Le Zeiss Ikon Contina III, le compact abordable selon Zeiss Ikon

Le Zeiss Ikon Contina III, le compact abordable selon Zeiss Ikon

Préambule

Encore un qui attendait depuis un moment que je l’exhume de ma boite des appareils à vous présenter.

Même si j’ai déjà écrit pas mal sur Zeiss Ikon, une marque qui fit les beaux jours de l’histoire de la photographie et que je vous ai déjà présenté le Contina 1a, je trouvais que cet exemplaire méritait bien quelques lignes.

Nous allons donc partir à sa découverte

Un peu d’histoire

J’en connais qui vont être contents, je vais la faire courte, notamment pour les raisons évoquées ci-dessus et surtout à cause du Contina 1a déjà vu.

Première remarque, les Contina ne sont jamais noté de la nomenclature que je vais utiliser : il est simplement noté Contina et ce sont les détails stylistiques ou d’équipement qui donnent leur nom aux différents appareils et une discrète inscription dans le cuir, au dos (en vertical, à gauche).

Toutefois, pour y voir clair dans la succession des Zeiss Ikon, revenons à … 1948, soit au sortir de la Seconde Guerre mondiale et à un appareil qui relancera la marque, le Zeiss Ikon Ikonta 522/24. Produit de 1948 à 1953, il changera de nom en 1951 pour devenir le Contina, premier du nom. Ce modèle, produit jusqu’en 1955, gardera la nomenclature 522/24 et sa construction avec une porte abattante et un petit soufflet.

Le nom Contina n’est pas loin de celui d’Ikonta, le best seller d’avant guerre, lui aussi un bon moyen de gamme de la marque.

Parallèlement, dès 1952, sortira un Contina 2 (524/24), produit jusqu’en 1953 : ce sera un télémétrique non couplé, toujours avec ce petit soufflet caché derrière une porte s’ouvrant vers le bas.

Enfin, le modèle se modernise et abandonne la porte et le soufflet, c’est le Contina 1a (526/24) de 1954 -1955. Un appareil simple, sans télémètre ni posemètre.

Il sera vite remplacé par le Contina 2a (527/24 ; 1954 – 1956) qui propose un posemètre avec une cellule au sélénium cachée sous une fenêtre. En fait, je devrais écrire qu’il y en eut deux car il existait un modèle avec objectif fixe (Novar 45mm f3,5) et un autre avec objectif qui se détachait (Novar 45mm f2,8), ce qui impliquait qu’il y avait des compléments optiques en option.

Zeiss Ikon ressortira un Contina 1a (526/24) avec le nouveau design, toujours sans posemètre (Novar 45mm f2,8), plus abordable.

De 1955 à 1958, apparaitra un Contina 3 (529/24), toujours avec un posemètre au sélénium placé sous une fenêtre qui protège la cellule et cette faculté de changer de focale avec des compléments optiques. L’objectif est un Pentar de 45mm ouvrant à 2,8. C’est le boitier de ce jour.

A nouveau, un Contina 1b (526/24) viendra compléter l’offre vers l’entrée de gamme. Le design est encore renouvelé (1956).

En 1956 -1958, revoilà un Contina 2 (527/24), toujours avec un posemètre sous fenêtre de protection, mais simplifié.

Passons le Contina 1a de 1958 pour découvrir le Contina 1c (celui-là, le nom est marqué sur le boitier) mais qui est aussi simple que le précédant.

Je vous laisse découvrir la suite ICI, sinon l’énumération va ressembler à un poème de Jacques Prévert.

Que retenir de cette gamme ? Outre un certain manque d’imagination dans les appellations, les boitiers ont peu évolué : quelques retouches cosmétiques au fil du temps, des cellules au sélénium plus ou moins performantes, des objectifs Novar ou Pentar de 45mm ouvrant de f3,5 à 2,8, parfois démontables pour y fixer des compléments optiques dédiés, il faudra attendre les années soixante pour que la cellule soit couplée. A part ça, les assemblages sont excellents, les métaux de qualité et les cuirettes tiennent le coup.

Ce sont des boitiers assez compacts, assez lourds (plus ou moins 650gr), qui inspirent confiance et qui, pour la grande majorité, 60 ans plus tard, fonctionnent encore (sauf, parfois, la cellule, mais ça ne bloque pas l’appareil).

Présentation du Contina 3 (Contina III)

Cet exemplaire est assorti de son sac tout prêt en cuir, en assez bon état (je vais le nettoyer et le cirer, comme souvent).

Petit tour de l’engin :

Schéma d'un appareil photo avec des numéros indiquant les différentes parties et fonctions.
Vue d'un appareil photo avec des numéros étiquetés sur différentes parties.
  1. déclencheur
  2. compteur de vues
  3. levier d’armement rapide
  4. molette pour le calcul de l’exposition
  5. mémo pour la sensibilité du film
  6. pointeur de posemètre
  7. griffe accessoire
  8. molette de rebobinage
  9. fenêtre du viseur
  10. fenêtre pour position flash ou minuteur
  11. curseur pour régler la valeur d’exposition
  12. verrou du dos
  13. prise flash
  14. languette pour déverrouiller l’objectif
  • 15. bague pour régler la distance
  • 16. marque de distance rapide
  • 17. échelle de profondeur de champ
  • 18. anneau de réglage de vitesse et diaphragme
  • 19. échelle de valeur d’exposition
  • 20. échelle des vitesses
  • 21. échelle des ouverture en nombre f
  • 22. marque pour l’ouverture et la vitesse
  • 23. volet de protection de la cellule
  • 24. filetage pour trépied
  • 25. levier de synchro flash et minuteur

Si vous avez déjà parcouru le site (ce que je conseille vivement, bien évidemment), vous aurez déjà découvert des Zeiss Ikon ou des Voigtländer de formes assez semblables. A l’époque, les appareils photo allemands avaient encore la cote et leur design était une norme, classique.

Mais déjà dépassée eu égard aux appareils 35mm japonais, comme Yashica, Minolta, Petri, etc. (que vous découvrirez aussi sur le site) qui proposaient déjà des cellules couplées, voire même des cellules alimentées par une pile et presque tous télémétriques.

Les années cinquante sont celles du chant du cygne pour les marques allemandes : exit les appareils pliant (folding), les 35mm à objectif fixe, sans cellule. Si la qualité de fabrication reste excellente, les boitiers japonais ne sont pas en reste mais de plus en plus performants.

Bon, ces considérations étant posées, voyons voir de plus près ce Contina 3 (ou III – 529/24).

Alors que le Contina 1a montrait une belle symétrie de ses commandes (et pour cause, elles étaient réduites), ici l’ensemble fait un peu … complexe : à droite, le levier d’armement avec une queue très courte ; en son centre, le compteur de vue qu’il faut réinitialiser manuellement en faisant tourner le cercle en plastique noir dans le sens de la flèche ; et tout au milieu, le déclencheur avec un pas de vis pour y fixer une commande filaire.

Puis, on monte d’un étage pour trouver l’ensemble des réglages pour déterminer l’exposition correcte, sous forme d’une grosse roue avec deux fenêtres, une pour les Asa et l’autre pour les Din que l’on détermine en faisant tourner le plateau (petit ergot sur le bord) ; à côté, la fenêtre du pointeur du posemètre.

Détail d'un appareil photo vintage montrant le sélecteur ASA et d'autres commandes.

Pour l’utiliser, il faut d’abord ouvrir le volet qui protège la cellule en appuyant légèrement sur le minuscule bouton sur le côté (23). Ensuite, vous pointez le boitier vers votre sujet. Le pointeur blanc (6) va apparaître. En faisant tourner la roue graduée (4), la petite marque ronde (6) va bouger jusqu’à ce que vous la mettiez au dessus de la flèche blanche (comme sur l’image). la valeur d’exposition (EV), que vous reporterez sur la couronne autour de l’objectif, sera celle face au repère rouge (triangle).

Vue de dessus d'un appareil photo argentique avec des réglages visibles sur le dessus et l'objectif en bas.

Il faut un peu d’entrainement pour l’utiliser mais c’est finalement assez simple. D’autant que les réglages de la vitesse et de l’ouverture sont aussi couplées (traditionnel chez les constructeurs allemands), bien que vous puissiez découpler les deux. Dès lors, vous pouvez aussi utiliser le boitier sans vous soucier de cette mesure, en utilisant le bon vieux système du Sunny 16.

Infographie expliquant la règle du Sunny 16 avec différents types de lumière et valeurs d'ouverture.

A coté de cet ensemble, la griffe dite froide pour le flash ou un télémètre ajouté, voire un complément de visée si vous avez opté pour une focale différente que celle du 45mm.

Appareil photo vintage avec plusieurs objectifs et accessoires photographiques, disposés sur une table en bois, avec un fond de jardin.
Une autre vue de l’ensemble des éléments qui accompagnent le Contina 3 : ici avec deux viseurs, l’un pour le grand angle, l’autre pour le téléobjectif. Dans l’exemple du dessus, le complément de visée regroupe non seulement les deux viseurs cités mais aussi pour le complément stéréo. C’est le plus complet et le plus précis (l y a dans celui-là des marques de cadrage et de correction de la parallaxe).

Enfin, tout au bout, la toute petite molette pour rebobiner le film en fin de course.

Sur le flanc gauche, le verrou pour ouvrir le dos de l’appareil et y glisser un film. La chambre est classique, bien finie.

Vue latérale d'un appareil photo vintage avec un objectif visible et un couvercle ouvert.

Vu de face, juste au dessus du combiné objectif/obturateur, les fenêtres de la cellule, protégée par son volet métallique et de l’autre, celle du viseur. Ce dernier n’est pas particulièrement grand ni très clair. Bien évidemment, il n’y a aucune indication, même pas de cadrage ou de correction de la parallaxe.

Sur une platine plate métallique, gravée du nom de l’appareil, le combiné objectif/obturateur. La première bague, en avant, est celle du réglage des distances, graduée de 1m à l’infini. Ensuite, celle des vitesses, de la pose B et d’1s à 1/300s. Vitesses assurées par un obturateur Prontor SVS. Enfin, la dernière bague est celle des ouvertures, de f2,8 à f22. Comme je l’écrivais plus haut, ces deux bagues sont coordonnées mais on peu les découpler en actionnant le curseur sur le côté gauche.

Entre les différentes bagues et le boitier, une petite fenêtre indique le type de flash retenu (X ou M) ou le minuteur (V). Ces valeurs changent lorsque l’on actionne un curseur, tout en dessous du bloc.

Il reste une languette, celle juste derrière la couronne de l’objectif : c’est elle qui permet de retirer le devant de l’objectif et d’y placer un complément optique. Par rapport à d’autres systèmes équivalents, lorsqu’on ôte la partie objectif, on ne se trouve pas immédiatement devant l’obturateur mais devant une lentille. Si le montage est strict, il y avait quand même pas mal de poussières sur celle-ci, mais c’est peut-être aussi le fait que l’appareil a été manipulé sans faire attention au milieu dans lequel le boitier était placé. Heureusement, ce ne sont que des poussières semble-t-il. La baïonnette, car s’en est bien une, est simple mais elle assure un bon assemblage des éléments.

Appareil photo vintage Contina de Zeiss Ikon, avec un objectif Pantar et une finition argentée.

Les compléments optiques, en remplacement du Pantar de 45mm f2,8 sont un Pantar de 30mm ouvrant à f4 ou un autre de 75mm ouvrant à f4 lui aussi. Il existait encore un complément, destiné à la photographie en stéréo, le Steritar-D.

Zeiss Ikon AG Stuttgart a équipé le Contina III d’un objectif fixe, le Pantar 1:2,8/45 mm, dans lequel la partie avant de l’objectif peut être retirée et échangée contre un Pantar 1:4/30 mm, un Pantar 1:4/75 mm pour les enregistrements au téléobjectif ou un Steritar-D pour les enregistrements stéréo. Toutes les pièces de rechange sont équipées d’une monture à baïonnette.

Pour en terminer, par dessous, juste un petit bouton pour permettre de rebobiner le film et le filetage pour placer le Contina 3 sur un trépied.

Vue du dessus d'un appareil photo vintage avec un objectif et des réglages manuels.

C’est tout … Mais resituons ce boitier dans la gamme Zeiss Ikon : il se positionne comme un bon milieu de gamme. Certes, il n’a pas le télémètre des appareils plus chers, ni une cellule couplée, ni un objectif Tessar et son obturateur est seulement un Prontor SVS. Mais il n’est pas construit au rabais, loin de là.

Que penser de cet appareil ?

Serait-ce un appareil que j’emporterais avec moi en balade ? Si c’est pour changer un peu de look et faire un pied de nez aux éternels Olympus ou autres compacts des années cinquante – soixante, pourquoi pas ? Mais je reste toujours septique quant à l’utilisation des cellules non couplées et aux ouvertures/vitesses couplées, même si j’en conçois l’utilité … à une autre époque.

Autre frein pour moi, le poids (mes cervicales apprécient beaucoup des appareils légers).

Ceci étant posé et ne tenant compte de mes seuls réticences, ce Contina 3 reste un bel appareil, moins courant que d’autre et toujours pleinement fonctionnel. Si vous voulez essayer un boitier différend, celui-ci fait parfaitement l’affaire et la qualité de son optique est reconnue, pourquoi s’en priver ?

Au niveau prix, pour un bel exemplaire avec son sac tout prêt et le 45mm de base, comptez environ 50€.

Franchement, si vous comparez aux productions modernes, en plastiques, fix focus bien tristes et sans aucune saveur, ce n’est vraiment pas cher et vous emporterez un bout d’histoire de la photographie avec vous. De quoi se faire retourner quelques curieux au moment de vos prises de vue et, pourquoi pas, engager la conversation sur une passion commune.

Sans pile car cellule au sélénium, qui peut se passer de cette dernière si vous utilisez le Sunny 16 (et ce n’est vraiment pas compliqué), vous voilà équipé pour de nombreuses années encore d’un fidèle compagnon, costaud.

Vidéos d’illustration

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par LA.

Des références

https://camera-wiki.org/wiki/Contina, https://retinarescue.com/contina3.html, https://www.analogcams.com/cameras/a86df8ea, https://bluemooncamera.com/museum/exhibit/6844/, https://www.35mmc.com/15/12/2019/zeiss-ikon-contina-iii-review-by-charles-higham/, https://cameracollector.net/zeiss-ikon-contina/, en anglais ; https://www.appaphot.be/fr/brands/zeiss-ikon/zeiss-ikon-contina-iii-52924-1/ , en français ; https://kameramuseum.de/objekte/zeiss-ikon-contina-iii-529-24/, en allemand

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