Le Nikon FA : l’argentique qui a ouvert la voie

Le Nikon FA : l’argentique qui a ouvert la voie

Préambule.

Si vous vous en souvenez, c’est dans l’article sur le Nikon FG que j’expliquais la découverte de ce second Nikon, muni de son moteur et d’un flash. Si le premier était bis-tons, celui-ci est tout noir, comme je les aime.

Lorsque je l’ai trouvé, impossible de l’armer et de déclencher, parce qu’il était monté sur le moteur et que celui-ci – heureusement – ne contenait plus de piles. J’en ai donc remis dans le chargeur (4 piles AA classiques) et c’est reparti sans souci.

L’autre point que je voulais vérifier, c’était le flash car, généralement, après un certain temps, ceux-ci ne fonctionnent plus. De plus, pour celui-ci, la vitre striée à l’avant me semblait comme brûlée.

Et bien 4 nouvelles piles AA plus tard, il repartait lui aussi sans problème.

Finalement, l’achat de ces 2 appareils est finalement une bonne affaire !

Un peu d’histoire.

Encore une fois, je ne vais pas tout reprendre, les articles précédents sur la marque en ont déjà fait un beau tour et le dernier sur le FG l’a encore approfondi.

Je vais toutefois reprendre le tableau déjà utilisé car c’est un excellent résumé :

Grâce à ce tableau, nous pouvons resituer le Nikon FA dans la gamme : nous ne sommes plus dans l’entrée de gamme mais dans le milieu, à côté du FM2.

Pourquoi à côté et non pas sur le même pied ? Parce que le FA inaugure un nouveau système de mesure d’exposition innovant, le AMP pour compteur automatique à motifs multiples ou encore mesure matricielle.

Produit de 1982 à 1988, il va marquer durablement la manière de mesurer la lumière chez les reflex.

Présentation du Nikon FA.

Je reviens donc un instant sur cette mesure matricielle car elle mérite notre attention.

Comme un petit dessin vaut mieux que mille mots :

Le viseur est subdivisé en quatre zones de surface équivalente. Une zone centrale empiète sur chacune de ces quatre zones, un peu plus sur les zones basses. Pour chacune des quatre zones, une cellule mesure la lumière. La zone centrale est mesurée par deux cellules, placées de part et d’autre de la visée.

Ensuite, les valeurs qui sont mesurées sont envoyées vers un véritable calculateur, nourrit de millier de valeurs inscrites dans sa mémoire. Il va les comparer, choisir éventuellement de ne pas tenir compte des valeurs de certaines cellules ou les plafonner si elles sont trop extrêmes. Bref, on pourrait dire qu’il va faire des moyennes pondérées de la lumière pour déterminer la valeur la plus fine possible.

De nombreux tests auront lieu et la critique sera unanime : cet appareil était génial pour l’époque avec sa mesure matricielle (sur 5 zones). Il reçu d’ailleurs le Grand Prix Camera 1984 au Japon pour cette innovation.

Attention, à l’époque il n’y avait pas d’Intelligence Artificielle (AI) pour encoder les infos dans l’ordinateur de bord embarqué par le FA, mais la patience des ingénieurs …

Imaginez une surface équivalente à un film de 24x36mm. Sur celle-ci, les ingénieurs ont placé 24 SPD ou photodiode au silicium, soit de petits carrés de 5mm². Quatre sont placées à la verticale et six à l’horizontale. Ce support est fixé en lieu et place d’un film dans le corps d’un Nikon FE. A côté de cet appareil, un autre FE non modifié, que l’on charge de films différents, qui seront exposés avec un braketing d’exposition. Ensuite, les photos considérées comme les meilleures sont retenues et on introduit leurs références dans l’algorithme (méthode résolution d’un problème) qui alimentera la mémoire du FA.

Imaginez les milliers de photos que cette méthode requiert et la patience méticuleuses des ingénieurs Nikon de l’époque !

Ah, et encore une chose : cet appareil upgrade son micrologiciel à … chaque nouveau film que vous mettez dans la chambre. Facile, non ?

La mesure à pondération centrale écrit ses derniers jours … car la mesure matricielle se retrouve encore dans les appareils digitaux modernes.

Le boitier propose encore une vitesse de travail jusqu’au 1/4000s, alors que la concurrence plafonnait au 1/2000s (obturateur en titane et caoutchouc alvéolé du F2) ; une synchro flash au 1/250s ; l’ancêtre du PSAM avec un mode manuel, un priorité ouverture (A), un priorité vitesse (S) et un mode programme (P), qui offrait la sélection des vitesses hautes pour les téléobjectifs AI-S, et enfin la mesure TTL au flash.

Source : Camera Passion

Mais alors, pourquoi ne pas l’avoir considéré comme un appareil haut de gamme ?

Chez Nikon, on est perfectionniste et orienté professionnels de la photo. Or le FA a pour eux deux défauts (qui deviendront ensuite des qualités, mais ne brulons pas les étapes) : sans piles, rien ne fonctionne alors qu’un F3 travaille toujours – ce qui, in fine, n’est pas tout à fait juste car il y a une vitesse mécanique de secours, le 1/250s M250) ; ensuite, pour exploiter toutes ses possibilités, il faut utiliser des optiques AI-S. Les AI sont bien évidemment compatibles sauf en téléobjectif car le mode P ne les reconnait pas pour le décalage de programme en vitesses rapides.

Ceci étant, il accepte des verres de visée différents (quadrillé, dépoli), un dos dateur et un moteur, le MD 15, comme un vrai Pro.

Petit aparté utile sur les objectifs à réglages manuels Nikkor de chez Nikon (merci Nikon passion) : depuis 1959, la monture des boitiers reflex de la marque est la F, introduite avec le mythique Nikon F.

  • Nikon Nikkor non AI : objectif à réglages manuels (1959 – 1977) ; ils sont de trois types : A (couronne filtre chromée), C (couronne filtre noire) et K (revêtement caoutchouc). Ils possèdent une espèce de fourchette sur le pourtour, qui viendra s’embrocher sur l’index de l’appareil
  • Nikon Nikkor AI : toujours des objectifs à réglages manuels (1977) mais ils permettent cette fois l’indexation automatique de l’ouverture du diaphragme (AI = Automatic aperture Indexing). Le boitier interprète mécaniquement la valeur d’ouverture maximale et fait les calculs, diaphragme ouvert. Ils portent tous des rainures noires, une couronne de mise au point revêtue de caoutchouc, des lentilles traitées multicouches. Sur ceux-ci, la fourchette est ajourée, il y a deux lignes d’indications pour le diaphragme et une bague de couplage AI, ce qui rend l’objectif compatible tant avec les appareils à fourchette que ceux sans.
  • Nikon Nikkor AI-S : ils sont toujours manuels et une évolution des AI. Sorti en 1982, cette fois l’indexation automatique concerne la transmission au boitier de la distance focale de l’objectif en plus de l’ouverture maximale du diaphragme, d’où le Automatic aperture Indexing, and Shutter (indexation automatique du diaphragme et de l’obturateur). Le signal, positif ou négatif de la distance focale permet d’adapter le mode P (programme) des nouveaux boitiers (comme le FA). Pour les reconnaître, la valeur la plus petite est inscrite en orange et il y a un renfoncement sur la face de la baïonnette.
  • Nikon Nikkor série E : ce sont des objectifs AI-S, mais dans une version économique. Ils sont construit en matériaux composites, optent pour une formule optique simplifiée et le traitement multicouche a été réduit. Ils sont considérés comme de moins bonne qualité. Ils sont au nombre de huit : NIKKOR 28 mm f/2.8 Série E, NIKKOR 35 mm f/2.5 Série E, NIKKOR 50 mm f/1.8 Série E, NIKKOR 100 mm f/2.8 Série E, NIKKOR 135 mm f/2.8 Série E, NIKKOR 36-72 mm f/3.5 Série E, NIKKOR 75-150 mm f/3.5 Série E, NIKKOR 70-210 mm f/4.5 Série E. Pour les reconnaître, l’indication de l’ouverture la plus faible est en orange et il y a une cuvette dans la monture arrière pour le couplage mais plus de fourchette.

De l’autre côté de la molette de commandes des vitesses et des modes, il y a la molette de rembobinage, qui permet aussi, en la soulevant, d’ouvrir le capot arrière ; autour de la couronne, le disque pour noter les mesure de la sensibilité (jusque 3200Asa, que l’on manipule après avoir appuyé sur le petit bouton argenté à côté et enfin la correction d’exposition (-2 à +2).

Sur la façade, le déclencheur, que l’on actionne en faisant descendre le levier. Vous avez 10 secondes pour rejoindre la photo de famille.

Le déclencheur est muni d’une position lock et il est fileté pour y adjoindre une télécommande filaire.

Notez encore la griffe flash, dans laquelle vous pourrez fixer un flash dédié (attention, pas un flash moderne, plutôt un SB-15 ou un flash tiers (ici un Metz faisait l’affaire). Il y a toutefois une prise pour les flash plus ancien (attention : ne jamais fixer un flash moderne sur ces appareils, vous allez griller votre flash, les valeurs ne sont plus les mêmes). La vitesse de synchronisation est fixée au 1/250s.

Un mot encore du moteur, un MD-15, développé pour le FA : celui-ci accepte 6 piles communes, des AA, et il alimente alors tout l’appareil (moteur et cellule). Il offre la motorisation automatique (pas de réarmement nécessaire) et il permet d’atteindre la cadence de 3,2 i/s. Avec ses 330 gr, ajoutés aux 625gr du boitier, on frôle le kilo mais la tenue en mains est confortable et le moteur apporte une double commande, bien pratique pour les cadrages verticaux, par exemple.

Au rayon des astuces bien pratiques, notons ce volet qui occulte l’oculaire de visée en cas de pose longue. Comme sur le Canon A-1 ou F-1 et en tout cas bien utile pour éviter les lumières parasites.

Ou encore ces fenêtres dans le prisme, qui illuminent littéralement le viseur, et cette petite poignée qui assure une meilleure prise en mains si on n’utilise pas le moteur MD-15.

Dernière petite revue de l’engin.

Que penser de cet appareil ?

Quels étaient les appareils en compétition en 1982 ?

Il y avait les excellents Minolta X700 MPS, Canon A-1, Pentax LX, Olympus OM-3, Fuji AX-5, par exemple, qui ont tous développé des nouveautés, que ce soit le mode PSAM, l’utilisation du premier CPU au monde, l’appartenance à un système complet d’accessoires, la compacité et la robustesse, notamment.

Le Nikon FA devait innover encore pour creuser la différence : ce fut chose faite avec sa mesure matricielle associée à un calculateur numérique et non plus analogique, et le fait d’atteindre la barre mythique du 1/4000s.

Pari réussi, nous l’avons vu. Et même si j’ai un grand faible pour le Canon A-1, je reconnais bien volontiers que ce Nikon est impressionnant.

Il fait partie de ces légendes qui ont perduré même après l’avènement, en 1985, du premier appareil doté de l’autofocus.

Bref, si vous avez la chance d’en trouver un, ne le laissez pas partir, c’est un compagnon d’excellente réputation. Mais il vous faudra délier les cordons de la bourse car il est délicat d’en trouver sous la barre des 150€ avec un objectif de 50mm. On passe celle des 200€ avec un moteur.

C’est, réellement, un appareil que l’on a envie de garder et d’essayer jusqu’à plus soif, un peu comme une tranche d’histoire que l’on garde pour soi …

Alors, soyez raisonnable, faites-vous plaisir.

Vidéos d’illustration.

Un peu de technique.

Reflex Mono-objectif
Format de Film 35 mm
Armement manuel ou avec moteur
Une image au format 24 mm x 36 mm
Monture d’objectif monture d’objectif Nikon F série AI-S ou AI avec restrictions
Réglage manuelle de la distance
Viseur avec pentaprisme
Temps d’exposition à 1/4000 seconde à 1 seconde, plus pose B
Mesure matricielle de la lumière sur 5 zones
Sensibilité de 12 à 4000Iso
Modes d’exposition : priorité vitesse, priorité ouverture, programme, mode manuel
Connexion flash via la griffe et prise PC-Flash
Vitesse de synchronisation du Flash 1/250 s
Filetage de trépied
Possibilité de déclencheur filaire
Retardateur
Alimentation 2x piles LR44
Taille 14,2 x 9,2 x 6,4 cm
Poids de 625 grammes nu

Des références.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Nikon_FA, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-11608.html, http://www.ericconstantineau.com/photo/review_nikonfa_fr.html, https://camerapassion.wordpress.com/2013/05/07/nikon-fa/, en français ; https://www.kenrockwell.com/nikon/fa.htm, https://mynikons.org/manual/nikon-fa/, https://filmphotography.eu/en/nikon-fa/, https://casualphotophile.com/2021/10/20/nikon-fa-review/, https://all-my-cameras.com/2018/09/25/the-nikon-fa/

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