Argentique

Les Zorki 4 et Zorki 4K

Ah, cela faisait un moment que je n’avais plus touché à des télémétriques, autrefois abordables, que sont les télémétriques russes.

Comme je l’avais prédit – et sans compter les terribles évènements que nous connaissons – leur cote a bien monté : des appareils autrefois vendus 30€ ou 40€, avec un objectif, dépassent de nos jours allègrement la barre des 100€.

Et, paradoxe de l’histoire, ce sont des sites Ukrainiens qui en vendent le plus (normal me direz-vous, il y a embargo sur la Russie).

Finalement, ce n’est qu’un juste retour des choses car si vous avez lu mes articles précédents au sujet de ces appareils, vous aurez découvert que l’Ukraine fut le berceau notamment des Contax (rebaptisés Kiev) au sortir de la seconde guerre mondiale … Encore une histoire de fureurs et de destructions !

Mais je reviens plus précisément sur les Zorki 4 et 4K car grâce à mon ami Pierre, j’ai pu en racheter deux, réglés au millimètre par ses soins, objectifs compris.

Derrière, le Zorki 4 (1958) et devant, le Zorki 4K (1975), tous deux équipés d’un Industar 61 (1993).

Pourquoi ceux-là et pas de plus anciens, comme les Fed 2, Fed 1g, Zorki C, etc. ?

Pour une simple question de confort d’utilisation. Je m’explique : tout comme les Leica antérieurs au M3 – M2, ceux que j’ai énumérés avaient deux oculaires, l’un pour la visée, le second pour le télémètre.

Comme le M3 – M2, les Zorki 4 et 4K ont un seul viseur/télémètre. Ce qui est beaucoup plus pratique et confortable pour viser son sujet.

Mais commençons par le début de l’histoire …

Son aïeul s’appelle Zorki 3, apparu en 1951. D’aucun le considère comme le plus réussi esthétiquement des Zorki.

Mais sa grande (r)évolution, à l’instar du Leica M3 – qui ne verra le jour qu’en … 1953 – est de réunir en un seul endroit la fenêtre du viseur ET celle du télémètre.

Ce boitier est entièrement nouveau et ne peut plus être considéré comme une copie de l’allemand, qu’il précède dans ses innovations.

Il reprend des pièces moulées (c’est le Zorki 1 qui avait inauguré cette technique de fabrication plus simple et plus rapide) et intègre dans ce fameux viseur au rapport 1/1, équipé – excusez du peu – d’un correcteur dioptrique très bien fait et facile d’utilisation, le viseur proprement dit et le télémètre visible sous la forme d’un carré jaune qu’il faut faire coïncider avec le sujet visé.

Le levier pour la correction dioptrique, sous la bobine de rembobinage.

Autre grand changement qui améliore son utilisation, le film ne se charge plus par la semelle mais en ôtant d’un bloc tout le dos de l’appareil (deux clés le maintiennent fermement en place).

Ensuite, un Zorki 3M (1954) fera évoluer ce précurseur, suivi ensuite d’un dernier « 3 », le Zorki 3S (1955) dont la forme aura changé, le capot ayant été allongé pour agrandir la fenêtre du télémètre et replacer les vitesses lentes sur le dessus, sous un même bouton.

Source : Collection-appareils, de gauche à droite, le Zorki 3, le Zorki 3M et le Zorki 3S (oui, le C russe correspond au S latin), qui annonce le changement de lignes.

Enfin apparait le Zorki 4 en 1956 (et il sera produit jusqu’en 1973, belle longévité !)

Comme vous pouvez le voir, le capot est encore agrandit car il accueille en plus une synchro flash et en dessous, un retardateur est ajouté.

Sans rentrer dans une foule de détails qui n’intéressent que les collectionneurs, sachez que l’aspect de l’appareil évolue lentement : le nom est en caractères cyrilliques avant de passer aux caractères latins (lorsque ceux-ci seront – enfin – exportés hors de la sphère soviétique), le tour de la fenêtre est encadré, puis ne le sera plus, tout comme le tour du viseur à l’arrière, le gainage, des inscriptions commémoratives pour des anniversaires du parti communiste… bref des détails car la technique, elle, évoluera peu (et ça ne se voit pas).

Cet appareil sera produit à plus de 1.700.000 exemplaires pendant sa longue carrière, ce qui en fait un record absolu de ventes d’un appareil télémétrique.

Le changement le plus significatif aura lieu lors de la sortie du Zoki 4K (1972 – 1978, 524 610 exemplaires produits !), qui voit un levier d’armement, bien plus pratique que le maniement du gros bouton d’armement d’avant. Mais il perd les œillets qui permettent d’y fixer une sangle.

En haut, le Zorki 4 et en bas le 4K avec le levier d’armement.

Ah oui, les vitesses seront aussi réétalonnées, la bobine réceptrice (pour le film) sera dorénavant fixe (sur ce, ça veut dire que sur les anciens modèles, il faut vérifier la présence de ladite bobine dans la chambre).

Pour être le plus complet possible, sachez qu’un appareil, appelé MIR sera produit de 1959 à 1961. C’est un Zorki 4 uniquement destiné au marché russe, que l’on a simplifié (il perd le 1/1000s et les vitesses lentes, son objectif de dotation est un Industar 22 de moindre qualité).

A l’origine, l’objectif de dotation standard était un Jupiter 8, un 50mm ouvrant à f2, bien que des Industar 50mm ouvrant à f3,5 aient pu accompagner ces boitiers.

Rien que pour le Jupiter 8 nous pourrions digresser tant et plus, mais je résume : c’est un excellent objectif, basé sur le célébrissime Carl Zeiss Jena Sonnar 50 mm f2.0 dont les premiers exemplaires ont été construits avec des optiques venant directement de chez Carl Zeiss. Les Russes, lors de la seconde guerre mondiale, ayant embarqué l’usine, les produits, les stocks, les plans, le personnel à Charkow, en Ukraine !

Pour la petite histoire, les deux Zorki que j’ai achetés à l’ami Pierre sont équipés d’Industar 61 53mm ouvrant à f2,8. Moins courus que le Jupiter, ils ont été créés par FED et sont parmi les premiers objectifs à bénéficier d’un traitement de surface au Lanthanum. La distance de mise au point minimale est de un mètre.

Mais l’avantage du « système » LTM 39 est de pouvoir monter toutes les optiques équipées de ce pas de vis, même des Zeiss si on veut (et/ou si on en a les moyens).

Quoique ici il me faut faire une petite remarque : en théorie, oui, tous les objectifs au pas du standard LTM 39 peuvent être monté sur un appareil d’origine russe, mais … le mécanisme interne des Leica (voir illustration ci-dessous) est fonction d’un galet qui a une position bien précise et le tirage du boitier devait être précisément de 28,8mm.

Les objectifs créés pour ces appareils ont donc une conception qui leur permet de respecter ces exigences (il s’agit notamment des objectifs suivants : Elmar f:3,5/3,5 cm,Elmar f:3,5/5 cm, Hektor f:2,5/5 cm, Summar f:2/5 cm, Hektor f:1,9/7,3 cm, Elmar f:4/9 cm, Elmar f:6,3/10,5 cm, Elmar f:4,5/13,5 cm, Hektor f:4,5/13,5 cm). Par la suite, la qualité d’usinage permettra d’usiner d’autres objectifs et d’autres cotes.

Autrement dit, la conception de certains objectifs Leica feront qu’ils pourront être monté sur d’autres appareils, russes compris, mais leur fabrication particulière fera que la molette de réglage de ces autres appareils ne sera pas en contact avec l’arrière de l’objectif, rendant tous réglages du télémètre impossible.

Y penser avant de dépenser de fortes sommes requises par certaines légendes !

Bref, sachez que le viseur est calibré pour le 50mm. Si donc vous voulez utiliser des focales différentes, il vous faudra vous équiper d’une tourelle à glisser dans le porte accessoire afin de pouvoir « viser juste », ou de viseurs spécifiques pour chaque focale (on en trouve des « modernes » sur certains sites de vente connus).

Source : Photoetnography, un Zorki 4k avec la fameuse tourelle et un Jupiter 9 de 85mm

Ceci dit, honnêtement, cet appareil n’est pas fait pour travailler avec de longues focales, comme les Leica non plus et les autres télémétriques en général.

Personnellement, je trouve que les optiques qui vont le mieux, outre le 50mm, sont un 35mm voire un 28mm (plus rare à trouver).

Tiens, une petite remarque : en dessous de l’appareil, le soquet pour le pas de vis d’un trépied est légèrement décalé vers l’avant, ceci pour éviter que l’appareil ne bascule en avant lorsqu’un objectif est monté dessus. Et ça fonctionne parfaitement, jusqu’au 50mm ! Pour mémoire, les Contax et les Kiev (les Contax russes) usaient du même genre d’artifice, les ingénieurs de Contax ne supportaient pas de voir leurs appareils « piquer » du nez !

Même s’il a l’air un peu archaïque de prime abord, le Zorki propose des vitesses de 1s au 1/1000s, plus pose B et un retardateur mécanique de plus ou moins 10 secondes. La synchro flash est recommandée au 1/30s. A son époque, il n’y avait que quelques réflex à proposer de telle vitesse.

Cette synchro flash se règle avec la bague concentrique au niveau des réglages de vitesses, permettant de la sorte de réguler le retard du déclenchement de l’éclair. C’est utile car les « vieux » flashs à ampoules magnésiques sont plus lentes pour atteindre leur luminosité maximale (réglage sur zéro) alors que les flashs modernes (dit électroniques) ont un éclair plus bref et intense : il faut compter 30 millisecondes pour correspondre à l’ouverture du premier rideau.

Une remarque fondamentale, à graver quelque part si vous achetez – ce que je vous encourage de faire – un de ces boitiers : toujours armer avant de changer les vitesses sous peine de vous retrouver avec une salade de pignons qui rendra totalement indigeste et impossible l’utilisation de votre appareil !

Exemple de pense-bête qui évite les erreurs fatales (ici sur un Fed 2).

Bon, ceci étant dit, et si on les essayait ces Zorki ?

Pour le Zorki 4, d’abord ouvrir la gaine en vrai cuir russe qui le protège et, tant qu’à faire, enlevons-là car, chose étrange, on ne peut pas enlever la moitié de celle-ci comme sur d’autres appareils, ce qui alourdit encore le poids de l’ensemble.

Ce qui m’amène une première remarque : le boitier n’est pas pourvu d’œillets pour y accrocher une lanière (comme le 4K d’ailleurs). C’est donc la gaine qui porte les attaches, en cuir.

Comment se présente l’engin ?

Oui, c’est un Zorki 4K mais quasi identique au Zorki 4, sauf le levier d’armement.

L’appareil est assez imposant, et lourd ( +/- 600 gr avec un 50mm), mais très agréable à prendre en main même si le mot ergonomie ne semble pas avoir traversé le sinistre rideau de fer.

Paradoxalement, si le boitier est bien entretenu et réglé, il est très fluide à armer et le déclenchement est relativement discret, il utilise un rideau de caoutchouc, comme sur les Leica, par exemple (un Kiev 4am/Contax, possède un obturateur métallique, plus « sec »).

Le déclencheur est comme surmonté de petites pointes, sans doute pour mieux le « sentir » sous l’index. Personnellement, je n’aime pas alors j’ai installé un « soft release » sur le 4K.

Si vous avez maintenant une vue plus précise de l’engin, nous allons le rendre opérationnel et y glisser un film.

Sur la semelle, en dessous donc, deux clés à tourner : celle de gauche dans le sens anti-horaire, celle de droite, dans le sens des aiguilles, et tout le dos s’enlève, découvrant la chambre.

Une fois le film fixé, opération inverse pour refermer le dos, puis deux « tirs » à blanc pour démarrer vos prises de vue.

Ah, n’oubliez pas de mettre le compteur de vue à zéro, il ne le fait pas tout seul. Il suffit d’appuyer avec la pulpe du doigt sur la couronne et faire tourner le cadran au chiffre 0.

Les rails qui guident le dos sont assez profonds et doivent éviter toute entrée de lumière parasite. Vérifiez bien que vous avez correctement glissé jusqu’au bout l’ensemble du dos et que les clés sont bien fermées. Sur certains appareils ayant souffert, le dos peut être moins étanche. Dans ce cas, un bout de gaffer tout le long de la fermeture et vous voilà tranquille.

Vous voilà prêt à arpenter la ville, la campagne, les sous-bois pour y capter vos premiers sujets.

Si vous portez l’appareil à l’œil, vous constaterez que le viseur est un simple cadre lumineux avec un grossissement de 1,15 dans lequel il n’y a … rien, hormis un rectangle jaune, au centre. En faisant tourner la bague des distances de l’objectif, vous verrez l’image se dédoubler ou se fondre, si vous êtes net.

N’ayez pas peur d’utiliser le correcteur dioptrique pour affiner votre visée, ça marche vraiment bien.

Le levier de la correction dioptrique du 4K.

Ici, donc, pas de lignes de parallaxe, de cadre collimaté pour telles ou telles focales … mais ça marche, le cadre de la fenêtre étant celle de l’image captée.

Tiens, au fait comment ça fonctionne un télémètre ?

C’est un mécanisme somme toute simple et pourtant complexe : à l’intérieur de la chambre, une came en forme de demi-lune vient « frotter » contre le fut de l’objectif, qui dépasse dans la chambre selon la distance requise. C’est le mouvement de l’objectif contre la came qui assure l’ajustement de la distance. C’est ce qu’on appelle un télémètre à coïncidence d’image, les images vues par les deux fenêtres (le viseur et celle du télémètre) doivent coïncider pour que la mise au point soit juste. On appelle aussi cette méthode celle de la triangulation.

L’image de gauche montre la vue à travers un télémètre lorsqu’il n’est pas au point. L’image de droite montre la vue à travers un télémètre lorsqu’il est mis au point

(source : Azurplus).

La particularité de cette manière de viser est que ce que l’on voit n’est pas tout à fait la même chose que ce que l’on fixe sur la pellicule. Si cela a peu d’importance en photo de rue ou de reportage, en architecture, en médecine, en portrait, etc. c’est irrévocable.

Voici le mécanisme du Zorki 4K : la came en forme de demi-lune, qui vient s’appuyer sur l’arrière de l’objectif, qui avance ou recule selon la distance choisie pour la mise au point. Cette came actionne un jeu complexe de miroirs dans le télémètre pour faire coïncider les 2 images (voir l’image ci-dessus).

A ce sujet, une précaution à prendre lorsque vous retirez ou remontez un objectif à viser sur un télémétrique : toujours rentrer le fut du bloc optique pour ne pas forcer sur la came de réglage lors du re visage.

Ces photos me font penser à un petit aparté. Quand j’écris qu’un boitier n’est jamais qu’une chambre noire et que ce qui fait la qualité d’une photo c’est bien l’objectif, nous en avons l’illustration ici : si vous regardez dans la chambre du Zorki 4k, vous voyez le rideau, derrière lequel se trouve le film qui sera impressionné par la lumière au moment du déclenchement. Elle y passe en direct, sans miroir, sans obstacle.

Bref, vous avez réussi à cadrer votre image et à la rendre nette. Reste maintenant à poser la bonne vitesse.

-« Aïe et comment fait-on quant on n’a pas de réglage pour la sensibilité ni cellule ? »

On a recours soit à une cellule à main, qui vous donnera les indications manquantes, soit on a recours à une bonne vieille méthode appelée « règle du Sunny 16 ».

-« Mais c’est compliqué tout ça ! »

Ben, non, je vous explique … et je vous résume :

-« Heu … ? »

Le Sunny 16 est une règle empirique de base qui dit que si vous avez une journée claire et ensoleillée et que votre ouverture est à f/16, quel que soit l’ISO que vous utilisez, votre vitesse d’obturation sera la valeur réciproque de cette valeur ISO (ISO X = 1/X secondes de vitesse d’obturation).

Autrement dit, par une belle journée ensoleillée, à 100 ISO, je sais qu’en faisant mes photos à f16, et avec une vitesse d’obturation de 1/100s, mes photos seront correctement exposées.

Faites-vous donc un petit carton, plastifié de préférence (il va beaucoup servir au début) qui récapitule les situations et vous gagnerez un temps précieux (et si vous allez sur le second site cité ci-dessous, il vous explique gratuitement comment faire, c’est pas beau ça?)

En passant, je vous conseille de lire des explications plus complètes sur les excellents sites la photo argentique et le blog argentique (très bien fait et expliqué).

Encore une petite remarque à ce sujet : ça fonctionne très bien avec du négatif N/B ou couleurs mais pas pour les diapositives qui ont besoin de précision en terme d’exposition. Choisissez bien votre film dès lors.

Allez, on progresse : vous savez mettre un film, comment viser, comment choisir l’ouverture et à quelle vitesse déclencher.

Là, j’en profite pour enfoncer un clou : toujours armer avant de changer les vitesses avec cet appareil (et les Fed, les Mir, les Contax, par exemple) ancien.

Ça y est, vous avez terminé votre bobine, il faut la rembobiner pour la porter, fébrile, au labo le plus proche.

Autour du déclencheur de votre Zorki 4 (ou 4K), il y a une bague, qu’il faut faire tourner vers une sorte de U inversé sur le 4 et dans le sens horaire sur le 4K. Ceci a pour effet de déverrouiller le système d’armement et vous permet, avec le bouton à l’extrême gauche, de rembobiner le film dans sa cassette (et avec un peu d’attention, vous pourrez le faire en laissant encore sortir un bout de film, au cas où).

Puis vous soulevez la tige de déverrouillage afin de libérer la cartouche, que vous allez ôter après avoir ouvert le dos du Zorki.

Voilà, voilà, vous allez devenir un vrai pro de ces drôles de machines à faire des photos.

Ah, il me reste à vous parler du retardateur : pour l’activer, vous abaissez le levier du retardateur après avoir armé l’appareil. Ceci fait, il vous reste à appuyer sur le petit bouton au dessus, ce qui libère le mécanisme à ressort. Vous entendrez le bruit caractéristique d’une minuterie, celle qui vous incitera à courir vite car le Zorki ne vous offre que 9 secondes de répit.

Le levier du retardateur et au dessus, le bouton pour lancer le compte à rebours.

Vous vous sentez prêt à faire le premier pas ?

Encore un petit conseil, si je peux … montez un filtre jaune à l’avant de l’objectif (si vous travaillez en N/B), ça affermira les contrastes et protègera la lentille (avec l’Industar 61 53mm, le diamètre est 40,5mm et on en trouve facilement, même des modernes). Pour la couleur, un filtre anti-UV suffit, il aura le même rôle protecteur. N’oubliez pas qu’à l’époque, les lentilles n’étaient pas (forcément) traitées anti-reflet.

Alors, que penser de ces vieux russes ?

Les essayer, c’est les adopter.

Pourtant ils ne sont pas parfaits, on le sait. Perso, ce qui m’embête le plus, c’est l’absence d’œillets pour y mettre une lanière. Alors je vais demander à mon artisan cordonnier préféré de me séparer les deux parties et d’y placer ensuite une pression (ou deux) pour utiliser seulement la partie base en portage, sans sacrifier l’ensemble qui protège finalement bien l’appareil et participe au charme de celui-ci.

Sur le Zorki 4K, le bout de plastique qui orne le levier d’armement est un angle vif, pas très agréable même s’il permet une action rapide. Quelques uns le remplacent, d’autres arrondissent l’angle.

Pour le Zorki 4, c’est le gros bouton pour ré armer qui est gênant (quoique …), sans doute par manque d’habitude. Notez qu’il a quand même un avantage, en photo de rue : d’instinct, quand on a pris une photo, on ré arme le boitier, prêt pour une nouvelle prise de vue. Or, lorsqu’on veut être discret, c’est le geste qui vous dénonce immanquablement ! Tandis que le remontage, c’est plus lent, on a le temps de faire quelques mètres … discrètement.

Rien ne vous empêche de monter dessus des cailloux offrant une ouverture plus grande encore. Je rêve de retrouver un Jupiter 3 des années 1950 (les meilleurs parait-il) car il ouvre à f1,5. Pas facile pour faire une mise au point fine mais excellent en travaillant sur l’hyperfocale pour les ambiances plus sombres.

Tiens, je me rends compte que je ne vous ai pas parlé de cette méthode infaillible et rapide pour faire la mise au point, celle de l’hyperfocale !

Je vous renvoie alors à un précédant article, « l’autofocus le plus rapide du monde« .

Si avec tout ça vous ne sortez pas dehors avec un Zorki, j’avoue ne pas savoir que faire ou écrire d’autre pour vous tenter …

Ou plutôt si, allez voir ce site, Indiefotog, un photographe canadien qui utilise un Zorki 4 pour réaliser une grande partie de ses travaux, un régal.

Un mot encore, parce que j’ai retrouvé cet accessoire dans une de mes caisses, celle qui contenait des cellules à main : il s’agit d’une cellule à monter sur la griffe porte flash de l’appareil, une Metraphot, fabriquée en Allemagne.

Celle-ci est au sélénium et j’ai la chance qu’elle fonctionne encore car elle était dans son petit étuis de cuir, que l’on attache à la lanière de l’appareil, pour l’avoir toujours sous la main.

Il existe quelques autres modèles de ce type de cellule, mais il faut bien chercher car souvent au sélénium donc, elles ont tendance à cesser de fonctionner au bout de … 75 ans !

Et si vous êtes curieux, vous en trouverez aussi des électroniques, modernes … ce sera l’objet d’un prochain article.

Allez, dernière digression : Zorki ou Зоркий en caractères cyrilliques, signifie « clairvoyant » en russe.

Des publicités d’époque

Source : Collection-appareils, Grenier – Natkin 1975 (en haut) – 1979. Vous constaterez que les Zorki sont contemporains des Yashica Electro 35 GSN et GTN, qui embarquaient déjà une électronique révolutionnaire pour l’époque. Mais leur objectif était fixe

des videos d’illustration

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

Et si vous deviez le réparer, c’est la-dessous :

Un bel article, illustré, si vous voulez démonter la partie haute du Zorki LA.

Des références : https://www.danstacuve.org/test-du-zorki-4k-fort-en-caractere-2/, https://fr.wikipedia.org/wiki/Zorki, https://mgroleau.com/photo/urss/zorki_4k.html, https://azurplus.fr/quest-ce-quun-appareil-photo-telemetrique/, http://www.summilux.net/materiel/Leica-II, en français; https://www.imagingpixel.com/p/zorki-4k.html, https://simonhawketts.co.uk/2013/02/09/zorki-4k-35mm-rangefinder-camera/, https://filmphotograph.com/zorki-4k, https://www.lomography.com/magazine/3144-zorki-4k, https://emulsive.org/articles/around-europe-with-the-zorki-4k, https://www.35mmc.com/30/05/2018/5-frames-zorki-4k-dale-willetts/, http://www.photoethnography.com/ClassicCameras/Zorki4K.html, http://www.rolandandcaroline.co.uk/zorki4k.html, http://www.sovietcams.com/index755a.html?tmpl_into=middle&tmpl_id=189&_m_e_id=25&_menu_i_id=213, https://mattsclassiccameras.com/rangefinders-compacts/zorki-4/, http://www.sovietcams.com/index755a.html?tmpl_into=middle&tmpl_id=189&_m_e_id=25&_menu_i_id=213, https://www.g-st.ch/privat/kameras/zorki.html, https://hylee617.tripod.com/hylee617/manual/zorki456.htm (comme un mode d’emploi), http://www.cameras.alfredklomp.com/zorki4/, https://photothinking.com/2018-04-27-zorki-4-attempted-equaliser/ en anglais.

Argentique

Les plus beaux (et utilisables) télémétriques à objectifs interchangeables (toujours à mon humble avis)

Après le petit exercice d’hier sur les télémétriques à objectifs fixes, passons à ceux dont vous pouvez changer la focale.

Ce sera plus compliqué car je pense faire une distinction entre les « anciens » et les « modernes » (histoire de rester dans la tradition de la polémique).

Et donc, au rang des anciens, je place dans l’ordre de mes préférences :

Le Zorki 1C, copie conforme du Leica 2. Il est généralement plus apprécié qu’un Fed 2 parce que sa fabrication en est plus précise et soignée. Soyons de bon compte, le viseur n’est pas pratique, ni la manière de le charger, tout comme sur les Leica de l’époque et il faut utiliser le zone focus pour prérégler l’appareil avant la prise de vue. Mais, équipé d’un Industar 22 dit rentrant, vous pouvez – réellement – le mettre dans une poche. Et quand vous le sortez, effet garanti pour les passants attentifs, qui généralement entameront la conversation, au point d’oublier que vous les avez mis en boite. L’utilisation d’une cellule est recommandée, soit à main, soit à placer dans la griffe porte flash (mais c’est moins joli). Mais son avantage décisif, c’est son prix, souvent autour des 100€ avec l’objectif, soit de 4 à 5 fois moins cher qu’un Leica IIIf (pour retrouver l’agrément d’utilisation)

Le Fed 1G , l’autre copie du Leica 2. Je ne vais pas répéter ce que je viens d’écrire car si la marque change, le résultat est le même. Et comme pour le précédant, le prix modeste vous permettra, le cas échéant, de vous offrir une belle optique, soit rentrante pour garder l’avantage de la compacité, soit fixe.

Le Leica IIIf, dit « l’original », qui est une évolution du même Leica 2 qui a servi de base aux 2 premiers cités. Fondamentalement qu’a t’il de plus ? Une fabrication plus complexe et plus soignée, un peu plus d’onctuosité dans les commandes. Pour le reste, il est aussi peu pratique pour la visée ou le chargement du film et c’est l’objectif qui fera la différence pour le rendu de vos photos, comme pour les deux premiers. Ah oui, il y a le prestige Leica et sa réputation de solidité et de réparabilité, qui existe aussi, rassurez-vous, pour les appareils russes (ICI). Toujours est-il que le prix s’en ressent, comptez environ 400€ pour un boitier nu.

Ces appareils font partie de l’histoire de la photographie en 35mm, initiée rappelons-le par les inventions d’Oskar Barnak tout d’abord de l’utilisation différente d’un film destiné au cinéma et ensuite de son Leica, premier vrai appareil compact et ultra transportable, modulable ensuite.

S’en servir pour photographier aujourd’hui, c’est accepter quelques contraintes (visée, chargement, réglage des vitesses, cellule indépendante) mais c’est prendre le plaisir de découvrir comment faisaient « les anciens » pour obtenir de biens belles images. Je dirais que c’est presque un état d’esprit.

Voilà, j’en viens à mes « modernes » que je présente par préférence, pas par date de fabrication :

Le Zeiss Ikon ZM qui est pour moi LE télémétrique absolu. Il est beau, pratique, ergonomique, léger, facile à charger, précis (cellule et visée), en un mot : moderne ! Vous pouvez y monter toutes les optiques en monture M et celles de Voigtländer, si elles sont – un peu – plus abordables que les Zeiss Leica, sont aussi proches de l’excellence. Même son prix, je vous le concède conséquent – comptez 1900€ nu – est pourtant encore un avantage car un Leica 7, son seul concurrent, est au triple de sa valeur.

Le Leica M5, car il est le vilain petit canard de la famille et que j’aime bien ces gens là ! Blague à part, c’est un excellent appareil, le premier à avoir proposé une cellule TTL précise et des réglages extrêmement faciles et rapides. Sauf pour le charger, ce qui se fait toujours par la semelle même si Leica a – un peu – facilité la tâche du photographe pressé. Forcément en monture M, vous pouvez tout lui monter dessus, même des russes comme le Jupiter 3 f1,5, avec une bague d’adaptation (mais pas le Jupiter 12, un grand angle qui rentre très fort dans le boitier). Il se négocie autour des 1000€ nu.

Le Canon P, contemporain du Leica M3 et M2, il a – pour moi – le gros avantage d’avoir aussi un magnifique viseur, collimaté du 35 au 100mm et surtout il possède un dos sur charnière. C’est un magnifique télémétrique, très bien dessiné et solide, qui accepte tous les objectifs en Ltm 39 dont des objectifs Canon qui sont excellents et peuvent aussi atteindre des prix pharaoniques (le f1:0,95 est himalayen !). Le boitier seul se négocie autour des 200€n ce qui le rend très abordable, vu sa qualité.

Et dans la famille des « modernes », il y a les appareils russes qui ont évolués, se détachant de leur modèle initial pour proposer parfois des solutions innovantes, que Leica utilisera 10 ans plus tard (p. ex. une cellule embarquée)

Le Zorki 6, qui est très compact, donne une bonne sensation de solidité (tout métal) et qui autorise – enfin – de pouvoir changer les vitesses quand on veut (appareil armé ou non). Il simplifie aussi le chargement grâce à son dos sur charnière. Mais son argument massue, c’est son prix : moins de 80€ avec un objectif ! Et comme il est toujours en monture Ltm 39 (Leica visant), le parc optique est immense et adapté à toutes les bourses.

Le Fed 3b, dont les commandes sont d’une onctuosité rarement atteinte, le déclencheur très discret (un petit flop) et assez facile à charger (dos amovible). Ce n’est pas le plus sexy de la bande mais il reste « sortable » et comme ici aussi vous pouvez monter ce que vous voulez comme optique en Ltm 39, vous n’aurez plus d’excuse pour ne pas l’essayer. D’autant que son prix n’est surement pas un obstacle : comptez autour des 60€ avec un Industar 61. Comme pour le premier cité, n’oubliez pas votre cellule à main

Le Fed 4b, bon d’accord, il n’est pas beau mais 10 ans avant Leica, il nous sortait une cellule intégrée au boitier. Pas encore couplée, mais vous l’avez sous les yeux et vu ce qu’elle était chargée en sélénium, elle résiste au temps, pour autant que vous la couvriez ou utilisez le « sac tout prêt » en cuir généralement vendu avec l’appareil. Ses commandes sont très douces et il est discret … enfin, autant qu’une armoire normande puisse l’être ! Même son prix n’est pas une excuse : comptez environ 40€ pour un appareil fonctionnel avec un objectif 50mm.

Un outsider enfin, le Zorki 4 ou le Zorki 4K, qui fut sans doute le télémétrique le plus fabriqué au monde. Ce n’est pas le plus beau mais il bénéficie d’un beau viseur, clair, avec correction dioptrique, son levier d’armement, agréable et plus facile que de tourner un bouton (le Zorki 4), sa discrétion au déclenchement (un flop très doux). Pas trop onéreux (comptez 60€ avec objectif), il semble faire le lien entre l’ancienne génération de par sa forme et la nouvelle puisqu’il fut fabriqué jusque dans les années quatre-vingt.

Si vous voulez voir de quoi il est capable, je vous invite à découvrir ce site car le photographe utilise un Zorki 4 pour ses sorties de Street photography.

« Mais, me direz-vous, quel attrait pour l’utilisation de ces appareils où tout est manuel ? »

Mais celui de la différence, celui de la recherche esthétique (bon, ok par pour le Fed 4b, on est d’accord) et – surtout – celui du temps que l’on accepte de consacrer à sa passion, celle de faire des photos, pensées, réfléchies, voulues ou non pas prises à la sauvette comme je le vois si souvent avec les « dégaineurs » de smartphone ! Utiliser un télémétrique, c’est comprendre comment l’appareil devient le prolongement de votre regard, naturellement, car la visée peut se faire les deux yeux ouverts pour « capter » l’air du temps qui va précéder le moment où vous appuierez sur le déclencheur.

Un célèbre exemple est le travail de Henri Cartier-Bresson (HCB pour les intimes) qui humait l’endroit avant de figer l’instant désiré. Même s’il fut reporter et pas des moindres (co-fondateur de Magnum), il savait anticiper l’espace et le temps qui allait donner l’image, même dans les situations d’urgence.

Un dernier mot encore, peut-être : si ces appareils acceptent différentes optiques, généralement du 28 au 135mm, souvent vous vous contenterez de celle qui vous correspond le mieux. Ce peut être du 50mm (le plus proche de la vision humaine) ou du 35mm qui offre des plans plus larges ou qui vous oblige à aller au plus près du sujet. Cela fait partie de l’expérience télémétrique.

Je vous souhaite donc de belles découvertes.

Argentique

Des Russes tout à fait utilisables et (encore) très abordables

Si vous êtes un peu habitué au site, vous aurez déjà – peut-être – lu quelques articles sur les appareils russes.

Petit résumé pour vous y retrouver :

Je ne prétends pas avoir fait le tour, il y en a encore bien d’autres. Je vous suggère, par exemple, un petit tour sur le site de Monsieur Sylvain Halgand (en français) et Soviets Cameras (en anglais)

Vous y découvrirez un vaste monde qui s’étend, grosso modo, des années trente aux années quatre-vingt.

Et un paradoxe : si les appareils russes sont, pour certains, des copies de Leica et Contax notamment, à un moment ou un autre, ils s’en sont écartés et ont tracé leur propre voie. Pas avec les mêmes moyens ni les mêmes technologies que les appareils allemands, ou japonais (autres grands concurrents) mais ce sont eux qui ont produit le plus grand nombre d’appareils télémétriques au monde, rendant cette pratique abordable pour de très nombreuses personnes dont les budgets n’étaient pas illimités.

Je l’ai souvent écris mais un appareil photo n’est jamais qu’une boite noire destinée à recueillir les faisceaux lumineux qui écriront votre photo. Certaines sont sophistiquées, d’autres moins, mais le résultat reste le même : si les rayons lumineux ont bien été guidés, notamment à travers un objectif de qualité, ils arriveront en bon état sur la pellicule et votre photo sera la meilleure possible, tenant compte des réglages effectués, de votre créativité, de vos envies de suivre, ou pas, les « règles » de la photographie.

En ce sens, les appareils russes sont exemplaires car ils vous permettent d’utiliser les meilleurs objectifs possibles car ils sont (hormis les Kiev en monture Contax) à la norme dite Ltm 39, soit Leica visant. Vous aurez donc l’embarras du choix, chez Zeiss, chez Voigtländer, chez Leica, chez Jupiter, chez Industar, chez Canon (et j’en oublie sans doute)…

Ceci étant, si vous voulez découvrir les prémices de l’argentique, vous vous tournerez peut-être vers un Zorki 1c, un Fed 2, un Zorki 4 ou 4K, un Fed 1g.

Ces appareils ont beaucoup de charme mais ils ne sont pas les plus faciles à utiliser même s’ils n’ont rien de rédhibitoire, c’est une question de patience pour les apprivoiser.

Les appareils plus récents comme le Zorki 6, le Fed 3b, le Fed 4b seront peut-être plus simples de prime abord.

Si vous n’avez pas lu les articles dont je vous notais les références en début d’article, je résume :

  • le Fed 4b possède déjà une cellule, non couplée mais fonctionnelle. C’est une bonne aide pour s’initier à l’argentique
  • Le Zorki 6 a deux petits avantages, même s’il n’a pas de cellule : le dos est monté sur charnière (plus facile pour mettre le film) et vous ne devez plus réfléchir à armer l’appareil avant de modifier les vitesses

Vous pouvez vous baser sur ces quelques explications pour partir à la découverte mais rien ne vous empêche, à travers vos lectures des sites mis en référence, d’essayer d’autres modèles. Je n’ai voulu que vous donner des pistes de réflexion, des trucs et astuces pour trouver celui qui partagera vos déambulations photographiques.

Enfin, les prix de ces appareils sont encore contenus sur les différents sites de vente (Ebay mais aussi le site russe Meshok – prévoir un traducteur !). Ce qui vous permettra de choisir une bonne optique pour accompagner votre appareil.

Prenons un exemple simple : un Fed 4b se négocie autour de 60€ avec un Industar 61. Si vous cherchez un Leica M5 (lui aussi avec cellule – couplée ici), vous tournerez autour des 1200€ boitier nu !

Y a pas photos, comme on dit … et tous les appareils russes peuvent aussi être réparés et réglés. Un site incontournable à cet effet : Oleg Photocameras.

A vous de faire vos propres explorations et bon amusement.

Argentique

Les télémétriques russes

Les Yashica Electro 35 ou les Canonet QL 17 – QL 19 G III, voire un Minolta Hi-Matic 9 sont presque trop faciles à utiliser et donnent de superbes résultats. Ils font partie de ces fabuleuses machines des année ’60 et ’70, avec déjà des automatismes, discrets et efficaces, mais avec des objectifs fixes.

Les télémétriques russes, c’est une autre tranche d’histoire, celles des années ’30 (même s’ils ont été fabriqués, pour certains, jusque dans les années 80).

Les sites qui en parlent sont en bas de page, comme d’habitude.

Si j’avais une remarque personnelle à faire, je voudrais modifier un peu ce que l’on présente généralement sur ces appareils, à savoir qu’ils sont des copies des Leica et Contax. Sans refaire l’histoire, rendons à César ce qui lui appartient : la plupart des appareils russes ont été construits, au début du moins, avec des pièces issues de prises de guerre (dont les usines en entier parfois). Stricto sensu, ce ne sont pas des copies mais des Leica ou Contax fabriqués en Ukraine (Russie alors). La suite nous montrera que, parfois, certains ont même évolués différemment des Leica produits au même moment.

Bref, j’ai commencé par un Zorki 4K (1974). J’avoue que c’est assez déconcertant, au début.

D’abord, il faut toujours penser à armer avant de modifier les vitesses, afin de ne pas tout abimer. Ensuite, il faut penser à modifier un peu la languette du film pour qu’elle s’accroche correctement dans la bobine réceptrice, amovible, heu… tout en gardant un œil (voire une main, mais bon, nous n’en avons que deux depuis trèèès longtemps) sur le dos de l’appareil, que l’on doit ôter pour la manœuvre. Puis encore, vérifier que le bouton de désolidarisation du mécanisme d’entrainement est bien remis à sa place pour pouvoir armer une ou deux fois avant de refermer.

Notez qu’utiliser un Leica n’est, à ce stade, pas plus facile : il faut aussi recouper la languette et la longueur de l’amorce du film, puis insérer cette languette dans une bobine amovible et qu’il faut ensuite glisser la dite bobine avec la cartouche dans l’appareil, en ayant ôté la semelle. Bref, pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ! Je parle ici des Leica des premières générations (I à III) mais aussi du célébrissime M3, voire même de modèle « plus récent » comme le M5 (soyons précis, ces deux modèles ne nécessitent plus de devoir recouper la languette du film, mais le chargement se fait toujours par la semelle). A remarquer qu’en 1958, un Canon P, p. ex., possédait déjà un dos à charnière, une bobine fixe et l’on peut changer les vitesses après avoir armé … copies, copies ?

Bon, revenons à nos Zorki. Si vous êtes tombé sur un bon exemplaire, c.-à-d. pas trop maltraité par les ans et les proprio successifs, tout le reste fonctionne bien : télémètre juste, déclencheur un peu rude mais pas si bruyant que ça et armement facilité, sur le Zorki 4k, par un levier, au lieu d’un bouton à tourner pour l’avancement du film sur les autres modèles. L’obturateur, comme sur les Leica, est en toile caoutchoutée, que l’on peut (doit) régler pour assurer la bonne tension. C’est là aussi un gage de discrétion lors du déclenchement, qui produit un « flop » assez bien amorti.

Vous aurez remarqué la taille du viseur. Sans être aussi confortable que celui du Leica M3 ou M5, il est agréable (avec correction dioptrique si besoin) mais la base du télémètre est plus courte que sur l’allemand (qui fait quand même près de 6,5 cm !), ce qui n’assure pas la même précision, quoique le « patch » soit aussi bien visible et assez facile à régler. Pour info, lorsque l’on parle de base d’un télémètre, c’est la distance entre la fenêtre dudit télémètre (ici la petite carrée quasi au dessus de l’objectif) et la fenêtre du viseur. Enfin, il n’y a pas de cadres collimatés (c-à-d inscrit sur le verre de visée pour voir le cadre de votre future photo) pour les objectifs autre que le 50mm. Si vous utilisez d’autres focales, il faut une tourelle, comme pour les anciens Leica, qui assure la bonne visée.

Ah, j’allais oublier, l’objectif : le mien est un Industar qui a manifestement déjà été démonté et remonté … approximativement car je n’arrive pas à mettre l’ouverture maximale (f1:3,5), mais bon, on s’y fait.

De toute manière, je travaille autour des 5.6, ça simplifie les choses.

Question rendu ? Bah, ça change – vraiment – de la précision chirurgicale des appareils modernes, mais quel charme, quel grain en NB.

J’y ai fait quelques aménagements, pour le rendre plus souple d’utilisation, comme tout simplement un bouton soft release sur le déclencheur (garni de « pointes » un peu inconfortables à l’usage, même si antidérapantes). Et comme je réfléchissais à un truc pour le porter facilement, car il ne possède par d’œillets pour y attacher une sangle, j’ai pu trouver une gaine en cuir. Heu, costaude la gaine, taillée dans un cuir épais, à l’odeur particulière (venant, paraît-il, des bains de tannage propres à la Russie). En tout cas, elle protège super bien et permets de porter l’appareil sans soucis (juste que ça rajoute un peu de poids à un appareil déjà pas si léger).

Dire que cet appareil était un peu désuet en 1974 peut sembler étrange, mais face à la concurrence japonaise, il n’avait plus aucune chance. Et pourtant le Zorki 4 K a sans doute été le télémétrique le plus fabriqué et le plus vendu au monde. Vous en trouverez de ce fait à des prix qui restent abordables sur les sites de vente.

Franchement, c’est une expérience à tenter, surtout au prix auquel ils sont proposés.

Et puis, il y eu le Fed 2 (1969). Là, on manipule un Leica III (enfin, c’est ce qui s’en rapproche le plus) mais pour – au moins – 100 fois moins cher !

Oui, vous avez bien lu, c’est un FED 2

Ne me faites pas écrire ce que je ne pense pas : ce Fed 2 datait de 1969 (produit de 1955 à 1970 avec quelques variations – 8 en fait). C’est un mélange entre la douceur des commandes d’un Leica et la large base télémétrique d’un Contax (ou Kiev), mais la régularité de sa fabrication n’est pas gage de fiabilité. Sa construction est loin des standards d’un Canon ou d’un Leica. Mais au prix où vous les trouverez parfois, c’est de la découverte assurée.

Son objectif est un Industar 26 M, pas vraiment réputé pour ses qualités optiques (certains le surnomment le « bouchon de boitier ») mais il a son charme. Et il va bien avec l’appareil … si, si, ça compte aussi un peu d’esthétique. Ici encore, il faut penser à armer l’appareil avant de changer les vitesses, sinon, salade de pignons en perspective ! Ceci étant, vous pouvez monter dessus n’importe quel autre objectif en standard Ltm 39 et il y en a de très bons (Jupiter 3 ou Jupiter 8, notamment).

Kiev 4 AM de 1982

Pour continuer mes russeries, j’ai eu la chance de trouver à prix abordable un Kiev 4am. Nous sommes chez Contax, mais version soviétique (dans les années ’80 tout de même). La particularité de cet appareil, outre d’avoir gardé une ligne issue des années ’40 jusqu’au seuil des années ’90, c’est sa base télémétrique très large. Je crois ne pas me tromper en disant qu’elle est sans doute la plus large d’un appareil « grand public » : près de 7 cm de long, ce qui donne un très bon rendu d’image, même si l’œilleton de visée paraît très petit. Et, petite particularité mécanique, vous pouvez régler la distance sans devoir toucher le fut de l’objectif : une petite molette – il est vrai pas vraiment bien placée – permet de faire tourner l’objectif lors de la mise au point. Je vous dis pas la mécanique de précision qu’il y a derrière tout ça …. Il était équipé d’un Hélios 103, ouvrant à f1:1,8, lui aussi des années ’80. Les Contax Kiev possèdent une bague particulière qui assure un montage rapide et serein des objectifs mais qui est propre à ces appareils, ce qui limite la compatibilité. L’obturateur, comme sur le Contax, est à lamelles métalliques horizontales, qui donne un son assez sec, sans être très bruyant, lors du déclenchement.

Les appareils russes se vendent en quantité ( ce qui ne rime pas toujours avec qualité) sur les sites de vente bien connu. Souvent issus des anciens pays dits de l’Est, la plupart sont en bon état mais cela ne vous dispense pas de quelques vérifications lors de la lecture des explications du vendeur au sujet de son appareil. Notamment vérifier que le télémètre est juste, que les rideaux (toile caoutchoutée) ou lamelles (Kiev) sont en bon état, que les vitesses lentes sont fonctionnelles, que les bobines réceptrices sont bien présentes lors de la vente, par exemple.

Sinon, attrait garanti lorsque vous sortirez avec votre Fed, Zorki ou Kiev (pour ne citer que ceux que je connais et ai essayé). Mais prenez votre temps et redécouvrez les joies des cellules à main, de la règle des « sunny 16 », de l’hyperfocale … et bonnes photos.

Ce ne sont pas des appareils qui « vont vite », sauf avec un peu d’habitude. Pour les personnes nées après l’invention de l’autofocus, c’est un art de la patience qu’il convient d’apprécier.

Enfin, dernier avantage, mais non des moindres si vous investissez dans un bon exemplaire (je vous recommanderais un Zorki 1c dont je parlerai ailleurs), vous pourrez toujours monter les optiques prestigieuses de chez Leica, qui sont les montures à vis en LTM 39 (monture « Leica vissé » : Leica Thread Mount (LTM) ou Leica Screw Mount (LSM) en anglais). Elles ont un prix – soyez attentif et raisonnable – mais comme vous aurez fait des économies sur le boitier …. Et, si les optiques Leica sont les plus connues, d’autres marques à l’époque, comme Voigtländer, Canon, Jupiter, etc. ont aussi créé des objectifs de grandes qualités.

Pensez quand même que la plupart sont sensibles au flare (pas de traitement multi couche comme pour les optiques modernes), que vous serez loin du rendu « millimétrique » des optiques développées pour le numérique, mais quel charme.

Voici une petite revue récapitulative des appareils cités :

Vous trouverez plein de sites qui en parlent, mais surtout en anglais. Je vous recommande ceux-ci, en français : http://www.collection-appareils.fr/avoscrayons/html/Boitiers_russes.php pour un aperçu rapide des télémétriques russes ou encore https://www.danstacuve.org/test-du-zorki-4k-fort-en-caractere-2/ Pour les optiques, http://35mm-compact.com/anciens/objectifs-m39-russes.htm ou encore https://pierretizien-photos.blogspot.com/p/objectifs.html