Recherche rapide : Préambule – Un peu d’histoire – Présentation du Voigtländer Vito I – Que penser de cet appareil ? – Vidéo d’illustration – Un peu de technique – Des références
Préambule
Un matin humide de février. La météo nous promet un peu de soleil pour la fin de matinée, mais là, nous l’attendons avec impatience, il fait frais et même les plus endurcis des brocanteurs ne sont pas nombreux …
En passant devant un stand, je vois cet appareil, qui m’intrigue. Mais je constate qu’il est en mauvais état ; passons, je verrai bien si je ne trouve rien d’autre, c’est un des premiers vendeurs.
Finalement, je reviens car je n’ai trouvé que ce bel ensemble que je vous ai déjà proposé, une chambre F. Deckel et son trépied.
Je prends le petit appareil en mains et j’essaie de l’ouvrir ; impossible, il est bloqué ou il y a une manœuvre que je ne connais pas. Je me tourne vers le vendeur pour lui demander comment faire, mais lui non plus n’en sait rien. Ou plutôt, il fait les mêmes gestes que les miens pour un résultat identique : il ne s’ouvre pas.
Je lui propose que je fasse un dernier tour, le temps qu’il trouve … et un quart d’heure plus tard, il n’a pas avancé d’un iota : c’est bien le moment de négocier un tout petit prix pour ce boitier récalcitrant, et ça marche, il me le cède car il ne réussira pas à le mettre en état de vente.
Pour ma part, j’ai bien une petite idée et mon canif Suisse en poche, qui va encore débloquer la situation loin des regards …
Un peu d’histoire.
Ici encore je ne vais pas m’étendre trop longtemps, c’est une marque que j’ai déjà souvent analysée sur le site, du minuscule et moderne Vitoret EL 110 à l’ensemble exceptionnel du Bessamatic De Luxe, en passant par plusieurs déclinaisons des Vito (le Vito CD par exemple) et quelques folding de légende comme le Bessa I ou le populaire Perkeo I.
Juste rappeler que Voigtländer est sans doute une des plus anciennes marques actives dans l’optique et la photographie puisqu’elle fut créée par Johann Christoph Voigtländer à Vienne, Autriche, en 1756.
En 1850, il est un des plus grands fabricants et vendeurs de matériel photographique en Allemagne. Jusqu’au seuil de la Grande Guerre (1914 – 1918), les appareils sont des chambres portables à plaques de verre et des pliants avec film 120.
Il faut attendre les années trente pour qu’un nouveau format prenne petit à petit le contrôle du marché, le 24x36mm. Ce film répond à la demande du marché des Leica (1925), des Contax (1932), des Kodak Retina (1935). Trois formats de films vont donc encore cohabiter : les 127, le 120 et le 135. Notons qu’ils existent encore tous les trois de nos jours.
Comme d’autres fabricants, Voigtländer va peu à peu diminuer la taille de ses appareils et favoriser leur portabilité. En effet, longtemps réservé à une élite, l’appareil photo entre dans les mœurs, notamment grâce à Kodak, Agfa, Balda, Franka, Iloca, etc. qui produisent des boitiers de qualité à des prix plus démocratiques, favorisant l’achat non seulement des appareils mais aussi des films, de la chimie.
Les premiers boitiers vraiment de poche seront le Bessa (1929) et le Perkeo (1950), tous deux en format 120. Ce sont encore des pliants et lorsqu’ils sont fermés, on peut réellement les glisser dans une poche ou un petit sac. De quoi les avoir tout le temps sur soi.
Et pour répondre à la nouvelle tendance des appareils à film 135, face au Contax, ils vont proposer le Prominent (haut de gamme), les élégants Vitessa face aux Leica. Avec une bonne dizaine d’années de retard sur leurs concurrents, toutefois.
C’est donc comme une solution temporaire que ce Vito sort : il ne se positionne pas comme un haut de gamme mais comme un appareil capable de rivaliser avec les appareils 24×36 de la concurrence, comme l’Agfa Silette, les Zeiss Contessa et Contina, le Beirette, le Paxette de Braun, le Franka, etc. Des appareils de moyenne gamme destinés à répondre à la demande des amateurs toujours plus nombreux au sortir de la seconde guerre mondiale.
Ils n’ont rien révolutionné et plutôt pris le même chemin que leurs concurrents, à savoir un appareil pliant mais au format 135. Une sorte de Bessa et Perkeo mais en modèle réduit.
Maintenant, pour avoir choisi ce nom ? Vito signifie éviter en latin. Quoi, une perte financière, une aura, … on ne le saura sans doute jamais mais c’est finalement un nom qu’ils vont utiliser une bonne vingtaine d’années, avec toutes les déclinaisons ultérieures du Vito premier du nom.
De fait, il y a deux grandes catégories chez les Vito : les pliants, introduits dès 1939, marqués ensuite en chiffres romains de II, IIa à III (et non, il n’y a pas de Vito I car à l’époque, étant le premier, il ne devait pas être nommé comme tel).
Le tout premier Vito était prévu pour le film 828 de Kodak (voir le Kodak Pony), qui était un film non perforé au format 28x40mm. Seulement, la guerre est passée par là et ce type de film a été abandonné par Kodak et … Voigtländer, qui a opté pour le 135.
Les Vito II et IIa étaient encore forts proches du premier du nom, seule l’esthétique changeait mais ils étaient tous les deux des appareils avec un simple viseur. Par contre, le Vito III était un télémétrique.
Le premier Vito et les numéros deux étaient équipés d’un objectif Skopar ouvrant à f3,5 tandis que le troisième recevait un objectif Ultron ouvrant à f2.
Quant à la seconde catégorie, c’est celle des Vito compacts et rigides dont je vous ai déjà présenté quelques exemplaires (comme le Vito CLR, le Vito CSR, le Vitoret, le Vitomatic IIa, par exemple)
Les Vito étaient les appareils destinés aux amateurs, même s’il y en eut de très beaux et complets, tandis que les Vitessa étaient des milieux de gamme et les Prominent, hauts de gamme, destinés aux professionnels. Il y eut encore des réflex mono objectif comme les Bessamatic et Ultramatic.
Finalement, en 1956, Voigtländer sera racheté par Carl Zeiss AG et Zeiss Ikon, qui cessera la production d’appareils photo en 1971. La gamme Vito, sous toutes ses appellations, sera sous licence, ce qui permettra de la relancer dans d’autres formats comme le 110 par Rollei (Vitoret 110) ou dans l’éternel format 135 par Balda (1980) et même Samsung (1990).
Présentation du Vito, premier du nom
Les premiers Voigtländer Vito sont produits en 1939 et lorsque la guerre éclate, tout s’arrête. Il faudra attendre 1947 pour que les appareils reviennent sur le marché, avec quelques modifications, notamment l’obturateur qui passe du Compur initial au Prontor. L’objectif de 50mm possède une particularité : un filtre jaune est monté autour de lui, avec une charnière, qui permet de le relever si on n’en a pas besoin. Cette formule n’existe que sur les appareils d’avant guerre.
L’objectif reste un Skopar, dérivé du Zeiss Tessar (ça pouvait être pire !). On peut classifier les modèles de cette manière :
Voigtländer Vito (appareils photo en chiffres romains) 1939 – 1947
Vito II (1950)
Vito III (1951)
Vito IIa (1955)
Le deuxième du nom se distingue par un capot plus large où le viseur est intégré (plus de saillie). L’objectif était alors un 50mm ouvrant à f3,5 qui reçoit la mention Color-Skopar et il reçoit soit un obturateur Prontor, Prontor II, Prontor S (vitesse maximale de 1/300s) ou un Synchro-Compur, voire un Compur-Rapid (vitesse maximale de 1/500s). Il recevra par la suite une griffe porte-accessoire dite froide (sans contact).
Le Vito IIa reprend l’objectif du II mais il ne garde qu’un bouton sur le capot (au lieu de deux) et son viseur est agrandi.
Le Vito III opte pour un plateau rabattable au lieu de deux charnières latérales pour l’ouverture/fermeture pliage. Cette fois, il est un télémétrique, couplé avec un objectif Ultron de 50mm ouvrant à f2, qu’il partage avec le Vitessa et le Prominent.
Comme signalé plus tôt, l’appareil initial est prévu pour le film 828, qui donne un négatif de 30x40mm, négatif qui n’est pas perforé et donc il n’y a pas d’engrenage d’entrainement sur le pignon.
Celui que je vous présente a, semble-t-il bien, souffert :
- la cuirette, qui n’était déjà plus d’origine (les noms embossés dedans n’apparaissaient plus) et elle était décollée un peu partout quand pas tout à fait disparue. Je l’ai remplacée par un cuir synthétique coupé sur mesure
- l’objectif est un Skopar de 50mm ouvrant à f3,5
- l’obturateur est un Prontor II mais la vitesse maximale est de 1/200s
- Il faut absolument l’aider pour faire sortir le combiné objectif/obturateur
- le déclencheur est débranché (et impossible de démonter car tout est riveté)
- il faut lui demander très gentiment pour le rentrer dans le boitier et il ne le fait pas de bonne grâce
- il manque un minuscule ressort de rappel, impossible à remettre sans démontage
Bref, je vous le montre mais il n’est plus fonctionnel (j’en ai profité pour le démonter, au cas où, mais impossible de le réparer).
Sa forme n’est pas sans rappeler le Weltix (deux articles) ou le Zeiss Ikonta 522/24, voire le Kodak Retina IIIc : ils ont tous sensiblement la même compacité, le même système d’ouverture et l’unité de film, le 135.
Mais commençons par le début :

Sa forme est assez épurée : un petit capot avec de chaque côté une roue (à droite, l’avance du film ; à gauche, le rebobinage du film, l’avance rapide, l’éjection de la cartouche) et au milieu, le viseur légèrement en saillie. Entre la roue de droite et le viseur, le compteur de vue.
Le viseur est de type galiléen inversé, vraiment pas grand (5mm x 2,5mm) mais lisible (mais on n’y voit que la moitié de l’image réelle). Vous aurez remarqué qu’il n’y a pas de griffe porte-accessoires, pourtant il y a une prise PC sur le combiné objectif/obturateur, un clip était en option. A partir du numéro deux, deux rivets ajoutés à la face avant vont permettre de clipser l’accessoire particulier.
Passons au dos du Vito. Sous la pièce basculante, vous verrez une roue dentée. C’est elle qui permet de régler le compteur de vue et si cette pièce est soulevée, elle vous permet de rebobiner le film dans sa cartouche.
Voyez le petit pont, sous la roue d’avance : il sert à fixer une dragonne, l’appareil n’étant pas muni d’œillets pour le faire.

Par dessous, un filetage pour un trépied, un petit bouton, celui qui sert à déverrouiller la porte avant. Notez bien que même si tout va bien, elle ne s’ouvre pas complétement, il faut l’aider à aller jusqu’au bout et tirer sur l’ensemble pour le verrouiller à sa juste place.
Si vous regardez bien, vous verrez aussi 3 petits pieds (le 3ème est sur le bas de la porte) qui permettent de placer l’appareil bien à plat sur une surface solide. Utile, en combinaison avec le minuteur, pour les photos de groupe.

Une fois la porte ouverte avec votre aide, le combiné objectif/obturateur sort et se place en bonne position.

L’objectif est bien marqué Skopar, de 50mm et d’ouverture f3,5. L’obturateur est un Gauthier (voir le logo en face du nom) Prontor II. Au sujet de la lentille, quelques remarques utiles je pense : elle n’est pas traitée contre les reflets et est plus spécifiquement prévue pour le N/B. La mise au point minimale est de 1m jusque l’infini. Deux repères pour l’hyperfocale sont notés sur le pourtour : à f5,6, net de 5m à l’infini et à f16, net de 2,5m à l’infini).
L’obturateur propose des vitesses de 1/5, 1/10, 1/25, 1/50, 1/100 et 1/200s, plus une pose B et une prise PC mais sans indication de la vitesse de synchronisation, sauf ce tableau :

Le petit levier avec un point rouge est celui du minuteur, qui fait ce qu’il peut et est assez fantaisiste pour le temps, quand on arrive à l’actionner. Petit rappel à ce sujet : d’abord armer l’obturateur (le levier au dessus, à faire basculer vers l’avant) puis actionner le minuteur (à pousser dans le sens horaire), puis déclencher. Normalement, on peut déclencher l’appareil en appuyant sur la barre fixée au dessus de la porte, ou avec un câble fileté. Ici, rien ne fonctionne, à cause de ce f … ressort qui a mis les bouts !

Le dos de l’appareil s’ouvre en tirant vers l’arrière le bord noir, qui est le verrou. Bien le soulever et le rabattre quand vous fermez le boitier pour éviter les mauvaises surprises.
La chambre de cet appareil est déjà au format 24×36 mais les pignons ne sont pas munis de roue pour le guidage du film. Seule la fente de la bobine, large, va guider celui-ci, aidée par la plaque de pression sur la porte.
J’ai aussi lu chez quelques auteurs qu’il était bien possible que l’on ait utilisé du film en cassette rechargeable (comme chez Zeiss Ikon et Leica par exemple). Dans ce cas, il ne faut pas rebobiner le film, celui-ci entrant dans la cassette réceptrice au fur et à mesure. La molette se soulève d’ailleurs pour permettre de glisser soit une cassette, soit une bobine dans la chambre.


Puisqu’il n’y a pas de roue d’entrainement du film, le compteur de vue fonctionne avec un palpeur rattaché, je pense, à la roue d’avance du film.
Ce qui me fait aussi me poser une question, n’ayant pas de boitier de 1939 sous la main : si on pouvait utiliser du film 828, c’est-à-dire un film enrobé par un papier, comme le film 120, un compteur de vue n’est pas nécessaire mais il devait y avoir une fenêtre rouge au dos pour lire les numéros de vues. Qu’en pensez-vous ?
Que penser de cet appareil ?
Honnêtement, je suis déçu, car j’aime bien ces petits boitiers qui se glissent dans une poche. Mais ici, rien à faire, je ne sais pas le réparer : outre le petit ressort qui a pris la clé des champs, le mécanisme du déclencheur est usé et abimé au point qu’il faudrait refaire la pièce pour le réutiliser.
Comme je le soulignais ci-avant, je l’ai démonté pour essayer de trouver une manière d’atteindre le mécanisme du déclencheur ou, à tout le moins, voir comment cela fonctionnait Je vous livre ici les images :












Reste que la valeur de ce Voigtländer Vito ne vaut pas tout ce travail. Par contre, il fait un joli et peu encombrant presse-papier sur un bureau.
Ceci étant, pour ceux qu ont la chance d’en avoir un fonctionnel, c’est un chouette petit appareil typique des années 40 et 50 (pour les suivants), facile à employer et donnant de bons résultats, nous sommes quand même chez Voigtländer !
Vidéo d’illustration
Un peu de technique
- Viseur : Simple viseur newtonien inversé – montre l’image à environ la moitié de la taille naturelle. Pas de lignes de cadre ni de marquages de parallaxe.
- Mise au point aidée par l’échelle de profondeur de champ gravée sur le fut de l’objectif
- Objectif : Skopar de 50mm f/3.5 (4 éléments répartis en 3 groupes). Sans revêtement contre les reflets
- Filtres à pression de 31 mm ou 29 mm selon le modèle
- Mise au point minimale : 1m.
- Diaphragme : f3.5 à f16. Dix lames.
- Obturateur : obturateur Prontor II (B, 1/5, 1/10, 1/25, 1/50, 1/100 et 1/200s). Minuteur et prise flash
- Prise filetée standard à côté du déclencheur d’obturateur.
- Taille : 125 x 71 x 39 mm (L x H x D) lorsqu’il est fermé.
- Poids : 370g.
Des références
https://fr.wikipedia.org/wiki/Voigtl%C3%A4nder, https://parlonsargentique.com/voigtlander-vito-i-fiche-technique-avis/, https://focusargentique.fr/appareil-photo/voigtlander-vito/, https://mes-photos-2012.overblog.com/2017/12/voigtlander-vito.html, https://parlonsargentique.com/voigtlander-vito-i-fiche-technique-avis/, en français ; https://fr.wikipedia.org/wiki/Voigtl%C3%A4nder, https://en.wikipedia.org/wiki/Voigtl%C3%A4nder_Vito, https://camera-wiki.org/wiki/Vito, https://oldcamera.blog/2013/05/14/voigtlander-vito-i/, https://cameracollector.net/voigtlander-vito-family-list/, https://cameramill.co.uk/voigtlander-vito-film-camera-millys-cameras/, en anglais ; https://blende-und-zeit.sirutor-und-compur.de/thread.php?board=3&thread=288, https://www.peterwellner.de/voigtlaender.html, en allemand
