Argentique

Le Zeiss Ikon Nettar 515/2

Encore un matin chagrin sur les bords du canal à Charleroi. C’est la brocante des Quais et les malheureux exposants ont du attendre qu’il soit 9h30 pour commencer à déballer, les trompes d’eau du petit matin les ayant fait se réfugier dans leurs véhicules respectifs (eh oui, à 4h00 du matin, même à Charleroi, les estaminets sont fermés !).

Ils étaient finalement peu nombreux, en tout cas bien moins que les fastes années que cette brocante, pourtant réputée, a pu compter.

Mais en déambulant sans trop d’espoir, je me suis arrêté sur un stand où un Monsieur sympathique vendait un vieil appareil Zeiss Ikon.

On ne peut pas dire que chez Zeiss Ikon ils aient été débordant d’imagination pour leurs différents modèles.

Il y a les Zeiss Ikon Nettar, les Zeiss Ikon Ikonta, les Super Ikonta, les Zeiss Ikon M, par exemple et pour ne citer que quelques appareils dits « folding », c’est-à-dire à soufflet.

Ah, ils les ont déclinés à toutes les sauces, en changeant les numéros : 521/2, 518/16, 531/2, 521/16, etc.

Franchement, je pense que même eux ne s’y retrouvent pas, d’autant que si vous avez lu les quelques articles que j’ai déjà consacré à la marque, il y eut la guerre de 40-45 qui vint tout bouleverser, puis le rideau de fer et les déchirantes divisions que cela a impliqué, même pour les sociétés.

Tout ça pour dire que j’ai déjà évoqué le Zeiss Ikon Nettar mais il s’agissait du Nettar II 518/16.

Et là je me cite (non, non, tout va bien docteur) : « Le premier Nettar est apparu sur le marché en 1934, sous le numéro 510 car sans doute la firme avait-elle déjà prévu une gamme complète pour ces appareils. Tout comme elle l’avait fait avec l’Ikonta.

De toute manière, le Nettar, […], utilise le même boitier que l’Ikonta (520/2). Ce qui va changer, c’est l’optique et l’obturateur.

De fait, après le 510, il y eut un 510/2 en 1936 (6×9), puis un 515 en 1937, un 516, etc.

J’ai envie d’écrire que « comme d’habitude », Zeiss va fabriquer sa gamme avec différents obturateurs et optiques avec une progression dans les prix, évidemment. Ainsi un Nettar livré avec un Tessar et un Prontor valait quatre fois le prix du même appareil livré avec un Nettar et un Derval« .

C’est ici que je voulais en venir car ce « nouveau » Nettar est équipé du fameux Tessar 105 mm ouvrant à f4,5 (jusque f32) et d’un obturateur Prontor (1s – 1/250s et pose B, retardateur).

En plus, j’ai eu la chance de l’acquérir avec deux accessoires rares : le viseur séparé et un porte-filtres avec les 3 filtres vert – jaune – orangé dans leur pochette en cuir bleu. La preuve de dédouanement (1953 !), sa gaine en cuir « spéciale » made in Belgium, un déclencheur souple complètent l’appareil, qui est dans un superbe état.

Pour une fois je vous épargnerai l’histoire et l’Histoire de cet appareil (je vous ai déjà fait le coup avec ceux cités plus haut) mais juste vous faire une galerie de photos de ce bel appareil et de ses accessoires.

Dernier détail : il y avait un vieux film terminé dans la chambre ! Que je ferai développer et s’il y a quelque chose sur le film, les photos seront dans les « photos oubliées ».

C’est toujours un très bel appareil, bien construit, facile d’utilisation avec sa mise au point avec les « points rouges » (voir les explications dans l’article sur le Zeiss Ikon Ikonta C 521/2).

La qualité optique est au rendez-vous et vous pourrez voir LA quelques exemples d’images captées avec ce type d’appareil.

Si vous vous en souvenez, la gamme Ikonta était réservée aux professionnels et aux amateurs très avertis (et riches) tandis que le Nettar était un très bel entrée de gamme destiné aux amateurs.

Ceux équipés d’un Tessar sont rares car ils étaient les plus chers à l’époque. Donc, si vous en trouvez un, la négociation sera âpre pour le faire descendre à 50€. Equipé des accessoires de celui-ci, un Zeiss Ikon Nettar Tessar 105 ouvrant à f4,5 avec obturateur Compur se négociera dans les 90€.

Même à ce prix-là, vous entrerez dans la famille des moyens formats à coût raisonnable, avec de l’excellent matériel et, petit avantage, sous un gabarit minimaliste, fermé.

Quelques données techniques :

Zeiss Ikon Nettar 515/2

Année de sortie : 1933 (et toujours vendu tel quel en 1953 au moins !)

Format du film : rouleaux de film 120 (8 expositions 6 × 9 cm)

Viseurs : viseur optique à vision indirecte sur l’objectif, viseur rapide sur le capot

Objectifs et obturateurs avant et pendant la guerre :

  • Nettar 105mm ouvrant à f7,7 avec obturateur Derval
  • Nettar 105mm ouvrant à f6,3 avec obturateur Nettar, Derval, Telma ou Klio
  • Nettar 110mm ouvrant à f4,5 avec obturateur Telma, Klio, Compur ou Compur-Rapid
  • Nettar 105mm ouvrant à f3,5 avec obturateur Compur-Rapid
  • Novar Anastigmat 105mm ouvrant à f6,3 avec obturateur Compur-Rapid
  • Novar Anastigmat 110mm ouvrant à f4,5 avec obturateur Telma
  • Tessar 105mm ouvrant à f4,5 avec obturateur Compur ou Compur-Rapid.

Après-guerre :

  • Novar Anastigmat 105mm ouvrant à f6,3 avec obturateur Vario
  • Novar Anastigmat 105mm ouvrant à f4,5 avec obturateur Pronto ou Prontor

Dimensions (plié) : 155 x 80 x 42 mm

Poids : 650 Grammes

Pour vous donner une idée de la famille Nettar :

1 Folding (soufflet) vertical

  • 1.1 Nettar 510 (6×4,5cm)
  • 1.2 Nettar 510/2 (6x9cm)
  • 1.3 Nettar 515 (6×4,5cm)
  • 1.4 Nettar 515/2 (6x9cm)
  • 1.5 Nettar 516 (6×4,5cm)
  • 1.6 Nettar 516/2 (6x9cm)
  • 1.7 Nettar 517/2 (6x9cm)
  • 1.8 Nettar 518/2 (6x9cm)

2 Folding (soufflet) horizontal

  • 2.1 Nettar 515/16 (6x6cm)
  • 2.2 Nettar 516/16 (6x6cm)
  • 2.3 Nettar II 517/16 (6x6cm)
  • 2.4 Nettar II 518/16 (6x6cm)

Argentique

Le Minolta 9000 AF – Minolta Maxxum 9000 – Minolta α – 9000

Préambule.

Vous le savez – je l’écris assez souvent – je ne suis pas collectionneur, simplement curieux d’un tas d’appareil que j’ai pu connaître, dont certains qui me faisaient rêver à mes début de photographe, et surtout de ceux que je ne connais pas, pour le plaisir de la découverte. Deux siècles de photographie, ça laisse de quoi se passionner un (long) moment !

Cependant, il y a quand même quelques appareils que je voulais acquérir, pour les garder et les utiliser quelque fois, quand j’ai le temps de l’argentique, plus lent, plus réfléchi, plus exigeant aussi.

Parmi ceux-ci (je crains que la liste en soit pas exhaustive), il y a le Canon A-1, le Rolleiflex, le Yashica Mat 124 G, le Nikkormat FTn, le Nikon F2, le Mamiya 645 Super et ce Minolta 9000 AF.

Je pense aussi l’avoir déjà écris, je trouve que la marque Minolta est trop vite tombée dans les oubliettes de l’histoire photographique, parce que trop précocement disparue. Pourtant elle a écris quelques belles pages de cette histoire qui nous fait frémir, comme ce premier autofocus au monde, le 7000 AF, comme les SR-1 et 7, le Srt 101(un succès phénoménal), comme le XG-7 et son grand-frère, le XD-7, le Dynax 5, les Hi-Matic, le Minolta CL, les premiers appareils digitaux, … il y en eut tant.

Celui-ci je l’ai acquis grâce à la collection pour laquelle j’ai commis un article. Et je le voulais vraiment car c’est le summum de son époque (soyons fou, je rêve aussi du Minolta Alpha 9 de 1998).

Un peu d’histoire.

Pour une fois, je vais la faire courte … car je l’ai déjà écrite dans les articles consacrés aux Minolta sur le site. Et puis le travail de Monsieur Suaudeau à ce sujet est remarquable et il ne sert à rien de réinventer la roue !

Donc, pour résumer très fort, la société à débuté la construction d’appareils photo en 1929 au Japon pour cesser de le faire en 2003, date à laquelle elle fusionne avec Konica. Mais la fin des appareils photo Minolta c’est en 2006 qu’elle est entérinée, avec la vente des brevets et technologies de ses optiques et réflex à Sony … qui les laissera encore vivre un moment en rebaptisant les Dynax en Alpha.

La marque a copié pas mal d’appareils allemands à ses débuts (comme tous les autres) mais elle a assez rapidement présenté des modèles innovant, tant en TLR (appareils à double objectifs) qu’en télémètres à objectifs fixes ou interchangeables et en reflex. Elle fut d’ailleurs, des années quatre-vingt à nonante, le leader absolu dans ce dernier domaine. Sa seule « erreur » fut de ne jamais être parvenue à investir le monde des reflex professionnels, dominé par Nikon et Canon. Elle avait pourtant des appareils souvent plus avancés technologiquement mais elle a manqué de visibilité, le marché des professionnels tirant vers le haut les ventes de reflex haut de gamme, plus rentable.

Paradoxe, elle était toutefois la marque qui vendait le plus aux amateurs désireux de posséder un reflex « facile », grâce à la technologie sous-jacente, et d’excellente qualité photographique.

Elle eut aussi le tort d’être (encore) dans les pionniers du numérique (1995), mais le marché n’était pas encore prêt et sa trésorerie n’a pas tenu le coup malgré des progrès significatifs dans les ventes.

Comme je l’écrivais plus haut, des années soixante à septante, c’est Nikon qui occupait le marché des reflex pro grâce à son F (1959) simple mais quasi indestructible.

Dans les années septante, Canon y met un pied grâce à son F-1, plus sophistiqué et presque aussi solide.

Des professionnels utilisaient bien du Minolta, en second boitier, au même titre que les Pentax Spotmatic par exemple. Un peu comme les derniers remparts ou ceux que l’on pouvait sacrifier si besoin …

Mais ce qu’ils voulaient chez Minolta, c’était proposer du matériel pro qui pourrait rivaliser avec les F2 de Nikon et les F-1 de Canon. Alors ils ont sorti un appareil innovant, avec un obturateur électronique et le calcul de l’exposition automatique, le Minolta XM.

Hélas, encore une fois, ils ont eu raison trop tôt : les professionnels y viendront plus tard … avec Nikon et Canon !

La frilosité des rédactions des journaux devant du matériel non encore éprouvé fut le principal frein.

Finalement Minolta devient le best-seller des amateurs – experts à qui il offrait de constante évolution, comme sur les XD-7 et XD-11 qui proposaient plusieurs modes d’exposition, avant de proposer le X-700 MPS qui avait déjà un mode programme.

Présentation du Minolta 9000 AF.

Enfin vint le Minolta 7000 AF, en février 1985, le premier reflex autofocus au monde avec les optiques dédiées, proposant de multiples modes d’exposition, un moteur intégré et un autofocus fiable.

Un coup d’éclat, qui entrainait une rupture dans ce que la marque proposait, et vis-à-vis de la concurrence aussi. Tout le monde fourbissait depuis quelques années de velléités pour l’autofocus et Minolta a coiffé tout le monde sur le poteau, confortant sa position de leader, toujours chez les amateurs exigeants.

Et pourtant ceux-ci ont râlé dans un premier temps car le nouvel appareil utilisait aussi une toute nouvelle monture, la A : une came située sur l’appareil assurait un contact mécanique avec l’objectif et 5 contacts électriques assuraient un contact électrique avec une puce située dans le fut de l’objectif et qui donnait des informations sur la distance focale, l’ouverture maximale et minimale. Plus tard, 3 autres contacts seront ajoutés pour contrôler les moteurs internes des objectifs et les informations de distance de mise au point pour la gestion de l’exposition au flash.

Ce que l’on sait moins c’est que toujours obsédé par leur volonté de proposer du matériel professionnel, chez Minolta ils avaient aussi développé un autre appareil, avant même le 7000, qui sera aussi lancé en 1985 mais un peu plus tard que le 7000, la cible n’étant pas la même et dans ce cas, le marketing a toujours raison !

Voici donc le Minolta 9000 AF, la version professionnelle : il perd le moteur intégré pour garder un bon vieux levier d’armement, très silencieux (plus que le moteur en tout cas), bien qu’il soit motorisable grâce à un « winder » bien plus svelte que le moteur du 7000 et qui propose une mise au point automatique et un autofocus fiable.

Que l’on ne s’y trompe pas, ce Minolta 9000 AF ou Maxxum 9000, ou α-9000 est une première mondiale : celle de la proposition d’un appareil professionnel qui fera la transition entre les appareils électro-mécaniques et ceux de la nouvelle génération en devenir, tout électroniques. Il a déjà tout : autofocus fiable, motorisation optionnelle, mode programmes et manuel mais il laisse encore la part belle au photographe.

L’engin dégage quelque chose de solide : le corps est entièrement métallique et sa robe noire, exclusivement, son poids (710 gr nu), son ergonomie qui oscille encore entre tradition (manivelle de rembobinage) et modernité (cadran à cristaux liquide).

Alimenté par 2 piles AA très communes, il est économe et facile à mettre en œuvre, partout dans le monde. Vous pouviez opter pour un winder (un armement automatique, le AW-90 ), ou un « vrai » moteur offrant jusqu’à 5i/s (le MD 90 qui pouvait être équipé soit du pack batterie BP-90M alimenté par 12 piles de type AA, soit d’un pack Ni-CD, le NP-90M).

Des dos interchangeables permettent l’impression de données sur le film (date par exemple), une mesure multi-spot, avec une pondération automatique en option par moyenne (Average), centrale (Center), haute lumière (Highlicht) et ombre (Ombre) ainsi que des courbes de programmes définissables par le photographe ou ajoutent des mode d’exposition supplémentaires, voire même un dos qui permet d’utiliser des films de 100 vues dans des cassettes spéciales. Les différents dos fournissent encore le bracketing automatique.

Plus fort, le dos SB-90 ou SB-90S permet même la capture … numérique sur disquette ! Heu, avouons qu’il n’était guère pratique : très gros, la résolution offerte était de 640x480px (0,38mpx) avec un recadrage 4x et il fallait retirer le miroir pour l’installer. Disons qu’il avait le mérite de marquer les esprits !

Son obturateur, à rideau métallique vertical contrôlé électroniquement, est capable d’un temps d’exposition de 30s à un extrêmement court 1/4000s , ainsi que d’une synchronisation flash jusqu’à 1/250s tant en mode programme que manuel et priorité à l’ouverture (mode A) ou priorité vitesse (mode S).

La cellule (le posemètre en fait) permet la gamme habituelle des modes d’expositions telles que nous les connaissons : automatique, priorité vitesse, priorité ouverture et manuel. La mesure est intégrale à prédominance centrale ou spot, que l’on peut encore affiner en utilisant la mémoire d’exposition pour corriger jusqu’à 2,3 Ev.

L’autofocus permet une mise au point rapide tant sur les sujets statiques que sur ceux en mouvement grâce à une mise au point continue.

Comme tout bon appareil destiné aux professionnels, le Minolta 9000 AF accepte toute une série de verre de visée différents, un bouton pour l’aperçu de profondeur de champ, le viseur éclairé et un oculaire intégré pour éviter les lumières latérales lors de la visée.

Bien évidemment, il est compatible avec les accessoires Minolta AF : la gamme complète des objectifs à monture A, les flashs et les dos pour lesquels nous avons déjà écris un mot.

Un mot sur l’ergonomie de l’engin, car Minolta voulait vraiment que cet appareil soit destiné aux habitudes, voire aux manies des photographes professionnels.

Ainsi la question des commandes. Sur les reflex embarquant de l’électronique, les différents fabricants tâtonnaient encore pour proposer la meilleure formule. Par exemple, Pentax avait lancé, en 1979, les boutons-poussoirs (Pentax ME Super), que Minolta a repris sur le 7000 AF.

L’ennui avec ces boutons-poussoirs, c’est le manque de retour « tactile » : l’ai-je bien enfoncé ou pas ?

Pour contourner cette difficulté, sur le Minolta 9000 AF, on inaugure des interrupteurs à bascule, pour les boutons de vitesse ou, sur la monture de l’objectif, pour les ouvertures. Et puis il y a la molette de mode et l’écran LCD.

Cette grosse molette, autour de l’affichage à cristaux liquides, permet de choisir les modes : programme priorité vitesse ou ouverture, manuel. De l’autre côté, un sélecteur rotatif permet de choisir entre la mesure globale ou 3 modes de mesure spot (normal, privilégiant les hautes lumières ou privilégiant les basses lumières).

Tout ne sera pas retenu par la suite mais il faut avouer qu’ils avaient tenté de tout bien penser pour le confort du photographe.

Seul Canon, avec sa gamme EOS, va installer un standard qui sera mainte fois copié avec sa roue codeuse et son trèfle pour sélectionner les modes de photographie (roue PSAM)

Et puis il y a cette singularité, que j’ai évoquée rapidement mais qui doit retenir notre attention : le 9000 AF est le seul reflex autofocus qui bénéficie d’un levier pour armer l’obturateur et faire avancer le film et il est aussi le seul à encore posséder une manivelle pour le rembobinage.

A elle seule elle mérite le détour : on tire sur le bouton rond, qui est de fait la « manivelle » et on désaxe celle-ci pour en faire la manivelle de rembobinage la plus confortable que je connaisse. Et, petite astuce, elle est munie d’un minuscule point blanc, qui vous indique que le film est bien accroché car il tourne avec l’avance du film.

Bon, voyons voir concrètement comment fonctionne ce Minolta.

A côté du levier d’armement, vous avez un petit interrupteur ON/OFF et une troisième position qui active les bips qui indiquent si la mise au point est correcte.

A côté du levier d’armement toujours, la molette qui entoure l’écran LCD. Sur cet écran vous verrez les indications de vitesse, d’ouverture, le nombre de photo, l’état de la pile. Il est moins complet que les indications que vous aurez dans le viseur, partant du principe que le photographe doit avoir toutes les informations devant les yeux, directement.

Personnellement, je regrette la touche du déclencheur, affleurante et pas facile à percevoir mais d’une grande douceur et, surtout, discret.

La plage de vitesse est large : de 30 secondes à 1/4000 de seconde par pas d’un ou d’un demi-arrêt selon le mode d’exposition. Les modes d’exposition sont les suivants : manuel, programme de défilement, priorité ouverture et vitesse. Ils sont sélectionnés en faisant tourner un grand disque situé à droite du pentaprisme, qui possède en son centre un panneau d’information LCD qui fournit curieusement moins d’informations que le viseur intérieur.

Viseur lumineux, qui couvre 94% de l’image totale, qui possède un correcteur dioptrique et un rideau pour éviter les entrées de lumière en cas de pose longue (comme sur le F-1 de Canon).

Les commandes dans le viseur s’allument automatiquement si la luminosité est faible. Il renseigne sur le mode d’exposition, la vitesse, l’ouverture, la sensibilité du film, la valeur du la compensation d’exposition, l’échelle de mesure de l’exposition en mode manuel et le mode de mesure. Comme je l’écrivais, pas besoin de quitter le viseur des yeux pour savoir maîtriser l’appareil.

De l’autre côté du prisme, la molette qui permet de sélectionner le type de mesure : à côté de la mesure SPOT il y a deux lettres, H pour highlights ou hautes lumières et S pour shadows ou ombre. La mesure dans ce cas continue d’être spécifique, mais en appuyant sur le bouton AEL (verrouillage de la mesure) deux choses se produisent simultanément : la mesure varie en 2 stops, sur ou sous-exposition selon qu’il s’agit de hautes lumières ou d’ombres, et ladite mesure est verrouillée. La position AVERAGE est celle de la mesure intégrale avec pondération centrale. C’est très bien pensé et pratique.

Toujours près de cette molette, un petit bouton marqué +/- qui permet de régler la compensation d’exposition et un second, pour le réglage de la sensibilité (Iso). La plage de compensation est de 4 niveaux de haut en bas, échelonnés par demi-arrêt, et la plage de sensibilité ISO réglable manuellement est comprise entre 6 et 6 400 (25 à 5 000 avec le code DX).

Que nous propose encore le 9000 AF ? La possibilité de faire des multi-expositions, une connexion pour le déclenchement par câble ou une télécommande, un retardateur électronique d’environ 10 secondes, le contrôle du flash TTL, l’indication du temps passé en pose B, le passage automatique en vitesse de synchro avec un flash dédié.

Que penser de ce Minolta 9000 AF ?

Incontestablement, Minolta a mis les petits plats dans les grands avec cet appareil.

Pour son époque, il était incontestablement le plus sophistiqué et l’un des mieux pensés.

Aujourd’hui, nous qui sommes habitués à des autofocus qui voient à la limite plus vite que nous (AF prédictif), allons trouver que l’autofocus du 9000 AF est poussif.

A l’époque aussi, les photo reporters spécialisés dans le sport lui ont fait le même reproche et ils devront attendre 1988 pour le Nikon F4 ou 1989 pour le Canon Eos 1 pour avoir des systèmes de mise au point qui s’approchaient des vitesses nécessaires à leur métier.

Dès lors, malgré toutes ses énormes qualités, le 9000 AF n’a pas créé la surprise comme le Minolta 7000 AF. In fine, il devenait le nec plus ultra des amateurs très exigeants.

Mais rendons à Minolta ce qui lui appartient : le 9000 AF a bien été le premier appareil professionnel à proposer un système autofocus fiable et performant, qui apportait aussi un ensemble d’aides qui faisaient rougir ses concurrents.

Encore une fois, il eut le tort d’être le premier dans un monde qui n’était pas encore prêt à le recevoir.

De nos jours, si vous tâtez de l’argentique ce n’est pas dans le cadre de reportages sportifs mais sans doute le paysage, le portrait, la rue. Là, son autofocus vous convaincra facilement de sa facilité d’utilisation et de la qualité de son système d’optiques.

Ceci étant, vous devrez faire attention à deux choses : la première est esthétique et se contourne facilement. Il s’agit du caoutchouc employé pour les poignées, qui a tendance à s’écailler et à tomber. Dans ce cas, soit vous laisser l’appareil à nu ou vous recouvrez les surfaces de cuir synthétique.

La seconde est un peu plus gênante mais pas rédhibitoire non plus : il s’agit cette fois de l’écran LCD qui, avec les années, à tendance à « couler ». Dans le meilleur des cas – et le plus souvent – c’est un bord ou l’autre qui est atteint ; dans le pire des cas l’écran est illisible. Mais rappelez-vous que le viseur porte plus d’informations que cet écran.

L’appareil que je vous ai présenté était équipé d’un judicieux 28 -85mm ouvrant à f3,5 – 4,5, qui va a merveille avec cet appareil polyvalent et fichtrement bien fait.

Ce n’est pas un appareil très courant, son prix s’en ressent. Comptez au moins 150€ pour un exemplaire en très bel état. C’est le prix de l’excellence.

Des videos d’illustration.

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

Boîtier d’appareil photo reflex entièrement automatique (exception : avance manuelle du film)
Fabricant : Minolta
Année de lancement : août 1985
Film 35 mm codé DX avec des vitesses de 6 à 6 400 ASA
Monture Minolta AF
Mise au point par autofocus à détection de phase TTL
Obturateur à plan focal avec des vitesses de 30 secondes. à 1/4000 sec.
Mesure : TTL, pondérée centrale ou mesure spot
Exposition : modes contrôlés par programme, mode manuel, mode priorité à l’ouverture ou mode priorité à l’obturation
Flash : sabot pour flashs AF Minolta, fonctionnement contrôlé TTL, obturateur synchronisé pour les vitesses 1/60, 1/125 et 250 sec.
Viseur pentaprisme, correction dioptrique
Affichage : écrans LCD sur le corps et dans le viseur
Avance du film : Levier et manivelle de rembobinage, enrouleur automatique disponible
Poids : 645 g nu
Dimensions : 53 × 92 × 139 mm

Des références.

https://www.suaudeau.eu/memo/histoire/histoire_minolta/Histoire_de_Minolta.html, https://www.minolta.suaudeau.eu/histoire/hist.html, https://www.suaudeau.eu/memo/collection/rfl35/Minolta_9000_AF.html, https://www.mes-appareils-photos.fr/Minolta-9000.htm, https://www.collection-appareils.fr/x/html/page_standard.php?id_appareil=11506 en français ; https://cjo.info/classic-analogue-cameras/minolta-9000/, http://camera-wiki.org/wiki/Minolta_9000, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Minolta_9000, https://www.35mmc.com/19/08/2023/minolta-9000-the-first-professional-autofocus-camera-let-it-bleed/, https://www.9000.org/ en anglais ; https://www.mhohner.de/sony-minolta/onebody/9000, en allemand ; https://www.hugorodriguez.com/articulos/minolta9000.htm, en espagnol

Argentique

Le Hit, subminiature camera

Préambule.

Comme beaucoup d’autres pépites présentées sur le site, ce minuscule appareil photo (dit subminiature) est issu de la collection à laquelle j’ai consacré un article.

Petite anecdote à son sujet : c’est dans les articles de Noël que Madame a retrouvé cet appareil, son mari le mettait en guise de « boule de Noël » sur le sapin ! Cependant, ayant appris à connaître la culture photographique de ce Monsieur, vous comprendrez en lisant ce qui suit que ce n’était surement pas par hasard qu’il avait fait ce choix.

Enfin, celui-ci, je l’ai offert à mon épouse qui a craqué devant ce petit bijou japonais.

Un peu d’histoire.

Les premiers appareils de très petites tailles sont apparus avec le Midget en 1937 (inventé vraisemblablement pas Nakamura Jiro) puis avec le Mycro en 1939. Quasi tous les autres sont apparus après la seconde guerre mondiale.

Ils utilisaient tous un film de 17,5mm, un format utilisé dans les endroits dépourvus de cinéma, essentiellement donc dans les zones rurales. Il fut d’ailleurs surnommé le « Pathé Rural ». De fait, c’est un film 35mm standard divisé en deux parties égales.

Vous l’avez deviné, c’était un format avant tout économique.

Au sortir de la dévastation due à la guerre, que l’on soit vainqueur ou vaincu, le temps était aux économies, dans tous les domaines.

Le Japon avait été particulièrement touché et le peu de ressources naturelles excluait toutes dépenses inutiles. Des constructeurs ont donc bien compris l’utilité de repartir sur des appareils simples en 24×36, parfois copiés sur des modèles anciens (et allemands) et sur ces appareils minuscules, qui allaient utiliser cette pellicule avec support papier (comme le 120), qui donnait 10 images de 14x14mm.

Initialement, les japonais utilisaient du film Bolta, très courant chez eux, qu’ils découpaient au format ad hoc, puis il y aura des films tout prêt que l’on vendait, généralement, par paquet de six pour réduire les coûts de production et de distribution.

Source : Subclub. Exemple d’appareil pour découper les films

La conception des appareils procédait du même principe de « récupération » : on part d’appareil connu, c’est-à-dire un boitier avec un viseur de Galilée, un corps en métal bon marché (recyclé) recouvert de simili-cuir, quelques pièces chromées, un déclencheur simple, un bouton d’avance du film, un objectif fixe. La mécanique est très simple et ils sont assemblés facilement dans de petits ateliers.

La société Tougodo, basée à Toyohashi, fabriquait l’un des modèles les plus populaires, le HIT. A tel point que ce nom est devenu synonyme de ce type d’appareil (en tout cas en Occident), quel que soit le fabricant et le modèle (tous fort proches au demeurant).

Paradoxalement, ce sont les troupes d’occupation américaines qui ont popularisé ces petits appareils, en les ramenant dans leurs bagages, comme jouet ou comme cadeau/gadget. Le magazine US Camera en fit la publicité dès 1946 (à l’époque encore du Mycro). Mais la meilleure pub fut celle faite par un soldat américain qui en offrit un à l’actrice Marlène Dietrich.

Dès 1949, on dénombre 18 fabricants et environ 50 sous-traitants pour fabriquer ces appareils de type Hit. La demande américaine augmente rapidement et on estime que plus de 188.000 appareils seront vendus pour la seule année 1949, générant 800 millions de yens d’argent frais pour le Japon.

Lorsque je précisais que notre Collectionneur connaissait l’histoire de ses appareils, il savait que nombre d’entre eux ont été vendus comme jouets ou ornements de Noël, pas vraiment donc comme appareil de prise de vue.

Du début des années cinquante au début des années septante, les appareils de type Hit (qui était devenu comme un nom commun pour cette production, un peu comme Bic pour les stylos billes) ont été vendu essentiellement comme jouets ou gadgets de fantaisie. Souvent appelées  » caméras secrètes miniatures », « cameras espions miniatures » ou encore « cameras espions d’agents secrets », elles ne pouvaient que faire rêver les enfants de l’époque et les grands d’aujourd’hui.

Source : Shutterbug.

Vous vous en doutez, il y eut une myriade de modèles, même si le schéma de base était respecté. Quelques modèles seront modernisés mais les plus gros changements tiennent aux coloris soit des boitiers soit des simili-cuir, de la forme de la fenêtre du viseur, de la place du bouton de remontage, les plaques signalétiques autour de l’objectif, etc.

De quoi rendre fou un collectionneur !

Source : submin.com

Pour vous donner une (petite) idée des marques et dénominations, voici une liste assez exhaustive :

Vous trouverez, en bas de cet article, un certains nombres de références, que je vous encourage à consulter si jamais vous vouliez vous plonger dans l’univers passionnant de ces subminiatures, finalement plus complexe qu’il n’y parait de prime abord.

En résumé et d’après Mike Parker, un appareil est de type HIT s’il suit les six règles suivantes (source The Hit Project de Mike Parker) :

1 Le corps doit avoir la taille, l’épaisseur et le format du Hit classique
2 L’objectif doit être fixe, à une seule lentille et au diaphragme ouvrant approximativement à f/11
3 L’obturateur ne doit avoir qu’une seule vitesse (généralement 1/25 s) et la pose B
4 Les négatifs doivent être au format 14 x 14 mm sur du film 17,5 mm à dos papier (quelquefois du 16 mm)
5 Les pièces métalliques doivent être embouties, plaquées, anodisées ou peintes
6 Le viseur doit être simple et à visée directe

Ces petits appareils verront quelques modèles exceptionnels, sachant réellement faire des photos et d’autres seront tout aussi réellement de purs gadgets, presque bons à être portés en porte-clés.

Présentation du Hit.

Comme précisé plus haut, c’est la société Tougodo Co, fondée en 1930 par Masanori Nagatsuka (et nommée en l’honneur de l’amiral de la Marine Japonaise Tougo) qui produisit la première un prototype de ce type d’appareil. Ensuite, ils le baptisèrent Hit et ce nom est devenu synonyme de cette génération de subminiatures.

C’est donc un petit boitier avec un viseur simple, un déclencheur monté sur l’objectif, un ré-armeur à gauche ou à droite, deux positions de vitesse (I ou B). Le I donne souvent 1/25s – 1/30s voire 1/50s et le B est la pose longue tant que votre doigt reste appuyé sur le déclencheur.

L’obturateur est très simple, à l’image de ce que l’on fabriquera comme pour les Box Kodak ou Agfa.

Le boitier est souvent en métal léger, issu du recyclage. Leur poids varie de 40 à 60gr (celui de cet article, nu, fait 52gr). Le capot et la semelle sont souvent chromés et le simili-cuir est noir. Toutefois, afin de se démarquer, quelques uns seront plaqués or et d’autres auront des simili-cuir de toutes les couleurs.

Plus sérieusement, ils possèdent un simple viseur sans aucune marque à l’intérieur.

L’objectif est à focale fixe (souvent 20mm) avec une seule lentille, qui est en fait un ménisque, avec une ouverture moyenne de f11. La mise au point est souvent de 25cm. Notre exemplaire possède lui un 30mm ouvrant à f11.

Source : Webarchives

C’est donc bien un Tougo-Do Optical, daté de 1956.

Sur le dessus donc, un simple bouton permet de faire avancer le film. Il se soulève pour pouvoir placer la bobine dans la chambre.

A l’arrière, une fenêtre en rouge inactinique permet de voir défiler le film en rouleau de 17,5mm, qui donnera 10 vues de 14x14mm. Quelques modèles « haut de gamme » auront même un petit compteur à coté du bouton de réarmement.

Pour l’exemplaire qui nous préoccupe aujourd’hui, le mot Hit est gravé dans le cuir de son petit sac, sur le capot chromé et noté sur le pourtour de l’objectif (HIT camera).

Le dos s’ouvre avec un système à ressort (fragile car la pièce est fixée par des rivets minuscules). D’autres auront un système avec une barre coulissante.

A l’intérieur de la chambre, il y a une plaquette métallique qui porte d’un côté une bobine minuscule et vide et de l’autre la place pour y installer le nouveau film. De fait, il me semble conseillé d’installer le film d’abord sur cet ensemble et de replacer le tout ensuite dans la chambre pour finir de l’enrouler à la première vue.

Prétendre faire des photos avec ce type d’appareil est possible, vous en verrez quelques exemples ICI.

Mais il faut trouver comment découper son film, le mettre en cartouche, alimenter le boitier et … faire ses photos.

Ah, techniquement, il n’y a rien de bien compliqué : c’est un fix-focus avec une vitesse unique (I) ou la pose B (mais on ne peut pas le fixer sur un mini trépied).

Quant à la qualité des images, disons que certaines sont exploitables et d’autres, heu, comment dire … franchement mauvaises !

Que penser de cet appareil ?

L’énorme avantage de ces appareils minuscules, c’est que vous pouvez en collectionner mille dans une pièce sans que l’on vous reproche que cela prenne « toute la place » !

Encore, si vous trouvez les longues soirées d’hiver tristes, c’est un passe-temps formidable : s’y retrouver dans les marques, les modèles et sous-modèles des sous-marques, avec ou sans bouton à gauche, à droite, simili-cuir noir ou de toutes les couleurs, … bref de quoi passer un (long) moment dans les bourses, sur les sites Internet ou autre pour se constituer sa collection et ensuite la mettre à jour.

Ne comptez quand même pas faire de photographie avec ces engins, vous seriez plus souvent déçus qu’agréablement surpris.

Ceci étant, ils sont « craquants » avec leur petit côté « j’ai tout d’un grand ».

Au niveau prix, ils ne sont pas très courant en Europe, sauf en Angleterre. Leurs terres d’élection seront plutôt le Japon et les USA. Mais les sites Internet devraient pouvoir vous combler. Comptez de 20 à 200€ selon les modèles.

Video d’illustration.

Des références.

https://web.archive.org/web/20170319222221/http://www.fotomuseetiosby.nu/hit.html, en suédois ; http://camera-wiki.org/wiki/Hit, https://web.archive.org/web/20170609143926/http://www.cosmonet.org/camera/hit_e.htm, http://www.submin.com/17.5mm/index.htm, http://mycro.jp/en/index.html, http://www.submin.com/17.5mm/collection/hit/index.htm, https://cameracollector.net/hit-type-camera-list/, http://camera-wiki.org/wiki/Hit-type_cameras, https://historiccamera.com/cgi-bin/librarium2/pm.cgi?action=app_display&app=datasheet&app_id=4174, https://schneidan.com/2016/01/29/this-week-no-36-the-hit-camera-and-the-k1000s/, https://www.shutterbug.com/content/classic-cameras-so-you-wanted-be-spy-hit-cameras-%E2%80%9Csecret-spy-cameras%E2%80%9D-page-2, https://www.lomography.com/homes/akula/notes/134327-crystar-sub-miniature-hit-camera, http://www.subclub.org/sponsors/goathil2.htm (tous les trucs pour faire soi-même les films), https://web.archive.org/web/20080516091517/http://www.ephotozine.com/article/Collecting-Hit-type-cameras en anglais ; https://www.photodeal.de/allgemein/fernostminis.htm, en allemand ; https://collection-appareils.fr/general/html/listeH_imagettes.php

Argentique

Le Leica Z 2X

Préambule.

Tiens, un Leica !

Ben oui, même si certains d’entre vous, chers lecteurs, pensez que j’ai une dent contre cette marque, je ne rechigne pas à vous trouver des exemples de ce qui se fait de mieux … ou pas.

Alors celui-ci vient de la collection à laquelle j’ai consacré un article. Il est en superbe état, dans sa gaine d’origine et parfaitement fonctionnel. On dirait qu’il est neuf

Allons donc voir si la ramage vaut le plumage …

Un peu d’histoire.

Je ne vous ferez pas l’injure de reprendre ici l’histoire de la marque, je l’ai déjà abordée pour maints articles consacrés, par exemple, au Leica IIIf, au M3, au M5, au M6.

« Ah, j’ai déjà eu tout ça en Leica ? » Et pourtant, je n’en ai gardé aucun, étrange.

Pour situer celui-ci dans le temps, il est apparu sur le marché en 1997, en pleine période des compacts intelligents des années nonante.

Il a été prévu pour remplacer le Mini-Zoom (1994) qui s’essoufflait face à la concurrence japonaise (encore eux !).

Normalement, il s’intercale entre la série Mini et la série Minilux (plus chère).

Présentation du Leica Z 2X.

Si l’appareil est joli (oui, je sais, c’est toujours subjectif) dans sa livrée argent/noir, il a aussi existé en couleur, notamment pour une série spéciale verte destiné à … Jaguar (1000 exemplaires). On reste entre gens du monde.

Ne cherchez pas ici le métal auquel la marque nous avait habitué, il est tout en plastique, bien construit et assemblé, sans fausse note.

Les petits boutons chromés, le petit écran LCD, l’aspect discrètement « carbone » de la touche du zoom et du déclencheur, le bel ovale autour du zoom, même le logo rouge, tout inspire la sérénité et la qualité « made in Germany ».

Expliquons peut-être déjà le pourquoi de son nom qui sonne comme celui d’un robot de science-fiction : Z pour zoom et 2X parce qu’il s’agit d’un zoom de 35 à 70mm. Simple quand on y pense.

Comparé aux autres productions de l’époque, il n’apporte rien de fondamentalement différent, mais il arbore le logo rouge, qui intrigue et attire.

Son objectif est un Vario-Elmar de 35 à 70mm ouvrant de f4 à f7,6 en 7 éléments répartis en 6 groupes. Sa mise au point minimale est de 60cm. Il a la réputation d’être très bon, vous pourrez en juger ICI et LA.

Là, la réputation de Leica n’est pas usurpée, même si les ouvertures ne sont pas différentes des autres marques. Leica utilise ses formules optiques avec du verre optique de haute qualité et des revêtements de surface individuels à chaque lentille, ce qui garantit des couleurs fidèles, un rendu au contraste élevé et une grande netteté.

Comme les autres compacts de cette époque, l’Olympus Mju en tête, il est tout automatique : dès que vous chargez un film dans la chambre, il lit le code DX qui ajuste la sensibilité de la cellule ; il enroule le film jusqu’à la première image et le moteur enchainera les images jusqu’à la fin de la pellicule, qui se rembobinera automatiquement.

Son flash, discret, est épaulé par une lampe anti-yeux rouge qui a parfois le mauvais goût de s’actionner trop en avance sur le départ réel du flash, ce qui annule son intérêt. Mais on peut la désactiver. Le flash est normalement automatique et débrayable.

La mise au point se fait par le truchement d’un autofocus dit passif.

C’est le système le plus couramment utilisé dans les petits appareils photo, qui fonctionne selon le principe de la détection de contraste ou la détection de phase. Ici pas d’envoi d’une onde lumineuse mais captation de la lumière émise par le sujet. Dans le cas de ce Leica, pas d’extravagance, il utilise la détection de contraste.

En gros c’est un mécanisme qui permet de trouver « la bonne mise au point en mesurant le contraste entre différentes versions de la même scène obtenues par un mouvement mécanique de l’objectif en quelques fractions de secondes. En principe, chaque mouvement correspond à un plan de mise au point logiquement différent et, pour déterminer le bon plan de mise au point, ils sont mis en “comparaison“, ce qui permet d’utiliser celui dont le contraste mesuré est le plus élevé. Cette photo est théoriquement celle qui aura la meilleure mise au point » (source : Monappareilphotopro).

Si ce n’est pas le système le plus rapide, il a le mérite d’être fiable.

Vous l’aurez deviné, l’exposition est contrôlée automatiquement (programmée), combinée à une mesure à pondération centrale, ce qui autorise des expositions bien équilibrées.

Si vous avez un trépied sous la main, vous pouvez opter pour une mise au point même en base lumière car l’appareil peut faire varier sa vitesse d’obturation jusqu’à 99 secondes. Dans ce cas, il faut mettre l’appareil sur le retardateur à 2 secondes et le laisser lancer la prise de vue lui-même. Notez qu’il a existé un câble électrique (accessoire à commander sous le numéro 18540) pour aussi déclencher soi-même en pause B. Il fallait le brancher, appareil éteint, sur le côté, puis allumer l’engin.

Le viseur est très lumineux mais hélas il ne donne que 83% de l’image qui sera captée. Un cadre lumineux, avec corrections de la parallaxe, permet de bien situer sa visée. Lorsque vous le portez à l’œil et appuyez à mi-course sur le déclencheur, une lumière verte appareil si la luminosité est bonne ou rouge dans le cas contraire, jusqu’à ce que le flash (si position automatique) charge et passe au vert.

Derrière le petit écran LCD, le bouton « mode » vous permet de sélectionner :

  • Mode d’exposition automatique avec flash
  • Mode d’exposition automatique avec flash et réduction des yeux rouges (pré-flash)
  • Mode d’exposition automatique avec flash et compensation d’exposition +2EV
  • Flash manuel
  • Flash manuel avec pré-flash
  • Flash manuel avec mode nuit
  • Flash manuel avec pré-flash et mode nuit
  • Flash désactivé
  • Mode BULB (jusqu’à 99 secondes)
  • Mise au point infinie et flash désactivé

En résumé, ça donne ceci :

En résumé, un petit (enfin, pas si petit que ça car vous ne pourrez pas le mettre dans une poche, plutôt un petit sac, ou une grande poche de veste) compact de la fin des années nonante qui a comme grande différence par rapport à la concurrence de l’époque, un … logo rouge.

Qu’en penser ?

Ce n’est évidemment pas un mauvais appareil, mais loin des standards auxquels Leica nous avait habitué.

La qualité de ses images est bonne, voire très bonne, mais ce n’est pas un foudre de guerre, même si son autofocus est précis et le calcul de l’exposition très bonne.

Entre 1997 et 2002, 157.284 boitiers seront fabriqués, donc 39.989 en version avec dos dateur (modèle Z 2X DB). Ce n’est pas un gros chiffre de vente en 5 ans. Sans être rarissime il n’est pas courant.

Et comme tout ce qui touche la marque, le prix de vente s’en ressent. Comptez jusqu’à 250€ pour un très bel exemplaire, avec sa house noire en néoprène et sa discrète dragonne.

Personnellement, je trouve le prix disproportionné eu égard aux fonctionnalités, peu différentes voire même en retrait par rapport à certains concurrents de l’époque (Canon avec ses modes programmes, comme Nikon d’ailleurs, Pentax, Minolta pour ne citer que les plus connus).

Mais ils n’ont pas une pastille rouge devant …

Video d’illustration.

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

  • Objectif zoom Leica Vario-Elmar 35-70mm f/4.0 à f/7.6 (7 éléments en 6 groupes)
  • Point & Shoot
  • Batterie Lithium (CR123A)
  • Sensibilité du film réglée automatiquement pour les films codés DX de ISO 50 à ISO 3200. Avec les films sans codage DX ou avec un codage inférieur à 50 ISO, l’appareil photo est automatiquement réglé sur 100 ISO. Avec les films dont le codage est supérieur à 3200 ISO, il est réglé sur 3200 ISO. Les réglages sont les suivants : ISO 50, 64, 100, 125, 200, 250, 400, 500, 800, 1000, 1600, 2000, 3200.
  • Distance minimale de mise au point 60cm.
  • Réduction des yeux rouges
  • Système autofocus passif avec flash activé automatiquement
  • Modes d’exposition avec activation automatique du flash ou « ON » (flash manuel activé). Pour une longueur focale de 35 mm : de la valeur d’exposition Ev9 (1/30 sec. et f/4.0) > Ev17 (1/300 sec. et f/20). Pour une longueur focale de 70 mm : de la valeur d’exposition Ev11.6 (1/50 sec. et f/7.6) > Ev17 (1/200 sec. et f25). Pour les modes « flash-off » manuels ou l’activation manuelle du flash avec une longue exposition, « SLOW/ON ». Pour une distance focale de 35 mm : de la valeur d’exposition Ev6 (1/4 sec. et f/4) > Ev17 (1/300 sec. et f20). Focale 70 mm : de la valeur d’exposition Ev7.9 (1/4 sec. et f/7.6) > Ev17 (1/200 sec. et f/25).
  • Luminosité du viseur de 83%
  • Fonctions supplémentaires : retardateur, exposition automatique, mémorisation de la mise au point, mode panorama
  • Vitesse d’obturation 1/4 sec. > 1/300 sec. Réglage « B »
  • (L x H x P) 124 x 69,6 x 42,6 mm
  • Poids nu : 245gr

Des références.

https://www.summilux.net/materiel/Leica-Z2X, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-1889-Leica_Z2X.html, https://monappareilphotopro.fr/autofocus/(pour tout savoir sur l’autofocus et plein d’autres choses très intéressantes), en français ; https://www.35one20.com/2019/09/14/a-stroll-with-a-leica-z2x/, https://www.i35mm.com/gear/leica-z2x/, http://www.photographyreview.com/product/cameras/film-cameras/point-and-shoot/leica/mini-z2x-camera.html, https://www.anatomyfilms.com/leica-z2x-hated-leica/, https://www.kataan.org/leica-z2x-camera-review/

Argentique

Le Fujica Pocket 450 Flash

Préambule.

Celui-ci, c’est sur des marches d’escalier chez Emmaüs que je l’ai trouvé, dans une petite gaine qui avait connu des jours bien meilleurs. Un oubli par quelqu’un qui l’avait trouvé avant moi ?

Toujours est-il que me baisant pour voir ce que contenait ladite gaine, je tombe nez-à-nez avec ce petit bijou japonais : un Fujica Pocket 450 Flash.

Petit contrôle rapide de la trappe à piles : rien à signaler, tout est propre. Et il reste un film dans le boitier, un 110 terminé. Si ça tombe, nous pourrons reprendre « vos photos oubliées ».

Mais pourquoi suis-je en train de m’extasier devant ce (tout) petit appareil ?

Un peu d’histoire.

J’ai présenté il y a quelques temps un Fujica Pocket, le 400, qui utilisait aussi le format 110 mais il était dans la veine des pockets de l’époque, comme les Agfamatic et les Kodak : tout plat.

Par contre, vous avez déjà pu lire le compte rendu du Fujica Pocket 250, sans flash celui de l’Hanimex VIF 100, très proche du modèle du jour ; l’Hanimex VXL équipé d’un flash et d’une cellule.

Le point commun de ces appareils, c’est leur forme : ils se présentent plus comme de petits appareils 24×36 que comme les pockets de style Agfa 901 ou Kodak.

Si vous n’avez pas été relire ces excellents articles, je résume :

  • 1888, Kodak invente le « Box », un appareil simplissime pré-chargé d’un film pour 100 images qu’il faut renvoyer à l’usine pour développement et rechargement
  • 1913, Oskar Barnak, ingénieur chez Zeiss, invente le format 24x36mm en mettant à l’horizontale un film utilisé en vertical pour le cinéma
  • 1925, Oskar Barnak invente un appareil révolutionnaire : le Leica, petit, éminemment transportable, que l’on charge avec le nouveau film dit 135
  • 1934, Kodak invente la cartouche industrielle de film 24×36, tout prêt à l’emploi
  • 1960, Agfa remet au goût du jour une cartouche de film, le Rapid qui ne nécessite plus de rembobiner le film à la fin. Cette solution se heurtera de plein fouet à la suivante et n’y survivra pas.
  • 1963, Kodak invente le format 126 qui est une cassette contenant un film 24×36. Elle est destinée à faciliter le chargement des appareils. Ainsi nait aussi la longue lignée des Instamatic. De fait, la cartouche 126 éliminait toute manipulation du film et le système fut un succès instantané. On estime que Kodak a vendu à lui seul plus de 70 millions d’appareils photo de la série Instamatic au cours des années 1960 et au début des années 1970, sachant que le format a aussi été adopté par un certain nombre d’autres fabricants d’appareils photo, notamment Agfa, Konica, Minolta, Olympus et Yashica.
  • 1972, Kodak invente la cartouche de film en format 110 (image de 13x17mm) et une nouvelle série d’appareils conçus pour accueillir le nouveau film, les Pockets Instamatic, qui seront aussi déclinés en millions d’exemplaires. On pense que plus de 25 millions d’appareils ont été vendu dans les trois premières années de fabrication. Si de nombreux concurrents n’avaient pas acheté la licence du 126, ici ils sont sont rués sur la manne et c’était à qui proposerait un appareil sophistiqué dans ce format simplissime.
  • 1977, plus ou moins, on peut citer le Minolta 110 Zoom SLR, le Rollei A110, le 110S chez Minox, le Canon 110E, le Fujica Pocket 450 Flash et le Fujica Pocket 330 Zoom parmi les plus sophistiqués

Fujica, qui avait raté le marché des appareils en format 16mm (les appareils « espions ») s’est dit que cette fois on ne l’y reprendrait plus : ils ont donc investi dans ce nouveau marché en proposant des appareils basiques mais surtout des petits joyaux très élaborés :

  • premier zoom installé sur un appareil de ce format
  • optique de 20mm (équivalant 40mm en 24×36) pour une plus grande profondeur de champ, idéale pour les photos de groupe ou de paysage
  • objectif ouvrant à f2,8
  • utilisation d’un sabot pour installer un flash électronique plutôt que les Flip Flash ou les Flashs Cube encombrant
  • installation d’un vrai télémètre, de l’avance automatique du film, de l’exposition automatique

Bref, Fuji a proposé une gamme très complète et très riche pour répondre aux besoins du plus grand nombre.

Si la plupart de ces appareils ont la forme bien connue d’un rectangle plat de petites dimensions, d’autres seront fabriqués comme de petits boitiers 24×36.

Ce sera le cas pour les modèles 250, 350 et celui qui nous occupe aujourd’hui, le 450 Flash.

Très bien construits (plastique et métal), ils sont très petits et on les glisse aisément dans une poche ou un sac.

Simples d’utilisation, ils offrent cependant quelques astuces qui les rend performants.

Présentation de l’appareil.

Le Fujica Pocket 450 Flash est un petit rectangle noir du plus bel effet, dense, fait de métal et de plastique d’excellente qualité. On le sent bien en mains.

Et ce qui frappe d’emblée, c’est justement ce flash qui occupe près du quart de la longueur du boitier, légèrement en saillie.

Quand on actionne le petit curseur qui le met en route, il se déploie selon une cinématique particulière : il se soulève vers le haut et bascule vers la gauche (vu de dos), déportant l’éclair de l’axe de l’objectif. Quoiqu’on puisse lui demander de rester à sa place.

Un « flash guide » est collé sur l’arrière du flash, visible lorsqu’il est sorti.

Dès qu’on l’a libéré, on entend le petit sifflement caractéristique d’un flash qui charge son condensateur. Il faut plus ou moins dix secondes pour un premier éclair.

Ensuite, sur la face avant, au milieu du boitier trône l’objectif, un Fujinon de 20mm qualifié de « wide » soit « grand angle ». Ce qui n’est pas tout à fait vrai puisque nous l’avons vu, ça correspond à un 40mm en 24×36. Mais cette focale permet d’avoir une meilleur profondeur de champ.

La distance se règle grâce à la roue autour de l’objectif : des « clics » discrets mais efficaces permettent de choisir des distances de 60 cm à l’infini si on opte pour la lecture en chiffres ou via des pictogrammes qui vont du portrait à la montagne.

Toujours sur la face avant, une réglette permet de varier l’ouverture en fonction de pictogrammes qui vont du grand soleil aux nuages. Cette réglette module aussi l’éclair du flash en fonction de la distance retenue.

A l’arrière, un viseur quasi au centre avec, à côté, un témoin de charge de flash (lampe orange).

Le viseur est très clair malgré la petite taille de l’ensemble. Il possède un cadre brillant et des lignes pour la correction de la parallaxe.

Tout en bas, sous la porte munie d’un verrou posé sur la tranche du boitier, une roue dentée, qui sert à faire avancer le film et réarmer l’obturateur.

Obturateur central qu’on libère en appuyant sur le déclencheur, très sensible et, surtout, très discret. Juste à côté du déclencheur, un pas de vis pour y fixer un déclencheur souple.

Sur la semelle, un pas de vis permet de fixer le boitier sur un trépied et c’est là aussi que se trouve la porte pour les piles, deux AA très classiques et peu onéreuses.

Ici pas de bouton pour rembobiner le film puisque ce n’est pas nécessaire avec la cartouche de 110 : quand vous êtes à la dernière image, le film se détache et rentre complètement dans la cartouche, à l’abri.

Lorsque vous ouvrez le dos de l’appareil, vous découvrez la chambre dans laquelle il suffit de déposer la cartouche de 110. Vous refermez le dos, actionnez un ou deux fois le déclencheur, jusqu’à la marque de la première image et vous voilà prêt à sortir.

Pas besoin ici d’un compteur de vue, le défilement de vues apparait à travers la fenêtre au dos de l’appareil. Le papier qui entoure le film porte ces indications.

Que penser de cet appareil ?

C’est un des appareils le plus sophistiqué dans ce format, le 110. Fabriqué en 1977, il répond aux attentes de la clientèle : un appareil discret, facile à manipuler mais qui offre de bonnes performances.

Par exemple grâce à son objectif Fujinon de 20mm ouvrant à f4, qui propose une mise au point via 4 zones représentées par des pictogrammes ou via une échelle de distance.

L’ouverture est elle aussi triple et représentée pas des symboles météorologiques (soleil, nuage et soleil, nuage).

Ces réglages, bien plus nombreux que sur les 110 basiques, permettent un meilleur contrôle de ses images.

L’obturateur donne une vitesse fixe de 1/160s, ce qui est « rapide » eu égard aux concurrents (ça varie de 1/40 à 1/100s généralement).

Enfin, la particularité du flash, qui se déploie et se place hors de l’axe de l’objectif, donne de bien meilleurs résultats.

Original avec ses airs de petit 24×36, très bien construit et toujours parfaitement fonctionnel, flash compris, voilà un petit appareil peu courant qui donnera bien envie de retrouver les joies du format 110.

Si vous en trouvez un, sachez qu’il se négocie autour des 30 à 40€ maximum. C’est toujours bien moins cher que ceux vendus par Lomography (voir article à ce sujet).

Mais si je les critique à bon escient, je reconnais bien volontiers que c’est chez eux que vous trouverez le plus vaste choix de films dans ce format, pour le plaisir.

Videos d’illustration.

Des références.

https://www.digitalcameraworld.com/features/110-cameras-the-rise-and-fall-of-little-film-format-that-made-photography-easy, http://subclub.org/shop/fuji110.htm, http://camera-wiki.org/wiki/Pocket_Fujica_450_Flash en anglais ; https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-2425-Fujica_Pocket%20450%20Flash.html, en français

Argentique

Le Yashica Lynx 5000

Préambule.

Comme d’habitude, c’est sur une brocante que j’ai trouvé ce Lynx 5000. Et pourtant j’ai hésité à le prendre car il était sale, les cuirettes étaient décollées devant, la porte de la pile manquait.

Juste de quoi ne pas tout à fait me décourager car dans le creux de ma mémoire fatiguée (nous nous étions levés tôt), je savais que j’en avais un autre exemplaire, clairement destiné à servir de donneur (électronique cuite par la pile qui avait coulé et mangé les fils).

Une bonne négociation plus tard, il va dans le sac à dos. Où il sera bien seul quasi toute la brocante car il n’y eut pas grand chose d’autre à se mettre sous la main.

J’ai déjà abordé le Lynx, avec le modèle Lynx 5000E, que je vous encourage à lire, bien évidemment.

Un peu d’histoire.

Pour ceux qui feront l’impasse sur cet excellent article pré-cité (c’est bon de temps en temps de s’ auto-congratuler), je résume.

Au début, il y eut le Yashica 35 (1958), suivi par un Yashica YL (1959), puis un Yashica M ou Minister (1960). Pendant cette année-là, Yashica ajoute une gamme d’appareils à ceux existant, ce sont les Lynx. D’abord un Lynx 1000 (1960 donc) puis un Lynx 5000 (1962, excellente année).

Pour terminer la saga, la marque sortira un Lynx 14 en 1965 et enfin un Lynx 5000E et 14E, le plus sophistiqué de la bande (1969).

Contrairement aux autres Yashica, les Lynx n’ont pas d’automatismes : ils étaient destinés à une clientèle exigeante, qui voulait pouvoir tout contrôler dans leur prise de vue. Ici, il faut maitriser le triangle d’exposition pour en tirer le meilleur.

Car ces appareils offrent le mieux de l’époque : télémètre couplé avec cadre et correction de la parallaxe, obturateur Copal SV logé au centre de l’objectif (aucune vibration à déplorer), un objectif fixe de 45mm de très bonne qualité ouvrant à f1,8, une vitesse d’obturation de 1s à 1/1000s (plus pose B), une sensibilité Iso de 10 à 800, une cellule au CdS (avec une pile donc), une synchro flash à toutes les vitesses.

Que demander de plus ?

Présentation du Yashica Lynx 5000.

Si vous avez suivi, le premier Lynx fut le 1000, qui a été introduit en 1960. Son objectif, un Yashinon, est un 45mm ouvrant de f1,8 jusque f22 (6 éléments répartis en 4 groupes). La mise au point minimale va de 80 centimètres jusque l’infini. Il accepte des filtres à visser de 46 mm ou un pare-soleil pliable en caoutchouc de 54 mm.

Pourquoi « Lynx » ? Parce que son obturateur à diaphragme (dit aussi « à feuilles » est capable d’une vitesse maximale de 1/1000 seconde, beaucoup plus rapide que la plupart des concurrents et même de certains reflex de l’époque.

Tout manuel, il possède une cellule au sélénium située derrière un réseau de lentilles (nid d’abeille), qui alimente un galvanomètre (ce qui fait bouger l’aiguille de la cellule). La sensibilité du film peut être réglée entre 10 et 800 ASA.

Le Lynx 5000, qui a été introduit en 1962, est une mise à niveau du Lynx 1000 : la cellule photovoltaïque au sélénium est remplacée par une photorésistance au sulfure de cadmium (CdS), nécessitant une pile au mercure pour alimenter le posemètre.

Tous deux proposent une fonction particulière, qui fonctionne comme un mode d’exposition mécanique à priorité vitesse. En fait, lorsque vous tournez la bague des vitesses, celle du réglage de l’ouverture tourne en même temps. Vous gardez alors la réciprocité ouverture/vitesse lorsque vous modifiez la vitesse.

De fait, l’ouverture et la vitesse d’obturation sont semi-couplées sur le barillet de l’objectif, ce qui donne lieu à une fonctionnalité intéressante : une fois que vous avez sélectionné une combinaison d’ouverture et de diaphragme, tourner la bague d’obturation fait également tourner la bague d’ouverture, de sorte que votre exposition reste constante, seule votre profondeur de champ change.

Il est possible de s’affranchir de cette aide en faisant tourner seulement la bague des ouvertures. Ça peut avoir l’air compliqué, au début, mais on s’y fait vite.

Une autre caractéristique des Lynx, c’est leur système de mesure de la lumière.

Généralement, les autres boitiers utilisaient un trou de taille variable au dessus de la cellule au CdS afin de faire varier la quantité de lumière « vue » par la cellule.

Sur les Lynx, c’est un système qui fait varier la résistance du circuit grâce à une bande de carbone montée autour du barillet d’objectif (à l’intérieur). En faisant tourner la bague des ouvertures ou en modifiant le réglage des Asa/Iso, la « brosse de lecture » se déplace le long de la bande de carbone, faisant varier la résistance du circuit et donc la quantité de courant arrivant au posemètre.

Si la précision semble meilleure par cette technique, à l’usage (intensif), elle pourrait se fausser de 1 à 2 stop à cause de l’usure de la bande au carbone. A vérifier avec une cellule à main si l’exemplaire convoité à l’air d’avoir beaucoup servi.

Autre (petit) inconvénient, la cellule n’est pas montée sur l’objectif mais sur le boitier. Autrement dit, si vous utilisez un filtre vous devez en tenir compte lors du réglage de l’exposition.

Enfin, de par sa position au dessus d’un objectif chromé, sachez que la cellule au CdS peut capter la lumière réfléchie par le barillet en plein soleil et entrainer une sous-exposition en lisant la mesure donnée. Fiez-vous à votre expérience plutôt qu’à la cellule, aveuglément.

Si le 5000 change de cellule, il garde l’excellent obturateur Copal SV dit « à feuille » qui lui donne toujours des valeurs de 1s au 1/1000s, plus pose B, retardateur (+/-10s) et synchro flash à toutes les vitesses (M ou X avec câble car il n’y a pas de contact sur la griffe). Il ne donne aucune vibration et est extrêmement silencieux. Que demander de plus ?

Il garde encore le déjà excellent objectif de 45mm ouvrant à f1,8 jusque f22 qui compte 6 éléments en 4 groupes (il passera à 7 éléments en 5 groupes avec le redoutable f1,4 du Lynx 14 et 14E). Ce Yashinon a d’ailleurs une excellente réputation. Vous pourrez voir des exemples de photos prises avec cet appareil ICI.

Le viseur possède un cadre brillant et très clair, qui se déplace en fonction du réglage de la distance de mise au point, de sorte que lorsque vous visez en ajustant la distance, vous voyez l’image du télémètre varier et le cadre bouger.

Au centre, un « patch » jaune, bien visible, qui aide à l’ajustement de la mise au point du télémètre à coïncidence.

Sur le capot, un gros verre surmonte un cadre séparé par un trait et deux mots : under et over. C’est l’aiguille de la cellule, que vous activez en appuyant sur le bouton chromé en façade, qui indique si vous êtes en sous ou sur-exposition.

Pour rappel, la cellule fonctionne avec une pile, à l’origine une PX625 au mercure de 1,35v, introuvable de nos jours. Vous pouvez la remplacer par une PX625A (alcaline) mais elle indique 1,5v. Il faut donc compenser en jouant soit avec la sensibilité Asa soit en modifiant l’ouverture. Le plus simple serait encore de mettre un adaptateur avec une pile zinc-air qui offre le même voltage (mais s’épuise assez vite. Ce sont les piles que l’on utilise pour les appareils auditifs).

Que reste-t-il à découvrir ? Ah oui, pour ouvrir le dos, n’essayer pas d’arracher la manivelle de rembobinage. Il faut faire glisser et appuyer sur un petit bouton en dessous de l’appareil. C’est aussi sur la semelle que se trouve le bouton pour débrayer l’appareil afin de pouvoir rembobiner le film en fin de course.

J’en profite pour parler du compteur de vue, près de déclencheur, qui se remet à zéro dès que le dos s’ouvre.

Que penser de ce Yashica Lynx 5000 ?

Personnellement, vous le savez, j’aime bien ce type d’engin (s’il avait été tout noir ce serait parfait, mais ça n’existe pas). On les a bien en mains même ou grâce à leur 750gr. Ils sont stables et faciles à manipuler.

Si la cellule n’en est pas encore aux cellules les plus performantes, elle donne une juste indication mais, encore une fois, avec ce type d’appareil, destiné notamment à la photo de rue, où il excelle, vous pré-réglerez pas mal de paramètres (vitesse, ouverture, zone focus) et donc la cellule n’est pas indispensable. Par contre, le fait que vous puissiez tout contrôler est un vrai plus.

Les Lynx sont moins courants que les Electro 35 et pourtant, ils ne manquent pas d’attraits. Si vous voulez sortir des sentiers battus, c’est un excellent choix.

Son prix devrait se négocier autour des 40€ pour un très bel exemplaire. A cela vous ajouterez une bonne sangle de cou pour le garder confortable et … allez arpenter les rues.

Bonnes photos !

Videos d’illusration.

Un peu de technique

Le mode d’emploi se trouve LA ou LA.

  • Produit en 1962 par Yashica Co., Ltd. Japon
  • Type de film 135 (35 mm)
  • Taille de l’image 24 mm x 36 mm
  • Poids 742gr
  • Objectif Yashinon 45mm f1.8 – f22 (7 éléments en 5 groupes)
  • Plage focale de 0,8 m à l’infini
  • Taille du filtre 52 mm
  • Obturateur Copal-SV
  • Vitesses d’obturation B, 1s -1/1000
  • Télémètre à correction de parallaxe dans le viseur
  • Posemètre monté sur le boitier au CdS
  • Pile d’origine 1.3v mercure PX625 (posemètre uniquement) à remplacer par un PX625A
  • Synchronisation PC et griffe porte-accessoire
  • Retardateur

Des références.

https://www.flickr.com/photos/28796087@N02/4266420411, https://pheugo.com/cameras/index.php?page=lynx5000 (une mine de renseignements, y compris pour certains dépannages), http://www.yashica-guy.com/document/chrono2.html, https://www.dpreview.com/galleries/0132358891/photos/930643, https://dustygrain.com/yashica-lynx-5000-review/, https://mattsclassiccameras.com/rangefinders-compacts/yashica-lynx-5000/, http://www.yashica-guy.com/document/lynxfix.html (pour les réparations) en anglais ; https://www.suaudeau.eu/memo/collection/Tlmfx/yl5.html, https://www.philcameras.be/yashica/, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-1373-Yashica_Lynx%205000.html en français.