Argentique

Un acteur photographique de poids, le Voigtländer Ultramatic

Préambule

Le dernier appareil acheté lors de la brocante au profit de l’Unicef, à Ath. Il est très beau, intéressant, mais … en panne. Une panne classique mais rédhibitoire pour cet appareil me prévient de Monsieur collectionneur, car l’appareil est complexe.

En toute connaissance de cause donc, je l’acquiert car ses spécificités en font un appareil qui reste intéressant.

Et, vu son poids, un presse-papier intéressant, ou un serre-livre costaud et original …

Un peu d’histoire

C’est une marque que j’ai déjà pas mal rencontrée, un des fleurons de l’industrie allemande, au sens large car Voigtländer est autrichien (Vienne).

Historiquement, elle est aussi la plus ancienne car c’est en 1756 que Johann Christoph Voigtländer crée sa société. D’abord spécialisée dans l’optique de précision, elle plongera dans l’aventure photographique grâce à Peter-Wilhelm von Voigtländer, le petit fils du créateur, dès 1840.

C’est à cette date que le professeur Jozeph Petzal (université de Vienne) met au point le premier objectif permettant de réduire considérablement le temps d’exposition des daguerréotypes. Et Peter-Wilhelm von Voigtländer sera le premier à fabriquer cet objectif, ce qui fera connaître la société dans toute l’Europe, puis au delà avec l’avancée des appareils à travers le monde.

L’entreprise se lance aussi dans la fabrication d’appareils photo. Ce sera elle qui fabriquera le tout premier appareil tout métallique de l’histoire, en 1846.

Toujours dans les premières mondiales, sautons quelques années, car en 1959, la société fabrique le tout premier zoom au monde, le Zoomar.

Mais les années septante deviennent compliquées, l’avancée des marques nipponnes tuent lentement l’industrie photographique allemande. Dans une dernière tentative, Voigtländer s’associe à Zeiss Ikon en 1970.

Las, en 1972, l’entreprise jette le gant et ferme ses usines. La marque sera rachetée d’abord par Rollei (1974) puis la société allemande Plusfoto GmbH la reprend en 1996 et confiera à Cosina (Japon, ironie du sort !) la fabrication d’un télémétrique très haut de gamme, le Zeiss Ikon MZ équipé d’objectifs Voigtländer.

De nos jours, Voigtländer GmbH est toujours active dans la fabrication d’optiques de haut vol, concurrençant directement Zeiss pour les objectifs.

Ceci étant établi, Voigtländer a fabriqué un peu tout ce qu pouvait exister en termes d’appareils photo : des appareils à plaques de verre (Alpin), avec film 116 (Inos), avec film 120 à soufflet (Bessa), à soufflet et télémètre (Prominent), des TLR (Billiant), avec film à cassette 126 (Bessys), à soufflet avec film 135 (Vito), avec boitier compact et film 135 (Vito CD/Vitoret), des télémétriques (Prominent II/Vitessa), des réflex (Bessamatic/Ultramatic).

On peut écrire sans trop de risques qu’ils auront tout essayé, souvent avec succès car la réputation de sérieux, de solidité, de qualité de construction sera toujours indissociable de la marque.

Mais ce sera aussi souvent au prix d’une ingénierie complexe, couteuse à fabriquer, d’où les prix élevés des appareils à leurs époques respectives. Et une certaine réticence, semble-t-il aux technologies nouvelles, telle l’électronique. Alors que l’industrie japonaise standardisait, rationalisait et produisait en masse avec de hauts standards de fabrication des appareils moins coûteux et plus modernes.

Présentation du Voigtländer Ultramatic

Ce réflex, automatique, sera fabriqué à 35.500 exemplaires entre 1961 et 1965.

Un appareil photo vintage Voigtländer Ultramatic avec un objectif Color-Skopar.

Il sortira en même temps que le Bessamatic mais à la différence de celui-ci, l’Ultramatic possède un miroir à retour automatique.

Ils sont contemporains du Praktica IV que je vous soumettais il y a peu. Histoire de voir l’écart entre les deux concepts !

Tous deux sont équipés d’un posemètre au sélénium et d’un obturateur de chez F. Deckel, obturateur central, similaire à celui utilisé par le Kodak Retina Reflex, le Zeiss Ikon Contaflex. Pour mémoire, à la même époque, le Nikon F et le Pentax Spotmatic utilisaient un obturateur à plan focal, bien mieux adapté aux réflex à objectifs interchangeables (par exemple pas limité au 1/500s comme les obturateurs centraux!).

Appareil photo vintage Ultramatic en argent et noir avec objectif en métal.

Seul luxe de l’Ultramatic, un mode d’exposition automatique à priorité vitesse.

L’obturateur Synchro-Compur est donc monté derrière l’objectif dont seule une partie se détache. Ces objectifs utilisent la monture DKL (aussi de chez Deckel).

Le saviez-vous ? Les objectifs des Bessamatic sont compatibles avec l’Ultramatic, mais la plupart perdent alors l’automatisme. La monture DKL du Bessamatic n’accepte que les objectifs Voigtländer. Seuls les objectifs avec une vis peinte en jaune à l’arrière sont compatibles totalement.

Revenons un instant encore sur cet obturateur. Il dispose de deux jeux de lames, distincts : un pour contrôler le temps d’exposition et l’autre pour contrôler l’ouverture. Comme ils sont tous les deux maintenus à leur plus grande ouverture pendant la composition de votre sujet, une séquence d’opérations complexes va se dérouler quand le déclencheur sera enfoncé à fond.

  • l’obturateur et l’ouverture sont fermés
  • le miroir se relève
  • l’obturateur s’ouvre le temps d’exposer le film
  • il se referme, l’ouverture revient à la grande ouverture

Ce processus est lent et induit un décalage d’ouverture inévitable (on parle d’une seconde !).

Et lorsqu’on fait avancer le film à la vue suivante, ça continue :

  • le miroir s’abaisse
  • l’obturateur est armé et ouvert

Ces complications rendent, in fine, l’appareil fragile et, surtout, difficile à réparer (que ce soit le Bessamatic ou l’Ultramatic) car les mécanismes sont constitués de petits composants et si on a forcé, bonjour la galère. Sinon, ils sont assez agréables à utiliser.

L’Ultramatic CS, proposé en 1965,remédie à quelques uns de ces soucis et est considéré comme plus fiable, mais il perd le miroir à retour automatique.

A côté de ces mécanismes, il y avait aussi quelques trouvailles, comme ce petit périscope, sur la face avant, qui permet de voir les réglages de l’ouverture et de la vitesse dans le viseur.

Un gros plan sur un objectif de caméra vintage avec des réglages de diaphragme et de vitesse d'obturation.

Ceci étant, l’Ultramatic était parmi les appareils photo les plus chers de son époque.

Page présentant des caméras BESSAMATIC 63 et ULTRAMATIC, ainsi que leurs caractéristiques et accessoires, avec des illustrations des appareils photo.

Le viseur est agréable, clair et à champ coupé pour faciliter la mise au point, avec ce petit plus de voir à l’intérieur la vitesse et l’ouverture.

La cellule, au sélénium, située de façade, allège un peu l’esthétique du boitier mais si elle tombe en panne, difficile de continuer à travailler avec l’appareil.

Au point de vue ergonomique, le boitier est lourd (860gr) mais agréable avec ses coins arrondis et, sur le capot, les touches affleurantes. Il s’inscrit aussi dans toute la gamme d’accessoires prévus pour le Bessamatic et lui-même, notamment la large gamme d’objectifs réputés de chez Voigtländer, dont le fameux zoom Zoomar (36-82mm f2,8) et le Septon 50mm ouvrant à f2.

Descendons vers l’objectif pour remarquer d’abord que les commandes sont sur l’appareil et non sur l’objectif puisque la tête de celui-ci se détache pour être remplacée par une autre focale.

Si vous regardez bien, il y a une espèce de bouton poussoir sous l’objectif : c’est lui qu’il faut actionner pour déverrouiller la baïonnette de l’objectif.

Au niveau des choix, il est assez vaste mais toujours propriétaire (baïonnette DKL-Voigtländer). Soyons de bon compte, les objectifs Voigtländer ont une excellente réputation.

Voici un résumé des optiques possibles :

Tableau des lentilles photographiques avec les différentes catégories, y compris les lentilles grand angle, normales, de portrait, téléobjectif et zoom, détaillant la longueur focale, la construction, le groupe, l'introduction et les notes.

Les commandes pour régler la sensibilité de la cellule (de 12 à 3200Asa), celle de la vitesse (avec le poussoir en plastique) est au dessus, la distance, elle, se règle effectivement sur la tête de l’objectif.

Gros plan sur le sommet d'un appareil photo vintage avec un objectif métallique et un cadran d'exposition.

Par dessous, vous voyez trois lettres V – X – M et le sélecteur de couleur verte : le V est la lettre pour le minuteur que l’on ne peut engager qu’après avoir appuyé sur un bouton de l’autre côté du combiné objectif/obturateur ; le X est la synchronisation du flash électronique et le M celle pour les flashs magnésiques (à ampoules).

Vous voyez ici la lettre A, en rouge, qui permet de placer le boitier en mode tout automatique.

Un gros plan sur un appareil photo vintage avec un objectif argenté et des réglages de distance.

Si vous regardez bien, vous verrez deux petits triangles rouges de part et d’autre du témoin de distance. En fait, ils matérialisent l’échelle de netteté de la distance focale. Comme chez Voigtländer on aime la complication, lorsque vous tournez l’objectif, les flèches suivent le mouvement. Belle illustration de la profondeur de champ.

Vu d’en haut, le capot est dépouillé, les touches sot affleurantes comme cité plus avant.

Appareil photo argentique de marque Vignette, vu de dessus, avec objectif et réglages visibles.

A droite, l’aide mémoire pour les films utilisés et à gauche, un bouton qui a plus d’un tour dans son sac, je vais y revenir. Pas de compteur de vue ? Si, mais il est en dessous du boitier. Il faut le réinitialiser manuellement.

Premier plan d'un objectif d'appareil photo vintage avec des détails sur la monture et les réglages de vitesse.

Pour ouvrir l’appareil, il faut pousser sur le bouton de gauche, au dessus, qui va se soulever et sur lequel ensuite il faut tirer.

Pas de difficulté majeure pour installer un nouveau film, la bobine réceptrice est large et bien accesible.

Voilà, voilà, nous avons fini le tour de cet appareil.

Que penser de cet appareil .

En l’état, celui-ci est un magnifique presse-livres ou presse-papiers … et je ne compte pas le démonter.

Car ce qui est vexant avec ce type de boitiers, c’est qu’ils sont beaux, superbement finis mais, comme je l’écrivais, inutilement complexes et quasi irréparables.

Maintenant, imaginons un instant que celui-ci fonctionne encore, aurais-je envie de m’en servir ?

Réflexion faite, non. Déjà, je n’aime pas ces demi-objectifs à interchanger, c’est moins facile à utiliser, aussi bons soient-ils.

Ensuite, le poids de l’engin fait réfléchir, près de 900gr nu, ça compte, surtout pour les cervicales.

Enfin, encore une fois, si j’apprécie la qualité de l’ensemble, je ne le trouve absolument pas pratique à utiliser. Trop de contraintes et de choses étranges à manipuler pour que la photographie reste un plaisir avec lui. Si je le compare à un appareil nippon de la même époque (le Miranda Sensorex, le Nikon F, le Pentax Spotmatic), il est très en retard et peu convaincant. D’autant que son prix le réservait à une élite.

L’éternel malentendu entre la Mercedes et la Renault : toutes les deux vous emmènent où vous voulez, assez confortablement, mais la première coute deux fois le prix de la seconde !

Bref, ce peut être un magnifique objet de collection et sans doute quelques esthètes vont-ils l’utiliser avec plaisir, mais pour la pratique photographique, on a fait plus simple et plus efficace.

Vidéo d’illustration

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

Voigtländer Ultramatic
Reflex mono-objectif (reflex)
Film 24 x 36 mm
Armement et avance du film manuelle
Posemètre intégré, accouplé
Contrôle de l’exposition manuelle
Objectif interchangeable Voigtländer Color-Skopar 50 mm f2.8 – f22
Monture d’objectif baïonnette propriétaire
Mise au point manuelle
Obturateur F.Deckel, Munich, Allemagne, central
Vitesses pose B, 1s – 1/500s, synchro flash par câble sur prise PC
Cellule au sélénium
Période de production à partir de 1962 jusque 1965
Quantité de production 35.500
Poids 880 gr

Des références

https://fotobox.over-blog.fr/2016/03/voigtlander-ultramatic.html, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-21137-Voigtlander_Ultramatic.html , en français ; https://wikiland.org/fr/Voigtl%C3%A4nder_Ultramatic, https://en.wikipedia.org/wiki/Voigtl%C3%A4nder_Bessamatic_and_Ultramatic, https://historiccamera.com/cgi-bin/librarium2/pm.cgi?action=app_display&app=datasheet&app_id=1610, https://everything.explained.today/Voigtl%c3%a4nder_Bessamatic_and_Ultramatic/ , en anglais ; https://kameramuseum.de/objekte/voigtlaender-ultramatic/, https://www.klassik-cameras.de/Voigtlaender_Ultramatic_dt.html, en allemand

Argentique

Un Voigtländer Vito qui a bien souffert …

Préambule

Un matin humide de février. La météo nous promet un peu de soleil pour la fin de matinée, mais là, nous l’attendons avec impatience, il fait frais et même les plus endurcis des brocanteurs ne sont pas nombreux …

En passant devant un stand, je vois cet appareil, qui m’intrigue. Mais je constate qu’il est en mauvais état ; passons, je verrai bien si je ne trouve rien d’autre, c’est un des premiers vendeurs.

Finalement, je reviens car je n’ai trouvé que ce bel ensemble que je vous ai déjà proposé, une chambre F. Deckel et son trépied.

Je prends le petit appareil en mains et j’essaie de l’ouvrir ; impossible, il est bloqué ou il y a une manœuvre que je ne connais pas. Je me tourne vers le vendeur pour lui demander comment faire, mais lui non plus n’en sait rien. Ou plutôt, il fait les mêmes gestes que les miens pour un résultat identique : il ne s’ouvre pas.

Je lui propose que je fasse un dernier tour, le temps qu’il trouve … et un quart d’heure plus tard, il n’a pas avancé d’un iota : c’est bien le moment de négocier un tout petit prix pour ce boitier récalcitrant, et ça marche, il me le cède car il ne réussira pas à le mettre en état de vente.

Pour ma part, j’ai bien une petite idée et mon canif Suisse en poche, qui va encore débloquer la situation loin des regards …

Un peu d’histoire.

Ici encore je ne vais pas m’étendre trop longtemps, c’est une marque que j’ai déjà souvent analysée sur le site, du minuscule et moderne Vitoret EL 110 à l’ensemble exceptionnel du Bessamatic De Luxe, en passant par plusieurs déclinaisons des Vito (le Vito CD par exemple) et quelques folding de légende comme le Bessa I ou le populaire Perkeo I.

Juste rappeler que Voigtländer est sans doute une des plus anciennes marques actives dans l’optique et la photographie puisqu’elle fut créée par Johann Christoph Voigtländer à Vienne, Autriche, en 1756.

En 1850, il est un des plus grands fabricants et vendeurs de matériel photographique en Allemagne. Jusqu’au seuil de la Grande Guerre (1914 – 1918), les appareils sont des chambres portables à plaques de verre et des pliants avec film 120.

Il faut attendre les années trente pour qu’un nouveau format prenne petit à petit le contrôle du marché, le 24x36mm. Ce film répond à la demande du marché des Leica (1925), des Contax (1932), des Kodak Retina (1935). Trois formats de films vont donc encore cohabiter : les 127, le 120 et le 135. Notons qu’ils existent encore tous les trois de nos jours.

Comme d’autres fabricants, Voigtländer va peu à peu diminuer la taille de ses appareils et favoriser leur portabilité. En effet, longtemps réservé à une élite, l’appareil photo entre dans les mœurs, notamment grâce à Kodak, Agfa, Balda, Franka, Iloca, etc. qui produisent des boitiers de qualité à des prix plus démocratiques, favorisant l’achat non seulement des appareils mais aussi des films, de la chimie.

Les premiers boitiers vraiment de poche seront le Bessa (1929) et le Perkeo (1950), tous deux en format 120. Ce sont encore des pliants et lorsqu’ils sont fermés, on peut réellement les glisser dans une poche ou un petit sac. De quoi les avoir tout le temps sur soi.

Et pour répondre à la nouvelle tendance des appareils à film 135, face au Contax, ils vont proposer le Prominent (haut de gamme), les élégants Vitessa face aux Leica. Avec une bonne dizaine d’années de retard sur leurs concurrents, toutefois.

C’est donc comme une solution temporaire que ce Vito sort : il ne se positionne pas comme un haut de gamme mais comme un appareil capable de rivaliser avec les appareils 24×36 de la concurrence, comme l’Agfa Silette, les Zeiss Contessa et Contina, le Beirette, le Paxette de Braun, le Franka, etc. Des appareils de moyenne gamme destinés à répondre à la demande des amateurs toujours plus nombreux au sortir de la seconde guerre mondiale.

Ils n’ont rien révolutionné et plutôt pris le même chemin que leurs concurrents, à savoir un appareil pliant mais au format 135. Une sorte de Bessa et Perkeo mais en modèle réduit.

Maintenant, pour avoir choisi ce nom ? Vito signifie éviter en latin. Quoi, une perte financière, une aura, … on ne le saura sans doute jamais mais c’est finalement un nom qu’ils vont utiliser une bonne vingtaine d’années, avec toutes les déclinaisons ultérieures du Vito premier du nom.

De fait, il y a deux grandes catégories chez les Vito : les pliants, introduits dès 1939, marqués ensuite en chiffres romains de II, IIa à III (et non, il n’y a pas de Vito I car à l’époque, étant le premier, il ne devait pas être nommé comme tel).

Le tout premier Vito était prévu pour le film 828 de Kodak (voir le Kodak Pony), qui était un film non perforé au format 28x40mm. Seulement, la guerre est passée par là et ce type de film a été abandonné par Kodak et … Voigtländer, qui a opté pour le 135.

Les Vito II et IIa étaient encore forts proches du premier du nom, seule l’esthétique changeait mais ils étaient tous les deux des appareils avec un simple viseur. Par contre, le Vito III était un télémétrique.

Le premier Vito et les numéros deux étaient équipés d’un objectif Skopar ouvrant à f3,5 tandis que le troisième recevait un objectif Ultron ouvrant à f2.

Quant à la seconde catégorie, c’est celle des Vito compacts et rigides dont je vous ai déjà présenté quelques exemplaires (comme le Vito CLR, le Vito CSR, le Vitoret, le Vitomatic IIa, par exemple)

Les Vito étaient les appareils destinés aux amateurs, même s’il y en eut de très beaux et complets, tandis que les Vitessa étaient des milieux de gamme et les Prominent, hauts de gamme, destinés aux professionnels. Il y eut encore des réflex mono objectif comme les Bessamatic et Ultramatic.

Finalement, en 1956, Voigtländer sera racheté par Carl Zeiss AG et Zeiss Ikon, qui cessera la production d’appareils photo en 1971. La gamme Vito, sous toutes ses appellations, sera sous licence, ce qui permettra de la relancer dans d’autres formats comme le 110 par Rollei (Vitoret 110) ou dans l’éternel format 135 par Balda (1980) et même Samsung (1990).

Présentation du Vito, premier du nom

Les premiers Voigtländer Vito sont produits en 1939 et lorsque la guerre éclate, tout s’arrête. Il faudra attendre 1947 pour que les appareils reviennent sur le marché, avec quelques modifications, notamment l’obturateur qui passe du Compur initial au Prontor. L’objectif de 50mm possède une particularité : un filtre jaune est monté autour de lui, avec une charnière, qui permet de le relever si on n’en a pas besoin. Cette formule n’existe que sur les appareils d’avant guerre.

L’objectif reste un Skopar, dérivé du Zeiss Tessar (ça pouvait être pire !). On peut classifier les modèles de cette manière :

Voigtländer Vito (appareils photo en chiffres romains) 1939 – 1947
Vito II (1950)
Vito III (1951)
Vito IIa (1955)

Le deuxième du nom se distingue par un capot plus large où le viseur est intégré (plus de saillie). L’objectif était alors un 50mm ouvrant à f3,5 qui reçoit la mention Color-Skopar et il reçoit soit un obturateur Prontor, Prontor II, Prontor S (vitesse maximale de 1/300s) ou un Synchro-Compur, voire un Compur-Rapid (vitesse maximale de 1/500s). Il recevra par la suite une griffe porte-accessoire dite froide (sans contact).

Le Vito IIa reprend l’objectif du II mais il ne garde qu’un bouton sur le capot (au lieu de deux) et son viseur est agrandi.

Le Vito III opte pour un plateau rabattable au lieu de deux charnières latérales pour l’ouverture/fermeture pliage. Cette fois, il est un télémétrique, couplé avec un objectif Ultron de 50mm ouvrant à f2, qu’il partage avec le Vitessa et le Prominent.

Comme signalé plus tôt, l’appareil initial est prévu pour le film 828, qui donne un négatif de 30x40mm, négatif qui n’est pas perforé et donc il n’y a pas d’engrenage d’entrainement sur le pignon.

Celui que je vous présente a, semble-t-il bien, souffert :

  • la cuirette, qui n’était déjà plus d’origine (les noms embossés dedans n’apparaissaient plus) et elle était décollée un peu partout quand pas tout à fait disparue. Je l’ai remplacée par un cuir synthétique coupé sur mesure
  • l’objectif est un Skopar de 50mm ouvrant à f3,5
  • l’obturateur est un Prontor II mais la vitesse maximale est de 1/200s
  • Il faut absolument l’aider pour faire sortir le combiné objectif/obturateur
  • le déclencheur est débranché (et impossible de démonter car tout est riveté)
  • il faut lui demander très gentiment pour le rentrer dans le boitier et il ne le fait pas de bonne grâce
  • il manque un minuscule ressort de rappel, impossible à remettre sans démontage

Bref, je vous le montre mais il n’est plus fonctionnel (j’en ai profité pour le démonter, au cas où, mais impossible de le réparer).

Sa forme n’est pas sans rappeler le Weltix (deux articles) ou le Zeiss Ikonta 522/24, voire le Kodak Retina IIIc : ils ont tous sensiblement la même compacité, le même système d’ouverture et l’unité de film, le 135.

Mais commençons par le début :

Vue d'une caméra vintage avec un design rétro en noir et blanc, posée sur un fond blanc.

Sa forme est assez épurée : un petit capot avec de chaque côté une roue (à droite, l’avance du film ; à gauche, le rebobinage du film, l’avance rapide, l’éjection de la cartouche) et au milieu, le viseur légèrement en saillie. Entre la roue de droite et le viseur, le compteur de vue.

Le viseur est de type galiléen inversé, vraiment pas grand (5mm x 2,5mm) mais lisible (mais on n’y voit que la moitié de l’image réelle). Vous aurez remarqué qu’il n’y a pas de griffe porte-accessoires, pourtant il y a une prise PC sur le combiné objectif/obturateur, un clip était en option. A partir du numéro deux, deux rivets ajoutés à la face avant vont permettre de clipser l’accessoire particulier.

Passons au dos du Vito. Sous la pièce basculante, vous verrez une roue dentée. C’est elle qui permet de régler le compteur de vue et si cette pièce est soulevée, elle vous permet de rebobiner le film dans sa cartouche.

Voyez le petit pont, sous la roue d’avance : il sert à fixer une dragonne, l’appareil n’étant pas muni d’œillets pour le faire.

Vue latérale d'un appareil photo vintage avec un revêtement en cuir marron.

Par dessous, un filetage pour un trépied, un petit bouton, celui qui sert à déverrouiller la porte avant. Notez bien que même si tout va bien, elle ne s’ouvre pas complétement, il faut l’aider à aller jusqu’au bout et tirer sur l’ensemble pour le verrouiller à sa juste place.

Si vous regardez bien, vous verrez aussi 3 petits pieds (le 3ème est sur le bas de la porte) qui permettent de placer l’appareil bien à plat sur une surface solide. Utile, en combinaison avec le minuteur, pour les photos de groupe.

Appareil photo vintage en cuir brun, vu de côté, avec des éléments en métal.

Une fois la porte ouverte avec votre aide, le combiné objectif/obturateur sort et se place en bonne position.

Appareil photo rétro Voigtländer avec objectif Skopar, coque en cuir marron.

L’objectif est bien marqué Skopar, de 50mm et d’ouverture f3,5. L’obturateur est un Gauthier (voir le logo en face du nom) Prontor II. Au sujet de la lentille, quelques remarques utiles je pense : elle n’est pas traitée contre les reflets et est plus spécifiquement prévue pour le N/B. La mise au point minimale est de 1m jusque l’infini. Deux repères pour l’hyperfocale sont notés sur le pourtour : à f5,6, net de 5m à l’infini et à f16, net de 2,5m à l’infini).

L’obturateur propose des vitesses de 1/5, 1/10, 1/25, 1/50, 1/100 et 1/200s, plus une pose B et une prise PC mais sans indication de la vitesse de synchronisation, sauf ce tableau :

Table des paramètres de synchronisation des flashs, indiquant les réglages recommandés pour différents types d'ampoules et flashs électroniques.

Le petit levier avec un point rouge est celui du minuteur, qui fait ce qu’il peut et est assez fantaisiste pour le temps, quand on arrive à l’actionner. Petit rappel à ce sujet : d’abord armer l’obturateur (le levier au dessus, à faire basculer vers l’avant) puis actionner le minuteur (à pousser dans le sens horaire), puis déclencher. Normalement, on peut déclencher l’appareil en appuyant sur la barre fixée au dessus de la porte, ou avec un câble fileté. Ici, rien ne fonctionne, à cause de ce f … ressort qui a mis les bouts !

Un appareil photo vintage en cuir marron avec un logo en métal sur le devant.

Le dos de l’appareil s’ouvre en tirant vers l’arrière le bord noir, qui est le verrou. Bien le soulever et le rabattre quand vous fermez le boitier pour éviter les mauvaises surprises.

La chambre de cet appareil est déjà au format 24×36 mais les pignons ne sont pas munis de roue pour le guidage du film. Seule la fente de la bobine, large, va guider celui-ci, aidée par la plaque de pression sur la porte.

J’ai aussi lu chez quelques auteurs qu’il était bien possible que l’on ait utilisé du film en cassette rechargeable (comme chez Zeiss Ikon et Leica par exemple). Dans ce cas, il ne faut pas rebobiner le film, celui-ci entrant dans la cassette réceptrice au fur et à mesure. La molette se soulève d’ailleurs pour permettre de glisser soit une cassette, soit une bobine dans la chambre.

Puisqu’il n’y a pas de roue d’entrainement du film, le compteur de vue fonctionne avec un palpeur rattaché, je pense, à la roue d’avance du film.

Ce qui me fait aussi me poser une question, n’ayant pas de boitier de 1939 sous la main : si on pouvait utiliser du film 828, c’est-à-dire un film enrobé par un papier, comme le film 120, un compteur de vue n’est pas nécessaire mais il devait y avoir une fenêtre rouge au dos pour lire les numéros de vues. Qu’en pensez-vous ?

Que penser de cet appareil ?

Honnêtement, je suis déçu, car j’aime bien ces petits boitiers qui se glissent dans une poche. Mais ici, rien à faire, je ne sais pas le réparer : outre le petit ressort qui a pris la clé des champs, le mécanisme du déclencheur est usé et abimé au point qu’il faudrait refaire la pièce pour le réutiliser.

Comme je le soulignais ci-avant, je l’ai démonté pour essayer de trouver une manière d’atteindre le mécanisme du déclencheur ou, à tout le moins, voir comment cela fonctionnait Je vous livre ici les images :

Reste que la valeur de ce Voigtländer Vito ne vaut pas tout ce travail. Par contre, il fait un joli et peu encombrant presse-papier sur un bureau.

Ceci étant, pour ceux qu ont la chance d’en avoir un fonctionnel, c’est un chouette petit appareil typique des années 40 et 50 (pour les suivants), facile à employer et donnant de bons résultats, nous sommes quand même chez Voigtländer !

Vidéo d’illustration

Un peu de technique

  • Viseur : Simple viseur newtonien inversé – montre l’image à environ la moitié de la taille naturelle. Pas de lignes de cadre ni de marquages de parallaxe.
  • Mise au point aidée par l’échelle de profondeur de champ gravée sur le fut de l’objectif
  • Objectif : Skopar de 50mm f/3.5 (4 éléments répartis en 3 groupes). Sans revêtement contre les reflets
  • Filtres à pression de 31 mm ou 29 mm selon le modèle
  • Mise au point minimale : 1m.
  • Diaphragme : f3.5 à f16. Dix lames.
  • Obturateur : obturateur Prontor II (B, 1/5, 1/10, 1/25, 1/50, 1/100 et 1/200s). Minuteur et prise flash
  • Prise filetée standard à côté du déclencheur d’obturateur.
  • Taille : 125 x 71 x 39 mm (L x H x D) lorsqu’il est fermé.
  • Poids : 370g.

Des références

https://fr.wikipedia.org/wiki/Voigtl%C3%A4nder, https://parlonsargentique.com/voigtlander-vito-i-fiche-technique-avis/, https://focusargentique.fr/appareil-photo/voigtlander-vito/, https://mes-photos-2012.overblog.com/2017/12/voigtlander-vito.html, https://parlonsargentique.com/voigtlander-vito-i-fiche-technique-avis/, en français ; https://fr.wikipedia.org/wiki/Voigtl%C3%A4nder, https://en.wikipedia.org/wiki/Voigtl%C3%A4nder_Vito, https://camera-wiki.org/wiki/Vito, https://oldcamera.blog/2013/05/14/voigtlander-vito-i/, https://cameracollector.net/voigtlander-vito-family-list/, https://cameramill.co.uk/voigtlander-vito-film-camera-millys-cameras/, en anglais ; https://blende-und-zeit.sirutor-und-compur.de/thread.php?board=3&thread=288, https://www.peterwellner.de/voigtlaender.html, en allemand

Argentique

Un ensemble exceptionnel : un Voigtländer Bessamatic De Luxe dans son sac d’époque et ses accessoires. Seconde partie, les accessoires.

Préambule.

Il y a quelques jours, je postais le premier article consacré à cet appareil, le Voigtländer Bessamatic De Luxe.

Aujourd’hui, je vais consacrer un nouvel article au contenu du sac qui accompagnait ce boitier légendaire.

Tout est en l’état car j’aime bien laisser le tout dans son jus, sauf à nettoyer les lentilles et filtres pour les rendre utilisables.

Un peu d’histoire.

Rassurez-vous, je ne vais pas recommencer l’histoire de Voigtländer ni celle du Bessamatic, vous trouverez tout ce qui peut vous intéresser dans le premier article déjà cité ci-plus haut.

Présentation des accessoires du Bessamatic De Luxe.

Le tout premier accessoire, c’est ce sac d’origine, bien rempli. Il est encore en bon état mais digne témoin qu’il a été utilisé par son propriétaire, soigneux.

Un sac en cuir contenant divers accessoires photographiques dont des filtres, des lentilles et un viseur, sur un bureau en désordre.

Ensuite, le sac tout prêt, indissociable de ce type de boitier : lui aussi est en très bon état, même la lanière de cuir, sur laquelle est attaché un petit sac, un peu lourd et mal équilibré car il contient un objectif, le téléobjectif Super-Dynarex 135mm f4, muni de ses deux bouchons.

Un sac en cuir marron et un étui pour objectif, tous deux en bon état, posés sur une surface de bureau avec un fond flou.

Un bel objectif, tout en métal, gainé de simili cuir, aux lentilles impeccables. Petite remarque amusante : quand vous ouvrez le sac qui le protège, il sort presque comme un beau diable car un ressort est placé sous la plaque de soutient !

Vient après (dans le désordre) un viseur d’angle dans sa belle boite bleue, suivi d’un magnifique pare-soleil carré dédié au 35mm. Mais hélas, pas d’optique 35mm !

Un aperçu d'un sac en cuir contenant divers accessoires pour appareil photo, incluant des étuis, des notices et des filtres, sur une surface de travail.

Deux modes d’emploi, l’un en français, bien feuilleté, l’autre en allemand.

Puis une pochette en cuir, qui contient 4 lentilles nommées de A à D, qui sont des close-up plus ou moins puissants.

Une pochette en cuir contenant quatre lentilles nommées de A à D pour la photographie, avec une boîte bleue à côté, identifiant un viseur d'angle.

Une bobine autour de laquelle est enroulé un câble pour flash. Je vais ajouter un flash Voigtländer à ampoule que je dois avoir dans mes stocks pour que ce soit complet.

Vue intérieure d'un sac contenant un câble de flash enroulé, avec une pochette en cuir à l'arrière.

Enfin, sur la face supérieure du sac, quatre emplacements pour des filtres : un UV, un jaune, un vert. Il y manque le rouge, déjà fixé sur l’appareil.

Quatre filtres de lentille marqués UV, J, V, et un boîtier en plastique blanc, placés dans une pochette en cuir.

Je sais, cela ressemble à un inventaire à la Prévert, mais c’est ainsi que j’ai ouvert le sac et sorti les éléments du sac.

De nombreuses autres présentations ont existé, selon les besoins et/ou les moyens des photographes :

En bas, à gauche, l’appareil avec les différents objectifs dont le Zoomart et le Super-Dynarex 350mm f5,6 ; au centre, le renvoi d’angle ; à droite, une autre proposition de sac et contenu pour un Bessamatic

Que penser de cet ensemble ?

Il manque sans doute le 35mm puisque j’ai le pare-soleil, mais le reste est là.

Avec le filtre rouge installé sur la lentille de l’appareil, je peux peut-être déduire que le propriétaire de l’ensemble travaillait en noir et blanc et je suppose, en voyant le renvoi d’angle et les close-up, qu’il pratiquait sans doute la proxiphotographie.

Mais j’arrête là Sherlock Holmes et ses déductions ….

Les photos que je vous ai montrées étaient celles du déballage à chaud, sans nettoyage. Aujourd’hui c’est chose faite : sac propre, intérieur nettoyé, silicone sur les tirettes, oxydation des métaux nettoyée, filtres et objectifs bien propres.

Tel quel, cette ensemble vaut dans les 300€ et il est de nouveau prêt à rendre service à un photographe curieux.

Vous peut-être ?

Argentique

Un ensemble exceptionnel : un Voigtländer Bessamatic De Luxe dans son sac d’époque et ses accessoires. Première partie, l’appareil photo.

Préambule.

Honnêtement, je ne me souviens plus où j’ai acheté ce sac, que j’avais un peu laissé de côté. La seule chose dont je suis certain, c’est de m’être dis, en le voyant : quelle chance, il est complet ! Et quand le vendeur m’a donné son prix, c’est devenu : quelle aubaine !

De fait, je suis très heureux d’avoir pu acquérir cet appareil, que je cherchais , mais surtout, avec ces accessoires, rares. Plus encore, c’est de penser qu’un amateur de photo a pris la peine de se constituer un jeu complet de ce qu’il estimait être utile à sa pratique, et de le découvrir quelques septante ans plus tard, dans son jus mais fonctionnel …

Un peu d’histoire.

Voigtländer est sans doute la plus ancienne marque d’appareils optiques et photographiques car elle prend forme grâce à Johann Christoph Voigtländer à Vienne (Autriche), en 1756.

A l’origine, l’entreprise fabrique des instruments d’optique et c’est donc tout naturellement qu’elle se dirigera vers les objectifs pour appareils photo.

C’est elle qui crée, en 1840 l’objectif Petzval, qui est le plus rapide à l’époque (f3,7). Puis elle fabriquera le premier appareil photo daguerrotype entièrement métallique au monde, en 1841.

Surtout connue pour ses appareils à soufflet (folding), à plaque d’abord, puis avec film, comme le Perkeo, il faudra attendre 1931 pour voir son premier grand succès de masse, le Voigtländer Bessa.

Sa production ne se limite pas aux appareils pliants car elle sortira aussi de très beaux appareils fix-focus ou télémétriques dans la série des Voitgländer Vito ou Vitessa, entre autre.

Les marques allemandes régnaient encore sur le télémètre avec des légendes comme Leica et Contax, bien que de nombreuses entreprises japonaises eussent produit d’excellents boitiers (Canon J ou 8B ; Nikon I ou M, par exemple).

Mais au contraire des Japonais, ils n’ont pas compris tout de suite l’avantage indéniable des appareils reflex. Soucieux de développer un nouveau marché, les Japonais de Pentax ont lancé, dès 1952, l’Asahiflex. Il était loin d’être parfait car ne possédait pas encore de pentaprisme, ni de miroir à retour instantané, ni diaphragmes automatiques. C’est donc bien Pentax qui a lancé le reflex dans l’aventure photographique.

L’évolution était inscrite dans les gènes de ces appareils : l’Asahiflex est devenu Pentax Spotmatic, avec le succès qu’on lui connait. Orion sortait son Miranda et Tokyo Kogaku, le Topcon. Fin des années cinquante, quasi tous les fabricants japonais possédaient leur reflex 35mm. Et en 1959, sortait le Nikon F … qui lui sera comme l’archétype du reflex moderne.

Pendant ce temps, en Allemagne, patrie des télémètres et des obturateurs à lames Deckel ou Gauthier tout aussi reconnus mondialement, on se posait la question suivante : ok pour (pour)suivre les Japonais mais pourquoi repartir d’une page blanche quand on a ces atouts en mains ? De plus, l’obturateur central offre la possibilité de synchroniser les flashs à toutes les vitesses alors que les concurrents nippons, avec leur obturateurs à plan focal, plafonnent au 1/30 voire 1/60s.

Cependant, ajouter un pentaprisme et un miroir reflex à un télémètre à obturateur central relevait de l’exploit technique car de nombreux obstacles devraient être surmonté.

Dont le premier sans doute, primordial : dans un reflex la lumière passe à travers l’objectif, frappe le miroir, traverse le viseur pour que le photographe puisse composer son image. Ce qui implique que vous devez garder l’obturateur central et le diaphragme ouverts pendant la visée. Mais si l’obturateur est ouvert, comment empêcher le film d’être exposé ?

That’s the question eut dit notre bon vieux Hamlet ! Nos amis allemands aiment la complexité, preuve de savoir-faire selon eux. La solution est de mettre une plaque derrière le miroir lorsque celui-ci est abaissé et l’obturateur ouvert. Celle-ci bloque alors les rayons lumineux.

Schématiquement, lorsque l’on veut prendre une photo, l’appareil doit fermer l’obturateur et arrêter le diaphragme à n’importe quel f (ouverture) choisi. Puis le miroir reflex et la plaque doivent s’écarter pour laisser la lumière exposer le film. Bien que ces mouvements soient rapides, on estime qu’il s’écoule 1/50ème de seconde pour que tout le cycle se termine. Ce qui peut être préjudiciable pour les sujets en mouvement très rapide. Dès lors les boitiers comme le Bessamatic maintiennent l’obturateur fermé et le miroir plaqué vers le haut, empêchant la lumière de parvenir au viseur. Vous devrez armer l’obturateur pour y parvenir.

En 1959, Voigländer lance son Bessamatic, un reflex à pentaprisme et obturateur central, en réponse aux assauts nippons.

Ne blâmons pas Voigtländer de ce choix, Zeiss Ikon sort son Contaflex en 1953 ; Kodak lance sont Retina Reflex en 1957 et Agfa lance l’Agfaflex/Ambiflex en 1958. Disons que l’avantage qu’il a eu par rapport aux précurseurs, c’est qu’il a vu ce qui ne marchait pas et ce qui ne fonctionnait pas et a tenté de les corriger.

Mais il y eut un autre mauvais choix, celui de la monture. La DKL du Bassematic limite en effet la sélection des focales. Celles retenues font encore furieusement penser à celles des télémétriques (35, 50 et 135mm).

Le Bessamatic De Luxe (1962) est, finalement, une mise à jour du Bessamatic. Il comporte deux changements dont la fenêtre en forme de T, au dessus du posemètre, qui permet de voir la vitesse d’obturation et l’ouverture sélectionnée dans le viseur. La seconde est la simplification de la réinitialisation du compteur de vue. Maigre consolation …

Autres choses qui signeront la fin de ces appareils : le nombre de pièces en mouvement, le coût de fabrication, la difficulté des réparations, tout cela a fait perdre de leur popularité aux appareils munis d’obturateurs centraux face à la facilité des appareils à plan focal horizontal, nettement moins chers et plus fiables..

A la fin des années soixante, la messe était dite !

Les temps sont durs pour l’industrie photographique allemande et Voigtländer s’associe avec Zeiss Ikon (1970) pour tenter de contrer l’avancée du pays au Soleil Levant.

Ce ne sera pas suffisant, l’usine Voigtländer ferme ses portes en 1972. La marque sera rachetée ensuite par Rollei (1974) et finalement, en1996, la société allemande Plusfoto GmbH rachète la marque Voigtländer et Zeiss Ikon, et confie à Cosina (au Japon, quelle ironie !) la réalisation de nouveaux boîtiers télémétriques haut de gamme, dont le magnifique télémétrique ZM.

Publicité d’époque :

Page d'un catalogue présentant différents modèles d'appareils photo Voigtländer, incluant des descriptions techniques et des illustrations des modèles VITO CLR, VITO automatic, et BESSAMATIC.
Source : image-latente

Présentation du Voigtländer Bessamatic De Luxe.

Pour en revenir au Bessamatic, c’est le nom d’une série composée de 4 variantes, qui est donc la tentative de réponse de l’Allemagne face à la nouvelle suprématie nippone.

Voici les 4 modèles de la gamme Bessamatic :

  • le modèle original à cellule couplée au sélénium fabriqué à 213 000 exemplaires de 1959 à 1962 ;
  • le modèle « Deluxe » permettant à travers un jeu de miroir de lire les valeurs d’ouverture et de vitesse dans le viseur, fabriqué à 75 000 exemplaires de 1962 à 1966 ;
  • le modèle « M », sans cellule de mesure d’exposition, fabriqué de 1964 à 1966 à 9 300 exemplaires ;
  • le modèle « CS », à cellule de mesure d’exposition TTL alimentée, fabriqué à 22 000 exemplaires de 1967 à 1969.

Celui qui nous préoccupe aujourd’hui est un Voigtländer Bessamatic De Luxe.

Appareil photo Voigtländer Bessamatic De Luxe avec objectif Color-Skopar X 50 mm f/2.8, posé sur un bureau.

Il faut le reconnaître, ce reflex en impose : costaud, lourd (980gr), avec un objectif un peu petit pour le gabarit mais tellement bien construit.

Mais lorsqu’il est sorti, il était déjà techniquement à la traine face aux Nikon F, Minolta SR2 ou encore le Pentax Spotmatic, bien plus modernes et moins chers. Il s’est néanmoins assez bien vendu …

Physiquement, son toit à prisme est assez bas, avec un appendice un peu incongru au dessus de la surface de la cellule : une espèce de T semble y être noté mais à y regarder de plus près, il s’agit d’une fenêtre qui permet de lire, dans le viseur, la vitesse et l’ouverture choisies.

Vue de face d'un appareil photo Voigtländer Bessamatic De Luxe, avec un fond bleu. Le sommet de l'appareil présente une fenêtre de mesure et le nom 'BESSAMATIC'.

Le nid d’abeille de la cellule au sélénium n’est pas muni d’un cache amovible. Résultat, sur mon exemplaire, elle n’est plus fonctionnelle (mais bon, elle a au moins soixante ans !).

Ensuite, et c’était une option, il y a une griffe dite froide attachée au dessus du prisme. En fait, elle est fixée sur le bord de l’œilleton de visée. Si on y fixe un flash, il faut d’abord régler le curseur sur le côté gauche du viseur (X ou M), connecter la prise au port PC, et c’est fait.

Toujours sur le capot de l’appareil, le levier d’armement avec un mémo pour les films couleurs ou N/B. A côté de lui, un bouton coulissant que l’on doit faire pivoter pour qu’il débraye le compteur de vue et l’avance, permettant ainsi de pouvoir rembobiner le film. Et devant ce levier, le déclencheur proprement dit, fileté pour y fixer un câble filaire.

Schéma explicatif présentant les caractéristiques du Voigtländer Bessamatic, avec des numéros identifiant les différentes parties de l'appareil photo sur un fond clair.

De l’autre côté, un bouton rond pour rembobiner le film, posé sur une grosse molette. La grosse molette, elle, a un rôle particulier, qui rend compte de la complexité mécanique de l’appareil : tout d’abord, un petit bouton, qui coulisse, sur le rebord, permet de modifier la sensibilité, en Din en ou Asa ; mais lorsque vous faites tourner la roue, vous constaterez qu’elle fait se mouvoir la bague des ouvertures, sur l’objectif, ainsi que deux pointeurs rouges, qui donnent une indication sur la profondeur de champ, selon le réglage choisi.

Et puis, à côté de cette molette,il y a une échelle, numérotée de 5 à 0. Il s’agit d’une échelle qui tient compte des filtres Voigtländer que vous pouvez utiliser.

Tableau explicatif des filtres Voigtländer, présentant les types de filtres, leurs applications et coefficients de correction.
Vue rapprochée du réglage de l'obturateur et du posemètre d'un appareil photo Voigtländer Bessamatic De Luxe, avec un fond flou de clavier et de documents.

L’obturateur central, un Synchro Compur, nous donne les vitesses de 1s jusqu’au 1/500s, plus la pose B. Comme il n’y a pas de miroir de retour, lorsque vous avez déclenchez, votre viseur devient noir. Il faut armer l’appareil pour retrouver la vision. Les appareils japonais cités plus haut avaient déjà tous un obturateur à plan focal et un miroir à retour automatique.

Gros plan sur l'objectif d'un appareil photo Voigtländer Bessamatic De Luxe, mettant en avant les réglages de vitesse et d'ouverture.

L’avantage de cet obturateur est de permettre la synchro flash à toutes les vitesses, si besoin. Comme on peut utiliser des flashs électroniques ou des flashs à ampoules magnésiques, il vaut mieux tenir compte des indications données par la notice.

Tableau récapitulatif des temps de pose pour lampes éclairs et appareils électroniques, avec illustrations d'un photographe utilisant un appareil photo.

A côté de ce manque flagrant, de petit détails plus ou moins utiles : les petits pieds pour poser l’appareil bien à plat, un compteur de vue qui décompte et un double verrou pour éviter les ouvertures accidentelles du dos de l’appareil.

Je fais une petite correction au premier opus de cet article, où je notais qu’au rayon des choses agaçantes, il y avait le compteur de vue : pour le régler, il faut ouvrir le dos de l’appareil, mettre le levier de débrayage de l’axe d’entrainement sur R, puis, à la main, faire tourner l’axe d’entrainement pour faire coïncider avec le trait blanc le nombre de vues du film. Ensuite, il décomptera les prises de vue. Grâce à Stéphane, un lecteur assidu et amical du site, j’ai enfin compris comment en fait cela fonctionnait : il faut effectivement mettre le levier sur la lettre R mais ensuite il suffit de faire tourner le petit bouton à côté de celui-ci pour régler le compteur. C’est nettement plus simple ! Merci Stéphane.

Un mot encore sur les objectifs, interchangeables, de cet appareil. En fait, seule la partie avant se détache en actionnant un petit levier situé sous l’objectif. Il y a le 50mm f1,28 Voigtländer Color Skopar X, le 35mm f3,5 Skoparex et le 135mm f4 Super Dinarex. Certains parlent aussi d’un Septon 50mm ouvrant à f2,8, fabuleux parait-il ! Et le fameux Zoomar, premier zoom conçu pour un réflex (1960).

En fait, voici la liste complète des optiques :

Grand angle Skoparex 3.4 / 35 mm f/3
Skopagon 1:2 / 40 mm
NormalCouleur-Skopar X 1:2,8 / 50 mm
Couleur-Lanthar 1:2.8 / 50 mm
Septon 1:2 / 50 mm
TéléDynarex f/3.4 / 90 mm
Dynarex f/4.8 / 100 mm (produit uniquement en 1960 et 1964)
Super-Dynarex 1:4 / 135 mm
Super-Dynarex 1:4 / 200 mm
Super-Dynarex 1:5,6 / 350 mm
ZoomZoomar 1:2,8 / 36 à 82 mm

Deux index rouges se déplacent autour de la couronne des distances, indiquant ainsi la profondeur de champ.

Vue rapprochée d'un objectif d'appareil photo vintage Voigtländer Bessamatic De Luxe, montrant les réglages d'ouverture et de vitesse d'obturation, avec un fond flou d'un clavier et d'objets sur un bureau.

Pour les réglages de la distance, c’est avec la couronne tout à l’avant que vous le faites et vous contrôlez le résultat via l’écran avec le stignomètre et/ou le dépoli. Classique.

Quant à l’ajustement de la vitesse, vous devez utiliser la couronne à gauche, qui actionne par la même occasion le repère dan le viseur, et vous donne un couple ouverture/vitesse. La rotation de la couronne se répercute sur la bague d’ouverture et les deux repères rouges. Ici on est tributaire du couple décidé par l’appareil et cela nécessite des ajustements.

Vue du dessus d'un appareil photo Voigtländer Bessamatic De Luxe, mettant en évidence la molette de réglage de la sensibilité ISO et le mécanisme d'ouverture.

Ce n’est guère pratique car il faut tenir l’appareil de la main droite et manipuler la roue avec la gauche, et vu le poids de l’engin, ce n’est pas agréable.

Que penser de ce boitier ?

Comme je l’indiquais dans le préambule de cet article, je recherchais cet appareil parce qu’il représente une certaine idée du réflex européen : beau, solide, complexe, cher.

Tout cela est vrai, l’exemplaire que je vous présente fonctionne toujours parfaitement (hormis donc la cellule au sélénium).

Aurais-je envie de l’utiliser ? Non, trop lourd, complexe et peu adapté à ma manière de photographier.

Cependant, en préparant cet article, j’ai découvert que le Bessamatic De Luxe est un boitier qui attire toujours du monde, et c’est tant mieux.

Vous pouvez voir quelques exemples de photos prises avec ces appareils ICI.

Paradoxalement, ce n’est pas le plus recherché de la gamme car il fut produit à plus de 200.000 exemplaires. Comptez quand même une centaine d’euros pour un appareil en pleine forme.

Mais je reviendrais dans la seconde partie de l’article sur le prix de cet ensemble exceptionnel.

Vidéos d’illustration.

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI et LA.

  • Reflex mono-objectif (SLR) Voigtländer
  • Film photographique 35mm – format négatif 24 x 36 millimètre
  • Posemètre intégré, couplé – cellule au sélénium, sensibilité de 10 à 3200Asa avec aiguille dans le viseur
  • Lentilles Voigtländer – Objectif interchangeable sur l’appareil photo Coulor-Skopar X 50 mm f/2.8 (4 éléments en 3 groupes, formule Tessar) ; diamètre filtres, mise au point minimum de 1,2m
  • Monture propriétaire DKL Voigtländer F. Deckel
  • Type d’obturateur : Synchro-Compur MXV Leaf, position centrale
  • Obturateur : B – 1s au 1/500s
  • Flash Accessoires avec contact par câble, prise PC
  • Période de production à partir de 1961 jusque 1966
  • Viseur : Pentaprisme reflex fixe
  • Poids : 802 grammes (boîtier nu), 938 grammes (avec objectif)

Des références.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bessamatic, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-853-Voigtlander_Bessamatic.html, https://fr.wikipedia.org/wiki/Voigtl%C3%A4nder, https://limage-latente.fr/les-collections/les-appareils-photo/-voigtlander.html, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-11779-Voigtlander_Bessamatic%20Deluxe%20.html, en français ; https://en.wikipedia.org/wiki/Voigtl%C3%A4nder_Bessamatic_and_Ultramatic, https://oldcamera.blog/2018/05/26/voigtlander-bessamatic-2/, https://camera-wiki.org/wiki/Bessamatic, https://knippsen.blogspot.com/2018/11/voigtlander-bessamatic.html, https://www.35mmc.com/07/09/2021/voiglander-bessamatic-deluxe-review-best-of-the-60s-by-madeleina-schwantes/, https://mikeeckman.com/2018/11/voigtlander-bessamatic-deluxe-1962/, https://kameramuseum.de/objekte/voigtlaender-bessamatic-deluxe/ en anglais ; https://www.engel-art.ch/voigtl%C3%A4nder-bessamatic/, https://kameramuseum.de/objekte/voigtlaender-bessamatic-deluxe/, http://www.der-klinterklater.de/bessamatic.html, https://de.wikipedia.org/wiki/Bessamatic, en allemand

Argentique

Le Zeiss Ikon ZM

Contrairement à mon habitude, je vais être un peu « technique » pour cet appareil. Pourquoi ?

En fait, j’ai fait le tour de la Toile pour y trouver des informations et je n’ai rien trouvé, sauf en anglais. Bien que je ne sois pas très doué – doux euphémisme – en langue (sauf en Langouste et langue de bœuf), je sais me servir d’un traducteur (Deepl.com en l’occurrence) et il me reste quelques souvenirs scolaires pour que ces traductions ressemblent à du français correct. Soyons honnête, je vais m’inspirer des 3 sites référencés en bas de page mais je ne vais pas vous les traduire intégralement et mots à mots.

Commençons… Cet appareil est le fruit de réflexions allemandes et de construction japonaise. Nous devrions nous attendre au meilleur dès lors.

Il fut construit de 2006 à 2012, finalement en assez peu d’exemplaires car beaucoup de ses possibles acquéreurs ont choisi la facilité de se tourner vers un autre grand nom de la photographie argentique, le Leica 7.

Pour la petite histoire, il faut savoir que Zeiss et Leica ont toujours été concurrents et qui plus est, voisins car les usines se faisaient quasi face à Wetzlar. Zeiss Ikon est aussi une grande marque dont les origines remontent aux années ’20 (1920) et qui a marqué le monde de la photographie et du cinéma. Las, la seconde guerre mondiale et son après, avec la partition de l’Allemagne, a sonné le glas de cette maison prestigieuse. Zeiss a absorbé Voigtländer et a cessé de fabriquer des caméras. Le savoir-faire issus de ces années de gloire s’est retrouvé chez Contax et Yashica.

En 2004, alors que la marque Zeiss Ikon n’existait plus, Carl Zeiss AG a tenté de relancer celle-ci à travers l’appareil que je vous présente aujourd’hui. Conçu en Allemagne par Zeiss et fabriqué au Japon par Cosina de 2006 à 2012, le ZM était fabriqué en noir et argent et était destiné à être associé à la magnifique ligne d’objectifs ZM à monture M de Zeiss, et il fonctionne avec tous les objectifs en monture M.

Lors de sa sortie, le Zeiss Ikon ZM coutait cependant presque trois fois moins que son concurrent, tout en offrant quelques avantages certains dont, par exemple :

  • un chargement du film vraiment simplifié, avec un dos à charnière
  • un viseur encore plus lumineux que le Leica
  • un « patch » aérien qui permet de viser rapidement
  • une meilleure ergonomie
  • une excellente fiabilité
  • un télémètre superlatif
  • une cellule très précise
  • un mode automatique débrayable, qui permet de se concentrer totalement à la prise de vue
  • une légèreté remarquable, qui n’entache pas sa solidité

Soyons de bon compte, il pourrait lui être reproché :

  • il manquerait les lignes de cadrage au 135mm (perso, je trouve déjà que le 90mm est un maximum en télémétrique)
  • l’obturateur est plus bruyant que le Leica (normal, celui du Zeiss est en métal, contre du caoutchouc pour le Leica – ce qui lui permet d’atteindre le 1/2000ème/sec. ce que le rideau du Leica ne sait pas faire). Ceci étant très relatif, car il faut vraiment tendre l’oreille pour entendre le léger « clic » de l’obturateur. Croyez-moi, ce n’est pas lui qui dérangera le conférencier que vous voulez immortaliser !
  • le bouton de verrouillage AE est au dos de l’appareil, sous la prise flash
  • il n’a pas de mesure TTL du flash mais sa synchro est au 1/125 (contre 1/50 au Leica)

Ce qui m’a frappé avec cet appareil, c’est son aspect, étrangement épuré et très ergonomique. C’est vraiment un plaisir de le prendre en main. D’autant qu’il est plus léger que les Leica (458 gr avec ses piles et un film, sans objectif).

Et, surtout, la taille de son oculaire de visée à l’arrière ! Y plonger son œil c’est comme regarder à travers un voile de cristal : clair, limpide, aérien. Les lignes de visées sont bien présentes cependant, clairement visibles mais pas envahissantes (28 -35 -50 -85). Le grossissement est de 0,74x.

Les 28mm et 85mm apparaissent ensembles, tandis que les 35mm et 50mm apparaissent seuls, en actionnant le levier sur la gauche. Contrairement à son rival, la ligne des 28mm est bien visible et confortable.

Les vitesses d’obturation sont indiquées par des chiffres rouges sur le côté gauche du viseur. Elles apparaissent entre les positions des lignes de cadrage de 28mm et 35mm.

Le compteur de vue est automatique et discret, près du levier d’armement. Les symboles S, 24 et 36 sont de couleur orange, bien visibles.

Il est alimenté par 2 piles de 1,5v, des LR44 font très bien l’affaire. Et vous pouvez compter faire au moins 50 films de 36 vues avec un jeu de piles, en le laissant allumé pendant un shooting. On est loin des camions de batteries à prévoir en numérique …

Au niveau des vitesses : elles vont de la seconde au 1/2000ème en mode manuel et de 8 sec au 1/2000ème en mode automatique.

Le Zeiss Ikon mesure la lumière réfléchie sur une barre grise sur les lames de l’obturateur. La surface est large et la cellule est très précise (évaluative).

Comme tout bon télémétrique, impossible de faire la mise au point en deçà des 70 centimètres.

Tout ceci étant écrit, que penser de cette belle machine à photographier ?

Elle est comme la synthèse de ce qui se fait de mieux en télémétrique, avec des idées originales et avant-gardistes (un peu comme le CLE de Minolta, qui aiguillonnera Leica en son temps et l’obligera un bon moment à se remettre en question). La comparer au Leica M7 me semble, finalement, vain, car nous ne sommes plus dans la même philosophie. Ici, on prépare une vision différente, qui va de l’avant; là, on thésaurise sur des acquis, ceux de la lignée des M (notez que c’est une bonne base).

Bref, si vous voulez vous faire plaisir, sans avoir le sentiment de devoir appartenir à une « tribu », à ses codes, ses manies, ses coûts, l’alternative du Zeiss Ikon ZM est la voie royale car vous bénéficiez du meilleur de ce que le télémétrique peut vous offrir à des prix encore raisonnables (attention, après cet article, les prix vont monter !).

Et pour en revenir à ce que j’esquissais dans le premier article à son sujet, choisir le Zeiss Ikon ZM c’est choisir la liberté de faire mieux dans bien des cas sans devoir se plier à une mode, un snobisme, celui d’afficher une marque, certes connue et reconnue, mais qui cultive l’élitisme comme d’autres la recherche et le progrès.

Les liens si vous voulez en savoir encore plus : https://www.kenrockwell.com/zeiss/ikon.htm, https://www.35mmc.com/19/03/2016/zeiss-ikon-review/ et https://casualphotophile.com/2017/10/16/zeiss-ikon-zm-35mm-rangefinder-review-everything-a-rangefinder-should-be/