les mêmes atouts mais sans la cellule.

Enfin, rien que pour compliquer la tâche des collectionneurs, il a existé quelques modèles sans marquages ni numéros, tous avec de légères modifications, surtout esthétiques.

Tous les modèles utilisent la monture originale à baïonnette Contax.

Petit résumé rapide des modèles :

Je vous encourage à aller voir les différents modèles sur Soviet Cam

Si les tous premiers Kiev sont encore des Contax (et nous avons lu pourquoi), petit à petit ils deviendront des vrais Kiev, les stocks de pièces n’étant pas infinis. C’est là que le modèle s’émancipe peu à peu de l’original.

Les mauvaises langues diront que la qualité de la production se détériore au fil du temps, surtout les boitiers de la fin des années quatre-vingt. Sans doute, comme dans beaucoup de domaine, le modèle de planification du régime soviétique n’encourageait pas la qualité mais la quantité et il est reconnu que de la fin des années septante à nonante, lorsque le régime commence à vaciller, les produits ne sont plus aussi bien assemblés qu’à leur début.

Normalement, vous pouvez estimer la date de naissance de votre boitier avec le numéro de série, les deux premiers chiffre étant ceux de l’année de fabrication.

Sur cet exemplaire de Kiev 4 (sans cellule), la date de fabrication doit être 1984.

Un dernier mot sur les Contax : étant donné qu’au sortir de la guerre les usines allemandes n’avaient pas pu retrouver ni leurs outils ni leurs ingénieurs, elles ont recommencé à produire des appareils dès 1950 mais qui seront simplifiés et qui bénéficieront de quelques améliorations, qui ne seront pas transposées sur le Kiev.

Ici, je vais m’attarder sur le Kiev 4 AM et le Kiev 4, ceux que j’ai achetés. Ils seront fabriqués de 1947 à 1987, une sorte de record en soi.

Ecrivons le tout de suite, il y aura des évolutions mais les différences ne sont guère fondamentales, plutôt des ajustements, parfois simplement cosmétiques et d’autres plus intéressantes car elles apportent un petit plus, comme l’ajout de la cellule sur le 4 AM.

Un mot d’abord sur l’objectif de base qui accompagne le Kiev : c’est un Jupiter 8, un 50mm ouvrant à f2. Cette optique est une copie très convaincante du Zeiss Sonnar de 1929 (6 éléments en 3 groupes). Si en 1931 Zeiss repense son Sonnar (7 éléments en 3 groupes avec une ouverture de f1,5), le Jupiter 8 ne bénéficie pas de ces améliorations. Il faudra attendre 1957 et le Jupiter 8M qui ajoute des arrêts sur la bague des diaphragmes.

Il pouvait aussi recevoir en dotation un Helios 103 de 53mm ouvrant à f1,8, qui est une réplique du Biotar de chez Zeiss. Ces deux objectifs sont excellents et de nombreux amateurs les montent de nos jours sur des hybrides car leur bokeh assez spécifique est très recherché.

Hélios 103. Notez la baïonnette spécifique et les lames du diaphragme.

Le posemètre, non couplé, est et restera au sélénium. Il n’aura jamais besoin de pile mais pour le garder en bon état, il faut le protéger de la lumière. Un clapet à ressort sera monté devant, qu’il ne faudra ouvrir qu’au moment de l’utilisation de mesure de la lumière. Bon, si jamais votre cellule ne fonctionnait plus, ce ne serait pas un drame : vous devriez en prendre une indépendante ou appliquer la règle du sunny 16.

Le Kiev 4 possède un obturateur horizontal à lamelles métalliques, paradoxalement aussi silencieux que celui en toile du Leica mais moins sensible aux effets du soleil en cas d’exposition prolongée (si, on peut « griller » le rideau d’un appareil en le laissant avec l’objectif – qui est comme une loupe – tourné vers le soleil).

Venons-en à la particularité de ce Contax, heu … Kiev 4 : son télémètre et la manière de s’en servir.

Source : Kosmo foto

Pour ceux qui n’ont jamais utilisé un appareil télémétrique, petite explication : avec un « zone focus » vous déterminez des distances (1-3m ; 3-6m par exemple) dans lesquels vous placerez vos sujets ; avec un réflex, vous voyez, à travers l’objectif directement, la « bonne distance » vis-à-vis de votre sujet ; avec un télémétrique, vous allez devoir faire coïncider deux images en les superposant l’une sur l’autre par un mécanisme optique lié au mécanisme de mise au point. Ainsi, lorsque l’image du télémètre coïncide avec l’image du viseur, l’objectif est correctement mis au point. Un grand « patch » orangé facilite encore la mise au point.

Pour effectuer la mise au point, il suffit de faire tourner la bague des distances de l’objectif.

Avec le Kiev (et le Contax) vous pourrez aussi le faire grâce à une petite molette placée sur le dessus de l’appareil et qui va agir directement sur le mécanisme de mise au point.

Source : Kosmo foto

Si cette mécanique est précise, elle n’est pas fragile. En fait, il y a deux éléments : la molette proprement dite et un petit levier derrière. Ce levier verrouille l’objectif lorsque l’on fait la mise au point sur l’infini. Une petite pression dessus et l’objectif peut de nouveau faire la mise au point à partir de 90cm et jusque … l’infini.

Regardez l’image ci-dessous car l’utilisation de cette molette et ce levier demande un peu d’habitude pour éviter de placer l’index droit devant la fenêtre. Il faut s’habituer à la prise en main, pas tout à fait naturelle.

Source : Kosmo foto

Ceci étant, il est toujours possible de régler la distance directement avec la bague de l’objectif.

Un mot aussi sur la baïonnette spécifique du Contax – Kiev : en fait, elle se compose de 2 montures. Une interne pour le 50mm et une seconde, externe, pour les focales plus longues.

L’avantage d’une baïonnette est la rapidité de mise en œuvre : vous portez l’objectif devant l’orifice, vous tournez un quart de tour (sens horaire) et l’objectif est fixé fermement. Pour déverrouiller, on appuie sur le levier et on tourne un autre quart de tour (anti horaire) pour enlever l’optique.

Source : Kosmo foto

Ici pas de risque de mal viser l’objectif et donc d’abîmer le fil du pas de vis, ni la crainte de ne pas avoir bien serré l’optique contre le boitier. Cependant comme la baïonnette est propriétaire (pas universelle), vous ne pourrez monter que des objectifs munis de cette monture spécifique. Vous aurez du choix tant chez les fournisseurs du Kiev que chez Carl Zeiss, qui a une réputation d’excellence pour ses optiques.

Puisqu’on commence par y voir plus clair avec cet appareil, essayons d’yn mettre un film. Comme je le mentionnais plus haut, ici, tout le dos s’escamote, facilitant grandement la mise en place du film.

Il faut déverrouiller les deux clés pour faire glisser ensuite le dos sur « ses rails » et découvrir ainsi la chambre.

Vous remarquez tout de suite le store de l’obturateur, horizontal à lamelles métalliques. Puis la bobine réceptrice, qui doit être présente avec l’appareil que vous voulez acheter. Ici elle est en plastique mais elle peut être aussi métallique.

Vous placez la cartouche du film à gauche, tirez l’amorce sur la bobine réceptrice à droite, faites avancer une fois ou deux puis refermez le dos en le faisant glisser dans les rails prévus et refermez les deux clés en dessous pour assurer une bonne étanchéité à la lumière (il faut parfois faire un peu bouger la clé sous la bobine pour qu’elle s’engage correctement et assure une bonne fermeture).

Ensuite, armez et déclenchez encore au moins deux fois, vous êtes prêts. Ah, ne pas oublier de remettre le compteur de vue à zéro, cela ne se fait pas automatiquement.

Comme j’ai noté que je parlerais des Kiev 4 et 4A (avec et sans cellule donc), un mot sur l’utilisation de celle-ci.

Tout d’abord il faut régler sa sensibilité, en GOST. Attention, les valeurs en GOST et ISO/ASA sont sensiblement les mêmes mais pas identiques. Si vous deviez utiliser du film diapo, c’est important.

Source : Kataan.org

Vous devez faire coïncider la valeur avec le triangle rouge en faisant tourner le disque muni de deux minuscules boutons.

Puis, en ouvrant la fenêtre de protection de la cellule, vous verrez une aiguille qui va s’animer lorsque vous ferrez bouger la grande couronne (marquée des vitesses et ouvertures). Lorsque celle-ci sera sur la marque en forme de losange dans la fenêtre du posemètre, vous pourrez lire la combinaison ouverture/vitesse sur l’anneau externe. Simple mais bien pensé.

Et si par malheur il n’y avait pas assez de lumière, guidez l’aiguille vers les repères -2 ou -4 et divisez les vitesses d’obturation par 2 ou 4, respectivement.

Sur cette photo du 4A, vous voyez la languette au pourtour de la baïonnette et sur laquelle il faut appuyer pour déverrouiller l’objectif. L’ ergo (flèche verte) sert à débloquer la position sur l’infini quand vous utilisez la molette de réglage de la distance. Avec un peu d’habitude, c’est assez confortable, même si le trajet semble long lors des réglages, mais ils sont très précis.

Petite revue pour en terminer avec ces deux appareils attachants :

Vous noterez que sur ce « nouveau » modèle la vitesse maximale n’est plus que de 1/1000s.

Il est frappant de voir que sur le modèle avec cellule, on a juste ajouté une protubérance sur le modèle de base, ce qui lui donne un petit air de réflex sans prisme.

Attention, pour changer les vitesses, il faut soulever la molette des vitesses et la faire tourner sur la vitesse que vous avez décidée ou celle désignée après la lecture des données de la cellule. Comme pour tous les appareils russes anciens (et le Contax), vous devez d’abord armer l’appareil avant de changer les vitesses sous peine de casser la mécanique.

Un mot aussi sur le viseur, clair et lumineux mais dépourvu de toutes indications de cadres ou de parallaxe. Il a été réglé pour un objectif de 50mm, point !

Si vous voulez utiliser d’autres focales, comme pour ses frères russes, il faut ajouter une tourelle dans la griffe porte-accessoires. Mais attention à la correction de parallaxe.

Seuls les porteurs de lunettes devront faire attention car le cercle autour du viseur est cranté. Pour éviter de rayer leurs verres, il est recommandé de coller dessus un rond en caoutchouc ou en feutre.

Dernier point, le retardateur, mécanique, qui ne doit être actionné qu’après avoir armé l’obturateur. Il vous laissera environ 15 secondes pour être sur la photo.

Que retenir de ces appareils ?

Tout en métal (en tout cas pour les premières décennies), il respire la solidité même s’il emporte une mécanique sophistiquée. Le seul point noir est, parfois, l’obturateur qui tient à un fil de soie. Si celui-ci se rompt, bonjour les dégâts.

Autrefois on pouvait envoyer ce type de boitiers en Ukraine, qui possédait encore des sorciers capables de les réparer à prix raisonnable, mais les temps troublés qui nous préoccupent empêchent de nos jours de recourir à leurs services.

Sinon, ce sont des engins redoutables car les objectifs qui les accompagnent sont excellents. Surtout ceux des années antérieures aux années septante. Les optiques. Zeiss ont souvent été les meilleures de leur époque, devançant même celle de Leitz.

Ils ne sont pas rares en soi car produit à plus d’un million d’exemplaire mais ils ne franchissaient pas toujours les frontières du bloc ex-soviétique. L’Allemagne et l’Angleterre, paradoxalement, étaient terres d’asile plus fréquentes.

Disons qu’un bel exemplaire, avec son sac tout prêt, son objectifs Jupiter 8 ou Hélios 103, doit pouvoir se négocier autour des 80€.

Croyez-moi, si vous le sortez en rue, vous ne manquerez pas de vous faire remarquer car il a finalement un « look » tout à fait particulier et attachant.

Videos d’illustration :

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

Des références : https://kosmofoto.com/2021/03/kiev-4-review/, https://www.35mmc.com/20/02/2019/kiev-4-review/, http://camera-wiki.org/wiki/Kiev_4, http://www.diariodeunpixel.com/2021/01/kiev-4/, https://oldcamera.blog/2016/10/20/kiev-4-%D0%BA%D0%B8%D0%B5%D0%B2-4/, https://www.lomography.com/magazine/187079-kiev-4-am-a-silent-sniper, https://photothinking.com/2018-10-26-kiev-4-the-non-clone/, https://www.lomography.com/magazine/187182-my-first-roll-with-a-kiev-4-camera, https://mattsclassiccameras.com/rangefinders-compacts/kiev-4/, https://mikeeckman.com/2015/05/kiev-4-type-3-1969/, https://www.martinmadeanu.com/2017/3/4/kiev-4am-review, https://flynngraphics.ca/kiev-4am/, https://filmphotograph.com/kiev-4am-1983, https://kosmofoto.com/2021/03/kiev-4-review/, https://www.sovietcams.com/cameras/detail/4w7pnxgyed7hg25rsgakgb1x4w en anglais ; https://benber.fr/revue-kiev-4am/, http://www.appaphot.be/fr/brands/kiev/kiev-4-am/, https://www.collection-appareils.fr/x/html/page_standard.php?id_appareil=45, https://fr.wikipedia.org/wiki/Contax en français ; http://www.diariodeunpixel.com/2021/01/kiev-4/, en espagnol.

Argentique

Des Russes tout à fait utilisables et (encore) très abordables

Si vous êtes un peu habitué au site, vous aurez déjà – peut-être – lu quelques articles sur les appareils russes.

Petit résumé pour vous y retrouver :

Je ne prétends pas avoir fait le tour, il y en a encore bien d’autres. Je vous suggère, par exemple, un petit tour sur le site de Monsieur Sylvain Halgand (en français) et Soviets Cameras (en anglais)

Vous y découvrirez un vaste monde qui s’étend, grosso modo, des années trente aux années quatre-vingt.

Et un paradoxe : si les appareils russes sont, pour certains, des copies de Leica et Contax notamment, à un moment ou un autre, ils s’en sont écartés et ont tracé leur propre voie. Pas avec les mêmes moyens ni les mêmes technologies que les appareils allemands, ou japonais (autres grands concurrents) mais ce sont eux qui ont produit le plus grand nombre d’appareils télémétriques au monde, rendant cette pratique abordable pour de très nombreuses personnes dont les budgets n’étaient pas illimités.

Je l’ai souvent écris mais un appareil photo n’est jamais qu’une boite noire destinée à recueillir les faisceaux lumineux qui écriront votre photo. Certaines sont sophistiquées, d’autres moins, mais le résultat reste le même : si les rayons lumineux ont bien été guidés, notamment à travers un objectif de qualité, ils arriveront en bon état sur la pellicule et votre photo sera la meilleure possible, tenant compte des réglages effectués, de votre créativité, de vos envies de suivre, ou pas, les « règles » de la photographie.

En ce sens, les appareils russes sont exemplaires car ils vous permettent d’utiliser les meilleurs objectifs possibles car ils sont (hormis les Kiev en monture Contax) à la norme dite Ltm 39, soit Leica visant. Vous aurez donc l’embarras du choix, chez Zeiss, chez Voigtländer, chez Leica, chez Jupiter, chez Industar, chez Canon (et j’en oublie sans doute)…

Ceci étant, si vous voulez découvrir les prémices de l’argentique, vous vous tournerez peut-être vers un Zorki 1c, un Fed 2, un Zorki 4 ou 4K, un Fed 1g.

Ces appareils ont beaucoup de charme mais ils ne sont pas les plus faciles à utiliser même s’ils n’ont rien de rédhibitoire, c’est une question de patience pour les apprivoiser.

Les appareils plus récents comme le Zorki 6, le Fed 3b, le Fed 4b seront peut-être plus simples de prime abord.

Si vous n’avez pas lu les articles dont je vous notais les références en début d’article, je résume :

  • le Fed 4b possède déjà une cellule, non couplée mais fonctionnelle. C’est une bonne aide pour s’initier à l’argentique
  • Le Zorki 6 a deux petits avantages, même s’il n’a pas de cellule : le dos est monté sur charnière (plus facile pour mettre le film) et vous ne devez plus réfléchir à armer l’appareil avant de modifier les vitesses

Vous pouvez vous baser sur ces quelques explications pour partir à la découverte mais rien ne vous empêche, à travers vos lectures des sites mis en référence, d’essayer d’autres modèles. Je n’ai voulu que vous donner des pistes de réflexion, des trucs et astuces pour trouver celui qui partagera vos déambulations photographiques.

Enfin, les prix de ces appareils sont encore contenus sur les différents sites de vente (Ebay mais aussi le site russe Meshok – prévoir un traducteur !). Ce qui vous permettra de choisir une bonne optique pour accompagner votre appareil.

Prenons un exemple simple : un Fed 4b se négocie autour de 60€ avec un Industar 61. Si vous cherchez un Leica M5 (lui aussi avec cellule – couplée ici), vous tournerez autour des 1200€ boitier nu !

Y a pas photos, comme on dit … et tous les appareils russes peuvent aussi être réparés et réglés. Un site incontournable à cet effet : Oleg Photocameras.

A vous de faire vos propres explorations et bon amusement.

Le Zinc du photographe

Le comparatif – toujours subjectif – des télémétriques qui me sont passés entre les mains

En février de cette année (2020), je vous proposais un petit comparatif subjectif de télémétriques argentiques.

Las, la saison était mal choisie, un vilain et minuscule virus allait tout bousculer et boucler pour de longs mois.

Ces moments de retraites forcées ont été bénéfiques, car j’ai pu – à loisir ! – essayer les différents appareils, mais pas en voir plus ou moins rapidement, les résultats photos. Les labo n’étant pas considérés comme commerces essentiels, ils étaient fermés. Et donc, les pellicules ont attendu sagement, au frigo, que des temps meilleurs nous reviennent.

Finalement, quasi à la mi-juin, j’ai pu confier ces précieux films à New Prodia, mon « petit » labo de prédilection (ben oui, ils sont compétant, sympas et tout près de chez moi, que demander de plus ?) Un petit coup de fil plus tard, ils me prévenaient que tout était développé et que je pouvais passer prendre connaissance de mes recherches, analyses fines et tests très (peu) scientifiques sur les meilleurs télémétriques du … Monde !

Pour mémoire, étaient en lice :

  • un Leica III f de 1951
  • un Zorki 1c de 1953
  • un Leica M3 de 1957
  • un Canon P de 1958
  • un Leica M5 de 1973
  • un Zorki 4K de 1974
  • un Kiev 4AM de 1982

Finalement, je n’ai pas essayé le Kiev 4AM mais j’ai ajouté un Leica M6 de 1984 et un Zeiss Ikon ZM de 2006.

Petit résumé de mes sensations avec ces appareils :

NomEsthétiqueManiabilitéRéglagesViséeRésultats
Leica IIIf++++++++++10
Zorki 1c++++++++++10
Leica M3+++++++++++++13
Canon P+++++++++++++++15
Leica M5+++++++++++++13
Zorki 4K+++++++++9
Kiev 4AM+++++++++9
Leica M6+++++++++++++13
Zeiss Ikon ZM++++++++++++++++++++20
Bon, je vous ai bien dit que c’était très subjectif …
  • Esthétique, ben oui, ça compte ! Autant avoir un bel appareil en main …
  • Maniabilité : ici, j’ai tenu compte de la facilité d’utilisation des appareils, en me souvenant que certains étaient âgés. Par contre, je trouve toujours inutile de charger un appareil par la semelle dans les années ’80 à 2000 !
  • Réglages : là aussi, il faut tenir compte de l’âge de certains appareils mais – p. ex. un Zorki 4K n’a toujours pas de cellule en 1984 – aussi des commodités apportées – p. ex. la roue des vitesses affleurant le capot du M5, qui permet de régler celles-ci sans quitter le viseur des yeux.
  • Visée : au pays des télémétriques, c’est le plus important. Les plus vieux appareils sont battus sans concession (même si leur visée apporte un certain charme) mais pour les autres c’est une question vitale. Le M3 a introduit un standard qui a été longtemps un absolu. Seul le Zeiss Ikon ZM fait encore mieux.
  • Résultat : simplement l’addition de mes « sensations »

Vous ne serez pas dupes de ma partialité dans ce comparatif, même si – vous en conviendrez – certaines de mes remarques en sont pas dénuées de bon sens !

Les photos développées sont mises en exemple près de chacun des appareils. Le résultat des prises de vues (au delà d’une esthétique qu’il vous appartient de discuter, éventuellement) donne des résultats amusants : le Zorki 1c fait mieux que le Leica IIIf; le Leica M5 fait part égale avec son ainé, le M6; le Zorki 4K est idéal pour tâter du télémétrique à prix contenu et ses qualités, certes moindres que les autres en scène, ne sont pas du tout médiocres; je n’ai pas eu envie de tester (encore) le Kiev 4AM, pourtant cousin très germain du Contax plus célèbre; et j’ai découvert un appareil vraiment séduisant avec le Zeiss Ikon ZM, véritable outsider qui a battu tout le monde sur le fil d’une découverte par hasard sur un site de vente en seconde main !

N’oubliez pas – encore – qu’un appareil photo n’est jamais qu’une chambre noire, plus ou moins sophistiquée et que l’objectif est aussi – parfois plus – important pour la délivrance de belles images. Dans ce petit test sans prétention autre que celle de nous divertir (et pourquoi pas d’apprendre certaines choses) le panel des objectifs, choisis cependant avec soin, étaient de toutes les époques mais avec les meilleurs de chacune, sans verser dans le superlatif, en tout cas en terme de prix (j’ai volontairement omis les objectifs Leica, hors budget).

Puisse ce petit aperçu vous donner envie de tester vous aussi ces fabuleuses machines à fabriquer de beaux témoignages de votre passage en tant que photographe …

Bonnes découvertes !

Argentique

Les télémétriques russes

Les Yashica Electro 35 ou les Canonet QL 17 – QL 19 G III, voire un Minolta Hi-Matic 9 sont presque trop faciles à utiliser et donnent de superbes résultats. Ils font partie de ces fabuleuses machines des année ’60 et ’70, avec déjà des automatismes, discrets et efficaces, mais avec des objectifs fixes.

Les télémétriques russes, c’est une autre tranche d’histoire, celles des années ’30 (même s’ils ont été fabriqués, pour certains, jusque dans les années 80).

Les sites qui en parlent sont en bas de page, comme d’habitude.

Si j’avais une remarque personnelle à faire, je voudrais modifier un peu ce que l’on présente généralement sur ces appareils, à savoir qu’ils sont des copies des Leica et Contax. Sans refaire l’histoire, rendons à César ce qui lui appartient : la plupart des appareils russes ont été construits, au début du moins, avec des pièces issues de prises de guerre (dont les usines en entier parfois). Stricto sensu, ce ne sont pas des copies mais des Leica ou Contax fabriqués en Ukraine (Russie alors). La suite nous montrera que, parfois, certains ont même évolués différemment des Leica produits au même moment.

Bref, j’ai commencé par un Zorki 4K (1974). J’avoue que c’est assez déconcertant, au début.

D’abord, il faut toujours penser à armer avant de modifier les vitesses, afin de ne pas tout abimer. Ensuite, il faut penser à modifier un peu la languette du film pour qu’elle s’accroche correctement dans la bobine réceptrice, amovible, heu… tout en gardant un œil (voire une main, mais bon, nous n’en avons que deux depuis trèèès longtemps) sur le dos de l’appareil, que l’on doit ôter pour la manœuvre. Puis encore, vérifier que le bouton de désolidarisation du mécanisme d’entrainement est bien remis à sa place pour pouvoir armer une ou deux fois avant de refermer.

Notez qu’utiliser un Leica n’est, à ce stade, pas plus facile : il faut aussi recouper la languette et la longueur de l’amorce du film, puis insérer cette languette dans une bobine amovible et qu’il faut ensuite glisser la dite bobine avec la cartouche dans l’appareil, en ayant ôté la semelle. Bref, pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ! Je parle ici des Leica des premières générations (I à III) mais aussi du célébrissime M3, voire même de modèle « plus récent » comme le M5 (soyons précis, ces deux modèles ne nécessitent plus de devoir recouper la languette du film, mais le chargement se fait toujours par la semelle). A remarquer qu’en 1958, un Canon P, p. ex., possédait déjà un dos à charnière, une bobine fixe et l’on peut changer les vitesses après avoir armé … copies, copies ?

Bon, revenons à nos Zorki. Si vous êtes tombé sur un bon exemplaire, c.-à-d. pas trop maltraité par les ans et les proprio successifs, tout le reste fonctionne bien : télémètre juste, déclencheur un peu rude mais pas si bruyant que ça et armement facilité, sur le Zorki 4k, par un levier, au lieu d’un bouton à tourner pour l’avancement du film sur les autres modèles. L’obturateur, comme sur les Leica, est en toile caoutchoutée, que l’on peut (doit) régler pour assurer la bonne tension. C’est là aussi un gage de discrétion lors du déclenchement, qui produit un « flop » assez bien amorti.

Vous aurez remarqué la taille du viseur. Sans être aussi confortable que celui du Leica M3 ou M5, il est agréable (avec correction dioptrique si besoin) mais la base du télémètre est plus courte que sur l’allemand (qui fait quand même près de 6,5 cm !), ce qui n’assure pas la même précision, quoique le « patch » soit aussi bien visible et assez facile à régler. Pour info, lorsque l’on parle de base d’un télémètre, c’est la distance entre la fenêtre dudit télémètre (ici la petite carrée quasi au dessus de l’objectif) et la fenêtre du viseur. Enfin, il n’y a pas de cadres collimatés (c-à-d inscrit sur le verre de visée pour voir le cadre de votre future photo) pour les objectifs autre que le 50mm. Si vous utilisez d’autres focales, il faut une tourelle, comme pour les anciens Leica, qui assure la bonne visée.

Ah, j’allais oublier, l’objectif : le mien est un Industar qui a manifestement déjà été démonté et remonté … approximativement car je n’arrive pas à mettre l’ouverture maximale (f1:3,5), mais bon, on s’y fait.

De toute manière, je travaille autour des 5.6, ça simplifie les choses.

Question rendu ? Bah, ça change – vraiment – de la précision chirurgicale des appareils modernes, mais quel charme, quel grain en NB.

J’y ai fait quelques aménagements, pour le rendre plus souple d’utilisation, comme tout simplement un bouton soft release sur le déclencheur (garni de « pointes » un peu inconfortables à l’usage, même si antidérapantes). Et comme je réfléchissais à un truc pour le porter facilement, car il ne possède par d’œillets pour y attacher une sangle, j’ai pu trouver une gaine en cuir. Heu, costaude la gaine, taillée dans un cuir épais, à l’odeur particulière (venant, paraît-il, des bains de tannage propres à la Russie). En tout cas, elle protège super bien et permets de porter l’appareil sans soucis (juste que ça rajoute un peu de poids à un appareil déjà pas si léger).

Dire que cet appareil était un peu désuet en 1974 peut sembler étrange, mais face à la concurrence japonaise, il n’avait plus aucune chance. Et pourtant le Zorki 4 K a sans doute été le télémétrique le plus fabriqué et le plus vendu au monde. Vous en trouverez de ce fait à des prix qui restent abordables sur les sites de vente.

Franchement, c’est une expérience à tenter, surtout au prix auquel ils sont proposés.

Et puis, il y eu le Fed 2 (1969). Là, on manipule un Leica III (enfin, c’est ce qui s’en rapproche le plus) mais pour – au moins – 100 fois moins cher !

Oui, vous avez bien lu, c’est un FED 2

Ne me faites pas écrire ce que je ne pense pas : ce Fed 2 datait de 1969 (produit de 1955 à 1970 avec quelques variations – 8 en fait). C’est un mélange entre la douceur des commandes d’un Leica et la large base télémétrique d’un Contax (ou Kiev), mais la régularité de sa fabrication n’est pas gage de fiabilité. Sa construction est loin des standards d’un Canon ou d’un Leica. Mais au prix où vous les trouverez parfois, c’est de la découverte assurée.

Son objectif est un Industar 26 M, pas vraiment réputé pour ses qualités optiques (certains le surnomment le « bouchon de boitier ») mais il a son charme. Et il va bien avec l’appareil … si, si, ça compte aussi un peu d’esthétique. Ici encore, il faut penser à armer l’appareil avant de changer les vitesses, sinon, salade de pignons en perspective ! Ceci étant, vous pouvez monter dessus n’importe quel autre objectif en standard Ltm 39 et il y en a de très bons (Jupiter 3 ou Jupiter 8, notamment).

Kiev 4 AM de 1982

Pour continuer mes russeries, j’ai eu la chance de trouver à prix abordable un Kiev 4am. Nous sommes chez Contax, mais version soviétique (dans les années ’80 tout de même). La particularité de cet appareil, outre d’avoir gardé une ligne issue des années ’40 jusqu’au seuil des années ’90, c’est sa base télémétrique très large. Je crois ne pas me tromper en disant qu’elle est sans doute la plus large d’un appareil « grand public » : près de 7 cm de long, ce qui donne un très bon rendu d’image, même si l’œilleton de visée paraît très petit. Et, petite particularité mécanique, vous pouvez régler la distance sans devoir toucher le fut de l’objectif : une petite molette – il est vrai pas vraiment bien placée – permet de faire tourner l’objectif lors de la mise au point. Je vous dis pas la mécanique de précision qu’il y a derrière tout ça …. Il était équipé d’un Hélios 103, ouvrant à f1:1,8, lui aussi des années ’80. Les Contax Kiev possèdent une bague particulière qui assure un montage rapide et serein des objectifs mais qui est propre à ces appareils, ce qui limite la compatibilité. L’obturateur, comme sur le Contax, est à lamelles métalliques horizontales, qui donne un son assez sec, sans être très bruyant, lors du déclenchement.

Les appareils russes se vendent en quantité ( ce qui ne rime pas toujours avec qualité) sur les sites de vente bien connu. Souvent issus des anciens pays dits de l’Est, la plupart sont en bon état mais cela ne vous dispense pas de quelques vérifications lors de la lecture des explications du vendeur au sujet de son appareil. Notamment vérifier que le télémètre est juste, que les rideaux (toile caoutchoutée) ou lamelles (Kiev) sont en bon état, que les vitesses lentes sont fonctionnelles, que les bobines réceptrices sont bien présentes lors de la vente, par exemple.

Sinon, attrait garanti lorsque vous sortirez avec votre Fed, Zorki ou Kiev (pour ne citer que ceux que je connais et ai essayé). Mais prenez votre temps et redécouvrez les joies des cellules à main, de la règle des « sunny 16 », de l’hyperfocale … et bonnes photos.

Ce ne sont pas des appareils qui « vont vite », sauf avec un peu d’habitude. Pour les personnes nées après l’invention de l’autofocus, c’est un art de la patience qu’il convient d’apprécier.

Enfin, dernier avantage, mais non des moindres si vous investissez dans un bon exemplaire (je vous recommanderais un Zorki 1c dont je parlerai ailleurs), vous pourrez toujours monter les optiques prestigieuses de chez Leica, qui sont les montures à vis en LTM 39 (monture « Leica vissé » : Leica Thread Mount (LTM) ou Leica Screw Mount (LSM) en anglais). Elles ont un prix – soyez attentif et raisonnable – mais comme vous aurez fait des économies sur le boitier …. Et, si les optiques Leica sont les plus connues, d’autres marques à l’époque, comme Voigtländer, Canon, Jupiter, etc. ont aussi créé des objectifs de grandes qualités.

Pensez quand même que la plupart sont sensibles au flare (pas de traitement multi couche comme pour les optiques modernes), que vous serez loin du rendu « millimétrique » des optiques développées pour le numérique, mais quel charme.

Voici une petite revue récapitulative des appareils cités :

Vous trouverez plein de sites qui en parlent, mais surtout en anglais. Je vous recommande ceux-ci, en français : http://www.collection-appareils.fr/avoscrayons/html/Boitiers_russes.php pour un aperçu rapide des télémétriques russes ou encore https://www.danstacuve.org/test-du-zorki-4k-fort-en-caractere-2/ Pour les optiques, http://35mm-compact.com/anciens/objectifs-m39-russes.htm ou encore https://pierretizien-photos.blogspot.com/p/objectifs.html

Argentique

Le Leica M3, mythe ou réalité ?

Ben oui, dans la vie, faut parfois prendre des risques, alors je m’attaque au mythe du Leica M3 !

Si vous avez lu les articles précédents, concernant le petit comparatif des télémétriques que je vous propose, j’ai finalement eu en mains quelques beaux exemples de ces appareils réputés : du Zorki Ic au Canon P, en passant par le Leica IIIf, un Kiev 4AM et un Zorki 4K.

Mais me direz-vous, ce sont soit des Leica, soit des copies ! Oui, et non (mes lecteurs normands vont être ravis) car oui, Oskar Barnak a inventé un appareil compact en 1913 (le Ur-Leica) mais le premier télémétrique fut le Kodak Autographic Spécial (1916), et non, car dans les années ’30, Leica, Contax, Zeiss ont développés leurs propres modèles, qui ont inspiré d’autres constructeurs (Foca p. ex. en France) et suscité quelques copies, dont des appareils russes, mais aussi japonais (Nikon, Canon, Minolta,…).

Donc tous n’ont pas copié Leica mais beaucoup s’en sont inspirés, avec parfois des avancées que Leica a lui-même intégrées … après.

Ça, c’était avant 1953 car à cette date, Leica a présenté le M3. Qu’avait-il de plus ? Tout d’abord, il a inauguré une nouvelle monture, pour remplacer le vissage de l’objectif sur l’appareil, ce qui était plus rapide pour changer de focale et plus sûr (pas de risque de dévissage, même partiel, qui fausse la mise au point). La fameuse monture M était née. Autre avantage de celle-ci, elle améliore la précision du télémètre avec une correction automatique de la parallaxe. Ensuite, adoption d’un levier d’armement qui assure l’armement de l’obturateur et l’avancement du film, avec le déclencheur dans le prolongement de ce levier. Et, surtout, adoption d’un bloc viseur télémètre aux images confondues, qui supprime les deux « viseurs » des anciens modèles. Grâce à cette prouesse technique, l’image est claire et lumineuse, avec un cadre collimaté avec correction automatique de la parallaxe. Trois cadres sont disponibles, qui couvrent les champs des objectifs 50 – 90 et 135mm.

Oui mais, dès 1951, Zorki présentait le Zorki 3 M qui, s’il utilisait toujours la monture à vis, proposait déjà dans une seule et même fenêtre le viseur et le télémètre ! Ok, il n’était pas collimaté mais le principe était déjà là. Mais c’est une autre histoire …

D’autres améliorations sont à relever, comme la présence d’une « porte » au dos de l’appareil, qui permet de mieux insérer le film et celle-ci est munie d’un presse-film; le compteur de vue est interne et se remet à zéro lorsqu’on enlève la bobine réceptrice; le barillet des vitesses reprend toutes les vitesses (rapides et lentes ensembles, enfin !) et il ne tourne plus lors de l’armement et du déclenchement (on peut changer les vitesses avant ou après avoir armé).

Un bel appareil, en plus, esthétiquement, aux lignes assez intemporelles; mélange Art Déco, du streamline et de l’influence du Bauhaus.

Il connu bien sûr quelques modifications pendant sa carrières, et une descendance, mais le principal était là, dès le début. Il fut fabriqué de 1954 à 1966, à 226 178 exemplaires.

Cet appareil a reçu le meilleur accueil chez les plus grands photographes et il a ouvert une longue lignée de M. Quelques images et photographes célèbres, pour mémoire, que vous pourrez retrouver facilement sur la toile : la photo de Che Guevara d’Alberto Diaz Gutiérrez, dit Korda- 1960 (prise avec un M2, le petit frère du M3); le dernier concert des Beatles par Jim Marshall – 1966; une fleur contre des fusils de Marc Riboud (prise avec un M4, le successeur du M3) – 1967.

De nombreux photographes de Magnum ont utilisé le M3 et son petit frère, le M2.

Pourtant ses jours étaient comptés car un nouveau venu pointait le bout de son nez ; le reflex, dont le fameux Nikon F (1959) puis le Canon F-1 (1971) et ils allaient le remplacer sur la plupart des fronts de guerre.

Cependant, le M3 a gardé de nombreux adeptes, tant en reportage qu’en photo familiale, et en photo de rue, où il excelle par sa discrétion (taille et silence de fonctionnement).

Utiliser un Leica M3, et les M argentique en général, c’est une démarche, au delà de l’aspect snob que d’aucun attache à la possession de ces appareils. Il faut avouer que Leica est cher, très cher (et toutes les raisons données n’enlèvent pas les zéros à ajouter au premier chiffre !). Il faut souvent se résoudre à se tourner vers l’occasion, ce que j’ai fait, vous me connaissez maintenant. Les bonnes occasions existent toujours, même s’il est parfois nécessaire de mettre la main à la pâte.

Les premières photos du M3 que j’ai acheté montraient des signes évidents de pertes importantes dans la vulcanite (le revêtement granuleux en caoutchouc cuit). Un petit coup sur le côté (près du compteur de vue), ce dont j’avais été averti lors de l’achat (les vendeurs allemands, comme les Japonais, sont d’une extrême correction, en général), mais il était précisé que l’appareil fonctionnait parfaitement (visée, vitesses, soit le principal somme toute). Quelques recherches sur le Net pour voir comment faire, une bonne adresse pour les nouveaux recouvrements (http://www.aki-asahi.com/store/, c’est un incontournable, pour les mousses aussi) et me voilà recevant (en une semaine) le « covering » du Japon.

De grandes feuilles de papier sur la table, quelques lames de scalpel pour faire sauter les morceaux et racler les restes de colle, puis des cotons tige avec de l’acétone pour dissoudre toute la colle restante et bien dégraisser le métal. Enfin, avec précaution, pose du nouveau cuir, d’un beau Navy Blue Crinkled Emboss, en cuir de vachette. Il est comme neuf et, je pense, discrètement personnalisé. Ça m’a pris moins de deux heures, sans me presser. Faisable, non ?

Ceci étant, résumons-nous :

  • le Leica M3 a créé une rupture dans la lignée des télémétriques de la marque, introduisant des innovations qui le rendaient bien plus facile d’utilisation
  • c’est un bel appareil, fidèle aux principes du Bauhaus (la ligne épouse la fonction)
  • c’est un appareil solide, construit pour durer (et toujours réparable) même s’il n’est pas indestructible
  • c’est un appareil discret (bruit, taille) à défaut d’être léger (logique, il est tout en métal)

MAIS

  • les années ’60 ont sonné le glas de la plupart des télémétriques, supplantés par le reflex, plus polyvalent et souple d’utilisation
  • le Leica M3 s’est réfugié dans des niches photographiques, même s’il n’a pas tout à fait déserté les différents fronts de l’époque
  • sa qualité de fabrication – et celle de ses successeurs (même s’il y eu des ratés) – a créé une aura qui autorise la marque à pratiquer des prix … costauds !
  • et – encore plus paradoxal – un « club » d’inconditionnels s’est constitué autour de cette légende de qualité, qui acceptent ces prix exhaustifs, créant une sorte d’élite photographique
  • au delà des ces « esthètes » de la marque, il est intéressant de découvrir le mythe et de s’y frotter, en connaissant ses limites (usage des focales limitées, manipulations qui demandent un peu de connaissances en photographie à l’ancienne) et le coût que cela représente, mais qui reste comme un investissement (le prix de revente est quasi toujours garanti).

Ma conclusion, toute personnelle, enfin : j’ai pris beaucoup de plaisir à manipuler cet appareil, à lui rendre un aspect discrètement plus moderne, mais je n’aurai aucun remord à le revendre car je trouve le Leica M5 plus adapté à ma pratique photographique.

Pour terminer, ne changeons pas nos bonnes habitudes, quelques références pour les curieux : http://www.posephoto.net/2013/09/lhistoire-de-leica.html ou http://summilux.net/materiel/Leica-M3, http://www.posephoto.net/2013/09/lhistoire-de-leica.html

Argentique

Petit comparatif (très subjectif) de télémétriques argentiques

Voilà, comme je vous l’avais annoncé, j’ai reçu quelques pépites que j’ai envie de partager avec vous (article daté de février 2020, pour vous situer dans le temps).

Le facteur a déposé ce matin un Leica M5, un Zorki 1c et, il y a quelques jours, un Leica IIIf.

Quelques mots – juste pour vous faire saliver un peu – sur ces appareils :

  • le Zorki 1c est la copie conforme du Leica 2. Il est généralement plus apprécié qu’un Fed 2 parce que sa fabrication en est plus précise et soignée. Et, c’est vrai, c’est un bel appareil. Celui que j’ai reçu possède aussi sa gaine en cuir, du plus bel effet, car bien patinée par le temps (les photos suivront bientôt).
  • Le Leica III f est un des derniers Leica dit « à vis ». En effet, le Leica M viendra sous peu avec une baïonnette spécifique (1954), qui sera un nouveau standard pour les télémétriques. Même si Leica a prévu que la plupart des anciens objectifs à viser (le standard LTM 39) puissent être utilisés avec la nouvelle monture, moyennant une bague d’adaptation particulière. Et pour être précis, le dernier Leica à vis sera le Leica III G, apparu après le M3 mais qui fut un « champ du cygne » (produit de 1957 à 1960).
  • Le Leica M5 est un peu « hors catégorie » dans le match. Il est plus récent (1971 – 1975) et, surtout, il fut le premier Leica doté d’une mesure TTL (abréviation de through the lens, à savoir mesure d’exposition à travers l’objectif). Ce qui ne fut pas du goût des « puristes » de la marque, d’autant que sa forme était différente du standard de l’époque, le fameux Leica M3. Pour tout vous dire, il ne fut pas un grand succès commercial et d’aucun tente de lui imputer le risque de faillite de la marque qui s’en suivi. Les mauvaises langues ! Ceci étant, c’est un excellent appareil, qui eu le malheur d’arriver peut-être trop tôt (c-à-d à une époque où l’électronique ne pouvait pas encore être miniaturisée comme de nos jours d’où sa forme un peu « lourde » selon certains).
  • Le Leica M3 que j’avais commandé est arrivé (mars 2020). Je pourrai ainsi faire le tour de ces légendes et vous les présenter. Car le M3 est – à lui tout seul – une légende. Les puristes de la marque vous diront qu’il est parfait : son design est, il est vrai, intemporel. Inspiré du streamline (vous savez, ce que l’on a appelé la ligne « paquebot », toute en courbe et ligne tendue) et du Bauhaus (la fonctionnalité fait la forme), il est compact, ergonomique (pour l’époque), épuré. Et, cerise sur le déclencheur, pensé pour le photographe de reportage (de l’époque, et nous sommes en 1954 !). Ici, un seul viseur permet la visée et le réglage du télémètre (contre deux pour le Leica III f par exemple, ou le Zorki 1). Les cadres de visée du 50mm – 90 – 135 sont visibles dans ledit viseur, qui est grand et confortable, au rapport de 0,91 – soit presque la visée humaine 1:1, ce qui est exceptionnel pour l’époque. Il est usiné avec précision et la plupart des appareils produits sont toujours fonctionnels (même si certains nécessitent un petit passage chez Leica pour un bon entretien).

Voilà une première présentation, rapide, de ces appareils, sur lesquels je reviendrai bientôt.

Bon, le comparatif se précise. seront en lice, finalement, par ordre d’ancienneté :

  • un Leica III f de 1951
  • un Zorki 1c de 1953
  • un Leica M3 de 1957
  • un Canon P de 1958 (déjà présenté dans la rubrique « mes appareils … » et dans « pour la photo de rue »)
  • un Leica M5 de 1973
  • un Zorki 4K de 1974 (déjà présenté dans la rubrique « les télémétriques russes »)
  • un Kiev 4AM de 1980 (déjà présenté dans la rubrique « les télémétriques russes »)

En haut de gauche à droite, le Kiev 4AM, le Leica M5, au milieu le Leica M3; devant, de gauche à droite, le Canon P, le Zorki Ic et le Leica IIIf

Et, pour corser le tout, nous n’oublierons pas les objectifs qui vont avec :

  • un Industar 22 F 5cm f1:3,5 de 1958 (c’est un objectif dit « rentrant » qui sied fort bien à la petite taille du Leica III f ou du Zorki 1c). C’est la copie russe du Elmar de Leitz, et il supporte bien la comparaison.
  • Un FED 5cm f1:3,5 rentrant, comparable à l’Industar 22
  • Un Jupiter 3 F 5cm f1:1,5 de 1958 (élaboration russe à partir de la formule optique d’un Sonnar Zeiss 50mm f1:1,5 et plus particulièrement, les objectifs entre 1956 et 1961 sont fabriqués avec des lentilles d’origine Zeiss)
  • Un Jupiter 8 F 5cm f1:2 de 1959 (un grand classique, performant et peu onéreux à l’achat)
  • Un Jupiter 8 50mm f1:2 de 1974 (idem, sauf que ce sera l’occasion de voir si les « nouveaux » sont aussi bons que les anciens)
  • Un Jupiter 12 F 3,5cm f1:2,8 de 1982 (c’est une optique basée sur le Biogon de Zeiss, bien plus abordable et qui ne déçoit pas, parait-il)
  • Un Helios 103 f1:1,8 de 1982. Cet objectif fut conçu pour remplacer les Jupiter 8 qui étaient la « dotation » des appareils Kiev (copie de Contax, pour mémoire). Il a la réputation d’être très bon, surtout en film couleur.
  • Un Voigtländer Ultron 35mm f1:1,7 de 2015. Tout aussi performant que les Zeiss mais plus abordable (surtout en occasion). En monture M, il sera monté sur le Leica M5
  • Un Canon S 35 mm f1:2,8 en monture Ltm 39 de 1959. Redoutable parait-il. Et nous savons que Canon a une excellente réputation en matière d’optique.

Tiens, au fait, j’ai appris il y a peu que les premiers objectifs Hansa Canon étaient fabriqués par … Nikon ! Hé oui, Nikon était une compagnie d’optique très réputée et ils fabriquaient des microscopes de grandes qualité et précision (tiens, tiens, comme Leitz …). Je vous invite à découvrir cette histoire étonnante avec cette vidéo : https://www.qwant.com/?q=histoire%20de%20nikon&t=videos&o=0:bd185b9d9ca7fe8a9d7a52936caaa223

La plupart des objectifs russes assez récents ont une marque rouge (un P mais en cyrillique П) qui indique que ceux-ci ont reçu un traitement spécial des optiques (coating) pour diminuer le flare (ces taches qui apparaissent lorsque le soleil joue avec votre optique). Cette pratique est inspirée du marquage par un T rouge des optiques Zeiss. Si la plupart des objectifs modernes sont traités « multi-couches », auparavant une seule couche de traitement était appliquée qui, hélas, disparait parfois (même souvent) si les lentilles ont été, disons, nettoyées vigoureusement !

Les objectifs des Leica m’ont toujours semblé faire partie d’un monde abscons, limité aux seuls initiés de la marque et de ses arcanes. Ben non, finalement c’est simple : les noms correspondent aux ouvertures maximales (du moins pour ceux en monture M) :

  • Noctilux pour les f inférieurs ou égaux à 1
  • Summilux pour les f1:1,4
  • Summicron pour les f1:2
  • Summarit pour les f1:2,4
  • Elmarit pour les f1:2,8
  • Elmar pour les autres

Enfin, bien sûr, tous ces objectifs sont des occasions. Vous pouvez vous faire plaisir dans la fourchette de 40 à 300€ et découvrir de petites merveilles optiques que vous pourrez, moyennant des bagues d’adaptation, utiliser avec vos numériques sans miroir (sauf peut être le Jupiter 12, de par sa conception). Il n’est d’ailleurs pas rare de voir des Fuji X et des Sony E montés avec ce type d’anciennes optiques. Mais ils sont le mieux assortis avec un bon vieil argentique, tels ceux dont nous parlons ici.

Bien que je ne le fasse pas entrer dans ce comparatif, directement (je l’ai reçu bien après ce comparatif), je vous invite à lire mes articles sur le Zeiss Ikon ZM, que vous trouverez dans « les nouveautés en un lieu » et dans la rubrique argentique –> les télémétriques.

C’était l’outsider par excellence et comme tel, il a pris la première place !

Pour les infos techniques, comme d’habitude, voici les adresses intéressantes pour les optiques : http://www.sovietcams.com/index.php?-1674256906 (en anglais) et https://pierretizien-photos.blogspot.com/p/objectifs.html (en français) et un site assez incontournable pour les Leica : http://www.summilux.net/ (en français). Pour un peu d’histoire et de futur (eh oui, on refabrique certaines optiques de légendes : https://www.lesnumeriques.com/objectif/lomography-new-jupiter-3-p30961/new-jupiter-3-lomography-ressuscite-50-1-5-russe-n49159.html