Recherche rapide : Préambule – Un peu d’histoire – Présentation du Miranda Sensorex – Que penser de cet appareil ? – Videos d’illustration – Des références
Préambule.
Cet appareil fait partie de la série de ceux ayant appartenu à un collectionneur, que je vous ai présenté dans un article hommage.
En principe, il était dans une caisse contenant des appareils en panne, mais hormis sans doute la cellule et une languette manquante à la molette de rembobinage, tout fonctionne bien. Nous verrons bien …
C’est en tout cas un très bel appareil, très particulier, comme souvent les Miranda.
Mais nous allons voir cela en détail ….
Un peu d’histoire.
Si vous suivez le site, c’est une marque que j’ai déjà abordée à travers trois appareils, le Miranda Sensomat, le Miranda TM et le Miranda Sensomat RE.
Et je me rends compte que j’ai été un peu vite pour vous présenter l’histoire de cette marque singulière, aux appareils étonnants. Rattrapons-nous donc …
Ogihara Akira et Ōtsuka Shintarō sont deux ingénieurs en aéronautique qui ont travaillé sur un moteur à réaction à impulsions, comme celui de la sinistre fusée allemande V1. A la fin de la seconde guerre mondiale, ils se retrouvent sans emploi.
Otsuka retrouvera du travail dans l’aéronautique civile et travaillera sur des moteurs à turbines à gaz civils.
Pendant ce temps, Ogihara s’installe dans les locaux de l’ancien centre de recherche de l’université de Tokyo et fonde Orion Seki Sangyō en 1947.
Le premier produit d’Orion, conçu par Otsuka, qui a entre-temps rejoint son ami, est un coupleur qui permet de monter les objectifs Contax RF et Nikon S sur des boitiers de type Leica à montage visant.
Ensuite, ils lancent un viseur reflex, le Mirax, des soufflets macro, le Focabel et un ensemble d’objectifs.


Ces accessoires se vendent bien et le duo se proposent de lancer leur premier appareil photo.
Ce sera l’Orion Six en 1954, un folding en 6×6 ou 4,5x6cm. Ensuite, ce sera le tour du Phoenix, premier reflex japonais à utiliser un pentaprisme.

En 1957, la société change de nom, pour devenir Miranda Camera K.K.
Divers distributeurs s’occupent de vendre leurs produits mais en 1959, c’est Ricoh qui s’en occupe. Dès lors, les produits sont intégralement vendus à l’export et ne sont plus disponibles au Japon. Il faudra attendre 1964 pour que les Japonais puissent de nouveau acheter les produits Miranda.
Le premier produit est assez anguleux, mais les formes s’arrondissent lentement dès le Miranda D (1960), puis l’Automex. Au fil des améliorations de leurs appareils, Miranda change la conception du boitier de ses appareils et ils lancent donc le premier appareil à disposer d’une cellule, au sélénium. Cette cellule, externe avec mesure à aiguille dans le viseur, s’ajoute à une autre nouveauté importante, une monture double, c’est-à-dire à baïonnette et vissante (M44) afin de préserver les clients qui ont d’anciennes optiques de la marque.
Les nouveaux objectifs à monture à baïonnette ont ajouté la capacité d’actionner en interne le diaphragme et ont permis à une liaison mécanique de communiquer l’ouverture réglée sur l’objectif avec le corps pour la mesure couplée.
Dès 1962, Miranda décide de produire ses propres optiques. Auparavant, elle se fournissait chez Zunow, Soligor (marque du distributeur de Miranda aux USA, optiques fabriquées par Kenko/Tokina).
En 1963, l’entreprise lance son usine d’objectifs Miranda. Elle fit évoluer l’Automex devenu second du nom et lance le Miranda F.
En 1965, les cellules au sélénium sont abandonnées au profit de celles au CdS. Celles-ci sont placées en externe sur l’Automex III. En 1966, Le Sensorex remplace la série des Automex et il intègre lui une mesure TTL à ouverte complète, avec un affichage dans le viseur via une aiguille.
La nouveauté de cette cellule au CdS est qu’elle permettait d’être toujours opérationnelle, même avec le prisme ôté.
1967, le Sensorex sort et propose une mesure de la lumière TTL originale et un pentaprisme. Construit avec soin, c’est un reflex mono objectif, interchangeable, avec une cellule au CdS. Il est assez lourd (près d’1kg) mais superbement construit.
Sept modifications seront appliquées au Sensorex, jusqu’au Sensorex EE, qui recevait un mode semi-automatique à priorité ouverture.
Petit à petit, Allied Impex, leur importateur US, prend de plus en plus de part dans l’entreprise. L’usine déménage et quitte Tokyo (1970).
Le Sensorex EE sort en 1971 avec un mode priorité vitesse qui oblige à changer la monture de l’appareil.
Nouvelle innovation en 1972, le Sensoret, le seul télémétrique produit par Miranda, mais magnifique inspiration : obturateur électronique Seiko et cellule au CdS, objectif Soligor de 38mm ouvrant à f2,8.

En 1975, un Sensorex RE-II et un DX-3 sortent pour essayer que Miranda puisse rester dans la course : les prismes ne sont plus interchangeables, la monture change radicalement et passe à la EC, ils sont semi-automatiques et le DX-3 .
En 1975, l’entreprise sort le DX-3, un reflex avec prisme fixe et obturateur contrôlé électroniquement. Hélas, ce sera un échec commercial tragique car il faut quand même régler soi-même l’ouverture et la vitesse. Miranda fait faillite (1976) car elle rate complètement le passage à l’électronique. Pourtant la marque sera réutilisée pour vendre un peu de tout, sans rapport avec les anciens produits.
Finalement, la société Dixons a acheté le droit pour le nom Miranda et a produit plusieurs appareils sous ce label après 2011, bien qu’il semble qu’elle ne l’utilise plus.
Que retenir de cette épopée ? Chez Miranda, tout était fabriqué en interne, hormis les optiques, au début. Les deux concepteurs à l’origine de l’entreprise étaient des professionnels pointus dans leur métier (aéronautique) qui ont sans doute gardé de leur passé cette rigueur de fabrication, qui n’excluait pas l’innovation. Car ils ont été précurseurs, vous l’avez lu. Mais comme souvent, les précurseurs ratent le passage à un autre niveau que celui de leur expertise (Polaroid, Kodak, Voigtländer, Agfa, par exemple, pour citer les cas célèbres).
N’empêche, ils nous ont livré de superbes appareils, qui fonctionnent encore pour la plupart, 60 ans plus tard.
Présentation du Miranda Sensorex.



Tout d’abord, balayons les grincheux qui tiennent pour acquis que tous les Miranda sont mauvais. Au contraire, en ce qui concerne le Sensorex, c’est une petite merveille d’ingénierie, pour son époque. Même s’il est vrai que dans les années septante (et pour la production de ces années-là), la qualité fut moindre.
Il succède à l’Automex, qui offrait déjà, en 1961, pour 299,99$ un appareil photo avec posemètre intégré alors que le Nikon F (329,50$) n’en avait pas.
En 1966, Miranda fait migrer le posemètre dans le boitier pour la mesure TTL (à travers l’objectif), ce qui permettait la mesure à pleine ouverture. Mais pour y arriver, il fallait modifier la monture d’objectif, en ajoutant un bras à l’extérieur, qui se couplerait à un anneau autour du corps de l’objectif afin que le boitier puisse connaître l’ouverture sélectionnée sur l’objectif.


C’est un peu le principe repris aussi par Nikon et ses oreilles de lapin sur les objectifs Nikkor pour le réglage de la cellule. Mais le bras de couplage de Miranda était mieux pensé que celui de Nikon car il ne fallait pas toute une gymnastique pour calibrer la position de l’accouplement. Par contre, comme chez Nikon, il rendait incompatibles les anciens objectifs Miranda, sans ce bras.

Le Sensorex a utilisé à peu près le même design de carrosserie de base que l’Automex, remplaçant l’espace occupé par la grande grille en ni d’abeille de la cellule au sélénium par une plaque décorative garnie de noir et de chrome qui ressemble un peu à la calandre d’une Mercedes. Le Sensorex n’était pas seulement le haut de gamme de la gamme Miranda à l’époque, mais allait également devenir une sorte de produit de référence pour la marque.

C’est un appareil manuel avec une cellule au CdS (pour rappel en 1967, la plupart des appareils ont des cellules au sélénium) qui nous réserve d’autres surprises, car le Miranda s’inscrit dans un véritable système modulaire :
- sa monture, double ! En effet, l’extérieur est spécifique aux Miranda mais à l’intérieur, il y a en une seconde, filetée, qui permettait aux anciens clients de garder leurs anciens objectifs tout en bénéficiant, s’ils le désiraient, de la nouvelle pour compléter leur parc ;
- sa monture donc (44mm), tout d’abord, qui a été étudiée pour permettre d’adapter la plupart des objectifs en M42 de l’époque moyennant un modeste adaptateur et la mise au point à l’infini est conservée (le plan film est très serré) ;
- le pentaprisme peut s’ôter et laisser la place à un viseur poitrine, tout en gardant la cellule fonctionnelle et la mise au point sur le verre de visée ;
- un autre prismes est prévu : il permet d’agrandir 15 fois le centre de l’image, ou l’ensemble de la visée peut s’agrandir 5 fois (utile pour la macrophotographie ou la microphotographie couplé à un microscope) ;
- un sélecteur indique l’ouverture maximale de l’objectif sur l’appareil (de f1,4 à f8). Il neutralise les plus grandes ouvertures dans la mesure de l’exposition qui s’effectue à travers l’objectif (mesure TTL à pleine ouverture) ;
- la mesure est pondérée, c’est-à-dire que l’exposition à la lumière est mesurée dans la moitié basse de l’image (on voit d’ailleurs les marques de la cellule sur le miroir) ;
- le déclencheur est monté à l’avant de l’appareil et pas sur le capot supérieur ;
- il est doté d’un miroir sans vibrations ;
- et d’un obturateur très silencieux ;
- les objectifs montés sur le Sensorex comprenaient un levier à ressort pour le fonctionnement manuel du diaphragme afin de prévisualiser la profondeur de champ.

De fait, le Sensorex propose des solutions que d’autres appareils, certes un peu plus légers, (comme Le Pentax MTL 30) ne proposeront que 10 ans plus tard. Son but était de concurrencer, à prix plus abordable, le Nikon F et le Topcon Super D, appareils pro qui avaient aussi la fonction du prisme interchangeable.
Le Miranda Sensorex comptera, nous l’avons lu, sept versions différentes. Celui que je vous présente est de la troisième génération.


En résumé, c’est un appareil assez sophistiqué pour son époque, qui demande un peu d’habitude pour en tirez le meilleur.


Trouver des objectifs n’est pas toujours chose aisée, sauf si vous avez la chance de posséder l’adaptateur qui vous autorisera à y monter des cailloux en M42.


Vous aurez aussi remarqué que dans les premières moutures, il n’y a pas de griffe porte-accessoires, bien qu’il y ait une prise flash sur la tranche gauche. Le levier pour mettre l’appareil en synchronisation avec le flash est sous la couronne de la molette de rembobinage.


Pour ouvrir le boitier et y glisser un film, il faut d’abord appuyer sur le petit verrou sur la tranche de la réglette et ensuite tirer sur le verrou proprement dit. En fin de pellicule, appuyer sur le bouton de débrayage, sur la semelle, sortir la manivelle de rembobinage et tourner. A notre que le compteur de vue se remet à zéro automatiquement.

Pour ôter le prisme, faite glissez vers la gauche le petit bouton rond, à côté du compartiment de la pile, et tirez lentement vers vous le prisme. C’est une pièce fragile aux rayures, ne le posez pas n’importe où ni n’importe comment.




Le réglage de l’ouverture maximale de l’objectif que vous allez utiliser est sur le bouton rond en façade. On fait avancer ou reculer les chiffres en actionnant la couronne sur la face de ce bouton. Remarquez aussi le bras de commande autour de l’objectif.



Enfin, pour déverrouiller l’objectif de la baïonnette, il fut appuyer sur la tirette sur la droite (vu de face) et tourner un quart de tour anti-horaire. Pour le refixer, faites bien correspondre les deux points rouges de repère et tourner dans le sens horaire d’un même quart de tour.


Que penser de cet appareil ?
Pour le dire familièrement, c’est un gros bébé. Prévoyez d’office une sangle confortable pour l’emmener avec vous en balade, vos cervicales vous remercieront.
Est-il toujours utilisable ? Oui, sans aucun doute, en tout cas pour qui veut revenir aux prémices de la photo reflex.
Rappelez-vous, oui, il y a une cellule au CdS qui fonctionne à travers la vision de votre sujet (TTL) dans l’objectif et vous permet donc un réglage assez fin. Au sujet de la cellule, il faut une pile normalement de 1,35v pour remplacer celle au mercure, introuvable heureusement. Vous devrez soit utiliser une pile moderne 625A (1,5v) ou une pile Zinc-Air de 1,35v à glisser dans un adaptateur. Ceci dit, cette pile ne sert qu’à alimenter ladite cellule. En cas de panne de cette dernière, l’appareil reste tout à fait fonctionnel.
Oui, vous pouvez enlever le prisme pour faire une vision à hauteur de poitrine, vous rendant plus discret (parfois). Et la cellule continue de vous informer.
Oui, vous pourrez monter dessus votre collection de M42, si vous avez un adaptateur adéquat. Sinon, il vous reste à utiliser l’engin avec son 50mm. Il ne s’en sort pas trop mal d’ailleurs.
C’est un très bel exemple de ce qui se concevait dans les années soixante et il peut donc certainement être une pièce de collection attirante.
Au niveau prix, pour un appareil en très bon état et fonctionnel, comptez quand même de 80 à 100€ pour en acquérir un. Au poids, vous n’êtes pas perdant !
Vidéos d’illustration.
Un peu de technique.
Pour le mode d’emploi, c’est par ICI (multi-lingues).
Ces données appartiennent à la caméra Sensorex Type 1
Fabriqué par Miranda Camera Co., Tokyo, Japon
Tous les Miranda Sensorex seront produits entre 1966 et 1972
Appareil photo reflex 35 mm
Objectif : Auto Miranda 50 mm f/1.9 en 5 groupes de 6 éléments, diaphragme entièrement automatique couplé à un posemètre TTL CdS, avec réglage du diaphragme et leviers de prévisualisation de la profondeur de champ, interchangeable
Monture à baïonnette Miranda et la monture d’objectif dispose également d’une vis intérieure de 44 mm pour Miranda 44M ou d’autres objectifs à monture à vis via des adaptateurs
Ouverture : f/1.9 – f/16, pas de butée de clic
Plage de mise au point : 0,3-5 m +inf.
Molette de sélection du numéro de l’objectif : réglages entre f/I.4 – f/8, sur la face avant gauche de l’appareil photo
Libération de l’objectif : Tout en appuyant sur le levier de verrouillage de l’objectif sur le côté droit du barillet de l’objectif, tournez l’objectif dans le sens inverse des aiguilles d’une montre l/8 d’un tour complet. Lorsque le point rouge sur le barillet s’arrête à la ligne rouge sur le boîtier de l’appareil photo, l’objectif se détache facilement.
Mise au point : par centre d’écran multi-microprismes, bague et échelle sur l’objectif, avec échelle DOF
Obturateur : tissu, plan focal horizontal, vitesses 1-1/1000 +B, marquage rouge de la synchronisation du flash.1/60
Indicateur d’enroulement de film (armement de l’obturateur)
Miroir : Retour instantané
Viseur : Pentaprisme reflex, interchangeable, (mais pas écran), pas de parallaxe (différence entre la zone couverte par le viseur et par l’objectif de prise)
Désengagement du viseur : à l’aide d’un petit bouton argenté à l’arrière de la plaque supérieure, faites glisser le bouton vers la gauche et faites glisser le viseur vers l’arrière
Posemètre : cellule au CdS, TTL, mesure moyenne pondérée inférieure (élimine l’influence lumineuse du ciel), lecture de la lumière à ouverture totale
Réglage de l’exposition : réglez d’abord la vitesse souhaitée, réglez la sensibilité du film (ASA), réglez la molette de sélection de l’objectif de l’appareil photo et allumez l’interrupteur du compteur, puis tournez la bague d’ouverture jusqu’à ce que les aiguilles (l’une est en forme de C ouvert) correspondent dans le viseur, (en effet, ces aiguilles sont à l’écran)
Réglage ASA : 25-1600, fenêtre sur la numérotation abrégée ; Réglage : en soulevant et en tournant la bague extérieure
Interrupteur On/Off : près du bouton de rembobinage,
Indicateur On/Off : petite fenêtre à côté de l’estampage batterie, sur la bague de sélection du synchroniseur de flash au bas du bouton de rembobinage
Prise PC flash : côté gauche de l’appareil photo
Synchronisation du flash : FP (plan focal des ampoules du flash) 8t ; X 1/60t, réglage via la bague de sélection du synchroniseur de flash, petite fenêtre à côté de l’estampage Flash, au bas du bouton de rembobinage
Autres : Retardateur ; Douille de trépied 1/4 pouce ; anneaux pour sangle; Coque arrière amovible
Corps : métal ; Poids : 988 g avec objectif 35 mm
Batterie : uniquement pour posemètre, Mercury 1.35v PX625, (accepte PX625A / LR9, mais mieux est 1.35v Zinc/air dans un adaptateur)
Des références.
https://mikeeckman.com/2019/02/miranda-sensorex-1966/, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Miranda_Sensorex, https://camera-wiki.org/wiki/Miranda_Sensorex, http://www.alexluyckx.com/blog/2025/05/06/camera-review-blog-no-168-miranda-sensorex/, https://blog.jimgrey.net/2024/11/11/miranda-sensorex/ en anglais ; https://kameramuseum.de/objekte/miranda-sensorex/, en allemand ; https://fr.wikipedia.org/wiki/Miranda_Sensorex, https://manondamoon.com/2017/08/07/un-appareil-le-miranda-sensorex/, https://www.philcameras.be/miranda/, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-594.html, http://www.ericconstantineau.com/photo/review_mirandasensorex_fr.html, https://fr.wikipedia.org/wiki/Miranda_Camera_Company, https://www.suaudeau.eu/memo/histoire/Miranda.html, https://www.mes-appareils-photos.fr/Miranda-Sensorex.htm, en français

